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28/11/2016

Concours Agatha Raisin

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J'ai le plaisir de vous proposer un nouveau concours Agatha Raisin dans le cadre du challenge British Mysteries, en partenariat avec les éditions Albin Michel que je remercie une nouvelle fois.

Plusieurs exemplaires du tome 4 Randonnée Mortelle sont en jeu. Que vous soyez déjà adepte ou que vous n'ayez pas encore croisé le chemin d'Agatha, n'hésitez pas à tenter votre chance !

Pour cela, rien de plus simple, il vous suffit de répondre à cette question :

Si vous aviez écrit Randonnée Mortelle, que serait-il arrivé à vos randonneurs ?

Vous pouvez multiplier vos chances de gagner en relayant ce billet ou si vous participez au challenge British Mysteries. Merci de bien penser à le signaler dans votre commentaire :o)

Vous avez jusqu'au 10 décembre pour participer.

Le gagnant sera désigné par tirage au sort.

Bonne chance à toutes et à toutes !

26/11/2016

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T3, Pas de Pot pour la Jardinière

mcbeaton_pas de pot pour la jardiniere.jpgC'est avec impatience que j'attendais de découvrir la suite des aventures d'Agatha Raisin... et avec grand plaisir que je me suis plongée dans le troisième tome de la série, Pas de Pot pour la jardinière.

Absente de Carsely pendant plusieurs mois de voyages exotiques mais solitaires, Agatha revient dans ses chères Costwolds. Si elle est accueillie chaleureusement par les villageois qui l'ont définitivement adoptée, une surprise bien déplaisante l'attend: son séduisant voisin James Lacey semble bien trop proche de la nouvelle venue au village, Mary Fortune. Une rivale bien agaçante : séduisante, fine cuisinière, membre de la société d'horticulture comme James, toujours prête à s'investir dans la vie de Carsely. Fidèle à son esprit de compétition, Agatha décide de se découvrir une passion pour les plantes afin de participer à une journée portes ouvertes des jardins. Mais voilà que des actes de vandalisme sont perpétrés dans les jardins des participants d'un concours de fleurs. Suivis d'un nouveau meurtre...

Il n'y a pas à dire, le tranquille village de Carsely n'est plus aussi paisible depuis qu'Agatha y a élu domicile. En peu de temps les meurtres se sont multipliés ! Mais passons l'invraisemblable et savourons ce nouveau tome, qui tient autant du roman doudou que du policier. Imaginez les meurtres de campagne façon inspecteur Barnaby, le tout pimenté d'une anti-héroïne quinquagénaire très attachante. Grande gueule, prête à mettre les pieds dans le plat, trapue, avec de "petits yeux d'ours", Agatha n'a rien d'un personnage lisse, mais c'est bien cela qui fait son charme et donne toute sa saveur à cette série. Troisième tome dévoré lui aussi... une série parfaite en cette saison morose ! Si vous ne connaissez pas encore Mrs Raisin, n'hésitez pas à la rencontrer ! Vous risquez fortement de l'apprécier (peut-être bien malgré vous) !

Merci aux Editions Albin Michel !

Et guettez les prochains billets de ce blog, une surprise vous attend !

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246 p

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T3, Pas de Pot pour la Jardinière, 1994 

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14/09/2016

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T2, Remède de Cheval

beaton_agatha-raisin-enquete-t2-remede-de-che.jpgJ'ai poursuivi fin juin ma découverte d'Agatha Raisin, personnage haut en couleur menant des enquêtes qui ne la regardent pas dans un petit village des Costwolds. Après La Quiche fatale, fatale pour un juge de concours de village mais jouissive pour le lecteur en mal d'humour, nous voici partis sur les traces d'un tueur de vétérinaire à travers ce deuxième tome, Remède de Cheval.

Le petit village où notre Londonienne de choc s'est installée pour sa retraite anticipée est remué par l'arrivée d'un (relativement) jeune et sémillant vétérinaire, qui, après l'ancien militaire James Lacey, déchaîne les passions parmi la gent féminine du village. Et voilà toutes ces braves dames soudain particulièrement préoccupées par la santé de leurs chats et faisant la queue pour rencontrer le nouveau venu. Cependant, peu de temps après le cabinet est désert, car notre sujet principal ne supporte pas les chats (un comble pour un vétérinaire) et prend un malin plaisir à leur faire passer un mauvais quart d'heure en les oscultant.

Alors qu'il s'apprête à opérer un cheval chez le gentleman du coin, le vétérinaire succombe à une injection. La police locale semble croire à un accident et classe rapidement l'affaire. C'est sans compter sur notre héroïne Agatha qui décide une nouvelle fois de mener l'enquête, aidée cette fois-ci par son séduisant voisin James Lacey.

Dans la même veine que le précédent tome, ce deuxième opus offre au lecteur un moment délectable où le cadre tellement anglais, l'humour et les personnages décalés se mêlent pour faire un joyeux mélange. S'il ne fait visiblement pas bon vivre dans les Costwolds, le lecteur a bien envie de s'y arrêter un peu pour suivre l'intrépide, l'autoritaire, l'improbable Agatha dans ses recherches, armée d'un culot sans limite et prête à mener des interrogatoires sans subtilité ni discrétion aucune. On a du mal à comprendre comment elle peut être à l'origine d'une longue série étant donné que, vu son comportement, on s'attendrait plutôt à la voir trépasser à tout moment dans le cadre d'un malencontreux accident... mais curieusement, les héros ont toujours beaucoup de chance.

Un page turner so British, à mettre entre toutes les mains !

Un petit extrait noté lors de ma lecture : [James Lacey] écrivait un livre d'histoire militaire et, comme la plupart des écrivains, il passait ses journées à chercher des excuses pour ne pas travailler (p 64).

Le billet de ma copine Cryssilda qui a elle aussi rencontré Agatha pendant le Mois anglais.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte.

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266 p

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T2, Remède de Cheval, 1993

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20/06/2016

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T1, La Quiche Fatale

beaton_agatha raisin t1 quiche fatale.jpegAgatha Raisin a le vent en poupe en ce mois anglais ! Et ce n'est pas étonnant, car voilà une petite série bien sympathique. Les éditions Albin Michel viennent de publier les deux premiers tomes, écrits au début des années 1990 ; les quelques petits signes de décalage temporel (auxquels je ne m'attendais pas car je croyais la série plus récente) m'ont bien amusée.

Self-made woman, directrice d'une agence de communication londonienne, Agatha a pris une retraite anticipée pour venir s'installer dans les Costwolds. Un choix très réfléchi, puisqu'il repose essentiellement sur un souvenir de voyage d'enfance ! Notre héroïne a donc acheté un beau cottage dans un charmant village et confié ses clefs à un décorateur qui a eu la main lourde sur les outils agricoles historiques et autres extrémités. 

Habituée à réussir, à diriger son petit monde, à manipuler et cajoler pour arriver à ses fins, Agatha est un peu perdue à son arrivée. Les villageois sont tous charmants mais à part un sourire, un bonjour et un bref commentaire sur la météo, elle sent que son intégration ne sera pas facile. De toute façon, à moins d'être née sur place, on reste toujours un étranger. Son cottage continue d'ailleurs à être nommé en fonction d'un propriétaire décédé  bon nombre d'années auparavant. Ainsi, on lui dit de son antipathique voisine Mrs Barr : "Elle est nouvelle ici ! (...) Ça fait vingt ans qu'elle est là."

