Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/06/2016

Jane Austen & Becca Stadtlander, Pride and Prejudice retold

austen_stadtlander_pride and prejudice.jpgJe n'étais pas du tout partie pour présenter ce petit livre lors du rendez-vous du Mois anglais consacré à Jane Austen mais, faute d'organisation, j'ai finalement choisi de le relire et de vous en parler enfin - car je l'avais découvert à sa sortie sans faire de billet.

Classics Unfolded est une petite collection assez étonnante à destination de la jeunesse. Le but est de présenter une oeuvre classique en quelques pages illustrées.

Le format est déjà original en lui-même : un étui à l'intérieur duquel se trouve un fascicule cartonné replié en éventail.

austen_stadtlander_pride and prejudice01.jpg

Photo Copyright MyLouBook

Le fascicule comprend quant à lui 16 pages. La première introduit les personnages principaux. La dernière comprend un résumé de l'histoire et de ses thématiques à lire en 30 secondes environ. Enfin, les autres pages reprennent les temps forts du roman à travers des scènes illustrées. Chaque scène est accompagnée d'un extrait du roman et d'une petite phrase résumant très succinctement l'évènement clef concerné.

austen_stadtlander_pride and prejudice02.jpg

Photo Copyright MyLouBook

Voilà une bien jolie collection. Ce Pride and Prejudice retold séduira forcément les janéites car c'est un bel objet. J'ai trouvé le principe inventif et l'idée bien exécutée, même si évidemment, pour résumer Pride and Prejudice en quelques dessins, on oublie beaucoup de personnages et moult scènes qui font la richesse du roman. L'ouvrage a le mérite d'introduire l'oeuvre et, il faut l'espérer, doit normalement donner envie de découvrir le texte d'origine. Ma petite lectrice en herbe a été très intriguée par le format en me voyant déplier cette feuille cartonnée. Il a fallu que nous regardions ensemble toutes les images et elle me demandait qui étaient les personnages... malgré son très jeune âge qui ne lui permet pas de retenir grand-chose de ce type de récit (même si elle a adoré s'essayer à prononcer quelques mots anglais et a apparemment retenu le nom "Bennet") je trouve cela plutôt encourageant.

A l'origine, j'avais découvert cette collection alors que je cherchais des adaptations d'Alice in Wonderland, mais finalement j'ai opté pour ce titre-ci. J'étais tentée également par The Secret Garden que j'avais adoré petite mais que j'ai complètement oublié. Je me demande tout de même quelle impression on peut avoir d'une oeuvre en la découvrant de cette façon. Est-ce suffisant pour inciter à la lire ? Ou est-ce plutôt un objet à collectionner qui séduira surtout les lecteurs déjà convaincus ? Pour un jeune public, il me semble que ce livre peut plutôt servir de support lors d'une lecture avec un proche qui pourra enrichir cette base avec ses souvenirs de l'oeuvre présentée.

Une jolie découverte en tout cas !

Jane Austen & Becca Stadtlander, Pride and Prejudice, classics unfolded, mois anglais, mois anglais 2016, jane austen

 

 

16 p

Jane Austen, Pride and Prejudice Retold in pictures by Becca Standtlander, 2015 

Jane Austen & Becca Stadtlander, Pride and Prejudice, classics unfolded, mois anglais, mois anglais 2016, jane austenJane Austen & Becca Stadtlander, Pride and Prejudice, classics unfolded, mois anglais, mois anglais 2016, jane austen

08/06/2014

Jo Baker, Une Saison à Longbourn

baker_longbourn.jpgCeux qui suivent mon blog depuis quelques années connaissent mon engouement pour Jane Austen et, notamment, son roman Pride and Prejudice. J'ai savouré l'adaptation de la BBC et renoncé à apprécier celle de Joe Wright, me suis risquée à lire (ou à commencer à lire) quelques « sequels »*... pour conclure in fine que les austeneries n'étaient pas vraiment ma tasse de thé, même si certaines suites se laissent volontiers lire l'été à la plage lorsqu'on ne veut pas réquisitionner beaucoup de neurones. Pourtant, lorsque j'ai vu que les éditions Stock (dont j'apprécie beaucoup la collection La Cosmopolite et notamment, ses titres de Virginia Woolf) publiaient un roman inspiré de Pride and Prejudice qui avait reçu de belles critiques dans la presse anglo-saxonne, j'ai eu de suite envie de partir à la découverte de cette Saison à Longbourn.

Dans ce roman de Jo Baker, nous nous éloignons des salons des soeurs Bennet pour accompagner les domestiques de Longbourn. Ces personnages sont fantomatiques dans le roman d'Austen. Ils n'ont qu'une fonction utilitaire, on ne connaît pas leur nom hormis celui de Hill, scandé par Mrs Bennet à chaque fois que ses nerfs lui jouent des tours. Et il faut bien avouer que lorsqu'il est plongé dans Pride and Prejudice, le lecteur partage entièrement l'indifférence de Miss Austen à l'égard des domestiques, puisqu'ils sont presque absents du roman. Et pourtant, sans eux pour amener de l'eau aux filles Bennet, jeter les pots de chambre, retoucher leurs vêtements, les coiffer, cuisiner, le foyer des Bennet ne saurait exister. Ou du moins, il serait bien différent et l'histoire des soeurs en serait vraisemblablement affectée.

Jo Baker décide ainsi de s'intéresser à Mr et Mrs Hill, Sarah, la très jeune Polly (nommée ainsi car elle s'appelle en réalité Mary mais ne saurait usurper le prénom de l'un des membres de la famille) ainsi que James, le nouveau valet au passé suspect, curieusement engagé par Mr Bennet. Le lecteur mesure alors la difficulté de leurs tâches, les mains gercées, gelées, pleines d'ampoules selon qu'elles ont fait la lessive de la semaine, cherché un seau d'eau par temps froid ou utilisé trop longtemps le fer à friser des jeunes demoiselles. Quant aux Bennet auxquels nous nous sommes déjà attachés, nous ne pouvons nous empêcher de regretter leur manque d'intérêt pour leurs domestiques, malgré l'époque. Ainsi Lydia fait un commentaire peu flatteur sur Mr Hill en présence de Mrs Hill, comme si celle-ci n'avait pas d'oreilles, tandis qu'Elizabeth oublie complètement de se renseigner sur James lorsqu'il s'absente brusquement (elle s'étonne même d'entendre Sarah l'appeler « Mr Smith », comme s'il était un gentleman et non le valet).

Bien que le roman compte assez peu de dialogues entre maîtres et domestiques, Jo Baker prend beaucoup de libertés avec les personnages que l'on croit si bien connaître. Elle apporte ainsi un nouvel éclairage au roman d'origine, auquel on peut adhérer le temps de cette lecture. Mr Bennet a un passé plus compromettant que ne le laisseraient penser ses heures d'étude solitaire dans sa bibliothèque. Le portrait de Wickham est encore moins flatteur (on s'éloigne d'ailleurs de la vision aseptisée et plutôt flatteuse de l'armée dans les textes d'Austen). Elizabeth s'inquiète de partir seule à Pemberley, puis du déroulement de sa première grossesse.

Une Saison à Longbourn n'est pas seulement (comme je le croyais) le miroir de Pride and Prejudice, Jo Baker s'affranchissant de ce cadre. Darcy n'y a presque aucune importance et apparaît très tardivement. La dernière partie se déroule essentiellement loin de Longbourn. S'il me semble compliqué d'aborder Une Saison à Longbourn sans avoir lu Austen, c'est un roman « à part entière » que je me réjouis d'avoir lu.

Merci aux éditions Stock pour cette lecture !

Coralie l'a également lu dans le cadre du Mois Anglais.

Autour de Pride and Prejudice sur ce blog :

Romans : Pride & Prejudice de Jane Austen ; The Darcys and the Bingleys de Marsha Altman ; Mort à Pemberley de P.D. James ; Les Filles de Mr Darcy de Marsha Altman.

Films et séries: Pride and Prejudice (1995 BBC) ; Pride and Prejudice (2005) ; Bride & Prejudice (2004) ; Bridget Jones's Diary (2001) / The Age of Reason (2004) ; Lost in Austen (2008).

mois anglais,mois anglais 2014,jo baker,une saison à longbourn,longbourn,pride and prejudice,editions stock,challenge xixe,challenge bbc 2014

 

 

394 p

Jo Baker, Une Saison à Longbourn (Longbourn), 2013

* Je me suis bien amusée avec les très légers The Darcys and The Bingleys et Les Filles de Mr Darcy (ce dernier m'a plutôt fait ricaner doucement mais il a alimenté plusieurs conversations bien amusantes, j'en garde ainsi un bon souvenir que la relecture de mon billet a ravivé).

 mois anglais 2014_1.jpgBBC 2014small.jpgXIXe siecle 01.jpg

02/06/2014

Little Miss Austen, Sense and Sensibility

little miss austen_sense and sensibility.jpgLors de mon séjour à Cambridge en septembre dernier je suis tombée sur une boutique adorable proposant des articles faits main... ainsi qu'une petite merveille pour une maman lectrice amoureuse de l'Angleterre telle que moi : des livres éducatifs détournant de grands classiques, principalement anglo-saxons (collection Babylit).

Ces petits livres cartonnés s'inspirent du roman d'origine pour initier les petits à différents sujets : apprendre à compter, découvrir le temps qu'il fait, les contraires...

Sense & Sensibility de Little Miss Austen présente des notions contraires à partir de situations du roman d'origine telles que les différences entre les Dashwood et leur frère ou l'état d'esprit du colonel Brandon et de Willoughby. On peut simplement présenter les notions introduites sur chaque nouvelle planche ou utiliser ce support pour raconter l'histoire originale.

jane austen,sense and sensibility,litte miss austen,babylit,mois anglais 2014,challenge xixe,challenge je lis aussi des albums,challenge myself 2014,classiques jeunesse

jane austen,sense and sensibility,litte miss austen,babylit,mois anglais 2014,challenge xixe,challenge je lis aussi des albums,challenge myself 2014,classiques jeunesse

Photos Copyright My Lou Book

Cet album jeunesse est vraiment un très bel objet, à la fois original et intelligent, qui permettra aux parents de se régaler autant que leurs enfants !

