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03/01/2016

Oswald Wynd, Une Odeur de Gingembre

wynd_odeur gigembre.pngJ'envisageais de lire Une Odeur de Gingembre depuis des années et me suis décidée dans le cadre du Mois Kiltissime de Cryssilda. Bien m'en a pris, car c'est un énorme coup de coeur, voire ma lecture de l'année 2015 (même si je l'ai terminé hier) !

En 1903, la jeune Ecossaise Mary Mackenzie embarque pour la Chine où l'attend Richard, son fiancé. Mary n'a jusqu'ici qu'une expérience limitée, ayant vécu une vie simple, voire relativement modeste de jeune fille victorienne avec sa mère. Elle part vers l'inconnu, car non seulement elle entreprend un grand voyage, mais elle s'apprête aussi à retrouver un homme dont elle ne sait finalement pas grand-chose. Le roman s'articule autour de plusieurs parties principales, à travers la longue traversée en bateau, puis les premières années en Chine, suivies d'un départ pour le Japon, où Mary pense s'installer définitivement.

Ce roman est fascinant à de nombreux égards. Tout d'abord grâce à l'héroïne, que l'on suit sur une quarantaine d'années, et que l'on voit mûrir, évoluer, affirmer sa personnalité dans un monde fait pour les hommes, alors qu'elle était vouée à une vie très conventionnelle en Ecosse de par son milieu et son éducation. A travers ce roman, l'auteur s'interroge sur la place de la femme dans la société au sein de différentes cultures, dressant des parallèles très intéressants.

Le récit de Mary est écrit à la première personne, principalement à travers son journal, mais aussi via des lettres à sa mère puis à ses amis ; j'ai été fascinée par la capacité d'Oswald Wynd à rendre la narration crédible et à se projeter avec autant de subtilité dans l'imaginaire d'un personnage féminin.

Le cadre est lui aussi passionnant. Oswald Wynd nous projette en Chine et au Japon au tournant du siècle puis à travers la première moitié du XXe, où nous suivons (parfois à distance) les grands évènements qui ont bouleversé l'échiquier politique mondial. Le lecteur européen habitué à appréhender les conflits mondiaux avec une vision très occidentale se retrouve soudain projeté de l'autre côté du globe, dépaysé par le point de vue et les préoccupations qui diffèrent beaucoup de ce à quoi il est habitué. Mary subit de plein fouet le choc des cultures et, par sa capacité à s'adapter, nous pousse à nous interroger et à remettre en question des valeurs et habitudes qui nous semblent comme allant de soi.

L'auteur joue beaucoup sur le non-dit, prête une grande attention aux conventions sociales (anglaises, européennes, chinoises, japonaises), ce qui donne lieu à de remarquables passages tout en délicatesse, parfois remplis d'émotions et pourtant, d'une grande pudeur (comme cette scène finale sur le bateau).

Un seul aspect m'a parfois étonnée : l'intérêt plus vif que Mary semble porter à son fils plutôt qu'à sa fille, dont la perte semble compensée  par la naissance du petit frère. J'ai ressenti une pointe de frustration lorsque le roman s'est arrêté sur ce bateau, car j'aurais été curieuse de lire le récit des deuxièmes retrouvailles, si elles ont finalement eu lieu (je reste volontairement vague pour ceux qui n'ont pas encore lu ce beau roman).

Cela fait plusieurs mois que je peine à me laisser embarquer par un auteur, à rester concentrée et à terminer mes lectures en cours (même si les raisons sont nombreuses et pour beaucoup étrangères au contenu de ma bibliothèque). J'ai à peine lu cet automne, ce qui ne m'arrive jamais. Une Odeur de Gingembre a été pour moi le déclic me redonnant goût à la lecture. J'espère continuer de nouveau sur cette lancée car je ne suis pas tout à fait moi-même sans mes compagnons de lecture !

D'autres billets : George, Romanza, Yueyin.

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474 p

Oswald Wynd, Une Odeur de Gingembre, 1977

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05/09/2015

Fiona Kidman, Le Livre des Secrets

Kidman_LIVRE DES SECRETS.jpgL'été tire à sa fin, c'est l'occasion pour moi de partager avec vous quelques titres lus ces derniers mois. Comme de coûtume, il sera un peu question de la rentrée littéraire, mais pas seulement: quelques publications du printemps 2015 et une ou deux immersions dans ma PAL!

