10/08/2011
Fantômes victoriens, ou pas
Comme des Fantômes constitue un recueil pour le moins atypique : présenté comme une anthologie faisant suite à la mort de Fabrice Colin (en réalité tout à fait en forme), ce livre est composé d'une série de textes très divers. Nouvelles, entretien, introductions à l'oeuvre fictive du fictif Fabrice Colin, les variantes ne manquent pas.
J'ai découvert une facette de l'auteur que je ne connaissais pas du tout et qui a éveillé ma curiosité : l'influence des auteurs anglo-saxons sur son oeuvre, son attirance pour des auteurs tels que Lovecraft et Tolkien mais aussi James Matthew Barrie, Lewis Carroll, Virginia Woolf, Kenneth Grahame, sans oublier l'illustrateur Arthur Rackham. Barrie et Carroll occupent une place particulière et reviennent à plusieurs reprises dans le cadre de récits imagés. La plupart de ces textes m'ont beaucoup intéressé, en revanche je reste dubitative quant au passage où Peter Pan se présente en fornicateur d'adolescents suicidaires.
Beaucoup de nouvelles ont le charme mystérieux des contes fantastiques, mêlant des éléments classiques à un univers plus moderne. La présentation générale ne manque pas d'originalité, ni d'humour !
Un livre étonnant, plein de surprises et de passages joliment tournés. Certains textes m'ont davantage marqué : les plus ancrés dans la fantasy me touchent moins que les allusions aux maîtres victoriens. A noter quelques nouvelles dont je garde un souvenir particulier : "Arnarstapi "(autour de l'Alice de Lewis Carroll, dont le chat laisse ses sourires partout) et "Retour aux affaires", sur un homme chargé de débarrasser les vivants des morts encombrants. Si tout ne m'a pas plu, Comme des Fantômes m'a donné envie de découvrir un peu plus l'oeuvre de Fabrice Colin, dont je ne connais pour l'instant que Les Etranges Soeurs Wilcox. Si vous souhaitez me conseiller des livres d'inspiration victorienne ou anglaise, je suis preneuse !
D'autres avis :
Le Vallon Fantastique, Cafard Cosmique, Titine, Adalana, Cachou, Les Riches Heures de Fantasia, Lire ou Mourir, True Blood Addict, Leiloone, Efelle, De l'autre côté du miroir, Thabanne, Lulu Off the Bridge, Bulle de Livre, Elbakin, Ryuuchan, Les Chroniques de l'Imaginaire, Bederom, Falaise Lynnaenne, Sherryn
Merci à Constance de Folio pour cette lecture.

474 p
Fabrice Colin, Comme des Fantômes, 2008


22:34 Publié dans Fantastique, Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : éditions folio, fabrice colin, comme des fantômes, fantastique, fantasy, littérature xixe, virginia woolf, lewis carroll, arthur rackham, james matthew barrie, tolkien, lovecraft
05/03/2011
Warning : Victorian masterpiece
Il y a parfois des lectures que l'on redoute, que l'on repousse, et The Picture of Dorian Gray faisait partie de celles-là pour moi. Oeuvre incontournable de la littérature victorienne, avec un personnage principal converti depuis en mythe monstrueux au même titre que la créature de Frankenstein ou Dracula, ce roman m'intriguait depuis des années mais je n'osais pas le lire : envie de mettre ce grand roman de côté pour pouvoir le savourer plus tard ; curiosité assortie d'inquiétude depuis que j'avais lu un autre classique bien connu de R.L. Stevenson autour du même thème et qui m'avait plutôt ennuyée (une lecture que je retenterai malgré tout car je suis frustrée de rester sur cet échec auquel je ne m'attendais pas du tout).
Mais lorsque j'ai commencé à lire quelques pages de The Picture of Dorian Gray, toutes mes craintes se sont envolées : dès la première scène, le cadre, les dialogues (qui me rappelaient déjà The Importance of being Earnest dont je raffole) mais aussi le style fluide et élégant m'ont de suite emportée. Pour une traversée plutôt mouvementée, c'est certain.

