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24/01/2013

Dominic Cooper, Nuage de Cendre

cooper_nuage cendre.pngJe vais inaugurer une nouvelle catégorie aujourd'hui : « Ces livres dont j'aurais voulu vous parler » (on verra après pour le logo, le billet dans un premier temps). Mais qu'est-ce cette nouvelle manie bizarroïde ? Amis lecteurs, vous y trouverez tous les livres lus par votre gentille hôtesse il y a des mois, voire des années, aimés ou pas, en tout cas jamais chroniqués. J'espère ainsi attaquer la pile de chroniques en attente et enfin ranger les livres concernés qui y végètent depuis longtemps. Ce sera aussi l'occasion de parler de quelques romans adorés mais lus avant d'ouvrir ce blog (je pense notamment à quelques titres lus juste avant son ouverture, que je regrette maintenant de ne pas avoir chroniqués). Mais évidemment, je ne me souviens plus très bien d'un certain nombre de ces titres, ce qui promet des billets farfelus. 

Attaquons donc en beauté avec ma première lecture dans le cadre du Prix Kiltissime. J'ai eu la bonne idée de lire ce roman environ six mois avant les trois autres romans en lice pour le Prix, autant dire que j'ai oublié beaucoup d'aspects de ce texte dont j'avais à l'origine très envie de parler, coup de coeur oblige !

A l'inverse du roman de Louise Welsh, autre roman sélectionné par Cryssilda pour le Prix, Nuage de Cendre est assez loin de mes sujets de prédilection habituels. L'action se déroule en Islande, dans un milieu rural, or je ne suis pas particulièrement attirée par le grand nord et affectionne particulièrement les romans dans lesquels les villes occupent une place importante ; enfin, malgré la belle couleur de la couverture, ce nuage de cendre me rebutait plus qu'il ne me donnait envie d'ouvrir ce roman. Je suis bien d'accord, ce sont des préjugés sans intérêt, mais je dois avouer également que je n'ai jamais pu venir à bout de Vers l'Aube du même auteur et que c'était sans doute ce détail là qui m'inquiétait particulièrement. Heureusement le résumé de l'éditeur a rapidement éveillé ma curiosité.

Fin du XVIIIe. Des éruptions volcaniques provoquent des ravages et, dans un pays où la vie est déjà dure, les familles vivent dans la misère et sont frappées par la famine. Dans ce contexte, une affaire va faire scandale et nourrir la haine que se vouent deux représentants de l'autorité danoise. Une jolie orpheline, Sunnefa, est accusée d'entretenir des relations incestueuses avec son jeune frère Jon, dont elle est enceinte. Le récit se déroule sur plusieurs années, au cours desquelles le frère et la soeur vont être séparés (chacun sous la responsabilité de l'un des shérifs), en attente d'un jugement, risquant la peine de mort.

Le récit va dès lors croiser les points de vue. A partir d'un fait divers, Dominic Cooper essaie d'imaginer ce qui a pu motiver les protagonistes ainsi que la réaction des habitants. La rivalité entre les deux shérifs est évoquée au début de l'histoire et le déroulement de l'affaire sera l'occasion de comprendre ce qui, petit à petit, a pu nourrir la haine que se vouent les deux hommes et leurs familles.

J'ai pris un immense plaisir à lire ce roman qui, je peux déjà le dire, est celui pour lequel j'ai choisi de voter dans le cadre du Prix Kiltissime. J'ai tout aimé ! D'abord le sujet lui-même, dont Dominic Cooper parvient à retraduire le caractère tragique. J'ai suivi avec angoisse l'évolution de l'affaire à l'approche du jugement. La forme : un récit foisonnant, polyphonique, qui mêle les points de vue mais aussi les supports (lettres, témoignages...) et repose sur des personnages complexes, créant ainsi une véritable dynamique. La nature occupe également une place importante dans ce roman. La beauté glaciale des fjords est ici magnifiquement restituée et le cadre de nombreuses scènes est très bien rendu. L'écriture de Dominic Cooper m'a de même vraiment séduite. J'avais déjà été sensible à sa plume en lisant Vers l'Aube, mais le récit quasi inexistant avait eu raison de ma bonne volonté. Ici l'auteur nous livre un texte passionnant et très bien maîtrisé. Un très beau livre et même, un pur régal !

D'autres avis kiltissimes plus détaillés : Cryssilda, Titine, ...

Un grand merci aux éditions Métailié pour cette très belle découverte !

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236 p

Dominic Cooper, Nuage de Cendre, 1978

*****

Mon classement pour le prix Kiltissime :

1) Dominic Cooper, Nuage de Cendre

2) Peter May, L'Homme de Lewis

3) Louise Welsh, De Vieux Os

4) John Burnside, Scintillations

21/12/2012

Louise Welsh, De Vieux Os

écosse, roman écossais, prix kiltissime, louise welsh, de vieux osVoilà enfin les vacances de Noël, mais avant de partir à la recherche de Santa Claus je m'acquitte de mes devoirs et termine enfin mes lectures dans le cadre du Prix Kiltissime, prix des blogueurs du meilleur roman écossais, organisé par la très gaélique Cryssilda.

