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09/10/2013

Pedro Rodriguez, Macabre

BD_macabre1.jpegJe dois encore à ma récente inscription à la médiathèque la découverte d'une petite pépite, Macabre de Pedro Rodriguez. Une BD dont le titre français et la couverture sont peut-être un peu trompeurs et évoquent un peu trop les Contes de la Crypte, tandis que le titre original me semble mieux correspondre au contenu : Historias para no dormir (Histoires pour ne pas dormir).

Avis aux amateurs de littérature classique, cet album est pour vous! Macabre met en scène des nouvelles d'auteurs célèbres pour leurs écrits fantastiques, et non des moindres ! Jugez-en par vous-mêmes, voici les textes sélectionnés par Pedro Rodriguez : La Main de Guy de Maupassant ; Le Pacte de Sir Dominick de Sheridan Le Fanu ; La Maison du Cauchemar de Edward Lucas White ; Le Vampire de John William Polidori ; La Maison B... à Candem Hill de Catherine Crowe ; Le Voleur de Cadavres de Robert Louis Stevenson et Le Chat Noir de Edgar Allan Poe.

BD_macabre2.jpegMême si je suis friande de nouvelles d'inspirations gothiques et ai déjà lu au moins un texte de la plupart de ces auteurs, j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir des histoires qui m'étaient encore inconnues ou à retrouver de vieilles connaissances. Cette BD a le mérite de nous donner envie de nous plonger de suite dans les textes originaux du XIXe et de connaître un peu mieux leurs auteurs. Les récits ont été judicieusement choisis : thèmes et cadres variés, histoires de fantômes, de vampires, de mauvais sort ou de malédiction, toujours selon une pâte assez classique dont je raffole personnellement. Certes, à force de lire ce genre de littérature on a souvent une petite idée des frissons qui nous attendent et des effets recherchés par les auteurs de cette époque, mais c'est toujours un vrai délice que de se laisser embarquer par leur talent de conteurs !

Si le fond est un vrai régal, la forme m'a également beaucoup plu. Les palettes de couleurs sont toujours les mêmes, dans une atmosphère sepia qui convient bien au contenu. Les personnages ont un visage assez géométrique qui peut-être déplaira à certains, mais j'ai pour ma part apprécié cette touche moderne mélangée à un respect assez rigoureux du cadre historique, à travers les décors et les codes vestimentaires.

Cet album est de ceux que l'on relira avec plaisir plusieurs fois et qui ont toute leur place dans la bibliothèque des amoureux du XIXe et de la littérature fantastique classique. C'est aussi un excellent moyen de découvrir ou de faire découvrir (par exemple à des lecteurs adolescents) des auteurs passionnants. 

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Pour la 2e édition des Mercredis Fantastiques, organisés avec Mango et Hilde. Les billets du jour :



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95 p

Pedro Roriguez, Macabre, 2010

british mysteries2.jpgvictorien-2013.pngXIXe siecle 02.jpg

05/10/2012

Les Fantômes des Victoriens

collectif_Fantomes-des-victoriens--cover.jpgJe crois que je compte vous parler de ce livre depuis le premier Challenge Halloween en 2010, mais longtemps il a résisté ! Il faut dire qu'une nouvelle de Dickens m'a donné du fil à retordre l'an dernier et m'a fait passer l'envie de poursuivre ma promenade en territoire victorien. Mais cette année, voyant notre première étape irlando-grande-bretonne (!) approcher à toute allure et mon roman de 700 pages avancer bien moins vite, j'ai opté pour une stratégie de repli visiblement hautement efficace puisque, aujourd'hui, pour mon plus grand bonheur, j'arrive enfin à vous parler du recueil Les Fantômes des Victoriens publié par les excellentes éditions José Corti (qui comme Phébus ont le don d'exhumer de vrais petits bijoux).

Beaucoup de grands écrivains victoriens dans ce recueil, mais aussi quelques-uns que je ne connaissais que vaguement de nom, encore moins de réputation. Cela donne une suite de nouvelles très variées, pour tous les goûts !

