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09/06/2016

Nancy Mitford, Wigs on the Green

mitford_wigs on the green.jpgFin mars / Début avril, je suis allée me ressourcer dans la campagne anglaise équipée de Wigs on the Green de Nancy Mitford, qui se déroule entre un village et les terres d'une grande propriété. Ce roman m'a donc semblé tout indiqué pour ma participation à la LC du Mois anglais autour de la Campagne Anglaise.

Cela fait bien longtemps que je n'avais pas lu cet auteur dont j'avais beaucoup apprécié deux titres, découverts alors que ce blog en était encore à ses balbutiements (La poursuite de l'amour et L'amour dans un climat froid). Wigs on the Green m'a été offert par Alice de Books are my Wonderland dans le cadre du Swap British qu'elle organisait l'an dernier. J'avais été très gâtée comme vous pouvez le constater.

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Dans Wigs on the Green, quatre personnages viennent de s'installer pour quelque temps dans le village de Chalford et vont lier connaissance. Ayant reçu un petit héritage qui fait de lui un parti un peu plus intéressant, Noel est venu dans le but de séduire l'héritière locale Eugenia Malmains, sur les conseils de son ami Jasper, très opportuniste, également du voyage pour profiter au mieux des nouvelles ressources financières de Noel. Marjorie fuit un mariage prestigieux avec un homme qu'elle n'aime pas. Elle est accompagnée de son amie Poppy, qui a une vision beaucoup plus pragmatique du mariage et s'apprête à flirter avec Jasper pendant que son propre époux a une nouvelle passade avec une jeune fille. Ajoutons à cela Mrs Lace, un peu plus âgée mais toujours séduisante, qui va s'intéresser à Noel à partir du moment où on lui aura fait croire qu'il s'agit d'un mystérieux prince là incognito (ce qui donnera lieu à quelques passages cocasses). Le groupe va rejoindre la branche fasciste locale pour plaire à Eugenia. La jeune fille est enthousiaste et obsédée par la cause en question. Si elle est assez ridicule, ses nouvelles connaissances le sont tout autant en se ralliant au mouvement pour des raisons qui n'ont rien à voir avec leurs convictions politiques. Un grand rassemblement festif en faveur du fascisme va les mobiliser et rythmer leurs rencontres tout au long du roman.

Bien évidemment, l'humour est le maître mot pour Nancy Mitford, qui tourne tout le monde en dérision et ne résiste pas aux boutades. Par exemple, voici une réaction qui m'a amusée suite à un discours particulièrement enflammé d'Eugenia en faveur de la cause fasciste : The yokels stood first on one foot and then on the other. Finally, one of them removed a straw from his mouth and remarked that they had all enjoyed Miss Eugenia's speech very much, he was sure, and how was His Lordship's hay-fever? (p10) - His Lordship étant le grand-père d'Eugenia, dont le rhume des foins parle davantage à la population locale que les grands discours de la jeune fille.

J'ai passé un bon moment en lisant Wigs on the Green. Néanmoins, c'est un roman plutôt dérangeant, même si l'on considère qu'il a été écrit dans les années 1930, avant que l'Europe ne prenne pleinement conscience de toutes les implications de la montée du fascisme. Nancy Mitford nous livre ainsi une nouvelle comédie inspirée de ses soeurs Diana et Unity, l'une maîtresse puis épouse du fondateur de la British Union of Fascists, Sir Oswald Mosley, l'autre admiratrice inconditionnelle de Hitler qui ira jusqu'à tenter de se suicider lors de l'entrée en guerre du Royaume-Uni contre l'Allemagne. La publication de ce livre entraîna une brouille entre les soeurs Mitford et Nancy s'opposa à sa réédition en 1951, jugeant notamment qu'il était désormais du plus mauvais goût de faire des plaisanteries à propos du nazisme. Cependant - et c'est ce qui m'a vraiment gênée à la lecture - Nancy disait quelques années plus tôt à ses soeurs que le livre était pour l'essentiel en faveur du fascisme, malgré quelques plaisanteries. Le fait est que non seulement les fascistes du roman ne sont pas plus ridicules que les autres personnages mais qu'in fine, le roman se traduit par un happy end où la jeune héritière Eugenia Malmains réalise son rêve en rencontrant le leader du parti grâce à l'efficacité de son action sur le plan local, le lecteur assistant ensuite à un mariage très joyeux entre les fascistes de Chalford. Je connaissais les attirances obscures de certaines Mitford pour le nazisme ou le fascisme anglais mais n'avais pas réalisé que Nancy était elle aussi plutôt sensible à ce discours et en tout cas suffisamment détachée du sujet pour ne nous livrer ici aucune critique de fond - ni en faire l'apologie d'ailleurs, si tel était son choix. Même en lisant ce roman avec un oeil contemporain, même en connaissant l'ambiguïté de la position de Nancy Mitford sur le sujet, difficile de ne pas être gêné par l'insouciance de l'écrivain qui ne s'implique pas sur le plan politique.

L'avis en anglais de All The Pretty Books.

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170 p hors introduction

Nancy Mitford, Wigs on the Green, 1935

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23/01/2016

P. L. Travers, L'extraordinaire voyage de Sabrina

pamela lyndon travers, mary poppins, auteur de mary poppins, extraordinaire voyage de sabrina, littérature anglaise, littérature anglaise deuxième guerre mondiale, classiques jeunesse, classiques jeunesse anglaisVoilà une bien jolie édition pour mettre à l'honneur P. L. Travers, l'auteur de Mary Poppins, à travers un roman inédit en France.

Ecrit à la première personne, à travers le journal de Sabrina Lind, ce récit est celui de deux enfants anglais arrachés à leur pays et au domaine familial en raison de la guerre et de la menace des bombardements. Sabrina et son frère partent ainsi pour l'Amérique chez un oncle et une tante vivant dans la région de New York. Le lecteur les suit alors qu'ils vivent encore chez eux, avant de les accompagner en mer pendant quelques semaines (première moitié du roman) et d'assister à leur installation aux Etats-Unis.

La guerre s'inscrit en toile de fond mais semble souvent distante. Malgré leur patriotisme et leur amour de leur pays, Sabrina et James sont avant tout des enfants qui cherchent à se divertir et à trouver des façons de s'évader au quotidien. Issus d'une classe privilégiée, ils ont la chance de mener une vie facile aux luxes les éloignant d'autant plus des préoccupations de guerre, même si leurs pensées se tournent régulièrement avec mélancolie vers l'Angleterre, leurs parents et amis.

Les protagonistes sont attachants et j'ai pris plaisir à suivre leur parcours, même si j'ai trouvé plus d'intérêt à la partie américaine, à travers certains aspects historiques notamment. Les enfants font quelques visites extraordinaires, comme celle de l'exposition universelle, dont la description a suscité ma curiosité. Un roman finalement assez joyeux et touchant, joliment illustré par Gertrude Hermes, auquel il a cependant manqué peut-être un peu de profondeur pour que je parvienne à complètement me laisser emporter. Un livre à recommander sans hésiter aux lecteurs de l'âge de James et Sabrina (neuf et onze ans) mais qui ne traverse pas aussi bien l'épreuve des années - je trouve - que d'autres classiques pour enfants (par exemple Moonfleet ou Papa Longues Jambes).

Lu en partenariat avec les éditions Zethel, au catalogue très prometteur, à suivre...

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235 p

P. L. Travers, L'extraordinaire voyage de Sabrina, Copyright 1941 (1ère publication en Grande Bretagne en 2015)

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22/06/2014

Ian Mc Ewan, Opération Sweet Tooth

ian mc ewan, operation sweet tooth, littérature anglaise, angleterre, angleterre annés 1970, londres, londres années 1970, littérature espionnage, littérature guerre froide, mois anglais, mois anglais 2014, challenge i love londonAnnées 1970. Fille d'un évêque anglican, séduisante, intelligente, diplômée d'une licence de maths à Cambdrige pour faire plaisir à sa mère, Serena Frome intègre sur les conseils de son amant plus âgé le MI5, l'agence de renseignements anglaise.

 De la jeunesse de Serena se dégagent deux grands axes : son goût pour les hommes et son amour des livres. Le lecteur la suit ainsi à travers les quelques relations qui l'ont fortement marquée, voire construite, mais aussi de livre en livre. La jeune femme est une grande lectrice et surtout une lectrice rapide, ce qui lui permet d'engloutir roman sur roman, appréciant Jane Austen tout autant que des romans de gare, jusqu'à l'intervention de son amant Tony qui lui apprend à être plus exigeante en la matière. Vous l'avez compris, je me suis régalée (et n'ai pas manqué de relever un certain nombre de titres).

