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24/09/2017

Jennifer Egan, Le Donjon

egan_donjon.jpgJe poursuis ma participation au Mois américain avec Le Donjon de Jennifer Egan, un roman surprenant, voire dérangeant qui ne m'a pas laissée indifférente.

Danny et Howard sont cousins. Lorsqu'ils étaient enfants, le premier était adulé, promis à un bel avenir. Le deuxième, adopté, empâté, seul, était jugé avec une certaine réprobation par sa famille.
Tous deux étaient néanmoins plutôt proches au début. Jusqu'à ce que Danny abandonne son cousin dans une grotte après l'avoir précipité dans une nappe d'eau souterraine.

Les années ont passé. Les deux hommes ont désormais la trentaine et leurs rôles se sont inversés. Danny est un looser de New York, obsédé par les moyens de communication modernes, vivant sa vie par procuration et confondant son réseau de connaissances à distance avec la réalité. Perdre son réseau, c'est ne plus exister. A l'opposé, Howard a pris sa retraite de trader à 34 ans pour acheter un château médiéval immense perdu en Europe. Il envisage d'y créer un hôtel tourné vers l'introspection, où les technologies qui font le bonheur de Danny seront interdites.

En parallèle, Ray, un prisonnier incarcéré au Etats-Unis participe à un atelier d'écriture.

J'ai mis un peu de temps à adhérer à cette histoire, je dois bien l'avouer. Bien sûr, le contexte m'intriguait, avec cette forteresse venue d'un autre temps offrant mille possibilités d'exploration, de découvertes historiques, de passages secrets. La piscine où s'étaient noyés des jumeaux. Les pièces délabrées où les objets désuets vieux de quelques dizaines d'années côtoyaient les lits à baldaquin et une végétation reprenant ses droits. Une vieille baronne excentrique, voire carrément folle. Malgré tout, quelque chose dans le style ne correspondait pas à mes goûts personnels (notamment le style volontairement familier avec l'emploi de "mec", "putain" etc) et j'avançais doucement ma lecture.
Puis arrivée au dernier tiers ou presque, les rebondissements, la structure narrative surprenante ont ravivé mon intérêt et c'est avec avidité que j'ai dévoré les cent dernières pages. Un roman habile, qui mêle les ingrédients de la littérature gothique avec un contexte contemporain en total décalage. Sans être un coup de cœur, ce roman fait sans aucun doute partie de mes lectures les plus marquantes au cours de ces derniers mois.

Merci aux éditions Points pour cette étrange découverte.

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312 p

Jennifer Egan, Le Donjon, 2006

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21/09/2016

Anita Diamant, The Boston Girl

diamant_boston girl.jpgC'est avec ce roman offert par Mr Lou (qui se doutait bien que je n'aurais rien contre un souvenir de la librairie des presses de Harvard) que je poursuis mes lectures américaines du moment.

Née au début du XXe à Boston, la narratrice est issue d'une famille d'immigrés juifs pauvres, dont les débuts aux Etats-Unis ont été marqués par la perte de leurs deux garçons. Des trois filles restantes, Betty, l'aînée, a quitté la maison et s'en tient à distance à cause de Mameh, une mère pour le moins acariâtre ; Celia est plus fragile, elle s'efface devant ses parents et ne parvient pas à s'épanouir ; Addie est la troisième de la fratrie et la narratrice du récit. Dans ce "coming of age novel", nous accompagnons Addie de la fin de l'adolescence à l'âge adulte et voyons comment elle parvient à s'émanciper de son environnement sinistre. C'est aussi pour le lecteur une traversée de l'Histoire, puisque l'on suit Addie à des périodes marquées par les guerres ou encore le krach boursier.

Ce livre aurait pu être un coup de coeur et je l'ai lu avec grand plaisir, avalant les courts chapitres rapidement - dès que je le refermais à la fin d'un chapitre, j'étais tentée de le rouvrir pour parcourir quelques pages de plus. Ce roman a cependant ses failles, ce qui n'en fait au final qu'une lecture très agréable ; il lui aurait fallu un peu plus de consistance pour en faire le coup de coeur espéré.

- L'ambiance est agréablement rendue : l'institution / foyer de jeunes femmes qui permet à Addie de faire des rencontres marquantes et de s'élever dans la société ; les vacances à Rockport Lodge, accueillant certaines d'entre elles ; Boston, ses rues, ses lieux de sortie, son dynamisme contrastant avec la crasse et la misère sociale des quartiers immigrés... Néanmoins on passe à côté des évènements majeurs de l'Histoire, et lorsqu'ils affectent certains personnages, leur évocation reste assez superficielle. A ce titre, la comparaison n'a pas été flatteuse entre le cas de "shell shock" (traumatisme des vétérans) de ce roman et celui évoqué par Anna Hope dans le superbe roman Wake dont je ne vous ai pas encore parlé.

- On suit le parcours d'Addie, ses efforts pour s'instruire, son expérience dans la presse... puis elle rencontre l'homme de sa vie et dès lors, c'est le néant. On ne s'intéresse plus qu'à sa famille pendant les derniers chapitres. Addie devient une femme au foyer (ce qui peut être étonnant malgré l'époque, car Addie fait preuve de beaucoup d'audace pour faire ses propres choix lorsqu'elle est plus jeune). Elle finit par écrire un livre, mais à vrai dire, cette partie de l'histoire ne semble plus trop intéresser Anita Diamant.

- Certains personnages sont caricaturaux ou insuffisamment exploités. Je pense en particulier à la mère d'Addie, qui passe sa vie à critiquer, faire des récriminations et à manifester beaucoup d'aigreur et d'hostilité envers le pays qui l'a accueillie et envers sa famille. J'ai trouvé le personnage insupportable et soupiré de soulagement quand elle s'est décidée à faire un malaise lors d'une fête familiale. Pourtant, traité avec plus de subtilité, le personnage aurait pu être intéressant : Mameh refuse de parler anglais, elle est venue à contrecoeur aux Etats-Unis, a perdu un enfant lors de la traversée et le suivant à Boston. Elle est complètement dépassée dans ce nouveau monde trop moderne et éloigné de ses origines. Il y avait là matière à étoffer un peu ce personnage et à le rendre plus ambigu et moins antipathique. 