Wilkie Collins, « Neuf heures ! » : pendant la révolution française, des hommes attendant leur exécution dans une prison festoient pour la dernière fois et s'interrogent sur l'heure à laquelle ils approcheront de la guillotine. L'un d'eux confie à un autre qu'il sait qu'il mourra à neuf heures le matin... et c'est bien ce qui arrivera. Une nouvelle concise qui frappe l'esprit (la preuve c'est que j'en parle un an après sa lecture et que je garde encore le souvenir d'un texte glaçant et très précis).

Charles Dickens, « Le Fantôme dans la Chambre de la Mariée » : un mari attend avec impatience le décès de sa femme et lui intime de mourir... j'avais lu ce texte l'an dernier mais il ne m'avait pas vraiment plu à l'époque et je n'ai pas eu envie de le relire. Tant pis !

Patrick Kennedy, « Les Fantômes et la partie de Football » : un fantôme cherche à réparer ses erreurs passées mais lorsqu'il propose une partie de foot à ses hôtes ceux-ci sont bien incapables de lui adresser la parole. Difficile dans ce cas de passer le message !

Anonyme, « Le Spectre de la Visiteuse » : un jeune homme à la vie dissolue vient mourir chez ses parents. Dans la pièce isolée et lugubre qu'il occupe, une étrange femme apparaît chaque nuit, causant au mourant un profond trouble... son comportement scandaleux semblerait l'avoir rattrapé.

Joseph Sheridan Le Fanu, « Le Fantôme et le Rebouteux » : Ce n'est pas le meilleur Le Fanu mais malgré tout cette nouvelle est bien sympathique. Un rebouteux est forcé de passer la nuit dans un château réputé hanté. On s'en doute, le redouté fantôme sortira de son tableau pour venir taquiner notre héros... A noter que le récit débute par une parenthèse historique ; autrefois, certains Irlandais pensaient que la dernière personne enterrée dans un lieu était obligée d'aller chercher de l'eau pour tous les autres habitants des lieux, pour étancher leur terrible soif ; par conséquent si deux enterrements se suivaient les cortèges faisaient la course pour mettre en terre leur mort en premier, au point d'aller jusqu'à jeter le cercueil par dessus le mur pour éviter de faire un détour par le portail !

Sir Arthur Conan Doyle, « Comment c'est arrivé » : un accident de voiture qui se finit mal (très court mais très bien mené).

Vincent O' Sullivan, « Quand j'étais mort » : Un jeune homme décède et se retrouve fantôme dans sa propre maison, incapable de se faire entendre de ses domestiques affolés ou éplorés selon les cas.

Bernard Capes, « La Maison qui s'est évanouie » : Dans le froid des musiciens gelés décident de jouer pour se réchauffer. Apparaît alors une maison et une jeune femme leur propose une étrange boisson... mais mieux vaudrait s'abstenir !

Arthur Quiller-Couch, « La Chance du Laird » : une nouvelle un peu plus longue, à la construction classique mais efficace. Un jeune homme tombé pendant les guerres napoléoniennes fait l'objet de mémoires et d'une étrange histoire. Juste avant sa mort on l'a soupçonné de tricher aux cartes (et comme au XIXe on ne plaisantait pas avec ça c'est son honneur qui est mis en cause, une affaire qui devait briser sa carrière et sa vie, voire se solder par un duel !). Vous vous en doutez bien, c'est un petit lutin qui a fait le coup ! J'ai beaucoup aimé le coup classique du Victorien sérieux et respectable (ici dans l'armée qui plus est) capable de gober avec facilité toutes les histoires de fantômes les plus abracadabrantes... c'est ça qui fait le charme de l'époque !

George Moore, « Un Théâtre dans la Lande » : aussitôt lu, aussitôt oublié, c'est fâcheux ! J'ai été assez réfractaire au style, d'où un intérêt modéré pour le contenu. A la campagne, une mère règle de façon expéditive l'accouchement honteux de sa fille, dont l'enfant hantera la lande.

E.M. Forster, « L'Omnibus Céleste » : un omnibus conduit par d'illustres cochers (tel  Dante) amène ses occupants dans un au-delà merveilleux... mais tout le monde n'en revient pas indemne. Une histoire qui relève davantage du merveilleux que de l'épouvante, malgré une fin pour le moins sombre.

2341141959.jpgUn très bon recueil, certaines nouvelles m'ont davantage plu que d'autres mais avec autant d'auteurs et d'approches différentes, ce n'est pas étonnant ! Chaudement recommandé pour les arrêts  en territoire maléfique !