 Je vous avais déjà parlé de Scintillations de John Burnside et de L'Homme de Lewis de Peter May. Poursuivons avec De Vieux os de Louise Welsh. Dans quelques jours je publierai mon billet sur Nuage de Cendre de Dominic Cooper et vous dirai enfin qui est mon heureux élu !

J'avais hâte de lire De Vieux os mais j'ai réservé cette lecture pour la fin, car je nourrissais de grands espoirs à son égard et anticipais un plaisir de lecture certain. Et pour cause : le héros, Murray Watson, docteur en lettres à l'Université de Glasgow (je vois déjà des yeux qui scintillent), vient de prendre une année sabbatique afin de se consacrer à des recherches sur un poète des années 70, Archie Lunan. Murray est fasciné par un recueil de Lunan depuis son adolescence et est bien décidé à écrire une biographie qui rendra enfin justice à ce jeune génie mort sur un rafiot en pleine tempête. Suicide ? Inconscience ? Le mystère plane autour de la disparition de cet énigmatique personnage, dont on ne connaît qu'un recueil et que la postérité a oublié.

écosse, roman écossais, prix kiltissime, louise welsh, de vieux osMurray tâtonne d'abord : peu de documents intéressants dans les archives de la bibliothèque; Christie, qui vivait avec Lunan à l'époque de ses débauches puis de son décès, refuse d'être interviewée. Mais petit à petit, et grâce à de nombreux hasards tout de même, Murray parvient à retrouver des gens qui ont connu Lunan ou ses comparses. Plus l'enquête avance, plus la fascination presque malsaine que Murray éprouve pour Lunan grandit. Et, au-delà des recherches sur un jeune homme talentueux noyé dans l'alcool, menant une vie de hippie et s'intéressant aux sciences occultes, Murray s'interroge sur sa propre vie et sur le sens de sa démarche. Sur le plan littéraire, il finit par se demander s'il convient vraiment de connaître l'auteur pour comprendre l'oeuvre et plus son enquête avance, plus il songe à abandonner pour publier une analyse purement critique de Lunan. Sur le plan personnel, l'histoire sordide de Lunan et la solitude des personnes qu'il croise au cours de ses recherches mettent en évidence le vide de sa propre existence. Sa mère a disparu depuis bien longtemps, son père vient de mourir sénile, loin de sa maison et de ses deux fils ; Murray vient de se brouiller avec son frère Jack, sa maîtresse Rachel (la femme du chef du département) le quitte, il s'attend à perdre son emploi, une aventure d'une nuit refuse de donner suite, son appartement et son mode de vie chaotiques reflètent sa solitude... bref, ce récit sera aussi celui-ci de la vie de Murray : son travail aura-t-il un effet positif sur lui ?

C'est là un roman fort plaisant, une sorte de thriller littéraire dont le thème avait tout pour me plaire. J'ai évidemment apprécié les références à d'autres textes, toutes les réflexions sur la littérature, brûlé d'envie d'en savoir plus sur Lunan, espéré en secret un nouveau départ pour Murray. Malgré tout cette lecture a légèrement déçu mes attentes car, en raison du sujet, je m'attendais à un texte plus abouti, à une plume plus alerte. A titre de comparaison les descriptions des îles Hébrides faites par Peter May étaient plus spectaculaires – j'emploie ce mot délibérément car en lisant Peter May je voyais les éléments se déchaîner sur les côtes sauvages écossaises. Et paradoxalement, je n'ai pas été complètement emportée par le récit malgré toutes ses qualités (peut-être parce que tout s'imbrique finalement trop bien et que le hasard fait vraiment bien les choses ?).

Une phrase que je trouve peu élégante mais très drôle : Quelques moutons qui s'abritaient derrière s'effrayèrent à son approche et s'enfuirent avec une hâte irréfléchie, telles de grosses dames dévalent une colline sur des talons hauts. (p218)

Et sur Lunan : Je pensais qu'il était plus épris de l'idée d'être écrivain que du besoin de créer. (p94)

Quelques avis kiltissimes : Cryssilda, Melodie ; Choupynette s'est tellement ennuyée qu'elle n'a pas fait de billet, (membres du jury oubliés n'hésitez pas à me laisser vos liens)

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392 p

Louise Welsh, De Vieux Os, 2010

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07/12/2012

Peter May, L'Homme de Lewis

may_homme lewis_jpeg.jpgC'était LE roman de la sélection Kiltissime qui me faisait un peu peur car je lis très peu de polars depuis des années, hormis quelques romans dont l'action se situe au XIXe (ce qui là change ma perception des choses, bizarrement...).

Je ressors pourtant de L'Homme de Lewis de Peter May vraiment ravie de cette découverte (car il est certain que je n'aurais pas lu ce roman si je n'avais pas participé au prix).

