29/04/2012
Harry Potter ne peut rien contre les fantômes anglais
Après avoir lu le roman de Susan Hill, j'avais très envie de découvrir l'adaptation cinématographique et voir ce que pouvait donner Harry Potter lorsqu'il ne s'agissait pas de sorcellerie. En compagnie de Titine, bien plus résistante que moi à l'épreuve des maisons hantées, j'ai fait la connaissance d'un Arthur Kipps dépressif, dont l'histoire est assez différente de celle que je connaissais déjà.
Contrairement au roman qui fait de Kipps un homme plus âgé et respectable, brusquement rappelé à d'effroyables souvenirs lorsque les enfants du foyer réclament une histoire de fantômes, e film ne nous présente pas Kipps une fois plus âgé... et pour cause.

Dans le roman, Kipps est un jeune notaire ambitieux et apprécié de ses supérieurs, fiancé à une charmante jeune femme. C'est alors que la vie lui sourit qu'il part régler la succession d'une vieille femme excentrique au fin fond des marais. Dans la plus pure tradition du roman du XIXe, c'est un homme éclairé, qui fait peu de cas des superstitions qui l'accueillent, et qui sera contraint bien malgré lui de reconnaître l'existence des fantômes et du surnaturel. Dans le film, Kipps a perdu sa femme à la naissance de leur fils. Kipps est donc dépressif, prend une flasque d'alcool en prévision du voyage et au lieu de partir en conquérant, c'est menacé d'être renvoyé par ses supérieurs si son travail laisse encore à désirer que Kipps doit régler la succession. Autre version de l'histoire, qui ceci dit ne gêne pas vraiment et tient la route.

Les petites variantes par rapport au roman continuent ensuite, certaines scènes sont supprimées au profit d'autres, plus spectaculaires, dont l'une des toutes premières : des soeurs, enfants, jouent à l'étage lorsque leur attention est attirée par quelqu'un que nous ne voyons pas. Main dans la main, elles se dirigent vers la fenêtre et se suicident. Et en effet, les cas de morts brutales d'enfants se sont multipliés : elles surviennent lorsque l'on a vu La Dame en Noir, qui rôde autour de la maison dans laquelle Kipps doit se rendre.

Comme le héros du roman, le Kipps du film est intrépide. Lorsqu'il entend des bruits inquiétants dans la maison, lorsqu'alors que la maison est isolée par la marée des coups brutaux retentissent à la porte d'entrée, le voilà qui sort dehors. Il cherche sous les lits, ouvre les portes de pièces condamnées et n'hésite pas à entrer dans une pièce dans laquelle il entend un bruit retentissant (un fauteuil à bascule se balançant violemment tout seul).

Le réalisateur a misé sur une ambiance de film d'horreur et est certainement bien parvenu à créer une atmosphère angoissante déjà présente dans le livre, en y ajoutant nombreuses scènes visant à nous faire sursauter (j'étais crispée toutes les deux minutes dans la salle de cinéma). Le fait d'avoir choisi la chambre de l'enfant et ses horribles jouets était tout indiqué pour moi qui, petite, avais une peur bleue des automates.

Dans l'ensemble ce film est plutôt réussi à mon avis, en raison de cette angoisse permanente que l'on ressent (j'avoue être particulièrement sensible aux histoires de fantômes) mais aussi des décors et costumes très travaillés, un régal pour ceux qui est aiment les films d'époque (période comparable à celle de Downton Abbey).

Malheureusement, James Watkins s'enflamme un peu et finit son film dans une ambiance hollywoodienne assez grotesque : le fantôme est largement mis en scène au lieu de rester présent et invisible ; un cadavre retrouvé dans la boue après cinquante ans est parfaitement conservé et à la fin, nous avons droit à la suite de Ring ; même si Kipps enterre le fils mort dans les sables mouvants avec sa mère (le fantôme), la terrible Dame en Noir n'est toujours pas satisfaite et ne pardonnera jamais. C'est ainsi que, comme on le voyait arriver depuis le début (et plus encore en ayant lu le roman qui annonce la triste fin de la première famille de Kipps), c'est au fils du notaire que la Dame en Noir décide de s'en prendre. Heureusement pour la famille Kipps, passer sous un train leur permettra de retrouver épouse et mère. Finalement, tout va pour le mieux.
Autres avis : Titine, Le passeur critique, Legolegitislegimus, Kecha...
Le roman de Susan Hill dont est tiré le film.
Un film Back to the Past, challenge lancé avec ma chère Maggie.

