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11/04/2011

Un petit bijou anglais

mayor_rector's daughter.jpgFlora Mayor fait partie de ces auteurs oubliés que les éditions Joëlle Losfeld ont un peu dépoussiérés récement, en publiant La troisième Miss Symons, histoire d'une enfant occupant une place ingrate dans la fratrie et dont la vie s'écoule avec une grande monotonie et de nombreuses frustrations. Une femme solitaire qui n'intéresse personne et reste trop empreignée d'idées dépassées, une femme désuette héroïne d'un roman que je vous recommande chaudement.

Alors lorsque j'ai croisé The Rector's daughter du même auteur l'été dernier, lors de vacances en Angleterre, je me suis bien entendu précipitée sur ce titre que je ne connaissais pas. Pas trop étonnant, quand on voit qu'il figure sur les Ten Best Neglected  Literary Classics du Guardian.

Comme Harriet Devine, j'ai très envie de citer un commentaire d'Elizabeth Buchan figurant sur la couverture, parce qu'il résume parfaitement mes impressions :  "exquisitely written, delicate, passionately felt and haunting."

Il est cette fois question de Mary Jocelyn, trente-cinq ans et déjà un peu fanée, vivant dans un presbytère auprès d'un père auquel elle se consacre entièrement. Un père peu affectueux, avare de compliments, vestige d'une époque victorienne révolueBooks streamed everywhere, all over the house, even up the attic stairs. (...) He kept up his marvellous range of reading till about 1895. Then his mind closed to new ideas. Books published after that date he would not trouble to read. (p9)

Un homme aux opinions tranchées, et souvent peu flatteuses : There was a difficulty with Pascal. He was French, and Canon Jocelyn despised the French. The Revolution, Napoleon, and the Commune still rankled, so he always said of Pascal, "He had a great mind, and I think, much as one respects the brilliance and lucidity of the French, one may say it was an English mind." (p10) (Pour résumer Mary Jocelyn vit avec un vieux barbon).

A un quotidien terne s'ajoute la perte d'une soeur aimée, dont la mort n'a apparemment pas affecté Canon Jocelyn, le père. Peu encouragée, Mary cache ses aspirations d'écrivain, est timide et maladroite en société et préfère la compagnie des pauvres paroissiens qu'elle aime réconforter, ainsi que celle de Cook, la servante, sa confidente. Et presque tout au long du récit, Mary reste totalement incomprise de son père, inapte à voir ses chagrins et son besoin de reconnaissance et d'affection.

Malgré ce confinement et ce mode de vie totalement désuet, Mary fait preuve d'une certaine lucidité et ne partage pas la vision dépassée et profondément victorienne de la plupart des membres de son entourage :

It was late in the afternoon when Mary made her way to Mrs Plumtree. Rain had been falling ; the pavements were reflecting the electric lights in long streams. There is a particular charm in those damp London twilights, a freedom from the weight of the routine, responsibility, and duty, which suited well with Mary's present thoughts.  (p 105)

Mrs Plumtree was a faded specimen of the generation that is almost gone. Mary knew through and through all the views Mrs Plumtree held on the minute range of subjects which interested her - servants, medicines, aspidistras, knitting patterns, sermons, and the wide range of subjects which shocked her and roused disapproval - dogs, barrel-organs, all hymn tunes earlier than 1860, all branches of Christendom (except St James' Church), especially Unitarians, white and magenta flowers, people wearing black (unless they were in mourning), the present fashions in dress, whatever it was - one might almost say the present fashion in anything. Mary could have screamed. She was not far from echoing " Moral indignation is the only sin." They sat and sat. (p106)

Sa vie est sur le point de changer lorsqu'elle rencontre Mr Herbert, le nouveau vicaire d'un village voisin, fils d'un ami de Canon Jocelyn, qui l'accueille ainsi avec enthousiasme. Très vite, Mr Herbert et Mary se rapprochent et leur entente parfaite semble indiquer qu'ils sont faits l'un pour l'autre. C'est sans compter sur l'arrivée d'une jeune fille élevée dans une famille de parvenus, qui séduit Mr Herbert par sa beauté et son insouciance. Ce qui débouche sur une union peu prometteuse entre une fille vaine et sans cervelle habituée au luxe et aux attentions d'hommes raffinés, et un vicaire au physique quelconque qui aspire à la tranquillité et à une certaine austérité. Sa promise, qui en a l'intuition, le prévient avant de l'épouser :

She had refused him when he first proposed, intoxicating him with adoration for her by her words, "It wouldn't do. I'm not at all brainy, and you're top-hole. I can't think what on earth you want it for." When she had accepted, she said, "Righto, I'll take the risk if you will, but it's a big risk for you."