Commençons avec Le Livre des Secrets de Fiona Kidman, grâce à qui je découvre la littérature néo-zélandaise (je n'ai pas le souvenir d'autres lectures en la matière). Ce roman couvre trois générations. Les premières pages sont consacrées à Maria qui, en 1953, vit isolée dans une vieille maison et passe pour une sorcière aux yeux des habitants du village. En se souvenant de sa mère et de sa grand-mère, elle nous invite à remonter dans le temps et découvrir l'histoire familiale à différentes époques, toujours à travers une figure féminine centrale.

En 1812, Isabella, jeune femme issue de la bourgeoisie, vit dans une petite ville écossaise avec ses parents. Elle rencontre un jour un homme pauvre, visiblement affamé, au pied peu sûr. Il vient de se faire refuser un travail par le père d'Isabella. Celle-ci s'intéresse au jeune homme, Duncan, et, contre toutes attentes au regard de leur statut social, Isabella accepte d'épouser Duncan et de partager avec lui une vie dure, faite de travail et de privations. C'est l'époque où les paysans se font chasser des terres qu'ils cultivent depuis longtemps. Sous l'influence d'un homme qui prétend détenir la parole de Dieu, Duncan, Isabella et toute une communauté vont partir s'installer en Nouvelle Ecosse. Les relations d'Isabella et du prédicateur, McLeod, sont centrales dans le roman, la jeune femme ayant un tempérament indépendant et affirmé et se rendant compte des faiblesses de McLeod, qui passe pour une sorte de prophète auprès de ses voisins.

Cet homme convaincra ensuite une partie de ses ouailles à repartir en Australie puis en Nouvelle-Zélande, où Annie, la fille d'Isabella, tentera de mener une vie hautement respectable, dans la crainte de Dieu et surtout de McLeod, aux principes intransigeants (du moins lorsqu'il ne s'agit pas de son propre foyer). La communauté vit dans l'austérité, la moindre coquetterie est condamnée, moquée, et les sermons du dimanche sont l'occasion d'humilier les paroissiens pour leurs choix de vie ou leurs écarts de bonne conduite, dès lors dénoncés en public.

Malheureusement pour Annie, sa propre fille Maria a hérité de l'esprit indépendant et fier de sa grand-mère et n'est pas prête d'accepter de se laisser dicter sa conduite par la communauté ni par un homme de Dieu bien pensant (un nouveau prédicateur, McLeod étant décédé juste avant sa naissance). Pour avoir commis le péché de chair et défié l'homme d'Eglise, Maria est condamnée à vivre seule sur la propriété de sa mère, qui part s'installer ailleurs. Ce qui paraît injuste et brutal à la fin du XIXe devient plus étonnant encore lorsqu'on s'aperçoit qu'en 1953, Maria, très âgée, n'a jamais plus quitté sa maison.

Voilà un roman fleuve qui se lit tout seul et vous dépayse, entre une Ecosse austère, une Nouvelle Ecosse plus rude encore et au final, une région aride, sauvage, domestiquée par ses nouveaux habitants bien pensants. L'aspect historique du roman m'a séduite, mais ce sont surtout ces trois portraits de femmes (et davantage encore, la grand-mère et la petite fille) qui m'ont convaincue. C'est un roman parfois dur, triste, mais aussi vibrant, qui nous touche par la justesse des propos sur la nature humaine. Par ailleurs, l'aspect religieux contribue à la toile de fond intéressante sans jamais mettre l'histoire au second plan. Un livre que j'avais bien du mal à reposer pour retourner à mon quotidien.

En partenariat avec les éditions Points.

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466 p

Fiona Kidman, Le Livre des Secrets, 1987

14/06/2015

Katherine Webb, Pressentiments

webb_pressentiments.JPGUne fois de plus j'ai succombé à une jolie couverture. Depuis longtemps je croisais le nom de Katherine Webb et, malgré le titre français un peu racoleur, j'ai finalement tenté ma chance avec son roman Pressentiments

L'histoire débute par la découverte d'un cadavre de la première guerre mondiale parfaitement conservé. Dans ses effets personnels, des lettres suscitent la curiosité. Informée de leur existence par son ex petit-ami, la journaliste Leah va tenter de remonter leur piste pour identifier le corps et tenter de percer le mystère qui semble l'entourer. Une enquête qui la plongera au début du XXe, dans un presbytère où s'est noué un drame à huis-clos.

