09/10/2009
La belle, le docteur et la bête
Aujourd'hui, l'Angleterre fête la journée nationale du monstre victorien. Si si. Votre fidèle et dévouée a voulu célébrer l'événement à sa manière et a choisi de parler cinéma.
Mary Reilly revisite l'histoire du Docteur Jekyll et de Mister Hyde, en suivant le point de vue d'un nouveau personnage : celui de la servante. Beaucoup de grands noms ont participé à ce film : dans la peau de Jekyll et de Hyde, un certain John Malkovich (monstre sacré du cinéma s'il en est!), tandis que Julia Roberts incarne Mary Reilly et que Glenn Close joue les tenancières de bordel et se fait sauvagement assassiner par ce cher docteur. Quant au réalisateur, il s'agit de Stephen Frears, autre référence incontournable.
On peut dire que l'époque victorienne et ses monstres sont loin de me laisser indifférente, mais ma lecture du
classique de Stevenson ne m'a pas laissé un souvenir impérissable. D'accord, soyons sincères, avouons, avouons mes amis : je me suis passablement ennuyée et j'ai été terriblement déçue, parce que j'attendais énormément de ce roman, ou peut-être plutôt parce que j'attendais autre chose. Malgré tout, l'histoire de Jekyll et de Hyde continue de me fasciner et j'ai abordé le film Mary Reilly avec un optimisme débordant (de toute manière, ne serait-ce que pour les scènes avec Malkovich, je savais que ce film vaudrait son pesant de cacahouètes).

Malgré le rôle extrapolé de Mary Reilly, servante professionnelle mais trop curieuse, soupçonneuse mais fidèle, malgré la relation ambiguë qui existe entre Jekyll, Hyde et elle – autant d'éléments qui pourraient dénaturer l'histoire principale, le scénario est globalement très crédible. Le personnage témoin est un allié précieux qui permet de croiser le docteur et le monstre dans leur intimité ou au laboratoire et de provoquer des réactions qui ne nuisent en rien à la complexité du cas Jekyll et Hyde. La dualité entre ces deux protagonistes est assez subtilement traitée, même si elle laisse encore la place au doute sur certains aspects de la transformation ou l'origine des crises, comme c'est aussi le cas dans le récit. La dernière scène représente Mary Reilly allongée contre le corps de Jekyll qui devient Hyde dans le plan suivant, lorsqu'elle quitte l'endroit. C'est peut-être le seul passage qui n'a pas grand intérêt et apporte bien peu à l'histoire, puisqu'il ne dévoile pas grand-chose de l'ambiguïté des sentiments de Mary, que l'on devinait déjà avant ; d'autres gestes tout aussi symboliques auraient été beaucoup plus crédibles à mon sens. Mais je vous l'accorde, vous qui me lisez, c'est un petit détail sans importance.
Au final, voilà un film qui se laisse voir avec plaisir et que je recommande chaudement aux amateurs de Stevenson, de monstres classiques et
d'époque victorienne. Les acteurs sont convaincants, y compris Julia Roberts qui joue ici un rôle très différent de tous ceux dans lesquels je l'avais vue précédemment. J'ai été plus séduite par Malkovich en Jekyll car il me semble que le traitement de Hyde est un poil superficiel et qu'il prend peu de risques dans son interprétation. Il reste malgré tout crédible et brille en Jekyll, tandis que Glenn Close est presque méconnaissable en mère maquerelle fardée à outrance et peinturlurée avec un rouge à lèvres criard mal appliqué. Les décors sont soignés, de même que les costumes. Je me suis régalée devant plusieurs plans de Londres dans sa traditionnelle vision sombre – certaines images des toits m'ont fait penser aux quelques scènes sordides de Mary Poppins qui avaient marqué mon enfance (non ! les comparaisons incongrues ne me font pas peur, d'ailleurs il existe un évident lien de parenté entre Mary Poppins et Hyde, vous ne trouvez pas ?). Un très bon film donc, dont la réalisation aurait peut-être gagné à être un peu moins classique.

Mary Reilly, un film de Stephen Frears, 1996
01:10 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : époque victorienne, londres, xixe, angleterre, stevenson, julia roberts, stephen frears, john malkovich, monstre victorien, jekyll







