Lorsqu'elle découvre qu'un concours de quiches va se tenir dans le village, Agatha y voit une occasion de se démarquer en gagnant. Petit problème : elle a toujours mangé au restaurant ou acheté des plats cuisinés. Ni une ni deux, la voilà partie pour Londres, pour acheter une quiche aux épinards à un traiteur. En parallèle, elle invite le juge du concours et son épouse à un mauvais dîner affreusement cher dans le restaurant de leur choix, pensant l'amener à la choisir de même qu'elle a su mener par le bout du nez ses relations dans les affaires publiques. Peine perdue, c'est la gagnante habituelle qui remporte le concours. Il semblerait d'ailleurs que l'arbitre de la compétition ait ses favorites dans plusieurs villages et les récompense à travers divers concours (confitures, chiens...). Manque de chance, le voilà qui décède dans la nuit après avoir mangé des restes de la quiche d'Agatha.

S'ensuit une enquête qui conclut rapidement à un empoisonnement accidentel. Mais Agatha n'est pas convaincue, continuant à poser des questions... et à se faire quelques ennemis au passage.

Ce roman n'est pas un whodunnit classique. L'intégration d'Agatha Raisin dans le village, ses interventions aux réunions du comité féminin local, ses virées au pub, son organisation d'une vente de charité nous intéressent tout autant que le fait de savoir ce qui est vraiment arrivé au juge. C'est un roman frais, léger, qui nous permet à l'occasion de découvrir un peu les Costwolds. Une lecture vraiment plaisante. J'ai hâte de découvrir le 2e tome, même s'il semble un peu en dessous du premier d'après ce que j'ai pu lire de vos avis. 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte !

Cryssilda et moi vous faisons gagner ce premier tome des aventures d'Agatha Raisin pour le mois anglais. N'hésitez pas à aller voir les concours que nous vous proposons grâce aux éditeurs partenaires de nos blogs. Nous avons seulement annoncé les gagnantes du premier concours et pourrons nous poser ensemble sur les concours suivants la semaine prochaine ; vous pouvez donc toujours y participer ! 

Lu dans le cadre de la LC consacrée aux auteurs contemporains sur le Mois anglais, ainsi que pour les challenges British Mysteries et Femmes de Lettres.

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320 p

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T1, La Quiche Fatale, 1992

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03/06/2016

Stella Gibbons, Westwood

gibbons_westwood_points.jpgJ'ai plusieurs Stella Gibbons en attente chez moi et je m'en réjouis après cette première lecture. Si Westwood n'est pas tout à fait un coup de coeur, c'est un roman tout en nuances qui ravira les amateurs de littérature anglaise et notamment, de classiques "Vintage".

Jeune enseignante, Margaret vient de s'installer à Londres pendant la guerre avec ses parents, qui lui donnent l'image d'un mariage peu épanouissant. Dotée d'un physique quelconque, la jeune femme est très, voire trop sérieuse, malgré une grande sensibilité pour l'Art sous ses différentes formes. A l'inverse, son amie d'enfance Hilda récemment devenue sa voisine est très jolie, assez frivole, ne s'intéresse qu'aux films faciles et semble supporter la guerre avec une légèreté qui fait défaut à Margaret.

gibbons_westwood.jpgPar hasard, Margaret fait la rencontre du peintre Alexander Niland et de son beau-père dramaturge Gerard Challis, qui s'avère être un proche voisin vivant à Westwood, une superbe maison. Grâce à Zita, réfugiée juive travaillant chez les Challis, Margaret va obtenir son droit d'entrée à Westwood et côtoyer ainsi cette famille qui la fascine, en particulier le dramaturge qu'elle juge tout à fait admirable. Peu lui importe de devoir supporter les railleries de sa fille superficielle ou d'être régulièrement sollicitée pour s'occuper des petits-enfants que les femmes de la maison semblent incapables de gérer seules (sans penser même aux hommes, artistes au-delà de toutes ces considérations bassement matérielles -  à une époque où, de toute façon, l'homme ne joue pas ce rôle dans le foyer). Bien qu'on ne puisse se retenir de grincer des dents face aux mauvaises manières et à l'arrogance des Challis et des Niland, qui profitent allègrement de Margaret, difficile de ne pas être sous le charme de cette maisonnée. Nous suivons ainsi Margaret pendant plusieurs mois, entre son travail qu'elle prend moins au sérieux au fil du temps, ses visites à Westwood, ses sorties au concert et l'intimité qu'elle noue avec un ami de son père... autant de changements dans son quotidien qui la feront évoluer.

En parallèle, et bien que sûr de son pouvoir de séduction, le cinquantenaire Gerard Challis fait une cour laborieuse à Hilda, rencontrée dans le métro. Le charme et la beauté de la jeune femme l'empêchent d'admettre ses lacunes intellectuelles et son indifférence royale à tous ses discours pompeux. Bien évidemment, Hilda et Margaret sont loin de se douter du fait que toutes deux côtoient le même homme dans des circonstances bien différentes.

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On savoure ce roman délicat qui fait vivre sous nos yeux Hampstead et Highgate sous le Blitz, nous donnant à voir une capitale très vivante et gaie malgré les bombes allemandes. Le portrait qui nous est fait de Londres nous offre de très beaux passages, tel que celui-ci par exemple : Tant que dura l'été, la beauté l'emporta sur la tristesse, car le soleil bénissait toute chose - les ruines, les visages fatigués, les fleurs sauvages aux longues tiges et les étendues obscures d'eau stagnante - et, durant ces mois de calme, Londres dévasté fut aussi beau qu'une ville de rêve (p 8).

Stella Gibbons ne fait pas de cadeau à ses personnages : chacun a son lot de défauts, et même si aucun n'est fondamentalement antipathique, il est difficile de les apprécier ou, a fortiori, de les admirer. Notre héroïne n'échappe pas à la règle en raison de la passivité dont elle fait preuve alors que tout le monde semble trouver normal de profiter de sa générosité.

Preuve du plaisir que j'ai pris à le lire, mon exemplaire de Westwood est constellé de post-its, aussi bien pour retrouver de belles descriptions, des considérations sur la psychologie des personnages ou tout simplement, des touches d'humour. Je ne résiste pas au plaisir de vous citer cet extrait où Margaret farfouille dans une pile de livres d'occasion : Alors qu'elle ouvrait avec circonspection des sermons et des biographies de respectables nullités du dix-neuvième siècle depuis longtemps défuntes, elle aperçut soudain ce gros volume d'âge vénérable, dont la reliure vert foncé avait connu des jours meilleurs et dont la couverture arborait encore une gravure dorée défraîchie de la porte de Highgate (p 344).

Amoureux des lettres anglaises, Stella Gibbons est à découvrir sans plus attendre !

Lu dans le cadre du Mois anglais organisé ici et avec ma comparse Cryssilda, pour la lecture commune autour des (Vieilles) dames indignes ou indignées (thème qui me laisse un peu perplexe mais qui est il est vrai très amusant).

L'avis en anglais de Book Snob, qui émet quelques réserves que je rejoins en partie, même si j'ai trop apprécié ce livre pour souhaiter mettre en avant ses quelques faiblesses.

Merci aux Editions Points pour cette lecture !

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522 p

Stella Gibbons, Westwood, 1946

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13/02/2016

Stephanie Lam, The Mysterious Affair at Castaway House

lam_mysterious affair castaway house.jpgL'année 2016 s'annonce riche en lectures heureuses si je continue sur cette voie... Après l'excellent roman Une Odeur de Gingembre et malgré une petite perte de vitesse à la lecture de L'extraordinaire voyage de Sabrina (roman jeunesse honorable néanmoins), j'ai ouvert un roman repéré il y a quelques mois sur les blogs anglo-saxons et reçu en cadeau à Noël : The Mysterious Affair at Castaway House de Stephanie Lam. Autant le dire de suite, c'est presque un coup de coeur.