Voici un petit extrait au tout début qui m'a beaucoup amusée : "But beauty, real beauty, ends where an intellectual expression begins. Intellect is in itself a mode of exageration, and destroys the harmony of any face. The moment one sits down to think, one becomes all nose, or all forehead, or something horrid. Look at the successful men in any of the learned professions. How perfectly hideous they are ! Except, of course, in the Church. But then in the Church they don't think. A bishop keeps saying at the age of eighty what he was told to say when he was a boy at the age of eighteen, and as a natural consequence he always looks absolutely delightful." (p3)
[Chronique riche en spoilers]
Lorsque l'histoire débute, Dorian Gray est un jeune homme innocent dont la beauté fascine Basil Hallward, artiste peintre prometteur de l'ère victorienne. Inspiré par la pureté de Dorian, Basil achève sa meilleure toile, répugnant cependant à l'exposer car il estime avoir trop laissé transparaître dans ce portrait des sentiments très personnels. Très proche de Dorian, Basil se voit forcé de le présenter à un ami de longue date, Lord Henry Wotton, par un concours de circonstances dont il se serait passé. Connaissant la personnalité corrosive de Lord Henry, Basil Hallward le prie instamment de ne pas le priver de Dorian Gray ni de le corrompre en lui soumettant ses théories cyniques sur la vie et les hommes en général. Bien entendu, Lord Henry s'empresse de faire le contraire et, devenant lui-même un objet de fascination pour le jeune homme, il crée rapidement une distance entre ses deux amis.
Lors de leur première rencontre, Lord Henry fait l'apologie de la jeunesse et de la beauté de Dorian. Ce premier poison sera à l'origine de la longue déchéance morale du jeune homme, qui émet un souhait impossible en contemplant son portrait : "How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p29) Mais comme tout le monde le sait, c'est un souhait qui sera exaucé.

Dès lors, sous l'influence néfaste de Lord Henry, Dorian Gray décide de vivre pleinement sa vie et finit par assimiler plaisir et débauche sordide : après avoir séduit puis abandonné une jeune actrice qui met fin à ses jours, Dorian Gray devient un personnage de plus en plus trouble. Très recherché parmi les mondains, il finit par avoir une réputation sulfureuse : on l'aurait vu dans les quartiers mal fâmés de Londres, il aurait poussé un jeune héritier à s'endetter, aurait perdu la réputation de plusieurs femmes. Egoïste, désabusé et devenu lui aussi profondément cynique, Dorian Gray repousse l'aide de son ami Basil Hallward, épouvanté par cette radicale transformation.
Alors que Dorian Gray devient indifférent au sort d'autrui, son portrait s'enlaidit : le vice, la cruauté ainsi que la vieillesse viennent altérer les traits du chef-d'oeuvre de Basil. Jusqu'à ce que Dorian commette un meurtre, point culminant de sa déchéance ; enfin, Dorian prend conscience de son geste abominable et se retrouve dès lors torturé par les démons de son passé. Il alterne entre fausse mauvaise conscience et inquiétude : peur d'être arrêté, peur d'être retrouvé par le frère de l'actrice dont il avait causé la mort. Son comportement fait écho à une phrase tirée du début du roman : "Conscience and cowardice are really the same thing, Basil. Conscience is the trade-name of the firm. That is all." (p7) A noter que sa transformation se fait sous les yeux d'un Lord Henry finalement peu averti, puisqu'il est incapable de voir à quel point Dorian a appliqué ses préceptes à la lettre, devenant au final un personnage abject, tandis que Lord Henry reste en quelque sorte un philosophe de salon et un beau parleur.
Un roman passionant, troublant, parfois angoissant qui se dévore plus qu'il ne se lit (hormis le chapitre descriptif faisant état des nouveaux centres d'intérêt et collections de Dorian Gray que j'ai trouvé passablement ennuyeux). Un chef d'oeuvre absolu qui marquera ma vie de lectrice. J'ai désormais hâte de voir les deux adaptations, dont je vous parlerai très prochainement.
Et je vous propose de parler pour le 1er Mai de la pièce Un Mari Idéal (la pièce ou une de ses adaptations).