The Woman in Black, un film de James Watkins, 2011

11:00 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : james watkins, la dame en noir, daniel radcliffe, susan hill, fantômes, fantômes anglais, angleterre, angleterre xxe
31/03/2012
Sorcellerie et douceurs anglaises
Après Meurtres entre soeurs, je n'ai pas pu résister au plaisir de lire un deuxième roman de Willa Marsh, petite variation autour du même thème puisque le titre n'est autre que Meurtres au manoir (le genre d'intitulé qui m'interpelle toujours lorsqu'il s'agit d'un manoir anglais). Et que Willa Marsh a l'esprit tordu pour inventer de pareilles situations !
Cette fois-ci, j'ai fait la rencontre de Clarissa, qui travaille et vit seule à Londres dans une petite chambre sans intérêt et se morfond, ennuyant ses amis avec une histoire inventée à propos d'un premier amour tragique. C'est alors qu'un couple d'amis a l'idée de lui présenter Thomas (et non pas Robert comme je voulais l'appeler quand j'ai écrit mon billet), qui vient tout juste de perdre son épouse. Bien malheureux, le veuf se laisse séduire très vite par la vive citadine qui sait se montrer fraîche, innocente et sexy à la fois, un cocktail dévastateur pour cet homme à la morale sévère s'ennuyant quelque peu à vrai dire. Lorsqu'il invite Clarissa pour la première fois chez lui, la jeune femme tombe éperdument amoureuse du manoir de style Tudor et du domaine (vous l'aurez compris, Thomas n'est pas la motivation principale, nous sommes bien loin de Jane Austen ici) ; elle fond aussi pour les tantes, deux adorables vieilles qui gèrent l'intendance. Son choix est fait : elle sera la nouvelle châtelaine. Et il ne lui faut pas longtemps pour précipiter le mariage (le fait d'appeler en urgence sa proie pour lui annoncer que son propriétaire – une petite fille vieille adorable – lui a fait des avances inconvenantes est une action qui s'avère très utile).
Mais Clarissa ne sait vraiment pas où elle met les pieds (la prochaine fois que vous rêverez de séduire un Lord anglais, pensez-y). La famille est issue d'une longue lignée de sorcières qui, depuis l'époque reculée des cultes druidiques, perpétue des traditions oubliées à coup de sacrifices de bestioles en tout genre (bizarrement les chiens du domaine disparaissent fréquemment, mais cela ne semble pas inquiéter le maître des lieux) ; à l'occasion, un auto-stoppeur égaré s'est avéré lui aussi très utile. Les femmes de la lignée se font enterrer dans les bois qui jouxtent le jardin, alors qu'un cercueil rempli de pierres sert de leurre à l'église. Désormais, ce sont les tantes qui respectent la tradition mais elles doivent faire face à un défi de taille : qui va hériter de leur lourde tâche et les enterrer dans le bois ? Car il est évident que la seule fille du châtelain envisage de rentrer dans les ordres et s'oppose aux forces obscures qui hantent la forêt. L'arrivée de Clarissa est donc une bonne chose (d'ailleurs, les tantes n'auraient-elles pas aidé la première femme à mourir après une série de fausses couches désespérante ?). Mais la Londonienne est-elle prête à supporter la présence des nombreux fantômes qui errent dans la maison et la lourde responsabilité qui lui incombe ? Rien n'est moins sûr. Et sa meilleure amie qui s'installe au château quelques mois plus tard pourrait peut-être faciliter leurs plans. Encore que...
Si Meurtres entre soeurs était déjà assez sordide, ce roman est d'une noirceur impressionnante. Les adorables tantes sont des meurtrières sadiques, le seul prince charmant est un loup sans morale, la meilleure amie de Clarissa prend celle-ci pour une vraie dinde et fait tout pour lui voler son titre de châtelaine. Quant à cet accident de tracteur qui cloue le châtelain sur un fauteuil roulant, le doit-on vraiment au hasard ?
Un roman complètement déjanté et monstrueux, ironique et d'une bassesse infinie, drôle et absolument épouvantable. Vous ne regarderez plus jamais vos proches de la même façon (surtout s'ils aiment les balades nocturnes dans la forêt, dans ce cas fuyez !).
L'avis de Moustafette (chez qui j'ai découvert cette photo de porcelaines tout à fait appropriée que je me suis permis de reproduire ici) et de Cathulu.