En lisant les premières pages, j'avoue avoir eu une petite frayeur : la journaliste ne se remettant pas de sa rupture, je voyais poindre de loin la romance facile et totalement superflue. Heureusement, Leah occupe une place assez mineure dans le récit, qui se déroule pour l'essentiel avant-guerre. On croise ainsi Canning, un prêtre fanatique pour des raisons finalement peu liées au caractère divin de sa mission ; un opportuniste qui s'installe chez les Canning en prétendant avoir une aura particulière lui permettant de voir des êtres supérieurs, à commencer par des fées ; une femme malheureuse qui cherche des conseils auprès de sa soeur, déjà mère plusieurs fois et sans doute à même de lui expliquer pourquoi son propre mariage n'a toujours pas été consommé ; enfin, une domestique accueillie par charité après un passage en prison en raison de ses activités de suffragette. C'est cette dernière qui apporte une dimension historique supplémentaire au livre. En raison de ses convictions et de son engagement peu conformes à sa condition, elle incarne cette époque charnière où le sort des femmes a commencé à basculer en Angleterre.

Si ce roman est assez léger, cela reste un page-turner historique très honorable. Je n'hésiterai pas à lire de nouveau Katherine Webb quand je serai en panne de lecture !

Aujourd'hui on parlait Rois et Reines pour le Mois anglais, mais je n'ai pas eu le temps de faire mon billet avant de partir à Londres, où je me trouve au moment où s'affichera cet article. 

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502 p

Katherine Webb, Pressentiments, 2011

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06/06/2015

Wendy Wallace, The Painted Bridge

wallade_painted bridge.jpegAmateurs de romans historiques victoriens, ce livre s'adresse à vous !

Dans The Painted Bridge, nous faisons connaissance d'Anna. Fille de marin, récemment mariée à un pasteur hypocrite et arrogant, Anna a été abandonnée dans un asile privée des environs de Londres. A cette époque, les asiles privés sont très critiqués et soumis à des contrôles, ce qui obsède le directeur de l'établissement où est accueillie la jeune femme, Lake House.

Il s'agit d'une belle demeure, dont les propriétaires ont été contraints pour des raisons financières de transformer une partie des pièces en centre de repos pour femmes aux nerfs fragiles. Le propriétaire a pris la succession de son père dans ce triste métier et, comme cela arrive assez fréquemment à l'époque, il fait montre de peu de scrupules lorsqu'il s'agit d'interner des parentes gênantes sur la base d'un certificat pour le moins douteux – les médecins prêts à se montrer arrangeants ne manquant pas à l'époque.

A son arrivée, Anna fait preuve de naïveté, elle s'entête à vouloir prouver le fait qu'elle n'a rien à faire à Lake House. Elle tarde à comprendre que parmi ses compagnes d'infortune, nombreuses sont celles à y faire un séjour sans être plus malades qu'elle. C'est notamment le cas d'une jeune femme internée pour être tombée amoureuse d'un homme jugé infréquentable par sa famille. Le roman va être celui de l'apprentissage d'Anna, qui restera toujours convaincue qu'elle pourra sortir libre un jour de Lake House, même si sa tactique et ses opinions évoluent au fur et à mesure.

wallace_SarineCollodion2.jpegJ'avais déjà croisé de sordides asiles victoriens mais jamais de maison de campagne cossue de ce genre, où les apparences sont trompeuses : sous la vieille vaisselle, les travaux de tricot et les politesses, petites et grandes souffrances quotidiennes ne manquent pas, du simple fait de porter chaque jour une robe malpropre dont on ne connait pas la provenance jusqu'aux traitements barbares (« douche » glacée et surtout, la chaise tournante, dont je n'avais encore jamais entendu parler – et dont je ne suis pas sûre d'avoir bien compris le fonctionnement... si cela vous dit quelque chose, je veux bien quelques éclaircissements). Sans parler de la gouvernante, ancienne patiente reconvertie en gardienne mesquine, parfois cruelle.

