17/04/2009

Will his name be Junior ?

altman_the darcys and the bingleys.jpgAprès avoir longuement délibéré avec mon moi-même intérieur, j'ai décidé de faire mon billet sur The Darcys and the Bingleys au plus vite afin de satisfaire la curiosité de plusieurs lectrices que le résumé de ce livre avait fortement intrigué – et pour cause!

 

Parce que je suis dans mes bons jours, amies lectrices (let us not pretend anymore, le public austenien est essentiellement féminin), et que je sais que même celles qui ont développé un comportement compulsif à tendance darcyiste ne peuvent pas toujours se souvenir de tous les produits dérivés qui hantent les librairies, j'ai prévu une petite piqûre de rappel :

 

« Three days before their double wedding, Charles Bingley is desperate to have a word with his dear friend Fitzwilliam Darcy, seeking advice of a most delicate nature. Bingley is shocked when Darcy gives him a copy of the Kama Sutra, (petit sacripant!) but it does tell him everything he needs to know... Eventually, of course, Jane finds this remarkable volume, and in the utmost secrecy shows it to her dear sister Elizabeth, who goes searching for a copy in the Pemberley library... By turns hilarious and sweet, this book also presents an intriguing view of Miss Caroline Bingley, who has such good reasons for being the way she is that the reader can t help but hold her in charity (saperlipopette, j'en perds mon latin). Georgiana Darcy makes a most eligible match, and in spite of his abhorrence of being asked for advice, Darcy s friendship with Bingley is solid and full of fun. » Vous remarquerez que j'ai laissé mes commentaires d'une profondeur abyssale.

 

Avant tout, sachez que j'ai rarement vu un résumé aussi mensonger et une telle propension à racoler le lecteur avec tout et n'importe quoi. Jane ne trouve pas le volume en question mais demande à son cher époux d'où lui est venue une certaine idée, ce qui pousse Charles à extirper le Kama Sutra d'une pile au pied de leur lit. Jane le lit mais n'en parle pas à Elizabeth, qui ne va pas chercher une copie à Pemberley, même si elle découvre par la suite un autre livre instructif (ou alors un chapitre entier devait manquer dans mon édition !). Concernant Miss Bingley, on apprend qu'elle est en passe de devenir vieille fille et doit se marier vite fait, mais après tout, ne le savait-on pas déjà ? Enfin Georgiana Darcy fait son entrée dans le monde avec un premier bal organisé par un frère bien décidé à ne pas la laisser se marier de si tôt. Certes, mais il n'est question d'aucun prétendant en particulier, Georgiana étant une simple adjuvante dont on imaginait déjà la fortune et le rang avant de découvrir dans ce résumé qu'elle est un bon parti (ça c'est une révélation ! on attendait Marsha Altman pour le savoir).

 

Alors chères ami(e)s, vous pensez peut-être que j’ai détesté cette suite de Pride and Prejudice. Non point. Au contraire, je l’ai dévorée, même si j’avoue une nette préférence pour les 200 premières pages (et l’envie d’arriver à la conclusion rapidement à partir de la page 300). J’ai pourtant vu un avis nettement opposé au mien car à vrai dire, si je n’ai pas trop aimé la deuxième moité, c’est que l’histoire relativement crédible se transforme presque en un roman de cape et d’épée où l’action ne manque pas… quel que soit le rapport avec les personnages et l’influence de Jane Austen.

 

pride and prejudice bbc 1995 wedding.jpgLa première moitié du livre porte sur les quelques jours précédant le double mariage puis sur la première grossesse des deux sœurs. J’ai beaucoup aimé cette partie pour de nombreuses raisons, que je tiens à citer pour faire justice à ce livre (car croyez-moi je ne vais pas me priver d’évoquer ensuite le côté obscur de la force). J’avais lu plusieurs commentaires qui me faisaient penser que cette histoire de Kama Sutra était plutôt amusante et que ce roman était assez soigné, loin des suites apparemment très explicites de Linda Berdoll. Je n’ai pas été déçue sur ce point, au contraire ! Malgré quelques maladresses (qui me semblent presque inévitables), les conversations liées au livre ou à la sexualité sont malicieuses mais sobres et, contrairement à ce que laisserait penser le résumé, les « relations » ne sont pas le sujet principal de ce livre, même si quelques allusions reviennent de temps en temps après la nuit de noce (qui n’est pas racontée, heureusement). Outre l’humour, j’ai apprécié le traitement de la sexualité et de la maternité comme un sujet important mais particulièrement délicat à une époque où les filles étaient souvent maintenues dans l’ignorance pendant leur adolescence. Sans parler des discours maternels rassurants qui présentent les fameuses « relations » comme un mal nécessaire pour amener la paix au sein du mariage. J’aurais tendance à trouver préférable le choix d’autres personnages pour une telle thématique mais finalement, Marsha Altman réussit à évoquer ce sujet sensible sans nuire aux héros. Cette partie est pour moi cohérente, très agréable à lire. Le style est neutre, plutôt approprié, les répliques souvent bien choisies.