Et je poursuis mon voyage anglais en compagnie des Radley...

Etape 1 du voyage d'Halloween : UK et Irlande

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 co-organisé avec mon amie la redoutable sorcière Hilde, et du challenge victorien d'Arieste

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201 p

Collectif, Les Fantômes des Victoriens, XIXe
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07/09/2011

Aveuglement et pur gâchis

lefanu-desir-de-mort.jpgImaginez une jeune fille de bonne famille, Ethel Ware, vivant dans un domaine isolé avec pour seule compagnie sa gouvernante. Songez ensuite à un naufrage, qui mettra sur son chemin un jeune homme sombre au tempérament orageux. Ajoutez à cela une gouvernante un peu mystérieuse, la mort d'une jeune soeur et l'apparition de plusieurs personnages louches dans les environs, et vous aurez une bonne idée des 100 premières pages de Désir de Mort de Le Fanu, qui prend un certain temps à camper ses personnages dans ce roman. Je l'avoue, j'ai d'abord eu quelques difficultés à me laisser emporter par l'histoire, ce qui n'était pas pour me plaire sachant que c'est un auteur que j'apprécie beaucoup.

Heureusement, et c'est là que je reconnais bien mon cher Le Fanu, le roman prend un nouvel élan lorsque, arrivée à l'âge de faire son entrée dans le monde, Ethel gagne Londres et retrouve ses parents, qui daignent enfin s'occuper d'elle. S'ensuivent de très nombreuses péripéties, que je ne voudrais pas dévoiler de peur de vous gâcher le plaisir. Sachez que ce roman dense regorge de sombres machinations, d'héritages menacés, de dettes accablantes, de "papistes" dans l'ensemble franchement fourbes. Avec un peu de chantage, un soupçon d'amour, une bonne dose de traîtrise, quelques voyages et quelques crimes, nous avons là un roman populaire très sympathique,  bien qu'assez différent des autres textes de Le Fanu que je connais déjà. Un récit particulièrement sombre, qui commence mal, qui finit assez mal également, dans la plus grande solitude. La pauvre Ethel ne peut se fier qu'à peu de gens dans le monde sordide et mesquin dans lequel elle évolue !

Ce n'est pas un coup de coeur mais une lecture très agréable. Passé le premier tiers j'ai dévoré Désir de Mort, j'ai enragé, espéré, souffert avec l'héroïne, plus que je ne l'avais fait depuis longtemps ! Et quoi qu'il arrive, si vous n'avez pas encore lu cet écrivain, je ne peux que vous recommander ses textes !

Déjà lus : Carmilla, Les Mystères de Morley Court et Comment ma Cousine a été assassinée

L'avis de The Irish Eyes.

Sur Carmilla : Carolune / sur les vampires en général : Xulux 

Merci beaucoup à Denis des éditions Phébus pour cette très agréable lecture !

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358 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Désir de Mort (Willing to die), 1873

 

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30/12/2008

Cluedo à la victorienne

lefanu.jpgHappy blogueurs,

desde Barcelona je profite d'un petit moment libre pour mettre (un peu) à jour mon blog. J'espère que Noël a été agréable pour vous tous et que Santa Claus a réussi à porter sa besace pleine de livres sans trop pester contre les Lecteurs Compulsifs Anonymes que nous sommes, histoire de commencer 2009 avec une poussée de PAL incontrôlable !

Lu il y a dix jours, Comment ma cousine a été assassinée de Joseph Sheridan Le Fanu suivait la lecture des Mystères de Morley Court du même auteur, excellent roman d'aventures découvert pendant le swap victorien. Cet autre récit de Le Fanu reprend à peu près les mêmes ingrédients, dans une version courte et moins aboutie que je trouve néanmoins très agréable à lire.

Lady Margaret y raconte ce qui lui est arrivé à la mort de son père, il y a bien longtemps. Envoyée chez un oncle soupçonné de meurtre et banni de la haute société, Margaret découvre un homme affable qui semble justifier toute la confiance que son frère avait placé en lui en faisant de lui le tuteur et l'héritier de Margaret, si celle-ci venait à mourir sans enfant. Pourtant, lorsqu'elle rejette la demande en mariage de son cousin, l'attitude de l'oncle à son égard change brusquement. Aurait-il l'intention de la tuer ?