Traitant à la fois des asiles et des débuts de la photographie, The Painted Bridge est intéressant sur le plan historique tout en proposant au lecteur une histoire qui tient la route. J'ai beaucoup apprécié l'essentiel du récit, entre Lake House et Londres, même si j'ai porté un peu moins d'intérêt aux rêves éveillés d'Anna, qui lui font repenser à des événements de son enfance – même s'ils s'avèrent avoir une importance cruciale pour le récit. [Spoilers ci-après] J'aurais peut-être aimé une issue un peu plus douce en voyant s'épanouir la relation entre Anna et St Clair, un docteur venant parfois à Lake House. Néanmoins, objectivement. Wendy Wallace a sans doute eu raison de privilégier une autre issue pour Anna en faisant d'elle une femme indépendante et maîtresse de son destin.

Lecture commune du Mois anglais : Roman historique se déroulant en Angleterre 

Source image : http://britishphotohistory.ning.com/profiles/blogs/the-painted-bridge

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386 p 

Wendy Wallace, The Painted Bridge, 2012

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02/06/2015

Philippa Boston, The Fortunes of John de Courcy

roman historique,philippa boston,editions didier,the fortunes of john de courcy,angleterre élisabethaine,tudors,oxford,mois anglais,mois anglais 2015Oxford, 1582 – sous le règne d'Elisabeth I. John de Courcy obtient un titre très convoité, celui de Boursier du duc de Gloucester, ce qui lui permet de bénéficier d'un revenu généreux tout le temps qu'il continuera à se consacrer à ses études à Oxford.

Néanmoins, cette récompense universitaire n'est pas du goût de tous et, le jour-même, De Courcy est accusé d'avoir dérobé une bague au duc. Celui-ci lui octroie cinq jours pour prouver son innocence, défi qui devrait être à la hauteur de ses compétences intellectuelles – celles-là mêmes qui lui ont valu son titre prestigieux. Sinon, ce sera l'emprisonnement.

Aidé de quelques proches, De Courcy va ainsi s'employer à trouver des preuves suffisantes pour sauver son honneur et éviter le triste sort qui l'attend sans cela.

Edité dans la collection Paper Planes – qui vise à proposer des textes abordables en anglais, ce court roman est certes facile d'accès pour qui n'est pas habitué à lire dans la langue de Shakespeare, mais il est surtout agréable à lire. Je connaissais déjà plusieurs titres de Philippa Boston chez Paper Planes Teens pour lecteurs plus novices en anglais. J'ai été ravie de découvrir cette autre collection qui met une nouvelle fois à l'honneur le plaisir de lire avant tout. 

Evidemment, le format court limite un peu l'intrigue qui reste simple - un peu trop malheureusement. Néanmoins, on passe un bon moment  et le roman se lit d'une traite, ne serait-ce que parce qu'il nous permet de plonger dans l'époque élisabéthaine, en plein coeur d'Oxford. Idéal si l'on cherche un titre pour commencer à lire en anglais, très sympathique bien qu'un peu léger pour qui lit régulièrement dans cette langue.

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117 p

Philippa Boston, The Fortunes of John de Courcy, 2010

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13/09/2013

Alexandre Dumas, La Comtesse de Saint-Géran

alexandre dumas,éditions phébus,la comtesse de saint-servan,roman historique,france xviiePendant mes vacances d'été, j'ai retrouvé avec plaisir la librairie indépendante de ma ville d'origine (bien fournie, avec un libraire aux choix judicieux et exigeants, ravi de partager ses coups de coeur). A ma deuxième visite, après un nouveau petit tour du côté des éditions Libretto (mais cette fois-ci pour un cadeau, j'ai eu une pensée émue pour ma pauvre PAL), on m'a gentiment offert un Phébus Libretto réservé aux libraires, La Comtesse de Saint-Géran d'Alexandre Dumas. Je n'ai lu que quelques nouvelles de cet illustre personnage, aussi j'ai eu envie de satisfaire ma curiosité sur le champ. Quelques semaines après, une petite chronique pour partager avec vous cette rencontre.