Mais revenons-en au MI5. Cantonnée à des tâches ingrates, peu rétribuée, Serena souffre du manque total de perspectives pour les recrues féminines de l'agence. Jusqu'à ce qu'on lui propose une mission dans ses cordes : offrir à un jeune auteur prometteur une bourse lui permettant de se consacrer à son art, un certain Tom Haley ayant été retenu pour la qualité de ses rares nouvelles et ses articles plutôt anti-communistes. Et voilà que l'agent infiltré devient la maîtresse de l'écrivain travaillant sans le savoir pour le MI5. Une fois l'histoire amorcée, deux interrogations vont guider la lecture : quelle sera l'issue de la rencontre entre Tom et Serena (quid de leur relation ? L'opération Sweet Tooth sera-t-elle un succès ?) ? Mais aussi : pourquoi Serena a-t-elle été recrutée sans mention quand ses collègues sont toutes diplômées de lettres avec les félicitations du jury ? Vous verrez que l'agent infiltré est lui aussi source d'intérêt pour le MI5, sans que l'on comprenne tout à fait pourquoi au départ.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman suivant de multiples pistes. J'aurais pu craindre un roman d'espionnage classique (ce qui n'est absolument pas ma tasse de thé) or il n'en est rien.

ian mc ewan,operation sweet tooth,littérature anglaise,angleterre,angleterre annés 1970,londres,londres années 1970,littérature espionnage,littérature guerre froide,mois anglais,mois anglais 2014,challenge i love london,challenge bbc 2014C'est un roman d'initiation, en compagnie d'une jeune femme qui, ayant à peine plus de vingt ans, a déjà beaucoup vécu à la fin du roman. Elle a fait des rencontres marquantes, s'est émancipée de sa condition de fille d'évêque anglican en fréquentant les bars rock underground, les hommes et les soirées arrosées, mais elle a également souffert de grandes désillusions. C'est aussi un roman sur l'écriture : Tom Haley s'interroge sur sa capacité à écrire plus qu'une longue nouvelle, à réitérer après un premier succès. Ses nouvelles (dont plusieurs m'ont séduite par leur trame audacieuse) sont lues par Serena, qui nous en fait le résumé : j'ai appris depuis que Ian McEwan s'était servi de ses premiers écrits pour les attribuer à Tom.

Le décor historique passionnant est clairement planté : les années 1970 avec leurs désillusions et une jeunesse en déclin, loin de l'effervescence optimiste des années 1960 ; la question irlandaise ; la crise (qui donne lieu à une semaine de trois jours) ; la guerre froide et l'influence des diverses agences de type CIA ou KGB ; l'actualité littéraire.

Le seul bémol - s'il faut en trouver un - tient au fait que je ne me suis vraiment attachée à aucun personnage, même si leur histoire était très intéressante à suivre.

Un roman dense, haletant qui me donne très envie de relire rapidement l'auteur. Ce roman me conforte une fois de plus dans l'idée que la littérature anglo-saxonne a conservé un véritable attachement à l'art de la narration et offre une meilleure continuité avec les grands romans du XIXe que notre littérature, souvent plus introspective (lorsqu'elle n'est pas nombriliste) et parfois aride.

Un grand merci à ma chère Titine grâce à qui Ian McEwan m'a souhaité mon anniversaire !

Egalement sur ce blog : Sur La Plage de Chesil.

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440 p

Ian McEwan, Opération Sweet Tooth (Sweet Tooth), 2012

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15/11/2013

Mary Shelley, L'Endeuillée et autres récits

shelley_endeuillee-et-autres-recits.jpgNe connaissant que Frankenstein de Mary Shelley, j'ai été attirée par ce recueil de quatre nouvelles que j'ai lu pour le challenge Halloween – il entre dans ce cadre à travers les références au pacte avec le diable ou le Mal de façon plus générale.

C'est un livre fortement marqué par le courant romantique, aussi bien par le choix des thèmes que par le style lyrique faisant référence aux éléments, à la Nature. Voilà néanmoins des textes beaucoup moins audacieux que ne l'était Frankenstein et, en matière de Romantisme, j'ai par exemple été beaucoup plus captivée par les écrits d'un E.T.A . Hoffmann.

Une curiosité pour les amoureux de littérature anglo-saxonne.

"L'Endeuillée" : Rendant visite à une tombe sans nom devant sa bien-aimée, le narrateur lui explique les circonstances dans lesquelles il rencontra la femme qui y est enterrée. Ayant recueilli le narrateur dans la forêt alors qu'il fuyait la tyrannie de ses camarades d'Eton, la jeune Ellen était devenue son amie mais souffrait de mélancolie et projetait de mettre fin à ses jours, se sentant responsable de la mort de son père.

Je dois avouer que, hormis, l'évocation de certains lieux anglais, j'ai trouvé cette nouvelle sans surprise (la chute étant d'ailleurs grosse comme une maison, mais peut-être n'était-ce pas le cas à l'époque de la publication). Je suis sans doute sans coeur et ne me suis pas laissée émouvoir par les rouages de cette histoire un peu fade : la douce jeune femme si malheureuse, deux jeunes hommes valeureux et intègres dans son environnement immédiat, le tout arrosé de discours grandiloquents dans lesquels les éléments et la nature ajoutent au tragique de la chose...

Sortez les violons : Ils avaient quitté l'Angleterre comme pour un voyage d'agrément le long d'un cours d'eau ; mais le char impitoyable du destin les avait rattrapés dans leur course insouciante, les écrasant sous ses lourdes roues, faisant voler en éclats leur amour, leur espoir et leur joie, comme l'avalanche mugissante qui emporte le ruisseau dans la vallée et le réduit à quelques embruns. Ils étaient partis, mais où ? Le mystère pesait sur le destin de cette très malheureuse victime ; et le désir de mon ami était de percer les nuages qui cachaient la pauvre Clarice à sa vue. (p39, L'Endeuillée)

 

"Transformation" : un jeune homme est chassé de sa ville et dans l'impossibilité d'épouser sa chère et tendre pour avoir préféré l'insolence et une tentative d'enlèvement à un comportement honnête et repentant. Voilà notre héros qui se lamente sur les côtes anglaises, lorsqu'il assiste à un naufrage tragique. Le soir était proche lorsque, du côté de la mer, s'éleva, comme sous la baguette d'un magicien, un sombre réseau de nuages qui fit tâche sur l'azur du ciel vespéral, assombrissant et tourmentant l'océan jusqu'alors paisible. Les nuages prirent des formes étranges, fantastiques, se modifièrent, se mêlèrent comme sous l'action d'un charme puissant. Les vagues dressèrent leurs crêtes blanches ; le tonnerre d'abord gronda, puis éclata de l'autre côté de la surface des eaux qui prirent une vive teinte pourpre, parsemée d'écume (p72, Transformation).

Seul en réchappe un être difforme, qui aurait causé la tempête et lui propose un marché : échanger leurs deux corps quelques jours en échange d'une grande fortune. Mais lorsque le délai est passé, l'horrible étranger ne revient pas et c'est avec son corps maladroit et répugnant que le héros tente de se faire justice...

J'aime l'obéissance, même de la part de ces stupides éléments, dit le nain. Et combien plus encore de la part de l'esprit indompté de l'homme ! L'orage était bien déchaîné, il faut l'avouer... et je l'ai entièrement déclenché (p75, Transformation).

La voix du misérable était grinçante et abominable, et les contorsions qu'il faisait en parlant effroyables à voir. Pourtant il exerçait vraiment sur moi une sorte d'influence que je ne pouvais maîtriser et je lui racontai mon histoire. Quand j'eus fini, il se mit à rire très fort pendant un long moment ; les rochers renvoyaient l'écho ; il semblait que l'enfer hurlait autour de moi (p 76, Transformation).

Cette version du pacte avec le diable m'a davantage séduite, cette fois-ci la nature occupe encore une place de choix mais oublions le côté fleur bleue, car c'est un échange infernal qui va avoir lieu. J'aime ces éléments déchaînés, ces orages, ce chaos, cette noirceur ! Certes il y a une belle promise mais le surnaturel ajoute du piment au récit et le jeune premier n'est pas exempt de défauts.

 

"Le Rêve" : une jeune femme refuse de prendre un époux puis remet sa réponse au lendemain ; elle envisage de passer la nuit sur la couche de Ste Catherine, en équilibre précaire. Tout réveil brutal la ferait chuter et la tuerait sur le coup.