Ce livre est un peut-être un peu trop rapidement classé dans la catégorie des « mystery novels » et pourrait laisser penser qu'il s'agit d'un thriller historique saupoudré d'un brin de paranormal – malgré les chroniques dans l'ensemble très enthousiastes, j'ai lu quelques avis plus mitigés de lecteurs qui justement avaient attendu ce type de roman et étaient restés un peu sur leur faim. Je dirais plutôt qu'il s'agit d'un roman historique campant avec succès deux époques, les années 1920 et 1960, dont les protagonistes finissent par voir leurs trajectoires respectives se croiser autour d'une maison enveloppée d'un certain mystère.

Dans les années 1920, le jeune Robert Carver se rend chez son cousin Alec Bray pour passer l'été dans sa maison en bord de mer afin de se remettre de soucis respiratoires sérieux. Il est le parent pauvre d'une famille habituée à vivre dans le luxe. Castaway House n'est qu'une « maison de vacances » mais domine pourtant toutes les autres maisons de la ville par sa taille et son élégance. Robert est heureux de retrouver un cousin qu'il idéalise et profite d'un été de camaraderie, dont l'insouciance est vite assombrie par l'humeur changeante d'Alec, son mariage scandaleux avec une actrice qui désormais le déteste, son penchant marqué pour l'alcool et ses mauvais investissements sur le point de le conduire à la ruine.

En parallèle, dans les années 1960, la jeune Rosie Churchill a quitté le domicile familial et abandonné ses études brusquement, élisant domicile à Castaway House. Quarante ans après, la somptueuse demeure a été mal entretenue et démembrée en de nombreux appartements plutôt miteux et mal chauffés.

Parmi les atouts de ce livre, une belle mise en perspective à travers l'évolution de la maison et de certains personnages sur quarante ans, les deux époques étant bien restituées, dans un cadre de station balnéaire plutôt original. Les protagonistes sont intéressants, même si j'ai préféré pour ma part les chapitres se déroulant dans l'entre-deux-guerres, un monde mêlant espoir et désillusion, élégance et subversion dans un environnement encore étriqué et soumis au respect d'un certain décorum. J'ai trouvé les personnages de cette époque un peu plus touchants mais aussi profonds, même si après quelques pages j'ai toujours repris avec grand plaisir la lecture des passages traitant de Rosie et des années 1960.

Un roman historique réussi, terriblement anglais... à conseiller sans hésiter aux amateurs du genre. On trouve un peu de tout en la matière, avec des intrigues parfois un peu faciles ou un style un peu décevant. Ce livre n'est assurément pas de ceux-là.

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504 p

Stephanie Lam, The Mysterious Affair at Castaway House, 2014

(VF : L'Etrange Histoire du Manoir de Castaway)

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24/06/2015

Katherine Woodfine, The Mystery of the Clockwork Sparrow

woodfine_Clockwork-Sparrow.jpgLors de mon incontournable passage à Waterstones il y a quelques jours, j'ai succombé à ce roman paru début juin et mis à l'honneur dans cette librairie. Il faut dire que la couverture est superbe et, quand j'ai découvert que le récit se déroulait début XXe et s'inspirait de l'ouverture des principaux grands magasins londoniens (Liberty, Fortnum & Mason, Selfridges, Harrods...), je me suis dit que nous étions faits pour nous rencontrer.

Adolescente, Sophie a récemment perdu son père. Après avoir vécu dans un confort certain, veillée par une gouvernante, Sophie se retrouve sans un sou et obligée de travailler (j'avoue ne pas avoir compris le postulat de base - comment son père apparemment rigoureux aurait-il pu ne pas s'assurer de son avenir alors qu'il menait une vie dangereuse ? Mais passons). Elle trouve un emploi de modiste au sein d'un grand magasin luxueux sur le point de s'ouvrir, Sinclair's. C'est une opportunité pour elle car les conditions offertes aux employés sont largement plus attractives que dans les enseignes déjà existantes. 

Sophie s'investit pleinement dans son nouveau travail, malgré ses collègues immédiates, de vraies pestes qui ont décidé de se moquer de chacun de ses faits et gestes. Heureusement, elle va se lier rapidement à Lil, actrice en herbe embauchée comme mannequin ; Billy, portier et garçon à tout faire ; et enfin, Joe, qui cherche à fuir un gang de l'East End.

En vue de l'ouverture du magasin, le propriétaire, Mr Sinclair, décide d'exposer de superbes pierreries et un moineau mécanique serti de pierres précieuses. Ces objets de valeur sont dérobés un soir et les soupçons se tournent d'emblée vers Sophie, qui risque d'être injustement accusée. Les adolescents vont donc mener l'enquête, la police s'étant visiblement déjà fait une idée peu favorable à la jeune fille. Leur destin croisera celui du Baron, ombre planant sur Londres, grand architecte du crime de l'East End, sur qui courent d'inquiétantes légendes... mais que personne n'a jamais vu.

J'ai beaucoup aimé me plonger dans ce roman et retrouver un lieu que j'apprécie vraiment. L'auteur invite à imaginer Sinclair's à l'endroit où se situe le Waterstones de Picadilly. Ayant acheté mon roman là et passé si souvent les portes de cette librairie, j'ai particulièrement aimé cette référence qui m'a fait me replonger dans des lieux où j'aime flâner. Le roman en lui-même se lit bien. Je me suis régalée avec la partie consacrée au magasin et notamment, aux préparatifs en vue de la venue du public. Les personnages sont assez bien croqués, notamment ceux qui ont le mauvais rôle ; les héros, eux, sont plutôt attachants. J'avoue que mon intérêt pour l'enquête s'est un peu émoussé à moment donné, l'histoire n'allant pas assez vite à mon goût. Néanmoins, la fin ouvre de nouvelles pistes et a éveillé ma curiosité. Un deuxième tome sortira l'an prochain. Peut-être le lirai-je également. En tout cas, voici une lecture agréable, finalement plutôt destinée à un public adolescent - même si elle se laisse bien lire par les adultes !

You are cordially invited to attend the grand opening of Sinclair's department store.

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336 p

Katherine Woodfine, The Mystery of the Clockwork Sparrow, 2015

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10/06/2015

Barbara Comyns, The Vet's Daughter

comyns_vets daughter.jpgAujourd'hui j'avais prévu de participer à la lecture commune autour de Terry Pratchett, mais je peine à terminer mon roman. Je l'ai donc un peu mis de côté en espérant vous en parler avant la fin du Mois anglais. A la place, je vous présenterai The Vet's Daughter de Barbara Comyns. J'ai découvert cet écrivain au cours d'un de mes séjours en Angleterre. J'ai toujours l'habitude de prévoir du temps pour explorer tranquillement les rayons d'une librairie ou deux quand je m'y rends. Je fais systématiquement un tour du côté des Modern classics ou des Vintage classics qui sont souvent rassemblés sur quelques étagères et parfois mis en avant sur une table. J'ai fait pas mal de trouvailles comme ça et eu de très bonnes surprises. Ce roman en fait partie (si bien que je compte chercher d'autres titres de Barbara Comyns lors de mon escapade à Londres cette semaine). Mais trêve de bavardages, parlons donc plutôt du roman !

