31/03/2012
Sorcellerie et douceurs anglaises
Après Meurtres entre soeurs, je n'ai pas pu résister au plaisir de lire un deuxième roman de Willa Marsh, petite variation autour du même thème puisque le titre n'est autre que Meurtres au manoir (le genre d'intitulé qui m'interpelle toujours lorsqu'il s'agit d'un manoir anglais). Et que Willa Marsh a l'esprit tordu pour inventer de pareilles situations !
Cette fois-ci, j'ai fait la rencontre de Clarissa, qui travaille et vit seule à Londres dans une petite chambre sans intérêt et se morfond, ennuyant ses amis avec une histoire inventée à propos d'un premier amour tragique. C'est alors qu'un couple d'amis a l'idée de lui présenter Thomas (et non pas Robert comme je voulais l'appeler quand j'ai écrit mon billet), qui vient tout juste de perdre son épouse. Bien malheureux, le veuf se laisse séduire très vite par la vive citadine qui sait se montrer fraîche, innocente et sexy à la fois, un cocktail dévastateur pour cet homme à la morale sévère s'ennuyant quelque peu à vrai dire. Lorsqu'il invite Clarissa pour la première fois chez lui, la jeune femme tombe éperdument amoureuse du manoir de style Tudor et du domaine (vous l'aurez compris, Thomas n'est pas la motivation principale, nous sommes bien loin de Jane Austen ici) ; elle fond aussi pour les tantes, deux adorables vieilles qui gèrent l'intendance. Son choix est fait : elle sera la nouvelle châtelaine. Et il ne lui faut pas longtemps pour précipiter le mariage (le fait d'appeler en urgence sa proie pour lui annoncer que son propriétaire – une petite fille vieille adorable – lui a fait des avances inconvenantes est une action qui s'avère très utile).
Mais Clarissa ne sait vraiment pas où elle met les pieds (la prochaine fois que vous rêverez de séduire un Lord anglais, pensez-y). La famille est issue d'une longue lignée de sorcières qui, depuis l'époque reculée des cultes druidiques, perpétue des traditions oubliées à coup de sacrifices de bestioles en tout genre (bizarrement les chiens du domaine disparaissent fréquemment, mais cela ne semble pas inquiéter le maître des lieux) ; à l'occasion, un auto-stoppeur égaré s'est avéré lui aussi très utile. Les femmes de la lignée se font enterrer dans les bois qui jouxtent le jardin, alors qu'un cercueil rempli de pierres sert de leurre à l'église. Désormais, ce sont les tantes qui respectent la tradition mais elles doivent faire face à un défi de taille : qui va hériter de leur lourde tâche et les enterrer dans le bois ? Car il est évident que la seule fille du châtelain envisage de rentrer dans les ordres et s'oppose aux forces obscures qui hantent la forêt. L'arrivée de Clarissa est donc une bonne chose (d'ailleurs, les tantes n'auraient-elles pas aidé la première femme à mourir après une série de fausses couches désespérante ?). Mais la Londonienne est-elle prête à supporter la présence des nombreux fantômes qui errent dans la maison et la lourde responsabilité qui lui incombe ? Rien n'est moins sûr. Et sa meilleure amie qui s'installe au château quelques mois plus tard pourrait peut-être faciliter leurs plans. Encore que...
Si Meurtres entre soeurs était déjà assez sordide, ce roman est d'une noirceur impressionnante. Les adorables tantes sont des meurtrières sadiques, le seul prince charmant est un loup sans morale, la meilleure amie de Clarissa prend celle-ci pour une vraie dinde et fait tout pour lui voler son titre de châtelaine. Quant à cet accident de tracteur qui cloue le châtelain sur un fauteuil roulant, le doit-on vraiment au hasard ?
Un roman complètement déjanté et monstrueux, ironique et d'une bassesse infinie, drôle et absolument épouvantable. Vous ne regarderez plus jamais vos proches de la même façon (surtout s'ils aiment les balades nocturnes dans la forêt, dans ce cas fuyez !).