S'ensuit un engrenage de frustrations, de petits espoirs et de nouvelles déceptions pour Mary Jocelyn, dans un livre au final triste mais non dénué d'humour, qui s'achève sur un très beau passage et une note plus positive. Un roman extrêmement bien mené, très bien écrit, qui dresse avec brio le portrait de personnages dont la psychologie et l'évolution sont très finement décryptés. Un roman au cadre assez victorien qui incarne très clairement le passage à la modernité, opérant avec succès la transition entre le XIXe et le XXe.

Si j'ai aimé La troisième Miss Symons, The Rector's Daughter a été un immense coup de coeur pour moi, et même une révélation : à l'heure actuelle il figure sans hésitation parmi mes 10 romans classiques britanniques favoris. Un livre que je relirai sans aucun doute, ce que je fais assez peu !

Ses deux autres livres sont difficiles à trouver, et je crois qu'ils sont épuisés, mais je jetterai un coup d'oeil lors de mon prochain séjour en Angleterre.

Un autre avis (written in English) : Harriet Devine.

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347 p

Flora M. Mayor, The Rector's Daughter, 1924

flora mayor,littérature victorienne,époque victorienne,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,roman xixe,roman anglais,the rector's daughter,la troisième miss symonsChallente God Save the Livre : 3 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

 

 

*****

ça n'a rien à voir mais : BON ANNIVERSAIRE (celle qui est concernée comprendra)

05/03/2011

Warning : Victorian masterpiece

wilde_picture dorian gray.jpegIl y a parfois des lectures que l'on redoute, que l'on repousse, et The Picture of Dorian Gray faisait partie de celles-là pour moi. Oeuvre incontournable de la littérature victorienne, avec un personnage principal converti depuis en mythe monstrueux au même titre que la créature de Frankenstein ou Dracula, ce roman m'intriguait depuis des années mais je n'osais pas le lire : envie de mettre ce grand roman de côté pour pouvoir le savourer plus tard ; curiosité assortie d'inquiétude depuis que j'avais lu un autre classique bien connu de R.L. Stevenson autour du même thème et qui m'avait plutôt ennuyée (une lecture que je retenterai malgré tout car je suis frustrée de rester sur cet échec auquel je ne m'attendais pas du tout).

Mais lorsque j'ai commencé à lire quelques pages de The Picture of Dorian Gray, toutes mes craintes se sont envolées : dès la première scène, le cadre, les dialogues (qui me rappelaient déjà The Importance of being Earnest dont je raffole) mais aussi le style fluide et élégant m'ont de suite emportée. Pour une traversée plutôt mouvementée, c'est certain.

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Voici un petit extrait au tout début qui m'a beaucoup amusée : "But beauty, real beauty, ends where an intellectual expression begins. Intellect is in itself a mode of exageration, and destroys the harmony of any face. The moment one sits down to think, one becomes all nose, or all forehead, or something horrid. Look at the successful men in  any of the learned professions. How perfectly hideous they are ! Except, of course, in the Church. But then in the Church they don't think. A bishop keeps saying at the age of eighty what he was told to say when he was a boy at the age of eighteen, and as a natural consequence he always looks absolutely delightful." (p3)

[Chronique riche en spoilers]

Lorsque l'histoire débute, Dorian Gray est un jeune homme innocent dont la beauté fascine Basil Hallward, artiste peintre prometteur de l'ère victorienne. Inspiré par la pureté de Dorian, Basil achève sa meilleure toile, répugnant cependant à l'exposer car il estime avoir trop laissé transparaître dans ce portrait des sentiments très personnels. Très proche de Dorian, Basil se voit forcé de le présenter à un ami de longue date, Lord Henry Wotton, par un concours de circonstances dont il se serait passé. Connaissant la personnalité corrosive de Lord Henry, Basil Hallward le prie instamment de ne pas le priver de Dorian Gray ni de le corrompre en lui soumettant ses théories cyniques sur la vie et les hommes en général. Bien entendu, Lord Henry s'empresse de faire le contraire et, devenant lui-même un objet de fascination pour le jeune homme, il crée rapidement une distance entre ses deux amis.