L'avis du blog My Little Bookcase sur la collection et celui de The Jane Austen society of Ireland sur cet album. Mon billet sur le roman de Jane Austen Sense & Sensibility.

22 p

Jennifer Adams, Alison Oliver, Little Miss Austen, Sense & Sensibility, 2013

mois anglais 2014_1.jpgXIXe siecle 01.jpgmyself 2014.jpgalbums2014.jpg

06/07/2013

Jane Austen, Sense and Sensibility

austen_sense and sensibility.jpgC'est avec une pointe de nostalgie que j'ai refermé Sense and Sensibility, puisqu'il s'agissait du dernier des six romans achevés de Jane Austen que je lisais (après avoir espacé autant que possible ces lectures). Je relirai prochainement Northanger Abbey, jamais chroniqué ici, et il me reste des textes plus courts ou inachevés à découvrir, mais une page se tourne dans ma petite vie de lectrice.

Sense and Sensibility est peut-être l'un des romans les plus faciles d'accès de Jane Austen pour une première lecture de l'auteur, bien que, comme toujours avec cet écrivain, les apparences (une simple histoire de filles à marier ?) cachent un univers riche et passionnant, pour lequel existent de multiples clefs de lecture. D'ailleurs, pour ceux qui pensent que Jane Austen écrit des romans à l'eau de rose, il faut savoir qu'elle a le don d'expédier les mariages en trois lignes ; une fois parvenus à l'autel, elle ne s'intéresse plus vraiment à ce qu'il adviendra de ses personnages, et lorsque plus rien n'empêche les amoureux de se retrouver, plus la peine d'entrer dans les détails. Ainsi par exemple dans ce roman, sur une demande en mariage que l'on attendait depuis les premiers chapitres : How soon he had walked himself into the proper resolution, however, how soon an opportunity of exercising it occurred, in what manner he expressed himself, and how he was received, need not be particularly told. (p 386) Romantique, Jane Austen ?

[Spoilers ensuite]

Le roman débute avec le décès de Mr Dashwood. A sa mort, sa seconde femme et les trois filles issues de ce second mariage se trouvent, en raison de leur sexe, totalement dépendantes du bon vouloir de leur demi-frère aîné, John, qui va devenir propriétaire du grand domaine dans lequel elles vivaient. Si sur son lit de mort, Mr Dashwood a fait promettre à son fils de veiller sur sa belle-mère et ses soeurs, John parvient sans peine à se défaire de son engagement en trouvant moult arguments pour soulager sa conscience. Influencé par son épouse Fanny, une femme hautaine et pleinement convaincue de sa supériorité sur le plan social, John va réduire à une peau de chagrin le leg qu'il était prêt à faire à sa famille. Il s'enquiert en revanche des dispositions pris par d'autres proches pour les aider, sa générosité consistant ainsi essentiellement à s'assurer de celle des autres.

Elinor tried very seriously to convince him that there was no likelihood of her marrying Colonel Brandon; but it was an expectation of too much pleasure to himself to be relinquished, and he was really resolved on seeking an intimacy with that gentleman, and promoting the marriage by every possible attention. He had just compunction enough for having done nothing for his sisters himself, to be exceedingly anxious that everybody else should do a great deal; and an offer from Colonel Brandon, or a legacy from Mrs. Jennings, was the easiest means of atoning for his own neglect. (p 242)

Sans être foncièrement méchant, et en dépit d'efforts faits pour montrer quelque intérêt à ses soeurs, John ne tient pas tête à Fanny qui, par son attitude, pousse Mrs Dashwood et ses filles à quitter rapidement le lieu où elles ont vécu toutes ces dernières années.

senseandsensibilitybbc.jpg

Les deux principales héroïnes de ce roman sont Marianne Dashwood et, plus encore, Miss Dashwood, Elinor, sa soeur aînée. Toutes deux s'entendent extrêmement bien même si leur caractère les oppose (telles Miss Jane Bennet et sa soeur Elizabeth dans Pride and Prejudice). Marianne est entière, impétueuse, romanesque, elle accepte sans se poser de questions qu'un jeune homme dont elle est éprise lui offre un cheval, est également prompte à s'extasier devant une feuille tombée d'un arbre (on reconnaît bien là l'ironie de Jane Austen) mais aussi à juger ceux qu'elle rencontre, parfois sévèrement. A l'inverse, Elinor est plus douce, plus réservée. C'est elle qui incarne la raison dans ce roman, devant mettre en garde sa mère des dangers qui guettent Marianne et se faisant une opinion toujours réfléchie de chacun. C'est ainsi qu'elle tombe amoureuse d'Edward Ferrars, héritier peut-être un peu terne en apparence, mais intelligent, intègre et bon sous ses dehors timides. "My judgment," he returned, "is all on your side of the question; but I am afraid my practice is much more on your sister's. I never wish to offend, but I am so foolishly shy, that I often seem negligent, when I am only kept back by my natural awkwardness. I have frequently thought that I must have been intended by nature to be fond of low company, I am so little at my ease among strangers of gentility!" (Edward Ferrars - p 100)

A l'inverse, contrairement à Marianne et à Mrs Dashwood, complètement sous le charme, Elinor est la première à formuler quelques doutes sur le caractère  du fougueux Willoughby, qui entre en scène peu après leur arrivée à Barton Cottage dans le Devonshire. In Mrs Dashwood's estimation, he was as faultless as in Marianne's ; and Elinor saw nothing to censure in him but a propensity, in which he strongly resembled and peculiarly delighted her sister, of saying too much what he thought on every occasion, without attention to persons or circumstances. In hastily forming and giving his opinion of other people, in sacrificing general politeness to the enjoyment of undivided attention where his heart was engaged, and in slighting too easily the forms of worldly propriety, he displayed a want of caution which Elinor could not approve, in spite of all that he and Marianne could say in its support. (p52)

Deux personnages que tout oppose vont alors graviter autour de Marianne : d'une part le jeune Willoughby, qui a pour lui l'insouciance de la jeunesse, l'extravagance et un joli visage ; de l'autre le colonel Brandon, dont le tempérament généreux est masqué par une grande réserve, tandis que son âge plus avancé pour l'époque constitue aux yeux de Marianne une terrible infirmité (ses rhumatismes en étant pour elle la preuve indéniable !).

[Colonel Brandon] was silent and grave. His appearance however was not unpleasing, in spite of his being in the opinion of Marianne and Margaret an absolute old bachelor, for he was on the wrong side of five and thirty; but though his face was not handsome his countenance was sensible, and his address was particularly gentlemanlike. (p36) Mais Marianne n'est pas tendre avec lui (et l'influence néfaste de Willoughby ne la pousse pas à plus d'indulgence) : "Add to which," cried Marianne, "that he has neither genius, taste, nor spirit. That his understanding has no brilliancy, his feelings no ardour, and his voice no expression." (p55)

A l'inverse, sous des dehors avenants, le jeune Willoughby est un garçon bien superficiel, qui ne pense qu'à son bon plaisir.

Willoughby, que l'on s'attendait à faire un jour ou l'autre sa demande en mariage, part brusquement et semble peu enclin à s'engager sur la date de son retour. Si Marianne est malheureuse, Elinor y voit un signe de l'inconséquence du jeune homme et s'inquiète de savoir si sa soeur et lui sont finalement secrètement fiancés ou non. Quelque temps plus tard, Mrs Jennings, qui séjournait dans le voisinage, propose à Elinor et Marianne de l'accompagner à Londres pour la saison. Le caractère de Willoughby est rapidement révélé et l'on apprend ses récentes fiançailles avec une héritière. D'autres informations seront ensuite communiquées aux deux soeurs sur le comportement passé du jeune homme, qui confirmeront le triste caractère de celui-ci (un personnage qui n'est pas sans ressembler à un certain Wickham - la proximité des noms ne m'avait d'ailleurs pas encore sauté aux yeux).

Elinor made no answer. Her thoughts were silently fixed on the irreparable injury which too early an independence and its consequent habits of idleness, dissipation, and luxury, had made in the mind, the character, the happiness, of a man who, to every advantage of person and talents, united a disposition naturally open and honest, and a feeling, affectionate temper. The world had made him extravagant and vain—Extravagance and vanity had made him cold-hearted and selfish. Vanity, while seeking its own guilty triumph at the expense of another, had involved him in a real attachment, which extravagance, or at least its offspring, necessity, had required to be sacrificed. Each faulty propensity in leading him to evil, had led him likewise to punishment. The attachment, from which against honour, against feeling, against every better interest he had outwardly torn himself, now, when no longer allowable, governed every thought; and the connection, for the sake of which he had, with little scruple, left her sister to misery, was likely to prove a source of unhappiness to himself of a far more incurable nature. (p 354)

"At present," continued Elinor, "he regrets what he has done. And why does he regret it?—Because he finds it has not answered towards himself. It has not made him happy. His circumstances are now unembarrassed—he suffers from no evil of that kind; and he thinks only that he has married a woman of a less amiable temper than yourself. But does it follow that had he married you, he would have been happy?—The inconveniences would have been different. He would then have suffered under the pecuniary distresses which, because they are removed, he now reckons as nothing. He would have had a wife of whose temper he could make no complaint, but he would have been always necessitous—always poor; and probably would soon have learned to rank the innumerable comforts of a clear estate and good income as of far more importance, even to domestic happiness, than the mere temper of a wife."(p 375-376)

Ainsi les apparences sont bien trompeuses, c'est donc la sage Elinor qui la première avait perçu la valeur des deux prétendants. Marianne, elle, devra faire une erreur et en souffrir terriblement avant de choisir un parti moins étincelant a priori mais finalement bien plus susceptible de faire son bonheur.

austen poss portrait.jpgL'univers de Jane Austen serait bien pauvre sans les nombreux personnages secondaires qui donnent du piquant à l'intrigue. Ainsi la brave Mrs Jennings, qui a bon fond mais peu de jugeotte, s'attend par exemple à voir le colonel Brandon rayonner en apprenant que Willoughby a préféré une autre femme à Marianne et que par conséquent, celle-ci est encore libre d'épouser quelqu'un d'autre. Elle ne comprend pas que le colonel souffre avant tout pour Marianne et ressent avec amertume la situation dans laquelle son rival l'a mise.