L'avis de Moustafette (chez qui j'ai découvert cette photo de porcelaines tout à fait appropriée que je me suis permis de reproduire ici) et de Cathulu.

Willa Marsh, Meurtres au manoir, 1999
17:48 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : willa marsh, meurtres au manoir, littérature anglaise, roman anglais, angleterre, angleterre xxe, culte druidique, fantastique, fantômes, humour noir, humour anglais
28/03/2012
Un bébé si charmant !
Après avoir lu Le temps des Métamorphoses, roman traitant d'une histoire familiale lourde et de relations entre soeurs pour le moins particulières, j'ai eu envie de sortir de ma PAL un roman qui y traînait depuis plusieurs mois, Meurtres entre soeurs de Willa Marsh.
Olivia et Emily sont devenues soeurs lors du mariage de leurs parents respectifs, tous deux veufs. Les deux petites s'accommodent rapidement de leur nouvelle vie et deviennent plus proches que ne le sont souvent les soeurs de sang. Leurs parents se plient à tous leurs caprices et il est vrai que les deux petites sont assez douées pour les négociations. Malheureusement pour elles, un heureux événement est bientôt attendu et, comme l'avait prédit leur grand-mère « maternelle », vieille ivrogne cruelle avec sa fille unique mais adorée des enfants, la naissance est vécue comme un drame. Surtout lorsqu'arrive Rosie, seule fille commune du couple, jolie poupée gazouillante qui ressemble à un petit ange et fait fondre les deux parents, d'un seul coup beaucoup moins indulgents envers les deux autres fillettes. A tel point que quelques mois plus tard, le même jour, les deux soeurs essaient de se débarrasser de l'ennuyeuse frangine, l'une lui mettant une baie empoisonnée dans la bouche (malheureusement Rosie la recrache), l'autre essayant de forcer son chat à rester sur le visage de l'enfant (mais le chat tente de s'enfuir en griffant le bébé au visage et n'y gagne qu'une euthanasie).
Les filles grandissent et le clan des deux aînées existe toujours. La petite Rosie est devenue aussi habile qu'elles à manipuler ses parents et parvient toujours à semer la zizanie entre ses soeurs, en volant un objet à l'une, en disant à l'autre que la première l'a critiquée. Mais Rosie n'est pas seulement une petite peste, c'est un véritable monstre, un amas de mesquinerie, un tas de méchanceté sous un visage de blonde angélique. Ainsi, tour à tour, elle arrive à faire rompre ses deux soeurs, en passant un coup de fil anonyme à l'un des prétendants pour déverser un tissu de calomnies, et en faisant croire à sa famille que le deuxième a tenté de la violer. Les deux soeurs n'y voient que du feu et se consolent tant bien que mal, avec un ivrogne imbécile et un homme bien plus vieux. Leur vie est déjà gâchée.
Des années plus tard, alors qu'elles ont la cinquantaine et sont revenues vivre avec leur mère dans la maison familiale (avec une petite tendance à lever le coude qui sent l'héritage familial), Rosie revient les tourmenter. Malgré une situation plus que confortable et deux propriétés dont une à Londres, elle est bien décidée à forcer ses deux soeurs à quitter la maison et à la faire raser pour y construire un complexe immobilier. Mais le destin s'en mêle et les retournements ne manquent pas dans cette petite comédie familiale grinçante et sordide. Seul petit bémol, l'écriture de Willa Marsh manque peut-être d'allant. Il s'agit d'une petite écriture sèche, très descriptive... peut-être un peu trop. Mais ce roman m'a suffisamment amusée pour me donner envie de lire un autre Willa Marsh : la suite au prochain épisode !