Lors de leur première rencontre, Lord Henry fait l'apologie de la jeunesse et de la beauté de Dorian. Ce premier poison sera à l'origine de la longue déchéance morale du jeune homme, qui émet un souhait impossible en contemplant son portrait : "How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p29) Mais comme tout le monde le sait, c'est un souhait qui sera exaucé.

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Dès lors, sous l'influence néfaste de Lord Henry, Dorian Gray décide de vivre pleinement sa vie et finit par assimiler plaisir et débauche sordide : après avoir séduit puis abandonné une jeune actrice qui met fin à ses jours, Dorian Gray devient un personnage de plus en plus trouble. Très recherché parmi les mondains, il finit par avoir une réputation sulfureuse : on l'aurait vu dans les quartiers mal fâmés de Londres, il aurait poussé un jeune héritier à s'endetter, aurait perdu la réputation de plusieurs femmes. Egoïste, désabusé et devenu lui aussi profondément cynique, Dorian Gray repousse l'aide de son ami Basil Hallward, épouvanté par cette radicale transformation.

Alors que Dorian Gray devient indifférent au sort d'autrui, son portrait s'enlaidit : le vice, la cruauté ainsi que la vieillesse viennent altérer les traits du chef-d'oeuvre de Basil. Jusqu'à ce que Dorian commette un meurtre, point culminant de sa déchéance ; enfin, Dorian prend conscience de son geste abominable et se retrouve dès lors torturé par les démons de son passé. Il alterne entre fausse mauvaise conscience et inquiétude : peur d'être arrêté, peur d'être retrouvé par le frère de l'actrice dont il avait causé la mort. Son comportement fait écho à une phrase tirée du début du roman : "Conscience and cowardice are really the same thing, Basil. Conscience is the trade-name of the firm. That is all." (p7) A noter que sa transformation se fait sous les yeux d'un Lord Henry finalement peu averti, puisqu'il est incapable de voir à quel point Dorian a appliqué ses préceptes à la lettre, devenant au final un personnage abject, tandis que Lord Henry reste en quelque sorte un philosophe de salon et un beau parleur.

Un roman passionant, troublant, parfois angoissant qui se dévore plus qu'il ne se lit (hormis le chapitre descriptif faisant état des nouveaux centres d'intérêt et collections de Dorian Gray que j'ai trouvé passablement ennuyeux). Un chef d'oeuvre absolu qui marquera ma vie de lectrice. J'ai désormais hâte de voir les deux adaptations, dont je vous parlerai très prochainement.

Et je vous propose de parler pour le 1er Mai de la pièce Un Mari Idéal (la pièce ou une de ses adaptations).

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254 p

Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray, 1890

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Challenge Oscar Wilde : 1 billet

God Save the Livre : 1 roman (catégories Dirty Harry et Queen Mum)

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21/03/2010

Meurtre à la victorienne

braddon_henry dunbar.jpgIl y a quelques mois j'ai lancé le défi Mary Elizabeth Braddon, et j'étais loin de me douter que je passerais un aussi bon moment en compagnie de cette "charmante" Victorienne. Ce qui ne m'empêche pas de mettre en garde tous ceux qui souhaiteraient lire Henry Dunbar : ne lisez pas la quatrième de couverture, à moins de souhaiter savoir tout ce qui va se dérouler jusqu'à la page 387 (sur un total de 474 pages, l'éditeur a fait fort !). Ayant commencé ma lecture sans me souvenir du résumé, j'ai été tentée d'y jeter un oeil en pensant recueillir quelques informations sur l'auteur. J'ai ainsi découvert le premier meurtre qui n'a pas lieu au début (loin de là!). Arrivée à la moitié du livre, j'ai jeté un nouveau coup d'oeil au résumé et j'ai ainsi découvert ce que je soupçonnais depuis le début et qui ne devait être vraiment révélé que bien plus tard. Autant dire que, pour ceux qui détestent les spoilers et sont d'autant plus intéressés par un roman qu'ils n'en connaissent pas le déroulement, cette quatrième de couverture est à bannir.