Contrairement à ce que je pensais, il ne s'agit pas d'une pure fiction mais d'une longue nouvelle inspirée de faits réels qui firent grand bruit au XVIIe. 

Fin 1639. Accusé d'être un faux-monnayeur et d'avoir assassiné sa femme, mené sous bonne escorte dans une auberge pour la nuit, le Marquis de Saint-Maixent parvient à s'échapper en séduisant la fille de la maison. Il se réfugie chez le comte de Saint-Géran, un parent à lui, qui l'accueille bien volontiers. Le comte semble être un homme très différent de son parent (pour résumer il n'aurait rien d'un criminel). Sa femme et lui vivent par ailleurs en parfaite entente mais souffrent de n'avoir pu avoir d'enfant.

Faute de descendant direct, la fortune du comte devrait revenir à sa soeur, Mme de Bouillé. Le marquis y voit un intérêt et se met à la courtiser. C'est alors que contre toute attente, après vingt ans d'espoirs déçus, la comtesse de Saint-Géran est enceinte. Les amants vont ensemble mettre en place un plan cruel pour faire disparaître cet héritier malvenu.

Ne lisant pas de récits se déroulant à cette période, je me suis laissée bien volontiers embarquer dans ce récit où pointent la cape et l'épée, en m'immergeant dans une atmosphère nouvelle pour moi, voire franchement dépaysante. Imaginez ma surprise lorsque j'ai constaté que le Marquis, toujours accusé d'avoir tué sa femme, de s'être livré à d'autres crimes mais aussi d'avoir tué l'un des gardes dans sa fuite, bref, lorsque j'ai réalisé que ce coquin fini ne serait plus inquiété une fois arrivé chez le comte. On voit ainsi le Marquis aller et venir, rentrer dans sa région au bout d'un certain temps mais visiblement, personne ne songe à l'arrêter. De même, sujet hautement sensible pour la condition féminine, j'ai ouvert des yeux effarés lorsque j'ai constaté le traitement que l'on pouvait réserver aux pauvres femmes qui ne se seraient pas décidées à accoucher : On la fit monter dans un carrosse fermé et on la promena tout un jour à travers des champs labourés, par les chemins les plus rudes et les plus difficiles (p59). Tout ce pittoresque m'a ceci dit beaucoup amusée.

Le récit est rondement mené par Dumas qui sait bien évidemment tenir son lecteur en haleine et amener à point nommé chaque nouvelle péripétie. Le fond, plus que la forme, fait tout l'intérêt de ce texte. J'ai regretté que la fin se perde dans des détails juridiques ; alors que toute cette affaire avait été présentée jusque-là avec un grand sens du romanesque, les deux dernières pages sont plus factuelles et donnent une impression de fouillis, comme si Dumas peinait à se dépêtrer de toute cette paperasse. Avis personnel et bien subjectif qui n'engage que moi. Dans l'ensemble, j'ai trouvé cette lecture fort divertissante et suis ravie d'avoir un peu abandonné mes habitudes plus XIXe.

Il est à remarquer que les grands criminels de cette époque, Sainte-Croix, par exemple, et Exili, le sombre empoisonneur, ont été précisément les premiers incrédules, et qu'ils ont devancé les savants du siècle suivant dans la philosophie aussi bien que dans l'étude exclusive des sciences physiques, auxquelles ils demandèrent d'abord des poisons. La passion, l'intérêt, la haine combattirent pour le marquis dans le coeur de Mme de Bouillé ; elle donna les mains à tout ce que M. de Saint-Maixent voulut. (p 34)

Le site de la Société des amis d'Alexandre Dumas.

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85 p

Alexandre Dumas, La Comtesse de Saint-Géran, 1839-1840

07/09/2012

Ann Featherstone, La gigue du pendu

featherstone-gigue du pendu.jpgL'an dernier je me suis régalée avec une nouvelle parution victorienne des éditions 10/18, Que le Spectacle commence !, écrit par Ann Featherstone. Ce roman avait pour cadre le monde du spectacle, dans un milieu populaire («  Etablissement de qualité. Interdit de cracher » p 114 du roman chroniqué ici). Cependant, pour les amateurs de romans policiers, il faut savoir que ce roman, au même titre que le dernier paru, La gigue du pendu, n'est pas vraiment fidèle au genre ; je pense d'ailleurs qu'il était plus commode de proposer ces romans en France dans la série Grands Détectives (ceux qui apprécient Anne Perry ou Lee Jackson découvriront plus facilement Ann Featherstone), mais il s'agit davantage de romans d'aventures, dans la tradition du roman populaire victorien.

