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30/07/2015

Album Alice in Wonderland de Susie Linn

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Je poursuis mes lectures autour d'Alice au Pays des Merveilles avec cet album tout juste publié au Royaume Uni pour fêter les 150 ans du livre de Lewis Carroll. C'est un album destiné aux enfants encore trop jeunes pour aborder le texte d'origine. Il a donc été réécrit par Susie Linn, en reprenant quelques scènes clef pour résumer l'histoire (la duchesse et la fausse tortue disparaissent par exemple).

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Le texte devient donc très abordable. En revanche, les transitions sont parfois abruptes (vous me direz que c'est un peu le cas dans le roman de Carroll aussi) et certains résumés vraiment succincts. Je me demande donc si ce n'est pas un brin trop décousu pour les enfants qui découvriraient l'histoire seuls via cet album. 

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C'est en tout cas un excellent support pour ceux qui ne voient pas d'inconvénient à s'affranchir du texte pour expliquer le contenu d'un album à un enfant. Comme j'aime bien broder sur la base de simples images, cette version d'Alice me convient très bien.

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J'avais jeté mon dévolu sur ce livre en particulier (car ceux autour d'Alice sont très nombreux) en raison de la couverture. Je ne regrette pas mon choix. J'ai beaucoup aimé les illustrations d'Alexandra Ball, qui occupent chaque double-page. Dans des tons pastels, doux, ces dessins adaptés à un public d'enfants renvoient à l'univers des premiers illustrateurs d'Alice tout en y insufflant un vent de fraîcheur. Un vrai plaisir pour les yeux !

Highly recommended !

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32 p

Alice in Wonderland, Réécrit par Susie Linn et illustré par Alexandra Ball, 2015

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17/07/2015

Album Alice au Pays des Merveilles par Anne Herbauts

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album_carroll_alice _herbrauts 02.gifLorsqu'Alice a proposé de rendre hommage à Lewis Carroll et aux 150 ans d'Alice au Pays des Merveilles, j'ai dévalisé la médiathèque qui détient pas mal d'albums autour de ce thème. J'étais curieuse de découvrir d'autres illustrations, même si je suis attachée à l'image classique d'Alice que l'on doit à Tenniel, Rackham puis Disney. J'ai du mal à m'en détacher, alors que j'avais déjà un bel album aux illustrations très différentes quand j'étais enfant. 

album_carroll_alice _herbrauts 03.jpgJ'ai été attirée par la couverture de cet album-ci, illustré par Anne Herbauts, mais je n'ai finalement pas été très sensible à son interprétation d'Alice, malgré toutes ses qualités. Si j'ai trouvé certains personnages assez amusants, comme le lapin, ou encore le dodo, voire le chapelier qui disparaît sous son couvre-chef,  d'autres m'ont peu plu. C'est le cas d'Alice elle-même, de la reine ou du chat, aux visages volontairement schématiques, et dessinés à gros coups de crayon (contrastant avec d'autres personnages aux traits délicats). Même si les illustrations jouent avec le texte et l'accompagnent intelligemment, avec espièglerie parfois, le résultat final m'a semblé un peu triste. Peut-être parce que j'ai eu l'impression qu'une distance s'instaurait entre les personnages et moi. Objectivement, j'ai bien perçu la subtilité de nombreuses scènes et ne remets pas en cause la qualité des illustrations, mais c'est un univers qui ne me touche pas particulièrement. En revanche, les dessins sont très nombreux et accompagnent donc le lecteur tout au long du récit : il me semble que chaque double page a son dessin, voire même plusieurs. Un point fort de cet album en comparaison d'autres sur le même thème.

L'album fait à la fin un clin d'oeil à la très belle et tragique Ophelia de Millais.

A noter que cet album est fidèle au texte d'origine - d'autres opèrent des coupes franches dans le récit ou mélangent allègrement Alice au Pays des Merveilles et de L'Autre Côté du Miroir. Il s'adresse (assez logiquement) à des enfants déjà à l'aise avec la lecture ou bien habitués à écouter de longues histoires.

Très attachée à l'univers de Lewis Carroll, Alice des Livres de Malice a publié de nombreux billets autour de son univers et s'est notamment intéressée à cet album. Elle a été beaucoup plus convaincue que moi et a de plus également relu le texte dans cette traduction. Je vous invite donc à aller faire un tour chez elle pour lire son article (qui vous donnera sans doute envie de découvrir ce livre) et trouver votre bonheur autour d'Alice au Pays des Merveilles.