- La structure un peu maladroite : le prologue indique qu'Addie s'adresse à sa petite fille, qui s'apprête à l'enregistrer. On a du mal à vraiment y croire, l'histoire est trop bien organisée pour que la vieille femme ait pu spontanément raconter sa vie. Le style simple évoquant le caractère oral du récit ne suffit pas à masquer la superficialité du procédé. On aurait pu largement se passer du prologue et des quelques références à l'auditrice supposée.

Malgré ces bémols qui peuvent paraître nombreux, je réitère : j'ai lu ce roman avec avidité et passé un très bon moment. Le fond historique était intéressant, malheureusement pas autant qu'il aurait pu l'être mais suffisamment pour donner un peu de matière à l'histoire somme toute classique d'une jeune immigrée pauvre qui fait son petit bout de chemin dans la société. Si comme moi vous aimez les romans où les personnages féminins prennent leur envol, dans un cadre historique de préférence, ne boudez pas votre plaisir !

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320 p

Anita Diamant, The Boston Girl, 2014

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08/09/2016

Willa Cather, Le pont d'Alexander

Cather-pont Alexander.jpgC'est ici une relecture d'un roman que j'avais lu pour un précédent Mois américain sans réussir à le chroniquer. En le feuilletant, je me suis aperçue que j'en gardais un souvenir trop vague pour partager avec vous cette jolie découverte. Je l'ai donc ouvert une deuxième fois.

Publié en 1912, Le Pont d'Alexander est le premier roman de Willa Cather, lauréate du Pulitzer en 1923. 

Bartley Alexander est un ingénieur à l'apogée de sa carrière. Ayant conçu des ponts défiant toujours plus les lois de la physique, il a rapidement gravi les échelons de la société. Heureux en mariage, confortablement installé dans une belle maison à Boston, Bartley est le symbole même de la réussite à l'américaine. Néanmoins, dès les premières pages, on pressent sa chute à venir. De fait, son ancien professeur et ami Wilson lui dit: Bartley, je vous l'assure, je n'ai jamais douté de vos capacités. Et cependant, j'avais autrefois le sentiment qu'il y avait en vous une faiblesse qui se révérait dans un moment de crise (p17).

Rapidement, lors d'un voyage d'affaires à Londres, Bartley va retrouver par hasard son amour de jeunesse, Hilda Burgoyne, rencontrée à Paris. Hilda a réussi sa carrière d'actrice, elle est désormais promise à un bel avenir mais n'a pas oublié Bartley, malgré les nombreux prétendants qui l'entourent. Dès lors, Bartley sera divisé entre Boston et Londres, entre la stabilité et le soutien que lui apporte son épouse et l'ardeur de la jeunesse que lui rappelle sa maîtresse. En parallèle, il rencontre des soucis sur un chantier, celui du plus grand pont jamais construit, exécuté avec des moyens insuffisants selon Bartley, qui est bien conscient d'être ici un pionnier en testant certaines limites techniques.

Roman court alternant les chapitres américains et anglais, fait d'ellipses et de sauts dans le temps, Le Pont d'Alexander repose une narration efficace qui conduit inexorablement le personnage principal à sa perte. Ses faiblesses, ses tourments sont décrits de telle sorte qu'il est loin d'être antipathique au lecteur, pas plus que Hilda, alors même que Mrs Alexander est touchante elle aussi. Un récit également poétique, qui porte l'empreinte des soirées brumeuses et des couchers de soleil sur la ville (objets de descriptions courtes mais élégantes).

C'était l'une de ces rares après-midi durant lesquelles toute l'épaisseur, toute la pénombre de Londres se transmutent en une atmosphère particulière, lumineuse, palpitante. Alors les fumées se font nuées d'or, voiles nacrés de rose et d'ambre; la pierre grise et lugubre, la brique sale et terne frémissent dans un halo vermeil et tous les toits, tous les clochers et la coupole immense de Saint-Paul émergent d'une brume cuivrée. En ces moments si rares, la plus laide des villes se pare de la plus grande poésie , les mois d'humidité s'oublient en un instant miraculeux (p 97).

Un classique qui mériterait d'être davantage connu.

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141 p

Willa Cather, Le Pont d'Alexander, 1912

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26/04/2015

Lynda Rutlege, Le Dernier Vide-Grenier de Faith Bass Darling

rutledge faith bass darling.jpgAprès avoir croisé deux/trois fois Le Dernier Vide-Grenier de Faith Bass Darling lors de mes visites en librairie, j'ai cédé à la tentation. Difficile de résister à la belle couverture. Le titre aussi faisait travailler mon imagination: quels objets anciens, quels secrets de famille allait-on découvrir avec ce vide-grenier ? Et quel nom musical que Faith Bass Darling !

Je confirme ici mes retrouvailles heureuses avec la littérature américaine, que j'avais un peu négligée ces dernières années. Si vous cherchez un bon roman dans lequel vous plonger pour tout oublier autour de vous, pas la peine d'aller plus loin, vous pouvez vous procurer ce livre ! Vous voulez en savoir un peu plus tout de même ? Bon, allez, suivez-moi ! En route pour le Texas !

Un matin, Faith Ann Bass Darling entend Dieu lui ordonner d'organiser un vide-grenier. Pour mettre de l'ordre pendant son dernier jour sur terre. Ni une ni deux, cette femme âgée d'un peu plus de 70 ans sort sur sa pelouse les trésors accumulés depuis des générations par sa famille. Car ce n'est pas n'importe quelle maison qui se vide. C'est la plus imposante de la ville de Bass, nommée d'après l'arrière grand-père de Faith Ann. Les Bass ont été pendant plusieurs générations propriétaires de la banque de la ville. Ils ont toujours vécu dans la même maison, la remplissant d'objets de grande valeur, comme cette superbe collection de lampes Tiffany achetées pour la mère de Faith Ann ou une pendule éléphant dont un autre exemplaire est exposé au Louvres. Pourtant, voilà que tout est bradé et que des meubles de grande valeur partent pour une bouchée de pain aux quatre coins de cette petite ville du Texas.