Un récit qui a un petit côté moyenâgeux et mystique mais qui, quelques semaines après la lecture, ne m'a laissé strictement aucun souvenir.

 

"Le Mortel Immortel" : un jeune homme joue les apprentis sorciers auprès d'un homme craint dans les environs. Il finit par boire une curieuse potion qu'il pense être un philtre d'amour, mais le breuvage lui accorde en réalité l'immortalité. En tout cas, il ne vieillit plus alors qu'auprès de lui, sa bien-aimée se fane et vit avec beaucoup d'amertume le décalage physique entre eux deux.

Un petit conte philosophique aux influences faustiennes.

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151 p

 

Mary Shelley, L'Endeuillée et Autres Récits, 1829-1839

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13/07/2013

Joanna Cannan, Désillusion / Jeu concours

cannan_desillusion.jpgLes lettres anglaises regorgent de trésors inépuisables et, à peine ai-je le temps de regretter de fermer mon dernier grand roman austenien ou de ne pas trouver facilement les écrits de l'exquise Flora Mayor, de tomber sous le charme de Caroline Blackwood ou d'attaquer les Vita Sackville-West dans ma PAL qu'une nouvelle figure surgit, parfois oubliée et revenue à la vie grâce aux choix judicieux de certaines maisons d'édition (je pense surtout aux éditions Phébus, Joëlle Losfeld et Christian Bourgois à qui je dois de passionnantes rencontres !).

Joanna-Cannan.jpgC'est encore le cas cette fois-ci avec Joanna Cannan, que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam il y a un mois encore. Joanna Cannan (1898-1961) est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, essentiellement des romans policiers et ouvrages destinés à la jeunesse - même si Désillusion ne correspond à aucune de ces deux catégories.

Le roman s'ouvre avec le trajet en train de Blanche, jeune veuve, et de ses deux enfants: Angela, une petite blonde proprette et charmante et Patricia, rouquine et garçon manqué qui est loin d'avoir les faveurs de sa mère. Leur père vient de décéder et, puisqu'il avait eu le bon goût d'engloutir la fortune de sa femme avant cela, Blanche se trouve obligée de se rendre chez son beau-père, Lord Waveney. Personne n'est vraiment ravi de cette situation jusqu'à ce que le vieil homme découvre Patricia et s'attache d'emblée à elle - ce qui dépasse l'entendement pour Blanche. Je m'attendais dès lors à suivre l'éducation des enfants, leur jeunesse passée sur la propriété, mais le narrateur préfère faire un saut dans le temps et nous présenter ensuite les jeunes femmes alors que Patricia est en âge de se marier... ce qui ne tardera pas. C'est un mariage d'amour, romantique à souhait et conforme à l'image que l'on se fait de Patricia, rebelle, indépendante, idéaliste (et semblant sortir tout droit d'un tableau de Burne-Jones). Mais le titre français est parfaitement choisi : de désillusion en désillusion, on comprend bien vite que la vie de Patricia ne sera pas celle à laquelle sa jeunesse dorée l'avait préparée.

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Burne-Jones, In Praise of Venus

Patricia va ainsi mener une vie très différente de sa soeur,  qui elle, a fait un mariage de raison ; ce n'est pas pour autant que la vie les a épargnées : Angela et (...) Victor, ces incorrigibles Edwardiens qui, à force de mener une vie oisive, sur une toile de fond de colonnes blanches et d'océan bleu indigo, avaient fini par devenir une cible idéale pour les esprits railleurs et d'élégants anachronismes mêmes pour leurs proches. Quant à Hugh et elle... un mariage d'amour, un mariage qui défiait la raison, et puis la longue route sous le joug, les lumières qui s'éteignent, les rossignols qui se taisent et les roses qui se fanent. (p155)

Désillusion est un beau roman, intelligent, très joliment écrit/traduit. Le récit n'est pas celui auquel on s'attend d'abord en découvrant la jeune et fougueuse Patricia, il devient petit à petit moins extraordinaire et s'inscrit peu à peu dans un esprit "petit bourgeois" qui ne sied guère à l'héroïne. Si la vie la domestique, son tempérament reste au fond le même : les concessions peuvent-elles se poursuivre toute une vie ou est-il indispensable de redevenir un jour soi-même ? Au final, la désillusion est aussi bien liée au comportement décevant de ses proches, qu'au fait que leurs choix sont peu conformes à l'idée qu'elle se faisait d'eux. Ce qui lui fait réaliser que finalement, ni son époux, ni ses chers enfants ne la connaissent vraiment. Un intéressant sujet de réflexion...

Je n'ai volontairement pas abordé de nombreux aspects de l'histoire (comme l'épouvantable épouse du fils aîné qui mériterait d'être citée avec son salon mauve, sa chambre rose et sa dalle en béton dans le jardin), mais je ne peux que vous recommander vivement ce roman si vous aimez la littérature anglaise, vous ne serez certainement pas déçus ! Une belle découverte !

Quelques extraits, essentiellement sur son époux Hugh (à ne pas lire pour ceux qui préfèrent découvrir ce roman sans en savoir beaucoup plus) :

Sa vieille réserve écossaise engendrait de fréquents malentendus. Au lieu de dire : "Je ne peux pas supporter que tu sois forcée de faire la cuisine et de pousser la voiture d'enfants", il disait : "Mieux aurait valu pour tout le monde que tu apprennes à cuisiner plutôt qu'à dresser des chevaux" (p51)

Hugh déplorait l'éducation de son épouse mais, quelles qu'en fussent les lacunes, Patricia savait affronter les difficultés de la vie. Le lendemain, elle se leva sans ce bâillement qui incitait Hugh à lui dire qu'elle aurait dû épouser un Lord si elle voulait prendre son petit déjeuner à neuf du matin. (p52) (sachant que lui-même ne s'est jamais préoccupé de ses enfants, de leurs bavoirs sales ni des couches à changer)

Il aimait sincèrement l'admirable compagne que la vie s'était chargée de domestiquer, mais ne l'appréciait pas à sa juste valeur. Il oubliait, pour flatter son orgueil, qu'elle était la petite-fille de Lord Waveney, habituée à des valets de pied. Guéri de son complexe d'infériorité, il devint un homme heureux. (p54)

Merci encore à Bénédicte et aux éditions Phébus !

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218 p

Joanna Cannan, Désillusion, 1938

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Jeu concours

Et comment résister au plaisir de prolonger un peu l'esprit so English du mois dernier ? J'ai donc le plaisir d'organiser un petit concours pour vous permettre de gagner un exemplaire de Désillusion, grâce aux éditions Phébus.

Pour participer, il vous suffit de répondre à cette question dans les commentaires de ce billet : quelle est la femme écrivain anglaise que vous préférez ?

Vous avez jusqu'au 19 juillet au soir pour répondre. A vos claviers et bonne chance à tous !

08/06/2013

Vita Sackville-West, Plus jamais d'invités !

sackville west_jamais invites.jpgDepuis Toute Passion abolie découvert en 2009, je projette de lire toute l'oeuvre de Vita Sackville-West, qui me séduit davantage à chaque lecture. J'ai profité de la LC autour de Dark Island (que je n'ai pas encore) pour sortir de ma PAL un des trois romans de cet auteur que j'avais encore en attente. J'ai jeté mon dévolu sur Plus Jamais d'invités !

Sans doute à cause du titre et des personnage souriants sur la couverture je m'attendais à une comédie ou une satire de la bonne société anglaise, de ses "parties" à la campagne, que je voyais déjà gâchées par la présence de quelques invités mal assortis. Certes, les invités de Rose Mortibois n'ont pas grand chose en commun, mais ce n'est pas vraiment le coeur du sujet.

Les Mortibois sont mariés depuis vingt ans. Leur vie sociale est une réussite : Mortibois est un juriste à la carrière éclatante, quant à sa femme, dont la fonction est assez décorative, elle peut se prélasser dans leur luxueuse demeure ou, le week-end, dans leur superbe domaine à la campagne, à Anstey. Mais leur couple n'est qu'une façade : conformément à un arrangement entre eux, à la demande de Walter, les Mortibois n'ont jamais consommé leur mariage et n'entretiennent qu'une relation purement amicale, sans affection aucune... bien que Rose aime Walter et ne se plie à son souhait que pour le satisfaire.