Ce nouveau roman débute avec la pendaison d'un  homme accusé de meurtre. Parmi la foule venue se repaître de cet événement macabre, un petit garçon hurle qu'il va « crever » quelqu'un. C'est le fils de George Kevill, le condamné, en principe innocent et tombé dans un traquenard. En parallèle nous retrouvons le monde du spectacle avec Bob Chapman et ses chiens malins : Bob vient lui aussi d'un milieu pauvre, il gagne sa croute en faisant des tours avec ses deux chiens et rencontre un tel succès qu'on lui propose un rôle dans une pièce pour Noël en plus de son travail régulier à l'Aquarium. Bob est le principal personnage de ce roman, celui que l'on suit le plus et dont la route croise celle du fils de Kevill, le mêlant bien malgré lui à un complot sordide. Bob est un héros tranquille, un homme brave et attachant pour qui la vie n'a pas toujours été facile et dont le principal rêve serait de s'installer à la campagne. Mais le destin en décide autrement, et en se retrouvant dans un véritable pétrin, Bob sera obligé d'aider le jeune Barney à enquêter sur la mort de son père et, ainsi, à découvrir un bien sinistre commerce.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce deuxième roman. Une fois encore j'ai été séduite par la description des quartiers populaires et du milieu si particulier du spectacle, avec un petit clin d'oeil au premier roman, dont le héros est évoqué à deux reprises, sans jamais intervenir dans l'histoire. Je ne cherchais pas une histoire policière donc je me suis régalée avec ce récit plein de rebondissements, riche en personnages hauts en couleur. Le coeur du complot, autour d'enfants des quartiers pauvres, m'a fait penser à une lecture d'il y a quelques années, dont je n'arrive pas à me rappeler exactement (si cela dit quelque chose à quelqu'un, ça m'intéresse...), mais il était crédible et j'imagine sans doute malheureusement assez réaliste par rapport à ce qui attendait les enfants les plus démunis des bas fonds de Londres. J'ai également été surprise (et donc ravie) par un renversement de situation que je n'avais pas vu venir (mais je n'en dirai pas plus pour éviter les spoilers). Bref, il ne vous reste plus qu'à le découvrir à votre tour !

Many thanks Ann for sending me your book !

Lu dans le cadre du challenge victorien d'Arieste

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310 p

Ann Featherstone, La Gigue du Pendu, 2010

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23/11/2011

Boston, Aggie et Margaret

ferdjoukh_aggie change de vie.gifJ'avais très envie de faire la connaissance des Quatre Soeurs de Malika Ferdjoukh, mais c'est finalement Aggie que j'ai décidé de suivre dans son ascension, des bas quartiers aux maisons chics de Boston. Et quel délicieux bonbon que ce court roman ! Je me suis régalée du début à la fin et j'ai passé un si bon moment que c'est le genre de livre que je ne doute pas de relire à l'occasion avec plaisir.

Si la couverture exquise et ses paper dolls ne suffisent pas à vous tenter, peut-être qu'un petit aperçu de l'histoire achèvera de vous convaincre ? Nous voilà à Boston, dans un environnement qui n'est pas sans rappeler Dickens et ses pauvres orphelins. Aggie vit chez un couple peu recommandable qui l'envoie détrousser les gentlemen en pleine nuit, la petite empruntant les égouts de la ville pour s'acquitter de sa tâche. Mais un soir, celui qu'elle prend pour un pigeon comme un autre n'est pas celui qu'elle croyait : c'est ainsi qu'elle sera arrachée à sa misérable existence et présentée à une famille qui n'a plus vu une nièce chérie depuis des années. Mais avant de se faire passer pour une demoiselle comme il faut, Aggie aura du boulot !