Willa Marsh, Meurtres au manoir, 1999
17:48 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : willa marsh, meurtres au manoir, littérature anglaise, roman anglais, angleterre, angleterre xxe, culte druidique, fantastique, fantômes, humour noir, humour anglais
05/10/2011
La célèbre, l'incontournable Maison hantée !
Et voici un premier arrêt sur cette ligne fantôme que nous vous proposons d'emprunter avec nous tout au long du mois, avec une étape tous les cinq jours dans un lieu joyeusement effrayant !
Sur les conseils de quelques partipantes au challenge Halloween, j'ai fait une halte à la maison hantée en regardant The Frighteners (Fantômes contre Fantômes), un film de Peter Jackson avec Michael J. Fox. Je m'étonne de ne pas l'avoir vu plus tôt car j'ai toujours bien aimé cet acteur et l'idée d'un film humoristique autour des fantômes n'est pas pour me déplaire (vous avez tout de même devant vous celle qui a arrêté de compter après avoir vu 21 fois Ghostbusters I et 16 fois Ghostbusters II entre le CM1 et le CM2 !).
Frank Bannister est un escroc d'un genre inédit. Régulièrement, il repère les enterrements du coin et vient jeter ses cartes de visite au cas où l'esprit du défunt se manifesterait et aurait besoin d'être délogé par ses soins. Frank prétend voir les morts (c'est vrai). Il se targue aussi d'être un chasseur de fantômes (c'est faux : quelques complices fantômes se chargent d'épouvanter une famille avant de disparaître avec l'arrivée de Frank). Attaqué dans sa maison, un jeune couple fait appel aux services de Frank : Lucy est confiante tandis que Ray, dont la pelouse et les nains de jardin ont été saccagés par Frank un peu plus tôt, reste bien évidemment hostile. Malgré l'intervention de Frank, un poltergeist rôde toujours dans la maison et Ray décède bientôt dans des circonstances étrages. Lucy et Frank vont ainsi se rapprocher et lutter ensemble contre une malédiction qui semble frapper la ville, où les morts subites se multiplient. Leur chemin croise celui de Patricia, séquestrée dans une maison lugubre, autrefois petite amie d'un tueur en série envoyé à la chaise électrique.


Si vous ne l'avez pas encore vu, n'hésitez pas à faire vous aussi la connaissance de Frank et de Lucy. Voilà un film qui ne manque pas d'humour, qui reste très léger tout en empruntant au film d'épouvante un certain nombre de codes et de lieux : un hôpital abandonné, une maison hantée, un cimetière et quelques personnes au passé louche, à commencer par Bannister, soupçonné par un agent du FBI complètement fou d'être le meurtrier de sa propre femme, morte quelques années plus tôt. Les effets spéciaux sont assez réussis pour un film de cette époque et l'action ne manque pas, avec un scénario bien ficelé. Une très bonne surprise !
Vu dans le cadre du challenge Halloween 2011 organisé ici et chez Hilde.



