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04/11/2013

Dorothy Macardle, La Falaise Hantée

macardle_falaise hantee.jpegParfois, les cheminements du lecteur dans sa quête de nouvelles idées de romans sont pour le moins étonnants. Cela fait plusieurs années que j'ai La Falaise Hantée de Dorothy Macardle dans ma PAL, et à chaque nouveau challenge Halloween je songe à écouter ses tristes lamentations mais finis toujours par l'écarter et à l'abandonner à son triste sort. Pourtant, c'est sur un coup de tête que je me l'étais procuré : j'avais vu une jeune femme le lire dans les transports en commun. Le titre, la couverture (ou du moins, ce que je pouvais en voir), le grand format, tout cela m'avait rappelé un roman dont j'ai aujourd'hui oublié le titre mais que j'avais dévoré au lycée, puis prêté, et qu'on ne m'a jamais rendu. C'était là aussi une histoire de maison hantée ou envoûtée, toujours est-il qu'en voyant cette lectrice j'ai de suite retenu le titre et l'ai commandé très rapidement. Depuis, il végétait.

J'avais sans aucun doute oublié cela mais ce roman a été écrit en 1941 par une Irlandaise. Or, je ne me lasse pas de ces auteurs souvent classés dans les "modern classics" ; l'époque, les thématiques et un petit côté délicieusement suranné font mon bonheur de lectrice à chaque fois. Lorsque je me suis aperçue de ce petit détail j'ai curieusement été prise d'une envie urgente de lire enfin La Falaise Hantée.

Le sujet ? Le critique londonien Roderick Fitzgerald et sa soeur Pamela décident de quitter la capitale pour acheter ensemble une maison à la campagne. Lors d'une virée en Cornouailles, ils tombent sous le charme de Cliff End, une sublime maison curieusement abandonnée. La demeure domine une falaise et donne accès à une plage privée... c'est pour les deux jeunes gens le comble de la perfection et lorsqu'ils découvrent avec stupeur que cette demeure est dans leurs moyens, ils n'hésitent pas un instant à l'acheter, même si on les prévient que les derniers locataires sont partis car ils entendaient des bruits dans la maison.

L'installation est d'abord idyllique (indeed, il faudra une bonne centaine de pages avant qu'un revenant ne pointe vraiment le bout de son nez). Pamela décide de l'ameublement et de la décoration, Roderick vient les week-ends et attend avec impatience la fin de ses engagements londoniens. Pamela confesse bien avoir entendu quelques bruits mais cela ne semble en rien compromettre leur bonheur. Puis, peu à peu, la situation se dégrade. Un parfum de mimosa et une petite lumière se manifestent dans l'ancienne chambre d'enfant. Un froid intense envahit la maison lorsqu'une apparition lumineuse se manifeste dans l'escalier. Malgré un courage certain et leur volonté d'enquêter pour mieux comprendre ce qui peut expliquer la présence d'un ou plusieurs revenants, les Fitzgerald commencent à perdre espoir après de longues nuits sans sommeil et quelques événements plus brutaux que d'autres...

Ce roman m'a fait penser à Rebecca, pourtant chez Daphné du Maurier il n'y a point de fantôme ; cela tient sans doute à l'atmosphère particulière des deux maisons et à la tragédie qui dans les deux cas s'y est déroulée. Je n'ai pas eu le coup de coeur auquel je m'attendais car je reproche quelques longueurs à ce roman : le frère et la soeur ne cessent de retourner dans tous les sens la situation, de se remémorer les différentes apparitions et de faire des conjectures, avec je trouve quelques répétitions. Et lorsqu'il faut arriver au dernier tiers du roman, voire au dernier quart pour que l'on remette enfin en question ce que l'on sait des défunts concernés (le méchant ne serait pas celui qu'on croit ?), je me suis dit que c'était un peu dommage car sans être médium je m'attendais à quelque chose dans le genre depuis longtemps. Malgré tout j'ai savouré l'ambiance de cette maison où l'on aime se reposer un livre à la main dans la journée mais que l'on craint de parcourir une fois la nuit tombée. J'ai apprécié les protagonistes, entre le critique qui s'essaye au théâtre, la soeur fantasque et leurs amis peintre, actrice ou décorateur. Les revenants sont pour le moins effrayants et il est clair que jamais je n'oserais monter l'escalier de nuit. Bref, c'est une agréable découverte, à l'ambiance délicieusement British, un brin effrayante, à savourer une tasse de thé à la main, un soir d'orage de préférence.

Une lecture recommandée par le site maison-hantée.com, qui conseille par ailleurs d'autres titres British alléchants.

