07/02/2012
Happy birthday Mr Dickens !
Je ne sais même pas comment commencer ce billet, à vrai dire je sens déjà qu'il sera aussi intéressant que le discours de la crevette quand la marée monte mais si je ne le fais pas maintenant, je ne vous parlerai jamais de la magnifique biographie de Charles Dickens par Jean-Pierre Ohl.
J'ai pris tant de notes, décoré mon exemplaire de tant de post-its à la lecture que je pourrais tout aussi bien écrire un billet sans fin. Coupons la poire en deux : j'évoquerai surtout ici quelques aspects de la personnalité de Dickens qui m'ont paru particulièrement intéressants.
Cette biographie suit de façon assez classique le parcours de Dickens au fil des années, mêlant son histoire personnelle à son travail et indiquant ainsi en quoi tel ou tel événement marquant a eu une influence sur ses écrits. Sur la vie personnelle de l'écrivain, Ohl cherche à se montrer objectif et ne porte pas de jugement ni ne se prononce lorsqu'il s'agit de définir la nature de ses relations avec l'actrice Ellen Ternan ou ses deux belles-soeurs, qui ont finalement sans doute davantage compté pour lui que sa femme. Du moins c'est ainsi que je l'ai perçu, d'autant plus que Dickens est lassé des multiples grossesses de son épouse et sera d'ailleurs un père autoritaire et dur, sans doute pour éviter chez ses enfants l'échec de son père et de ses frères, assistés financièrement.
Le livre s'achève ainsi sur le Mystère d'Edwin Drood et recense les différentes hypothèses émises quant à la nature de la disparition de Drood et à l'éventuel assassin ; j'étais en pleine lecture de ce roman inachevé lorsque j'ai lu ce dernier chapitre qui a apporté un éclairage nouveau sur les personnages, à commencer par Jasper en qui on pouvait peut-être voir un Jasper-Hyde avant l'heure. Un chapitre particulièrement passionnant (j'ai évoqué quelques suppositions dans mon billet sur Edwin Drood), mais ce constat pourrait s'étendre à l'ensemble de cette biographie.
Ohl insiste beaucoup sur les paradoxes qui caractérisent Dickens : son intérêt pour les malheureux oubliés par la société mais son manque d'empathie lorsqu'il est vraiment confronté au peuple tel qu'il est en réalité (Ohl parle de sa « croisade grotesque contre les musiciens de rue qui jouent sous ses fenêtres ») ; la tentation du dandysme lorsqu'il est jeune, sa volonté farouche de réussir sur le plan social et sa critique de la bourgeoisie ; ses espoirs lors de l'avènement de la reine Victoria, ses convictions fortes (ainsi Oliver Twist est un « brulôt » en réponse à la nouvelle Poor Laws) mais son aversion pour toute forme de politique ou d'organisation pouvant justement mener à bien les réformes qui lui tiennent à coeur. Curieusement, alors que Dickens est un gentleman « éclairé », sensible aux progrès sociaux qui doivent impérativement voir le jour sous le règne de la jeune reine Victoria, Dickens est comme beaucoup de ses contemporains fortement conservateur sur certains sujets : ainsi il dresse un portrait bien peu flatteur des Juifs dans ses romans (tel Fagin dans dans Oliver Twist), même s'il prend conscience de son erreur et tente de rétablir un semblant de vérité en dressant bien maladroitement le portrait d'un Juif exemplaire à la fin de sa vie, dans l'Ami commun (à ce sujet, un autre texte en ligne) ; de même il se prononce en faveur de la répression suite à une révolte des Noirs en Jamaïque.
Avec beaucoup de facilité, Ohl nous captive, fait vivre devant nous un Dickens bien réel, parfois antipathique mais fascinant, tout en faisant en sorte de nous donner envie de lire tous ses romans, y compris ceux dont il a relevé les faiblesses. Ce texte est si dense qu'il me faudra sans doute le relire plusieurs fois pour mieux appréhender la genèse de l'oeuvre de Dickens, mais c'est sans aucun doute avec plaisir que je relirai ces passages. Ce livre apportera un éclairage intéressant à ceux qui ont déjà lu les romans de Dickens et constituera sinon pour les autres une clef d'entrée idéale pour les guider dans l'étonnant monde dickensien.
Pour une autre biographie de Dickens adaptée à un jeune public, je vous recommande le livre de Marie-Aude Murail (un régal) ; quant à Jean-Pierre Ohl, son roman Les Maîtres de Glenmarkie est un des romans français que je préfère, si vous ne l'avez pas lu je vous recommande très fortement de le faire (non ce n'est pas une hache que je cache derrière mon dos au cas où vous douteriez encore de l'intérêt de cette lecture, je suis persuadée que nous n'avons pas besoin d'en arriver là).