The Frighteners (Fantômes contre Fantômes), un film de Peter Jackson, 1996

00:26 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : challente halloween, the frighteners, fantômes contre fantômes, ghostbusters, sos fantômes, fantômes, fantômes humour, maison hantée, film d'épouvante, humour noir
18/05/2010
Victoria, I'm coming (again) !
Amateurs de spiritisme, siphonnés de la table tournante, Victoriens dans l’âme, vous êtes prêts à affronter les averses anglaises, à fouler de vos bottines encrassées le sol londonien, quand il ne s’agit pas de mettre les pieds dans un manoir lugubre où se passent de drôles de choses ? J’ai là le livre qu’il vous faut, et ça tombe plutôt bien car vous risquez très sérieusement de vous régaler : La Séance de John Harwood.
Tout commence avec le journal de Constance, jeune fille de bonne famille sur qui le sort semble s’acharner. Habitant près de l’hôpital des enfants trouvés, elle est persuadée d’avoir été adoptée depuis que sa petite sœur est morte, rendant sa mère indifférente à tout, dans une maison où le père semble fuir tout contact avec sa famille, leur préférant ses recherches à la bibliothèque. Pour faire le bonheur de sa mère, Constance l’entraîne à des séances de spiritisme, s’entendant avec une médium pour que sa mère croie être en contact avec Alma, sa fille morte à l’âge de deux ans. Malheureusement, le projet tourne court et Constance se voit contrainte de vivre chez un oncle tout juste rencontré. C’est alors qu’inopinément, elle hérite d’un manoir légué par une parente éloignée, qui lui est totalement inconnue. Un manoir dont l’histoire a été marquée par des événements particulièrement sordides.
Je ne vous en dirai pas plus afin de ne pas gâcher votre plaisir, l’histoire étant tout à fait passionnante et faisant de ce roman une véritable menace pour votre vie sociale qui, le temps d’une lecture, sera réduite à néant. Car il est impossible de s’arracher à ce livre où tout concorde à subjuguer le lecteur : plusieurs récits enchâssés l’un dans l’autre ; des points de vue et des angles d’approche différents ; un environnement qui, en ce qui me concerne, constitue mon cadre de prédilection ; enfin, une écriture très agréable. Au final, un récit absolument captivant et intelligemment mené qui ravira les amateurs de romans du XIXe (malgré quelques coquilles : « craignez-vous … ? » à quoi l’on répond « Peur ? Peur ! » - on imagine bien « do you fear… ? » « Fear ? Fear ! » qui là était compréhensible ; Clara qui devient un instant Carla et une ou deux petites choses que j’ai depuis oubliées).
Un vrai régal, un livre dont je ressors vraiment enthousiaste et que je compte recommander autour de moi. Un livre qui, je l’espère, vous séduira rapidement lors de sa sortie en librairie (le 3 juin).
Merci à Solène au Cherche-Midi pour cette visite d’un manoir isolé, et les aventures qui en ont découlé !
Voici quelques livres chroniqués par ici et qui pourraient vous tenter également si ce sujet vous inspire : Angelica d’Arthur Phillips ; The Thirteenth Tale de Diane Setterfield ; De Pierre et de Cendre de Linda Newbery.