254 p
Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray, 1890
Challenge Oscar Wilde : 1 billet
God Save the Livre : 1 roman (catégories Dirty Harry et Queen Mum)


20:07 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : victorien, époque victorienne, littérature victorienne, littérature xixe, roman xixe, roman xixe anglais, angleterre, oscar wilde, challenge oscar wilde, the picture of dorian gray, victorian frogs and ladies
01/03/2011
The Picture of Dorian Gray

"How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p29)
J'avais prévu de lire The Picture of Dorian Gray d'ici aujourd'hui et c'est chose faite, mais suite à une journée bien chargée je sens que je suis davantage en état de végéter devant un plat de nouilles que de dire pourquoi ce livre constitue une de mes plus belles renontres littéraires depuis que je suis en âge de lire.
Par conséquent je vous laisse en compagnie d'une citation et, ci-dessous, de nombreux lecteurs qui ont eux aussi croisé le chemin de Dorian Gray (et qui auront sans doute déjà dit tout ce qui peut être dit sur ce chef d'oeuvre absolu).
Des avis (merci BOB) :100choses, Alice, Anne Sophie, Austengirl, Bouh, Bouquins, Cachou, Calepin, Caro[line] , Elora, Emilie, Enna, Fleur du soleil, Gwen, Jemlyre, Karine, Karine, Keisha, L’Emile, Lepetitmouton, Lhisbei, Lilly, Livrovore, Lucile, Majanissa, Malice, Melisende, Mélusine, Milkimoon, Nanne, Papillon, Pauline, Petite Fleur, Thalia, Violaine.


02/10/2010
Dancing with the Devil for Halloween

Cet été, alors que je savourais les journées passées au bord d'un lac, j'ai entrevu le Grand Dieu Pan et son univers infernal en suivant les pas d'Arthur Machen.
Fin XIXe. Un médecin (que je qualifierais de psychopathe) pense avoir trouvé le moyen de toucher à l'indicible et d'ouvrir les yeux d'un mortel sur un monde jusqu'ici resté invisible. Devant témoin, il réalise une expérience sur la jeune Mary, malgré les mises en garde.
"Que cela tourne mal, et vous voilà malheureux pour le restant de vos jours.
- Non, je ne pense pas, même en mettant les choses au pis. Vous savez que j'ai tiré Mary du ruisseau et de la faim, dans son enfance. Je pense que sa vie est à moi, pour en user à ma convenance." (p19)
La jeune fille sombre dans la folie et décède au bout de quelques mois, après avoir accouché d'une petite fille.
Des années plus tard, une vague de suicides endueille les milieux aisés londoniens, tandis que plusieurs personnes retrouvées sans vie semblent être mortes de peur. Petit à petit, le narrateur établit un rapport entre ces décès et la fréquentation d'une certaine Madame Beaumont. On se doute bien qu'il s'agit là du fruit de l'expérience qui a eu lieu quelques années auparavant, tandis qu'est retracée la sordide histoire de la fille de Mary. Changeant d'identité régulièrement, celle-ci semble semer la mort autour d'elle. Jusqu'à son propre décès, où elle semble se transformer et révéler sa nature monstrueuse.
Plusieurs voix se mêlent dans ce récit où l'horreur est donnée à imaginer plus qu'elle n'est réellement décrite. Dans une ambiance plutôt lourde, beaucoup de questions restent sans réponse, le lecteur devant finalement assembler à sa guise les dernières pièces du puzzle. Le cadre victorien se prête très bien à cette histoire au final assez sordide. L'histoire se lit d'une traite et constitue sans doute une bonne introduction pour qui aurait envie de découvrir Machen, dont l'univers m'intrigue désormais (bien qu'inconnu en France - ou presque, il a énormément publié). Et je n'en dirai pas plus car c'est maintenant à vous de choisir (ou non) de voir le Grand Dieu Pan.
Un auteur admiré par Lovecraft, qui va lui aussi bientôt rejoindre mes billets pour le challenge Halloween.
Les avis de Cafard cosmique, Mr Zombi, Tantale... Et toujours sur le Dieu Pan : Tea Time with a Faun (très joli blog que je viens à peine de découvrir).
Un grand merci à l'incorrigible Lilly qui m'a encore une fois beaucoup gâtée en m'offrant ce petit livre !