Tout est bon dans ce petit livre : l'ambiance très XIXe, les personnages attachants, les références littéraires, l'écriture si agréable et une intrigue qui nous tient en haleine. N'hésitez plus, lisez-le (au passage, si vous avez une petite fille dans votre entourage je ne peux que vous recommander chaudement ce récit pour les fêtes de Noël à venir, car il me semble parfait pour une lecture auprès de la cheminée). 

D'autres avis : Malice qui me l'a recommandé, mais aussi Rory, Allie, Bouma, Roudoudou, Sharon, Marie, S'il était encore une fois, Ricochet, Le forum Whoopsy Daisy.

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94 p

Malika Ferdjoukh, Aggie change de vie, 2009

03/09/2011

Bienvenue, Willkommen, Welcome

ann featherstone, que le spectacle commence, walking in pimlico, roman victorian, 10-18, roman historique, londres, londres xixe, angleterre, angleterre victorienne, angleterre XIXe, époque victorienne, spectacle victorien, cirque victorienVoilà un roman que j'avais repéré avant sa sortie et sur lequel j'ai finalement jeté mon dévolu récemment, ne pouvant résister aux clins d'oeil répétés que me faisait le charmant gentleman en couverture !

East end, XIXe. Dans un cabaret minable où la jeunesse aisée de Londres vient s'encanailler, la jeune Bessie, actrice, voleuse et prostituée se fait assassiner par un client un peu trop pressant aperçu par deux collègues. S'enchaînent des chapitres écrits par deux narrateurs différents : Corney Sage, humoriste témoin de la scène, et l'assassin, dont on ne tarde pas à connaître l'identité.

Ce récit fait figure d'ovni parmi les Grands Détectives de 10-18, car il s'agit moins à mon avis d'un roman policier (d'autant plus que les romans de la collection que je connais sont des "whodunnit") que d'un roman de mystère à la Sarah Waters (tel que Du bout des Doigts). L'intrigue ne repose pas sur la traque du criminel, mais sur les aventures qui font se croiser le meurtrier et les témoins gênants, qu'il conviendra peut-être d'éliminer. Un bref descriptif qui donne une piètre idée d'un roman très dense où les personnages ne sont pas ce qu'ils prétendent être, où la duplicité caractérise tout un chacun, où l'on pénètre dans le monde du spectacle, croise des gens de tous les milieux... sans compter que l'on voyage en compagnie de nos héros et anti-héros, qui se fuient et se traquent de ville en ville.

Un pur régal que ce nouveau roman victorien chez 10-18 ; un récit haletant, tout à fait impossible à lâcher, et que j'ai quitté à grand regret ! J'ai plongé avec enthousiasme dans un monde que je ne connaissais pas, celui du spectacle, des cirques, des cabarets (souvent miteux) qui faisaient le bonheur des quartiers populaires victoriens. Un livre que je vous recommande sans réserve. Je me réjouis de savoir qu'il y aura une suite !

D'autres avis : Cassiopée, Bonheur de Lire, Nini, Blog Librairie Mollat, Présentation sur le site de la Royal Holloway...

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380 p

Ann Featherstone, Que le spectacle commence !, 2009

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10/07/2009

Once you put your hand in the flame

cortanze_belle endormie.jpgAprès l'échec et mat du dernier livre de poche, voici une deuxième lecture érotique pour Miss Lou qui a décidément de bien coquines lectures cet été. Si ma première tentative pour rendre ce blog un soupçon libertin n'a pas été une franche réussite, la découverte de La Belle Endormie de Gérard de Cortanze a été bien plus plaisante.

Servie par un style agréable et un cadre historique qui n'était pas pour me déplaire, l'histoire se déroule en Italie, entre la bibliothèque royale de Turin et l'ancien domaine des Cortanze. Entourées de mystère, les recherches généalogiques du narrateur aboutissent à la découverte d'un texte érotique signé par Maria Galante, une Cortanze ayant vécu au XVIIIe et poursuivie par une drôle de légende. Elle aurait été indirectement mêlée au meurtre d'un abbé qui sans doute la violait mais, peut-être pour asseoir sa sulfureuse réputation, la voilà qui viendrait aussi hanter son ancienne chambre et participer aux ébats des jeunes couples mariés auxquels la pièce est généralement réservée, le château ayant été converti en hôtel. Poussé par la curiosité, le narrateur décide de mettre les rumeurs à l'épreuve en louant la chambre de Maria Galante.