J'ai été complètement séduite par ce roman dense, qui se lit d'une traite. Les troubles de la mémoire de l'héroïne permettent à l'auteur de rendre plausible l'impossible : les apparitions de proches décédés, la sensation d'être sur le point de vivre son dernier jour sur terre. Des éléments qui occupent une place centrale dans l'histoire et auraient paru tout à fait farfelus sans la maladie qui les explique mais laisse le lecteur libre de croire au destin ou à l'intervention d'une part de surnaturel. Si elle se déroule le 31 décembre 1999, l'histoire fait la part belle au passé, puisque l'on croise certains membres de la famille Bass au fur et à mesure que se vendent les objets splendides qui se sont accumulés dans la maison au fil des générations. Je vous invite à aller faire la rencontre de Faith Ann Bass Darling, qui cache des secrets bien sombres en dépit du somptueux manoir que beaucoup lui envient.

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350 p

Lynda Rutlege, Le Dernier Vide-Grenier de Faith Bass Darling, 2012

21/09/2014

Mary Beth Keane, La Cuisinière

keane_cuisiniere.JPGDécouvert cet été en librairie, La Cuisinière n'est pas loin d'être un coup de coeur pour moi en ce Mois américain!

Mary Beth Keane a choisi de s'inspirer d'une histoire vraie, celle de Mary Mallon. Immigrée irlandaise vivant depuis une vingtaine d'années à New York, cette cuisinière talentueuse est employée par les maisons les plus prestigieuses et gagne bien sa vie. Jusqu'au jour où un certain Dr Soper l'accuse de transmettre la typhoïde et d'être responsable de la mort de vingt-trois personnes alors qu'elle-même n'a jamais présenté le moindre symptôme de la maladie.

Mary est alors arrêtée et isolée sur la petite île de North Brother où se trouve un hôpital pour les tuberculeux. La première partie du livre met en scène l'arrestation de Mary, son séjour sur l'île, le souvenir qu'elle garde des cas de typhoïde qu'elle a croisés dans sa vie. Sont mis en avant son isolement, l'injustice de la situation, les lettres de son compagnon qui se font de plus en plus rares et enfin, ses démarches pour être libre à nouveau. Puis le roman prend un nouvel élan en s'éloignant de North Brother, ce à quoi je ne m'attendais pas, ne connaissant absolument pas le cas de Mary Mallon auparavant.

Outre le 'fait divers' fascinant en soi, ce roman a le mérite d'humaniser Miss Mallon, maltraitée par la presse à l'époque, oubliée aujourd'hui. Le lecteur s'attache ainsi à la cuisinière irlandaise, souvent le coeur serré, tout en prenant de plein fouet la rencontre avec New York au début du XXe. Ville bouillonnante, sale, puante mêlant vendeurs ambulants, chevaux et métro, elle fait encore beaucoup penser au XIXe tout en ayant un pied dans la modernité. Sur le plan historique, le roman traite de la question sanitaire mais évoque aussi divers événements ayant marqué les esprits à l'époque tels que le naufrage du Titanic ou l'incendie du Triangle ShirtWaist.

La Cuisinière est un roman très intéressant qui se dévore. Chaudement recommandé, et davantage encore si vous aimez les récits historiques ou les livres mettant à l'honneur une figure féminine marquante.

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404 p

Mary Beth Keane, La Cuisinière, 2013

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17/09/2014

Christopher Morley, The Haunted Bookshop

morley_The-Haunted-Bookshop-300dpi.jpgThe Haunted Bookshop fait partie de ces livres qui, dans ma bibliothèque, sont ornés d'innombrables rubans multicolores, placés au fil de la lecture pour marquer un extrait intéressant, une belle phrase ou des références (littéraires, historiques, artistiques...). C'est un livre que je ne manquerai pas de feuilleter à la recherche de passages particuliers, même si je ressors un peu déçue de ma lecture.

The Haunted Bookshop a attiré mon attention dans une belle librairie de Cambridge, alors que je cherchais un refuge contre le froid et me réjouissais d'avoir trouvé un excellent prétexte pour revenir dans cet endroit. Ce roman a tout pour émoustiller les amoureux des livres. Imaginez donc à New York, dans un vieux bâtiment, une librairie d'occasion hantée par les fantômes de la grande littérature et un libraire persuadé de pouvoir soigner les troubles de l'âme en prescrivant les lectures adéquates - tout en ne proposant que des bons livres ("we sell no fakes or trashes" (p 14).

Je me suis régalée avec les cent premières pages, partageant le quotidien du libraire et de ses employés, m'amusant des discours sur les mérites de la lecture, notant divers titres (dont certains m'étaient tout à fait inconnus) et parcourant avec bonheur les rayons de ce lieu merveilleux, presque improbable. Même si je ne fume pas j'ai trouvé terriblement exotique cette invitation à fumer à condition de ne pas faire tomber de cendres, sachant que pour trouver le libraire il convient simplement de chercher l'endroit où la fumée est la plus dense.

Malheureusement, j'ai trouvé que la deuxième partie du livre n'était pas du tout à la hauteur de la première. Un jeune homme ambitieux, courageux (mais un peu lisse) tombe amoureux de la stagiaire tout juste embauchée par le libraire et patatra, le roman bascule dans la romance, en y ajoutant une bonne dose d'espionnage, de mystère et d'action, dans un contexte d'après-guerre (14-18). On perd complètement l'aspect littéraire pour frôler le roman à suspense tout juste divertissant. J'ai bien noté que les aventures de notre valeureux chevalier se voulaient pleines d'humour mais je me suis fermement ennuyée, désespérant de retrouver l'atmosphère cosy de la librairie et des appartements attenants... sans succès.

Je ne regrette pas ma lecture pour les 100 premières pages que je ne manquerai pas de parcourir de nouveau à la recherche de références mais j'en attendais tellement plus... ! Un livre qui ne tient pas vraiment ses promesses.

