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15/11/2013

Mary Shelley, L'Endeuillée et autres récits

shelley_endeuillee-et-autres-recits.jpgNe connaissant que Frankenstein de Mary Shelley, j'ai été attirée par ce recueil de quatre nouvelles que j'ai lu pour le challenge Halloween – il entre dans ce cadre à travers les références au pacte avec le diable ou le Mal de façon plus générale.

C'est un livre fortement marqué par le courant romantique, aussi bien par le choix des thèmes que par le style lyrique faisant référence aux éléments, à la Nature. Voilà néanmoins des textes beaucoup moins audacieux que ne l'était Frankenstein et, en matière de Romantisme, j'ai par exemple été beaucoup plus captivée par les écrits d'un E.T.A . Hoffmann.

Une curiosité pour les amoureux de littérature anglo-saxonne.

"L'Endeuillée" : Rendant visite à une tombe sans nom devant sa bien-aimée, le narrateur lui explique les circonstances dans lesquelles il rencontra la femme qui y est enterrée. Ayant recueilli le narrateur dans la forêt alors qu'il fuyait la tyrannie de ses camarades d'Eton, la jeune Ellen était devenue son amie mais souffrait de mélancolie et projetait de mettre fin à ses jours, se sentant responsable de la mort de son père.

Je dois avouer que, hormis, l'évocation de certains lieux anglais, j'ai trouvé cette nouvelle sans surprise (la chute étant d'ailleurs grosse comme une maison, mais peut-être n'était-ce pas le cas à l'époque de la publication). Je suis sans doute sans coeur et ne me suis pas laissée émouvoir par les rouages de cette histoire un peu fade : la douce jeune femme si malheureuse, deux jeunes hommes valeureux et intègres dans son environnement immédiat, le tout arrosé de discours grandiloquents dans lesquels les éléments et la nature ajoutent au tragique de la chose...

Sortez les violons : Ils avaient quitté l'Angleterre comme pour un voyage d'agrément le long d'un cours d'eau ; mais le char impitoyable du destin les avait rattrapés dans leur course insouciante, les écrasant sous ses lourdes roues, faisant voler en éclats leur amour, leur espoir et leur joie, comme l'avalanche mugissante qui emporte le ruisseau dans la vallée et le réduit à quelques embruns. Ils étaient partis, mais où ? Le mystère pesait sur le destin de cette très malheureuse victime ; et le désir de mon ami était de percer les nuages qui cachaient la pauvre Clarice à sa vue. (p39, L'Endeuillée)

 

"Transformation" : un jeune homme est chassé de sa ville et dans l'impossibilité d'épouser sa chère et tendre pour avoir préféré l'insolence et une tentative d'enlèvement à un comportement honnête et repentant. Voilà notre héros qui se lamente sur les côtes anglaises, lorsqu'il assiste à un naufrage tragique. Le soir était proche lorsque, du côté de la mer, s'éleva, comme sous la baguette d'un magicien, un sombre réseau de nuages qui fit tâche sur l'azur du ciel vespéral, assombrissant et tourmentant l'océan jusqu'alors paisible. Les nuages prirent des formes étranges, fantastiques, se modifièrent, se mêlèrent comme sous l'action d'un charme puissant. Les vagues dressèrent leurs crêtes blanches ; le tonnerre d'abord gronda, puis éclata de l'autre côté de la surface des eaux qui prirent une vive teinte pourpre, parsemée d'écume (p72, Transformation).

Seul en réchappe un être difforme, qui aurait causé la tempête et lui propose un marché : échanger leurs deux corps quelques jours en échange d'une grande fortune. Mais lorsque le délai est passé, l'horrible étranger ne revient pas et c'est avec son corps maladroit et répugnant que le héros tente de se faire justice...

J'aime l'obéissance, même de la part de ces stupides éléments, dit le nain. Et combien plus encore de la part de l'esprit indompté de l'homme ! L'orage était bien déchaîné, il faut l'avouer... et je l'ai entièrement déclenché (p75, Transformation).