Il y aussi l'étrange couple formé par les Palmer : Mr Palmer est toujours brusque avec son épouse, se plonge dans le journal en public mais répond qu'il n'y a rien d'intéressant dedans lorsqu'on tente de l'interroger sur le contenu, tandis que sa femme est une petite créature idiote et charmante, bien décidée à être heureuse et qui, ainsi, fait fi de toutes les remarques de son mari qu'elle juge amusantes.

Enfin, outre Willougby, Fanny Dashwood et sa mère, un autre personnage foncièrement mauvais est mis en scène : il s'agit de Lucy Steele. D'un rang social inférieur, elle est fiancée à Edward Ferrars qui a commis une erreur de jeunesse et se sent désormais prisonnier d'une union dont il ne veut plus. Lucy est un personnage désagréable, qui s'abaisse à flatter tout un chacun (avec succès !) et dont l'intérêt pour Edward semble plus motivé par le titre d'héritier de celui-ci qu'à un réel attachement, puisqu'elle a bien deviné les sentiments de son fiancé pour Elinor. Elle s'empresse ainsi de devenir l'amie de celle-ci et de la prendre pour confidente afin de déverser sur elle un flot d'informations à double sens (grâce à des allusions peu subtiles) sur la relation qu'elle entretient avec Edward.

"You may well be surprised," continued Lucy; "for to be sure you could have had no idea of it before; for I dare say he never dropped the smallest hint of it to you or any of your family; because it was always meant to be a great secret, and I am sure has been faithfully kept so by me to this hour. Not a soul of all my relations know of it but Anne, and I never should have mentioned it to you, if I had not felt the greatest dependence in the world upon your secrecy; and I really thought my behaviour in asking so many questions about Mrs. Ferrars must seem so odd, that it ought to be explained. And I do not think Mr. Ferrars can be displeased, when he knows I have trusted you, because I know he has the highest opinion in the world of all your family, and looks upon yourself and the other Miss Dashwoods quite as his own sisters." (p 138)

Au final, y a-t-il un juste équilibre entre raison et sentiments ? S'il ne faut pas trop se fier aux manifestations excessives de sentiments (ceux de Willoughby n'ayant aucune valeur, Marianne s'enfermant dans un rôle et s'encourageant même à pleurer car il ne peut y avoir de désespoir dans la discrétion à ses yeux), les sentiments plus profonds triomphent à la fin du roman. Ceux qui aiment vraiment sont enfin reconnus à leur juste valeur, quant à Elinor (qui semblait si encline à raisonner et que sa soeur jugeait trop peu démonstrative pour souffrir autant elle), elle finit par déverser toutes les émotions contenues depuis longtemps, lorsqu'Edward vient annoncer qu'il n'est plus lié à Lucy Steele. Mrs Dashwood se rend alors compte du fait qu'Elinor a souffert au moins autant que Marianne et qu'elle ne lui a pas accordé assez d'attention uniquement parce qu'elle n'a pas manifesté ouvertement ses émotions.  Au final, si les apparences sont parfois trompeuses.

Que dire encore une fois sur Austen qui fait partie de mes écrivains favoris ? Si vous ne l'avez pas encore lue, je ne peux que vous inviter à faire sa connaissance pour découvrir sa délicieuse ironie, le regard intelligent qu'elle porte sur ses personnages et son époque, sa capacité à décrire les relations humaines et la subtilité de sa plume.

Sur ce blog, de Jane Austen (outre les adaptations de ses romans et quelques austeneries) :

Lu dans le cadre du Mois anglais, mais chroniqué un peu tard, et du challenge austenien d'Alice.

5coeurs.jpg

 

 

Jane Austen, Sense and Sensibility, 1811

jane austen, austen, roman anglais, roman xixe, angleterre, classiques, sense and sensibility, raison et sentiments, marianne dashwood, elinor dashwood, edward ferrars, colonel brandon, willoughbyjane austen,austen,roman anglais,roman xixe,angleterre,classiques,sense and sensibility,raison et sentiments,marianne dashwood,elinor dashwood,edward ferrars,colonel brandon,willoughby

03/06/2013

Lost in Austen (2008)

film-lost in austen01.jpegIl y a trop longtemps que je n'avais pas parlé aussi de Jane Austen ou de films d'époque inspirés de son oeuvre. J'ai donc décidé de revoir Lost in Austen, découvert à sa sortie mais jamais chroniqué par ici. Ce qui me fait réaliser que certains films se prêtent assez mal aux retrouvailles, car cette série qui avait fait mon bonheur il y a quelques années (et que j'avais vue deux fois en peu de temps) m'a cette fois-ci laissé une impression plus mitigée.

film-lost in austen02.jpeg

[Contient des spoilers]

L'idée de départ est plutôt sympathique et faite pour plaire à toute janéite : Amanda Price vit à Hammersmith aujourd'hui, une vie assez caractéristique de la classe moyenne anglaise, et peu satisfaisante aux yeux de la jeune femme. Celle-ci regrette le manque de romantisme de son petit ami (qui la demande en mariage en rotant) et aspire à une vie moins terne, s'échappant ainsi dès qu'elle le peut dans Pride and Prejudice de Jane Austen – qui semble être sa seule lecture au passage. Elle apprécie l'art de courtiser, les manières qui caractérisent la période et soupire en pensant à Mr Darcy (qui lui évoque Colin Firth). Un soir, elle entend du bruit dans sa salle de bain et y trouve Elizabeth Bennet, qui dit avoir découvert un passage entre le grenier de sa maison et l'appartement d'Amanda. Celle-ci pénètre ainsi dans la maison des Bennet mais, manque de chance, ne parvient plus à revenir sur ses pas une fois entrée dans le monde d'Austen. A partir de là, c'est tout l'univers de Pride and Prejudice qui est menacé. Mr Bingley vient de s'installer à Netherfield Park, lui et Mr Darcy vont bientôt rencontrer les filles Darcy... mais rien ne va se passer comme prévu. Elizabeth n'est pas là, quant à Amanda, elle se distingue tellement des autres par son comportement qu'elle concentre toute l'attention sur elle : Mr Bingley ne s'intéresse pas à Jane mais à elle, plus tard Mr Collins lui fera aussi une demande en mariage... et ainsi de suite. Amanda cherchera à rétablir les relations entre les personnages pour ne pas détruire le roman, malheureusement, ce sera d'autant plus difficile qu'Elizabeth ne tient pas à revenir et qu'Amanda tombe bien entendu amoureuse de Darcy.

film-lost in austen06.jpeg

Je gardais le souvenir d'une série amusante, fraîche et agréablement divertissante grâce à ses traits d'humour et aux nombreuses allusions à l'univers d'Austen et à l'adaptation de la BBC avec Colin Firth et Jennifer Ehle. Lost in Austen prend toutefois un certain nombre de libertés par rapport au roman, modifiant l'histoire de Wickam par exemple, ou faisant de Caroline Bennet une disciple de Sapho.

film-lost in austen07.jpeg

J'ai ainsi passé de nouveau un bon moment, ceci dit je suis peut-être un peu moins bon public car j'ai été davantage gênée par certains aspects de la série, qui tiennent essentiellement au personnage d'Amanda. Je l'ai trouvée vulgaire, trop en décalage avec le monde de Jane Austen pour quelqu'un qui passe sa vie à lire et relire Pride and Prejudice. Les passages où on l'entend penser sont souvent bien mièvres dès que son histoire avec Mr Darcy commence à évoluer (de façon chaotique et assez peu crédible). Peut-être qu'une Elizabeth Bennet des temps modernes m'aurait davantage convaincue mais finalement, c'est essentiellement le décalage d'Amanda avec l'époque qui la rend unique et attire les personnages masculins ; Amanda n'a en soi pas beaucoup d'intérêt. La trame elle-même est également tirée par les cheveux, comme le mariage de Jane avec Mr Collins, qui pourra prendre fin car il n'a pas été consommé, tandis que Charlotte Lucas décide de partir en Afrique ou que Lydia s'enfuit avec un Bingley dépressif.

film-lost-in-austen country dance.jpg


A ceux qui n'auraient pas encore vu cette série je la recommanderais à condition de ne pas en attendre davantage qu'une romance légère faite pour vous rappeler un roman merveilleux.

Un billet austenien pour le Mois anglais ! Cette série est inspirée de Pride and Prejudice ; quelques chroniques autour de ce roman, qui fête cette année ses 200 ans :

Romans : Pride & Prejudice de Jane Austen ; The Darcys and the Bingleys de Marsha Altman ; Mort à Pemberley de P.D. James ; Les Filles de Mr Darcy de Marsha Altman.

Films : Pride and Prejudice (1995 BBC) ; Pride and Prejudice (2005) ; Bride & Prejudice (2004) ; Bridget Jones's Diary (2001) / The Age of Reason (2004).

2,5coeurs.jpg




Lost in Austen (2008)

lost in austen,pride and prejudice,orgueuil et préjugés,jane austen,challenge back to the past,mois anglais,hugh bonnevillelost in austen,pride and prejudice,orgueuil et préjugés,jane austen,challenge back to the past,mois anglais,hugh bonneville





lost in austen,pride and prejudice,orgueuil et préjugés,jane austen,challenge back to the past,mois anglais,hugh bonneville

17/08/2012

Shocking ! Les filles Darcy risquent leur vertu à Londres

aston-les-filles-de-mr-darcy.jpgChère Lady Ludlow,

Ma chère amie, je viens de recevoir votre lettre envoyée le mois dernier depuis Cadix. Il faut croire que le courrier s'achemine de plus en plus mal car je suis certaine que lorsque Sir Edward et moi nous sommes rendus en Espagne il n'y a pas plus de cinq ans, je recevais si rapidement vos réponses à mes lettres que je n'avais guère le temps de me languir dans ce pays peu civilisé, sans la moindre modiste digne de ce nom – si bien que comme vous j'avais fini par faire venir ma couturière sur place pour plus de simplicité.
J'espère que vous ne vous ennuyez pas à mourir. Il est vrai que Cadiz est une ville bien plus petite que Madrid où je déplorais déjà le peu d'activités, mais vous appréciez tellement tous ces livres aux titres compliqués que je suis persuadée que vous êtes ravie de ce séjour, et je m'en réjouis. J'ose espérer toutefois que les quelques nouvelles de Londres que j'ai à vous communiquer sauront vous divertir, d'autant plus que vous ne pouvez pas rentrer sans connaître les derniers événements, sans quoi vous passeriez pour une excentrique !

