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11/09/2012

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la Nuit

vigan-rien ne s'oppose à la nuit.jpg(Billet programmé, comme les suivants, je serai heureuse de vous lire et de vous répondre à mon retour... ce mois-ci je suis en vacances, partie en lune de miel)

Un an après sa sortie, je viens de lire Rien ne s'oppose à la Nuit de Delphine de Vigan grâce à  Leiloona qui a proposé d'en faire une chaîne de lecture. [Attention texte à spoilers]

J'ai abordé ce roman sans a priori particulier, sans véritable attente non plus. J'essaie autant que possible de me défaire des avis d'autres lecteurs lorsque certains livres rencontrent un grand succès car j'ai remarqué que (sans doute par pur esprit de contradiction) je suis souvent déçue en ouvrant les livres encensés. Je ne sais pas si l'on peut dire que j'ai pris une claque en ouvrant ce livre mais il est certain que c'est une lecture qui m'a fait une profonde impression et que je ne suis pas prête d'oublier.

Delphine de Vigan a entrepris d'écrire ce récit suite au suicide de sa mère. La première scène, très forte, est à la fois sublime et violente : « Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tachées d'encre, au pli des phalanges. » (p13) Cette phrase résume en quelque sorte mon impression : comment retraduire un moment aussi effroyable par un si beau passage, presque irréel ?

A travers ce texte, Delphine de Vigan mène un double récit : celui de la vie de Lucile, sa mère, mais aussi, au fur et à mesure que Lucile grandit et devient femme, le récit de sa propre vie, dans la relation compliquée que la narratrice entretenait avec sa mère.

La première partie est consacrée à la famille de Lucile, le couple que formait ses parents, leur volonté d'avoir de nombreux enfants, les premières années passées à Paris non loin des Grands Boulevards, les séances photos pour ces enfants si beaux, les folles dépenses puis le déménagement, les nombreuses vacances en famille et petit à petit, les tragédies : d'abord la mort d'Antonin, petit frère encore tout jeune tombé dans un puits, et plus tard plusieurs suicides (d'aucuns parleraient d'un pacte du suicide dans la famille). Au fur et à mesure, la façade se craquèle et la famille idéale laisse place à une version plus sombre, plus torturée d'elle-même, avec, au centre, le père Georges qui semble-t-il abusait de ses filles.

La jolie Lucile si tranquille et mystérieuse commence à montrer ses failles ; la rébellion et l'excentricité laisseront peu à peu place à la maladie, Lucile souffrant de bipolarité. C'est une mère aimante pour Delphine et Manon, mais une mère peu conventionnelle qui les laisse peindre sur les murs, s'enferme pour fumer de l'herbe, menant une vie bohème en marge des valeurs et du mode de vie bourgeois dont elle est issue. Puis Lucile devient dangereuse pour elle-même et pour les autres ; commencent alors les périodes d'internement, de cures, de guérison et de rechute. La relation de Lucile avec ses filles est compliquée ; elle est faite d'amour, de maladresse, d'angoisse et de tension,  les rôles sont souvent inversés entre mère et filles et pourtant, en dépit de sa vulnérabilité, Lucile fait de son possible pour être une bonne mère. Si j'ai d'abord préféré la première partie pour la photographie d'une certaine époque qui y figure, j'ai été extrêmement touchée par la fin du récit, lorsqu'on voit cette femme pleine de volonté que la vie n'a pas épargnée se battre pour refaire surface et être auprès de ses enfants. Delphine de Vigan a su décrire des scènes dures sur sa mère tout en lui conférant une aura particulière, une sensibilité et une volonté admirables. C'est au final un magnifique portrait de sa mère qui nous est donné, un bel hommage vibrant d'amour sans pour autant sombrer dans le sentimentalisme. Suivant un crescendo impitoyable, nous accompagnons Lucile lors de ses derniers jours – sa fin m'a réellement touchée et mis les larmes aux yeux tant j'aurais aimé qu'elle ait encore envie de vivre (et j'ai dû sortir les mouchoirs deux ou trois fois seulement durant ma vie de lectrice). Sans aucun doute ce livre fait partie pour moi de ceux qui vous suivent longtemps après, les livres de toute une vie et non du moment.

Autres avis : Alice, Fleurs de Mots, Et Hop dans mon sac, Clara,

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437 p

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit, 2011