La voix du misérable était grinçante et abominable, et les contorsions qu'il faisait en parlant effroyables à voir. Pourtant il exerçait vraiment sur moi une sorte d'influence que je ne pouvais maîtriser et je lui racontai mon histoire. Quand j'eus fini, il se mit à rire très fort pendant un long moment ; les rochers renvoyaient l'écho ; il semblait que l'enfer hurlait autour de moi (p 76, Transformation).

Cette version du pacte avec le diable m'a davantage séduite, cette fois-ci la nature occupe encore une place de choix mais oublions le côté fleur bleue, car c'est un échange infernal qui va avoir lieu. J'aime ces éléments déchaînés, ces orages, ce chaos, cette noirceur ! Certes il y a une belle promise mais le surnaturel ajoute du piment au récit et le jeune premier n'est pas exempt de défauts.

 

"Le Rêve" : une jeune femme refuse de prendre un époux puis remet sa réponse au lendemain ; elle envisage de passer la nuit sur la couche de Ste Catherine, en équilibre précaire. Tout réveil brutal la ferait chuter et la tuerait sur le coup.

Un récit qui a un petit côté moyenâgeux et mystique mais qui, quelques semaines après la lecture, ne m'a laissé strictement aucun souvenir.

 

"Le Mortel Immortel" : un jeune homme joue les apprentis sorciers auprès d'un homme craint dans les environs. Il finit par boire une curieuse potion qu'il pense être un philtre d'amour, mais le breuvage lui accorde en réalité l'immortalité. En tout cas, il ne vieillit plus alors qu'auprès de lui, sa bien-aimée se fane et vit avec beaucoup d'amertume le décalage physique entre eux deux.

Un petit conte philosophique aux influences faustiennes.

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151 p

 

Mary Shelley, L'Endeuillée et Autres Récits, 1829-1839

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01/08/2010

Lecture commune - Nick Hornby

hornby_speaking with the angel.jpgQuand Pickwick et moi avons lancé l'idée d'une lecture commune autour de Nick Hornby, je me suis dit « chouette ! Ça me permettra de lire enfin ceux qui attendent dans ma bibliothèque depuis une éternité ». Manque de bol, pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué (ou pour ceux qui auraient simplement constaté que mes sursauts cybernétiques se faisaient un peu plus rares depuis quelques mois), j'ai déménagé récemment (ou comment je suis devenue une SDF provisoire, mais c'est une autre histoire). Oui je sais, je vous raconte ma vie et avec tout ça, je n'ai toujours rien dit à propos de ma lecture. Mais j'arrive (enfin) au bout de mon propos : la mise en carton frénétique a causé quelques pertes et tracas, à commencer par mes romans de Nick Hornby qui attendent sagement que j'aie retrouvé un logement pour regagner leur étagère. Dans la bataille, j'ai tout de même sauvé Speaking with the Angel, qui n'est pas un roman mais une série de nouvelles édité par Nick Hornby, dont la seule nouvelle côtoie notamment les textes d'Helen Fielding, Zadie Smith, Melissa Bank, Irvine Welsh ou Colin Firth (oui oui, celui-là même).

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Ce recueil a été édité dans un but caritatif, au profit d'une école pour enfants autistes – Nick Hornby expliquant dans son introduction que son propre fils est autiste et que la Grande-Bretagne ne propose pas de structures adéquates pour les enfants autistes.

Et le contenu ? Les histoires sont écrites à la première personne mais sont très différentes les unes des autres au-delà de ça. Une femme sortant avec un garçon plus jeune qu'elle se sent décalée et vieille à une fête ; une vieille femme affalée sur le sol pense à sa fille si raisonnable, à la vie bien plus rangée que la sienne ; un homme faisant la crise de la quarantaine a une révélation en trouvant un rat mort chez lui, un rat qui vient introduire l'incertain et le sauvage dans son quotidien ; un petit garçon qui adore les histoires de sa grand-mère cherche à connaître la fin de celle qu'elle lui racontait avant de faire une attaque ; une femme responsable de la cantine d'une prison évoque le dernier repas des condamnés à mort ; un responsable de la sécurité doit surveiller un tableau représentant le Christ et fait à partir de petites photos de seins... voilà qui fait rapidement le tour de la plupart des sujets abordés.