Avec quelques répétitions et une histoire assez prévisible (lorsque l'on sait que la cousine et l'héroïne dorment dans deux chambres voisines et que l'on lit le titre, le comment du pourquoi est facilement deviné), Comment ma cousine a été assassinée est un texte assez léger mais à mon avis approprié pour découvrir Le Fanu et divertissant pour ceux qui le connaissent déjà. Mille et Nuits, dont la couverture me plait énormément, a ajouté à cette nouvelle une postface sur l'oeuvre de Le Fanu, une courte biographie, quelques notes explicatives et une bibliographie. D'après ce qui est indiqué par l'éditeur, ce dossier complémentaire accompagne chaque livre de la collection ; celui-ci est en tout cas très intéressant. Sont notamment évoqués l'influence de Le Fanu sur les maîtres de la littérature fantastique et son rôle de « créateur » de la short story à l'anglo-saxonne.

On découvre également les étonnantes correspondances entre les différentes oeuvres de Le Fanu : éternel insatisfait, celui-ci retravaillait ses textes en les adaptant à de multiples reprises. Passage in the Secret of an Irish Countess (1838) a donc été transformé en The Murdered Cousin, nouvelle à l'origine de Uncle Silas.

Le dossier met aussi en avant les thèmes de prédilection de Le Fanu que l'on retrouve dans ce récit : l'enfermement, la noblesse terrienne hypocrite, le jeu des apparences et les affreuses machinations. Ces aspects sont aussi très présents dans Les Mystères de Morley Court et les points de comparaison entre les deux textes sont innombrables : la vieille propriété isolée et gothique dans les deux cas ; la soeur Mary ou la nièce Margaret finalement enfermées dans une chambre pour que d'horribles personnages mettent à exécution leurs plans machiavéliques ; le frère ou le cousin, aristocrate décadent brutal et mauvais ; l'oie blanche, incontournable ; le vieux propriétaire terrien faussement engageant lorsqu'il doit parvenir à ses fins, en réalité faux et abject ; la famille complotant contre la jeune femme effarouchée ; ou encore, les nouveaux domestiques remplaçant les fidèles adjuvants et servant de complices aux manipulateurs.

Fabuleuse pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Le Fanu, cette édition de Comment ma cousine a été assassinée devrait séduire beaucoup de Victoriens. Et, si le charme suranné et les ficèles assez grossières du récit peuvent rebuter quelques lecteurs, j'ai passé un excellent moment en compagnie de Le Fanu, que je retrouverai avec plaisir en 2009 !

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80 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Comment ma cousine a été assassinée, 1851

05/12/2008

La rose, l’épée & le vilain champignon

mysteres morley.jpgDe Le Fanu je connaissais Carmilla – ou Camilla, selon les éditions. D’où une assimilation de cet auteur au gothique, au roman populaire et à un petit côté sulfureux et sensuel. Les excellents Mystères de Morley Court sont d’un genre tout à fait différent et, si le titre et la couverture annoncent plutôt des histoires de fantômes et de jeunes filles séquestrées à la Dumas ou à la Radcliffe, ce livre s’ancre dans la tradition du roman d’aventures cher au XIXe.

S’il y a une chose que j’adore et dont je ne me lasse pas, c’est le grand manichéisme des personnages, si parfait, si symbolique qu’il caractérise le paysage aussi sûrement que le fog a marqué les rues de Londres. On pourrait tous les mettre dans des petites cases ou, plus victorien, dans de charmantes petites maisons de poupées compartimentées : dans le salon, les femmes jeunes, faibles, sans défense, sujettes aux évanouissements et n’ayant pas la moindre once de jugement quand il s’agit d’envisager les perfidies de ce monde de brigands… ; dans la cour, les hommes valeureux, intelligents, bons, justes, prêts à sacrifier leur vie pour une question d’honneur… si possible de sang noble, c’est encore mieux – et s’ils sont a priori pauvres et de basse extraction, on leur trouvera très souvent comme par hasard une généalogie faite de particules ou un oncle millionnaire à la fin du roman ; au grenier, les fourbes, en majorité très laids et effrayants – mais pas toujours, dont l’âme a atteint une noirceur telle qu’ils deviennent incapables de la moindre bonne action ; au milieu, dans la cuisine, quelques adjuvants du bien ou du mal, insignifiants ou amusants, au choix.