233 p

Christopher Morley, The Haunted Bookshop, 1919

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06/09/2014

Joyce Carol Oates, Le Mystérieux Mr Kidder

oates_mysterieux mr kidder.jpgEncore un roman de Joyce Carol Oates pour le moins dérangeant ! Sur les traces de Lolita, Le Mystérieux Mr Kidder met en scène Katya, jeune babysitter qui se laisse embarquer dans une relation dangereuse avec un homme âgé. Elégant, riche, influent, artiste, Mr Kidder aborde l'adolescente alors qu'elle promène les enfants dont elle s'occupe et observe des dessous dans une boutique chic. Ses bonnes manières et son origine sociale rassurent Katya qui accepte de se rendre chez Mr Kidder pour prendre le thé.

Les remarques du vieil homme si poli sont parfois déplacées et créent une ambiance malsaine, amorcée par son premier cadeau : des dessous très affriolants. Leur relation se construit autour d'un équilibre fragile et complexe. Malgré le dégoût qu'il peut légitimement inspirer au lecteur, le vieux Mr Kidder intrigue et campe un séducteur crédible. Quant à Katya, avide d'attentions et de respect, attirée par l'odeur de l'argent, innocente et naïve à d'autres égards, elle pense pouvoir tirer profit de son vieil admirateur. Elle est tour à tour fascinée et écoeurée par ce personnage étrange, répugnant sous des dehors raffinés.

Difficile d'abandonner ce court roman qui se construit autour d'un conte et dont la fin m'a surprise. Curieusement, une partie de mon plaisir de lecture est venu du cadre du récit, Bayhead Harbour, station balnéaire de luxe où les quartiers modernes des parvenus près des canaux peinent à rivaliser avec les demeures prestigieuses des vieux quartiers.

Les avis de Kathel et Mango.

D'autres idées de lecture autour de Joyce Carol Oates :

Merci aux Editions Points pour cette lecture.

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210 p

Joyce Carol Oates, Le Mystérieux Mr Kidder, 2009

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24/05/2014

Caroline Preston, Le Journal de Frankie Pratt

preston_frankie pratt.JPGIl y a maintenant deux mois que j'ai lu Le Journal de Frankie Pratt de Caroline Preston et que celui-ci darde un regard accusateur sur moi à chaque fois que je passe à côté de la table sur laquelle il végète depuis. J'ai décidé de remédier à cet oubli avant que le livre en question ne décide de bondir de son perchoir pour m'assommer par dépit. Avant l'arrivée du Mois Anglais (devenu une tradition en juin pour quelques-unes d'entre nous), une petite brise américaine ne nous fera pas de mal, d'autant plus que ce livre plein de fraîcheur est un vrai régal. D'ailleurs, c'est bien simple : ne lisez pas ce billet mais précipitez-vous plutôt chez votre libraire pour vous offrir ce petit bijou !

Bon. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus avant de se lancer dans un achat compulsif, voici quelques mots sur Le Journal de Frankie Pratt. Frankie est une jeune fille modeste du New Hampshire. Orpheline de père, elle vit avec sa mère et ses deux frères. Elle décide un jour d'utiliser une vieille machine à écrire pour rédiger son journal : nous la suivrons de 1920 à 1928, du lycée aux premières années suivant l'obtention de son diplôme.

frankie pratt1.jpgFrankie est une jeune femme pétillante, brillante, qui ne semble rencontrer que des gens assez fascinants. Elle s'amourache d'un homme marié plus vieux qu'elle (mais sa mère met un terme à cette histoire avant qu'un scandale n'éclate) puis devient boursière et part étudier à Vassar, où elle se lie d'amitié avec des jeunes filles riches qui n'ont d'autre ambition que de faire un beau mariage. Elle tombe sous la coupe d'une jeune Juive new-yorkaise pour le moins vampirique qui l'influencera beaucoup avant de l'écarter... ce qui n'empêchera pas Frankie de retrouver le frère de cette ancienne amie à New York une fois son diplôme en poche et de découvrir à ses côtés les joies d'une vie bohème. Sur un paquebot, alors qu'elle se rend à Paris, elle rencontrera un des derniers membres de la famille du tsar assassiné au début du siècle.

frankie pratt3.jpgBien que moins glamour, Frankie a - un peu par procuration - la vie excitante d'héroïnes à la F.S. Fitzgerald ou Truman Capote (il est d'ailleurs fait allusion à L'Envers du Paradis que Frankie lit). Elle rencontre de forts caractères, porte un regard perçant sur ce qui l'entoure et décrit ses aventures avec une pointe d'humour. Elle quitte sa petite ville du New Hampshire pour des lieux pleins de dynamisme, ces "places to be" qui ont enflammé l'imagination des écrivains de l'époque.

frankie pratt2.jpgMais ce qui fait de ce livre un objet à part, c'est son format : Caroline Preston a choisi de raconter son histoire grâce au scrapbooking. Elle a ainsi cherché une multitude d'objets anciens (jusqu'à des photos, des tickets d'entrée, des publicités...). Et ça fonctionne. L'histoire et le format se complètent naturellement, l'ensemble donnant l'impression d'une grande fluidité. La construction de ce roman a dû se faire de deux façons : des idées de scènes ont dû donner lieu à la recherche d'objets et, à l'inverse, la découverte d'objets a dû nourrir l'histoire de petites anecdotes. Ce roman nous offre une belle immersion dans les années 1920... on passe d'ailleurs autant de temps à découvrir l'histoire de Frankie qu'à observer attentivement les éléments scrappés. Un vrai plaisir de lecture, un beau livre chaudement recommandé !

Merci aux éditions du Nil pour ce délicieux moment de lecture.

Photos Copyright MyLouBook

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238 p

Caroline Preston, Le Journal de Frankie Pratt, 2011

05/01/2014

Ann Beattie, Promenades avec les hommes

beattie_promenades-avec-les-hommes-1.jpgVoilà un livre pour le moins curieux, dont je vais avoir bien du mal à vous parler. Promenades avec les hommes fait partie de la sélection 2014 pour le prix du meilleur roman Points. J'ai eu envie de larguer les amarres et de retrouver les Etats-Unis à travers un roman urbain où l'élite intellectuelle se regarde par le nombril dans un petit drame conjugal qui promettait d'être terriblement américain... et c'est le cas.

