15/10/2011
L'inégalable Cimetière et sa Crypte !
Caché au fond de ma bibliothèque, sur une étagère poussiéreuse regorgeant de romans abandonnés aux tranches décolorées par le temps, sommeillait un étonnant livre aux accents victoriens, Century.
Poussée par la curiosité et toujours en quête de manoirs anglais (avec un petit faible pour les demeures abandonnées, plus à la portée de mon modeste pécule), j'ai suivi la jeune Mercy qui, en propriétaire attentive, n'a pas manqué de me vanter les charmes des lieux. Et moi qui ne possède pas moins de trois propriétés anglaises oubliées, à commencer par un cottage esseulé sur les hauteurs de Haworth, je n'ai pas su résister au charme de cette vieille bâtisse, dans laquelle j'ai posé mes valises la semaine dernière.
Si j'ai été séduite par cette demeure, c'est aussi parce qu'elle annonçait de grandes aventures. C'est donc également munie de mon spectomètre, d'un pic à glace et d'une lampe torche que j'ai fait mon entrée dans Century, domaine où les habitants se couchent avant l'aube et se réveillent après le crépuscule. Un éternel hiver entoure ses jardins, les plantes ne poussent plus, le froid est mordant. Trajan, le père de Mercy, vit enfermé dans une pièce inconnue, ce qui ne manque pas dans une demeure où la plupart des pièces ont été condamnées puis oubliées par leurs habitants. J'ai rencontré mes premiers fantômes, à commencer par un effroyable visage soudain apparu sous la glace d'un lac gelé, alors que j'étais bien décidée à me remettre au patinage (puisqu'il n'y avait pas grand-monde pour me voir, ce qui n'est malheureusement pas le cas dans les patinoires publiques). J'ai subi avec Mercy et sa soeur Charity les fastidieuses leçons de l'austère Galatea (qui semblait décidée à rattraper ce que cinq ans de latin au secondaire n'ont jamais réussi à faire pour moi) et, après deux jours qui m'ont paru une éternité, j'ai suivi Mercy derrière une tapisserie poussièreuse (ce qui, étant donné mon allergie aux acariens, n'a pas été de tout repos). D'un passage secret à un autre, j'ai quitté l'année 1890 pour 1789 (en tant que Française j'étais soulagée d'être bien loin de ma terre natale). C'est là que j'ai découvert qu'un enchantement maintenant Century dans un hiver sans fin, à la suite d'événements tragiques ayant eu lieu un siècle auparavant. Parmi eux, une terrible expérimentation rappelant les laboratoires du docteur Frankenstein et autres scientifiques et alchimistes inquiétants oubliés ou trop éblouis par les Lumières !
Je ressors de ce voyage intrépide enchantée, même si j'ai finalement décidé de quitter Century pour louer un appartement à Londres et suivre Alexia Tarabotti dans sa quête tout aussi mouvementée de la célèbre treacle tart. Et si Century permet de s'arrêter au cimetière pour notre train fantôme, c'est parce que l'une des scènes finales a lieu dans un cimetière familial où une femme enterrée un siècle plus tôt s'extrait soudain de sa fosse, toute couverte de terre mais apparemment en pleine forme. Charming, isn't it ?
A woman under the ice. A ghost. Mercy could see ghosts, the echoes of people who had died.
Avis : Hilde (avec qui j'ai découvert ce livre au hasard d'un petit marché aux livres), Mes imaginaires, Read in a single sitting, Clarabel...

220 p
Sarah Singleton, Century, 2005

Challenge God save le livre : 18 livres lus
18/05/2010
Victoria, I'm coming (again) !
Amateurs de spiritisme, siphonnés de la table tournante, Victoriens dans l’âme, vous êtes prêts à affronter les averses anglaises, à fouler de vos bottines encrassées le sol londonien, quand il ne s’agit pas de mettre les pieds dans un manoir lugubre où se passent de drôles de choses ? J’ai là le livre qu’il vous faut, et ça tombe plutôt bien car vous risquez très sérieusement de vous régaler : La Séance de John Harwood.
Tout commence avec le journal de Constance, jeune fille de bonne famille sur qui le sort semble s’acharner. Habitant près de l’hôpital des enfants trouvés, elle est persuadée d’avoir été adoptée depuis que sa petite sœur est morte, rendant sa mère indifférente à tout, dans une maison où le père semble fuir tout contact avec sa famille, leur préférant ses recherches à la bibliothèque. Pour faire le bonheur de sa mère, Constance l’entraîne à des séances de spiritisme, s’entendant avec une médium pour que sa mère croie être en contact avec Alma, sa fille morte à l’âge de deux ans. Malheureusement, le projet tourne court et Constance se voit contrainte de vivre chez un oncle tout juste rencontré. C’est alors qu’inopinément, elle hérite d’un manoir légué par une parente éloignée, qui lui est totalement inconnue. Un manoir dont l’histoire a été marquée par des événements particulièrement sordides.
Je ne vous en dirai pas plus afin de ne pas gâcher votre plaisir, l’histoire étant tout à fait passionnante et faisant de ce roman une véritable menace pour votre vie sociale qui, le temps d’une lecture, sera réduite à néant. Car il est impossible de s’arracher à ce livre où tout concorde à subjuguer le lecteur : plusieurs récits enchâssés l’un dans l’autre ; des points de vue et des angles d’approche différents ; un environnement qui, en ce qui me concerne, constitue mon cadre de prédilection ; enfin, une écriture très agréable. Au final, un récit absolument captivant et intelligemment mené qui ravira les amateurs de romans du XIXe (malgré quelques coquilles : « craignez-vous … ? » à quoi l’on répond « Peur ? Peur ! » - on imagine bien « do you fear… ? » « Fear ? Fear ! » qui là était compréhensible ; Clara qui devient un instant Carla et une ou deux petites choses que j’ai depuis oubliées).
Un vrai régal, un livre dont je ressors vraiment enthousiaste et que je compte recommander autour de moi. Un livre qui, je l’espère, vous séduira rapidement lors de sa sortie en librairie (le 3 juin).
Merci à Solène au Cherche-Midi pour cette visite d’un manoir isolé, et les aventures qui en ont découlé !
Voici quelques livres chroniqués par ici et qui pourraient vous tenter également si ce sujet vous inspire : Angelica d’Arthur Phillips ; The Thirteenth Tale de Diane Setterfield ; De Pierre et de Cendre de Linda Newbery.

359 p
John Harwood, La Séance, 2009

20:11 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : spiritisme, roman victorien, roman xixe, john harwood, la séance, londres, londres xixe, angleterre, angleterre xixe, fantômes, manoir hanté






































