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12/10/2017

Antonio Moresco, La Petite Lumière

antonio moresco_petite lumiere.jpgVoilà quelque temps déjà que mon père me parlait d'Antonio Moresco après avoir lu deux de ses romans et eu un coup de coeur pour La Petite lumière. Coup de coeur que je partage !

Le narrateur s'est installé dans une zone montagneuse, dans un village abandonné. Il vit dans la plus profonde solitude, fait de longues marches, explore les maisons abandonnées et, de temps en à temps, il se rend dans un petit village encore habité pour faire quelques courses. Des raisons de son isolement, le lecteur ne sait que peu de choses. Une expiation, mais nous n'en saurons pas plus. Pas plus que nous ne saurons pourquoi le village est abandonné. A nous de nous faire notre propre idée.

[Spoilers à venir]

Chaque soir, alors que l'homme s'installe dans le jardin pour contempler l'obscurité, une petite lumière s'allume au loin. Là où, semble-t-il, il n'y a que la forêt. Il finit par trouver un chemin y menant, envahi par la végétation et bloqué par un arbre tombé lors d'une tempête. Il y découvre un enfant solitaire, très autonome, vêtu de culottes courtes démodées et qui accomplit en silence tâches domestiques et devoirs scolaires. Mais à force de l'interroger et de soulever quelques contradictions, le narrateur apprend que l'enfant vit de cette façon depuis qu'il s'est tué.

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Le cadre est en soi un enchantement pour qui aime les vieilles pierres, les ruines et voit en chaque lieu abandonné un terrain d'exploration propice aux errances de l'imagination. Les deux personnages principaux sont, eux aussi, inattendus. On ne sait pas bien d'où ils viennent, qui ils sont, pourquoi chacun d'eux vit un éternel recommencement dans un tel isolement. Le narrateur semble pragmatique, raisonné (même si le doute est sans doute permis). Et pourtant, il ne manifeste aucune surprise quand un habitant d'un village voisin lui soumet une théorie sur les aliens fréquentant la région. Il ne prend pas non plus ses distances lorsqu'il comprend que l'enfant est mort. Ce comportement si rationnel dans un contexte surnaturel nous interpelle et fait de cette lecture un moment unique.

Un roman étrange, déconcertant, envoûtant.

Lu en français (dans une traduction très élégante des éditions Verdier) mais la couverture italienne est superbe.

Lu dans le cadre du challenge Halloween et du challenge Il Viaggio de Martine.

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124 p

Antonio Moresco, La Petite Lumière, 2009

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30/01/2013

Green Manor, 16 charmantes historiettes criminelles

challenge british mysteries, green manor, londres victorienne, londres, londres xixe, angleterre, angleterre victorienne, angleterre xixe, polars historiques, mystère victorien, mystèreEt c'est parti ! Un premier mystère anglais pour bien démarrer 2013...

En décembre, j'ai découvert dans une petite librairie l'album Green Manor, que je ne connaissais pas du tout. Je viens de voir sur le Net qu'il s'agit à la base d'une série et que j'ai acheté l'intégrale, en tout cas j'ai été attirée par le livre lui-même : un gros format et une belle couverture évoquant les anciennes reliures (ce livre est vraiment un très bel objet). Sur les recommandations du libraire, je me suis laissée tenter, ce qui n'était pas bien difficile sachant qu'il s'agit de courtes histoires ayant pour cadre Londres au XIXe. Et j'adorais la phrase en quatrième de couverture : «  Le meurtre n'est rien sans un peu d'élégance ». Elle rend tout à fait l'esprit de cet album.

Le recueil s'ouvre avec la visite d'un aliéniste dans un asile où est enfermé un fou dangereux, dont il aimerait mieux connaître la psychologie. Ce patient était autrefois employé du Green Manor, club londonien de gentlemen triés sur le volet. Son histoire est extraordinaire, car il s'apprête à relater toutes les affaires sordides dont il a été témoin lorsqu'il travaillait au club. Il prétend ainsi que sous ses dehors hautement respectables, le club compte parmi ses membres des hommes fascinés par le crime et heureux de débattre de sujets sordides, de donner leur avis dans des enquêtes, lorsqu'ils ne décident pas purement et simplement de passer à l'acte ou de se mettre au défi de s'assassiner mutuellement. Avec élégance et flegme, bien évidemment !

challenge british mysteries, green manor, londres victorienne, londres, londres xixe, angleterre, angleterre victorienne, angleterre xixe, polars historiques, mystère victorien, mystèreJe me suis régalée lors de cette plongée en compagnie inquiétante ! Avant d'ouvrir l'album, je craignais que les historiettes si courtes soient un peu creuses, or chaque récit est très bien mené et tient le lecteur en haleine. Le format devient finalement un atout, car on peut arrêter et reprendre sa lecture selon l'envie (comme moi qui lisais une ou deux histoires certains soirs avant de m'endormir), sans perdre le fil de l'histoire ou s'arrêter alors que se profile un passage particulièrement palpitant ! Les dessins m'ont beaucoup plu aussi mais c'est l'atmosphère le meilleur atout de cette bande-dessinée. Imaginez les gentlemen anglais les plus flegmatiques qui soient, occupés à boire du thé et à lire les nouvelles du jour avec la plus grande retenue tout en ponctuant la conversation de leurs semblables de quelques commentaires extrêmement cyniques, appréciant en connaisseurs la mise en oeuvre de tel meurtre, songeant à mettre leurs propres plans à exécution pour pimenter un peu leur quotidien si policé. Comment ne pas s'amuser du contraste entre les intentions brutales et viles et le comportement tout à fait exquis de Lord Machin-chose et du Professeur Trucmuche ? De l'Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts est ici mis en pratique !