Jane revient sur les années qui ont suivi ses études à Harvard. Nous sommes au début des années 1980, elle a attiré l'attention des media sur elle en critiquant le système universitaire (pensant faire preuve d'une grande originalité ce faisant). Ses commentaires ont donné lieu à une réponse circonstanciée d'un universitaire, Neil. Grâce à la mise en perspective de leurs  points de vue dans le New York Times, Neil et Jane se rencontrent. Il a une vingtaine d'années de plus qu'elle mais lui propose de tout lui dire sur les hommes, de l'éduquer. Ainsi commence leur relation amoureuse. Elle plaque son petit ami du Vermont, Ben, s'installe à New York et vit aux crochets de Neil, dont les revenus semblent inépuisables. Mais, comme l'annonçait la proposition de Neil, la relation repose sur des bases malsaines. Jane est façonnée par son mentor qui lui apprend à voir les choses à sa façon, lui assène des vérités sur la vie et contrôle son langage et ses actions au quotidien (par exemple dire "boire un verre" mais ne pas préciser "de vin" ou encore s'habiller de marques de luxe ou de vêtements d'occasion mais ne jamais être dans la demi-mesure). Ce qui s'annonce comme une passade au début (d'autant plus que le titre laisse présager l'arrivée d'autres hommes, mais seuls Ben et quelques amis ou voisins sont les autres hommes de ce récit) devient une relation sérieuse... mais toujours particulière et soumise à certaines conditions. On a bien du mal à comprendre Jane qui se compromet avec cet homme après avoir découvert qu'il était marié au début de leur relation, que ses nuits passées dehors "à travailler" n'étaient qu'un leurre... la jeune femme étant parfaitement à même de percevoir les failles de cet homme manipulateur qui assène des vérités plates et artificielles aux femmes qui l'entourent et pervertit leurs relations (ainsi il raconte que les meilleures amies veulent passer du temps avec lui et demande ce qu'il doit faire, se faisant passer pour l'honnête homme qu'il n'est pas tout en jouissant de la fascination qu'il exerce sur les femmes et en faisant douter Jane ou sa première épouse de leurs propres amies).

" J'ai fait du bon boulot, dit-il.

- Oui, mais tu as fait de moi un être à part, et à présent je suis isolée, sauf avec toi. Il n'y a personne à qui je puisse parler de ces choses et de ce qu'elles signifient." (p 48)

beattie_promenades-avec-les-hommes.jpgLa structure de ce court roman (novella ?) est assez particulière, faite de sortes de flash-backs, d'arrêts sur image, faisant ainsi penser à un film. Les ingrédients du roman américain des années 1980 sont posés, entre la cohabitation dans un brownstone à Chelsea, les voisins gays qui laissent Jane assister à leurs ébats, l'allusion au "cancer gay" qui commence à frapper leurs amis, la drogue qui fait partie du paysage et ne semble pas particulièrement affecter le comportement des personnages (ils prennent de la coke ou de la marijuana comme d'autres une cigarette, par exemple en regardant la télé... mais attention, ils insistent sur le fait qu'ils ne vont jamais se coucher un verre à la main - il ne faudrait pas non plus qu'on imagine qu'ils ont des problèmes d'addiction).

C'est un texte étonnant, inhabituel. Je ne saurais dire que c'est un coup de coeur mais j'ai apprécié ce roman qui, une fois le livre refermé, laisse de multiples impressions au lecteur, qui s'interroge sur les choix et motivations des personnages mais reste aussi imprégné de cette vision d'un New York des années 1980.

Merci beaucoup aux Editions Points pour cette découverte.

Les avis de Anyuka, Jérôme (D'une berge à l'autre), Nola Tagada, Racines, Un Coin de Blog.

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109 p

Ann Beattie, Promenades avec les hommes, 2010

14/08/2013

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses

oates_Le-musee-du-Dr-Moses.jpgJe n'avais pas retrouvé Joyce Carol Oates depuis un moment, malgré deux premières lectures très marquantes. C'est donc chose faite avec Le Musée du Dr Moses, recueil de nouvelles. J'apprécie beaucoup ce format et j'étais curieuse de voir quels textes étonnants pouvaient se cacher sous cette couverture dérangeante.

Rapidement, le ton est donné et le lecteur s'enfonce dans un univers sombre et glauque, s'y englue, victime d'une sensation oppressante dont il aura le plus de mal à se défaire. Chaque interruption - la fin d'une nouvelle par exemple – était la bienvenue et me permettait de me secouer de ce monde où le Mal est omniprésent, où les intentions sont mauvaises, l'issue, souvent fatale. 

Quelques mots sur les diverses nouvelles (que je vous invite à négliger si vous avez la ferme intention de lire ce recueil mais qui, pour ceux qui ne seraient pas décidés, vous donneront une meilleure idée de ce qui vous attend) :

« Salut ! Comment va ! » : un jeune homme interpelle les autres joggeurs alors qu'il fait son footing, les arrachant à leurs pensées, les dérangeant parfois, sans s'arrêter après avoir attiré l'attention de ces inconnus.

 « Surveillance antisuicide » : un homme va voir son fils dans un centre de surveillance antisuicide après qu'il ait été interné. Sa compagne et leur enfant ont disparu, et le grand-père n'a qu'une idée en tête, retrouver le petit. C'est alors que le fils finit par parler et raconter une histoire horrible... mensonge ou vérité ?

« L'homme qui a combattu Roland La Starza » : un boxeur attend depuis des années le combat de sa vie mais, à l'issue de celui-ci, est retrouvé mort dans un champ. Suicide ? Et que s'est-il passé pendant la rencontre avec La Starza, star en déclin ?

« Gage d'amour, canicule de juillet » : le narrateur attend son épouse qui vient de le quitter et revient récupérer ses affaires. Mais pour lui le mariage est éternel, et l'on sent bien que tout ne tourne pas rond (à commencer par son opinion condescendante très XIXe sur les facultés intellectuelles de sa femme). On devine qu'une surprise attend la dulcinée lorsqu'elle arrive chez elle et trouve le courrier abandonné dans la boîte à lettres et la maison fermée. 