L'avis de Maggie, Mango, Keisha, Alicia, Ankya, Theoma

Willa Marsh, Meurtres entre soeurs, 1996
02:28 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : angleterre, roman anglais, willa marsh, meurtres entre soeurs, éditions autrement, angleterre xxe, humour noir, humour anglais, saga familiale
01/08/2010
Lecture commune - Nick Hornby
Quand Pickwick et moi avons lancé l'idée d'une lecture commune autour de Nick Hornby, je me suis dit « chouette ! Ça me permettra de lire enfin ceux qui attendent dans ma bibliothèque depuis une éternité ». Manque de bol, pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué (ou pour ceux qui auraient simplement constaté que mes sursauts cybernétiques se faisaient un peu plus rares depuis quelques mois), j'ai déménagé récemment (ou comment je suis devenue une SDF provisoire, mais c'est une autre histoire). Oui je sais, je vous raconte ma vie et avec tout ça, je n'ai toujours rien dit à propos de ma lecture. Mais j'arrive (enfin) au bout de mon propos : la mise en carton frénétique a causé quelques pertes et tracas, à commencer par mes romans de Nick Hornby qui attendent sagement que j'aie retrouvé un logement pour regagner leur étagère. Dans la bataille, j'ai tout de même sauvé Speaking with the Angel, qui n'est pas un roman mais une série de nouvelles édité par Nick Hornby, dont la seule nouvelle côtoie notamment les textes d'Helen Fielding, Zadie Smith, Melissa Bank, Irvine Welsh ou Colin Firth (oui oui, celui-là même).

Ce recueil a été édité dans un but caritatif, au profit d'une école pour enfants autistes – Nick Hornby expliquant dans son introduction que son propre fils est autiste et que la Grande-Bretagne ne propose pas de structures adéquates pour les enfants autistes.
Et le contenu ? Les histoires sont écrites à la première personne mais sont très différentes les unes des autres au-delà de ça. Une femme sortant avec un garçon plus jeune qu'elle se sent décalée et vieille à une fête ; une vieille femme affalée sur le sol pense à sa fille si raisonnable, à la vie bien plus rangée que la sienne ; un homme faisant la crise de la quarantaine a une révélation en trouvant un rat mort chez lui, un rat qui vient introduire l'incertain et le sauvage dans son quotidien ; un petit garçon qui adore les histoires de sa grand-mère cherche à connaître la fin de celle qu'elle lui racontait avant de faire une attaque ; une femme responsable de la cantine d'une prison évoque le dernier repas des condamnés à mort ; un responsable de la sécurité doit surveiller un tableau représentant le Christ et fait à partir de petites photos de seins... voilà qui fait rapidement le tour de la plupart des sujets abordés.
Ce recueil est ma foi très inégal et beaucoup moins addictif que les deux Nick Hornby que j'ai déjà lus (Haute Fidélité et A long way down). Ceci dit, je pense que la forme a beaucoup joué : j'aime les phrases soignées, les tournures un peu poétiques et, même si je peux tout à fait apprécier pour leur contenu des livres dont le style n'a rien de particulier, je m'ennuie en général un peu quand je lis un texte écrit en s'approchant d'un langage parlé un peu basique, avec ses contractions, ses « m'enfin » etc. Comme on retrouve ce principe dans l'ensemble des nouvelles (enfin pour être honnête il m'en reste encore deux à lire ce soir mais je n'aurai pas le temps de faire mon billet après comme je pars ce week-end), j'ai trouvé la forme un peu fatigante à la longue.
Sur le fond, la plupart des récits m'ont intéressée, certains mettant parfois quelques pages pour prendre leur essor mais réussissant finalement à prendre le lecteur au dépourvu. Quelques récits sont assez addictifs et donnent à penser (en même temps, il y a beaucoup de crises de la trentaine, de la quarantaine and so on and so forth). Au final mon texte préféré est peut-être celui de Nick Hornby, qui m'a fait penser à Antoine Laurain avec Fume et tue pour son évocation de l'art contemporain. Pour l'artiste de sa nouvelle, l'art ne tient pas tant à l'objet en soi qu'à la réaction qu'il provoque, son œuvre suivant une logique assez en vogue maintenant dans le milieu artistique mais dont l'expression me laisse parfois dubitative.