 

[SPOILER entre les crochets, à déconseiller à celles qui ont déjà acheté le livre mais peut-être pas à celles qui se demandent si ce livre est fait pour elles.

La deuxième moitié repose sur l’arrivée du grand méchant loup qui éclipse Wickam, Lord Kincaid. Cette partie rocambolesque se lit assez bien car les péripéties ne manquent pas, mais l’ensemble est franchement tiré par les cheveux. Sans dire qui fait quoi ni comment, sachez qu’il y a notamment : un blessé par balle, une arrestation, des coups de chandelier sur le crâne, des points de suture et de l’opium, la visite d’un château écossais, des voyages entre le Derbyshire et Londres, le retour d’un frère endetté, une menace de viol. Le passage au roman d’aventures est divertissant mais paradoxalement, j’ai trouvé cette partie plus ennuyeuse parce qu’elle me semble un peu bâclée. J’ai eu l’impression que l’auteur, après avoir passé des soirées entières à réfléchir à de bonnes répliques et aux phrases adéquates, a trouvé que son manuscrit n’avançait pas et a voulu parer au plus pressé. Je n’en sais rien et ne le saurai jamais, toujours est-il que je trouve que le vocabulaire contemporain ressort plus, les répliques sont un peu lassantes, les scènes caricaturales et les personnages complètement décalés.

 

De manière générale, j’ai trouvé le traitement des personnages inégal, même si je crois m’être offusquée plus fréquemment dans la deuxième partie où Darcy est Caroline bingley 2005.jpgméconnaissable (et puis, pour vous rappeler que ce type bizarre est Darcy et qu’elle sent bien que la lectrice que vous êtes est sur le point de l’oublier, Altman utilise une expression du type :« il avait un air austère, parce que c’était Darcy » - on sent que l’expression « Darcy-like » la démange).

Certains personnages n’ont rien de commun avec leurs homologues chez Jane Austen, hormis le nom. Jane Bingley n’est pas la douce et innocente créature que nous connaissons : les allusions coquines entre Elizabeth et Darcy m’ont moins surprise que celles faites par Jane devant un Bingley empourpré ; je précise aussi qu’elle essaie tout de même d’étrangler son mari pendant un accouchement. Darcy a du mal à tenir l’alcool et se ridiculise lorsqu’il n’a pas tous ses esprits. Quant à Caroline Bingley, on voudrait presque l’avoir pour grande sœur, surtout lorsqu’elle lutte à coup de balai contre un type armé d’une épée.

Cela dit, Altman interprète certains silences de Pride and Prejudice pour donner une autre dimension à plusieurs protagonistes. Mary est par exemple très indépendante et part étudier sur le continent, Anne de Bourgh est sympathique et proche de Darcy, tandis que le couple Bennet est plus uni et Mrs Bennet visiblement plus lucide, même si leurs interventions ne sont pas trop alterées et restent amusantes et plausibles.

]

 

La fin est prévisible mais, malgré tout ces défauts, j’ai globalement passé un très bon moment avec ce livre plein d'humour et j'ai adoré la réplique finale du petit Geoffrey Darcy (et la réaction du père, si improbable soit-elle). Je lirai peut-être la suite (une série est en cours apparemment).

 

Extraits :

 

“ I say, my daughters seem to be in some sort of a competition ,» Mr. Bennet said. “The first husband I must pay; the second I have no obligations to; and the third pays me. Mary, if this pattern is to continue, I will consent to you marrying a man of no less than twenty thousand pounds a year. And Kitty, nothing less than royalty will do. I perhaps will settle for Scottish royalty, but only if he truly loves you.” (p102)

 

“ My dears, my dears,” their mother said nervously. “Oh, there is so much to say now and so little time to say it. Always be good to your husbands, and be careful never to irritate them with your fits.”

“Wise advice,” said Mr Bennet.

“And if they ever do make some quiet comments at your expense, it will suit your marriage to pretend that you do not hear,” she replied. (p109)

 

Autres avis en anglais : Austenprose ; Becky ; Jane Austen Today ; Bookfool ; Romance Rookie.

Blog de l’auteur.

 

413 p

 

Marsha Altman, The Darcys and the Bingleys, 2009

 

 

Et comme l’auteur remercie Dieu (sans qui le Kama Sutra et Darcy ne seraient pas), j’ai décidé de remercier Madonna, dont le titre Like A Prayer me suit partout depuis mes quatorze ans (eh oui, pourquoi pas ?).

 

 

 

 

 

 

 

Austen et moi :

 

Mon questionnaire austenien

Pride and Prejudice : le livre, le film de 2005.

The Watsons

Bride and Prejudice

Bridget Jones’s Diary / The Edge of Reason

 

Northanger Abbey – LU et à relire !