Lorsque le neveu de Rose revient en Angleterre après plusieurs années passées dans les colonies, elle décide d'inviter sa soeur, son beau-frère et son neveu à Anstey pour le week-end de Pâques. S'ajoute au petit groupe Gilbert, le frère de Walter, ainsi que Juliet une célèbre coquette amie du couple. On pourrait s'étonner du choix des invités : une soeur gentille mais un peu simplette, très pieuse, très attentive à son budget faute de moyens ; un beau-frère peu loquace, qui appelle sa femme "chouchou" ; un autre, célèbre médecin, en vogue à Londres ; une femme exubérante s'adressant avec une grande familiarité à tout le monde ; et enfin un neveu qui a tout à découvrir de la vie. Mais ces invités vont surtout être amenés à porter un regard différent sur Walter et Rose, dont le mariage laisse transparaître ses failles au cours du week-end. Celui-ci sera fait d'épreuves pour eux. Mais qui sait si cela suffira à les faire changer ?

Une fois de plus Vita Sackvile-West a su me séduire... non seulement son récit se lit d'une traite, mais elle porte comme toujours un regard perçant sur les faiblesses de ses personnages, dont elle nous dresse un portrait toujours passionnant à découvrir. Un très bon moment de lecture !

Le billet de Lilly.

Autres lectures du jour de Vita Sackville-West : Denis, George, Bentos,  Shelbylee, Adalana, Eliza, Emily et Titine

Ici, de Vita Sackville-West : Toute Passion abolie, Paola, The Edwardians (sublime).

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214 p

Vita Sackville-West, Plus Jamais d'invités !, 1953

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05/06/2013

Thomas Hardy, Métamorphoses

hardy_metamorphoses.jpgJe devais lire Les Forestiers pour aujourd'hui en compagnie de Cléanthe et Virgule mais, trouvant trop peu de temps pour mes lectures ces derniers temps (et ayant l'esprit un peu ailleurs), j'ai choisi une option plus raisonnable qui m'éviterait un abandon de Thomas Hardy en cours de route (que je voyais se profiler avec de plus en plus de netteté au fur et à mesure que le temps passait).

De Hardy je ne connais pour l'instant que des nouvelles, ceci est le troisième recueil que je découvre. N'ayant jamais chroniqué ici les deux premiers (Les Petites ironies de la vie et L'Homme Démasqué) et en gardant un excellent souvenir j'envisage sérieusement de les relire pour vous en parler prochainement.

Cette fois-ci j'ai jeté mon dévolu sur Métamorphoses, qui figurait également dans ma PAL depuis un certain temps. Ce recueil comprend quatre nouvelles extraites d'un recueil en anglais plus fourni, A changed man and other stories.

[Quelques spoilers dans les quatre paragraphes suivants]

Sous le Regard du berger : un jeune berger assiste bien malgré lui à la rencontre d'une duchesse et de son ancien admirateur au clair de lune, également observée par le duc, dont les désirs de vengeance sont rapidement mis à exécution et ne sont pas sans conséquence pour le berger.

Métamorphose : une jeune femme amoureuse de l'uniforme unit son sort à celui d'un joyeux soldat qui, un beau jour, décide de quitter l'armée pour Dieu et de se consacrer à son prochain en oeuvrant dans les quartiers pauvres et en prêchant de monotones sermons. Avant que n'éclate une épidémie...

La tombe solitaire : un soldat revient dans son village natal pour apprendre que son père s'est suicidé après avoir reçu une lettre accusatrice de sa part ; selon une coutûme barbare, le corps du père est porté en terre la nuit à un carrefour, sans cérémonie ni sépulture. Dès lors son fils est tourmenté par l'infamie qui, par sa faute, frappe son père ; il tente ainsi de lui donner une dernière demeure plus respectable.

Un dragon entre en scène : une femme ayant perdu son fiancé à la guerre est sur le point d'épouser un brave homme prêt à accepter de bon coeur son fils illégitime. Mais alors que les préparatifs touchent à leur terme revient le soldat tant regretté... pourtant rentré en Angleterre depuis un certain temps sans être venu de suite retrouver son ancienne promise.

Ces quatre récits qui se situent dans les environs de Casterbridge sont un pur régal et me confortent dans l'idée que Thomas Hardy excellait dans l'art d'écrire des nouvelles. De même que les textes dont je gardais le souvenir, voici quatre histoires sombres et pleines d'ironie qui toutes finissent tristement, voire tragiquement. La mort est toujours présente, parfois les conditions sont réunies pour évoquer le folklore mystérieux et provoquer quelques frissons chez le lecteur, qui imagine les fossoyeurs repartant sur leur lugubre charrette après avoir abandonné une âme errante, ou bien un trilithe druidique qui, la nuit, ne manque pas de rappeler les forces mystérieuses et inquiétantes qu'il servait autrefois.

Il est dommage que l'ensemble du recueil n'ait pas été traduit, malgré tout on peut saluer le sérieux des éditions de l'Arbre Vengeur, aussi bien pour la traduction fluide que pour les efforts d'illustration. Cela donne envie de mieux découvrir leur catalogue !

Lu dans le cadre du Mois anglais, une aventure lancée chez Titine et ici-même... mais aussi pour le Challenge victorien d'Arieste.

Les avis de Cécile's blog et Cryssilda.

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147 p

Thomas Hardy, Métamorphoses, 1881-1900

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10/03/2013

Vita Sackville West, The Edwardians

sackvillewest_The_Edwardians.jpgAmong the many problems which beset the novelist, not the least weighty is the choice of the moment at which to begin his novel. It is necessary, it is indeed unavoidable, that he should intersect the lives of his dramatis personae at a given hour ; all that remains is to decide which hour it shall be, and in what situation they shall be discovered. (p9) En l’occurrence, après ces quelques lignes d'ouverture, nous découvrons Sebastian alors qu'il vient de se réfugier sur les toits de Chevron pour fuir les invités de sa mère et les mondanités qui les accompagnent.

Sebastian enjoyed all the charm of patrician adolescence (p13). The Edwardians fait pénétrer le lecteur dans un monde clos, sur le point de disparaître, cette aristocratie anglaise qui jouit d'une vie privilégiée, aveugle à l'évolution de la société, en équilibre précaire entre une époque victorienne un peu poussiéreuse et un nouveau siècle symbole de modernité. Malgré les progrès de la science, l'arrivée des automobiles, les suffragettes, ce monde suranné stagne et se caractérise par un mode de vie oisif, que commence toutefois à mettre en question dès les premières pages un observateur extérieur, Leonard Anquetil. Invité à Chevron par la duchesse, la mère de Sebastian – duc et propriétaire de Chevron, Anquetil est un aventurier, un explorateur dont les exploits ont été relatés dans les journaux, ce qui lui vaut une invitation à l'une de ces prestigieuses sauteries entre nobles anglais. Il y vient avec un regard critique, prêt à observer ces rites médiévaux comme il pourrait le faire lors de ses voyages avec une tribu méconnue.

The members of the house-paty, though surely spoilt by the surfeits of entertainment that life had always offered them, showed no disposition to be bored by each other's familiar company, and no inclination to vary the programme which they must have followed on inumerable Sunday afternoons since they first emerged from the narrowness of school or schoolroom, to take their place in a world where pleasure fell like a ripened peach for the outstretching of a hand. Leonard Anquetil, watching them from outside, marvelled to see them so easily pleased. (p15)

Autre signe des failles qui peu à peu viennent troubler le fondement de cette société, certaines libertés sont prises avec la morale stricte qui pouvait encadrer ces rencontres quelques années auparavant. Ainsi la duchesse Lucy compte parmi ses amis des gens peu respectables selon les critères de quelques Anciennes ; à commencer par Sir Adam, qui a le malheur d'être juif mais que l'on tolère depuis quelque temps parce qu'il est bien vu du roi. A la fin du roman, il tombe en disgrâce après la mort d'Edward VII ; son argent ne suffit pas à lui ouvrir toutes les portes, alors que Lucy envisageait plus tôt de l'épouser. Ce qu'elle ne fera pas pour une raison bien simple : If only Sir Adam were not physically in love with her, she might really consider it (p35).