The Vet's Daughter est un curieux roman, peut-être un brin dérangeant ; il dégage en tout cas une ambiance très particulière qui en fait un livre à part. La narratrice Alice Rowlands vit dans une quartier assez populaire de Londres. Son père est vétérinaire, c'est aussi un homme d'humeur sombre, qui n'aime ni sa femme ni sa fille et se montre souvent distant avec elles et parfois même brutal. Alice a une bien triste vie dans cette maison peu ensoleillée où elle a l'habitude de nettoyer les cages et de nourrir les animaux laissés en pension. Le métier de son père ne se limite pas aux soins ; il couvre ainsi le gardiennage mais aussi l'euthanasie pour les animaux dont on ne veut plus. Pour gagner davantage, le père vend les malheureuses bêtes concernées à un homme qui fait des vivisections. Alice n'a qu'une amie sourde muette, qui s'apprête à rejoindre l'atelier d'une modiste et sera ainsi moins présente. Heureusement elle compte deux autres alliés dont un futur vétérinaire amoureux d'elle mais pas assez séduisant à son goût, qu'elle surnomme Blinkers. Au cours du roman, de nombreuses péripéties vont bouleverser le quotidien d'Alice, dont une en particulier, puisqu'elle découvre qu'elle est capable de léviter. 

Sarah Waters parle de "Gothic masterpiece" sur la 4e de couverture, mais je trouve que l'atmosphère qui se dégage de ce roman est plus subtile (n'y voyez pas là une critique contre les romans gothiques ou d'inspiration gothique car j'en raffole). Nous suivons pendant quelque temps le quotidien d'une jeune fille anglaise de classe moyenne, qui mène une vie peu commune du fait du métier de son père. Elle s'exprime de façon très factuelle, raconte les faits marquants de cette période en allant droit au but. Très observatrice, elle intègre soudain la lévitation à son récit sans faire grand cas de l'évènement, donnant ainsi au lecteur une impression peu confortable : le récit est on ne peut plus factuel et terre-à-terre ; pourtant, soudain, un évènement hors normes se produit. La rupture d'équilibre qui en découle est pour le moins déstabilisante.

[Quelques spoilers dans ce paragraphe] Le récit est par ailleurs porté par des personnages très intéressants, bien que peu attachants. Le père est détestable dès le début, il le deviendra plus encore par la suite mais il perd de son autorité lorsqu'on le voit parler seul ou manifester un penchant certain pour la boisson à moment donné. Alice a eu une enfance peu heureuse et a toujours dû se plier en quatre pour assurer le confort de son père, mais lorsqu'elle aura l'occasion de s'éloigner de la maison paternelle, elle profitera de la gentillesse de son employeuse et se montrera subitement remarquablement égoïste. Son manque de clairvoyance en matière d'hommes est par ailleurs étonnant pour quelqu'un qui a été aussi mal aimée qu'elle. On pourrait l'imaginer capable d'aller vers le gentil Blinkers pour s'éloigner de son père et contracter un mariage basé sur le respect et la bonne entente - ce qui, à l'époque, était déjà une belle perspective. Pourtant, elle préfère prendre le risque de s'aliéner son prétendant en fréquentant un jeune homme riche et séduisant qu'elle croise à moment donné. La complexité des personnages est ainsi l'un des points forts de ce court roman étonnant et très bien mené que j'ai pris grand plaisir à découvrir.

Pour terminer, j'ajouterai ici l'avis de Graham Greene : "The strange offbeat talent of Miss Comyns and that innocent eye which observes with childlike simplicity the most fantastic or the most ominous occurrence, these have never, I think, been more impressively exercised than in The Vet's Daughter".

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159 p

Barbara Comyns, The Vet's Daughter, 1959

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04/06/2015

L.C. Tyler, Etrange suicide dans une fiat rouge à faible kilométrage

tyler_etrange suicide dans une fiat.JPGJ'ai failli passer à côté de ce roman malgré sa chouette couverture. Je m'étais surtout arrêtée à la Fiat - moi qui n'aime pas les voitures et ne sais pas distinguer une Mercedes d'une Twingo ou peut s'en faut – et je n'avais pas du tout réalisé que le roman pouvait se dérouler en Angleterre (eh bien oui, peut-être qu'un taxi londonien, voire une Mini à faible kilométrage m'auraient mis la puce à l'oreille mais la Fiat, non). Bref, c'est un peu par hasard que je suis finalement revenue sur mes pas en librairie pour y jeter un oeil et là, lorsque j'ai vu que le héros était écrivain ET anglais, j'ai bien sûr commencé à trouver ce livre bien plus intéressant. Que voulez-vous, quand on est « du bon côté de la Manche », comme le dit l'un des personnages (p 238), je suis aux anges.

Ethelred Hengist Tressider (oui, je sais) est donc un écrivain plus ou moins raté qui gagne à peu près correctement sa vie tout en restant lucide en ce qui concerne la qualité de ses rejetons littéraires. Il publie sous trois noms différents des polars contemporains et historiques ainsi que des romans à l'eau de rose (sous le pseudo adapté au genre d'Amanda Collins : C'était évidemment, comme tous les romans à l'eau de rose, un ramassis de conneries » p 113 - dixit son agent aux avis tranchés).

En réalité, nous entendons surtout parler de la série consacrée à l'inspecteur Fairfax : Peter Fielding écrit des polars ayant pour héros le redoutable inspecteur Fairfax, de la police du Buckfordshire. Fairfax a la cinquantaine bien tassée et le tempérament aigri par son absence de promotion et mon inaptitude à lui écrire des scènes de sexe d'aucune sorte. Quand je l'ai créé, il y a seize ans, il avait 58 ans et il était à deux doigts de partir en préretraite. Il a maintenant 58 ans et demi et a résolu douze affaires quasiment insolubles au cours des six derniers mois. Il a donc légitimement le droit de penser qu'il mérite une promotion (p12).

Divorcé depuis des années (et plaqué pour son ex meilleur ami), Ethelred voit un jour la police débarquer pour lui apprendre la disparition de son ex-femme Géraldine. Les choses s'aggravent lorsqu'on retrouve le corps d'une femme étranglée rapidement identifiée comme étant celui de Géraldine. Dès lors, poussé par son agent littéraire Elsie (qui n'a pas sa langue dans sa poche et n'hésite pas à lui dire que son dernier roman, c'est de la merde, et pour être plus précise, de la merde de chien), Ethelred va mener sa petite enquête en parallèle, alors que tous les soupçons des autorités se portent d'abord sur lui.

Une histoire rafraîchissante, pleine d'humour et d'ironie très British, dont le dénouement m'a prise au dépourvu (je parle de la chute et de l'hypothèse extravagante d'Elsie qui laisse espérer une suite à cette histoire). L'été approche, aussi je ne saurais trop vous conseiller de penser à ajouter ce titre à vos lectures de bord de mer, histoire de démêler ce joyeux tissu de mensonges au soleil (car du soleil, j'ai eu le sentiment qu'il n'y en avait pas beaucoup dans ce roman).

Sur ce, je vous laisse méditer sur cette dernière phrase : Il y a une différence majeure entre la fiction et la vraie vie. La fiction doit être crédible (p 98).

272 p

L.C. Tyler, Etrange suicide dans une fiat rouge à faible kilométrage, 2007

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01/08/2014

Ian Mc Ewan, Amsterdam

mc ewan_amsterdam.jpgPour cette lecture commune autour de Ian Mc Ewan j'ai choisi de découvrir un livre étrange, Amsterdam.

A l'enterrement de leur amie et ex-maîtresse Molly, Clive et Vernon se retrouvent. La cérémonie impersonnelle a été orchestrée par le veuf, autrefois très possessif. Est également présent Garmony, ministre réactionnaire, autre amant de Molly.

Nostalgiques de leurs jeunes années et de leurs aventures passées, Clive et Vernon sont à un tournant de leur vie : leur obsession pour leur travail, leur étroitesse d'esprit et leur manque de clairvoyance vont bientôt les conduire à leur perte.