359 p
John Harwood, La Séance, 2009

20:11 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : spiritisme, roman victorien, roman xixe, john harwood, la séance, londres, londres xixe, angleterre, angleterre xixe, fantômes, manoir hanté
23/08/2009
Le père et la fille
« Je retrouvais le cadre immense, le visage grandeur nature, le garçonnet de papier. Le rayon de son regard me fixait alors. J'étais debout sur une chaise, au même niveau que lui mais à bonne distance. Il m'envoûtait, je cherchais son mystère et restais sans réponse devant le pâle sourire, les yeux clairs habités d'une douce mélancolie. Sa trop grande gravité, qui ne correspondait pas à l'enfant espiègle qu'il avait été, me laissait penser qu'il pressentait son destin. » (p119)
Dans cette rentrée littéraire 2009, La Peine du Menuisier va sans doute constituer l'une des plus agréables surprises parmi les premiers romans. L'auteur est née en 1955 à Brest. Dans un texte autobiographique, elle revient sur le parcours de Marie-Yvonne, de l'enfance à l'âge adulte, entre fantômes et silences au sein d'un entourage profondément catholique.
Le silence, c'est celui du « Menuisier », ce père âgé qu'elle ne sait pas nommer autrement. C'est aussi le silence qui la caractérise, petite fille taiseuse, secrète, sans doute un brin fantasque et morbide. Point commun entre le père et la fille, le silence les rapproche et les sépare à la fois, leur permettant de communier et de se comprendre implicitement mais les empêchant d'aborder certains sujets et de se dire l'essentiel, alors que la mort du père approche à grands pas.
Outre la relation père-fille difficile au cœur de ce roman que Marie Le Gall a d'ailleurs dédié à son père, la narratrice explore de nombreuses thématiques à travers le récit de sa vie, à commencer par les racines et les secrets de famille qui ne semblent pas manquer chez ces parents qui l'ont conçue très tard, dix-neuf ans après Jeanne, sa sœur folle et pleine d'amour. Entourée de non-dits et d'absents, ces membres de la famille qu'elle n'a jamais connus qu'à travers les photos pour toujours figées qui peuplent sa maison d'enfance, Marie-Yvonne est fascinée par la mort, revenant sans cesse au portrait de René-Paul dont un jouet conservé à la cave l'attire sans cesse. Enterrements, errances dans les cimetières, heures passées à regarder les restes d'os extraits d'une tombe humide et nauséabonde par le fossoyeur, conjectures au sujet des photos des disparus, la mort est une question qui taraude la narratrice de manière obsessionnelle.
L'histoire personnelle est aussi l'occasion de dresser un portrait d'une Bretagne aujourd'hui disparue, celle des années soixante où le rapport à la terre, les souvenirs de guerre, les traditions familiales et la vie quotidienne avaient encore le goût des temps anciens, une époque révolue racontée avec justesse sur un ton toujours sobre et précis.
Ce livre présente beaucoup de qualités et pourtant, j'ai d'abord eu beaucoup de peine à m'immerger dans le récit qui manquait à mon sens de fil conducteur pendant les cent premières pages. Bien sûr, dans le titre, la dédicace et certaines scènes, tout tendait à faire de la relation au père la quête finale de la narratrice. Malgré tout, la première partie privilégie un peu trop l'anecdote à mon avis, au détriment du récit. Les réminiscences de Marie-Yvonne sont intéressantes à lire mais me rappellent un peu trop les mémoires qui se transmettent au sein des familles, le but étant de retranscrire ses souvenirs le plus fidèlement possible, sans se préoccuper des questions de déroulement et de structure propres au roman. Quoi qu'il en soit, le style soigné et le ton plein de pudeur de Marie Le Gall m'ont convaincue et je suis ravie de ne pas avoir planté là ce beau roman. Plus centrée sur la relation entre la narratrice et son père, la deuxième partie est passionnante et m'a beaucoup émue. Les moments volés qui noyaient la première partie à force d'accumulation sont ici parfaitement insérés dans une « intrigue » de mieux en mieux menée.
Au final, voilà un beau roman très personnel qui parvient à avoir une portée plus générale, le lecteur pouvant difficilement lire cette histoire unique sans songer à sa propre famille et aux similitudes inévitables entre les parcours individuels. L'art d'aimer, le temps trop court à partager avec ses proches, la souffrance inhérente aux relations distantes que Marie-Yvonne entretient avec ses parents sont remarquablement retranscrits. Touchant et évocateur, le récit est porté par l'ambiance un peu mystérieuse et chargée d'histoire. Et lorsque l'on tourne la dernière page, il est difficile d'abandonner ce menuisier et cette famille auxquels on s'est nous aussi attachés. Un bel hommage au père disparu.
« Par tradition, il me donna le prénom composé de sa soeur asthmatique, morte en crise beaucoup trop tôt en laissant trois jeunes orphelines. C'était aussi le prénom de sa tante, la soeur de Tad, qui n'avait vécu que quelques années. « Marie-Yvonne », avait écrit l'employée. Enfin, puisqu'il fallait un second prénom, celui de la fille de ma marraine, Nicole, fit l'affaire. Asphyxiée par une fuite de gaz, elle s'était éteinte à six ans. » (p 22)
Opération Masse Critique dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire.