Vous vous souvenez bien sûr du mauvais mariage qu'a fait Fitzwilliam Darcy, de Pemberley, et du scandale qu'a causé cette mésalliance. Alors qu'il aurait pu épouser n'importe quelle jeune femme de haut rang, voilà qu'il avait préféré une fille quelconque sans titre ni fortune, dont les manières laissaient qui plus est à désirer (je tiens cette dernière information d'une amie intime de ma tante, Lady Catherine, qui a eu bien des raisons de regretter cette triste affaire).

Vous savez aussi que les Darcy ont eu cinq filles : vous ne serez pas étonnée de savoir que la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre ! L'aînée était fiancée à un jeune homme de bonne famille, bien que sa famille soit assez peu connue dans nos cercles, mais il a disparu au cours d'une bataille. On dit que depuis la jeune femme jouait les veuves éplorées (ce qui a beaucoup fait rire par ici) et pour l'avoir rencontrée j'ai bien constaté que c'était l'héritière la plus assommante qui soit. Eh bien figurez-vous que son cher fiancé est réapparu, qui plus est marié ! Il prétend l'amnésie mais personne ici n'est dupe et, après avoir échangé quelques mots avec elle, tout le monde s'accorde à s'amuser de la présence d'esprit du fiancé et de la façon dont il a su se tirer de ce mauvais pas !

Mais je gardais le meilleur pour la fin : la deuxième fille, qui ressemble paraît-il à sa mère comme deux gouttes d'eau, s'est éprise de Sir Sidney, qui avait fait fuir sa dernière fiancée peu avant de la conduire à l'autel, Sir Sidney dont le statut de célibataire endurci commençait à se confirmer. A peine arrivée à Londres, cette demoiselle Darcy a manifesté son intérêt pour Sir Sidney sans la moindre discrétion, pour le rejeter publiquement après la demande en mariage que personne n'osait imaginer ! Vous vous doutez que ce petit scandale a alimenté toutes les conversations, mais à peine la nouvelle avait-elle fait le tour de Londres que le pot aux roses était découvert : Sir Sidney est (j'ose à peine l'écrire et il n'y a bien qu'avec vous que je peux permettre de divulguer aussi clairement une telle nouvelle sans passer pour une bavarde indiscrète) un sodomite, parti avec son valet favori à l'étranger qui plus est !

Ma chère amie, je tremble à l'idée de vous annoncer de tristes événements dans les missives à venir mais je crains que Fitzwilliam Darcy et son épouse n'aient de bien mauvaises nouvelles en guise d'accueil à leur retour de ce voyage en Perse ou en Turquie (un pays de ce genre). Il est évident que leurs filles ont été confiées à des mains bien peu expérimentées pour les accompagner pendant ce séjour londonien et leur entrée dans le monde. Mais lorsqu'on  laisse ses filles quitter le confort d'une propriété campagnarde pour les bals de Londres sans les surveiller de près, on peut s'estimer heureux s'il ne leur arrive rien de fâcheux !

Donnez-moi des nouvelles de vous ou parlez-moi de vos arides lectures si vous n'avez rien d'autre à me communiquer, j'en déduirai que vous vous ennuyez à mourir et veillerai à vous écrire aussi souvent que possible pour vous tenir informée des incontournables de cette saison ! Certes mes lettres ne valent pas vos lectures favorites, mais j'espère qu'elles auront au moins le mérite de constituer pour vous un agréable divertissement !

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice3coeurs.jpg

 

 

475 p

Elizabeth Aston, Les filles de Mr Darcy, 2003

(2012 pour la parution française)

austen.jpg Oui je ne suis pas trop présente sur mon blog en ce moment : mariage, voyages, travail, j'ai un peu de mal à tout suivre mais je continue à lire et prévois des billets pour la rentrée et surtout, pour le challenge Halloween. A très vite !

13/07/2012

P.D. James, La Mort s'invite à Pemberley

pd james,la mort s'invite à pemberley,austen,jane austen,angleterre,angleterre xixe,roman anglais,polar anglais,polar historique,darcy,elizabeth bennet,orgueil et préjugés,pride and prejudice,pemberleyCes derniers temps, je suis régulièrement invitée chez les Darcy et, cela ne vous étonnera pas, j'en suis absolument ravie. Si mes errances livresques me conduisent en ce moment à Londres où je fais la connaissance des filles de Mr Darcy, j'ai d'abord mis un point d'honneur à m'arrêter à Pemberley pour résoudre un crime infâme. Ma chère Titine était du voyage et nous avons pris beaucoup de plaisir à jouer les Miss Marple pour rétablir la vérité.

Mais de quel crime suis-je donc en train de parler ? Amis lecteurs, si vous découvrez en ce moment Pride and Prejudice de Jane Austen, sachez que le capitaine Denny n'est plus. Eh oui, lors d'une promenade ma foi fort agréable sous la pluie et le vent en compagnie du colonel Fitzwilliam, nous avons découvert le fringant militaire à terre, le visage ensanglanté. Denny avait rendu l'âme (ceux qui espéraient le voir déclarer sa flamme à Mary Bennet en seront donc pour leur compte).

Comme Darcy n'a jamais eu de chance à ce sujet, il fallait que le coupable tout désigné fut Wickam, ce beau-frère également persona non grata à Pemberley. Et parce que Darcy est un chic type (un homme grand et très anglais – dixit sa fille dans Les Filles de Mr Darcy, vous l'aurez donc compris c'est quelqu'un de bien), le voilà obligé de contribuer financièrement au bien-être de Wickam en prison, tandis que, fort heureusement pour lui et sa chère Elizabeth, Lydia Wickam est invitée à séjourner chez les Bingley (déjà un problème en moins). C'est aussi une menace qui pèse sur la respectabilité de la famille et, querelles ou pas, il n'est jamais très agréable de savoir son beau-frère en mauvaise posture dans un procès pour meurtre (surtout en Angleterre au début du XIXe).

Heureusement, grâce à nos capacités de déductions hors du commun, Titine et moi avons deviné bien vite que Wickam n'était pour rien dans ce vil assassinat. Que le comportement de Fitzwilliam, soudain pris d'une envie d'aller faire un tour dehors un soir de tempête, n'avait rien de normal. Qu'il se passait quelque chose de fort suspect dans la maison du bois. Et que le fantôme aperçu par deux domestiques dans la forêt cachait lui aussi quelque chose de louche.

Je ne vous dirai point comment nous avons résolu cette palpitante affaire, sachez seulement que, si l'envie vous prenait d'ouvrir La Mort s'invite à Pemberley, vous passeriez un charmant moment en compagnie de gentlemen fort respectables, dont la culpabilité serait écartée de suite par le magistrat en charge de l'affaire. Entre quelques tasses de thé et conversations viriles au coin du feu, vous auriez certes peu l'impression de découvrir un polar classique et plein d'hypothèses, mais le charme de Pemberley et de l'Angleterre de ce début de XIXe risquerait fort de vous séduire une fois de plus. Bien sûr on ne retrouve ni l'humour ni l'ironie de Jane Austen, et l'intrigue policière n'est sans doute pas ce qui intéressait P.D. James mais, sans être éblouissant, ce livre se classe parmi les suites honnêtes de Pride and Prejudice : pour ma part j'ai passé un très agréable moment, une tasse de thé à la main (du moins lorsque je le pouvais). Une lecture qui correspondait tout à fait à mon état d'esprit du moment !

Une balade austenienne pour laquelle je remercie les éditions Fayard... et puisque je ne parvenais plus à quitter les Darcy, j'ai commencé à lire Les Filles de Mr Darcy, dont je vous parlerai donc bientôt.

PS : Et si Mr Darcy avait quelque chose à se reprocher ?

Et sur ce blog, de Jane Austen :

Autour d'Orgueil et Préjugés :

Marsha Altman,The Darcys and the Bingleys (2009) - une autre suite au roman !

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice

pd james,la mort s'invite à pemberley,austen,jane austen,angleterre,angleterre xixe,roman anglais,polar anglais,polar historique,darcy,elizabeth bennet,orgueil et préjugés,pride and prejudice,pemberley

 

 

393 p

P.D. James, La Mort s'invite à Pemberley, 2011

pd james,la mort s'invite à pemberley,austen,jane austen,angleterre,angleterre xixe,roman anglais,polar anglais,polar historique,darcy,elizabeth bennet,orgueil et préjugés,pride and prejudice,pemberley

09/05/2012

En poussant les grilles de Mansfield Park

austen-mansfield park.jpgMansfield Park est un roman un peu particulier pour moi qui apprécie énormément Jane Austen. C'est le seul que j'aie jamais abandonné en cours de route : peu après avoir dévoré Northanger Abbey, mon tout premier Austen, j'ai eu envie de poursuivre avec un roman plus dense et me suis plongée avec empressement dans Mansfield Park, que j'ai ensuite abandonné au bout d'une centaine de pages. Malgré mes coups de coeur successifs pour tous les autres textes d'Austen lus depuis, je craignais d'apprécier un peu moins ce roman réputé difficile et qui est loin de faire de l'unanimité. Et lorque je l'ai laissé de côté arrivée à la moitié il y a bien six mois, j'ai fini par me dire que j'étais partie pour un nouvel abandon. J'ai finalement eu envie de reprendre ma lecture il y a deux semaines, alors que j'ai enfin retrouvé un peu de temps libre, et bien m'en a pris, car j'ai dévoré les quelques 200 pages qu'il me restait à lire.