Vernon est patron d'un journal dont les ventes s'érodent. Il est alors contacté par le mari de Molly qui lui remet des clichés compromettants du ministre Garmony : voilà qui pourrait permettre au journal de remonter la pente. En bon businessman, Vernon est convaincu de devoir saisir cette opportunité et ne s'embarrasse pas de questions d'éthique, contrairement à Clive choqué par l'attitude de son ami.

Quant à l'artiste Clive, il peine à trouver l'inspiration pour une symphonie du millénaire et s'en va dans la région des Grands Lacs. Lors d'une promenade, il assiste à l'agression d'une femme sans rien faire car il vient de trouver une suite à son oeuvre. Vernon lui apprend plus tard qu'il s'agissait du violeur des Grands Lacs et le somme de se rendre à la police pour témoigner.

En quelques étapes décisives sur lesquelles il ne sera pas possible de revenir, l'amitié entre Clive et Vernon est mise à l'épreuve avant de s'effriter inéluctablement. D'autres pensées l'en distrayaient de temps à autre, et par moments il se mettait à lire, mais tel fut le thème qui accompagna son voyage vers le nord : le long et minutieux réexamen d'une amitié (p 101).

Froidement orchestré autour de personnages « marionnettes », ce roman offre un bien curieux exercice littéraire. Ne vous attendez pas à vous attacher aux personnages, ce n'est pas le propos ici. J'ai pour ma part passé un très bon moment avec ce livre original dans lequel tout un univers s'écroule comme un château de cartes à partir d'une série de choix malheureux. On pourra sans doute reprocher à Ian Mc Ewan d'avoir livré une construction artificielle mais Amsterdam ne manque pas d'intérêt. Malgré quelques maladresses, le récit ne manque pas d'anecdotes marquantes. Un passage m'a notamment interpelée. Alors que Vernon s'apprête à savourer son triomphe la veille de la publication de choc qui devrait signer la fin de la carrière politique de Garmony, le responsable de la rubrique nécrologique lui tend un papier : Il devait s'agir du papier qu'on lui avait demandé de préparer au cas où Garmony se flinguerait (p 161). Et le récit est en effet bien souvent cynique.

Je ne peux que vous recommander de découvrir ce livre original à votre tour. Il me donne envie de poursuivre ma découverte de l'oeuvre de Mc Ewan, c'est certain !

 

Quelques citations relevées ici ou là :

Il aurait pu couper à ses obligations en évoquant la liberté de l'artiste, mais semblable arrogance lui était odieuse. (…) Ces gens-là – les romanciers étaient de loin les pires – parvenaient à convaincre leur entourage que non seulement leur temps de travail, mais la moindre de leurs siestes et de leurs promenades, leurs accès de mutisme, d'abattement ou d'ivrognerie étaient couverts par l'immunité des grands desseins. Un masque pour la médiocrité, estimait Clive (p 94).

Malgré le froid, il ouvrit grand la fenêtre pour pouvoir respirer, tout en défaisant ses bagages, l'air hivernal caractéristique de la région des lacs – eau de tourbières, roche mouillée, terre moussue (p 101).

Chez ceux qui remâchent une injustice, on voit parfois l'appétit de vengeance se dissimuler ainsi, commodément, sous le sens du devoir (p 213).

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253 p

Ian Mc Ewan, Amsterdam, 1998

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29/06/2014

Julian Barnes, Une Fille, qui danse

julian barnes,une fille qui danse,challenge bbc 2014,mois anglais,mois anglais 2014,challenge i love london,angleterre,angleterre xxe,roman anglaisA 22h passées je vais tenter de me joindre à la LC autour de Julian Barnes en cette fin de Mois anglais ! Voici donc quelques impressions de lecture au sujet d'Une Fille, qui danse, roman qui me laisse plutôt songeuse...

Tony, le narrateur, revient sur ses années de lycéen et d'étudiant, époque où il fréquentait Adrian, étudiant brillant qui s'est donné la mort. Tony et Adrian font partie du même petit cercle, puis tomberont amoureux de la même fille. Des années plus tard, Tony s'interroge sur les raisons qui ont poussé Adrian à se suicider.

S'ensuit une longue réflexion sur le rapport au temps, à la mémoire et sur la perception des événements passés. L'Histoire, ce ne sont pas les mensonges des vainqueurs, comme je l'ai trop facilement affirmé au vieux Joe Hunt autrefois ; je le sais maintenant. Ce sont plutôt les souvenirs des survivants, dont la plupart ne sont ni victorieux, ni vaincus (p 86). Le cheminement intellectuel de Tony est intéressant, son analyse pertinente et extrêmement lucide même si j'ai trouvé ses remarques sur la jeunesse et le temps qui file à toute allure démoralisantes.

Tony fait souvent référence à un évènement naturel étonnant, un fleuve qui inverserait sa trajectoire subitement. Et ce temps personnel, qui est le vrai temps, se mesure dans notre relation à la mémoire. Alors, quand cette chose étrange est arrivée - quand ces nouveaux souvenirs me sont soudain revenus -, ç'a été comme si, pendant ce moment-là, le temps avait été inversé. Comme si, pendant ce moment-là, le fleuve avait coulé vers l'amont (p 174).

J'ai été moins convaincue par l'aspect narratif. Les interrogations concernant Adrian poussent Tony à renouer avec leur petite amie commune, qui m'a paru être une fille hystérique, dérangée et insupportable. Les échanges entre les anciens amants m'ont paru assez artificiels en raison du personnage féminin, si survolté qu'il en devient caricatural et peu crédible. Enfin je reste dubitative quant aux raisons qui ont poussé Adrian à mettre fin à ses jours et surtout, pourquoi Tony s'en veut tellement et pourquoi son ex petite amie le hait. J'ai d'abord pensé que Tony se reprochait l'envoi d'une lettre horrible à son ami et s'en voulait d'autant plus que ses menaces ont finalement correspondu à la réalité ; son ancienne petite amie lui en aurait voulu pour les mêmes raisons. Néanmoins ce n'est pas franchement vraisembable, et la raison de la mort d'Adrian pourrait être celle-ci : Il n'avait pas noblement refusé un don existentiel : il avait peur du landau dans le vestibule (p 201), auquel cas ma première théorie ne tient pas debout. Pour l'instant aucune hypothèse ne m'a vraiment convaincue. Bref, je ressors un peu perplexe des dernières pages de ce roman.

Un Fille, qui danse est indéniablement écrit par un bel auteur et ne manque pas de qualités mais malgré tout l'intérêt que je lui ai porté mon plaisir de lecture a été variable, sans doute également car je ne me suis attachée à aucun personnage. C'est peut-être un beau texte mais il en émane une certaine froideur.

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212 p

Julian Barnes, Une Fille, qui danse, 2011

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26/06/2014

Vita Sackville-West, Le Diable à Westease

sackville west_diable-a-westease.jpg1946. Dans la Royal Air Force pendant la guerre, Roger Lilliard est l'auteur d'un roman à succès et cherche à s'établir à la campagne pour se consacrer à l'écriture et éloigner les souvenirs du récent conflit. Il découvre l'endroit idéal à Westease, paisible village au charme fou. Pourtant, peu après l'arrivée de Roger, un meurtre va bouleverser les habitants du village. La piste d'un meurtrier extérieur est rapidement écartée. Le diable habiterait-il à Westease ?

