31/05/2010
Mamma mia !
Suite au Lady Swap, l'adorable Titine m'a offert Drôle de temps pour un mariage de Julia Strachey, petit bijou de la littérature anglaise que je recommande à tous ceux qui passent par ici et aiment les auteurs ayant fréquenté le cercle de Bloomsbury. Et comme vous vous en doutez, j'ai été ravie d'être conviée à ce mariage aux accents très British!
Ce récit à huis-clos tout en retenue aborde de manière originale la question du mariage. Si celui-ci semble a priori le sujet principal, il est finalement éclipsé par tous les éléments extérieurs à l'événement qui se déroulent pendant la journée ; la relation entre les mariés, leur personnalité et la cérémonie elle-même ne sont même pas évoqués. Au contraire, le narrateur se penche sur les invités les plus étrangers à la cérémonie et ne lésine pas sur les détails, tels que le déroulement du goûter, les disputes entre deux cousins au sujet d'une histoire de chaussettes, la description de plusieurs tantes, un objet et une lettre retrouvés sans rapport avec le mariage ou encore le passage des domestiques qui ponctue subrepticement le récit.
On comprend ainsi que ce n'est pas tant ce mariage qui est important que la relation entre deux autres personnages et, à travers eux, une autre vision de la vie. Au final, ce mariage est en quelque sorte une supercherie, d'où le titre qui porte davantage sur le "drôle de temps". Voilà une brève incursion dans un monde qui s'attache aux petits gesters du quotidien et à leur banalité, alors qu'un mariage est par essence extraordinaire. Une approche originale qui m'a beaucoup séduite !
Enfin l'histoire s'achève sur une révélation surprenante dont on ne saura jamais si elle s'avérait exacte ou non, les portes de la maison se refermant sur ses secrets à la fin de la journée.
Comme toute Anglaise qui se respecte, Julia Strachey ponctue son roman de petites touches d'humour. Elle sait également décrire l'insiginifiant avec sensibilité, faisant penser à Mrs Dalloway et à l'oeuvre d'Edith Wharton (le livre fut d'ailleurs publié par les Woolf). Un beau récit poétique, dont la force vient essentiellement de la perspective choisie. L'intérêt du récit tient au paradoxe entre la situation évoquée et son traitement décalé, avec un sujet hors de son histoire et, en quelque sorte, un héros absent. Une belle lecture et un livre tout en finesse qui se déguste - lorsqu'on parvient à ne pas le dévorer.
Merci encore Titine pour ce beau moment passé dans une maison anglaise !
Au passage, l'oncle de Julia Strachey n'était autre que Lytton Strachey.

118 p
Julia Strachey, Drôle de temps pour un Mariage, 1932




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