Fanny Price est issue d'un milieu plutôt modeste. Sa mère a fait un mariage d'amour dont elle se repend peut-être, sa situation matérielle étant loin d'être confortable. C'est alors que la famille maternelle propose d'élever la petite Fanny. Si sa tante Mrs Norris semble avoir une idée bien arrêtée sur la question et décide de tout, ce sont finalement les Bertram qui accueilleront la petite sous leur toit, Mrs Norris étant bien plus apte à prodiguer des conseils qu'à se rendre elle-même d'une quelconque utilité (tout effort de sa part relevant à ses yeux du sacrifice le plus absolu, le don de chaque objet miteux étant pour elle une preuve de son immense générosité, à étaler devant toute la galerie sans modération).
austen-mp.jpgLa petite Fanny est sans surprise un peu perdue : loin de sa famille et, surtout, de son frère William, l'enfant se retrouve dans une immense propriété bien différente de tout ce qu'elle a connu jusque-là. Ses cousines et le plus âgé des cousins sont informés de leur différence de statut social et ne deviennent pas ses compagnons de jeu, Sir Bertram est beaucoup trop sévère pour susciter son affection, Lady Bertram vit dans un monde bien à elle et ne s'occupe que de son propre comfort, tandis que Mrs Norris passe son temps à rappeler à Fanny combien elle doit à son oncle et ses tantes pour leur immense générosité, tout en la rabrouant constamment de manière à ne pas lui faire oublier son statut social. Heureusement, Fanny trouve un ami en la personne de son cousin Edmund.
La situation change peu lorsque Fanny grandit. On lui a appris à considérer ses jolies cousines comme ses supérieures ; elle craint Sir Bertram et passe son temps à assister Lady Bertram pour qui la moindre activité est une source de fatigue inimaginable. Le temps ayant fait son oeuvre, Fanny est tombée amoureuse d'Edmund, son allié de longue date à Mansfield Park.
Une petite tornade vient bouleverser leur univers lorsque, en l'absence de Sir Thomas parti à Antigua pour la gestion de ses affaires, Henry Crawford et sa soeur Mary viennent rendre visite à leur famille au presbytère adjacent. Henry courtise les cousines de Fanny, en particulier l'aînée, déjà fiancée, tandis qu'Edmund tombe sous le charme de la pétillante et légère Mary. En retrait du petit groupe, Fanny observe les nouveaux venus avec un oeil critique : elle est la seule à voir en ces deux jeunes gens des arrivistes à la morale douteuse.
NewbyHall.jpgCe roman est passionnant, c'est pourtant à mon avis roman exigeant, qui se mérite, dans le sens où il n'est pas facile de l'apprivoiser et de le faire sien. Plus austère que les pétillants Pride and Prejudice ou Northanger Abbey, habité de héros un peu ternes, Mansfield Park est quelque peu moralisateur :  les Crawford, hauts en couleur, sont peu recommandables (alors que par certains aspects, Mary n'est pas sans rappeler Elizabeth Bennet) ; la ville est néfaste, laide, vicieuse, et s'oppose à la pureté et à la beauté de la campagne ; Fanny est plus intègre, plus respectueuse de certaines valeurs car elle a été élevée plus sévèrement, dans un constant rappel de sa basse extraction ; de nombreuses discussions se multiplient au sujet de la profession de pasteur, Edmund voulant porter l'habit et étant appuyé en ce sens par ses proches, tandis que la fougueuse Mary traite avec légèreté et condescendance la profession.

La galerie de personnages est, comme toujours chez Austen, très réussie. Bien entendu on s'attache facilement au cousin Edmund et, pour ma part, j'ai beaucoup apprécié Fanny, certes extrêmement raisonnable, douce, docile (à peu près mon contraire!) mais dont le comportement m'a paru cohérent avec sa situation : vivant dans un petit cercle qui lui a toujours rappelé qu'elle n'était là qu'une invitée et guidée par son cousin Edmund qui a partagé avec elle des principes religieux et moraux stricts, elle réagit en conformité avec ses convictions, avec la liberté qui lui est laissée ou dont elle pense pouvoir profiter. Les Crawford sont bien saisis et parviennent à se rendre attachants en dépit de leurs innombrables faiblesses. Seule la tante Norris est insupportable du début à la fin, mais sa mesquinerie est si bien rendue à l'aide de remarques acerbes que l'on finit par apprécier ses apparitions, qui personnellement savaient m'irriter au plus haut point. Citons encore Sir Bertram, qui éduque ses enfants comme il administre ses biens, finançant puis revenant au bout d'un certain temps pour faire le tour des performances des uns et des autres. Sans être mauvais, Sir Bertram ne parvient pas à voir que ce qui a manqué à ses enfants, c'est l'affection, et non seulement l'absence de principes moraux comme il le pense. Au final, son investissement au départ désintéressé lui rapporte, puisque Fanny devient une fille aimante et attentionnée.
Je ne recommanderais pas ce livre pour découvrir Jane Austen, mais à tous ceux qui l'apprécient déjà, il serait vraiment dommage de ne pas pousser les portes de Mansfield Park.

Mon billet sur l'adaptation du roman en 1999 par Patricia Rozema.

Mes autres billets sur des romans et textes narratifs de Jane Austen :

D'autres billets sur Mansfield Park : Lilly, Cafebook, Coeur de Camomille, Alice in Wonderland, Pimpi, le forum Boulevard des Passions, Lecture/Ecriture (plusieurs avis), Critiques libres (plusieurs avis)...

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice, du challenge un classique par mois de Cécile et du défi Je lis en anglais de Miss Bouquinaix.

5coeurs.jpg

492 p

Jane Austen, Mansfield Park, 1814

austen.jpgun classique par mois2.jpgchallenge je lis en anglais.png

05/05/2012

Séjour éprouvant à Mansfield Park

film-mansfield park 1999_04.jpgJe viens tout juste de refermer Mansfield Park de Jane Austen, et j'ai eu envie de voir enfin l'adaptation de Patricia Rozema, qui faisait partie de mes quelques DVD austeniens en attente. J'avais déjà vu il y a trois ans la version d'ITV, quand je passais mes soirées à regarder des adaptations  des romans d'Austen. Cette version d'ITV ne m'a pas laissé une grande impression, si ce n'est que j'avais trouvé Billie Piper hautement improbable dans le rôle de Fanny Price. Je savais que la version de Patricia Rozema n'était pas fidèle au roman et j'ai essayé de ne pas m'attacher à ce point en voyant le film, pour éviter une déception du type Pride and Prejudice de Joe Wright. Bon, il faut bien le dire, c'est un véritable échec, car je me suis franchement ennuyée et suis complètement passée à côté des subtilités de la réalisation.

film-mansfield park 1999_02.jpg

Mais quelques mots sur le sujet : Fanny Price a été recueillie petite fille par son oncle et sa tante Bertram. Cette dernière a fait un mariage plus réussi financièrement que Mrs Price qui, ayant suivi son coeur, se retrouve dans une situation financière peu enviable. Fanny grandit ainsi auprès de ses cousins et tombe amoureuse d'Edmund, qui doit entrer dans les ordres. Le petit cercle est soudain perturbé par l'arrivée dans le voisinage de Mr Henry Crawford et de sa soeur Mary, séduisants, ambitieux, bien décidés à tirer profit de leurs nouvelles connaissances.

film-Mansfield-Park-1999-mansfield-park-14359543-640-480.jpgRepartant sur cette même base, le film n'a malgré tout pas grand-chose en commun avec le roman, si ce n'est le nom des personnages et quelques traits communs, ainsi que l'attachement de la jeune Fanny Price pour son cousin Edmund. Mais je m'y étais préparée et ce n'est pas tant ça qui m'a posé problème.

La réalisation est pour moi complètement décousue : là où Joe Wright (dont les films me font mourir d'ennui) sait exceller en plans de toute beauté, le film est d'un esthétisme douteux, voire franchement décevant, malgré quelques idées sympathiques comme cette caméra qui s'envole à la fin de scène en scène, avec une narration non dénuée d'humour. Quel intérêt y avait-il à multiplier les voix superposées (comme par exemple le sermon de Sir Bertram, dont les échos se perdent de scène en scène) ou les ralentis (danse au bal, ou encore Fanny partie à cheval une nuit sous un orage parce qu'elle n'est pas contente) ? Certaines scènes manquent de crédibilité : Lady Bertram reniflant sa petite fiole (il s'agirait d'opium), Sir Bertram ne réagissant pas franchement à l'annonce de l'échec du mariage de sa fille aînée par la presse, Mary Crawford enlaçant Fanny dans une étreinte sensuelle en répétant une pièce de théâtre ou encore fumant une cigarette, quand elle n'assiste pas aux conseils familiaux des Bertram chez qui décidément, tout le linge sale est lavé en public (à noter ce commentaire fort judicieux « This is 1806 for Heaven's sake ! »). Enfin l'esclavage, l'un des thèmes évoqués car la fortune de la famille en dépend, est introduit à plusieurs reprises mais, à mon avis, sans lien clair avec le reste de l'histoire. Quelques scènes viennent ainsi nous dire que l'esclavage est un commerce monstrueux, ce qui est certes vrai mais ne fait qu'ajouter une dose de bons sentiments au milieu de ce méli-mélo de passages à l'eau de rose, le film étant beaucoup trop fleur bleue pour moi je crois.

film-mansfield park 1999_01.jpgEn tout cas j'aurais eu beaucoup de mal à me laisser tenter par le roman en voyant d'abord ce film, qui me déçoit finalement beaucoup plus que ce que j'avais anticipé. Et c'est vraiment dommage, car je n'avais pas vraiment envie de quitter Mansfield Park ! A noter cependant la bonne prestation de Frances O' Connor qui campe une Fanny très différente de celle du roman, apportant beaucoup de fraîcheur au personnage.

film-mansfield park 1999-03.jpg

Un nouvel article dans le cadre du challenge Back to the Past organisé sur ce blog et avec Maggie, et du challenge Jane Austen judicieusement proposé par Alice de Jane is my Wonderland.

Billets : Peachy Reviews (qui n'est pas tendre avec l'adaptation), et plus positifs Lilly (enthousiaste),  Nataka...