Highly recommended !

Première lecture dans le cadre du challenge British Mysteries co-organisé avec Hilde (idéal pour une formation en 16 leçons à l'art de l'assassinat à l'anglaise, à la mode victorienne !) - Niveau actuel :  Medium victorien ;

du challenge I love London de mes copines Titine et Maggie (je suis toujours aussi fière d'arborer mon logo de pompom girl officielle!) et du challenge Victorien d'Arieste. Et bien sûr toujours, une BD lue pour la BD du Mercredi de Mango !

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160 p

Green Manor, Vehlmann et Bodart, 2011

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11/03/2012

La Maison du Marais

warden_maison du marais.gifIl y a quelques mois j'ai lu La Maison du Marais de Florence Warden, dans le cadre du mois anglais. Je n'ai pas pris le temps de faire mon billet et pourtant, voilà encore une lecture avec laquelle je me suis régalée et que je recommande vivement à tout lecteur un tant soit peu épris de littérature victorienne. Ce roman d'amour, de mystère et de mort est fait pour vous (l'effet terriblement mélodramatique est voulu, pour un roman de type populaire aujourd'hui oublié). Le plus terrible avec ce roman, ce qui est vraiment scandaleux, c'est que Warden (un pseudonyme) a complètement disparu des rayons des librairies (y compris anglaises... mes recherches sur le Net ne m'ont d'ailleurs pas appris grand-chose). Comme pour Flora Mayor découverte grâce au même éditeur, voilà un auteur bien sympathique que plus personne ne lisait avant l'intervention des éditions Joëlle Losfeld qui ont souvent la bonne idée de déterrer des textes inconnus pour notre plus grand bonheur (j'aimerais simplement que cette célèbre maison édite plusieurs romans des auteurs en question pour ne pas créer chez moi autant de frustration ; voilà qui n'est pas humain !).

Dans La Maison du Marais, il est question de Miss Violet Christie qui, issue d'une famille anglaise modeste, cherche une place de gouvernante. Ce n'est pas chose aisée au vu de son manque d'expérience et de son jeune âge. C'est alors qu'une annonce attire son attention : on cherche une jeune personne pour un poste de gouvernante, photo exigée. Quelque temps plus tard, ayant été recrutée, Violet se rend dans une région reculée pour occuper son nouveau poste. A la gare, elle fait la connaissance du jeune Laurence qui produit rapidement sur elle une forte impression, mais semble peu apprécier son nouvel employeur, Mr Rayner. Rapidement, Violet verra qu'il n'est pas le seul dans ce cas dans la région. Et son nouveau poste est assez remarquable. Dans la famille je demande la mère, être hagard et fantomatique souvent caché dans sa chambre et dont la moindre apparition vous cause la chair de poule. Les enfants, entre l'aînée, agressive envers son père, et la plus jeune, qui passe ses journées à vagabonder dans le jardin en vraie sauvageonne, à se rouler dans l'herbe ou dans la boue et à se tordre de fureur lorsque le soir une domestique se charge de la faire rentrer, personne ne se préoccupant d'elle le reste du temps. Enfin le père, homme charmant et charmeur, violoniste de talent, qui semble avoir tout sacrifié pour une femme bien égoïste. La maison en elle-même est humide, malsaine. Le jardin un véritable marécage, même s'il revêt un certain charme aux yeux de la jeune citadine lorsqu'elle le découvre pour la première fois. Quant aux voisins, beaucoup semblent lui être hostiles.

Petit à petit, des questions surgissent : où dort son employeur qui, paraît-il, ne reste pas le soir dans cette maison rongée par le salpêtre ? Quels sont les mystérieux visiteurs qui viennent de temps à autre ? Pourquoi la plus ancienne domestique déteste-t-elle à ce point la nouvelle venue, au point de lui faire craindre pour sa vie ? Et que penser de l'humeur lunatique de la maîtresse de maison, écrivain de renom ayant désormais tout abandonné ?

La Maison du Marais ne fait peut-être pas partie de ce que l'on appelle la « belle » ou « vraie » littérature, mais c'est un de ces exquis romans à mystère tels que les écrivains du XIXe savaient les faire, avec une bonne dose de suspense, de délicieux frissons, de lieux inquiétants et toujours, une fraîche héroïne pour laquelle nous devrions trembler. Et contrairement à d'autres oies blanches, notre héroïne est plutôt attachante, en particulier lorsqu'elle oublie la sacro-sainte morale victorienne pour protéger un criminel auquel elle s'est attachée. Un plaisir de lecture dont il serait dommage de se priver !

C'est ma première participation au challenge victorien d'Arieste, que je ne pouvais manquer sous aucun prétexte !