En somme, à recommander aux fans de Colin Firth (et il y en a !) et à ceux de Nick Hornby (en dernier recours après la lecture de ses romans). Sympathique, mais pas vraiment indispensable, et beaucoup moins récréatif que les romans de Hornby.
PS : j'actualiserai les liens vers vos billets à mon retour en début de semaine.
233 p
Nick Hornby, Speaking with the angel, 2000
Les livres lus dans le cadre de cette lecture commune :
Bonté mode d'emploi : La Nymphette
Carton Jaune : Rachel
High Fidelity : Choupynette
Juliet, Naked : DF, Kikine, Pickwick
Speaking with the Angel : Lou

00:00 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, litttérature anglaise, littérature anglo-saxonne, humour anglais, nick hornby, colin firth, speaking with the angel
06/06/2010
Encore une histoire de mariage...
Vendredi, à l'heure de la pause déjeuner, j'ai décidé d'affronter la chaleur torride pour m'offrir un petit cd rock et le dernier Tracy Chevalier. Résultat : j'ai vu sur une étagère un livre d'Alan Bennett, dont j'avais beaucoup aimé La Reine des Lectrices et, sans même regarder le résumé, je l'ai ajouté à la liste de mes emplettes. Je l'ai ouvert le soir même dans le métro et, faute de temps ce week-end, ce n'est qu'aujourd'hui dimanche que je me suis posée sur mon canapé, le temps de venir à bout de ce court roman.
Il y est question des Ransome, qui, en rentrant chez eux un soir, découvrent que leur appartement a été intégralement vidé de son contenu. Cette situation absurde permet paraît-il à Alan Bennett d'égratigner sans vergogne le couple et ses petits compromis (cf l'édition française). Si je l'avais lu, le résumé m'aurait fait espérer beaucoup de situations cocasses ou autres qui, en réalité, ne sont que de micro-événements dans ce roman sympathique mais un peu décevant. Certes, Mrs Ransome réalise que son intérieur petit bourgeois ne lui manque pas et constituait plutôt un frein à son émancipation, la maison étant tenue sous la houlette tatillonne de son époux. Le couple n'en est pas vraiment un, Mrs Ransome n'est pas épanouie et, en quelque sorte, la conclusion de l'histoire lui permettra de tourner la page et de mener enfin sa vie comme elle l'entend. Malgré tout, le résumé reste très trompeur et ce récit qui semble prometteur et a priori riche en péripéties n'est qu'une gentille comédie idéale pour passer un moment à la plage ou pour se distraire le temps d'un trajet en train.
Je n'ai pas retrouvé l'humour de La Reine des lectrices (est-ce le fait de ne pas l'avoir lu en anglais cette fois-ci ?). Les scènes invraisemblables ne m'ont pas particulièrement étonnée et, au final, même si cette lecture a été pour moi un vague divertissement, je ressors avec un sentiment assez mitigé. Une jolie bluette britannique mais, si vous cherchez une idée de lecture dans le même genre, vous trouverez beaucoup mieux ailleurs.
Au passage, ce roman vient d'être réédité en France mais il avait déjà été publié en 1999.

159 p
Alan Bennett, La Mise à nu des époux Ransome, 1998
16:53 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : alan bennett, reine des lectrices, roman anglais, humour anglais, londres, la mise à nu des époux ransome
28/04/2010
England, England across the Atlantic Sea
Voilà quelques années déjà que je voulais découvrir Jonathan Coe. C'est désormais chose faite avec Bienvenue au club, qui sera certainement bientôt suivi d'autres lectures !
Dans un roman assez dense, Coe nous offre un large panorama des années 70, mettant l'accent sur l'histoire politique du pays et le contexte sociétal tendu de ces années caractérisées par les attentats de l'IRA, la montée de l'extrêmisme et les grèves en masse, peu avant l'arrivée de la dame de fer Mme Thatcher. Mais n'allez pas croire que ce livre va vous asséner des leçons d'histoire ou vous servir de somnifère avant de vous mettre au lit !