90 p
Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan, 1894



Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde.
Plus de précisions en cliquant sur le logo.
Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :
Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse,
Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :
Hilde, ma complice dans cette sombre affaire !
15:37 Publié dans Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : époque victorienne, fantastique, littérature xixe, angleterre, angleterre xixe, londres, arthur machen, le grand dieu pan, littérature galloise, maléfices, lovecraft, challenge halloween
21/03/2010
Meurtre à la victorienne
Il y a quelques mois j'ai lancé le défi Mary Elizabeth Braddon, et j'étais loin de me douter que je passerais un aussi bon moment en compagnie de cette "charmante" Victorienne. Ce qui ne m'empêche pas de mettre en garde tous ceux qui souhaiteraient lire Henry Dunbar : ne lisez pas la quatrième de couverture, à moins de souhaiter savoir tout ce qui va se dérouler jusqu'à la page 387 (sur un total de 474 pages, l'éditeur a fait fort !). Ayant commencé ma lecture sans me souvenir du résumé, j'ai été tentée d'y jeter un oeil en pensant recueillir quelques informations sur l'auteur. J'ai ainsi découvert le premier meurtre qui n'a pas lieu au début (loin de là!). Arrivée à la moitié du livre, j'ai jeté un nouveau coup d'oeil au résumé et j'ai ainsi découvert ce que je soupçonnais depuis le début et qui ne devait être vraiment révélé que bien plus tard. Autant dire que, pour ceux qui détestent les spoilers et sont d'autant plus intéressés par un roman qu'ils n'en connaissent pas le déroulement, cette quatrième de couverture est à bannir.
Mais pour en revenir à nos moutons et à nos Victoriens assassinés, le très "respectable" Henry Dunbar est un banquier "anglo-indien" revenu en Angleterre pour hériter des fonctions de son défunt père, après avoir été chassé de la maison mère à la suite d'une escroquerie. Millionnaire, Dunbar entend bien profiter des privilèges de son nouveau statut et doit retrouver sa fille, qu'il n'a pas vue pendant des années. A son retour, son ancien serviteur et ami Wilmot est assassiné. Or, Wilmot ayant été lié à sa fâcheuse affaire en contrefaisant des signatures à sa demande, on est en droit de penser que Dunbar l'aura occis pour que son passé ne le rattrape pas dès son retour. Autour de cela s'imbriquent d'autres histoires : de l'amour, des jeunes gens et du chantage viennent s'ajouter à l'intrigue principale.
On devine très rapidement la solution de l'énigme, et ce n'est pas tant là que réside l'intérêt du roman. La question est de savoir comment les personnages découvriront la vérité, de savourer une histoire aux ramifications nombreuses, avec des personnages au parcours personnel intéressant, une structure plus proche du roman d'aventures que du "whodunit" classique, le tout parsemé de descriptions très romanesques qui prêtent parfois à sourire. Si la trame du roman est assez simple, Braddon parvient à l'étoffer pour en faire un récit dense et ma foi, passionnant ! J'ai parfois ri en découvrant que les Anglais sont extrêment chaleureux et tactiles (à l'inverse des Anglo-Indiens réputés pour leur froideur), en lisant les déclarations larmoyantes des filles à leur père ou en supportant la niaiserie qui n'est tout de même pas loin de pointer le bout de son nez chez les personnages féminins - comme quoi, même les femmes indépendantes à la Braddon étaient encore assez influencées par la morale victorienne pour cantonner leurs personnages aux rôles dévolus à leur sexe. Malgré tout, l'impertinence et l'ironie ne sont pas souvent loin : ainsi on ne comprend pas qu'un personnage au revenu tout au plus raisonnable puisse se permettre de conduire un interrogatoire sérieux face à un millionnaire : "comment osait-il, ce coroner, dont le revenu était, au plus, de cinq cent livres par an, comment osait-il discuter ou trouver invraisemblable une assertion de Dunbar ?" (p119-120) On pourra enfin reprocher à Braddon de se laisser parfois un peu emporter par un enthousiasme de jeune fille, mais le résultat est purement jubilatoire tant il est amusant : "Pour l'amoureux, ce regard était plus précieux que Jocelyn's Rock et une noblesse qui datait des premiers Stuart d'Angleterre; à ce regard inestimable succédèrent des rougeurs pudiques, fraîches et radieuses comme la corolle humide de rosée d'une pivoine cueillie au lever du soleil" (p201). Et même si Mary Elizabeth Braddon a purement et simplement abandonné l'un des personnages principaux du début une fois ce malheureux éconduit par sa belle, je ressors enthousiaste de cette lecture qui fleure bon le roman populaire classique et n'est pas sans rappeler Wilkie Collins. Une expérience à renouveler !
A la demande de plusieurs participantes, je vous propose de continuer le challenge Braddon jusqu'à fin décembre 2010, le but étant toujours de lire les romans qui nous tentent, sans titres ou quantités imposées. Vous pouvez vous inscrire à n'importe quel moment de l'année et me laisser ensuite les liens vers vos billets pour que je puisse faire un bilan de toutes les lectures à la fin de l'année. Je prévois de faire gagner un petit cadeau à un/une participante(e) (par tirage au sort, à raison d'un papier à votre nom par critique, et en inscrivant deux fois le nom des personnes qui ont publié leurs billets avant ce soir - date proposée à l'origine pour le challenge).
Et voici les livres lus pour l'instant dans le cadre du challenge (j'espère ne pas avoir fait d'oubli, si c'est le cas surtout manifestez-vous !) :
Aurora Floyd : Cécile, Mea (rajouté après le 21/03)
L'Aveu : Loula,
Lady Isle : Cécile (rajouté après le 21/03)
Le Secret de Lady Audley : Cécile, Keisha, Malice, Mango, Titine,
Les Oiseaux de Proie : Rachel,
Sur les Traces du Serpent : Choupynette,
Je suis aussi à la recherche du billet de Rachel, qui a lu un roman elle aussi (help !).
Et pour ceux qui sont tentés, vous pouvez participer à une lecture commune autour de Virginia Woolf en publiant un billet le 1er avril.
474 p
Mary Elizabeth Braddon, Henry Dunbar, 1864