C'est un monde fascinant mais superficiel et assez antipathique que nous décrit Vita Sackville-West. Lucy se plaint de devoir remettre aux enfants des domestiques leur cadeau de Noël, alors que c'est une cérémonie qu'ils attendent tous avec impatience chaque année. Elle dit ainsi : In a few moments, we must go and give the children their presents (…). You will have to make up the bridge tables without me. I can cut in when I come back. What a nuisance these entertainments are, but I suppose one must put up with them. (p280) Une cérémonie qui elle aussi est très pointilleuse lorsqu'il s'agit de classes sociales, puisqu'on ne donne pas leurs cadeaux aux enfants de façon aléatoire ; il est très important de rappeler à chacun la place qui lui revient. They were listed in families, from the eldest to the youngest, and the families were arranged in strict order, the butler's children coming first (…) and so down to the children of the man who swept up the leaves in the park (p284) Puis le protocole prévoit de demander aux enfants d'acclamer la duchesse, le duc et Lady Viola. Vigeon rose very stately in the body of the hall: « Three cheers for her Grace, children ! Hip, Hip... (…) and for his Grace (…) and for Lady Viola » (p287)

sackville_misstress edward AliceKeppel-medium.jpgOutre le choix de ses tenues et la crainte de voir son postiche apparaître sous sa coiffure en cours  de soirée, le pire des soucis pour une maîtresse de maison est de distribuer convenablement les chambres à ses invités lors des fêtes : ne pas installer côte à côte deux ennemies de longue date mais aussi, ne pas trop éloigner deux amants (qu'ils soient mariés ou non). Cette société est ainsi foncièrement hypocrite, comme on pouvait s'y attendre : Within the closed circle of their own set, anybody might do as they pleased, but no scandal must leak out to the uninitiated. Appearances must be respected, though morals might be neglected. (p100)

Nous suivrons ainsi ce cercle restreint pendant quelques années, jusqu'à la mort du roi. Ces édouardiens profitent avec insouciance de leur vie de plaisirs, mais Sebastian, le héros du roman, incarne son époque et sa génération. Ainsi il doute, il est tenté de partir explorer le monde, tombe amoureux, découvre d'autres classes sociales qui finalement le ramènent à Chevron et à ce destin qui s'impose à lui, auquel il ne pourra peut-être pas échapper (ce qui est symbolisé par une scène où, dans la voiture ancestrale de Chevron, il souhaite s'échapper mais découvre qu'il n'y pas de poignée intérieure). La fin laisse légèrement planer le doute sur ce point et nous l'abandonnons à un moment crucial de sa vie. Sa soeur Viola, elle, semblait effacée, était peu mise en avant par une mère très critique à son égard et toujours prête à manifester ouvertement sa préférence pour Sebastian. Pourtant Viola se rebelle d'abord secrètement puis plus ouvertement : elle entretient une correspondance régulière avec Anquetil au cours de toutes ces années et choisit l'indépendance en annonçant brusquement qu'elle prend un appartement à Londres. Une petite révolution.

A la fin du récit, le roi meurt et s'ouvre une nouvelle époque, faite d'incertitudes. Possibly he had been affected by the opening of the new régime, feeling, like everybody else, that with the death of the King a definite era had closed down and that the future was big with excitement and uncertainty. (p329)

vita sackville-west, paola, littérature, littérature anglaise, roman anglais, roman anglais xxe, bloomsbury, angleterre, angleterre xxe, the edwardians, au temps du roi edouardJ'ai passionnément aimé ce roman, qui fait désormais pour moi partie de ces livres  précieux qui vous suivent tout au long d'une vie. J'avais déjà beaucoup apprécié Paola et plus encore, Toute passion abolie, mais The Edwardians est un roman moderne, d'une grande puissance, particulièrement fin, ; il parvient à faire revivre sous nos yeux une époque disparue en y portant un regard nostalgique et critique à la fois. Dans cette chronique très personnelle je me suis surtout attachée à donner quelques impressions de lecture quant à la toile de fond de ce récit, mais c'est aussi un très beau roman d'initiation, Sebastian étant un merveilleux héros, séduisant, jeune, fougueux, sombre, orageux, torturé. Sa soeur incarne la femme moderne et m'a fait penser au très beau roman Nuit et Jour de Virginia Woolf, qui m'avait également complètement emportée. Un grand roman (qui me donne d'ailleurs envie de retrouver Downton Abbey, Gosford Park et quelques autres, sans parler bien entendu des trois autres romans de Vita Sackville-West dans ma bibliothèque). Quel dommage que cet auteur soit si peu connu en France !

Une lecture commune avec ma fidèle comparse Titine, et une nouvelle participation de pom pom girl officielle au challenge I Love London, organisé par Titine et Maggie.

En illustration, Alice Keppel, une des innombrables maîtresses d'Edward VII (ancêtre de Camilla), et Vita Sackville-West.

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349 p

Vita Sackville-West, The Edwardians, 1930

(En français : Au Temps du Roi Edouard)

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29/11/2012

Ian Mc Ewan, Sur la plage de Chesil : concours

McEwan_Sur la Plage de Chesil.jpgIan McEwan faisait partie de ces (nombreux) auteurs dont je convoitais les romans alléchants depuis un moment sans jamais me décider à les lire. J'ai finalement profité d'un séjour londonien pour découvrir son univers avec Sur la Plage de Chesil.

Edward et Florence viennent de se marier et s'apprêtent à traverser ensemble leur nuit de noces. Dans un petit hôtel en bord de mer, le dîner traîne en longueur tandis que les mariés anticipent chacun à sa façon la nuit à venir. D'un côté Edward brûle d'impatience et ne rêve que du bonheur qui l'attend auprès de sa jeune épouse. A l'inverse, Florence est tétanisée : elle n'a jamais voulu en arriver là et elle rêverait d'un amour platonique car la perspective de ce qui l'attend la dégoûte profondément. Tous deux sont complètement inexpérimentés et le mariage est venu brutalement bousculer le statut quo qui existait entre eux, car il est évident pour tous les deux que le serment fait dans la journée a changé officiellement leur relation et ce qu'ils sont en droit d'en attendre.

Une très belle entrée en matière pour ma première rencontre avec Ian McEwan. Dans ce roman qui pour l'essentiel tient en une seule soirée, McEwan nous livre le portrait de deux personnages que tout oppose, deux âmes à la recherche l'une de l'autre mais profondément entravées par le poids de la tradition et des convenances. Toute leur relation se heurte à ce mariage dans lequel tous deux se sont réfugiés pour de mauvaises raisons et qui leur donne de nouveaux droits ou leur octroie de nouveaux devoirs, selon que l'on songe à Edward ou Florence. Ce changement de statut sonnera le glas de la relation romantique et romanesque qu'ils entretenaient avant.

Un roman tout en finesse, des personnages qui prennent vie sous nos yeux, une écriture très agréable... pour ma part un coup de coeur et une lecture qui me marquera !

Un extrait : « Elle vénérait les vieux mélomanes qui mettaient des heures à émerger de leur taxi, ces derniers Victoriens qui rejoignaient leur place en boitant et en s'appuyant sur leur canne, pour écouter un récital dans un silence religieux, leur sens critique en éveil, les genoux recouverts d'un plaid qu'ils avaient apporté avec eux. » (p30).

D'autres avis : InColdBlog, Levraoueg, Thom, Emjy, Lilly, Sybilline...

Une lecture qui entre dans le cadre du Challenge du Prix Campus, co-organisé chez Cryssilda, Titine et ici-même en partenariat avec les éditions Folio.

prix-campus-lecteurs-Logo.jpgDans le cadre du Challenge du Prix Campus :

Cryssilda a parlé de L'Elégance du Hérisson de Muriel Barbery, de Sur La Plage de Chesil de Ian McEwan, de Novecento : pianiste d'Alessandro Baricco,

Titine a parlé de Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal, du Seigneur des Porcheries de Tristan Egolf, de La Promesse de l'Aube de Romain Gary,

Ici, je vous ai parlé de L'Ami retrouvé de Fred Ulhman,

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178 p

Ian McEwan, Sur la Plage de Chesil, 2007

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Je profite de cette chronique britannique pour faire un clin d'oeil à deux autres romans qui figurent sur la liste du Prix Campus:

coe_bienvenue au club.jpgBienvenue au club de Jonathan Coe : Un extrait de mon billet datant de 2010 "Dans un roman assez dense, Coe nous offre un large panorama des années 70, mettant l'accent sur l'histoire politique du pays et le contexte sociétal tendu de ces années: (...) En fin de compte, ce sont beaucoup de petites histoires a priori insignifiantes qui, mises bout à bout, forment un récit riche, amusant et empreint d'une grande sensibilité.  (...)  Un bel hommage à l'Angleterre des années 70 ! " N'hésitez pas à aller voir mon billet sur ce roman et mes autres billets sur Jonathan Coe pour vous laisser tenter par cet auteur fabuleux !

alan-bennett-la-reine-des-lectrices.jpeg.jpgLa Reine des Lectrices d'Alan Bennett : Je m'étais ruée sur ce livre à sa sortie, un petit plaisir de lecture comme on les aime ! Ce que j'en ai dit en 2009 : "Un peu par hasard, la Reine découvre une librairie ambulante aux portes de son palais (ou devrais-je dire, de ses cuisines). Se sentant obligée d’emprunter un livre, elle fait une première tentative… ratée, avant de découvrir Nancy Mitford. C’est la révélation, le début de la fin, sa Majesté aime lire et comme toute Lectrice Compulsive Anonyme qui se respecte, la reine n’a bientôt plus qu’une idée en tête : lire !. (...) Légèrement irrévérencieux, parfaitement British, ce livre parlant de lecture et de lecteurs devrait séduire beaucoup de LCA !" Et pour lire mon billet sur ce récit, suivez le guide !