Le Diable à Westease est un roman très différent de ce à quoi je m'attendais. Malgré le sujet relevant du genre policier, je pensais retrouver la patte de la brillante Vita Sackville-West avec toute son originalité et sa fraîcheur. En réalité ce roman est un whodunnit malheureusement classique, à mon avis assez convenu. Pour la première fois je me suis presque ennuyée avec cet auteur que j'adore, le récit manquant de dynamisme malgré le format relativement court. Passons sur Roger qui veut voguer « sur le navire de l'amour » (j'ai pris cette remarque pour un trait d'esprit moqueur). L'intrigue reste sympathique sans bouleverser les codes du genre. Les personnages sont pour certains inconsistants (par exemple Mary qui aurait pu incarner une héroïne moderne), tandis que d'autres sont assez artificiels et auraient mérité d'être davantage développés. Je n'irais pas jusqu'à dire que l'intrigue est cousue de fil blanc mais elle manque cruellement de profondeur. Le dernier renversement de situation m'a fait penser qu'au fond, Vita Sackville-West doutait elle aussi de la crédibilité de son histoire.

L'intérêt du récit réside à mon avis dans cette interrogation éthique soulevée à la fin : la vie d'un seul homme vaut-elle davantage que celle de la multitude ? Le meurtre d'un simple pasteur de campagne peut-il rester impuni si son auteur est un génie ?

Je déconseille ce roman à ceux qui n'auraient pas encore découvert Vita Sackville-West car il n'est pas du tout représentatif de son oeuvre, aussi bien par le genre que par la qualité. Toute Passion abolie est par exemple bien plus abouti ; The Edwardians (Au Temps du Roi Edouard) est pour moi un petit chef-d’œuvre. Ici de meilleurs romans :

205 p

Vita Sakville-West, Le Diable à Westease (The Devil at Westease), 1947

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28/09/2013

T.J. Middleton, Oh, my dear !

middleton_oh my dear.jpgVoilà un roman qui m'intriguait à sa sortie ; j'ai de suite aimé la couronne mortuaire (dont les fleurs blanches feraient d'ailleurs davantage penser à un mariage - sans doute pas un hasard), le titre et l'idée de départ.

Al Greenwood, la cinquantaine, n'en peut plus de sa femme Audrey. Si bien qu'au lieu de jeter les voiles, d'envisager un divorce bien classique, il décide plus simplement de la supprimer. Avec une technique infaillible : en la poussant du haut d'une falaise, un jour de tempête où personne ne risque de se trouver dehors. Manque de chance, en rentrant chez lui, il trouve sa chère et tendre en train de l'attendre de pied ferme, sous le coup d'un sursaut étrange de sa libido. Dès lors Al ne contrôle plus rien : Miranda, dont il est le père naturel, a disparu le même jour et portait un ciré jaune, comme celui d'Audrey. Serait-ce sa propre fille qu'il a assassiné ?

Oh, my dear ! est un roman différent de ce que j'avais pu imaginer en lisant le résumé de l'éditeur. Je m'attendais à un petit concentré d'humour noir, comme nos amis anglais en sont si friands. Certes, l'humour est là, mais c'est finalement davantage un roman à suspense. Les personnages ont tous un petit côté fêlé et presque tous auraient quelque chose à cacher. Chantage, menaces, mensonges, quelques bagarres, manipulation, voilà de quoi sont faites les relations entre les protagonistes. Et Al est loin d'être le seul à envisager les solutions les plus radicales à ses problèmes.

Un roman qui se lit facilement (même si je l'avais laissé traîner pendant deux semaines, j'ai lu le dernier tiers d'un trait ce matin), à la frontière entre thriller et humour British. Certes, l'intrigue s'essouffle un peu à moment donné et le texte n'est pas non plus hilarant. Malgré tout, les personnages de ce charmant petit coin anglais sont plutôt bien croqués. Les motivations des uns et des autres sont assez sordides et il est amusant de voir à la fin lequel d'entre eux l'emporte par la cruauté. Un agréablement divertissement.

Merci aux Editions Cherche Midi pour ce sympathique moment de lecture.

D'autres avis sur le site web Plume Libre.

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304 p

T.J. Middleton, Oh, my dear !, 2008

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15/09/2013

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères Inapprivoisées

sharpe_gang des megeres.jpgDe temps en temps, en ouvrant un roman, le lecteur innocent peut être amené à penser que vraiment, l'auteur est un peu fou. C'est ce qui m'est arrivé lorsque j'ai commencé à lire Le Gang des Mégères Inapprivoisées de Tom Sharpe... et j'ai été complètement conquise par le petit univers loufoque qui se mettait en place sous mes yeux !

Avant de revenir au vif du sujet et à une histoire bien contemporaine, le narrateur prend le temps de préciser le contexte... pour le moins original ! Nous découvrons ainsi l'histoire d'une dynastie, celle des Grope, qui vivent dans une espèce de ferme-forteresse gardée par deux taureaux se baladant en toute liberté sur la propriété.

Nous voilà d'abord partis à l'époque des Vikings, avec l'arrivée d'un certain Awgard le Pâle, malade comme un chien lors de la traversée en mer. Mais laissons Tom Sharpe vous conter lui-même la naissance de la maison Grope.

Au lieu de violer quelques nonnes, comme c'était la règle, il se jeta aux pieds de la soeur servante, qu'il avait croisée dans le fournil et qui se demandait si elle avait envie ou non de se faire violer. Pas belle pour un sou et ayant déjà été laissée pour compte lors de deux précédents raids vikings, Ursula Grope fut ravie d'être choisie par le bel Awgard ; elle l'emmena loin de l'orgie dégoûtante qui se déroulait dans le couvent et le conduisit dans la vallée solitaire de Mosedale, à la cabane en tourbe dans laquelle elle était née. Le retour de sa fille, dont il espérait être débarrassé à jamais - et en compagnie de l'immense Awgard le Pâle -, terrifia si fort son simple porcher de père qu'il n'attendit pas de vérifier les intentions réelles du Viking et prit ses jambes à son cou. (...) Forte d'avoir épargné à Awgard les horreurs d'une traversée du retour, Ursula insista pour qu'il sauve son honneur de religieuse inviolée et fasse son devoir. C'est là, dit-on, l'origine de la maison Grope (p 10).

Les Grope ont créé leurs propres traditions, en rupture totale avec les codes d'une société très patriarcale. Les femmes sont chefs de famille et les maris sont choisis pour leur effacement et leur capacité à produire des filles. Les garçons sont rapidement écartés, envoyés en mer par exemple, ou confiés à l'Eglise pour pouvoir ensuite notamment procéder à des mariages plus ou moins douteux au sein de la famille. Certains garçons seraient tout simplement supprimés à la naissance. Quant aux maris, on se préoccupe peu de savoir s'ils sont consentants parfois. Certains sont défiés sur la place du village et contraints d'épouser la fille Grope qui a réussi à les terrasser ; d'autres sont plus simplement kidnappés. La réputation des Grope devenant de plus en plus sinistre avec les siècles, on se réjouit de l'arrivée du chemin de fer qui permet de trouver des mâles innocents facilement.

Retour au présent. Le jeune Esmond Burnes vit avec ses parents, qui, appelons un chat un chat, en tiennent une sacrée couche ! Sa mère vit dans un roman de Barbara Cartland, a choisi le prénom de son fils en fonction de ses lectures et raconte à tout le monde que c'est "un enfant de l'amour" sans réaliser qu'elle crie haut et fort que c'est un fils illégitime (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas). Le père, banquier, très discret, se demande comment il a pu se décider à épouser sa femme et est tellement effaré par la ressemblance qu'il constate entre Esmond et lui qu'il finit par craquer suite à une soirée arrosée au pub et essaie d'attaquer son fils avec un couteau. Pour protéger son enfant de l'amour, Mrs Burnes demande à son frère mafieux de l'accueillir chez lui quelque temps. Sans se douter qu'une implacable mécanique vient de se mettre en marche et va bouleverser tout leur univers. C'est là qu'intervient une femme de la maison Grope. Je vous laisse imaginer la suite...