Si la toile de fond offre une belle perspective sur toute une époque, l'histoire est avant tout celle d'une bande de copains et de leurs proches. Benjamin et ses amis bons élèves, mélomanes ou écrivains en herbe. Leurs parents, amis ou pas, qui se croisent plus ou moins dans le cadre professionnel ou pendant les réunions parents-profs. Approchant parfois la grande Histoire, tous vivent une vie normale et touchante lorsqu'ils tentent de lui donner un nouveau départ, comme ce chauffeur de bus devenant un rat de bibliothèque pour reconquérir sa femme, séduite par le prof de dessin Plume-dans-le-cul.
En fin de compte, ce sont beaucoup de petites histoires a priori insignifiantes qui, mises bout à bout, forment un récit riche, amusant et empreint d'une grande sensibilité. La forme est également au rendez-vous, Coe s'amusant à multiplier les registres, entre les récits à la 1ère ou à la 3e personne, les lettres ou les articles de journaux. Les registres ne manquent pas, le livre alternant entre des sujets sérieux et des anecdotes pleines d'humour. Un livre fait pour ceux qui aiment les bons gros romans associant un contenu intéressant à une forme divertissante, et qui ravira particulièrement ceux que la Grande-Bretagne passionne. Un bel hommage à l'Angleterre des années 70 !
L'avis d'Alice

537 p
Jonathan Coe, Bienvenue au club, 2001
20:38 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : jonathan coe, bienvenue au club, folio, roman anglais, humour anglais, roman xxe
06/02/2010
Not us, just you !
Attention, ladies and gentlemen, gros coup de coeur en vue ! J'ai craqué à l'improviste pour une soirée Sherlock Holmes au cinéma et mamma !, je ne pouvais pas trouver de meilleur moyen d'amorcer le week-end !
Je m'attendais à être dépaysée, je l'ai été. Exit le vieux limier à l'imperméable immonde, les quinquagénaires et l'embonpoint du bon vieil "associé".

Côté intrigue, le scénariste n'y est pas allé par quatre chemins : une secte adepte de magie noire, un complot au niveau national, un retour d'entre les morts, une fiancée pour Watson et le retour de l'ex-maîtresse de Holmes, voleuse de son état. Alors pas le temps de s'ennuyer (même dans une salle de cinéma gelée, blottie derrière une étole). Je dirais même que le scénario est parfois un brin chargé, qu'on loupe éventuellement quelques détails techniques et que les scènes d'action (bagarres, courses et explosion diverses et variées) encombrent peut-être un peu trop l'ensemble - malgré une réalisation impeccable.
A part ces quelques réserves qui n'en sont pas vraiment tant j'ai apprécié ce film, rien que du bon, du très bon et même du succulent ! Tout d'abord l'esthétique en général : musique absolument parfaite et décalée, plans et éclairages soignés, costumes et décors bluffants, le tout arrosé du plus beau générique de fin que j'aie jamais vu. Et s'il n'y avait que ça... mais il y a également le casting parfait, l'humour et l'ironie et, plus que tout, cette réinterprétation moderne des deux personnages légendaires. Holmes est un parfait compromis entre le beau tombeur et l'excentrique bougon un poil névrosé. Watson n'est plus son ombre, mais bien un égal fort, intelligent et presque aussi caustique que son illustre compère.


Et si vous aimez Londres et le XIXe, les vues de la capitale sont magnifiques (peut-être les plus belles scènes dans une Londres victorienne pour moi).
C'est Guy Ritchie qui doit se frotter les mains, maintenant on saura ce qu'il a fait en dehors de son mariage avec Madonna !

00:00 | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : sherlock holmes, angleterre, londres, londres xixe, guy ritchie, jude law, angleterre victorienne, humour anglais
10/12/2009
Massacre dans un jardin anglais
Vous n'y croyiez plus amis lecteurs, moi non plus à vrai dire, mais si si, c'est bien une nouvelle chronique de l'aventurière livresque que je suis que vous avez sous les yeux. Car je lis encore, je suis simplement un tout tout tout petit peu en retard dans la livraison de mes billets.