124 p

Lewis Carroll (texte) et Anne Herbrauts (illustrations), Album Alice au Pays des Merveilles, 2002

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14/07/2015

Lewis Carroll, Alice's Adventures in Wonderland

carroll_alice in wonderland.jpgIl y a 150 ans paraissait pour la première fois le célèbre Alice au Pays des Merveilles. Après un premier billet sur un album pour les tout-petits qui en est inspiré, je continue à rendre hommage à Alice avec une relecture du texte d'origine. J'ai choisi pour cela ma version anglaise aux Editions Collector's Library. J'ai également relu ensuite certains passages dans mon édition de la Pléiade, dans laquelle j'ai surtout prêté attention aux commentaires de J. Gattégno qui l'accompagnaient.

Ces deux éditions reproduisent les illustrations originales de Tenniel. Celui-ci avait été sollicité par Lewis Carroll. L'artiste trouva d'ailleurs la première impression de trop mauvaise qualité. Une deuxième impression eut lieu. Fort heureusement pour Lewis Carroll qui publiait à compte d'auteur, un éditeur américain racheta tous les livres initialement imprimés en dépit de leurs défauts.

carroll_alice_Tenniel01.jpgMes souvenirs d'Alice au Pays des Merveilles sont étroitement liés au dessin animé de Disney ainsi qu'à une histoire en BD lue dans un magazine quand j'étais petite. Je me souviens encore de quelques dessins et sais où j'avais lu (plusieurs fois) cette BD, mais je serais bien incapable de savoir si elle se trouve toujours quelque part. Toujours est-il que ma vision d'Alice avait besoin d'être dépoussiérée.

carroll_alice_wonderland_tenniel 02.jpgOn se souvient bien du lapin blanc et d'Alice qui part à sa poursuite. Mais ensuite, je dois bien avouer que de nombreux détails m'avaient échappés. A commencer par la chute initiale spectaculaire, où les murs sont encombrés d'étagères et d'objets divers et variés qu'Alice parvient à prendre et à reposer plus bas. Puis les bouteilles et autres denrées la faisant grandir et rapetisser : si je me souvenais évidemment du principe, j'ai été surprise par le nombre de tentatives d'Alice, qui ne cesse de changer de taille tout au long du récit - si bien que cela en devient un brin fastidieux selon moi. J'avais oublié la présence du loir au thé du chapelier fou. Et j'ai eu l'impression de découvrir certaines scènes, comme celle du valet de la reine remettant une invitation à celui de la duchesse, suivie d'un passage surréaliste où la Duchesse tient un bébé de plus en plus porcin dans ses bras, passe son temps à éternuer en raison d'une cuisinière qui a la main très lourde sur le poivre et qui lui jette des ustensiles de cuisine à la figure. J'ai pris plaisir à redécouvrir cet univers et à regarder attentivement les illustrations de Tenniel. Néanmoins, je dois avouer que ma lecture n'a pas toujours été fluide, du fait de la construction du récit, car les scènes s'enchaînent de façon assez décousue. L'introduction des éditions de la Pléiade présente de fait les rencontres d'Alice avec différents personnages comme une série d'épreuves.

Wonderland est un endroit fascinant, merveilleux mais aussi inquiétant. Alice se retrouve dans des situations dangereuses, en particulier lorsqu'intervient la terrifiante Red Queen, qui passe son temps à proclamer des sentences de mort, "Off with his head!" étant son leitmotiv. Et pourtant, là encore, peut-être parce que le monde des rêves relativise tous les dangers, Alice rentre saine et sauve. Un personnage dit ainsi de la Reine : It's all her fancy, that : they never execute nobody, you know (p94).

carroll_oeuvres.jpgL'absurde poussé à l'extrême peut aussi déranger. De façon générale j'ai plutôt savouré les discours sans queue ni tête, les devinettes lancées alors qu'il n'existe pas de réponse. On sent le mathématicien derrière ce texte au premier abord léger, alors qu'il est d'une précision redoutable. Chaque phrase est soigneusement ciselée tandis que le lecteur est constamment sollicité, que ce soit pour suivre un raisonnement dépourvu de logique, relever une allusion à travers un texte détourné ou saisir les traits d'humour et jeux de mots omniprésents. On se rend d'ailleurs compte qu'il est presque impossible de traduire ce texte. J'ai notamment relu un passage qui m'intriguait, fait de calembours. Il est très différent dans la traduction de la Pléiade - pourtant méticuleuse. Il est évidemment compliqué de restituer le sens, la forme et l'esprit avec un texte pareil.