J'ai adoré le principe de départ, cette dynastie matriarcale qui, dans son extrêmisme, est forcément effrayante, mais qui s'amuse à prendre le contrepied de nombreux clichés de notre société avec beaucoup d'humour. Ces Grope sont assez terrifiantes mais il est plaisant d'imaginer cette dynastie vivant en marge de la société, avec ses propres règles, en quasi autarcie. La première partie mettant cette famille à l'honneur est très réussie, de même que la rencontre avec la famille Burnes, en apparence bien plus conventionnelle mais finalement non exempte de sérieux dysfonctionnements. Malheureusement, l'histoire prend un drôle de tour ensuite et perd un peu l'originalité qui faisait la force des premiers chapitres ; la fin est un brin décevante, un peu trop conventionnelle pour un récit si bien parti. Malgré tout, le roman se lit avec grand plaisir et mérite vraiment le détour pour les excellents premiers chapitres.

Par ici, un autre roman de Tom Sharpe que j'avais adoré - je me marre en relisant ma chronique et en me remémorant les personnages (quoi ? il y a quatre ans déjà ?) : La route sanglante du jardinier Blott. Et je viens de découvrir la présence de Sharpe sur ma liseuse... eh bien cette fois-ci je ne tarderai pas à le retrouver j'espère !

Une lecture commune autour de Tom Sharpe : (liens ajoutés quelques jours plus tard car j'étais en Angleterre au moment de la publication de nos billets)

- Wilt 1CléantheMartineValentyne

- Wilt 2Adalana

- Wilt 3Delphine

- Le gang des mégères inapprivoisées : Denis, Lou et Noctembule

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219 p

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères inapprivoisées, 2009 (en anglais : The Gropes)

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06/07/2013

Jane Austen, Sense and Sensibility

austen_sense and sensibility.jpgC'est avec une pointe de nostalgie que j'ai refermé Sense and Sensibility, puisqu'il s'agissait du dernier des six romans achevés de Jane Austen que je lisais (après avoir espacé autant que possible ces lectures). Je relirai prochainement Northanger Abbey, jamais chroniqué ici, et il me reste des textes plus courts ou inachevés à découvrir, mais une page se tourne dans ma petite vie de lectrice.

Sense and Sensibility est peut-être l'un des romans les plus faciles d'accès de Jane Austen pour une première lecture de l'auteur, bien que, comme toujours avec cet écrivain, les apparences (une simple histoire de filles à marier ?) cachent un univers riche et passionnant, pour lequel existent de multiples clefs de lecture. D'ailleurs, pour ceux qui pensent que Jane Austen écrit des romans à l'eau de rose, il faut savoir qu'elle a le don d'expédier les mariages en trois lignes ; une fois parvenus à l'autel, elle ne s'intéresse plus vraiment à ce qu'il adviendra de ses personnages, et lorsque plus rien n'empêche les amoureux de se retrouver, plus la peine d'entrer dans les détails. Ainsi par exemple dans ce roman, sur une demande en mariage que l'on attendait depuis les premiers chapitres : How soon he had walked himself into the proper resolution, however, how soon an opportunity of exercising it occurred, in what manner he expressed himself, and how he was received, need not be particularly told. (p 386) Romantique, Jane Austen ?

[Spoilers ensuite]

Le roman débute avec le décès de Mr Dashwood. A sa mort, sa seconde femme et les trois filles issues de ce second mariage se trouvent, en raison de leur sexe, totalement dépendantes du bon vouloir de leur demi-frère aîné, John, qui va devenir propriétaire du grand domaine dans lequel elles vivaient. Si sur son lit de mort, Mr Dashwood a fait promettre à son fils de veiller sur sa belle-mère et ses soeurs, John parvient sans peine à se défaire de son engagement en trouvant moult arguments pour soulager sa conscience. Influencé par son épouse Fanny, une femme hautaine et pleinement convaincue de sa supériorité sur le plan social, John va réduire à une peau de chagrin le leg qu'il était prêt à faire à sa famille. Il s'enquiert en revanche des dispositions pris par d'autres proches pour les aider, sa générosité consistant ainsi essentiellement à s'assurer de celle des autres.

Elinor tried very seriously to convince him that there was no likelihood of her marrying Colonel Brandon; but it was an expectation of too much pleasure to himself to be relinquished, and he was really resolved on seeking an intimacy with that gentleman, and promoting the marriage by every possible attention. He had just compunction enough for having done nothing for his sisters himself, to be exceedingly anxious that everybody else should do a great deal; and an offer from Colonel Brandon, or a legacy from Mrs. Jennings, was the easiest means of atoning for his own neglect. (p 242)

Sans être foncièrement méchant, et en dépit d'efforts faits pour montrer quelque intérêt à ses soeurs, John ne tient pas tête à Fanny qui, par son attitude, pousse Mrs Dashwood et ses filles à quitter rapidement le lieu où elles ont vécu toutes ces dernières années.

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Les deux principales héroïnes de ce roman sont Marianne Dashwood et, plus encore, Miss Dashwood, Elinor, sa soeur aînée. Toutes deux s'entendent extrêmement bien même si leur caractère les oppose (telles Miss Jane Bennet et sa soeur Elizabeth dans Pride and Prejudice). Marianne est entière, impétueuse, romanesque, elle accepte sans se poser de questions qu'un jeune homme dont elle est éprise lui offre un cheval, est également prompte à s'extasier devant une feuille tombée d'un arbre (on reconnaît bien là l'ironie de Jane Austen) mais aussi à juger ceux qu'elle rencontre, parfois sévèrement. A l'inverse, Elinor est plus douce, plus réservée. C'est elle qui incarne la raison dans ce roman, devant mettre en garde sa mère des dangers qui guettent Marianne et se faisant une opinion toujours réfléchie de chacun. C'est ainsi qu'elle tombe amoureuse d'Edward Ferrars, héritier peut-être un peu terne en apparence, mais intelligent, intègre et bon sous ses dehors timides. "My judgment," he returned, "is all on your side of the question; but I am afraid my practice is much more on your sister's. I never wish to offend, but I am so foolishly shy, that I often seem negligent, when I am only kept back by my natural awkwardness. I have frequently thought that I must have been intended by nature to be fond of low company, I am so little at my ease among strangers of gentility!" (Edward Ferrars - p 100)

A l'inverse, contrairement à Marianne et à Mrs Dashwood, complètement sous le charme, Elinor est la première à formuler quelques doutes sur le caractère  du fougueux Willoughby, qui entre en scène peu après leur arrivée à Barton Cottage dans le Devonshire. In Mrs Dashwood's estimation, he was as faultless as in Marianne's ; and Elinor saw nothing to censure in him but a propensity, in which he strongly resembled and peculiarly delighted her sister, of saying too much what he thought on every occasion, without attention to persons or circumstances. In hastily forming and giving his opinion of other people, in sacrificing general politeness to the enjoyment of undivided attention where his heart was engaged, and in slighting too easily the forms of worldly propriety, he displayed a want of caution which Elinor could not approve, in spite of all that he and Marianne could say in its support. (p52)

Deux personnages que tout oppose vont alors graviter autour de Marianne : d'une part le jeune Willoughby, qui a pour lui l'insouciance de la jeunesse, l'extravagance et un joli visage ; de l'autre le colonel Brandon, dont le tempérament généreux est masqué par une grande réserve, tandis que son âge plus avancé pour l'époque constitue aux yeux de Marianne une terrible infirmité (ses rhumatismes en étant pour elle la preuve indéniable !).