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Prix Campus.jpgEt comme Noël approche, j'ai le plaisir de vous proposer de gagner deux romans britanniques dans le cadre du Prix Campus. Voici donc un nouveau concours pour tenter de gagner un exemplaire de Bienvenue au Club de Jonathan Coe OU de Sur la Plage de Chesil Beach de Ian McEwan. Pour participer, c'est très simple, il suffit de répondre dans les commentaires à cette question : "Quel a été votre roman anglais préféré lu cette année ?" (il peut avoir été publié en 2012 ou bien avant). Pensez aussi à me dire si vous souhaitez participer pour remporter le roman de Jonathan Coe ou celui de Ian McEwan, ou l'un des deux sans préférence. Vous avez jusqu'au 8 décembre pour participer. Good luck !

13/06/2012

Ouvrir une librairie en Angleterre

Fitzgerald_Bookshop.jpgJ'avais plusieurs fois hésité à me procurer les livres de Penelope Fitzgerald, alléchée par leur résumé et la maison d'édition dont j'aime beaucoup les choix éditoriaux (Quai Voltaire), mais c'est surtout The Bookshop qui me faisait furieusement envie depuis que je l'avais repéré dans une librairie barcelonaise... en espagnol. Bref, lorsqu'après avoir savouré une journée ensoleillée à Highgate et Hampstead et après avoir découvert la maison de Keats, j'ai eu la chance de tomber sur une librairie indépendante dont la moitié des livres mis en avant correspondait à mes goûts, je n'ai même pas tenté de résister à The Bookshop lorsque mon oeil s'est arrêté sur sa jolie couverture.

Florence Green, qui vit depuis huit ans sur une petite somme versée suite au décès de son mari, envisage d'accomplir quelque chose de sa vie et décide d'ouvrir une librairie dans The Old House, très vieille bâtisse délabrée et hantée par un esprit-frappeur peu discret. Curieusement, son projet se heurte à la mauvaise volonté, voire à l'hostilité de certains habitants du village. Le notaire fait preuve de mauvaise volonté, le banquier se montre peu encourageant, quant à Mrs Gamart, la dame patronnesse du coin (vous savez, ces horribles femmes qui dans la plupart des romans se déroulant dans la campagne anglaise jouent les bons samaritains en pourrissant la vie de leurs voisins – prenons par exemple La Dernière Conquête du Major Pettigrew), bref, Mrs Gamart choisit ce moment pour vouloir installer un centre artistique dans le bâtiment choisi par Mrs Green pour sa librairie, n'hésitant pas à lui recommander la poissonnerie du coin dont le propriétaire souhaite se défaire. Malgré tout, Florence parvient à ouvrir sa librairie, reçoit quelques témoignages d'amitié et obtient un certain succès... ce qui n'est pas pour plaire à Mrs Gamart, bien décidée à remporter ce duel.

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Si vous voulez ouvrir une librairie, je vous déconseille ce roman qui montre comment vous pouvez être attaquée par à peu près tout (n'oublions pas notre esprit-frappeur), trahie et finalement laissée sans le sou. Ceci dit, The Bookshop est empreint d'un certain charme et ne manque pas d'humour, il séduira les amoureux de littérature anglaise qui n'ont pas encore croisé son chemin. On y parle curieusement assez peu de livres, mais bien plus de relations entre villageois... un texte plein de fraîcheur, parfois doux amer mais dans tous les cas, une immersion follement téméraire en zone à risque.

Un très bon article sur Open Letters Monthly vous donnera très envie de le découvrir, et j'ai découvert depuis ce billet également chez I prefer reading (ces deux articles sont en anglais).

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156 p

Penelope Fitzgerald, The Bookshop, 1978 (shortlisted for the Booker Prize)

18/05/2012

L'Observatoire, ex domaine de Tearsham

carey_observatoire.jpgIl suffisait d'un auteur anglais inconnu et d'une allusion à Mervyn Peake pour que je me retrouve embarquée dans une visite pour le moins ubuesque, celle de L'Observatoire d'Edward Carey. 429 pages lues avec avidité, un roman que j'ai trouvé tout à la fois passionnant, intelligent, drôle, cruel, et qui occupera désormais une place de choix dans ma bibliothèque. Pas la peine de lire la suite, n'attendez plus, tentez vous aussi l'aventure !

Le narrateur, Francis Orme, est issu d'une longue lignée de Francis Orme, propriétaires du domaine de Tearsham, peu à peu rattrapé par la modernité et une mauvaise gestion qui lui a valu d'être grignoté par une ville tentaculaire, bien déterminée à ne faire qu'une bouchée de ce bastion d'un autre temps qui lui résiste encore. Le domaine s'appelle désormais l'Observatoire : un manoir amputé de ses dépendances, encerclé d'un ridicule mur d'enceinte, sans jardin, un manoir découpé en appartements.

victor newman.jpgA remonter le fil du temps aux côtés de Francis Orme, on comprend que la transformation du manoir en résidence a été souhaitée par sa mère et incarnait pour elle une nouvelle vie et la modernité. Pourtant, lorsque le récit débute, les appartements ont perdu la fraîcheur des premiers jours ; la plupart des habitants sont morts ou ont quitté les lieux, l'endroit est sale, le rez-de-chaussée envahi par les déchets urbains. Quant aux habitants restants, avec lequel tenterez-vous une collocation ? Claire Higgs, vieille femme scotchée devant sa télé toute la journée, idolâtrant un personnage qui de par sa description, me fait fortement penser à Victor Newman des Feux de l'Amour (remarquez l'étendue surprenante de mes connaissances, je peux ainsi saisir la subtilité de telles influences) ? Peter Bugg, ancien précepteur adepte des coups de règle, suant, transpirant pour expier on ne sait quelle faute ? Numéro 20, la Femme-chien ? Le Portier, qui chuinte au lieu de parler ? Ou bien les Orme ? Le père et la mère, enfermés dans leur silence depuis des années ; le fils, cleptomane, incapable de vivre sans gants blancs et maniaque à leur égard, auteur d'une étonnante et sordide collection (dont vous ne connaîtrez l'Objet, le clou de la collection, qu'à la fin du récit) et vivant de son métier de statue humaine ? Comme tous ceux-là sont assez dérangés, il serait préférable de renoncer à tout emménagement intempestif. Mais voilà qu'une certaine Anna Tapp décide de s'installer dans l'appartement 18. Elle n'est certainement pas la bienvenue, et c'est par sa présence que les souvenirs vont remonter à la surface, troublant puis détruisant le petit équilibre monotone de ces résidents qui avaient renoncé à vivre...

Sur le déclin de l'aristocratie, un passage exquis, sur Lord Pearson, contraint de se séparer de son château pour venir habiter à L'Observatoire : "Lord Pearson aimait inviter chez lui les autres résidants pour leur faire visiter son modeste appartement comme s'il s'agissait d'un château. Il disait : Voici le salon où Lord Pearson regardait la télévision. Voici la salle-de-bains, c'est dans cete baignoire en plastique que Lord Pearson se lavait avec un savon parfumé au citron. Voici la cuisine, c'est à cette table que Lord Pearson buvait son potage. Et ainsi de suite. Lord Pearson s'éteignit après avoir absorbé une dose massive de somnifères. Il n'avait plus un sou. Il ne voyait pas comment il pourrait s'en sortir. Sur son corps élégamment vêtu d'un costume de tweed était épinglée une note : Voici Lord Pearson, Noble vestige du début du siècle. Enterrez-le dans son caveau de famille." (p249-250)

Merci aux éditions Phébus pour cette belle découverte.