« Mauvaises habitudes » : trois enfants sont très perturbés lorsque l'on vient les retirer en urgence de leur école et qu'ils finissent par apprendre que leur père est accusé de multiples meurtres, notamment sur des enfants.

« Fauve » : un petit garçon adorable est noyé dans une piscine en présence de sa mère et de nombreux adultes ; il a vraisemblablement été attaqué par un camarade. On parvient à le réanimer mais dès lors, ce n'est plus le même enfant. Il devient si inquiétant qu'il finit par faire peur à ses parents... 

« Le Chasseur » : le narrateur est un serial-killer, qui recherche l'âme soeur mais, ayant trouvé des défauts à chacune de ses compagnes, les a tuées tour à tour. Il finit par passer au détecteur de mensonge et s'en sort sans souci. Encore une fois.

« Les jumeaux : un mystère » : des jumeaux se retrouvent dans la maison de leur père, s'étonnant de ne plus avoir de nouvelles. Que vont-ils trouver ? Pourquoi sont-ils persuadés que c'est l'autre qui a donné l'alarme le premier ? Qui manipule qui ?

« Dépouillement » : un homme se purifie sous la douche, nettoyant le sang qui colle à sa peau.

« Le Musée du Dr Moses » : une jeune femme fâchée avec sa mère apprend que celle-ci a épousé l'étrange Dr Moses, vendu sa maison et tous ses biens pour se retrancher dans la propriété de son nouvel époux, qui abrite également un musée médical. Mais en arrivant, la fille découvre beaucoup de détails qui clochent. A commencer par l'opération de chirurgie esthétique que le docteur a fait subir à sa nouvelle femme...

 

Ce n'est pas un coup de coeur comme mes toutes premières lectures de Joyce Carol Oates ; je me demande également si ce n'est pas un auteur difficile à traduire et ainsi plus agréable à lire dans sa langue d'origine. Ici, davantage que le style, c'est la narration qui impressionne. Impitoyable, Oates nous conduit à travers un effroyable dédale et parvient à faire ressentir au lecteur un réel malaise à la vue de tous ces personnages, plus malsains les uns que les autres, rappelant par certains aspects Stephen King qui, je trouve, a un don particulier pour recréer des ambiances très angoissantes. Oates nous manipule à sa guise et que l'on apprécie ou non ses nouvelles et leur sujet, elles restent de cette façon fascinantes.

Merci beaucoup aux Editions Points pour cette lecture.

Mes précédentes lectures de cet auteur (j'ai été très impressionnée par les deux premières, mon avis sur la troisième était plus mitigé mais le recueil parlant d'auteurs qui me sont chers je ne regrette pas de l'avoir lu) : 

Je vous invite aussi à faire un petit tour chez George qui a organisé un challenge Joyce Carol Oates et répertorié de nombreux liens.

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266 p

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses, 2007

08/06/2012

A l'ombre des classiques américains

roinapassommeil.gifJe voulais découvrir Cécile Coulon depuis la sortie de son premier roman... c'est donc chose fait avec Le Roi n'a pas sommeil


Nous voilà plongés dans une atmosphère évoquant l'Amérique rurale, le Sud de Faulkner, avec ses familles au passé parfois orageux, ses non-dits, son inertie. Un lieu où tout est connu de tous, où les secrets n'en sont pas vraiment. Le roman s'ouvre avec le malheur d'une mère, folle d'avoir vu son fils dans on ne sait quelle scène macabre que l'on ne peut qu'imaginer. Jusqu'à la fin du roman, après avoir suivi pas à pas la chute du fils Hogan. Celui-ci vit dans une grande propriété, entouré de son adorable mère. Malgré la perte sordide de son père, on lui prédit un bel avenir : c'est un garçon sérieux en cours, sobre, riche par rapport aux autres du coin. Mais le caractère orageux de son père finit par se manifester plus franchement et, inévitablement, Thomas Hogan finit par sombrer à son tour.


Un roman intéressant, bien construit, agréable à lire et fort de promesses de beaux textes à venir, malgré quelques phrases un peu surfaites qui à mes yeux rompent le bel équilibre de la prose alerte qui sert ce roman. Par exemple : «  sous son uniforme, une petite bedaine retombait sur sa braguette telles les babines d'un bouledogue à la retraite » (p68); et juste après «  Autour, du bruit, des cris, des langues gluantes, épaisses, semblable à celles des boeufs ». Une petite réserve, certes, mais un roman dans l'ensemble très apprécié !

D'autres billets : Sylire, Clara - un autre endroit - Fransoaz, Moustafette

Merci à Christelle et aux organisateurs du Prix Landerneau Découvertes !

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143 p

Cécile Coulon, Le Roi n'a pas sommeil, 2012

03/06/2012

En découvrant Philip Roth

roth indignation.jpegChers amis lecteurs,

ce blog est en semi-pause depuis quelques semaines pour bien des raisons (thé à Windsor, défilé du jubilé en tutu rose, explorations du Highgate cemetery à la nuit tombée, manifestations pour la réhabilitation de Mr Collins et de Lady Catherine de Bourgh) et depuis juin, la désertion de ce boudoir so bookish ne fait que s'accentuer, car à la liste de mes engagements divers et variés hautement time costly vient s'ajouter un petit événement de rien du tout, car amis lecteurs, votre fidèle et dévouée is getting married ! Tout ceci pour expliquer l'alllure fantomatique de mon blog, le peu de chroniques et mon absence de la toile, mais je serai bientôt de nouveau présente. En attendant, je lis toujours et compte bien vaincre les éléments déchaînés pour rédiger ici quelques billets en juin malgré le peu de temps.

Commençons par Indignation de Philip Roth, un auteur que je voulais découvrir depuis un certain temps sans jamais me jeter à l'eau – difficile de prioriser lorsqu'on a une PAL longue comme le bras (doux euphémisme).