Quelques extraits :

Twinkle, twinkle, little bat, How I wonder what you're at (p73) - une version détournée d'une chanson pour enfants bien connue aujourd'huie encore.

Un exemple de raisonnement farfelu lorsqu'il s'agit de décapiter le chat, dont seule la tête est apparente : The executioner's argument was, that you couldn't cut off a head unless there was a body to cut it off from : that he had never had to do such a thing before, and he wasn't to begin at his time of life. The King's argument was, that anything that has a head could be beheaded, and that you weren't to talk nonsense. The Queen's argurment was, that if something wasn't done about it in less than no time she'd have everybody executed, all round (p88).

carroll_alice_tenniel 03.jpgAlice's Adventures in Wonderland a longtemps été relégué à un récit pour enfant, léger, plein de vie, original certes, mais rien d'autre. En le relisant, je ne comprends pas comment cela a pu être possible alors que le texte est si subtil et impose une lecture active et soutenue. Dans son analyse, Jean Gattégno souligne le fait que la critique a commencé à évoluer au cours du XXe siècle, mettant enfin en avant l'originalité du texte (qui n'est pas un conte de fées comme les autres), ainsi que son approche de l'enfance et du rapport au monde adulte - je schématise très grossièrement. "Question pour elle de survie, et manière pour Carroll de présenter l'enfant comme anti-adulte, rebelle par nécessité et non par simple agressivité" (Jean Gattégno, Editions de la Pléiade, p 1658).

L'édition de la Pléiade est un mine d'informations et d'anecdotes. Parmi elles, la genèse d'Alice au Pays des Merveilles, qui débute par une expédition sur la rivière avec les petites Liddell, filles du doyen de Christ Church (Oxford). Comme souvent, Lewis Carroll raconte une histoire aux enfants mais la petite Alice demandera spécifiquement à ce que celle-ci soit retranscrite. L'auteur travaillera à une première version (Les Aventures d'Alice sous terre), avant de remanier le texte et de le faire cette fois-ci éditer en 1865. De fait, voici les paroles d'Alice dans le roman : When I used to read fairy tales, I fancied that kind of things never happened, and now here I am in the middle of one ! There ought to be a book written about me, that there ought ! (p 38).

carroll_alice_tenniel 04.jpgJ'ai découvert les expressions "mad as hatter" ou "mad as march hare" que je ne connaissais pas du tout, et qui expliquent le choix des personnages. L'expression concernant les chapeliers trouve son origine dans les vapeurs de mercure inhalées lors du traitement du feutre ! Pour ce qui est du lièvre, l'expression est plus prosaïque et fait référence à son comportement pendant la saison des amours. A noter que, parmi les chanceux qui recevront la première édition dédicacée, on note bien évidemment Alice Liddell mais aussi une fille de la reine Victoria. Et moi qui pensais que ce texte était aussi une satire de l'époque victorienne ! 

Il me reste beaucoup à découvrir sur Alice. Je pense qu'il me faudra pour cela tout l'été car j'avoue avoir besoin d'une petite pause avant de poursuivre avec les aventures d'Alice de l'autre côté du miroir, mais aussi sous terre ! Entre-temps, des albums, des BD, des DVD et deux livres "documentaires" m'attendent également.

128 p

Lewis Carroll, Alice's Adventures in Wonderland, 1865

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04/07/2015

Little Master Carroll, Alice in Wonderland

album_alice in wonderland babylit.jpgAlice de Books are my Wonderland a eu l'excellente idée de nous proposer de célébrer ensemble les 150 ans d'Alice au Pays des Merveilles. Cela tombe bien pour moi qui suis tout à fait dans l'esprit fou, fou, fou du chapelier en ce moment suite à mes deux derniers voyages en Angleterre, où j'ai pu constater à quel point les Anglais étaient prêts à célébrer les 150 printemps de leur célèbre héroïne. Je profiterai donc du mois pour vous présenter quelques clichés pris sur place, ainsi que plusieurs objets inspirés d'Alice in Wonderland qui m'accompagnent au quotidien (magnet, marque-page, cuillère bi-face pour Baby Lou...).