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Florence Warden, La Maison du Marais, 1882

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07/09/2011

Aveuglement et pur gâchis

lefanu-desir-de-mort.jpgImaginez une jeune fille de bonne famille, Ethel Ware, vivant dans un domaine isolé avec pour seule compagnie sa gouvernante. Songez ensuite à un naufrage, qui mettra sur son chemin un jeune homme sombre au tempérament orageux. Ajoutez à cela une gouvernante un peu mystérieuse, la mort d'une jeune soeur et l'apparition de plusieurs personnages louches dans les environs, et vous aurez une bonne idée des 100 premières pages de Désir de Mort de Le Fanu, qui prend un certain temps à camper ses personnages dans ce roman. Je l'avoue, j'ai d'abord eu quelques difficultés à me laisser emporter par l'histoire, ce qui n'était pas pour me plaire sachant que c'est un auteur que j'apprécie beaucoup.

Heureusement, et c'est là que je reconnais bien mon cher Le Fanu, le roman prend un nouvel élan lorsque, arrivée à l'âge de faire son entrée dans le monde, Ethel gagne Londres et retrouve ses parents, qui daignent enfin s'occuper d'elle. S'ensuivent de très nombreuses péripéties, que je ne voudrais pas dévoiler de peur de vous gâcher le plaisir. Sachez que ce roman dense regorge de sombres machinations, d'héritages menacés, de dettes accablantes, de "papistes" dans l'ensemble franchement fourbes. Avec un peu de chantage, un soupçon d'amour, une bonne dose de traîtrise, quelques voyages et quelques crimes, nous avons là un roman populaire très sympathique,  bien qu'assez différent des autres textes de Le Fanu que je connais déjà. Un récit particulièrement sombre, qui commence mal, qui finit assez mal également, dans la plus grande solitude. La pauvre Ethel ne peut se fier qu'à peu de gens dans le monde sordide et mesquin dans lequel elle évolue !

Ce n'est pas un coup de coeur mais une lecture très agréable. Passé le premier tiers j'ai dévoré Désir de Mort, j'ai enragé, espéré, souffert avec l'héroïne, plus que je ne l'avais fait depuis longtemps ! Et quoi qu'il arrive, si vous n'avez pas encore lu cet écrivain, je ne peux que vous recommander ses textes !

Déjà lus : Carmilla, Les Mystères de Morley Court et Comment ma Cousine a été assassinée

L'avis de The Irish Eyes.

Sur Carmilla : Carolune / sur les vampires en général : Xulux 

Merci beaucoup à Denis des éditions Phébus pour cette très agréable lecture !

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358 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Désir de Mort (Willing to die), 1873

 

ann featherstone,que le spectacle commence,walking in pimlico,roman victorian,10-18,roman historique,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,époque victorienne,spectacle victorien,cirque victorienann featherstone,que le spectacle commence,walking in pimlico,roman victorian,10-18,roman historique,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,époque victorienne,spectacle victorien,cirque victorienChallenge God save le livre : 15 livres lus

08/11/2009

Challenge Braddon

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J'ai fait vite fait un petit logo pour le challenge Mary Elizabeth Braddon. Pour vous inscrire ou indiquer la publication de vos billets, c'est ici !

Truly, madly, deeply,

Lou sur le point de s'endormir après une folle journée avec ses (non moins folles) amies victoriennes.

 

Edit du 15/11/2009 :

Ce challenge est tout simple : il vous suffit de lire un roman de Mary Elizabeth Braddon et, comme j'ai trouvé que je ne laissais pas beaucoup de temps pour ce faire, je vous propose de lire ce roman avant la fin de l'hiver, soit le 20 mars 2010.

Liste des oeuvres de Braddon lues par la blogosphère dans le cadre du challenge (ou pas):

Le Secret de Lady Audley (Cécile's blog)

Le Mystère de Fernwood (Nag)

Sur les traces du Serpent (Choupynette)

10/07/2009

Once you put your hand in the flame

cortanze_belle endormie.jpgAprès l'échec et mat du dernier livre de poche, voici une deuxième lecture érotique pour Miss Lou qui a décidément de bien coquines lectures cet été. Si ma première tentative pour rendre ce blog un soupçon libertin n'a pas été une franche réussite, la découverte de La Belle Endormie de Gérard de Cortanze a été bien plus plaisante.

Servie par un style agréable et un cadre historique qui n'était pas pour me déplaire, l'histoire se déroule en Italie, entre la bibliothèque royale de Turin et l'ancien domaine des Cortanze. Entourées de mystère, les recherches généalogiques du narrateur aboutissent à la découverte d'un texte érotique signé par Maria Galante, une Cortanze ayant vécu au XVIIIe et poursuivie par une drôle de légende. Elle aurait été indirectement mêlée au meurtre d'un abbé qui sans doute la violait mais, peut-être pour asseoir sa sulfureuse réputation, la voilà qui viendrait aussi hanter son ancienne chambre et participer aux ébats des jeunes couples mariés auxquels la pièce est généralement réservée, le château ayant été converti en hôtel. Poussé par la curiosité, le narrateur décide de mettre les rumeurs à l'épreuve en louant la chambre de Maria Galante.