2coeurs.jpg

 



Mansfield Park, un film de Patricia Rozema, 1999

back to the past.jpgausten.jpg

12/01/2012

Jane Austen's turn

austen_persuasion.jpgC'est avec fébrilité que j'ai ouvert et dévoré en quelques jours Persuasion, le seul roman austenien dont je ne connaissais pas encore l'histoire (billet rédigé à l'été 2009 mais jamais publié !). Car oui, amis lecteurs, il m'arrive de résister courageusement aux appels sournois des adaptations télévisées qui, diaboliques, me font pourtant de l'oeil depuis quelque temps [depuis l'époque où j'ai écrit ce billet j'ai vu et même chroniqué les deux adaptations mais promis juré je ne connaissais rien à Persuasion en ouvrant le roman].

Persuasion ne sera pas mon Austen favori mais, comme tous les autres, il occupera une place à part dans ma bibliothèque. A Emma, je reprochais quelques longueurs tout en trouvant l'héroïne amusante et finalement, très attachante. Persuasion est en quelque sorte mon anti-Emma. Anne Elliot occupe une place particulière dans l'univers austenien, en raison de son âge et de son parcours ; son histoire se lit avec plaisir tandis que la plus grande concision et la structure permettent  au roman de gagner en efficacité. Mais, si j'admire toutes les héroïnes austeniennes et qu'Anne Elliot ne fait pas figure d'exception, j'ai été moins séduite par ce personnage un peu trop parfait à mon goût.

Influencée par ses proches, Anne Elliot a éconduit le capitaine Wentworth voilà 8 ans de cela. Un choix étonnament raisonnable pour une jeune femme amoureuse d'un homme sans rang ni fortune. Aujourd'hui, approchant de la trentaine, Anne n'a toujours pas oublié son capitaine ; lui non plus, à ceci près qu'il ne lui a toujours pas pardonné d'avoir rompu leur engagement autrefois.

Contrairement aux jeunes héroïnes austeniennes, Anne est une femme plus mûre, plus réfléchie, sur le point de perdre les derniers éclats de sa jeunesse. Eclats qui à l'époque n'étaient plus qu'un lointain souvenir passé le cap de la trentaine (comme quoi, le monde austenien a aussi de sérieux inconvénients !). Ayant été raisonnable trop tôt, ce n'est que maintenant qu'Anne accepte d'écouter ses sentiments. Elle sait désormais qu'elle est incapable de faire un mariage de raison et d'épouser un homme de fortune ou  bien né sans amour ; le temps lui a aussi permis de reconnaître la sincérité de son premier attachement. Curieusement, Anne est devenue à la fois plus romantique et sage. D'une part, elle n'est pas prête à se marier puisque son coeur est déjà pris et se comporte de la sorte comme une très jeune héroïne ; de l'autre, elle a appris à mieux se connaître. Refuser toute autre forme de mariage est finalement compréhensible, puisque cela ne servirait en rien à la rendre heureuse.

bbc-persuasion.jpgCe qui me rend Anne un  peu moins sympathique que d'autres personnages austeniens, c'est son attitude parfaite en toute circonstance. Elle est généreuse et s'épanouit en apportant son soutien à d'autres, du neveu blessé à la soeur égocentrique, en passant par l'ancienne amie dans le besoin et la femme qui semble avoir séduit récemment le capitaine Wentworth. Elle est toujours amoureuse dudit capitaine mais souhaite ardemment la guérison de sa probable rivale, ne voulant que le bonheur de son cher et tendre et d'une jeune femme après tout très sympathique. Elle supporte sans mot dire les remarques déplacées de ses proches et le peu de considération dont ils font preuve à son égard. C'est un excellent juge qui, contrairement à son entourage, n'est pas aveuglée par de trompeuses apparences. En résumé, Anne Elliot est  (notamment) bonne, juste, fidèle, dévouée, courageuse, intelligente, spirituelle  et droite. Elle s'efface au profit des autres et ne semble jamais émettre la moindre plainte lorsque sa situation le justifierait, faisant preuve d'une abnégation admirable. Et, alors que son seul défaut semble tenir au moment de faiblesse au cours duquel on l'a persuadée de renoncer à un mariage d'amour, Anne conclut de la sorte :
... I was right in submitting to her, and that if I had done otherwise, I should have suffered more in continuing the engagement than I did even in giving it up, because I would have suffered in my conscience. I have now, as far as such a sentiment is allowable in human nature, nothing to reproach myself with ; and if I mistake not, a strong sense of duty is no bad part of a woman's portion” (p 291)
Je l'avoue, je préfère une Elizabeth un peu impétueuse, une Catherine “un brin” romanesque ou une Emma mauvaise juge. Ce n'est pas tant parce qu'Anne est très posée qu'elle m'agace un peu que parce qu'elle est moralement trop parfaite et finalement, indirectement moralisatrice (envers son père et sa soeur aînée ou encore son cousin Elliot).

Malgré tout, Anne est un personnage complexe et différent qui ne manque pas d'intérêt. Persuasion est aussi passionnant en raison de l'épatante galerie de personnages secondaires, toujours riche et décrite avec brio par Jane Austen. Parmi mes favoris, on peut citer sa soeur Mary, obsédée par sa petite personne et toujours prête à signifier à Anne combien elle est transparente et sans intérêt aux yeux de leurs connaissances, sans pour autant faire volontairement preuve de méchanceté. 

Moins ironique et moins drôle que les autres romans d'Austen que je connais, cette oeuvre reflète certainement l'état d'esprit de l'écrivain qui, au moment où elle rédige Persuasion, voit sa santé décliner  rapidement. Questionnements, bilan sur les choix de jeunesse, ce texte peut-être plus douloureux a visiblement un caractère en partie autobiographique.

Mes billets sur les deux adaptations de Persuasion :

Mes autres billets sur des romans et textes narratifs de Jane Austen :

4,5coeurs.jpg

 



297 p

Jane Austen, Persuasion, 1818 (publication posthume)

Lu dans le cadre du mois anglais organisé avec les très British  Cryssilda et Titine et ici sur ce blog. Lu également pour le challenge God Save the Livre et pour le challenge austenien d'Alice in Wonderland que j'inaugure sur mon blog (il était temps) !logo mois anglais2.jpg

Logo challenge austenien.jpg

Challenge-god save the livre.jpg

 

 

 

02/04/2011

In the mood for... Jane perhaps ?

En ce jour de grand soleil, je me dis qu'il ne serait pas désagréable de flâner dans les rues de Paris... peut-être un livre à la main, au cas où je ne saurais résister à l'appel d'un parc aux recoins, petites fontaines et bancs cachés idéaux pour se mettre en quête d'aventures. Même si, en ce moment, c'est un roman plus propice à la réflexion qui m'accompagne, puisque je suis les pas de la jeune Fanny Price, qui porte un regard lucide sur son environnement, et dont les peines se communiquent au lecteur avec bien trop de facilité à mon goût (car les joies, elles, ne sont évoquées qu'avec parcimonie et une grande économie de moyens !).

austen_mansfield park.jpg

Si je lis Mansfield Park, c'est un peu par défaut (quoique le terme s'applique très mal aux textes de Jane Austen). A l'origine de cette lecture, une subite envie (dimanche dernier) de lire Sense and Sensibility... pour découvrir que je l'avais laissé dans ma chambre d'adolescente et ne l'avais pas à portée de main. L'envie de relire enfin Jane étant trop forte, j'ai donc choisi de lire Mansfield Park, l'autre roman que je n'avais pas encore lu.

J'ai au passage réalisé que si j'ai lu quatre romans de Jane Austen, je n'ai parlé ici que de Pride and Prejudice et d'Emma, et qu'il serait grand temps de remédier à cette erreur de jugement évidente... comme je me suis inscrite il y a quelque temps à un nouveau challenge Jane Austen (après m'être régalée pendant le premier, qui m'a fait voir et revoir en quelques mois énormément d'adaptations), je me dis qu'une nouvelle incursion prolongée dans l'univers de ma chère Jane ne ferait pas de mal à ce petit salon qui n'a pas vu passer suffisamment de jolies robes ces derniers mois !

Et si j'ai eu envie de lire Sense & Sensibility, c'est parce que j'ai passé une excellente soirée dimanche dernier, en compagnie des soeurs Dashwood, dans l'adaptation de 2008 par la BBC. J'ai lu sur un blog anglo-saxon un commentaire du type "If I loved Emma Thomson's film, I've fallen in love with this new version." Et j'ajouterais "my sentiments exactly" ! J'ai vu plusieurs fois le film d'Emma Thomson, auquel je trouve de très nombreuses qualités, mais il n'a jamais eu sur moi l'effet de cette mini-série, qui m'a donné follement envie de lire enfin ce roman que je réservais pour plus tard.

sense & sensibility 2008 01.jpg

Et en vue de mon prochain séjour en Angleterre, qui approche et sera suivi d'un autre, tout aussi alléchant en compagnie de Maggie, j'ai envie d'amener sur ce blog un peu de pluie, d'ironie et de plats indigestes mais audacieux... parmi les nombreuses chroniques en attente, j'hésite entre ces différents livres :

gaskell_north and south.jpghardy_homme demasque.jpgmayor_rector's daughter.jpg

Elizabeth Gaskell, North and South

Thomas Hardy, L'homme démasqué

Flora M. Mayor, The Rector's daughter

Sur ce je vous laisse méditer (ou pas !) et comme il est déjà plus de midi, je souhaite à ceux qui passeraient par là maintenant bon appétît, tandis que je vais m'activer un peu, car malheureusement, malgré les progrès technologiques depuis l'ère de Jane Austen, le ménage ne se fait toujours pas tout seul !

08/12/2010

Le tag des 15

Ma copine victorienne Cryssilda m'a taguée pour répondre au tag des 15, qui circule en ce moment sur la blogosphère et consiste à citer les 15 auteurs vous venant spontanément à l'esprit. J'avoue avoir du mal à me limiter à 15 auteurs : doit-on citer les auteurs qui nous ont marqués à moment donné mais que nous ne lisons plus ? Les auteurs que nous avons beaucoup lus seulement ? Ceux que nous avons moins lus mais qui pour une raison ou une autre, nous ont marqués et auxquels nous pensons presque chaque jour, ne serait-ce qu'une seule fraction de seconde ? Ou ceux qui nous viennent tout de suite en tête (mais là ils ne sont pas seulement 15 !) ?