Je commence par un album issu de la série Baby Lit. Je vous ai présenté plusieurs titres l'an dernier : Sense and Sensibility, Wuthering Heights et Jane Eyre. Cette collection se destine aux tout petits. Elle s'inspire de grands classiques de la littérature pour apprendre des fondamentaux aux jeunes enfants. Jennifer Adams a choisi de s'appuyer sur Alice in Wonderland pour présenter les couleurs. Et, de fait, c'est pour l'instant l'album que je trouve le plus beau parmi tous ceux que j'ai vus (car j'ai feuilleté une grande partie de la collection dans une librairie de Cambridge avant de partir avec deux albums et de compléter petit à petit la collection de Baby Lou). Les dessins sont superbes, logiquement très colorés. L'univers est très fidèle à l'image que l'on se fait communément d'Alice grâce à ses représentations les plus connues (Tenniel, Rackham, Disney notamment...). Ma toute petite réserve concerne la chenille, pourtant une de mes planches favorites. Elle est censée être bleue mais je vois surtout du vert et du mauve.

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Lors de mes derniers voyages en Angleterre, je suis tombée sur un coffret qui m'a énormément tentée - j'ai d'ailleurs le coffret équivalent pour Pride and Prejudice. On y trouve l'album accompagné des principaux personnages en carton. J'ai presque envie de le commander pour Baby Lou, qui pourrait commencer à en profiter l'année prochaine je pense. Jouer avec les héros du célèbre récit, voilà un excellent moyen de la familiariser encore plus avec l'univers de Lewis Carroll. Voici une photo du coffret en question :

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Je recommanderais cet album sans hésiter aux amateurs de beaux albums, aux inconditionnels d'Alice et aux parents voulant faire découvrir les couleurs, Alice voire quelques mots en anglais à leur enfant... ou tout cela en même temps !

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22 p

Jennifer Adams, Little Master Carroll, Alice in Wonderland, 2012

Happy Birthday Alice !

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10/08/2011

Fantômes victoriens, ou pas

colin_comme des fantomes.jpgComme des Fantômes constitue un recueil pour le moins atypique : présenté comme une anthologie faisant suite à la mort de Fabrice Colin (en réalité tout à fait en forme), ce livre est composé d'une série de textes très divers. Nouvelles, entretien, introductions à l'oeuvre fictive du fictif Fabrice Colin, les variantes ne manquent pas.

J'ai découvert une facette de l'auteur que je ne connaissais pas du tout et qui a éveillé ma curiosité : l'influence des auteurs anglo-saxons sur son oeuvre, son attirance pour des auteurs tels que Lovecraft et Tolkien mais aussi James Matthew Barrie, Lewis Carroll, Virginia Woolf, Kenneth Grahame, sans oublier l'illustrateur Arthur Rackham. Barrie et Carroll occupent une place particulière et reviennent à plusieurs reprises dans le cadre de récits imagés. La plupart de ces textes m'ont beaucoup intéressé, en revanche je reste dubitative quant au passage où Peter Pan se présente en fornicateur d'adolescents suicidaires.

Beaucoup de nouvelles ont le charme mystérieux des contes fantastiques, mêlant des éléments classiques à un univers plus moderne. La présentation générale ne manque pas d'originalité, ni d'humour !

Un livre étonnant, plein de surprises et de passages joliment tournés. Certains textes m'ont davantage marqué : les plus ancrés dans la fantasy me touchent moins que les allusions aux maîtres victoriens. A noter quelques nouvelles dont je garde un souvenir particulier : "Arnarstapi "(autour de l'Alice de Lewis Carroll, dont le chat laisse ses sourires partout) et "Retour aux affaires", sur un homme chargé de débarrasser les vivants des morts encombrants. Si tout ne m'a pas plu, Comme des Fantômes m'a donné envie de découvrir un peu plus l'oeuvre de Fabrice Colin, dont je ne connais pour l'instant que Les Etranges Soeurs Wilcox. Si vous souhaitez me conseiller des livres d'inspiration victorienne ou anglaise, je suis preneuse !

D'autres avis :

Le Vallon Fantastique, Cafard Cosmique, Titine, Adalana, Cachou, Les Riches Heures de Fantasia, Lire ou Mourir, True Blood Addict, Leiloone, Efelle, De l'autre côté du miroir, Thabanne, Lulu Off the Bridge, Bulle de Livre, Elbakin, Ryuuchan, Les Chroniques de l'Imaginaire, Bederom, Falaise Lynnaenne, Sherryn

Merci à Constance de Folio pour cette lecture.