Comme le dit si bien Léthée, l'érotique n'est qu'un prétexte, de même que l'aspect morbide pour le moins présent dans les mises en scène de Maria Galante et d'autres. Voilà avant tout un roman qui grâce à son intrigue solide et originale mène son lecteur par le bout du nez, jusqu'à la fin qui constitue à mon sens le point faible de ce livre. Tout s'enchaîne rapidement et m'a laissé un goût d'inachevé ; bref, une petite déception car j'avoue que j'attendais beaucoup du déroulement une fois les premiers pions placés pour une partie qui semblait très prometteuse. Entre fantasmes et réalité, l'onirique et l'influence libertine du XVIIIe font de cette lecture un très agréable divertissement, auquel il ne manquerait pas grand-chose pour être tout à fait envoûtant.

A noter au passage le curieux titre, qui évoque Kawabata mais aussi Elizabeth Taylor.

Un avis sur Blue Moon, un autre chez Léthée. Et merci beaucoup à Adeline !

(PS : je n'ai pas oublié le tag qui m'attend !)

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122 p

Gérard de Cortanze, La Belle endormie, 2009

05/06/2009

Venez mes petits...

doizelet_amis confins.jpgNos amis des confins est sans doute le roman le plus étrange que j’aie lu depuis longtemps. Debbie vient de quitter les Etats-Unis pour s’installer sans son époux dans la ville de Grays. Travaillant à Londres, la jeune femme rentre chaque jour dans cette banlieue un brin glauque, embrumée, blottie contre la Tamise et flanquée d’un réservoir à gaz qui constitue une menace permanente pour les habitants de ce coin perdu. Elle s’est installée au cottage de Mary Seddon, dont la présence est encore palpable au cœur de la nuit.

Et il y a plus curieux encore. Debbie s’attache immédiatement à un groupe d’amis inséparables plus âgés whistler_nocturnes.jpgqu’elle. Tous plus insolites les uns que les autres. Henrietta, qui organise une Ghost Walk deux fois par jour et semble voir l’invisible à chaque instant. G.M., qui reprend régulièrement ses amis sur les termes qu’ils emploient, avec une obsession de la précision touchante, puis déconcertante. Ewan, obsédé par les ondes qui nous parasitent et nous détruisent peu à peu. Reginald, fugitif sans raison. Sans parler des absents, ces personnages incontournables qui semblent avoir bizarrement disparu juste avant l’arrivée de Debbie.

Voilà un roman un brin contemplatif qui ne saurait satisfaire ceux qui cherchent à tout prix l’action ou la logique dans leurs lectures. Pour aimer ce livre, il faut accepter de perdre ses repères, de se laisser bercer par une balade qui n’a peut-être pas de but en soi. Sans doute faut-il aimer laisser courir son imagination et être sensible au rythme assez lent de l’histoire. Toujours est-il que Nos amis des confins m’a totalement séduite. Peut-être n’est-ce pas un roman parfait mais j’avoue ne pas m’être Turner-rain-steam-and-speed.jpgattardée sur ses éventuels défauts, préférant rester sous le charme d’une lecture envoûtante. J’ai adoré le cadre froid, un peu paradoxal car il est laid et fascinant à la fois (sans doute l’ambiance mystérieuse n’y est pas pour rien). J’ai été assez hypnotisée par les personnages improbables et surréalistes et finalement, outre l’aspect poétique indéniable de cette histoire, j’ai aimé l’habileté de l’auteur en matière de fantômes. Faux sujet principal de ce roman, le fantôme se joue du lecteur : jamais on ne prouve l’existence des âmes errantes qui semblent omniprésentes, tandis que les fantômes des vivants (les absents, les disparus, ceux qui sont là et ailleurs à la fois) sont, eux, bien réels. Voilà qui est déconcertant et vraiment savoureux. Que dire de plus ?

Un très joli voyage. Question de sensibilité sans doute. Ce livre me correspond parfaitement et je le relirai avec plaisir.

Un petit clin d'oeil à Malice qui voulait lire ce livre elle aussi et qui a parlé de fantômes sur son blog, grâce au Prix des Cinq Continents qu'elle a récemment mis à l'honneur.

J’en profite pour faire un petit appel à tout le monde, amis lecteurs, auteurs, éditeurs : j’ai repéré d’autres titres de Sylvie Doizelet mais je peine à trouver des résumés. Quelqu’un pourrait me renseigner et pourquoi pas, me recommander un titre en particulier ? Je suis preneuse de conseils en matière de fantômes aussi...

Livre lu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à l'éditeur et à Babelio, en particulier Guillaume, interlocuteur toujours très sympathique ! J'ai été très gâtée avec ce roman.

138 p

Sylvie Doizelet, Nos amis des confins, 2009

08/01/2009

I ain't afraid of no ghost

collins_dame en blanc.jpgPremière lecture loubookienne 2009, premier victorien !

De Wilkie Collins, j'avais commencé (difficilement) The Moonstone et lu Voie sans Issue, co-écrit avec l'immense Charles Dickens... mais peu convaincant. J'attendais néanmoins beaucoup de Collins, autre monstre sacré de la littérature victorienne, et je dois avouer que j'ai passé un très bon moment avec La Dame en Blanc.