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361 p

Dorothy Macardle, La Falaise Hantée, 1941

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01/09/2013

Claire Keegan, L'Antarctique

keegan_lantarctique.jpgCurieusement, alors que j'apprécie énormément la littérature anglo-saxonne, je lis assez peu d'auteurs irlandais contemporains. Aussi lorsque le blogoclub a proposé une thématique irlandaise pour la lecture du 1er septembre je me suis empressée de farfouiller dans ma PAL pour trouver un livre pouvant convenir - j'essaie de faire sortir de ma bibliothèque des livres qui y prennent la poussière depuis des mois et des années, la situation devient urgente.

Mon choix s'est arrêté sur L'Antarctique de Claire Keegan, auteur dont j'avais lu le plus grand bien sur la blogosphère, révélé par Nuala O' Faolain, bref, un jeune talent prometteur. Par ailleurs le format me convenait bien puisqu'il s'agit d'un recueil de quinze nouvelles, genre dont je suis friande et qui, je trouve, distingue les grands écrivains des autres car ce format si court est  un art bien difficile à manier et nécessite une précision et une habileté toutes particulières.

J'ai ouvert ce recueil sans savoir à quoi m'attendre, si ce n'est que je pensais peut-être retrouver une Irlande contemporaine, plutôt rurale. Première surprise, ces nouvelles n'ont pas toujours l'Irlande pour cadre et nous font notamment voyager outre-Atlantique. Difficile aussi de cerner la période du récit parfois, certains cadres un peu rustiques ou certains modes de vie nous faisant nous imaginer quelques décennies en arrière.

On pourrait difficilement qualifier ces nouvelles de légères. Amours contrariées, infidélités, grossesse imprévue, désirs inavouables, perte d'un proche dans des circonstances tragiques et travail de deuil qui s'ensuit, moment privilégié passé avec un homme qui s'avère être au final un psychopathe ou un meurtrier, les sujets sont pour le moins graves. Traités avec habileté, ils nous emportent néanmoins grâce au travail minutieux de Claire Keegan qui retraduit avec subtilité la psychologie des personnages, leurs désirs enfouis, leurs espoirs, leurs peurs, leurs aspirations et bien souvent, leurs frustrations. Les femmes ont la vie dure dans bien des nouvelles : travail rude, effacement face à l'homme-roi (figure du mari, du père). Claire Keegan ne joue pas non plus la facilité avec les quelques scènes crues qui émaillent ces nouvelles : ni fausse pudeur, ni exhibitionnisme, mais une description claire, factuelle, épurée.

Un auteur que je relirai sans doute avec plaisir et qui me donne également envie de lire davantage d'Irlandais contemporains... une réorganisation de mes bibliothèques s'imposant bientôt, j'en profiterai pour voir ce que j'ai en stock !

Une lecture dans le cadre du blogoclub du mois de septembre organisé par Sylire et Lisa.

Beaucoup d'avis sur Babelio.

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215 p

Claire Keegan, L'Antarctique, 1999

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08/07/2012

Irlande, quand tu nous tiens !

trevor_Cet-ete-la_5228.jpegAh que de joie, de bonheur et d'émotions depuis deux semaines, mais votre fidèle et dévouée a bien du mal à atterrir et à écrire une nouvelle chronique, tant elle a la tête dans les nuages ! Mais avant de retrouver P.D. James et Pemberley, je me suis décidée à enfin vous parler d'un très beau roman découvert lors des préparatifs du mariage (d'où la chronique tardive).

Il s'agit de Cet été-là de William Trevor, un auteur dont j'oublie toujours le nom mais dont les écrits m'attirent visiblement beaucoup puisqu'en farfouillant dans ma bibliothèque ces derniers jours j'ai exhumé deux autres de ses titres, que je savais avoir dans ma PAL sans avoir fait le rapprochement avec l'auteur (qui plus est sans m'en rendre compte j'ai acheté le premier lors de mes dernières vacances en m'offrant une petite séance en librairie anglaise et dix jours plus tard, en cherchant un roman sur l'Italie à l'aéroport de Florence, j'ai jeté mon dévolu sur le deuxième... toujours sans remarquer qu'il s'agissait du même auteur). En lisant Tourgueniev me fait aussi envie depuis bien longtemps... j'ai franchi le pas sans le savoir ! (Tout ça pour vous dire à quel point je maîtrise ma PAL)