Mais pour en revenir à nos moutons et à nos Victoriens assassinés, le très "respectable" Henry Dunbar est un banquier "anglo-indien" revenu en Angleterre pour hériter des fonctions de son défunt père, après avoir été chassé de la maison mère à la suite d'une escroquerie. Millionnaire, Dunbar entend bien profiter des privilèges de son nouveau statut et doit retrouver sa fille, qu'il n'a pas vue pendant des années. A son retour, son ancien serviteur et ami Wilmot est assassiné. Or, Wilmot ayant été lié à sa fâcheuse affaire en contrefaisant des signatures à sa demande, on est en droit de penser que Dunbar l'aura occis pour que son passé ne le rattrape pas dès son retour. Autour de cela s'imbriquent d'autres histoires : de l'amour, des jeunes gens et du chantage viennent s'ajouter à l'intrigue principale.

On devine très rapidement la solution de l'énigme, et ce n'est pas tant là que réside l'intérêt du roman. La question est de savoir comment les personnages découvriront la vérité, de savourer une histoire aux ramifications nombreuses, avec des personnages au parcours personnel intéressant, une structure plus proche du roman d'aventures que du "whodunit" classique, le tout parsemé de descriptions très romanesques qui prêtent parfois à sourire. Si la trame du roman est assez simple, Braddon parvient à l'étoffer pour en faire un récit dense et ma foi, passionnant ! J'ai parfois ri en découvrant que les Anglais sont extrêment chaleureux et tactiles (à l'inverse des Anglo-Indiens réputés pour leur froideur), en lisant les déclarations larmoyantes des filles à leur père ou en supportant la niaiserie qui n'est tout de même pas loin de pointer le bout de son nez chez les personnages féminins - comme quoi, même les femmes indépendantes à la Braddon étaient encore assez influencées par la morale victorienne pour cantonner leurs personnages aux rôles dévolus à leur sexe. Malgré tout, l'impertinence et l'ironie ne sont pas souvent loin : ainsi on ne comprend pas qu'un personnage au revenu tout au plus raisonnable puisse se permettre de conduire un interrogatoire sérieux face à un millionnaire : "comment osait-il, ce coroner, dont le revenu était, au plus, de cinq cent livres par an, comment osait-il discuter ou trouver invraisemblable une assertion de Dunbar ?" (p119-120) On pourra enfin reprocher à Braddon de se laisser parfois un peu emporter par un enthousiasme de jeune fille, mais le résultat est purement jubilatoire tant il est amusant : "Pour l'amoureux, ce regard était plus précieux que Jocelyn's Rock et une noblesse qui datait des premiers Stuart d'Angleterre; à ce regard inestimable succédèrent des rougeurs pudiques, fraîches et radieuses comme la corolle humide de rosée d'une pivoine cueillie au lever du soleil" (p201). Et même si Mary Elizabeth Braddon a purement et simplement abandonné l'un des personnages principaux du début une fois ce malheureux éconduit par sa belle, je ressors enthousiaste de cette lecture qui fleure bon le roman populaire classique et n'est pas sans rappeler Wilkie Collins. Une expérience à renouveler !

A la demande de plusieurs participantes, je vous propose de continuer le challenge Braddon jusqu'à fin décembre 2010, le but étant toujours de lire les romans qui nous tentent, sans titres ou quantités imposées. Vous pouvez vous inscrire à n'importe quel moment de l'année et me laisser ensuite les liens vers vos billets pour que je puisse faire un bilan de toutes les lectures à la fin de l'année. Je prévois de faire gagner un petit cadeau à un/une participante(e) (par tirage au sort, à raison d'un papier à votre nom par critique, et en inscrivant deux fois le nom des personnes qui ont publié leurs billets avant ce soir - date proposée à l'origine pour le challenge).

Et voici les livres lus pour l'instant dans le cadre du challenge (j'espère ne pas avoir fait d'oubli, si c'est le cas surtout manifestez-vous !) :

Aurora Floyd : Cécile, Mea (rajouté après le 21/03)

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula,

Lady Isle : Cécile (rajouté après le 21/03)

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Keisha, Malice, Mango, Titine,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

Je suis aussi à la recherche du billet de Rachel, qui a lu un roman elle aussi (help !).

