26/02/2009
Soyez constants !
Autant vous prévenir : j'entre dans une phase mystique où toute opposition à mon amour naissant pour Wilde (je dis bien toute rébellion, et même le moindre doigt timidement levé) se verra châtiée immédiatement à coup de projections d'Encyclopédie Universalis (et croyez-moi, une fois les multiples tomes réunis l'opération s'avère douloureuse).
Wilde est un génie.
Maintenant que j'ai dit ça je peux aller me recoucher.
Et puis non ce serait trop bête. Voilà dix raisons d'aimer à la folie Wilde et sa pièce The Importance of being earnest, dans laquelle il est question d'être constant mais pas seulement.
1- Parce que l'écriture de Wilde (à consommer de préférence en anglais) est un art en soi, parce qu'on savoure chaque tournure, chaque phrase en succombant tout autant à la musique des mots qu'à la philosophie particulière des personnages.
2- Parce que les déclarations les plus absurdes sont faites selon une logique irréprochable qui titille l'esprit du lecteur, qui est perdu entre sourire moqueur et volonté de suivre les raisonnements les plus incroyables avec une attention religieuse.
3- Parce que les personnages sont exquis, à commencer par les rôles moins importants. Une petite mention spéciale pour Cecily, à l'apogée du charme avec son esprit vif et ses remarques cultes. Mais la concurrence est rude !
4- Parce cette pièce est terriblement drôle et irrésistiblement inconvenante, et les répliques d'une efficacité surréaliste.
5- Qui devrait être numéro 1. Parce que Wilde était victorien.
6- Qui devrait être numéro 2. Parce que nul ne saurait être plus irrévérencieux que lui et que sa critique de la société victorienne est faite sur un ton si léger (voire badin) que les plus concernés l'ont eux-mêmes largement acclamé.
7- Parce que cette pièce nous fait baver d'envie avec ses cucumber sandwiches, son bread and butter et ses muffins (et je n'éprouve pas souvent une envie irrésistible de partager le repas de mes héros victoriens).
8- Parce que Ernest (Constant) et Algernon sont les héros les plus creux qui soient mais nous sont malgré tout profondément sympathiques.
9- Parce que cette pièce paraît légère tout en puisant sa source dans de nombreuses influences. Wilde est érudit, sa pièce géniale s'inspire savamment de grands classiques tout en étant divertissante et surtout, originale et véritablement moderne.
10- Parce qu'au final, tout tourne autour du langage, que Wilde maîtrise remarquablement. Parce qu'il joue avec les mots et les phrases, que c'est au final l'essence-même de la pièce mais qu'on l'oublie paradoxalement, car Wilde sait comme nul autre multiplier les (fausses) pistes pour nous égarer. Pour notre plus grand bonheur.
Et vous qui passez rapidement par ici, sans doute par hasard, vous avez peu de temps pour lire tout mon baratin et d'autres soucis en tête qu'Oscar Wilde. Pour vous je ferai court, clair et net : The Importance of being earnest est un chef-d'oeuvre unique en son genre, à découvrir impérativement. C'est mordant, intelligent, déconcertant et, cerise sur le gâteau, tout simplement brillant.
Et pour ceux qui se demandent de quoi il s'agit, j'ajouterai juste qu'il est question de mariages contrariés pour des raisons de fortune ou de rang, mais que les rebondissements sont nombreux et que mieux vaut avoir la surprise de la découverte (d'autant plus que la pièce est très bien construite).
« ALGERNON - (...) The doctors found out that Bunbury could not live, that is what I mean – so Bunbury died.
LADY BRACKNELL : He seems to have had great confidence in the opinion of his physicians. I am glad, however, that he made up his mind at last to some definite course of action, and acted under proper medical advice. »
300 p (éditions GF Flammarion, à recommander pour l'excellent dossier et la version bilingue)


Oscar Wilde, The Importance of Being Earnest (L'Importance d'être constant), 1895 (année de la première, le jour de la Saint Valentin !)
Pour l'adapter au cinéma, on a pensé à Colin Firth (Jack) et Rupert Everett (Algie). Avouez qu'il y a tout de même des castings moins heureux !
Le film est très fidèle à la pièce, hormis quelques petites variantes dont l'utilité me semble discutable. Une première scène montre une poursuite entre Algie et des policiers, son but étant essentiellement de nous faire comprendre qu'il est criblé de dettes. Si la tante d'Algie mentionne ses dettes dans la pièce, ce sont surtout celles contractées par Jack dont il est question. De même, lorsqu'Ernest doit être conduit en prison pour des factures impayées, le dénouement est différent et nous prive d'excellentes répliques. Mais je chipote car ce film rend tout à fait justice à la pièce.
Le casting est une réussite et les acteurs incarnent à la perfection leur personnage, tout en lui insufflant une vie nouvelle. Gwendolen, un peu nunuche tout de même, devient une tigresse sensuelle, déterminée et ridicule, Cecily est fraîche et pétillante, cette pauvre Miss Prism terriblement touchante... tous excellent mais, (presque) en toute objectivité, Colin Firth est peut-être le meilleur d'entre eux, avec une variété d'expressions inouïe et une capacité certaine à passer de l'attitude la plus cocasse à la plus résignée. Les décors et les costumes sont soignés, le déroulement très fluide grâce à des scènes intercalées par rapport au texte d'origine.
Un très bon film, (presque) aussi drôle et original que la pièce elle-même.
Nibelheim en a parlé ici !

The Importance of being earnest, un film d'Oliver Parker, 2002




08:57 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (56) | Envoyer cette note | Tags : oscar wilde. l'importance d'être constant, théâtre, littérature britannique, littérature victorienne, classiques, humour






