Aujourd'hui Charles Dickens fêterait ses 200 ans. Elles le fêtent aussi : Cryssilda avec Les Chroniques de Mudfog (j'étais passée à côté de ce texte mais mon édition était aussi plein de coquilles), Karine:) et Titine avec cette biographie de Jean-Pierre Ohl... mais aussi depuis Isil, Kikine, Sabbio, Mélodie, Ellcrys, Allie, DeL ...

286 p
Jean-Pierre Ohl, Charles Dickens, 2011

21/11/2009
Le héros de ma propre vie
N'ayant pas trouvé le temps de lire Oliver Twist pour la lecture commune prévue avec les copines « victoriennes », j'ai cherché au dernier moment une roue de secours tolérable, à savoir un livre en rapport avec Dickens ou Oliver, intéressant et suffisamment bref pour que je puisse le lire en deux trois jours de métro et une ou deux courtes séances de lecture nocturnes (votre fidèle et dévouée ayant tendance à rapidement piquer du nez sur ses livres en ce moment, shame on her !). Pour en revenir à mes moutons, ou plutôt à mes petits Charlies gambadant joyeusement dans les prairies anglaises, j'ai jeté mon dévolu sur la biographie de Charles Dickens par Marie-Aude Murail, auteur jeunesse incontournable de l'école des loisirs.
Dédiée à son fils Charles, cette biographie qui commence par une citation de David Copperfield (Deviendrai-je le héros de ma propre vie ?) ne laisse pas planer le doute : c'est là l'œuvre d'une admiratrice fervente de Dickens. Avec tendresse et humour, Marie-Aude Murail rend ici un vibrant hommage à l'immense écrivain à travers un texte accessible, romancé et bourré d'anecdotes qui s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux enfants.
Dans toute famille qui aspire à la respectabilité, on se doit d'avoir une bonne, qu'on va chercher à l'orphelinat. Ça ne coûte rien. Mary Weller a treize ans. Elle a dû rater sa vocation de sage-femme, car elle est fascinée par les accouchements. Elle emmène Charles chez les accouchées, et même chez une dame qui vient d'avoir des quadruplés. Les bébés, tous morts, exposés côte à côte sur un linge propre en haut d'une commode, font penser à des pieds de porcs tels qu'on les présente dans une triperie bien tenue. Spectacle tout indiqué pour un petit garçon nerveux que Mary prend un plaisir vampirique à terrifier. Elle lui raconte, à la nuit tombée, les aventures du capitaine Murderer qui massacre ses épouses successives et en fait des pâtés de viande cuits au four. (p9-10)
A quiconque chercherait une introduction à l'œuvre de Dickens, ce livre me semble tout indiqué. Au fur et à mesure que les événements marquants de sa vie sont évoqués, des allusions aux romans qu'il écrit à la même période viennent ponctuer le récit. Certains rapprochements sont faits entre les rencontres de Dickens et les personnages qui le hanteront plus tard. Pour ceux qui connaissent peu le parcours de l'écrivain, ce texte constitue un guide précieux : l'enfance faussement aisée, les dettes du père, le passage dans la fabrique de cirage, l'éducation plus ou moins avortée, les emplois cumulés puis le succès à l'âge de vingt-quatre ans. L'amour, la famille, les difficultés du couple, quelques femmes qui ont joué un rôle essentiel dans la vie de Dickens, sa perception des Etats-Unis, ses talents d'orateur, son engagement auprès des pauvres, son rapport aux grands auteurs de son époque, tels sont les principaux faits abordés dans ce texte.
Invitation à la lecture, écriture personnelle d'une histoire qui l'est tout autant, cette biographie m'a replongée en enfance, lorsque je me prenais de passion pour des héros de papier tels que Mathilda et bien d'autres, voyant sous mes yeux un modèle vers lequel je voulais tendre. Voilà bien longtemps que je n'avais pas ressenti une telle proximité entre un héros et moi... sous la plume vive de Marie-Aude Murail, les barrières de papier se sont pour un temps effacées entre Charles Dickens et moi, la lectrice que je suis retrouvant son âme d'enfant pour l'occasion. Le retour à la réalité a été difficile et chaque moment où j'ai dû à contrecœur abandonner mon livre un véritable arrachement. Mais pour vivre des émotions livresques comme celles-là, je donnerais bien des choses. Merci Mme Murail pour ce plongeon inattendu dans un monde imaginaire que je croyais désormais inaccessible.
Et au moment où est publié ce billet sur mon blog, me voilà à Londres avec Mr Lou et plusieurs blogueuses, avec en perspective une soirée musical made in Oliver Twist.
164 p
Marie-Aude Murail, Charles Dickens, 2005
15:37 Publié dans Essais sur la littérature / Biographies | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : marie-aude murail, charles dickens, époque victorienne, littérature xixe, romans anglais, littérature anglaise






