Et pour ceux qui sont tentés, vous pouvez participer à une lecture commune autour de Virginia Woolf en publiant un billet le 1er avril.

474 p

Mary Elizabeth Braddon, Henry Dunbar, 1864

challenge-mary-elizabeth-braddon.gifEnglishClassics.jpgj'aime-les-classiques.jpg

26/02/2010

Et mon 400ème billet sera victorien !

collins_belle canaile.jpg... si ce n'est pas beau ça !

Continuons donc avec Wilkie Collins et Une belle Canaille, recommandé par Cryssilda et lu d'une traite en décembre.

Un roman d'un genre très différent, beaucoup plus marqué par les traits d'humour et le ton ironique du narrateur. On y découvre les mémoires de Frank Softly, la belle canaille prête à faire notre bonheur avec le récit très divertissant de ses frasques diverses et variées. Si je m'attendais à un personnage sombre, j'ai plutôt rencontré un fils de bonne famille trop enclin à gaspiller l'argent et à s'amuser pour suivre les traces de son père médecin. Un jeune homme au final prêt à tout pour gagner son pain quotidien (où devrais-je dire, ses loisirs quotidiens), à commencer par se lancer dans la caricature et profiter du salon de sa grand-mère pour croquer les invités et son aïeule à leur insu.

Son parcours mouvementé lui vaut un petit séjour en prison jusqu'à ce que, après quelques menus tracas, Frank soit contraint d'aider un faux-monnayeur sous la menace.

Curieusement, malgré mon enthousiasme premier, ce court roman ne m'a pas particulièrement marquée et je m'arrache un peu les cheveux pour me souvenir de certains passages. Ceci dit, c'est une lecture que j'ai particulièrement appréciée. J'ai aimé le ton irrespectueux du narrateur, son comportement provocateur au sein d'une société victorienne où il était de bon ton d'afficher une morale en apparence irréprochable. Ce roman qui fait écho à Barry Lyndon est un joli pied de nez aux contemporains de Wilkie Collins, avec cet anti-héros qui s'amuse de ses frasques, tourne en dérision les conventions respectées par son honorable famille et finit riche et heureux en amour, en récompense de son parcours de coquin. Je regrette en revanche la chute à mon avis un peu rapide et, pour être honnête, j'ai davantage goûté la première partie, plus savoureuse et impertinente à mes yeux.

Toujours est-il que c'est en quelque sorte ce livre qui a vraiment créé un déclic chez moi et m'a donné envie de lire, que dis-je, de dévorer les romans de Wilkie. Un roman très léger, écrit en grande partie à Paris, pendant une joyeuse période de débauche en compagnie de Charles Dickens (d'après l'éditeur). Si vous aimez l'humour anglais, le ton railleur de ce narrateur loufoque risque bien de faire votre bonheur !

D'autres avis : Cryssilda, Schlabaya

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174 p

Wilkie Collins, Une belle canaille, 1856 (année de rédaction)

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26/02/2009

Soyez constants !

constant.pngAutant vous prévenir : j'entre dans une phase mystique où toute opposition à mon amour naissant pour Wilde (je dis bien toute rébellion, et même le moindre doigt timidement levé) se verra châtiée immédiatement à coup de projections d'Encyclopédie Universalis (et croyez-moi, une fois les multiples tomes réunis l'opération s'avère douloureuse).

Wilde est un génie.

Maintenant que j'ai dit ça je peux aller me recoucher.

Et puis non ce serait trop bête. Voilà dix raisons d'aimer à la folie Wilde et sa pièce The Importance of being earnest, dans laquelle il est question d'être constant mais pas seulement.

1- Parce que l'écriture de Wilde (à consommer de préférence en anglais) est un art en soi, parce qu'on savoure chaque tournure, chaque phrase en succombant tout autant à la musique des mots qu'à la philosophie particulière des personnages.

2- Parce que les déclarations les plus absurdes sont faites selon une logique irréprochable qui titille l'esprit du lecteur, qui est perdu entre sourire moqueur et volonté de suivre les raisonnements les plus incroyables avec une attention religieuse.

3- Parce que les personnages sont exquis, à commencer par les rôles moins importants. Une petite mention spéciale pour Cecily, à l'apogée du charme avec son esprit vif et ses remarques cultes. Mais la concurrence est rude !