Emma (ITV) – VU

Northanger Abbey (ITV) – VU

Lost in Austen (ITV) - VU ET REVU !

Pride and Prejudice (BBC 1995) – VU ET REVU !

 

Next reading : peut-être Emma car je viens de voir le film d’ITV que j’ai adoré.

 

 

challenge jane austen 2009.jpg

26/03/2009

Austen suit la route des Indes !

bride_and_prejudice affiche.jpgJe ne connaissais pas son existence il y a quelques jours mais voilà un film qui vaut son pesant de cacahouètes. Bride and Prejudice (ou pour la version française au titre très recherché, Coup de foudre à Bollywood) est l'histoire d'un jeune Indien de retour au pays afin d'être témoin au mariage d'un ami. Il est accompagné de Darcy, issu d'une riche famille américaine propriétaire de nombreux hôtels, et de sa soeur, plus habituée à la société chic de Londres qu'aux danses exubérantes de Bombay. Au cours d'un bal, les deux hommes rencontrent deux femmes charmantes issues d'une famille relativement modeste. La mère est vulgaire, les filles jolies à l'exception de l'une d'entre elles, Darcy et la soeur de son ami s'amusent des traditions populaires du coin tandis que leur compère est déjà sous le charme de la fille aînée... does it ring a bell ?

Outre un scénario proche de l'histoire de Jane Austen, Bride and Prejudice ponctue çà et là le film de quelques phrases tirées du roman. On retrouve la plupart des personnages, entre l'Inde, l'Angleterre et les Etats-Unis. Avec une Lalita (Eliza) pleine d'esprit et un Darcy fier de sa culture américaine, une « Bingley » peau de vache et un Collins à l'intellect proche de celui de « Mrs Bennet », le spectateur se trouve en terrain familier. Côté Bollywood, il paraît que le film n'est pas fidèle au genre, ce qui ne m'étonne pas particulièrement car je l'ai trouvé très américain parfois (musiques, valeurs, remarques...). Je n'avais jamais vu de film bollywoodien jusqu'ici et pour ma part, m'attendant à une avalanche de kitch, de couleurs et de chansons, j'ai beaucoup ri – évidemment, c'est un film à prendre au second degré (sous peine de le trouver trop guimauvesque). Autant les scènes trop « romantiques » du Pride & Prejudice de Joe Wright m'ont fait rendre l'âme à force de pousser des soupirs endormis, autant les aspects ridicules de Bride & Prejudice m'ont plu pour leur côté complètement décalé. Et puis, si les chansons font très « musique de resto indien » et que les paroles sont bêtes à se rouler par terre, les danses dégagent une bonne humeur incroyable. Alors oui, on rigole quand Lalita chante « we will be friends for ever » en balançant les hanches et la tête en rythme, suivie par ses copines, mais avouez que vous aussi vous aimeriez parfois chanter et danser dans la rue avec les passants, les chiens et votre boulanger, façon Mamma Mia (et si vous me dites non je ne vous croirai pas, sauf peut-être Isil – je te vois venir) !

A recommander en cas de déprime, d'hiver persistant ou simplement autour d'un apéro entre copines, pour passer un bon moment sous le soleil artificiel des studios de Bollywood.

Un article négatif.

bride_and_Prejudice01.jpg
bride_and_Prejudice065.jpg

 

Mr Collins, dans les rêves les plus fous de Lalita...

bride_and_Prejudice09#.jpg

 

Et si vous ne voulez pas voir le film, voici deux petites vidéos pleines de musique. Ne ratez pas la première, avec la chorégraphie époustouflante de notre nouveau Mr Bingley et la performance embarrassante de « Mrs Bennet ».

 


 

 

Bride and Prejudice, Gurinder Chadha, 2004

********


altman_darcys and bingleys.pngJe voulais signaler à tous les lecteurs d'Austen une curiosité, The Darcys and the Bingleys, au titre au passage bigrement anodin.

L'auteur :« Marsha Altman is a historian and expert on Jane Austen sequels, having read nearly every single one that's been written. » Ah, une historienne et une experte ! Chouette ! Voici une étude académique ou une suite sérieuse ou... :

« Three days before their double wedding, Charles Bingley is desperate to have a word with his dear friend Fitzwilliam Darcy, seeking advice of a most delicate nature. Bingley is shocked when Darcy gives him a copy of the Kama Sutra, (petit sacripant!) but it does tell him everything he needs to know... Eventually, of course, Jane finds this remarkable volume, and in the utmost secrecy shows it to her dear sister Elizabeth, who goes searching for a copy in the Pemberley library... By turns hilarious and sweet, this book also presents an intriguing view of Miss Caroline Bingley, who has such good reasons for being the way she is that the reader can t help but hold her in charity (saperlipopette, j'en perds mon latin). Georgiana Darcy makes a most eligible match, and in spite of his abhorrence of being asked for advice, Darcy s friendship with Bingley is solid and full of fun. »

 

challenge jane austen 2009.jpg