12:57 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note | Tags : mary elizabeth braddon, challenge mary elizabeth braddon, henry dunbar, littérature victorienne, littérature xixe, roman xixe, roman anglais, roman victorien, londres, angleterre, angleterre xixe, policier
21/11/2009
Le héros de ma propre vie
N'ayant pas trouvé le temps de lire Oliver Twist pour la lecture commune prévue avec les copines « victoriennes », j'ai cherché au dernier moment une roue de secours tolérable, à savoir un livre en rapport avec Dickens ou Oliver, intéressant et suffisamment bref pour que je puisse le lire en deux trois jours de métro et une ou deux courtes séances de lecture nocturnes (votre fidèle et dévouée ayant tendance à rapidement piquer du nez sur ses livres en ce moment, shame on her !). Pour en revenir à mes moutons, ou plutôt à mes petits Charlies gambadant joyeusement dans les prairies anglaises, j'ai jeté mon dévolu sur la biographie de Charles Dickens par Marie-Aude Murail, auteur jeunesse incontournable de l'école des loisirs.
Dédiée à son fils Charles, cette biographie qui commence par une citation de David Copperfield (Deviendrai-je le héros de ma propre vie ?) ne laisse pas planer le doute : c'est là l'œuvre d'une admiratrice fervente de Dickens. Avec tendresse et humour, Marie-Aude Murail rend ici un vibrant hommage à l'immense écrivain à travers un texte accessible, romancé et bourré d'anecdotes qui s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux enfants.
Dans toute famille qui aspire à la respectabilité, on se doit d'avoir une bonne, qu'on va chercher à l'orphelinat. Ça ne coûte rien. Mary Weller a treize ans. Elle a dû rater sa vocation de sage-femme, car elle est fascinée par les accouchements. Elle emmène Charles chez les accouchées, et même chez une dame qui vient d'avoir des quadruplés. Les bébés, tous morts, exposés côte à côte sur un linge propre en haut d'une commode, font penser à des pieds de porcs tels qu'on les présente dans une triperie bien tenue. Spectacle tout indiqué pour un petit garçon nerveux que Mary prend un plaisir vampirique à terrifier. Elle lui raconte, à la nuit tombée, les aventures du capitaine Murderer qui massacre ses épouses successives et en fait des pâtés de viande cuits au four. (p9-10)
A quiconque chercherait une introduction à l'œuvre de Dickens, ce livre me semble tout indiqué. Au fur et à mesure que les événements marquants de sa vie sont évoqués, des allusions aux romans qu'il écrit à la même période viennent ponctuer le récit. Certains rapprochements sont faits entre les rencontres de Dickens et les personnages qui le hanteront plus tard. Pour ceux qui connaissent peu le parcours de l'écrivain, ce texte constitue un guide précieux : l'enfance faussement aisée, les dettes du père, le passage dans la fabrique de cirage, l'éducation plus ou moins avortée, les emplois cumulés puis le succès à l'âge de vingt-quatre ans. L'amour, la famille, les difficultés du couple, quelques femmes qui ont joué un rôle essentiel dans la vie de Dickens, sa perception des Etats-Unis, ses talents d'orateur, son engagement auprès des pauvres, son rapport aux grands auteurs de son époque, tels sont les principaux faits abordés dans ce texte.
Invitation à la lecture, écriture personnelle d'une histoire qui l'est tout autant, cette biographie m'a replongée en enfance, lorsque je me prenais de passion pour des héros de papier tels que Mathilda et bien d'autres, voyant sous mes yeux un modèle vers lequel je voulais tendre. Voilà bien longtemps que je n'avais pas ressenti une telle proximité entre un héros et moi... sous la plume vive de Marie-Aude Murail, les barrières de papier se sont pour un temps effacées entre Charles Dickens et moi, la lectrice que je suis retrouvant son âme d'enfant pour l'occasion. Le retour à la réalité a été difficile et chaque moment où j'ai dû à contrecœur abandonner mon livre un véritable arrachement. Mais pour vivre des émotions livresques comme celles-là, je donnerais bien des choses. Merci Mme Murail pour ce plongeon inattendu dans un monde imaginaire que je croyais désormais inaccessible.
Et au moment où est publié ce billet sur mon blog, me voilà à Londres avec Mr Lou et plusieurs blogueuses, avec en perspective une soirée musical made in Oliver Twist.
164 p
Marie-Aude Murail, Charles Dickens, 2005