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429 p

Edward Carey, L'Observatoire, 2000

09/04/2012

Ah, ce major Pettigrew !

simonson_major pettigrew2.jpgCe week-end, je pensais vous laisser en bonne compagnie, en organisant un petit thé dansant avec le major Pettigrew mais le temps m'a manqué et je suis partie en week-end sans avoir rédigé la moindre chronique. Je me suis échappée dans une région où les collines vertes, les nuages bas et les petits villages plein de charme ne m'ont pas trop dépaysée après cette ambiance si cup of tea dans laquelle j'ai baigné le temps de lire avec grand plaisir La Dernière Conquête du Major Pettigrew d'Helen Simonson.

Un peu dans l'esprit cosy et doudou du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patatesmais à mon avis plus intéressant, ce roman a pour personnage le major Pettigrew, retraité vivant dans une charmante maison à Edgecombe St Mary. Lorsque le récit débute, le major vient de perdre son frère ; à la suite de ce décès, une première contrariété vient perturber le pauvre major, qui apprend que contrairement à ce qu'il avait imaginé, son frère ne lui a pas légué dans des termes explicites le fusil qu'il avait reçu à la mort de leur père, fusil jumeau de celui que possède le major. Fils aîné, le major n'a jamais complètement accepté cette séparation des fusils paternels qui dépare son étui, et voilà que les commentaires hargneux de sa nièce lui font voir que ses relations avec son frère était finalement bien plus compliquées qu'il ne l'imaginait. A côté de ça, on voit débarquer son fils, stéréotype du loup de la City, arriviste, matérialiste, imbu de soi-même, obsédé par le choix de ses relations sociales, à l'antipode des valeurs du major Pettrigrew, un brin conservateur mais intègre, très humain et surtout délicieusement pince-sans-rire. Heureusement pour lui, le major est amené à faire plus ample connaissance avec Mme Ali, qui tient la petite boutique du village. Veuve, d'origine pakistanaise, Mme Ali fait partie de ces invisibles auxquels personne ne prête trop attention. Et pourtant, tout comme le major, Mme Ali apprécie la littérature, en particulier Kipling, une première raison de sympathiser. Mais les âmes charitables du coin ne voient pas d'un bon oeil cette nouvelle relation : entre le major, membre du club local, et Mme Ali, épicière d'origine pakistanaise, il existe un fossé infranchissable à leurs yeux généreux.


bisDSC07520.jpgCe roman est un vrai régal, certes léger mais dense malgré tout ; un page-turner plein de rebondissements, parfois triste, souvent amusant, qui traite aussi de mixité sociale, pour reprendre un terme en vogue. Entre les origines de Mme Ali (née en Angleterre pourtant) ou son métier d'épicière, les bonnes gens du village ont du mal à déterminer quelle est la pire des tares. Lorsqu'un médecin d'origine pakistanaise cherche à faire partie du club local, on lui explique que malheureusement la profession est trop représentée et que le club prône une plus grande mixité...

simonson_major pettigrew1.jpgBref, si vous aimez la littérature britannique, ne passez pas à côté du major Pettigrew... une fois que vous l'aurez invité à partager une tasse de thé chez vous, vous aurez bien du mal à le laisser repartir, à moins d'avoir reçu une invitation à passer vos prochaines vacances à Edgecombe St Mary.

Un grand merci à Christelle et aux éditions du Nil pour la découverte en avant-première de ce roman et le thé à déguster !

D'autres avis : JainaXF, Fée Bourbonnaise, Cosy Corner, Lili Galipette, Dominique, Titine...

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492 p

Helen Simonson, La Dernière Conquête du Major Pettigrew, 2010 (édition française avril 2012)

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31/03/2012

Sorcellerie et douceurs anglaises

marsh_meurtres manoir.jpgAprès Meurtres entre soeurs, je n'ai pas pu résister au plaisir de lire un deuxième roman de Willa Marsh, petite variation autour du même thème puisque le titre n'est autre que Meurtres au manoir (le genre d'intitulé qui m'interpelle toujours lorsqu'il s'agit d'un manoir anglais). Et que Willa Marsh a l'esprit tordu pour inventer de pareilles situations !

Cette fois-ci, j'ai fait la rencontre de Clarissa, qui travaille et vit seule à Londres dans une petite chambre sans intérêt et se morfond, ennuyant ses amis avec une histoire inventée à propos d'un premier amour tragique. C'est alors qu'un couple d'amis a l'idée de lui présenter Thomas (et non pas Robert comme je voulais l'appeler quand j'ai écrit mon billet), qui vient tout juste de perdre son épouse. Bien malheureux, le veuf se laisse séduire très vite par la vive citadine qui sait se montrer fraîche, innocente et sexy à la fois, un cocktail dévastateur pour cet homme à la morale sévère s'ennuyant quelque peu à vrai dire. Lorsqu'il invite Clarissa pour la première fois chez lui, la jeune femme tombe éperdument amoureuse du manoir de style Tudor et du domaine (vous l'aurez compris, Thomas n'est pas la motivation principale, nous sommes bien loin de Jane Austen ici) ; elle fond aussi pour les tantes, deux adorables vieilles qui gèrent l'intendance. Son choix est fait : elle sera la nouvelle châtelaine. Et il ne lui faut pas longtemps pour précipiter le mariage (le fait d'appeler en urgence sa proie pour lui annoncer que son propriétaire – une petite fille vieille adorable – lui a fait des avances inconvenantes est une action qui s'avère très utile).

Mais Clarissa ne sait vraiment pas où elle met les pieds (la prochaine fois que vous rêverez de séduire un Lord anglais, pensez-y). La famille est issue d'une longue lignée de sorcières qui, depuis l'époque reculée des cultes druidiques, perpétue des traditions oubliées à coup de sacrifices de bestioles en tout genre (bizarrement les chiens du domaine disparaissent fréquemment, mais cela ne semble pas inquiéter le maître des lieux) ; à l'occasion, un auto-stoppeur égaré s'est avéré lui aussi très utile. Les femmes de la lignée se font enterrer dans les bois qui jouxtent le jardin, alors qu'un cercueil rempli de pierres sert de leurre à l'église. Désormais, ce sont les tantes qui respectent la tradition mais elles doivent faire face à un défi de taille : qui va hériter de leur lourde tâche et les enterrer dans le bois ? Car il est évident que la seule fille du châtelain envisage de rentrer dans les ordres et s'oppose aux forces obscures qui hantent la forêt. L'arrivée de Clarissa est donc une bonne chose (d'ailleurs, les tantes n'auraient-elles pas aidé la première femme à mourir après une série de fausses couches désespérante ?). Mais la Londonienne est-elle prête à supporter la présence des nombreux fantômes qui errent dans la maison et la lourde responsabilité qui lui incombe ? Rien n'est moins sûr. Et sa meilleure amie qui s'installe au château quelques mois plus tard pourrait peut-être faciliter leurs plans. Encore que...

the piege.jpgSi Meurtres entre soeurs était déjà assez sordide, ce roman est d'une noirceur impressionnante. Les adorables tantes sont des meurtrières sadiques, le seul prince charmant est un loup sans morale, la meilleure amie de Clarissa prend celle-ci pour une vraie dinde et fait tout pour lui voler son titre de châtelaine. Quant à cet accident de tracteur qui cloue le châtelain sur un fauteuil roulant, le doit-on vraiment au hasard ?

Un roman complètement déjanté et monstrueux, ironique et d'une bassesse infinie, drôle et absolument épouvantable. Vous ne regarderez plus jamais vos proches de la même façon (surtout s'ils aiment les balades nocturnes dans la forêt, dans ce cas fuyez !).

L'avis de Moustafette (chez qui j'ai découvert cette photo de porcelaines tout à fait appropriée que je me suis permis de reproduire ici) et de Cathulu.

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Willa Marsh, Meurtres au manoir, 1999

11/03/2012

La Maison du Marais

warden_maison du marais.gifIl y a quelques mois j'ai lu La Maison du Marais de Florence Warden, dans le cadre du mois anglais. Je n'ai pas pris le temps de faire mon billet et pourtant, voilà encore une lecture avec laquelle je me suis régalée et que je recommande vivement à tout lecteur un tant soit peu épris de littérature victorienne. Ce roman d'amour, de mystère et de mort est fait pour vous (l'effet terriblement mélodramatique est voulu, pour un roman de type populaire aujourd'hui oublié). Le plus terrible avec ce roman, ce qui est vraiment scandaleux, c'est que Warden (un pseudonyme) a complètement disparu des rayons des librairies (y compris anglaises... mes recherches sur le Net ne m'ont d'ailleurs pas appris grand-chose). Comme pour Flora Mayor découverte grâce au même éditeur, voilà un auteur bien sympathique que plus personne ne lisait avant l'intervention des éditions Joëlle Losfeld qui ont souvent la bonne idée de déterrer des textes inconnus pour notre plus grand bonheur (j'aimerais simplement que cette célèbre maison édite plusieurs romans des auteurs en question pour ne pas créer chez moi autant de frustration ; voilà qui n'est pas humain !).