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474 p

Fabrice Colin, Comme des Fantômes, 2008

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08/05/2010

Aux sombres héros de l'amer

carroll_chasse_snark3.jpgUn petit livre oublié est en train de faire son chemin sur la blogosphère grâce aux éditions Folio, qui une fois encore ont remis au goût du jour un vrai petit bijou ! Ecrit en 1876, onze ans après le première Alice, La Chasse au Snark de Lewis Carroll est un exemple typique de "nonsense", ce que s'emploie à illustrer la présente édition à travers une série de commentaires pertinents et une documentation bien fournie.

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La chasse au Snark va embarquer des individus plus farfelus les uns que les autres à la recherche de cet être sans doute à mi-chemin en un requin et un escargot (snark était le mot-valise de "shark" et de "snail"), une créature que personne n'a par ailleurs jamais vue. Le capitaine donne des ordres contradictoires, le castor fait de la dentelle, arrive un boucher qui ne tue que les castors... voilà qui pourra déjà vous donner une idée de la situation absurde et cocace dans laquelle se trouvent embourbés les personnages ! Le texte est ici en version bilingue et est absolument à découvrir, ne serait-ce que pour l'humour qui s'en dégage, au-delà de la langue, Carroll se jouant des mots avec plaisir !

Ainsi pour réanimer le boulanger :

"The roused him with muffins - they roused him with ice..." (Ils le ranimèrent avec des muffins, ils le ranimèrent avec de la glace)

Ou encore :

"And the Bellman cried "Silence ! Not even a shriek !" / and excitedly tingled his bell" (Et l'homme à la cloche cria silence, pas même un cri ! / excité et faisant sonner sa cloche).

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carroll_Snark_cover.pngA noter l'introduction intéressante qui revient sur le parcours de Lewis Carroll, mathématicien; sa technique est annonciatrice de l'Oulipo, dont fait partie le traducteur de cette édition (les traductions ne manquant pas, et nous devons l'une d'elles à Aragon).

On y apprend que Carroll avait refusé de laisser l'illustrateur représenter le snark, ce qui m'a rappelé Kafka et La Métamorphose :

« J’ai pensé, comme Starke va faire l’illustration, qu’il pouvait peut-être vouloir dessiner l’insecte. Non pas cela, par pitié, pas cela ! L’insecte, il ne faut pas le dessiner. On ne peut même pas l’ébaucher. Si je pouvais me permettre de suggérer une illustration, je choisirais des scènes comme par exemple : les parents et le fondé de pouvoir devant la porte fermée ou encore mieux, les parents et la sœur dans la pièce éclairée tandis que la porte donnant sur la petite chambre obscure reste ouverte. »

carroll_jabberwocky-1.jpgLa Chasse au Snark est suivie par le Jabberwocky (poème découvert par Alice dans Through the Looking Glass), fait de mots inventés par Carroll. Plusieurs traductions sont proposées, assorties des commentaires de Bernard Cerquiglini qui sont finalement ce qui m'a le plus passionnée lors de cette lecture. On y voit ainsi plusieurs versions qui n'ont pas grand-chose en commun, ni le fond ni la forme (en particulier en termes de sonorités, l'effet rendu est radicalement différent d'une traduction à l'autre).

J'ai bien ri en lisant celle d'Henriette Rouillard qui ne s'est pas donné de mal mais a le mérite de rester très fidèle au texte original : C'est brillig et le slithy toves / gyre et gimble dans le wabe / Mimsy sont tous les borogoves / et les mome raths outgrabe (ça me rappelle les traductions automatiques sur internet).

Bref, amusez-vous bien et partez vous aussi à la chasse au snark !

Les avis d'Alice (qui a beaucoup parlé de Lewis Carroll sur son blog où Tenniel est lui aussi très présent), Cryssilda, Lilly, Maggie, Mélisendre, Praline, Tortoise,

Encore merci à Lise !

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132 p

Lewis Carroll, La chasse au Snark, 1876

* Pourquoi ce titre ? Parce qu'il m'a rappelé un grand moment d'absurdité, puisque petite j'étais persuadée que le titre était en réalité "au sombrero de la mer" (titre ma foi fort intrigant) et que cette confession me paraît parfaite dans le cadre de ce petit billet sur le nonsense !

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