Ce recueil est ma foi très inégal et beaucoup moins addictif que les deux Nick Hornby que j'ai déjà lus (Haute Fidélité et A long way down). Ceci dit, je pense que la forme a beaucoup joué : j'aime les phrases soignées, les tournures un peu poétiques et, même si je peux tout à fait apprécier pour leur contenu des livres dont le style n'a rien de particulier, je m'ennuie en général un peu quand je lis un texte écrit en s'approchant d'un langage parlé un peu basique, avec ses contractions, ses « m'enfin » etc. Comme on retrouve ce principe dans l'ensemble des nouvelles (enfin pour être honnête il m'en reste encore deux à lire ce soir mais je n'aurai pas le temps de faire mon billet après comme je pars ce week-end), j'ai trouvé la forme un peu fatigante à la longue.

Sur le fond, la plupart des récits m'ont intéressée, certains mettant parfois quelques pages pour prendre leur essor mais réussissant finalement à prendre le lecteur au dépourvu. Quelques récits sont assez addictifs et donnent à penser (en même temps, il y a beaucoup de crises de la trentaine, de la quarantaine and so on and so forth). Au final mon texte préféré est peut-être celui de Nick Hornby, qui m'a fait penser à Antoine Laurain avec Fume et tue pour son évocation de l'art contemporain. Pour l'artiste de sa nouvelle, l'art ne tient pas tant à l'objet en soi qu'à la réaction qu'il provoque, son œuvre suivant une logique assez en vogue maintenant dans le milieu artistique mais dont l'expression me laisse parfois dubitative.

En somme, à recommander aux fans de Colin Firth (et il y en a !) et à ceux de Nick Hornby (en dernier recours après la lecture de ses romans). Sympathique, mais pas vraiment indispensable, et beaucoup moins récréatif que les romans de Hornby.

PS : j'actualiserai les liens vers vos billets à mon retour en début de semaine.

233 p

Nick Hornby, Speaking with the angel, 2000

 Les livres lus dans le cadre de cette lecture commune :

Bonté mode d'emploi : La Nymphette

Carton Jaune : Rachel

High Fidelity : Choupynette

Juliet, Naked : DF, Kikine, Pickwick

Slam : Mango, Hilde

Speaking with the Angel : Lou

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08/11/2009

Challenge Braddon

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J'ai fait vite fait un petit logo pour le challenge Mary Elizabeth Braddon. Pour vous inscrire ou indiquer la publication de vos billets, c'est ici !

Truly, madly, deeply,

Lou sur le point de s'endormir après une folle journée avec ses (non moins folles) amies victoriennes.

 

Edit du 15/11/2009 :

Ce challenge est tout simple : il vous suffit de lire un roman de Mary Elizabeth Braddon et, comme j'ai trouvé que je ne laissais pas beaucoup de temps pour ce faire, je vous propose de lire ce roman avant la fin de l'hiver, soit le 20 mars 2010.

Liste des oeuvres de Braddon lues par la blogosphère dans le cadre du challenge (ou pas):

Le Secret de Lady Audley (Cécile's blog)

Le Mystère de Fernwood (Nag)

Sur les traces du Serpent (Choupynette)

28/01/2009

Trick or Treat

glaister_halloween.JPGParmi les temples de perdition qui voient souvent défiler Miss Lou, il est une enseigne bleue en haut du Boulevard Saint-Michel dont les dangers égalent au moins ceux du fameux temple dans lequel Indiana Jones brava un jour pièges et vieux squelettes avec aplomb. Cet endroit a une fâcheuse tendance à brader à 1€ d’excellents livres et, depuis qu’elle a repéré cette stratégie sournoise, Miss Lou sait que la meilleure solution est d’éviter le plus souvent possible le quartier latin. Mais il est bien sûr des moments d’égarement. Dont un qui a entraîné la découverte de Halloween de Lesley Glaister, occasion « rouge » au titre assez intrigant pour que, résumé et prix confondus, votre chroniqueuse dévouée glisse (comme par inadvertance) ledit objet dans une PAL déjà frémissante (pendant que beaucoup d’autres livres alentours semblaient sautiller et lui dire « moi ! moi ! moi ! »).