Alors que le coût de l'énergie augmente, de nombreux habitants de l'île de Lewis retrouvent les habitudes de leurs ancêtres et utilisent désormais la tourbe pour se chauffer. Le roman s'ouvre avec la découverte d'un corps momifié dans la tourbe. Rapidement, un lien est établi entre le défunt et le vieux Tormod MacDonald, le père de l'ancienne petite amie de Fin Macleod, ex-détective de retour sur son île natale à la suite d'une tragédie familiale. Avant que n'arrive un inspecteur étranger aux îles, Fin commence à mener l'enquête afin de protéger les MacDonald et d'innocenter Tormod, suspect numéro 1. En parallèle de l'enquête, alors qu'il est atteint de sénilité, Tormod se souvient de son enfance et de son adolescence malheureuse : orphelin, il a été envoyé avec son frère Peter dans les îles Hébrides en tant que « homer », au service d'une famille locale.

peter may,écosse,roman écossais,l'homme de lewis,prix kiltissimeJe ne sais pas encore si je me laisserai tenter par les autres romans de Peter May et notamment, par le premier opus de cette trilogie, car j'ai surtout apprécié la dimension historique avec le destin de ces orphelins devenus des homers et bien plus que l'intrigue policière en elle-même, c'est le récit de la vie de Tormod qui m'a fait dévorer de nombreux passages. A l'inverse, je me suis moins intéressée aux personnages plus jeunes.

En ce qui concerne le Prix Kiltissime j'attends ma dernière lecture et la relecture d'extraits du roman de Dominic Cooper pour me prononcer. Nuage de Cendre avait été un vrai coup de coeur mais ma lecture date un peu ; L'Homme de Lewis me paraît un peu moins abouti mais je me suis régalée à la lecture de nombreux chapitres, dont la fin, et j'ai été sous le charme des descriptions. Peter May sait faire vivre les îles écossaises sous nos yeux, retraduire la force brute des éléments et la beauté sauvage d'un littoral battu par les vents... sur ce point, cette lecture a été un vrai régal !

(En cherchant une image pouvant illustrer les homers je suis tombée sur le joli dessin en bas)

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315 p

Peter May, L'Homme de Lewis, 2011

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04/12/2012

John Burnside, Scintillation

burnside_scintillation.jpgVoilà un roman dont je vais avoir bien du mal à parler. Il y a plusieurs mois j'avais accepté avec joie de participer au Prix Kiltissime visant à récompenser un roman écossais, prix des lecteurs/blogueurs organisé par ma copine Cryssilda. Après avoir lu Nuage de Cendre sur lequel je dois encore rédiger un billet (ce qui ne sera pas chose facile après plusieurs mois) j'ai tardé à poursuivre mes lectures, mais me rattrape enfin ! Commençons donc avec Scintillation de John Burnside. Et quel drôle de texte !

Le début est assez déstabilisant car il s'agit du passage dans l'au-delà de l'un des personnages, passage qui je dois l'avouer m'a franchement épouvantée car rien de tel qu'une introduction très mystique pour me faire grincer des dents ! Heureusement pour moi j'ai trouvé beaucoup de qualités à ce roman par la suite.

Le récit se déroule dans l'Intraville, lieu imaginaire aux allures de banlieue populaire en crise après la désaffection d'une usine chimique. La ville est marquée par la disparition de jeunes garçons dont personne ne sait ce qu'il est advenu ; personne, à l'exception du représentant des forces de l'ordre local qui a trouvé le premier corps, les bras disposés en croix dans un simulacre de rite religieux. Dans cette ville marquée par les maladies et la folie, les gens choisissent de croire à la version officielle et renoncent à rechercher les garçons disparus. Tous sauf le jeune Leonard, qui est persuadé qu'il est arrivé quelque chose à son meilleur ami, le dernier sur la liste.

On pourrait penser au début qu'il s'agit d'une histoire policière mais rapidement on devine que l'étranger dont Leonard s'est rapproché n'est autre que le tueur et que la fin n'aura rien de réjouissant. L'intérêt du roman repose sur le cadre étonnant, sur ce site industriel en ruine d'où s'échappent des rejets toxiques, responsables de l'abrutissement et de la déchéance physique des habitants de la ville. Burnside crée de toutes pièces une ambiance pesante et sait tenir son lecteur en haleine, car j'ai lu d'une traite de nombreux chapitres. Et pourtant, je ne peux pas vraiment dire que ce roman m'ait plu et j'étais contente d'arriver au bout, sans doute parce que l'univers ne me plaisait pas spécialement et que je ne me suis attachée à aucun personnage. Une lecture intéressante mais douloureuse !

Au final, Scintillation est indéniablement un roman intelligemment construit mais je l'écarte pour ma part sans hésiter de ma sélection de favoris pour le Prix Kiltissime, parce que nous n'étions pas faits pour nous aimer... mais d'autres ont adoré ce roman et je vous invite à lire leur billet, à commencer par celui de Cryssilda qui l'a sélectionné pour le Prix Kiltissime.

Un grand merci à Jérôme et aux éditions Points pour cet envoi !

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308 p

John Burnside, Scintillation, 2008

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