4- Parce cette pièce est terriblement drôle et irrésistiblement inconvenante, et les répliques d'une efficacité surréaliste.

5- Qui devrait être numéro 1. Parce que Wilde était victorien.

6- Qui devrait être numéro 2. Parce que nul ne saurait être plus irrévérencieux que lui et que sa critique de la société victorienne est faite sur un ton si léger (voire badin) que les plus concernés l'ont eux-mêmes largement acclamé.

7- Parce que cette pièce nous fait baver d'envie avec ses cucumber sandwiches, son bread and butter et ses muffins (et je n'éprouve pas souvent une envie irrésistible de partager le repas de mes héros victoriens).

8- Parce que Ernest (Constant) et Algernon sont les héros les plus creux qui soient mais nous sont malgré tout profondément sympathiques.

9- Parce que cette pièce paraît légère tout en puisant sa source dans de nombreuses influences. Wilde est érudit, sa pièce géniale s'inspire savamment de grands classiques tout en étant divertissante et surtout,  originale et véritablement moderne.

10- Parce qu'au final, tout tourne autour du langage, que Wilde maîtrise remarquablement. Parce qu'il joue avec les mots et les phrases, que c'est au final l'essence-même de la pièce mais qu'on l'oublie paradoxalement, car Wilde sait comme nul autre multiplier les (fausses) pistes pour nous égarer. Pour notre plus grand bonheur.

Et vous qui passez rapidement par ici, sans doute par hasard, vous avez peu de temps pour lire tout mon baratin et d'autres soucis en tête qu'Oscar Wilde. Pour vous je ferai court, clair et net : The Importance of being earnest est un chef-d'oeuvre unique en son genre, à découvrir impérativement. C'est mordant, intelligent, déconcertant et, cerise sur le gâteau, tout simplement brillant.

Et pour ceux qui se demandent de quoi il s'agit, j'ajouterai juste qu'il est question de mariages contrariés pour des raisons de fortune ou de rang, mais que les rebondissements sont nombreux et que mieux vaut avoir la surprise de la découverte (d'autant plus que la pièce est très bien construite).

« ALGERNON - (...) The doctors found out that Bunbury could not live, that is what I mean – so Bunbury died.

LADY BRACKNELL : He seems to have had great confidence in the opinion of his physicians. I am glad, however, that he made up his mind at last to some definite course of action, and acted under proper medical advice. »

300 p (éditions GF Flammarion, à recommander pour l'excellent dossier et la version bilingue)

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Oscar Wilde, The Importance of Being Earnest (L'Importance d'être constant), 1895 (année de la première, le jour de la Saint Valentin !)


51CR9A6RDWL._SL500.jpgPour l'adapter au cinéma, on a pensé à Colin Firth (Jack) et Rupert Everett (Algie). Avouez qu'il y a tout de même des castings moins heureux !

Le film est très fidèle à la pièce, hormis quelques petites variantes dont l'utilité me semble discutable. Une première scène montre une poursuite entre Algie et des policiers, son but étant essentiellement de nous faire comprendre qu'il est criblé de dettes. Si la tante d'Algie mentionne ses dettes dans la pièce, ce sont surtout celles contractées par Jack dont il est question. De même, lorsqu'Ernest doit être conduit en prison pour des factures impayées, le dénouement est différent et nous prive d'excellentes répliques. Mais je chipote car ce film rend tout à fait justice à la pièce.

Le casting est une réussite et les acteurs incarnent à la perfection leur personnage, tout en lui insufflant une vie nouvelle. Gwendolen, un peu nunuche tout de même, devient une tigresse sensuelle, déterminée et ridicule, Cecily est fraîche et pétillante, cette pauvre Miss Prism terriblement touchante... tous excellent mais, (presque) en toute objectivité, Colin Firth est peut-être le meilleur d'entre eux, avec une variété d'expressions inouïe et une capacité certaine à passer de l'attitude la plus cocasse à la plus résignée. Les décors et les costumes sont soignés, le déroulement très fluide grâce à des scènes intercalées par rapport au texte d'origine.

Un très bon film, (presque) aussi drôle et original que la pièce elle-même.

Nibelheim en a parlé ici !

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The Importance of being earnest, un film d'Oliver Parker, 2002

 

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