Les Mystères de Morley Court ne dérogent pas à la règle. Début XVIIIe, en Irlande. Le jeune O’Connor, parti guerroyer pendant trois ans, revient épouser sa belle, la jeune Mary, gentille, douce, musicienne et insipide. Ayant désormais un protecteur prêt à lui accorder une rente très confortable et à le faire hériter de sa fortune, O’Connor pense obtenir le consentement de l’horrible Lord Richard Ashwoode, le père de Mary. Mais le baron en question a d’autres projets pour sa fille et parvient à brouiller les deux jeunes gens en interceptant les lettres enflammées qu’ils se transmettent. Ah ! Que la vie d’héroïne au XIXe est difficile ! Dès lors, les complots se multiplient, les retournements de situation s’enchaînent. La question étant : Mary et O’Connor vont-ils se retrouver, se marier, vivre heureux etc ? Les plans infâmes des Ashwoode père et fils vont-ils aboutir ? Je n’en dirai pas plus sur le déroulement de l’histoire, pourtant riche en péripéties – à ce sujet le résumé de l’éditeur donne à mon avis beaucoup trop d’indications et, si vous le lisez, vous vous attendrez comme moi à un décès immédiat qui ne surviendra qu’au bout de 150 ou 200 p.

Autant le dire tout de suite : nos héros jouent de malchance, tout semble se retourner contre eux, ce qui va inquiéter le lecteur tout au long des quelques 450 p qui ne semblent presque jamais annoncer un revirement positif de façon durable.

Cette lecture a été pour moi une excellente surprise car je ne m’attendais pas du tout à ce type de texte de la part de Le Fanu. J’ai pensé à Pauline de Dumas ou aux Chroniques du Règne de Charles IX de Mérimée, dont les rebondissements et les personnages n’étaient pas si différents. Le style, la construction évoquent les parutions en feuilleton chères au XIXe – j’imagine que c’est le mode de publication utilisé ici aussi.

Si j’adore les personnages caricaturaux à la Dickens et trouve le jeune héros vaillant séduisant bien qu’un peu ridicule, je dois avouer que je supporte difficilement l’oie blanche traditionnelle. J’ai donc pris un malin plaisir à suivre les réactions de Mary face au complot qui se tramait (« oh ! mais comment se fait-il que mon frère ne comprenne pas que je n’aime pas trop son ami par ailleurs un peu mal élevé ? Je ne vais pas du tout imaginer qu’il va comploter contre moi ! Non non non, si mon frère est tout le temps désagréable avec moi c’est parce que c’est un homme, il cache sûrement ses sentiments réels mais je sais qu’au fond de lui il m’aime vraiment et me protégera contre tous les vilains méchants pas beaux jusqu’à la fin des temps, juste parce que je suis sa sœur fidèle et dévouée ! »). Lorsque, grâce à sa nouvelle femme de chambre, gentille mais plus dégourdie, Mary commence à se rebeller, j’ai commencé à revoir mon jugement. Mais le sursaut de l’insupportable créature falote a été bien bref. Damn it !

Heureusement pour moi, Le Fanu trouvait sans doute son héroïne assez ennuyeuse lui aussi. Nous ne la voyons pas beaucoup donc eLeFanu.JPGt, le reste du temps, l’histoire est palpitante, sombre, drôle, parfois grotesque, le tout dans un environnement délicieux (manoirs, routes désertes la nuit, vieilles auberges tenues par des gens peu fréquentables, tripots, combats de coqs, jeux de carte, duels). Intrigue et héroïsme s’opposent de bout en bout pour notre plus grand plaisir. Ajoutons à cela une galerie de personnages secondaires irrésistibles et pleins d’humour et nous aurons brossé un portrait rapide de ce roman passionnant, classique méconnu à redécouvrir, à lire et, dans quelques années, à relire.

Cryssilda l’a lu (après avoir écouté des histoires de fantômes écossais à vous glacer le sang) et a été conquise.

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460 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Les Mystères de Morley Court, 1873

(première version sous un autre titre en 1845)

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