Dans La Maison du Marais, il est question de Miss Violet Christie qui, issue d'une famille anglaise modeste, cherche une place de gouvernante. Ce n'est pas chose aisée au vu de son manque d'expérience et de son jeune âge. C'est alors qu'une annonce attire son attention : on cherche une jeune personne pour un poste de gouvernante, photo exigée. Quelque temps plus tard, ayant été recrutée, Violet se rend dans une région reculée pour occuper son nouveau poste. A la gare, elle fait la connaissance du jeune Laurence qui produit rapidement sur elle une forte impression, mais semble peu apprécier son nouvel employeur, Mr Rayner. Rapidement, Violet verra qu'il n'est pas le seul dans ce cas dans la région. Et son nouveau poste est assez remarquable. Dans la famille je demande la mère, être hagard et fantomatique souvent caché dans sa chambre et dont la moindre apparition vous cause la chair de poule. Les enfants, entre l'aînée, agressive envers son père, et la plus jeune, qui passe ses journées à vagabonder dans le jardin en vraie sauvageonne, à se rouler dans l'herbe ou dans la boue et à se tordre de fureur lorsque le soir une domestique se charge de la faire rentrer, personne ne se préoccupant d'elle le reste du temps. Enfin le père, homme charmant et charmeur, violoniste de talent, qui semble avoir tout sacrifié pour une femme bien égoïste. La maison en elle-même est humide, malsaine. Le jardin un véritable marécage, même s'il revêt un certain charme aux yeux de la jeune citadine lorsqu'elle le découvre pour la première fois. Quant aux voisins, beaucoup semblent lui être hostiles.

Petit à petit, des questions surgissent : où dort son employeur qui, paraît-il, ne reste pas le soir dans cette maison rongée par le salpêtre ? Quels sont les mystérieux visiteurs qui viennent de temps à autre ? Pourquoi la plus ancienne domestique déteste-t-elle à ce point la nouvelle venue, au point de lui faire craindre pour sa vie ? Et que penser de l'humeur lunatique de la maîtresse de maison, écrivain de renom ayant désormais tout abandonné ?

La Maison du Marais ne fait peut-être pas partie de ce que l'on appelle la « belle » ou « vraie » littérature, mais c'est un de ces exquis romans à mystère tels que les écrivains du XIXe savaient les faire, avec une bonne dose de suspense, de délicieux frissons, de lieux inquiétants et toujours, une fraîche héroïne pour laquelle nous devrions trembler. Et contrairement à d'autres oies blanches, notre héroïne est plutôt attachante, en particulier lorsqu'elle oublie la sacro-sainte morale victorienne pour protéger un criminel auquel elle s'est attachée. Un plaisir de lecture dont il serait dommage de se priver !

C'est ma première participation au challenge victorien d'Arieste, que je ne pouvais manquer sous aucun prétexte !

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Florence Warden, La Maison du Marais, 1882

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28/01/2012

Recherche stage à la Hogarth Press

kennedy peur virginia woolf1.jpegJ'avais envie de poursuivre mon séjour dans le quartier bien agréable de Bloomsbury, et j'ai choisi comme compagnon de route Richard Kennedy, né dans une bibliothèque à Cambridge en 1911 (on ne se refait pas). Outre cette anecdote sympathique, Richard Kennedy possède encore un atout de taille : il a fait son apprentissage à la Hogarth Press et nous livre dans J'avais peur de Virginia Woolf son expérience au sein du groupe Bloomsbury.

L'intérêt de ce témoignage est d'apporter une note de fraîcheur dans les nombreuses biographies concernant le couple et plus particulièrement, Mrs Woolf. Jeune apprenti, Richard n'est qu'un petit maillon de la chaîne parmi les célébrités qui côtoient le groupe, un garçon devant lequel les Woolf n'ont pas besoin d'incarner un personnage ou de se mettre en quatre pour le séduire par des remarques spirituelles. C'est donc une vision de Leonard et Virginia Woolf au quotidien que nous livre Richard Kennedy, qui par ailleurs partage avec nous de nombreux petits détails apparemment sans importance qui de suite permettent de se faire une bien meilleure idée de ce qu'est cette maison d'édition, vue de l'intérieur. Les détails croustillants ne manquent pas, telle la radinerie de Leonard Woolf qui exige qu'on utilise les vieilles feuilles de papier aux toilettes pour éviter toute dépense superflue, ou son caractère autoritaire, qui le pousse à exiger de ses employés qu'ils ne déjeunent pas ensemble à midi.

kennedy peur virginia woolf4.jpegDes Woolf, Richard écrit : “ Lui, c'est le magicien qui nous maintient tous en activité par la force de sa volonté – comme celui des contes d'Hoffmann – et Mrs W est une ravissante poupée magique, fort précieuse, mais par moments tout à fait incontrôlable. Peut-être qu'elle n'a pas d'âme, comme la poupée. Mais quand elle en a envie, elle peut créer un monde imaginaire et nous sommes tous subjugués, ou bien réprobateurs.” (p57) D'ailleurs, Richard dit n'avoir lu qu'Orlando, Mrs Dalloway et The Common Reader, ayant eu tellement de mal à lire les autres récits de Virginia qu'il les a simplement feuilletés.

Et lorsqu'il est invité chez le couple : “LW et moi sommes allés nous promener dans le jardin, pendant que Mrs W préparait le dîner. Il m'a donné un livre sur la comptabilité (...). Il me dit que la comptabilité est une très belle chose et que le gaspillage est affreux. Il était tout fier de me montrer son tas de compost.” (p62)

kennedy peur virginia woolf2.jpegCe texte court ne se réduit cependant pas à une biographie du couple “par le petit bout de la lorgnette”. Certes Kennedy nous livre ses impressions sur une période très courte, mais curieusement, ce narrateur complice ne s'efface pas au profit de ses illustres employeurs. Très jeune lorsqu'il entre chez les Woolf, il y vit sa première expérience professionnelle et c'est aussi le parcours d'un garçon un peu fougueux, voulant réussir et devant beaucoup apprendre que nous avons devant nous. On sent aussi derrière l'anecdote un brin d'impertinence (ainsi il ne cache pas son aversion pour Clive Bell, qui “pérore” devant une assemblée) et, en dépit de son admiration pour les Woolf, c'est avec une honnête fraîcheur qu'il remarque leurs petits travers et s'interroge, notamment sur le plan littéraire. Dans un club intellectuel très fermé il s'avoue son manque d'enthousiasme pour certains écrits de Virginia Woolf, se construit en lisant tous ces classiques qu'il ne connaît pas encore et raconte ses divergences de points de vue avec Leonard Woolf lorsqu'il s'agit de publier ou non Ivy Compton-Burnett. Et tout au long du récit apparaìt pour le guider son oncle, figure paternelle bienveillante.

virginia woolf,hogarth press,j'avais peur de virginia woolf,richard kennedy,littérature anglaise,angleterre,bloomsbury,londres,londres xxe,angleterre xxeUn dernier petit clin d'oeil pour la route, qui amusera sans doute ceux qui comme mois aiment se promener dans Bloomsbury en espérant croiser le fantôme de Virginia : “ On étouffe au sous-sol et, à en juger par l'odeur nauséabonde qui règne dans le fond, j'imagine que tous les égouts du Russell Hotel passent juste en dessous.” (p99) (J'adore passer devant cet hôtel à chaque fois que je me rends à Londres)

A tous ceux qui s'intéressent à Virginia Woolf je recommande vivement ce texte réédité en France par l'excellente maison d'édition Anatolia, qui a reproduit les dessins de Richard Kennedy voués à illustrer son passage à la Hogarth Press.

D'autres billets à ce sujet : Pandemonium littéraire, Keisha, DovegreyReader Scribbles

Lu dans le cadre du challenge Virginia Woolf que j'ai finalement décidé de poursuivre car je suis dans une phase woolfienne ascendante. Vous pouvez bien sûr toujours vous joindre à moi si votre coeur bat aussi pour Bloomsbury...

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111 p

Richard Kennedy, J'avais peur de Virginia Woolf, 1972

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