283 p
Marie Le Gall, La Peine du Menuisier, 2009
« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !
Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici. »

17:18 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : phébus, marie le gall, la peine du menuisier, rentrée littéraire 2009, bretagne, brest, roman français, roman famille, fantômes, relation père-fille
18/07/2009
Fantômes, spiritisme et Victoria
Repéré chez la très enthousiaste Madame Charlotte, Angelica avait tout pour me plaire et ne m'a pas déçue. Oubliez la critique du Washington Post racoleuse qui vous lorgne depuis la couverture (« Un puzzle infernal par l'un des meilleurs écrivains d'aujourd'hui ! », voilà qui est effrayant!) et laissez-vous tenter si :
- Vous êtes un tantinet obsédé par l'époque victorienne, ou si ce cadre ne vous rebute pas particulièrement, puisque c'est là que Phillips nous entraîne. Ceci dit, assez peu de scènes sont précisément marquées par l'époque et le lieu ; il pourrait s'agir d'un roman historique au contexte plus vague.
- Les histoires de fantômes faisaient votre bonheur lorsque vous faisiez 1m12 et aviez quelques années de moins.
- Le fait d'être le jouet d'un narrateur ne vous dérange pas, pas plus que le fait de lire plus de 400 pages et 4 versions différentes d'une même histoire pour finalement devoir vous faire votre propre idée.
Madame Charlotte parlait du Tour d'Ecrou d'Henry James. Le principe est peu le même, dans le sens où l'on est confronté à une histoire de fantômes qui semble très réelle, pour finalement voir cette même histoire remise en cause ou corroborée de différentes façons, le doute subsistant toujours à la fin. Personnellement, j'ai trouvé le roman de James plus effrayant en raison de l'atmosphère oppressante qu'il rend si bien, tandis que Angelica repose davantage sur un système de rebondissements, de manifestations nettement fantastiques et joue davantage sur les différents points de vue, ce qui permet de mieux comprendre les incohérences observées dans le comportement des uns et des autres. S'il est difficile d'égaler Henry James avec ce qui est pour moi son chef-d'oeuvre machiavélique, Angelica relève assez bien le défi sur le plan narratif.
Au final, il ressort des complots d'Arthur Phillips un page-turner convaincant, dont le plus grand mérite est de tenir le lecteur en haleine avec un faux thriller et un faux roman historique, un plat d'autant plus savoureux que l'écriture est assez soignée, malgré quelques coquilles à imputer malheureusement à l'éditeur (exemple: « à quiconque te la réclameras » p310). Rien de bien méchant ceci dit, mais cela m'agace toujours.
Je n'avais pas lu un roman de ce genre depuis assez longtemps et, amis lecteurs, je me suis régalée. J'ai du coup écouté sagement les conseils du Magazine Littéraire (particulièrement palpitant ce mois-ci d'ailleurs, entre Dracula, Holmes, les collections livre+CD de l'Imaginaire et un autre article que je n'ai pas encore lu mais qui me semblait tout aussi anglo-saxon et bien sûr tout à fait prometteur) : je lirai bientôt un autre thriller victorien. Voilà qui est dit !
Et voici les premières phrases de ce roman :
J'imagine que le pensum qui m'a été donné à faire devrait commencer sous la forme d'une histoire de fantômes, puisque ce fut sans doute ainsi que Constance vécut les événements. Je crains toutefois que le terme n'éveille en vous des espérances déraisonnables. Je ne m'attends certes pas à vous fiare peur, vous moins que quiconque, dussiez-vous lire ces lignes à la lueur grimaçante d'une chandelle et sur des planchers grinçants. Ou moi gisant à vos pieds. (p 13)

