06/10/2010
Holmes, goule nécrophile et phtisique

Récemment prise au dépourvu par mes compagnons du moment (de longues minutes d'attente en perspective, et pas de livre dans mon sac - chose exceptionnelle), je me suis retrouvée dans une petite maison de la presse où je ne mets presque jamais les pieds, presque sûre de ne trouver aucun livre susceptible de me tenter. Face à la perspective peu réjouissante que m'offrait le rayon littérature blanche et mon envie absolument nulle de lire un polar à ce moment-là, je me suis tournée vers les deux petits étages consacrés à la SF et au fantastique, où je ne risquais pas de retrouver beaucoup de titres connus et où, sans trop y croire, j'espérais trouver un roman aux influences steampunk (genre que je me promets de découvrir depuis un bon bout de temps maintenant).
Tout ça pour dire qu'après avoir fait le tour de l'ensemble des titres proposés, j'ai jeté mon dévolu sur L'Instinct de l'Equarrisseur de Thomas Day. Me disant que, si je m'avérais finalement totalement réfractaire au genre en question, je ne pourrais pas me reprocher ensuite de ne pas avoir "mis le paquet" en choisissant ce titre en guise de mise en bouche.
1888. Une année bien connue par les mordus d'histoire anglaise et de récits victoriens. Ajoutons un cadre, Whitechapel, et vous aurez sans doute tous compris que nous parlons ici des meurtres commis par Jack l'Eventreur. Alors que les assassinats de l'East End sont perpétrés sous le règne de Victoria, Arthur Conan Doyle est entraîné dans un monde parallèle afin d'assister Sherlock Holmes et le Dr Watson pour venir à bout de crimes sordides qui ont lieu en même temps à Londen. Un périple que l'écrivain aurait volontiers évité et dont il est assez coûtumier depuis qu'il écrit ses récits, à la demande d'un Holmes à la recherche d'un biographe correct. On y découvre un enquêteur "maigre, maladif, (aux) yeux injectés de sang, (à l') allure de goule nécrophile et phtisique tout juste déterrée par des étudiants en médecine sans le sou" (p 324-325). Un assassin royal expert en matière de torture "plus doué pour la mise à mort (...) que pour l'observation et la déduction" (p281). Bref, entre l'Eventreur de Londen et notre héros sanguinaire, la frontière est mince.
Cette incursion dans l'univers de Londen permettra à Doyle d'arrêter à son retour le véritable Eventreur victorien. Le reste ? A vous de le découvrir. Sachez simplement qu'il y est question de la lutte à mort entre Holmes et Moriarty, d'une ville historique de York désertée depuis que les femmes y sont devenues stériles et que les enfants n'en reviennent pas, de Worsh, petits oursons extraterrestres habitant le monde parallèle au nôtre, d'une diablesse rousse nymphomane à tendance nécrophage (voire nécrophile), d'une arche mystérieuse perdue en Amérique du Sud depuis la nuit des temps, d'une allusion au vampirisme à la Erzébeth Bathory et de fortes doses d'hémoglobine (sans forcer sur les descriptions glauques). Sans parler de Jack London et de quelques autres protagonistes célèbres - rien que ça.
Un roman qui pourrait facilement avoir un côté "fouillis" quand on songe à tous les sujets et personnages évoqués, et qui parvient à mélanger tous ces ingrédients disparates avec succès. Une intrigue bien menée, des personnages loufoques (et des moments très drôles), une plume agréable, moderne et pleine d'humour : un petit bijou pour les amateurs du genre et ceux qui, comme moi, font tout simplement une (toute petite) fixation sur l'époque victorienne !
A consommer sans modération.
Les avis de Cafard cosmique, Fashion, Froggy Delight, La Société Sherlock Holmes de France, Vampirisme, plusieurs avis sur Biblioblog...

420 p
Thomas Day, L'Instict de l'Equarisseur, 2002

Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde. Plus de précisions en cliquant sur le logo.
Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :
Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse, avant de les suivre en Corée via le film Thirst (dont je n'ai retenu que le côté esthétique pour éviter les spoilers)
Fleur de Cannelle s'intéresse à la criminologie en Corée avec le film Soul, avant de découvrir six histoires de zombies coréens dans Zombie next door,
Tristhenya a choisi de rencontrer quelques sympathiques zombies à travers un livre sur le film culte La Nuit des Morts vivants,
Wax
Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :
Hilde et Pink Canary (en image là aussi)

07:09 Publié dans Fantastique, Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : londres, londres xixe, york, angleterre, angleterre xixe, steampunk, thomas day, l'instinct de l'équarisseur, fantastique, sherlock holmes, watson, jack london
17/02/2010
Un petit coup de soleil
Je viens de dévorer L' Hôtel Hanté de Wilkie Collins et ne désespère pas de vous en parler rapidement (après tout ce n'est qu'un livre de plus parmi les 7 ou 8 qui attendent déjà)... mais, avant de prendre un ferry pour rejoindre ma très chère Angleterre (victorienne ou pas), j'ai préféré retrousser mes manches et soulever mes jupons pour vous guider en Australie, en compagnie de Paul Wenz.
Auteur oublié, Paul Wenz est aujourd'hui mis en avant par les éditions Zulma qui une fois de plus, remettent au goût du jour des classiques encore trop méconnus. Né en 1869 en France, Wenz s'établit en 1892 en Australie où il rencontre Jack London.
Dans son roman L'Echarde, le lecteur est plongé au coeur du bush, où deux familles voisines vont peu à peu être amenées à se livrer une guerre sans relâche. Au coeur de ce conflit, une femme étranglée par la jalousie, dont la haine se nourrit au fil des années de menues contrariétés.
Ce roman à l'écriture musicale est d'abord un vibrant hommage aux grands espaces :
"L'oreille apprend à aimer tout ce qui est le chant des oiseaux, le bêlement des moutons, les cloches que portent les chevaux entravés et qui tintent à chaque broutement, la plainte de la moindre brise dans les aiguilles des "chênes taureaux". Il y a aussi le silence, qui se perçoit aussi bien que les bruits, et qui n'est que la respiration de la nature endormie.
Les yeux sont pleins du bleu pâle du ciel, si pâle parfois qu'il semble avoir été mangé par le soleil comme la peinture d'une porte de jardin ; du rose des dunes de sable, qui colore les toisons des troupeaux; de l'ocre de la terre ou de la grande tache couleur ardoise d'un lac desséché." (p119)
Beaucoup de courtes scènes se succèdent pour planter le décor: tours du propriétaire à cheval, pique-nique en bord de rivière, départs pour la ville. A cela s'ajoutent des scènes d'intérieur qui donnent un bon aperçu de la vie au sein des grandes propriétés du début du XXe, avec une atmosphère très bien rendue.
L'Echarde, c'est aussi un personnage féminin central, une gouvernante qui, parce qu'elle n'a pas pu épouser son employeur, construit toute sa vie autour des multiples tracas qu'elle peut lui causer, sa jalousie tournant à l'obsession.
Un roman habilement construit (j'ai beaucoup apprécié les années qui glissent imperceptiblement au fil du récit) et agréable à lire ... un classique à redécouvrir !

223 p
Paul Wenz, L'Echarde, 1931

22:03 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : paul wenz, l'écharde, littérature classique, australie, jack london







