Vous l’avez déjà constaté, la couverture est moche, disons-le franchement. Oui mais « de vieux souvenirs reviennent à la surface, et un drame s’aiguise, une farce funèbre se prépare dans l’ombre des gestes de chaque jour. »

Lesley Glaister était jusque-là une illustre inconnue pour moi. Figurez-vous qu’après avoir dévoré son Halloween, j’ai découvert qu’elle a publié de nombreux titres dont un couronné par le Sommerset Maugham Award. Ouf ! Je vais encore pouvoir me régaler !

Ici il est question de voisins dont les destins s’entrecroisent. Là-bas, cette énorme vieille dame, statue impressionnante aux lèvres moustachues couvertes de caramel, c’est Olive. A son côté, le vieillard frêle qui la soutient, c’est Arthur, son compagnon. Tous deux sont d’anciens militants et croquaient la vie à pleines dents. Il faut dire qu’à l’époque ils étaient bien différents, un brin fous et superbes tous deux.

Derrière eux, cachée par l’imposante Olive se tient Nell. Boucles impeccables, tenue soignée, un seau d’eau javellisée à la main, voilà l’ancienne rivale d’Olive : voisines, fausses amies, toujours en compétition. Aujourd’hui Nell est bien plus en forme, même si elle doit supporter le retour de son grand balourd de fils, sorti de prison récemment et parlant de lui à la troisième personne.

Au fond, dans une maison isolée, un type peu recommandable qu’on ne voit pas bien mais qui nous observe à travers ses rideaux tirés.

Et là, un peu débordés par l’organisation de la soirée de Guy Fawkes, Petra, Tom et les enfants s’agitent dans un remue-ménage insupportable, vous dirait Nell. Les petits ont de drôles de noms mais, Olive le sait bien, c’est la mode : Buffy, Bob et Loup. Ajoutons le chaton Rien, le chat Mao (à la peau translucide et sans le moindre poil) et le chien Kropotkine (Potkins), et nous aurons dressé le tableau de cette galerie de personnages pour le moins loufoque.

Tout commence à Halloween où l’on découvre les personnages, entre les enfants qui vont réclamer des bonbons et les voisins âgés qui se terrent dans leur maison la peur au ventre. Au fil des jours, Petra et sa famille font la connaissance des deux maisons qui les entourent : celle de Nell et celle d’Olive et Arthur. L’histoire prend fin après la soirée de Guy Fawkes. Entre-temps des amitiés se créent, de vieilles rancoeurs ressurgissent, certains démons ressortent de leur placard, une menace pèse et le passé des plus vieux est plus ou moins révélé. La tendresse et la mesquinerie ne sont pas loin non plus.

Voilà une histoire émouvante, parfois cruelle, souvent drôle, dans laquelle les personnages révèlent leurs faiblesses et où il est difficile de ne pas s’attacher un peu aux uns et aux autres, quels que soient les conflits qui les opposent. A cela s'ajoute un brin de suspense, avec le doute qui plane sur le retour du fils de Nell, dont je ne dévoilerai pas les penchants. Il s'agit presque d'un huis clos où la psychologie des personnages transparaît peu à peu à travers les petites manies, sous la plume d’une marionnettiste qui manie parfaitement les ficelles de son art. Précisons maintenant que le décor est profondément britannique (ces héros qui ne mangent presque que des sandwiches en buvant du thé, ça m’a rappelé des souvenirs…) et vous comprendrez mon petit coup de cœur !

Voilà un véritable page-turner, charmant bien qu’un peu sombre, un livre qui devrait notamment plaire aux amateurs de littérature anglo-saxonne et aux lecteurs de Kate Atkinson – j’ai retrouvé sa manière de mettre en scène les personnages. En ce qui me concerne, quiconque tentait de me détourner de ce roman risquait d’être rapidement écharpé. Le message est passé et me voilà ravie de cette rapide lecture et surtout prête à replonger dans un nouveau Lesley Glaister ! Chaudement recommandé !!

Ici on parle de son livre Partial Eclipse et de Soleil de Plomb. Là, on a aimé C’est la curiosité qui tue les chats (encore une couverture bien ratée).

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233 p

Lesley Glaister, Halloween, 1991

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