[Colonel Brandon] was silent and grave. His appearance however was not unpleasing, in spite of his being in the opinion of Marianne and Margaret an absolute old bachelor, for he was on the wrong side of five and thirty; but though his face was not handsome his countenance was sensible, and his address was particularly gentlemanlike. (p36) Mais Marianne n'est pas tendre avec lui (et l'influence néfaste de Willoughby ne la pousse pas à plus d'indulgence) : "Add to which," cried Marianne, "that he has neither genius, taste, nor spirit. That his understanding has no brilliancy, his feelings no ardour, and his voice no expression." (p55)

A l'inverse, sous des dehors avenants, le jeune Willoughby est un garçon bien superficiel, qui ne pense qu'à son bon plaisir.

Willoughby, que l'on s'attendait à faire un jour ou l'autre sa demande en mariage, part brusquement et semble peu enclin à s'engager sur la date de son retour. Si Marianne est malheureuse, Elinor y voit un signe de l'inconséquence du jeune homme et s'inquiète de savoir si sa soeur et lui sont finalement secrètement fiancés ou non. Quelque temps plus tard, Mrs Jennings, qui séjournait dans le voisinage, propose à Elinor et Marianne de l'accompagner à Londres pour la saison. Le caractère de Willoughby est rapidement révélé et l'on apprend ses récentes fiançailles avec une héritière. D'autres informations seront ensuite communiquées aux deux soeurs sur le comportement passé du jeune homme, qui confirmeront le triste caractère de celui-ci (un personnage qui n'est pas sans ressembler à un certain Wickham - la proximité des noms ne m'avait d'ailleurs pas encore sauté aux yeux).

Elinor made no answer. Her thoughts were silently fixed on the irreparable injury which too early an independence and its consequent habits of idleness, dissipation, and luxury, had made in the mind, the character, the happiness, of a man who, to every advantage of person and talents, united a disposition naturally open and honest, and a feeling, affectionate temper. The world had made him extravagant and vain—Extravagance and vanity had made him cold-hearted and selfish. Vanity, while seeking its own guilty triumph at the expense of another, had involved him in a real attachment, which extravagance, or at least its offspring, necessity, had required to be sacrificed. Each faulty propensity in leading him to evil, had led him likewise to punishment. The attachment, from which against honour, against feeling, against every better interest he had outwardly torn himself, now, when no longer allowable, governed every thought; and the connection, for the sake of which he had, with little scruple, left her sister to misery, was likely to prove a source of unhappiness to himself of a far more incurable nature. (p 354)

"At present," continued Elinor, "he regrets what he has done. And why does he regret it?—Because he finds it has not answered towards himself. It has not made him happy. His circumstances are now unembarrassed—he suffers from no evil of that kind; and he thinks only that he has married a woman of a less amiable temper than yourself. But does it follow that had he married you, he would have been happy?—The inconveniences would have been different. He would then have suffered under the pecuniary distresses which, because they are removed, he now reckons as nothing. He would have had a wife of whose temper he could make no complaint, but he would have been always necessitous—always poor; and probably would soon have learned to rank the innumerable comforts of a clear estate and good income as of far more importance, even to domestic happiness, than the mere temper of a wife."(p 375-376)

Ainsi les apparences sont bien trompeuses, c'est donc la sage Elinor qui la première avait perçu la valeur des deux prétendants. Marianne, elle, devra faire une erreur et en souffrir terriblement avant de choisir un parti moins étincelant a priori mais finalement bien plus susceptible de faire son bonheur.

austen poss portrait.jpgL'univers de Jane Austen serait bien pauvre sans les nombreux personnages secondaires qui donnent du piquant à l'intrigue. Ainsi la brave Mrs Jennings, qui a bon fond mais peu de jugeotte, s'attend par exemple à voir le colonel Brandon rayonner en apprenant que Willoughby a préféré une autre femme à Marianne et que par conséquent, celle-ci est encore libre d'épouser quelqu'un d'autre. Elle ne comprend pas que le colonel souffre avant tout pour Marianne et ressent avec amertume la situation dans laquelle son rival l'a mise.

Il y aussi l'étrange couple formé par les Palmer : Mr Palmer est toujours brusque avec son épouse, se plonge dans le journal en public mais répond qu'il n'y a rien d'intéressant dedans lorsqu'on tente de l'interroger sur le contenu, tandis que sa femme est une petite créature idiote et charmante, bien décidée à être heureuse et qui, ainsi, fait fi de toutes les remarques de son mari qu'elle juge amusantes.

Enfin, outre Willougby, Fanny Dashwood et sa mère, un autre personnage foncièrement mauvais est mis en scène : il s'agit de Lucy Steele. D'un rang social inférieur, elle est fiancée à Edward Ferrars qui a commis une erreur de jeunesse et se sent désormais prisonnier d'une union dont il ne veut plus. Lucy est un personnage désagréable, qui s'abaisse à flatter tout un chacun (avec succès !) et dont l'intérêt pour Edward semble plus motivé par le titre d'héritier de celui-ci qu'à un réel attachement, puisqu'elle a bien deviné les sentiments de son fiancé pour Elinor. Elle s'empresse ainsi de devenir l'amie de celle-ci et de la prendre pour confidente afin de déverser sur elle un flot d'informations à double sens (grâce à des allusions peu subtiles) sur la relation qu'elle entretient avec Edward.

"You may well be surprised," continued Lucy; "for to be sure you could have had no idea of it before; for I dare say he never dropped the smallest hint of it to you or any of your family; because it was always meant to be a great secret, and I am sure has been faithfully kept so by me to this hour. Not a soul of all my relations know of it but Anne, and I never should have mentioned it to you, if I had not felt the greatest dependence in the world upon your secrecy; and I really thought my behaviour in asking so many questions about Mrs. Ferrars must seem so odd, that it ought to be explained. And I do not think Mr. Ferrars can be displeased, when he knows I have trusted you, because I know he has the highest opinion in the world of all your family, and looks upon yourself and the other Miss Dashwoods quite as his own sisters." (p 138)

Au final, y a-t-il un juste équilibre entre raison et sentiments ? S'il ne faut pas trop se fier aux manifestations excessives de sentiments (ceux de Willoughby n'ayant aucune valeur, Marianne s'enfermant dans un rôle et s'encourageant même à pleurer car il ne peut y avoir de désespoir dans la discrétion à ses yeux), les sentiments plus profonds triomphent à la fin du roman. Ceux qui aiment vraiment sont enfin reconnus à leur juste valeur, quant à Elinor (qui semblait si encline à raisonner et que sa soeur jugeait trop peu démonstrative pour souffrir autant elle), elle finit par déverser toutes les émotions contenues depuis longtemps, lorsqu'Edward vient annoncer qu'il n'est plus lié à Lucy Steele. Mrs Dashwood se rend alors compte du fait qu'Elinor a souffert au moins autant que Marianne et qu'elle ne lui a pas accordé assez d'attention uniquement parce qu'elle n'a pas manifesté ouvertement ses émotions.  Au final, si les apparences sont parfois trompeuses.

Que dire encore une fois sur Austen qui fait partie de mes écrivains favoris ? Si vous ne l'avez pas encore lue, je ne peux que vous inviter à faire sa connaissance pour découvrir sa délicieuse ironie, le regard intelligent qu'elle porte sur ses personnages et son époque, sa capacité à décrire les relations humaines et la subtilité de sa plume.

Sur ce blog, de Jane Austen (outre les adaptations de ses romans et quelques austeneries) :

Lu dans le cadre du Mois anglais, mais chroniqué un peu tard, et du challenge austenien d'Alice.

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Jane Austen, Sense and Sensibility, 1811

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