423 p
Arthur Phillips, Angelica, 2007
00:42 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : angelica, arthur phillips, époque victorienne, victorien, angleterre, londres, roman psychologique, thriller, henry james, fantastique, fantomes
10/07/2009
Once you put your hand in the flame
Après l'échec et mat du dernier livre de poche, voici une deuxième lecture érotique pour Miss Lou qui a décidément de bien coquines lectures cet été. Si ma première tentative pour rendre ce blog un soupçon libertin n'a pas été une franche réussite, la découverte de La Belle Endormie de Gérard de Cortanze a été bien plus plaisante.
Servie par un style agréable et un cadre historique qui n'était pas pour me déplaire, l'histoire se déroule en Italie, entre la bibliothèque royale de Turin et l'ancien domaine des Cortanze. Entourées de mystère, les recherches généalogiques du narrateur aboutissent à la découverte d'un texte érotique signé par Maria Galante, une Cortanze ayant vécu au XVIIIe et poursuivie par une drôle de légende. Elle aurait été indirectement mêlée au meurtre d'un abbé qui sans doute la violait mais, peut-être pour asseoir sa sulfureuse réputation, la voilà qui viendrait aussi hanter son ancienne chambre et participer aux ébats des jeunes couples mariés auxquels la pièce est généralement réservée, le château ayant été converti en hôtel. Poussé par la curiosité, le narrateur décide de mettre les rumeurs à l'épreuve en louant la chambre de Maria Galante.
Comme le dit si bien Léthée, l'érotique n'est qu'un prétexte, de même que l'aspect morbide pour le moins présent dans les mises en scène de Maria Galante et d'autres. Voilà avant tout un roman qui grâce à son intrigue solide et originale mène son lecteur par le bout du nez, jusqu'à la fin qui constitue à mon sens le point faible de ce livre. Tout s'enchaîne rapidement et m'a laissé un goût d'inachevé ; bref, une petite déception car j'avoue que j'attendais beaucoup du déroulement une fois les premiers pions placés pour une partie qui semblait très prometteuse. Entre fantasmes et réalité, l'onirique et l'influence libertine du XVIIIe font de cette lecture un très agréable divertissement, auquel il ne manquerait pas grand-chose pour être tout à fait envoûtant.
A noter au passage le curieux titre, qui évoque Kawabata mais aussi Elizabeth Taylor.
Un avis sur Blue Moon, un autre chez Léthée. Et merci beaucoup à Adeline !
(PS : je n'ai pas oublié le tag qui m'attend !)