15:37 Publié dans Essais sur la littérature / Biographies | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : marie-aude murail, charles dickens, époque victorienne, littérature xixe, romans anglais, littérature anglaise
13/07/2009
Les folles aventures de Miss Lou en compagnie de Marie-Henri
Je ne sais pas pourquoi mais Stendhal passe chez moi comme un nuage, mes souvenirs en la matière étant toujours particulièrement brumeux. Le Rouge et le Noir avait été une lecture d'été plaisante pour mes 19 ans, mais je crois que c'est l'un des classiques dont je me souviens le moins aujourd'hui ; quant aux nouvelles Vanina Vanini et Le Coffre et le Revenant lues il y a environ un mois, on dirait bien que le sort qui leur est réservé n'est pas plus enviable. Je serais étonnée de me souvenir encore de leur trame dans six mois.
Dans Vanina Vanini, l'héroïne se prend de passion pour une jeune femme cachée par son père et soignée en cachette. Lorsqu'elle découvre qu'il s'agit d'un carbonaro poursuivi par les autorités, elle croit avoir trouvé son héros après avoir refusé maintes demandes en mariage. Mais le jeune amant est partagé entre la belle Vanina Vanini et son sens de l'honneur. Leur histoire n'est donc pas de tout repos.
Dans Le Coffre et le Revenant (et je me souviens que j'avais choisi ce livre au collège ou au lycée en raison du mot « revenant », qui n'en est pas un mais il m'a fallu dix ans pour le découvrir !), il s'agit du malheureux mariage d'une douce jeune femme avec le terrible directeur de la police qui, jaloux et possessif, entend bien écarter définitivement l'ancien fiancé de sa pauvre épouse. L'amoureux éconduit à contrecœur tente de retrouver sa belle en se cachant dans un coffre censé contenir des étoffes. Au péril de sa vie, car le mari-tortionnaire veille.
Voilà deux textes qui se laissent lire mais qui ne vont pas franchement constituer une révélation dans ma vie de lectrice ; ils auraient pour moi
parfaitement trouvé leur place dans une feuille de chou publiant en épisode des histoires rythmées pour un public avide de sensations (feuilles de chou qui ont ceci dit publié des romans incontournables). Stendhal ne nous épargne rien, pas même l'improbable, à commencer par cette Vanina Vanini qui prend son futur amant pour une fille malgré de nombreux échanges. Je sais bien qu'autrefois au théâtre il suffisait à un homme de porter la robe et une perruque pour jouer le rôle d'une femme, mais j'ai trouvé l'étonnement de Vanina Vanini assez grotesque. Certes, Stendhal est un passionné, ses personnages sont magnifiés par la force de leurs émotions et patati et patata mais vraiment, que c'est mal ficelé ! Au final, je n'ai trouvé aucune des deux histoires crédibles (ce qui dans le fond ne me dérange pas car ce n'est sans doute pas le but), tandis que ni le style, ni l'impression de mouvement ne m'ont réellement emportée. La très courte introduction suggère le choix d'un réalisme (ah bon ?) politique, soulignant le fait que Stendhal a été chassé d'Espagne et d'Italie, les lieux décrits, pour ses convictions. C'est un point intéressant mais qui ne me convainc pas tout à fait de l'intérêt de ces nouvelles.
J'avoue que Vanina Vanini est intéressante : maîtresse passionnée, on pourrait attendre d'elle un dévouement total alors qu'en réalité, il s'agit d'un personnage profondément égoïste qui ne soutient les projets de son amant que lorsque cela sert son propre intérêt. C'est une femme pragmatique, qui après sa malheureuse histoire, choisit de se marier à un autre, se plaçant bien loin des clichés romantiques. Quant à la deuxième nouvelle, dont la fin est catastrophique pour l'héroïne, on peut s'étonner du peu de moralité de l'histoire et de la manière crue avec laquelle en quelques phrases coupantes comme ce qu'elles énoncent, on apprend le meurtre de la femme malheureuse, une fin brutale qui finalement rétablit l'équilibre, laissant le tortionnaire dans sa situation de célibat initiale et mettant fin au désordre matrimonial occasionné par le retour de l'ancien fiancé. Malgré tout, je ne peux m'empêcher d'avoir l'impression que ces textes sont un peu légers. J'ai surtout bien ri et lu rapidement l'ensemble pour satisfaire ma curiosité. Je suis comme vous vous en doutez un peu déçue car après tout, c'est Stendhal, que diable !