Pour reprendre mes activités en douceur, j'ai choisi un titre bucolique et enchanteur de Tom Sharpe, la très dépaysante Route Sanglante du Jardinier Blott.
Imaginez un cadre typiquement anglais, avec un château isolé qui a su traverser le temps (même s'il s'agit d'une monstruosité bâtie au petit bonheur la chance au fil des siècles), la campagne profonde et, pour les peupler, deux conjoints d'une quarantaine d'années qui se détestent cordialement.
Solidement plantée sur les poteaux qui lui servent de jambes (d'après son charmant époux), Lady Maud est l'héritière du château et s'est mariée afin d'avoir un héritier. Sir Giles, parlementaire le jour, masochiste la nuit, réfléchit à une solution qui lui permettrait de se séparer de sa femme tout en trouvant un arrangement financier avantageux. Car il faut dire que si Lady Maud est bien sympathique malgré son air revêche et ses manières brutales, elle a de quoi faire fuir son mari : déjà traumatisé par sa lune de miel, Sir Giles a de quoi s'inquiéter en voyant sa femme astiquer régulièrement et fort scrupuleusement un fusil de chasse dans sa cuisine.
(…) Aussi Sir Giles avait-il été surpris, pour ne pas dire peiné, par son interprétation au pied de la lettre de ce qu'il lui avait soufflé, lors de leur lune de miel : il désirait qu'elle l'attache sur son lit et qu'elle le batte. On avait entendu ses cris sur la Costa Brava à un kilomètre à la ronde (…). Sir Giles n'avait pas pu s'asseoir pendant le trajet du retour. (p12)
Pour se débarrasser d'une femme trop encombrante et profiter tranquillement de sa maîtresse (tantôt Mlle Cathétère, la P*erverse Infimière tantôt Soeur Florinda, la Nonne N*ymphomane), Sir Giles verse quelques pots de vin pour lancer la construction d'une autoroute sur leur domaine et profiter des dédommagements. Tout laisse à penser que la trajectoire ne pourra pas être détournée mais c'est sans compter sur la châtelaine et son fidèle jardinier Blott, Allemand de naissance et Anglais de cœur pris pour un Italien par tout le voisinage.
Voilà un roman cocasse que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire, entre les scènes de menace, de chantage, les manipulations machiavéliques au sein du couple, une Lady Maud apparemment mal dégrossie et pourtant rusée comme un singe, une poignée de pleutres et beaucoup de remarques incongrues qui m'ont arraché de nombreux sourires. Je ne connaissais Sharpe que de nom, et voilà que je découvre un auteur au ton ironique et un brin impertinent terriblement anglais... autant vous dire que je compte bien me livrer à un nouveau voyage en sa compagnie !

339 p
Tom Sharpe, La route sanglante du jardinier Blott, 1978
10/06/2009
Mariage pluvieux, mariage heureux
Les conditions climatiques foncièrement impertinentes de cette exquise journée de juin me laissent penser qu'il est grand temps de vous parler du film Easy Virtue, vu le mois dernier. A part le titre de la VF qui aurait fait fuir toute madeleine de Proust ou d'hyper qui se respecte (Un Mariage de Rêve), ce film avait quelques atouts de poids pour prendre dans ses filets votre fidèle chroniqueuse :
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Un manoir en Angleterre, dans les années folles, quand les Victoriens étaient à peine dépoussiérés par quelques autos ma foi tout à fait charmantes.
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Un casting prometteur.
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Des costumes de rêves sur l'affiche, à faire pâlir d'envie toute Miranda Priestly qui se respecte, malgré les quelques décennies d'écart.
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Ah oui, j'allais oublier. Colin Firth. Vous savez, ce type qui a joué dans une série méconnue de la BBC il y a quelques années. Un petit détail tout à fait insignifiant, je vous l'accorde. Mais bon...