Ayant décidé de faire face à de vieux démons et de plonger corps et âme dans le débat orageux qui oppose en France les partisans du fameux plan en trois parties à ceux du plan en deux parties (souvenez-vous de vos devoirs de philo, de français...), je vais faire ce billet en revenant à mes premiers pas dans le monde des plans pré-formatés. Ce sera donc thèse, antithèse, synthèse, ou, comme j'aimais les nommer il y a quelques années : oui, non, enfin peut-être.

 

Mais commençons par une rapide mise en situation : jeune professeur de dessin, Walter Hartright se rend dans le Cumberland pour enseigner son art à deux jeunes filles de la bonne société. Il tombe amoureux de Laura, la plus jolie des deux, puis découvre qu'elle est déjà fiancée à un baronnet, Sir Percival. Dépité, Walter part en Amérique latine pour une mission dangereuse qui doit l'éloigner de Laura.

Vous vous demandez peut-être qui est donc la Dame en Blanc ? Cet étrange personnage, une femme du nom de Anne Catherick, apparaît pour la première fois à Walter avant son séjour dans le Cumberland. Echappée d'un asile, la Dame en Blanc réapparaît quelques mois plus tard et cherche à persuader Laura Fairlie de renoncer à son mariage avec Sir Percival, qui serait un homme fourbe et dangereux. Peine perdue, Laura épouse le baronnet. Comme vous vous en doutez, la Dame en Blanc avait vraisemblablement raison de mettre en garde la jeune héroïne.

 

Pourquoi lire la Dame en Blanc ?

Si j'ai mis du temps à lire ce roman, c'est parce que je n'avais pas une minute à moi. Car autant le dire tout de suite, La Dame en Blanc est un bon roman à suspense, qui reprend toutes les ficelles du genre : multiples rebondissements, même minimes ; une galerie de personnages importante, composée notamment de traitres perfides très divertissants ; un grand mystère, avec cette Dame en Blanc fantomatique, peut-être folle ; des lieux énigmatiques, comme la vieille demeure de Sir Percival, qui comprend notamment une aile élisabéthaine abandonnée.

Certains personnages donnent une nouvelle dimension à l'histoire : « l'homme de la situation », Marian Halcombe, soeur aînée de Laura, gracieuse mais laide, dotée d'une volonté de fer et d'une grande intelligence. Sir Percival, un peu caricatural mais désarmant dans son rôle hypocrite de fiancé valeureux. Et que dire du Comte Fosco, ce « gros homme » séduisant, qui semble attacher beaucoup d'importance au bien-être des deux soeurs tout en tramant un sombre complot dans leur dos ? Attaché à ses canaris et à ses souris blanches, suivi d'une épouse fidèle et dévouée dont il se sert avec habileté, Fosco cache bien des secrets et mérite à lui seul la découverte de ce roman. Je vous recommande au passage le billet de Julien qui présente justement les personnages.

Et bien sûr, l'intérêt de ce roman repose largement sur l'alternance entre différents narrateurs : compte-rendu de l'un, journal de l'autre... les observateurs sont multiples et permettent de découvrir de nouveaux éléments, couvrant la plupart du temps des événements connus d'eux seuls – ce qui évite les répétitions multiples.

 

Mes réserves :

Un petit problème de fond, sans grande importance cela dit car on se laisse facilement prendre au jeu : l'histoire repose sur la ressemblance frappante entre Laura Fairlie et Anne Catherick, en théorie deux parfaites inconnues. Autant dire que malgré l'explication finale, difficile de trouver les hypothèses de base très crédibles.

Si toute l'histoire tourne autour de Laura Fairlie, c'est bien l'un des personnages les moins intéressants. Walter est lui aussi très agaçant dans son rôle de jeune premier vertueux et, évidemment, extrêmement courageux. Tous deux sont si parfaits et si transparents (en particulier Laura) qu'au final, ce qui leur arrive n'a pas grande importance. Une histoire tumultueuse entre la soeur de Laura, Marian, et le machiavélique Comte Fosco aurait été bien plus passionnante ! Et s'il ne sert à rien de ré-écrire un livre à sa sauce, disons simplement que ce qui arrive à tous les personnages secondaires a bien plus d'intérêt que les aventures de nos deux héros en pâte de guimauve.

Collins a beau être le maître du suspense, le rythme inégal du livre m'a un peu lassée vers la fin. Parfois tout s'enchaîne brutalement, un peu trop même. Et, puisque le complot est révélé au bout de 300 p environ, on se demande bien ce qui nous reste à découvrir dans les 200 dernières pages... quelques événements majeurs mais beaucoup de passages un peu longuets. La fin, qui permet d'établir la vérité sur Laura Fairlie devant tout le village, et qui s'achève par une acclamation de la demoiselle en question par tous les bons villageois présents, est parfaitement ridicule.

 

So what in the end ?

Un bon roman populaire, habilement mené, tenant le lecteur en haleine la plupart du temps. Ayant lu récemment Les Mystères de Morley Court, je trouve certaines ressemblances entre les deux romans, même si je préfère au final celui de Le Fanu. A noter que De Pierre et de Cendre / Set in Stone de Linda Newbery rend hommage à la Dame en Blanc et, si les deux livres n'ont pas grand-chose en commun, le plus récent est lui aussi fort sympathique.