108 p
Stendhal, Vanina Vanini, 1829 / Le Coffre et le Revenant, 1830
03:45 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : stendhal, vanina vanini, le coffre et le revenant, xixe, littérature xixe, classiques, espagne, italie, passion, complots, héroïne
27/05/2009
"Nous allons remodeler, très légèrement sa structure"
Gentille attaque de l'industrie agro-alimentaire, histoire un poil déjantée de célibataires et de félins, Et le Bébé était cuit à point avait fait mon bonheur il y a quelques mois grâce aux bons soins de Mary Dollinger. Je n'en attendais pas moins du Journal désespéré d'un écrivain raté. On y parle littérature, édition, XIXe. Et puis, peut-être parce que Mary (en insistant sur son prénom, les lettres roulant sur la langue...) est une Anglaise qui aime la langue française en maniant parfaitement l'humour British et que je suis une Française qui aime la langue anglaise (et l'Anglais, l'Angleterre, la Tamise, la brume et le mouton sauce mint), je manque d’objectivité. Ce sont des choses qui arrivent. Ah… ! Le charme anglais !
Comme on ne mélange pas les meilleurs ingrédients sans avoir une petite chance d'obtenir un résultat honorable et qu'ici, la cuisinière jongle avec habileté avec les herbes et les épices, la sauce a pris une fois de plus. Trêve d'ambiance culinaire, votre chroniqueuse fidèle au poste a goûté lu et approuvé.
Il est ici question des mésaventures de l'auteur et de quelques illustres écrivains l’ayant précédée sur le chemin tortueux qui, péniblement, poussivement, serpente entre marécages et forêts hantées jusqu'à l'apothéose, le panthéon livresque, la gloire littéraire – éphémère ou pas, j'ai nommé : la sacro-sainte publication. On retrouve ainsi Balzac (retour à l'envoyeur du manuscrit), Zola (et l'inventaire de supermarché), Proust (publié à compte d'auteur, et alors ?), Maupassant (séduisant), Stendhal (soit le Marquis est « idiot, soit il y a une grosse lacune dans votre récit »), Flaubert (Madame Bovary, ce n'est pas un titre, autant choisir un prénom et comme Jane Austen est passée par là avant, ce sera Clara), Hugo, Sand et Musset.
Voilà un texte malicieux, divertissant, qui donne envie de se replonger dans la lecture de quelques grands classiques (ils gagneraient franchement à être écourtés de quelques centaines de pages, n'est-ce pas M. Beyle ?). Un court exercice de style, léger, sans prétention, qui réussit avec simplicité (et beaucoup d'honnêteté) à rendre hommage à l'écriture. Et à un animal dont le martyr est source d'inspiration : l'auteur.
Offert par l'éditeur.
78 p
Mary Dollinger, Journal désespéré d’un écrivain raté, 2007
00:27 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : littérature xixe, classiques, dollinger, journal désespéré d'un écrivain raté, jacques andré éditeur, proust, balzac, maupassant, zola, musset, sand, humour











