Tiré d'une pièce de Noël Coward (à l'origine d'un autre film de Hitchcock en 1928), ce film traite du retour au
bercail de John Whittaker pendant les années folles. John est l'héritier de propriétaires terriens anglais sur le déclin, une famille visiblement portée sur les traditions aristocratiques anglaises et le respect des conventions sociales. La surprise est donc de taille lorsque John revient de Monaco marié à une certaine Larita. Une épouse idéale, vous pensez bien : américaine, très directe, blonde platine, déjà mariée, Larita est une héroïne moderne qui aime participer à des courses automobiles, passe son temps à fumer et n'a de cesse de mettre un terme à la visite familiale. Vous vous en doutez déjà, Mrs Whittaker mère n'entend pas les choses de cette façon.
C'est donc cette guerre impitoyable que se livrent la nouvelle épouse et sa belle-mère qui est au cœur de l'histoire et donne lieu à des scènes très drôles, à des répliques excellentes et des moments cultes – à commencer par le chien involontairement écrasé, les fleurs offertes en masse à une allergique au pollen, ou les conseils de lecture (Sodome et Gomorrhe et Lawrence) judicieusement prodigués à une belle-soeur un peu trop innocente.
Ce film offre un excellent moment de dépaysement au spectateur. Outre l'humour, j'ai
particulièrement apprécié les décors et les costumes soignés, la musique entraînante et toujours à propos, sans parler des scènes rythmées qui s'enchaînent pour notre plus grand plaisir.
Le casting est sans aucun doute le point fort de Easy Virtue. Kristin Scott Thomas est parfaite dans le rôle de la mère et de l'épouse incomprise qui doit gérer seule son domaine et lutter bec et ongles pour sauvegarder le peu qui lui reste. Colin Firth est franchement sympathique en mari méprisé par son épouse, en sauvageon barbu affable cachant une blessure secrète – comme c'est romanesque! On est loin de Darcy ou des multiples comédies romantiques dans lesquelles on est habitués à le retrouver. Et si je trouve que les photos de Firth mal rasé ne le flattent pas, il m'a totalement charmée dans ce film où il est de toute manière parfaitement convaincant dans son rôle délicieusement décalé.
Du majordome aux enfants, en passant par tous les membres de la famille, tous les acteurs ont été particulièrement bien choisis – même si le jeune mari est un peu inconsistant, il me semble que cela correspond parfaitement à son tempérament et rend le duo père (Colin Firth) / fils plus intéressant. Mais la surprise vient pour moi de Larita, incarnée par Jessica Biel. Gardant le souvenir d'un personnage franchement soporifique dans Sept à la maison (7th Heaven), je n'aurais pas été voir le film pour les beaux yeux de Jessica Biel envers qui j'avais quelques a priori. Et pourtant, sa seule performance vaut le déplacement : Biel incarne une Larita flamboyante,
rendant aussi bien justice à la provocatrice qu'à la facette plus fragile du personnage. Superbe, drôle, très expressive, cette Larita entraîne ses partenaires (et le spectateur!) dans son sillage, avec brio.
Attention : produit très addictif !

Easy Virtue, Stephen Elliott, 2008



00:40 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (50) | Envoyer cette note | Tags : easy virtue, mariage de rêve, colin firth, jessica biel, kristin scott thomas, film d'époque, années folles, humour anglais, british, angleterre
15/05/2009
Des choux et des carottes
Grâce à Lilly qui n’aime pas Barbara Pym et m’a gentiment offert son exemplaire d’Adam et Cassandra, j’ai passé un très bon roman au pays des vieilles filles, des pasteurs célibataires ou non, des veuves et des couples mal assortis. Le tout en Angleterre, of course !