J'ai trouvé ma lecture un peu longuette mais je pense que c'est plus dû au peu de temps que j'avais devant moi. J'ai dévoré de nombreux passages et compte bien poursuivre ma découverte de Wilkie Collins cette année.

 

Beaucoup d'avis dans le cadre du blogoclub de lecture (j'étais moi-même en retard, d'où le billet sur Anne Perry) : les liens sont chez Sylire ou Lisa.

Mais aussi : Lilly, déçue et Isil, qui se remet avec plaisir d'une première déception avec le même auteur.

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476 p

Wilkie Collins, La Dame en Blanc, 1860

 

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10/12/2008

Une maison, un mystère… what else ?

newbery_set in stone.jpgRepéré il y a quelques mois, Set in Stone de Linda Newbery* me semblait particulièrement indiqué dans le cadre du Victorian Christmas Swap. Lilly l’a fini alors que je venais de le commencer et je suis persuadée que c’est un livre qui, comme The Thirteenth Tale, va faire le tour de la blogosphère.

En saisissant tout à l’heure La Dame en Blanc de Wilkie Collins, lecture à venir, j’ai découvert avec surprise que le sujet était sensiblement le même. Difficile de faire le lien entre les deux textes mais, côté forme, Set in Stone a tout du page turner contemporain et, à vrai dire, pas grand-chose de victorien. Le style est simple, direct, à mon avis ni remarquable ni désagréable ; l’histoire très bien ficelée mais nettement moins tortueuse que dans les romans du XIXe. Pourtant les influences sont là et ce roman a de quoi tenter beaucoup de lecteurs !

1898. Etudiant aspirant à devenir peintre, Samuel Godwin se voit obligé de subvenir aux besoins de sa famille à la mort de son père. Il est engagé par Mr Farrow pour enseigner le dessin aux deux filles de la maison, Marianne et Juliana. Arrivé dans la propriété de Fourwinds, il découvre une demeure superbe mais étrange, coupée du monde, ainsi que deux élèves déstabilisantes. Jolie, Juliana est effacée et mélancolique, ne semblant pas se remettre d’une maladie de nerfs qui a suivi le décès brutal de sa mère. Marianne est quant à elle un personnage fantasque, une adolescente sublime mais visiblement perturbée, peut-être folle. Dès son arrivée, Samuel est subjugué par cette jeune femme fascinante qu’il rencontre alors qu’elle est à la recherche du West Wind (du Vent de l’Ouest). Ses propos incohérents font référence à un mystère particulier lié à la maison.

Difficile de ne pas trop en dévoiler car les événements s’enchaînent très rapidement. Je me contenterai donc d’évoquer quelques thèmes et éléments centraux de ce roman pour ne pas gâcher votre plaisir.

Parmi les personnages principaux, celui de la gouvernante Charlotte est particulièrement intéressant. Image même de l’employée modèle, celle-ci s’efface et ne laisse paraître aucune émotion, faisant du bien-être de ses protégées une priorité. Son caractère s’affirme pourtant peu à peu au fil du récit, les chapitres alternant les points de vue de Charlotte et de Samuel. Femme intelligente au profil bien plus complexe qu’il n’y parait, elle séduit par sa force de caractère et sa détermination sans faille. Elle rappelle ainsi Jane Eyre par certains aspects – également par l’intérêt qu’elle pourrait porter à son employeur. Tout aussi sympathique, Samuel se présente d’abord comme le stéréotype du jeune héros au cœur pur. Quelques aspects plus sombres de son caractère en font finalement un personnage attachant, mais authentique. Quant aux Farrow, tous trois énigmatiques, ils fascinent le lecteur qui a bien du mal à deviner tous les secrets que leur maison semble abriter.

Ajoutons à cela de nombreux ingrédients à mon avis exquis : l’art, à travers les leçons de Samuel, les enseignements qu’il tirera plus tard de son succès mais aussi grâce à l’architecture de la fabuleuse maison et aux statues qui lui ont donné son nom, Fourwinds. L’ambiance gothique : un lac aux profondeurs angoissantes, l’isolement de la maison où Mrs Farrow est décédée, la folie de Marianne ou encore de nombreuses scènes nocturnes.

Un petit regret cependant : la notice nécrologique du Times, à mon avis peu crédible puisqu’elle évoque en détail la vie des proches de la personne concernée. Le chapitre sur le mode « Vingt ans après » satisfait notre curiosité mais reste un peu maladroit.

Linda Newbery est un auteur de littérature jeunesse. Difficile de dire si ce roman s’adresse plutôt aux adolescents ou aux adultes. A juste titre, Valentina fait remarquer que si deux adolescentes jouent un rôle clef dans ce roman, leurs points de vue ne sont pas connus du lecteur, ce qui est pourtant habituellement le cas en littérature jeunesse. Ce livre reste cependant très abordable. Il est à mon avis moins complexe et peut-être moins abouti que The Thirteenth Tale de Diane Setterfield. Il reste un très bon roman, idéal pour une lecture compulsive. L’histoire est riche en rebondissements, le cadre délicieux, les personnages intéressants. A recommander aux amateurs de gothique, aux fervents victoriens et à tous ceux qui aiment savourer un récit palpitant !