Les premiers s'imposent sans aucun doute possible :

jane-austen.jpg

Jane Austen, à qui je voue une admiration inconditionnelle. Pride and Prejudice est mon roman favori dans l'absolu et j'ai savouré ses 4 romans et 2 textes plus mineurs que j'ai lus pour l'instant (je prends mon temps pour déguster les quelques textes qu'il me reste encore à découvrir). Ses récits me touchent tout particulièrement et je savoure leur délicieuse ironie et le style enlevé et précis. Un auteur dont l'oeuvre est bien trop souvent assimilée à un amas de romances et de bluettes, en dépit de leur complexité.

brontes.jpg

Les soeurs Brontë et en particulier, Charlotte et Emily. Des trois soeurs c'est Charlotte qui m'a le plus marquée mais si je cite surtout Charlotte et Emily, c'est pour une raison particulière. Le monde des soeurs Brontë me fascine depuis l'adolescence et de toutes mes visites de maisons d'auteurs, c'est la découverte de Haworth qui m'a le plus émue et qui m'a davantage permis de me projeter à l'époque concernée. Lorsque j'étais adolescente, à une période où je ne lisais plus beaucoup de classiques et jetais surtout mon dévolu sur les policiers et les histoires d'horreur, et alors que je n'avais aucune idée de ce que pouvait bien être un auteur victorien, deux romans m'ont profondément marquée : à l'âge de quartoze ans, Les Hauts de Hurlevent, lu dans un vieux livre en cuir illustré trouvé chez ma grand-mère, puis l'année suivante, Jane Eyre, découvert un peu par hasard à la bibliothèque. Deux lectures auxquelles je ne pouvais plus m'arracher et qui m'ont pour la première fois fait découvrir la littérature du XIXe qui m'est si chère aujourd'hui. Je me revois encore assise par terre dans ma chambre avec Jane Eyre sur les genoux, incapable de le quitter tant que je n'aurais pas lu les 100 dernières pages. J'espère aimer ce livre longtemps encore - ma grand-mère qui l'avait adoré jeune femme m'avait donné son exemplaire anglais après avoir essayé de le relire à plus de 80 ans, n'y trouvant plus qu'un tas d'inepties !

Maintenant que j'ai cité Jane Austen et les soeurs Brontë, les choix suivants sont moins évidents pour moi (et nettement plus arbitraires) !

oscar wilde.jpg

Oscar Wilde me semble encore être un choix assez facile. C'est un des premiers classiques britanniques que j'ai découverts, lorsque j'ai lu Le Fantôme de Canterville en 5e pour mon cours d'anglais renforcé. Nous avions vu à la même époque une adaptation dont je me souviens très peu mais que j'aimerais retrouver. Plus tard, le personnage lui-même a commencé à me fasciner. Sa pièce The Importance of Being Earnest m'a quelque peu réconciliée avec le théâtre, car je n'avais plus trop envie de lire de pièces à ce moment et je me suis régalée en lisant ce texte extrêmement drôle et enlevé. Et puis j'ai quand même serré la main de quelqu'un qui a serré à la main de quelqu'un qui a serré la main d'Oscar Wilde, ce qui m'a permis, comme me l'a expliqué Gyles Brandreth dans un français impeccable, de serrer la main d'Oscar Wilde par procuration (séquence émotion). Quoi qu'il en soit, ce n'est pas sans raison que je lance un challenge Oscar Wilde !

Portrait Edith Wharton.jpg

Edith Wharton. Je n'ai lu qu'un de ses romans cette année mais elle fait partie des auteurs dont j'ai prévu de lire toute l'oeuvre et lorsque je l'ai découverte il y a quelques années à travers plusieurs recueils de nouvelles, j'ai immédiatement été conquise par son style et sa maîtrise du format en question. Une lecture marquante à l'époque, et même si j'ai été un peu moins séduite par Chez Les Heureux de ce Monde, je me vois difficilement ne pas la citer.

Henry_James_1913.jpg

Au passage, j'ai hésité à citer Henry James, auquel je pense toujours lorsque j'évoque Edith Wharton (ce sont d'ailleurs les deux seuls Américains qui ont  leur place dans ma bibliothèque consacrée aux Britanniques classiques). Mais je n'ai pas lu James récemment et à faire un choix entre les deux, c'est peut-être Wharton qui m'a le plus marquée. Malgré tout The Turn of the Screw en particulier a été une lecture "révélation" pour moi. Et il me reste encore un certain nombre de nouvelles à lire dans la Pléiade.

woolf.jpg

Curieusement, ces deux-là m'évoquent Virginia Woolf; même si je ne saurais pas dire pourquoi je les associe même vaguement. Je n'ai lu que quelques textes de Woolf : deux romans, deux essais et quelques livres inachevés qui attendent au pied de mon lit. Malgré tout c'est un auteur vraiment à part à mes yeux : d'une finesse et d'une complexité sans égales !

thomas hardy.jpeg

Thomas Hardy. Un Victorien qui me faisait un peu peur, jusqu'à ce que récemment je lise L'Homme Démasqué et Les Petites Ironies de la Vie. J'ai pris tant de plaisir à les lire que je suis désormais décidée à lire les romans réputés les plus sombres de Hardy. Une découverte récente en quelque sorte, et très enthousiaste !

De plus en plus arbitraire, car pourquoi ne pas citer Vita Sackville West ? Barbara Pym (plus léger mais que je retrouve régulièrement avec plaisir) ? Flora Mayor qui a peu écrit mais que je relis en ce moment et dont j'ai énormément apprécié La Troisième Miss Symons ?

challenge-mary-elizabeth-braddon.gif

Mary Elizabeth Braddon, parce que j'ai lancé un challenge pour la découvrir cette année, parce que j'ai adoré les quatre textes d'elle découverts à l'occasion, parce que je vais continuer à la lire et qu'elle faisait partie des auteurs que je souhaitais lire depuis une éternité !

elizabeth-gaskell1.jpg

Elizabeth Gaskell, dont j'ai découvert North and South cette année. Cet été en me rendant avec mon cher et tendre dans le Yorkshire, j'ai souvent pensé à elle sur l'autoroute devant les pancartes qui indiquaient "North / South" sans plus d'explications. J'ai enfin lu son roman phare au mois d'août (après m'être régalée de l'adaptation BBC que je meurs d'envie de revoir) et même si je m'attendais peut-être davantage à un coup de coeur, c'est un des auteurs dont je projette de lire tous les titres. Et puis bon, difficile de ne pas citer celle à qui l'on doit le personnage de Thornton !

dickens.jpg

Charles Dickens, qui me vient presque toujours en premier à l'esprit quand je pense aux Victoriens. Dickens dont le personnage m'a toujours plu (et je le rends sans doute bien plus sympathique qu'il ne l'était en réalité lorsque j'y pense), Dickens que j'ai adoré suivre grâce à la jolie plume de Marie-Aude Murail, Dickens dont le Conte de Noël a marqué mon enfance et dont la maison est le premier musée que je me souviens avoir visité seule en Angleterre. Je me souviens de mon arrivée dans la rue, de cette chambre en hommage à sa chère disparue et du temps passé à la fenêtre, à contempler la rue et à me dire que peu de choses avaient sans doute changé depuis qu'il s'était tenu au même endroit. Sans parler de ce petit jardin londonien si minuscule. Et de l'épisode de Doctor Who que j'avais regardé au tout début uniquement pour Dickens. Bref, un auteur qui peuple à sa façon mon imaginaire...

baudelaire.gif

Charles Baudelaire, une de mes premières révélations littéraires. Baudelaire reste un poète à part pour moi. Outre l'admiration que j'éprouve pour ses écrits, il m'évoque de nombreux souvenirs. Je l'ai découvert dans la Pléiade écornée que mon père tenait de mon grand-père inconnu, fantasmé. J'ai ensuite eu le plaisir d'entendre parler du poète par un professeur de littérature merveilleux. Depuis c'est un auteur pour lequel j'éprouve un attachement mystérieux. J'entretiens avec les Fleurs du Mal un rapport très personnel. Ce poète maudit, dandy, alcoolique, cet enfant terrible de la littérature m'a toujours fait rêver !

Jean-Pierre-Ohl-001.jpg

Je cherchais un contemporain à citer et c'est Jean-Pierre Ohl à qui j'ai pensé. Parce que j'ai dévoré Les Maîtres de Glenmarkie, parce que j'attends avec impatience son prochain roman (en espérant sincèrement que celui-ci ne sera pas le dernier), parce que j'entends bien lire son premier roman lorsque j'aurai découvert le roman de Dickens l'ayant inspiré. Parce que la littérature française  actuelle manque cruellement de souffle, de romanesque, parce que j'ai aimé le projet ambitieux de Jean-Pierre Ohl et la délicieuse aventure vécue en compagnie de ses personnages. Parce que j'ai tout simplement aimé son livre autant que j'aime mes chers Britanniques.

jonathan-coe-.jpg

Jonathan Coe... Encore un Anglais ! Décidément, la perfide Albion continue à envahir ce billet, oh my Lord ! J'aime les classiques anglais, vous avez pu le remarquer, mais j'aime aussi les auteurs plus jeunes ou morts depuis moins longtemps (as you like). A des degrés divers, des auteurs tels que Nick Hornby, Tom Sharpe, Kate Atkinson, Roald Dahl (qui a joué un rôle très important pour moi lorsque j'étais enfant). Je voulais lire Coe depuis quelques années et je me suis décidée au printemps, après l'avoir rencontré lors d'une conférence avec d'autres blogueuses. J'étais curieuse parce que j'avais échangé quelques mots avec lui mais surtout j'avais pris énormément de plaisir à l'écouter parler de B.S. Johnson et de la façon dont il avait abordé sa biographie. Depuis j'ai lu trois de ses romans, participe à un challenge Coe et compte bien poursuivre ! La pluie, avant qu'elle tombe a été une de mes plus belles lectures de ces dernières années.

LeFanu.jpg

Sheridan Le Fanu, un Victorien un peu oublié mais que j'aime de temps en temps déterrer de ma bibliothèque. Pour éprouver quelques frissons avec ses histoires de jeunes filles séquestrées, d'oncle ou de père terribles et de lieux abandonnés. J'aurais pu citer Wilkie Collins aussi... là où le Victorien passe, le mystère trépasse !