Racontée à la première personne, Indignation est l'histoire de Marcus Messner, jeune juif athée, brillant étudiant, jeune homme ambitieux dont les motivations universitaires sont liées à la guerre de Corée. Influencé par un père surprotecteur, Marcus cherche à éviter de partir se battre et tente d'obtenir un grade universitaire suffisant pour s'éloigner des premières lignes du front. Mais le destin en a décidé autrement et très rapidement, le narrateur nous fait comprendre que ce récit sera celui de sa chute, celui de la série de micro-événements qui, mis bout à bout, le conduiront à la tombe.

Texte assez court mais dense, resserré, Indignation est de ces livres qui tiennent leurs lecteurs en haleine de bout en bout et qui marquent une fois la dernière page tournée. Outre le style impeccable et le récit maîtrisé, j'ai été particulièrement convaincue par les portraits que dresse Roth. Une famille de bouchers kasher respectables qui peu à peu se défait, une jeune femme suicidaire, un milieu universitaire hypocrite stigmatisant les minorités religieuses ou raciales. Et d'une certaine manière, ce roman est aussi le portrait d'une Amérique en partie disparue, pétrie d'un système de valeurs omniprésent qui, lui, me semble-t-il, a en partie survécu. Roth, un auteur à lire de toute urgence !

Merci à Lise et aux éditions Folio.

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238 p

Philip Roth, Indignation, 2008

17/11/2011

Ciels changeants

eyre ward_amours lola.gifJe voulais lire Amanda Eyre Ward depuis longtemps. C'est maintenant chose faite avec Les Amours de Lola.

Portraits de femme, ces nouvelles au goût amer mettent en scène des épisodes douloureux : rapports du couple, difficultés à avoir un enfant, maladie des enfants, angoisses du quotidien. Le titre de ce recueil me paraît assez curieux, voire mal choisi : peut-être évoque-t-il "Lolita" (ou "Le Miel et les Abeilles", selon, - que voulez-vous j'avais une dizaine d'années quand AB Productions faisait un carton) mais il a un côté joyeux, voire un peu niais, alors que ces nouvelles ne sont qu'une suite de désillusions et de textes plus déprimants les uns que les autres. Les héroïnes anonymes qui y évoluent ont avant tout en commun leurs échecs amoureux et leur désir d'enfant, sur fond de terrorisme. Les premières nouvelles sont des pièces isolées (j'ai été particulièrement envoûtée par l'histoire de ce couple qui, pour se retrouver après la naissance d'un enfant, part dans un lieu hanté par des histoires de suicide) tandis que la fin du recueil se compose de chapitres consacrés à Lola : du mariage de l'homme qu'elle aime au rendez-vous redouté qui lui apprendra sans aucun doute que sa fille est handicapée.

Vous vous direz sans doute que je n'ai pas apprécié cette lecture, mais pourtant je ne regrette pas du tout d'y avoir consacré du temps. Dans un sens, si chaque nouvelle lecture a fait sombré mon humeur à une vitesse fulgurante, c'est le signe que ces textes touchent à leur but. Malgré tout, comme certaines avant moi, je regrette le léger goût d'inachevé qui imprègne ces histoires, que l'on aimerait voir se développer un peu plus. Des textes empreints de sensibilité, assez fins et qui au final ne manquent pas d'intérêt.

Merci encore à Denis des éditions Buchet-Chastel pour cette découverte.

Les avis de Amanda, Cathulu, Cune, Hélène, Ness, StephieVallorbe

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178 p

Amanda Eyre Ward, Les amours de Lola,  2009

22/10/2011

Once bitten, twice damned

king-salem's lot.jpgAdolescente, j'ai découvert avec horreur et délectation la littérature d'épouvante. Avec Hilde et une autre amie, nous lisions avec avidité les romans de Stephen King ou d'Anne Rice, plus ou moins en même temps, inventions des personnages inspirés de ces récits et savourions ensemble ces lectures d'un genre nouveau. J'ai assez rapidement cessé de lire Stephen King et l'ai abandonné pendant des années... à vrai dire je ne l'avais jamais relu depuis le lycée. Je ne suis pas attirée par ses derniers livres, en revanche depuis quelques années j'envisage de lire ou relire ses "classiques", qui me paraissent plus sérieux, moins commerciaux.

J'ai donc choisi pour cette lecture commune Salem's Lot, qui traîne depuis un certain temps dans ma bibliothèque. Ce roman me tentait dans la mesure où il traitait du mythe du vampire, qui m'intéresse beaucoup... et curieusement, je n'arrivais jamais à me mettre à le lire : il me tombait des mains au bout de quelques pages et j'étais persuadée (je ne sais pas pourquoi) que le vampire n'était évoqué que de façon métaphorique. Je me suis donc fait violence, car l'introduction me déplaît toujours autant. Un homme et un petit garçon se sont réfugiés dans un coin perdu... une ombre plane sur leurs vies, car ils ont vécu ou connaissent quelque chose de terrible, mamma mia !... et l'on revient sur ce qui leur est arrivé. Et là, le récit devient très intéressant. Cette introduction est vraiment courte, pourtant elle a bien failli me faire déclarer forfait : j'ai lu trente pages avant de partir en Grèce, ai abandonné King pour Virginia Woolf et c'est uniquement parce que j'anticipais mon retour à Paris et le manque de temps que j'ai repris ma lecture pendant mes derniers jours libres. C'est donc sur une plage catalane que je me suis plongée dans les premiers chapitres d'un roman que je qualifierais finalement de très intéressant.

Salem's Lot (Jerusalem's Lot à l'origine) est une paisible petite ville américaine sans intérêt, où il ne se passe jamais rien. L'une des premières scènes marque la rencontre entre Ben Mears, écrivain de retour dans cette ville après de nombreuses années (et une tragédie personnelle), et Susan Norton, jeune femme un brin artiste désabusée par la vie à Salem's Lot.