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358 p

Linda Newbery, Set in Stone, 2006

* traduit en français sous le titre De Pierre et de Cendre

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05/12/2008

La rose, l’épée & le vilain champignon

mysteres morley.jpgDe Le Fanu je connaissais Carmilla – ou Camilla, selon les éditions. D’où une assimilation de cet auteur au gothique, au roman populaire et à un petit côté sulfureux et sensuel. Les excellents Mystères de Morley Court sont d’un genre tout à fait différent et, si le titre et la couverture annoncent plutôt des histoires de fantômes et de jeunes filles séquestrées à la Dumas ou à la Radcliffe, ce livre s’ancre dans la tradition du roman d’aventures cher au XIXe.

S’il y a une chose que j’adore et dont je ne me lasse pas, c’est le grand manichéisme des personnages, si parfait, si symbolique qu’il caractérise le paysage aussi sûrement que le fog a marqué les rues de Londres. On pourrait tous les mettre dans des petites cases ou, plus victorien, dans de charmantes petites maisons de poupées compartimentées : dans le salon, les femmes jeunes, faibles, sans défense, sujettes aux évanouissements et n’ayant pas la moindre once de jugement quand il s’agit d’envisager les perfidies de ce monde de brigands… ; dans la cour, les hommes valeureux, intelligents, bons, justes, prêts à sacrifier leur vie pour une question d’honneur… si possible de sang noble, c’est encore mieux – et s’ils sont a priori pauvres et de basse extraction, on leur trouvera très souvent comme par hasard une généalogie faite de particules ou un oncle millionnaire à la fin du roman ; au grenier, les fourbes, en majorité très laids et effrayants – mais pas toujours, dont l’âme a atteint une noirceur telle qu’ils deviennent incapables de la moindre bonne action ; au milieu, dans la cuisine, quelques adjuvants du bien ou du mal, insignifiants ou amusants, au choix.

Les Mystères de Morley Court ne dérogent pas à la règle. Début XVIIIe, en Irlande. Le jeune O’Connor, parti guerroyer pendant trois ans, revient épouser sa belle, la jeune Mary, gentille, douce, musicienne et insipide. Ayant désormais un protecteur prêt à lui accorder une rente très confortable et à le faire hériter de sa fortune, O’Connor pense obtenir le consentement de l’horrible Lord Richard Ashwoode, le père de Mary. Mais le baron en question a d’autres projets pour sa fille et parvient à brouiller les deux jeunes gens en interceptant les lettres enflammées qu’ils se transmettent. Ah ! Que la vie d’héroïne au XIXe est difficile ! Dès lors, les complots se multiplient, les retournements de situation s’enchaînent. La question étant : Mary et O’Connor vont-ils se retrouver, se marier, vivre heureux etc ? Les plans infâmes des Ashwoode père et fils vont-ils aboutir ? Je n’en dirai pas plus sur le déroulement de l’histoire, pourtant riche en péripéties – à ce sujet le résumé de l’éditeur donne à mon avis beaucoup trop d’indications et, si vous le lisez, vous vous attendrez comme moi à un décès immédiat qui ne surviendra qu’au bout de 150 ou 200 p.

Autant le dire tout de suite : nos héros jouent de malchance, tout semble se retourner contre eux, ce qui va inquiéter le lecteur tout au long des quelques 450 p qui ne semblent presque jamais annoncer un revirement positif de façon durable.

Cette lecture a été pour moi une excellente surprise car je ne m’attendais pas du tout à ce type de texte de la part de Le Fanu. J’ai pensé à Pauline de Dumas ou aux Chroniques du Règne de Charles IX de Mérimée, dont les rebondissements et les personnages n’étaient pas si différents. Le style, la construction évoquent les parutions en feuilleton chères au XIXe – j’imagine que c’est le mode de publication utilisé ici aussi.

Si j’adore les personnages caricaturaux à la Dickens et trouve le jeune héros vaillant séduisant bien qu’un peu ridicule, je dois avouer que je supporte difficilement l’oie blanche traditionnelle. J’ai donc pris un malin plaisir à suivre les réactions de Mary face au complot qui se tramait (« oh ! mais comment se fait-il que mon frère ne comprenne pas que je n’aime pas trop son ami par ailleurs un peu mal élevé ? Je ne vais pas du tout imaginer qu’il va comploter contre moi ! Non non non, si mon frère est tout le temps désagréable avec moi c’est parce que c’est un homme, il cache sûrement ses sentiments réels mais je sais qu’au fond de lui il m’aime vraiment et me protégera contre tous les vilains méchants pas beaux jusqu’à la fin des temps, juste parce que je suis sa sœur fidèle et dévouée ! »). Lorsque, grâce à sa nouvelle femme de chambre, gentille mais plus dégourdie, Mary commence à se rebeller, j’ai commencé à revoir mon jugement. Mais le sursaut de l’insupportable créature falote a été bien bref. Damn it !