Bref après avoir réussi à vous raconter ma vie pendant deux paragraphes, je me dis qu'il serait peut-être utile d'aborder le coeur du sujet. Cet été-là met en scène l'Irlande rurale, entre un petit village et les fermes et maisons plus isolées qui l'entourent. Le roman s'ouvre sur l'enterrement de la femme la plus aisée du village, connue de tous. Ses funérailles attirent ainsi beaucoup de monde, dont quelques personnes qui remarquent un photographe inconnu. Ce jeune homme s'apprête à vendre sa maison pour refaire sa vie ailleurs avec l'argent de la vente. Mais, alors que quelques mois seulement le séparent de son départ, il rencontre Ellie, jeune femme mariée à un fermier. L'attirance est immédiate, mais l'enjeu n'est pas le même pour les deux amoureux. D'un côté Florian y voit une jolie amourette, de l'autre Ellie, orpheline, ancienne employée de son mari, veuf à l'époque, risque bien de perdre sa respectabilité et une situation sûre lorsqu'elle tombe amoureuse pour la première fois. Leur relation est observée et commentée par Miss Connulty, la fille de la respectable défunte évoquée au début du roman : interviendra-t-elle pour tenter de mettre un terme à cette relation ?

Merveilleusement écrit, Cet été-là est un roman au rythme lent, qui prend le temps d'instaurer une certaine ambiance, de donner à découvrir ses personnages, pour finalement les abandonner dans une situation ambiguë, en quelque sorte inachevée : un roman que l'on ne lit par pour avoir des certitudes mais pour partager les interrogations troubles de personnages réalistes, peu romanesques ou idéalisés – même si Florian est assez bohème.

Ce livre a été lu dans le cadre du mois irlandais, mais je n'ai pas eu le temps de faire mon billet à temps !

Merci beaucoup aux Editions Phébus qui m'ont permis de faire cette belle découverte.

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252 p

William Trevor, Cet été-là, 2009

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17/06/2012

Meeting Molly Keane

fragiles-serments.jpgJe raffole de littérature britannique (souvent anglaise) dès qu'il s'agit de petites histoires de famille, de potins de voisinage, lorsque le châtelain du coin s'intéresse plus à ses chevaux qu'à son domaine et que sa digne épouse part en guerre contre sa meilleure ennemie si celle-ci tente de la détrôner lors de la fête caritative organisée par la femme du pasteur. Et c'est un peu cet esprit que j'ai retrouvé chez Molly Keane, irlandaise que je lis pour la première fois.

Fragiles Serments s'ouvre avec l'arrivée d'Eliza chez les Bird, le jour du retour de leur fils aîné, soigné dans un hôpital psychiatrique pour dépression. Vieille amie de la famille, Eliza vient régulièrement séjourner dans le superbe domaine ; amoureuse de Julian Bird depuis toujours, elle supporte avec bonne grâce Lady Bird, beauté extravertie, pas très fine, un brin tyrannique et bien déterminée à se faire passer pour bien plus jeune qu'elle ne l'est en réalité, au risque de paraître ridicule. Durant un séjour mouvementé, Eliza va se faire tour à tour la confidente des uns et des autres : Julian qui aime profiter de sa présence sans trop se soucier du mal qu'il peut lui causer ; Lady Bird ou Olivia, qui pérore à n'en plus finir pour valoriser son jardin, sa jeunesse, la formidable complicité qui l'unit à ses enfants – qui tous la détestent et se moquent d'elle en permanence ; John, l'aîné, déraciné depuis  son retour ; Sheena, folle de son Rupert et bientôt obligée de s'en éloigner pour une sombre histoire d'hérédité ; enfin Markie, enfant magnifique à qui l'on passe tout et dont la cruauté sans bornes ne semble déranger personne. Et puis, en marge de toutes ces tragédies familiales plus ou moins grandes, circule Mrs Parker, la gouvernante barbue et solitaire, condamnée à vivre au sein du foyer sans jamais en faire partie. Alors que les jours passent, la belle façade se fissure et chaque personnage connaît son lot de malheurs (si l'on peut considérer pour Markie que les problèmes de mathématiques sont un drame en soi).

ashford castle.jpgFragiles Serments est au choix une histoire familiale, un divertissement à l'humour British ou une superbe galerie de personnages un brin tordus, d'aristocrates d'un autre monde, un roman où mesquineries, secrets honteux et trahisons se mélangent allègrement. N'attendez rien de ces Bird un brin vampiriques si vous ne voulez pas connaître le sort de cette « chère Eliza », mais n'hésitez pas à faire un petit détour par chez eux pour assister à la petite garden party d'Olivia. Vous pourriez sans doute surprendre quelque personnage en flagrant délit d'exubérance et, rien que pour cela, le voyage est justifié.

Lu dans le cadre de Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions du Quai Voltaire !

C'est aussi ma première participation au Mois irlandais organisé par ma copine Cryssilda !

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285 p

Molly Keane, Fragiles Serments, 1935

(2012 pour la présente édition)

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