Comme le dit si bien Léthée, l'érotique n'est qu'un prétexte, de même que l'aspect morbide pour le moins présent dans les mises en scène de Maria Galante et d'autres. Voilà avant tout un roman qui grâce à son intrigue solide et originale mène son lecteur par le bout du nez, jusqu'à la fin qui constitue à mon sens le point faible de ce livre. Tout s'enchaîne rapidement et m'a laissé un goût d'inachevé ; bref, une petite déception car j'avoue que j'attendais beaucoup du déroulement une fois les premiers pions placés pour une partie qui semblait très prometteuse. Entre fantasmes et réalité, l'onirique et l'influence libertine du XVIIIe font de cette lecture un très agréable divertissement, auquel il ne manquerait pas grand-chose pour être tout à fait envoûtant.

A noter au passage le curieux titre, qui évoque Kawabata mais aussi Elizabeth Taylor.

Un avis sur Blue Moon, un autre chez Léthée. Et merci beaucoup à Adeline !

(PS : je n'ai pas oublié le tag qui m'attend !)

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122 p

Gérard de Cortanze, La Belle endormie, 2009

30/04/2009

Au temps des Nations

meur_vivants et des ombres.jpgVoilà déjà un an que je voulais lire Les Vivants et les Ombres de Diane Meur, livre dont le titre rêveur, l’histoire, le point de vue et l’éditeur m’avait convaincue que oui, nous étions faits pour nous rencontrer ! Car il en va des livres comme des hommes : on se découvre rapidement des atomes crochus avec certains. Ici, une étincelle, un éclair, et voilà que ce roman m’emportait déjà après les quelques premières pages.

 

Fresque familiale en Pologne au XIXe, ce récit présentait déjà des caractéristiques que j’aime particulièrement retrouver en littérature : une galerie de personnages charismatiques, dont on découvre peu à peu les relations, les aspirations et les motivations, ainsi que le passage du temps, avec le glissement d’une génération à une autre et les époques un jour révolues. Ici, deux aspects présentent un intérêt supplémentaire : l’évocation de l’histoire mouvementée, à l’époque du réveil des peuples, de l’émergence de la Nation au centre de l’échiquier géopolitique ; enfin, un point de vue original, puisque l’histoire nous est racontée par une maison qui voit l’Histoire avec un grand H à travers la petite histoire de ses habitants.

 

Ce livre avait déjà tout pour me plaire et je n’ai pas été surprise de me régaler. J’ai apprécié l’écriture maismeur_vivants et des ombres 02.jpg plus encore, c’est l’histoire que j’ai trouvée très bien construite. Malgré les quelques 700 pages dans l’édition d’origine, on ne s’ennuie pas un instant : l’histoire est toujours captivante, riche en événements, tandis que la maison s’intéresse tour à tour aux multiples personnages, dont les préoccupations différentes enrichissent la narration. Quant à l’aspect historique intéressant, il se fond complètement dans le récit, ne l’alourdissant pas et ne gênant pas la lecture par l’étalement de connaissances à la mode dictionnaire que je crains parfois avec ce type de projet littéraire.

 

J’ai pris un immense plaisir à découvrir ce roman ambitieux. Dommage que la littérature française ne produise pas aussi souvent des livres aussi foisonnants de personnalités éclatantes, de récits entrecroisés et denses, bref ! de passionnantes histoires comme ont su les écrire de nombreux écrivains du XIXe (en particulier), avant la mode des livres de 100 p en police 40, de l’introspection sans fin (vais-je aller au supermarché ou non ?) et de la psychologie pour la psychologie, avec plus ou moins d’intérêt.

 

Sur ce blog, pour un bon roman hautement, véritablement, brillamment romanesque, je vous recommande Les Maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl, énorme coup de cœur de votre fidèle chroniqueuse (rentrée littéraire 2008).

Ce roman m’a aussi fait penser à Lajos Zilahy avec son excellent livre Les Dukay, immense fresque familiale en Hongrie, un des livres dont je garde un souvenir délicieux (et que je relirai sans doute).

 

711 p (Sabine Wespieser)

633 p (Livre de Poche)

 

Diane Meur, Les Vivants et les Ombres, 2007