Barbara Pym est souvent comparée à Jane Austen, dont elle serait la digne héritière. Cela me hérisse autant que lorsque je lis une comparaison similaire au sujet d’un roman iranien qui parle d’agences immobilières et de cuisine, ou encore lorsque les éditions de Jane Austen mettent en avant des critiques dignes de The Devil wears Prada, histoire de racoler le lecteur innocent (« tellement drôle », « hilarant », « la meilleure comédie jamais écrite », oui, je vous parle bien de Pride and Prejudice !). Pour en revenir à nos joyeux moutons, comparer Barbara Pym et Jane Austen est bien sûr chose possible, tout comme on peut comparer la carotte au chou-fleur. Ce sont deux légumes, qui peuvent se manger crus ou se déguster à la vapeur, en gratin, en soupe ou que sais-je ? On peut même les combiner dans une même recette, ce qui est beau, avouons-le ! De là à confondre la carotte et le chou-fleur, n’y a-t-il qu’un pas ? Eh bien pour quitter le plan horticole ou légumineux de mon illustration, Barbara Pym et Jane Austen ont elles aussi des points communs : un esprit plus ou moins critique, un ton plus ou moins ironique et moqueur ; une prédilection pour un milieu social qu’elles connaissent bien ; des intrigues de salon (mariage, héritage, bienséance, scandales vite étouffés et tués dans l’œuf) ; et justement, beaucoup de scènes cruciales au sein du foyer, où se nouent beaucoup de petits drames et triomphe la vie en société (avec tous ses commérages). Ajoutons leur nationalité et le fait qu’elles ne se sont jamais mariées, et voilà pour le rapprochement entre ces deux écrivains !
Pym est pour moi comme une petite grand-mère littéraire, dont l’ironie ne va jamais bien loin. Ce serait plutôt une charmante vieille dame au regard malicieux qui aime observer ses congénères et se moquer d’eux sur un ton finalement bienveillant. Les personnages pymiens sont souvent antipathiques car leur créatrice prend un malin plaisir à glisser innocemment quelques commentaires qui ne tardent pas à mettre en valeur les travers de chacun.
Vanité, prétention, ennui, jalousie, voilà les petites faiblesses qui ponctuent tout le récit d’Adam et Cassandra. Adam est un auteur médiocre qui se prend trop au sérieux ; il est choyé par sa tendre épouse, une femme riche et belle qui aimerait parfois que son mari lui accorde un peu plus d'attention. Arrive un jour M. Tilos, Hongrois charmeur qui s’éprend de Cassandra et forme avec le couple un trio qui ne manque pas de faire jaser le voisinage. Malgré les petits rebondissements et les insinuations de Barbara Pym qui laissent entrevoir un minuscule ouragan dans la communauté bien établie d’Up Callow, le retour à la normale semble incontournable (du moins je n’en attendais pas moins après avoir lu deux autres Barbara Pym). Au final, j’ai passé un délicieux moment à savourer ce petit bonbon acidulé, me délectant des remarques amusantes et prenant plaisir à participer à quelques conversations de salon, sans parler d’un petit détour par la Hongrie. Pour en revenir à Jane Austen, il faut se défaire de cette idée d’un lien réel entre ces deux écritures pour aborder sereinement Barbara Pym. La prose de la première est bien plus fine et complexe lorsqu’on prend le temps de la lire attentivement. Les sujets ne sont pas les mêmes car plus d’un siècle sépare ces deux univers et, quoi qu’on en dise, la société a beaucoup évolué depuis le début du XIXe. Ce qui n’enlève pas à Barbara Pym son charme suranné et ses légers traits d’humour. L’état de ma PAL pymesque montre bien que je l’ai placée dans la catégorie suivante : A consommer sans modération !
Encore merci à toi Lilly pour ce roman qui m’a fait passer d’excellents moments le temps d’un week-end du 1er mai bien gris (parfaite excuse pour bouquiner) !
Sur ce blog, j’ai aussi parlé de : Des Femmes remarquables et de Crampton Hodnet (irrésistiblement drôle).
236 p
Barbara Pym, Adam et Cassandra, 1987 (posthume)
08:55 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : barbara pym, adam et cassandra, littérature anglaise, roman anglais, humour anglais, pasteurs, vieilles filles, potins






