Fabrice-Bourland.jpeg

J'ai bien envie de citer Fabrice Bourland pour finir. Un auteur très sympathique et plein d'humour que je croise régulièrement au Salon du Livre et qui connaît mon faible pour sa paire de justiciers loufoques, en hommage à un certain Doyle... Doyle que je viens justement de relire !

Je tague à mon tour Maggie, Emjy, Lilly et tous ceux qui n'ont pas encore participé à ce tag et se sentiraient inspirés... (et j'aimerais bien taguer Marine si elle avait un blog...)

09/06/2010

Et une vodka noix de pécan, une !

Emma m'a offert une petite vodka noix de pécan, histoire de décompresser en fin de journée ! En fait ça se présente sous la forme d'un tag à refiler aux heureux volontaires (gnark gnark gnark), même pas au fond d'un petit verre. Pff !

jane_austen1.jpgSigne particulier : je possède tous les Jane Austen en trois exemplaires, à l'exception de "Sense & Sensibility" que je n'ai que deux fois (après ça, certains diront que je ne suis pas raisonnable !). Ce n'était pas voulu à l'origine, mais je peux me faire des kits de survie finalement !

Mauvais souvenir : le jour où j'ai voulu m'attaquer à Madame Bovary, lors de mes premiers pas dans la littérature française du XIXe (ce qui m'a malheureusement détournée de mon but premier, après un traumatisme sévère). A la demande de Maggie, je me confesse enfin : j'ai tenté de venir à bout de Madame Bovary trois fois, avec des sauts de page dantesques et une version karaoké de ma lecture, sur une interprétation de moi-même, histoire de rester concentrée. De mauvais souvenirs à surmonter !

Défauts : détester récupérer des livres prêtés abîmés, sachant que je fais très attention à mes livres, surtout quand il s'agit d'auteurs ou de sujets que j'affectionne particulièrement. J'ai déjà failli défaillir en prêtant un livre à quelqu'un et en voyant cette personne casser la tranche de mon livre presque neuf dès prise en main. En même temps, quand on me prête un livre je veille à le rendre dans le même état que celui dans lequel je l'ai trouvé... Ah oui et la manie des post-its... assez souvent j'utilise des post-its pour retrouver certains passages, et ils figurent en abandondance dans certains livres !

colin_firth.jpgFilms bonne mine : ... ou séries ! Bridget Jones, la plupart des adaptations des livres classiques britanniques (dont North and South et Pride and Prejudice de 1995!), Mamma Mia, Ghostbusters (mon film culte, j'ai vu le premier 21  fois et le deuxième 16 fois entre le CM1 et le CM2) et maintenant Buffy...

Souvenirs d'enfance : la découverte de la comtesse de Ségur grâce à ma mère, dont il restait d'ailleurs un ou deux livres chez ma grand-mère au grenier ; les séances en librairie avec mon père, le samedi ou pendant les vacances dans une librairie pour enfants pleine de charme au fond d'une cour pavée... et beaucoup de lectures, à commencer par Les quatre fille du docteur March (mais il y en avait tellement d'autres !).

quatre filles docteur march.jpg
angel1.jpg

13/11/2009

Un jour mon prince viendra... didiiiididiidida !

persuasionitv.jpgAprès l'adaptation de Persuasion par la BBC de 1995, j'ai donc découvert le récent téléfilm d'ITV que j'ai également beaucoup apprécié, mais pour de toutes autres raisons.

Rappelons brièvement l'histoire – ce que j'ai omis de faire dans mon dernier billet, mea culpa. Anne Elliot approche de la trentaine (et du statut de vieille fille) alors qu'à l'âge de 19 ans, sur les conseils d'une amie proche de la famille, elle a accepté puis repoussé la demande en mariage du capitaine Wentworth, marin alors sans ressources ni garanties. Anne vit avec son père et l'une de ses sœurs, deux personnages vaniteux dépensant tant et si bien que les Elliot sont contraints de louer leur propriété et de s'installer à Bath pour ne pas se retrouver sans le sou. Les nouveaux locataires sont de la famille du capitaine Wentworth, qu'Anne va être amenée à croiser de nouveau.

persuasion-itv-03.jpgLes faiblesses de la version ITV tiennent pour moi aux libertés prises avec le texte : à partir d'un roman relativement court surgit un scénario parfois décousu où certains développements importants sont laissés de côté ou revus et corrigés, rendant l'histoire un peu incohérente. La fin montrant une Anne qui se met à courir dans tout Bath nous permet de savourer des décors superbes mais ne présente pas un grand intérêt ; le contexte dans lequel le capitaine Wentworth lui renouvelle sa demande par écrit est complètement faussé par le fait qu'il n'a jamais entendu les déclarations d'Anne au sujet de la constance des femmes en amour, privant leur histoire d'un élément qui donnait tout son sens à la conclusion du roman.

persuasion-itv-05.jpgCertains personnages sont traités de manière superficielle : c'est par exemple le cas du père d'Anne Elliot. Cela ne m'a toutefois pas particulièrement dérangée, le choix des acteurs et la mise en scène permettant de rester fidèle au contexte grâce à quelques répliques bien choisies. Plusieurs seconds rôles crèvent l'écran : le père donc, portrait très fidèle du Sir Elliot du roman ou encore Mary Musgrove, la sœur hypocondriaque et nombriliste (incarnée avec une fraîcheur bienvenue par une actrice qui s'est complètement ré-approprié ce rôle un peu ingrat). Seule Elizabeth Elliot me semble un peu fade ; sa coiffure est aussi le seul élément à m'avoir gênée en ce qui concerne les costumes et les styles de coiffure (à force d'en faire trop il me semble que l'on frôle le ridicule, avec de plus une coiffure peu seyante).

persuasionITV-2007-01.jpgAnne Elliot et le capitaine Wentworth sont incarnés par des acteurs bien différents de ceux de la version de 1995, plus en phase avec les derniers films d'époque austeniens : plus jeunes, plus attirants, plus consensuels. Leur jeu est convaincant et touchant. Je trouve cependant un peu dommage que le réalisateur ait choisi de dévoiler dès le début leurs sentiments, qui sont bien moins transparents dans le livre et dans l'adaptation de 1995 qui met en avant la complexité de la situation dans laquelle ils se trouvent, après des années de silence, sans rien savoir du parcours de l'autre et de son état d'esprit.

persuasionITV-02.jpgCes petites «faiblesses» sont autant de choix du réalisateur que je n'aurais sans doute pas faits si j'avais pu un jour adapter ce roman, mais qui me semblent relativement crédibles et légitimes et aboutissent finalement à un film plutôt réussi. Mais c'est un aspect que je n'ai pas encore évoqué qui fait pencher la balance en faveur de ce film : son côté très esthétique, qui m'a totalement enthousiasmée. Le fait de filmer sans caméra fixe peut surprendre mais donne du mouvement et un dynamisme certain à cette adaptation, dont les couleurs aux tons pastel m'ont enchantée. Les costumes soignés s'accordent merveilleusement à cet univers. Les paysages sont de toute beauté, qu'il s'agisse de la représentation de Bath, de la campagne ou du littoral anglais. Un régal pour les yeux, surtout pour les amoureux de l'Angleterre.

Au final, une adaptation à voir et à revoir cet hiver les jours de pluie...

Persuasion, un film de Simon Burke, 2007

04/11/2009

Jane, le come back du retour !

persuasion95-dvdcover.gifJ'ai lu cet été Persuasion mais je n'ai pas eu le temps de finaliser mon billet depuis. Qu'à cela ne tienne ! Je commencerai par un billet sur une adaptation de ce roman.

Première découverte vendredi dernier avec la version BBC de 1995 qui m'avait été prêtée par Isil. Ce film est fidèle au roman et parvient à s'en tenir à l'essentiel sans nuire à l'histoire grâce à un choix de scènes très pertinent. Les acteurs divisent sans doute les amateurs de Jane Austen, le capitaine Wentworth n'ayant rien d'un jeune premier ; cela dit, son physique plutôt atypique ne m'a pas paru incohérent pour ce rôle d'homme encore jeune qui a tout de même baroudé à travers le monde. L'actrice principale a un visage sans doute plutôt quelconque, progressivement embelli par un maquillage approprié à l'évolution de son état d'esprit ; son jeu correspond bien à l'idée que je me faisais d'Anne Elliot, me la rendant d'ailleurs plus sympathique que l'héroïne telle que je me l'étais imaginée en lisant le roman (mais c'est une autre histoire sur laquelle je reviendrai bientôt).

persuasion95_03.jpgQuelques choix un peu incongrus cela dit : au niveau du casting, le père tient finalement moins à son apparence que je ne le pensais et n'a rien de l'homme de belle prestance annoncé dans le roman ; quant aux relations choisies des Elliot à Bath, autant dire que le maquillage frôle le ridicule. Ma plus grosse critique tient au fait que ce téléfilm a terriblement mal vieilli. Réalisé à la même période que Pride and Prejudice de la BBC (aux couleurs un peu passées et à la réalisation sans grand intérêt sur le plan cinématographique, même s'il s'agit de mon adaptation favorite), ce film n'est pas très esthétique : les couleurs sont ternes ou risibles (je songe à la mer flamboyante aux couleurs kitsch); certains plans sont mal filmés comme par exemple un paysage sous la pluie à travers une fenêtre qui devient totalement inintéressant ou encore la chute de Louisa Musgrove.

persuasion95_01.jpgMalgré ces réserves j'ai beaucoup apprécié cette adaptation que je trouve un peu datée mais intelligemment construite et agréable à regarder. A noter qu'Henrietta Musgrove n'est autre que Victoria Hamilton (la reine dans Victoria and Albert, ou encore Mrs Forster dans Pride and Prejudice 1995 et Maria Bertram dans Mansfield Park 1999).

 

persuasion95_02.jpg

 

A venir très vite : le téléfilm d'ITV découvert samedi soir (quand on aime Austen, on ne compte pas !).

3,5coeurs.jpg

 


Persuasion, un film de Roger Michell, BBC 1995

challenge austen.jpg