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22/05/2011

Milton et son paradis perdu

stefansson_entre ciel et terre.gifMilton était aveugle, tout comme le capitaine, c'était un poète anglais qui avait perdu la vue à l'âge adulte. Il composait plongé dans les ténèbres et c'était sa fille qui transcrivait ses poèmes. Nous rendons donc grâce à ses mains, en espérant toutefois qu'elles avaient une vie en dehors de la poésie, espérons qu'elles ont eu l'occasion de serrer quelque chose de plus doux et de plus chaud que le maigre bois de cette plume. Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le coeur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts. Pourtant, à eux seuls, ils ne suffisent pas et nous nous égarons sur les landes désolées de la vie si nous n'avons rien d'autre que le bois d'un crayon auquel nous accrocher. (p74)

A mon grand regret, je n'ai pas été vraiment emportée par Entre ciel et terre, un roman qui s'annonçait prometteur et dont le sujet avait forcément éveillé ma curiosité : un marin qui oublie sa vareuse et meurt de froid en mer parce qu'il a été trop absorbé pas sa lecture du Paradis perdu de Milton ; un ami qui "entame un périlleux voyage" pour rendre l'ouvrage à son propriétaire.

entre ciel et terre, jon kalman stefansson, milton, paradis perdu, littérature islandaise, islandeDans un monde rude où le danger d'un nauffrage est omniprésent, Barour et son ami (dit "le gamin") font figure d'exception en se passionnant pour la littérature et en s'instruisant seuls lorsqu'ils ne partent pas pêcher. Des conditions de vie spartiates, un lit pour deux et une pièce pour tous les marins, un quotidien dont ils s'échappent à travers leurs lectures. Lorsque Barour décède en mer, le gamin ne voit plus de raison de rester en compagnie des autres pêcheurs. Il part donc rendre Le Paradis perdu et s'installe dans une auberge, où deux femmes remarquables et trop indépendantes pour être appréciées lui offrent un nouveau départ.

Une écriture poétique, sans aucun doute, mais un texte que j'ai souvent délaissé en rêvassant, avec ces dialogues et considérations philosophiques mêlés au corps du texte, cette insertion des pensées de Barour et du gamin au récit lui-même, sans transition aucune.  Ce ne sont pas des procédés qui me gênent habituellement mais le caractère dense du texte associé à des sujets qui finalement ne m'intéressaient pas toujours ont fini par me lasser (en dépit des qualités innombrables de ce roman).

Un texte fin, plein de sensibilité, dont j'ai savouré certains passages particulièrement saisissants (comme celui cité plus haut) mais qui, en général, m'a sans doute déroutée. Par ailleurs je m'attendais à davantage d'intertextualité et de réflexions sur la littérature ou la lecture (en réalité c'est ce qui m'avait attirée à la lecture du résumé), or c'est un sujet finalement assez périphérique.  Ce roman est davantage une leçon de vie, à travers un récit finalement assez initiatique et viril. Une rencontre manquée donc, mais un roman indéniablement maîtrisé qui mérite de retenir toute votre attention et qui devrait plaire à beaucoup d'entre vous.

Un autre avis mitigé : Lau "Entre ciel et terre a été mon premier contact avec la littérature islandaise et, pour moi, c’est comme pour la musique, je trouve ça déprimant et même presque angoissant".

Et d'autres avis, très enthousiastes : Le Bibliomane "une narration à la prose hypnotique et poétique", Eric Boury (le traducteur) "Entre ciel et terre appartient indubitablement à la grande littérature, à celle qui nous tend cette main amie et nous aide à vivre en nous indiquant dans quelle direction chercher la lumière et comment nous délester des ténèbres", Des livres et des Champs "Je me suis souvent exclamée à la lecture parce que j'étais éblouie par ce que je venais de lire", Kalistina "une splendide découverte", Gambadou "J'ai eu au tout début un peu de mal à rentrer dans le froid quotidien de ces pécheurs de morue qui rament pendant des heures pour arriver sur leur endroit de pêche. Et puis j'ai été emportée et j'avais hâte de retrouver mon livre et la musique des mots"...

 

Merci à Lise des éditions Folio.

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(J'en profite pour rappeler que cette échelle de coeurs que j'utilise sur mes billets vise uniquement à retraduire mes sentiments à la lecture : en aucun cas il ne s'agit d'une notation à prendre au pied de la lettre... il s'agit bien plutôt de retraduire mon humeur et mon état d'esprit à la lecture, de façon hautement subjective et personnelle)

253 p

Jon Kalman Stefansson, "Entre ciel et terre", 253 p