Heureusement pour moi, Le Fanu trouvait sans doute son héroïne assez ennuyeuse lui aussi. Nous ne la voyons pas beaucoup donc eLeFanu.JPGt, le reste du temps, l’histoire est palpitante, sombre, drôle, parfois grotesque, le tout dans un environnement délicieux (manoirs, routes désertes la nuit, vieilles auberges tenues par des gens peu fréquentables, tripots, combats de coqs, jeux de carte, duels). Intrigue et héroïsme s’opposent de bout en bout pour notre plus grand plaisir. Ajoutons à cela une galerie de personnages secondaires irrésistibles et pleins d’humour et nous aurons brossé un portrait rapide de ce roman passionnant, classique méconnu à redécouvrir, à lire et, dans quelques années, à relire.

Cryssilda l’a lu (après avoir écouté des histoires de fantômes écossais à vous glacer le sang) et a été conquise.

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460 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Les Mystères de Morley Court, 1873

(première version sous un autre titre en 1845)

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03/12/2008

Rock the vote : Spooky or so Funny ?

wilde_crime de lord arthur savile.jpgPuisque souffle en ce moment un vent victorien sur la blogosphère, je profite de ma lecture du Crime de Lord Arthur Savile (recueil) pour parler un peu d’Oscar Wilde, personnage fascinant que j’ai toujours associé à James Matthew Barrie et Lewis Carroll, bien plus qu’aux autres monstres de la littérature victorienne que sont Charles Dickens ou Wilkie Collins. Parce qu’il incarne pour moi le dandy dans toute sa splendeur ? Pour son côté mystérieux et les légendes qui courent autour de lui (ses problèmes avec la justice connus de tous, mais très vaguement ; sa mort à la suite d’une méningite, qui a suscité des interrogations chez certains scientifiques) ? Quoi qu’il en soit, Oscar Wilde est un personnage que je connais encore bien mal mais qui me fascine (… au point d’abandonner lâchement cette chronique depuis début novembre, hum !).

Le crime de Lord Arthur Savile est un recueil composé de quatre nouvelles, bien plus passionnantes que ce billet que je n’arrive décidément pas à écrire.

-« Le Fantôme de Canterville, histoire hylo-idéaliste » : découvert en anglais quand j’avais douze ou treize ans, voilà une histoire qui m’a laissé un souvenir pour le moins vague, mais excellent. Au passage je me souviens avoir vu une adaptation télé à cette période. J’ai fait quelques recherches mais les adaptations sont nombreuses et les informations sur le Net assez vagues. Impossible de retrouver celle dont je gardais un bon souvenir, donc, mais j’ai découvert au passage qu’Alyssa Milano avait joué dans une adaptation de 1986. Comme quoi, du fantôme de Wilde aux sorcières de Charmed il n’y a qu’un pas ! A la relecture, j’ai apprécié la légèreté de ce conte qui présente un fantôme affreusement méchant mais follement sympathique, un squelette habitué à effrayer tout le monde depuis sa mort atroce. Mais l’arrivée d’une famille de riches Américains à Canterville Chase annonce le triomphe de la modernité et de la science. A tel point que le revenant, jugé pittoresque, drôle et tellement British (quoiqu’un peu trop bruyant avec ses chaînes mal huilées), manque de sombrer dans la dépression…

-« Le Sphinx sans Secret » : l’histoire d’un homme torturé par les mystères qui entourent la femme qu’il aime. Avec une chute un peu brutale mais une jolie conclusion que je ne dévoilerai bien sûr pas ici.

-« Le Millionnaire modèle » : l’avais-je déjà lue ? Ou avais-je lu une histoire semblable ? Toujours est-il que cette histoire, très plaisante par ailleurs, avait un goût de déjà vu. Elle rappelle Un Pari de Milliardaires de Mark Twain, histoire de deux milliardaires confiant un bon de 5 millions de dollars bien encombrant à un homme sans le sou, qui devra faire preuve de beaucoup d’astuce pour utiliser le bon sans passer pour un voleur. Si les deux histoires sont assez différentes, elles reposent toutes deux sur les extravagances d’un homme fortuné.

-« Le crime de Lord Arthur Savile » : une histoire absolument jubilatoire, savourée de bout en bout par votre chroniqueuse adepte de l’ironie et des situations absurdes qui peuvent l’accompagner. Il s’agit ici d’un jeune homme un peu trop parfait sur le point d’épouser une femme un peu trop parfaite. Jusqu’au jour où, à travers les prédictions d’un chiromancien, il découvre avec horreur qu’il va commettre un crime abject. C’est fort fâcheux pour cet homme qui juge la tâche en question tout à fait déplaisante. Certes. Mais si tel est le destin, alors tel est son devoir, et notre héros n’est pas homme à se dérober devant lui. Tuer après le mariage pouvant fortement compromettre son bonheur conjugal, le voilà qui décide de retarder la cérémonie pour venir à bout au plus vite de l’odieux impératif. Mais qui tuer ? Et comment ? Une nouvelle délicieuse, à savourer en surveillant les gâteaux (empoisonnés ?) offerts par votre voisine ou, peut-être, votre chaîne Hi-Fi (qui cache peut-être une bombe à retardement depuis son séjour chez le réparateur).

Courez donc vous procurer ce fabuleux petit recueil si vous ne l’avez pas encore découvert !

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153 p

Oscar Wilde, Le Crime de Lord Arthur Savile, 1891

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