Au début du roman, le lecteur apprend l'existence de Marsten House : située un peu hauteur, cette maison qui domine la ville est abandonnée depuis des années, depuis que son propriétaire s'est pendu après avoir abattu sa femme. Ben se souvient d'être entré dans la maison par défi lorsqu'il était enfant et pense avoir vu le cadavre grotesque de Hubbie Marsten le regarder, toujours suspendu à sa corde. C'est en partie pour exorciser ce mauvais souvenir que Mears est revenu écrire un roman inspiré de la maison en question. Bizarrement, alors qu'il envisageait de la louer, il apprend qu'elle vient d'être achetée par deux antiquaires souhaitant monter leur affaire à Salem.

Rapidement après l'arrivée de Mears, deux enfants se font attaquer dans la forêt alors qu'ils empruntaient à la nuit tombée un raccourci pour se rendre chez un camarade. Le plus petit a disparu tandis que le deuxième, choqué, décède peu de temps après.

Le roman emprunte ensuite les principaux codes du récit de vampire : un à un, puis de plus en plus rapidement, les victimes semblent souffrir d'anémie et décèdent, avant de se réveiller après le crépuscule. Ces vampires dépendent de leur maître, leur "père originel", dont je ne vous parlerai pas plus car il faut bien que vous découvriez vous-mêmes ce roman. Les armes sont on ne peut plus traditionnelles : aïl, croix, eau bénite, prières et bénédictions, "stake through the heart" et j'en passe !

Je ne voudrais pas dévoiler tous les ressorts d'un tel classique fantastique (au passage, c'est le deuxième roman publié par Stephen King après l'excellent Carrie). Le récit est dense, les personnages multiples et leurs histoires croisées tissent petit à petit une trame cohérente, assez classique. A vrai dire, le roman est assez long : on pourrait résumer très rapidement les principaux événements, mais il faut compter avec de nombreuses scènes intermédiaires qui permettent au lecteur de suivre le quotidien inintéressant puis de plus en plus étrange des habitants. Or c'est justement cela qui permet à King de mettre en place une atmosphère très particulière, assez lourde, dérangeante qui, lorsque la tension monte à son comble, finit par devenir assez effrayante. La première scène de vampire dans un cimetière est très angoissante d'ailleurs ! Salem's Lot est pour moi un roman réussi, très bien mené, qui tient le lecteur en haleine de bout en bout... ou presque, car les toutes dernières pages me paraissent à peu près aussi fascinantes que les premières. Si l'écriture n'est pas "esthétique", le style parvient à parfaitement retraduire l'état d'esprit des personnages et la menace qui plane sur eux (un style à mon avis parfaitement approprié au but que s'est fixé l'auteur, et en aucun cas maladroit). Un roman qui par ailleurs n'est pas inintéressant sur le plan sociologique, car King excelle lorsqu'il s'agit de décrire la classe moyenne américaine lambda.

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483 p

Stephen King, Salem's Lot, 1975

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08/10/2011

Un aïeul bien encombrant

lovecraft-affaire-charles-dexter-ward.jpgSacré Lovecraft ! Une fois que l'on a lu deux ou trois de ses textes, c'est toujours en terrain connu que l'on a l'impression de revenir !

Petite fiche d'identité de L'Affaire Charles Dexter Ward de Lovecraft

Lieu : Providence, Nouvelle Angleterre

Epoque : Début du XXe

Quoi : Epris d'archéologie et d'histoires anciennes en tout genre, Ward se découvre une parenté avec Joseph Curwen, mort à Providence en 1771. Ward mène par curiosité une petite enquête, ayant eu vent de légendes peu rassurantes au sujet de son aïeul, . Cela l'amènera à faire de bien dangereuses rencontres avec l'au-delà et d'autres mondes qu'il ne fait pas bon fréquenter.

Cette novella mêle l'histoire de Ward à celle de Curwen, couvrant ainsi deux époques : le XVIIIe et un XXe siècle encore jeune.

J'apprécie énormément Lovecraft lorsqu'il me transporte dans les quartiers les plus anciens de Nouvelle-Angleterre, lorsqu'il fait revivre une Amérique ancienne, que je retrouve peu dans mes lectures. J'aime ces plongeons dans des lieux peu recommandables marqués par la sorcellerie et les rencontres avec l'au-delà ou autres puissances surnaturelles.

Malgré tout, quelques bémols : une histoire qui met quelques pages à se mettre en place, pour un récit assez court. Par ailleurs, le souci du détail propre à Lovecraft porte parfois à confusion : les formules curieuses et autres rites rencontrés régulièrement ont pour moi un caractère assez répétitif, si bien qu'au final je parviens rarement à y prêter vraiment attention.

Enfin j'avais compris le fin mot assez tôt - ce qui je crois, faisait partie de l'intention de l'auteur qui laisse beaucoup d'indices à notre portée, mais de ce fait, il me semble que les dernières pages n'apportent pas grand-chose, car elles ne font que confirmer ce à quoi l'on s'attendait.

Il y a un côté assez manichéen chez Lovecraft. L'aïeul n'est pas seulement en quête d'immortalité, il veut conquérir le monde tandis que son descendant veut quant à lui lutter contre les forces du mal lorsqu'il prend conscience de ce qui se prépare. Par ailleurs, ayant déjà lu des récits proches de ceux-ci, j'aurais davantage savouré une histoire de fantômes (car il est question d'une ferme maudite et d'une maison délabrée au passé sombre), non de sorcellerie et d'alchimie : ce récit m'a trop rappelé une autre lecture de Lovecraft faite l'été dernier. Cet écrivain crée des mondes assez tordus mes amis, il faut bien le dire, et n'étant pas franchement passionnée par les mondes parallèles, j'aurais aimé découvrir ici un texte un peu différent de ce à quoi il m'avait habituée. Malgré tout il s'agit d'un récit très agréable à lire. J'aurais tout de même tendance à recommander cependant L'Abomination de Dunwich, qui m'avait fait une plus forte impression (comme en atteste ce billet assez décousu, écrit quelques mois après ma lecture, lecture qui ne m'a pas laissé beaucoup de souvenirs... heureusement que j'avais pris quelques notes !).

D'autres avis : Pitiland...

Et ici un document word intéressant où vous trouverez le résumé des oeuvres de Lovecraft.

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126 p

H.P. Lovecraft, L'Affaire Charles Dexter Ward, 1941 (posthume)

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