122 p
Gérard de Cortanze, La Belle endormie, 2009
17:29 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : la belle endormie, gérard de cortanze, libertins, italie, xviiie, roman xviiie, fantômes, mystère, château, roman historique
05/06/2009
Venez mes petits...
Nos amis des confins est sans doute le roman le plus étrange que j’aie lu depuis longtemps. Debbie vient de quitter les Etats-Unis pour s’installer sans son époux dans la ville de Grays. Travaillant à Londres, la jeune femme rentre chaque jour dans cette banlieue un brin glauque, embrumée, blottie contre la Tamise et flanquée d’un réservoir à gaz qui constitue une menace permanente pour les habitants de ce coin perdu. Elle s’est installée au cottage de Mary Seddon, dont la présence est encore palpable au cœur de la nuit.
Et il y a plus curieux encore. Debbie s’attache immédiatement à un groupe d’amis inséparables plus âgés
qu’elle. Tous plus insolites les uns que les autres. Henrietta, qui organise une Ghost Walk deux fois par jour et semble voir l’invisible à chaque instant. G.M., qui reprend régulièrement ses amis sur les termes qu’ils emploient, avec une obsession de la précision touchante, puis déconcertante. Ewan, obsédé par les ondes qui nous parasitent et nous détruisent peu à peu. Reginald, fugitif sans raison. Sans parler des absents, ces personnages incontournables qui semblent avoir bizarrement disparu juste avant l’arrivée de Debbie.
Voilà un roman un brin contemplatif qui ne saurait satisfaire ceux qui cherchent à tout prix l’action ou la logique dans leurs lectures. Pour aimer ce livre, il faut accepter de perdre ses repères, de se laisser bercer par une balade qui n’a peut-être pas de but en soi. Sans doute faut-il aimer laisser courir son imagination et être sensible au rythme assez lent de l’histoire. Toujours est-il que Nos amis des confins m’a totalement séduite. Peut-être n’est-ce pas un roman parfait mais j’avoue ne pas m’être
attardée sur ses éventuels défauts, préférant rester sous le charme d’une lecture envoûtante. J’ai adoré le cadre froid, un peu paradoxal car il est laid et fascinant à la fois (sans doute l’ambiance mystérieuse n’y est pas pour rien). J’ai été assez hypnotisée par les personnages improbables et surréalistes et finalement, outre l’aspect poétique indéniable de cette histoire, j’ai aimé l’habileté de l’auteur en matière de fantômes. Faux sujet principal de ce roman, le fantôme se joue du lecteur : jamais on ne prouve l’existence des âmes errantes qui semblent omniprésentes, tandis que les fantômes des vivants (les absents, les disparus, ceux qui sont là et ailleurs à la fois) sont, eux, bien réels. Voilà qui est déconcertant et vraiment savoureux. Que dire de plus ?
Un très joli voyage. Question de sensibilité sans doute. Ce livre me correspond parfaitement et je le relirai avec plaisir.
Un petit clin d'oeil à Malice qui voulait lire ce livre elle aussi et qui a parlé de fantômes sur son blog, grâce au Prix des Cinq Continents qu'elle a récemment mis à l'honneur.
J’en profite pour faire un petit appel à tout le monde, amis lecteurs, auteurs, éditeurs : j’ai repéré d’autres titres de Sylvie Doizelet mais je peine à trouver des résumés. Quelqu’un pourrait me renseigner et pourquoi pas, me recommander un titre en particulier ? Je suis preneuse de conseils en matière de fantômes aussi...
Livre lu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à l'éditeur et à Babelio, en particulier Guillaume, interlocuteur toujours très sympathique ! J'ai été très gâtée avec ce roman.
138 p
Sylvie Doizelet, Nos amis des confins, 2009
00:00 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : sylvie doizelet, nos amis des confins, fantômes, angleterre, tamise, mystère, psychologie, écologie
23/04/2009
Ci-gît un cimetière pas comme les autres :
Dans la série des livres qui se morfondaient dans le tas des billets en retard, The Graveyard Book de Neil Gaiman arrive en bonne place, avec plus d'un mois d'abandon (sans compter le fait qu'entre le moment où j'ai lu les 100 premières pages et celui où j'ai lu la suite se sont écoulés près de deux mois). Il faut dire que la magie a seulement vraiment opéré la deuxième fois.
Ce roman est celui de Nobody Owens, recueilli par les habitants d'un cimetière après le meurtre de sa famille. Poursuivi par l'étrange Man Jack à son arrivée, on le sait menacé dans le monde réel et on se charge de le cacher. On ? Des fantômes vieux de plusieurs siècles, dont un couple autrefois sans enfant, ainsi que Silas, ni mort, ni vivant (mais très vampirique). « Bod » grandit donc au milieu des « siens », apprend à traverser les murs, à se faire invisible, à connaître les étoiles et la manière d'appeler à l'aide dans des langues fantastiques. Ses expressions datent parfois de plusieurs siècles, et ses connaissances sont souvent décrites à coup d'épitaphe : « here he lyes in the certainty of the moft glorious refurrection », « they sleep to wake again », « son of the above » ou encore « As I Am So Shall You Be ».
Le roman est composé de chapitres consacrés chacun à une aventure propre, qui pourrait presque se lire séparément comme un conte, à l'exception des premier et deux derniers chapitres qui sont liés à l'histoire de Nobody et de ses vrais parents. Chaque histoire a ses propres créatures : loup-garou, gobelins, oiseaux fantastiques, gardiens éternels d'un mausolée. Neil Gaiman crée un univers facile à se représenter, dans un décor étrange mais plutôt sympathique facilement transposable au cinéma.
The Graveyard Book (dont le titre fait allusion à The Jungle Book, cher à Gaiman) est un très bon roman jeunesse, parfait pour les 10-14 ans (c'est en tout cas le genre de livres que j'aimais à cet âge), vraiment agréable à lire pour les plus grands. Outre les péripéties palpitantes de Bod et de ses amis funèbres, ce livre évoque le passage à l'âge adulte, l'amitié, la nécessité de tracer sa propre route. Le ton est souvent empreint d'humour et que voulez-vous, entre Caius Pompeus et Thackeray Porringer (1720-1734), sans parler des derniers Victoriens à avoir peuplé le cimetière, le mélange des siècles dépayse judicieusement : on ne s'ennuie pas un instant !
Un court extrait :
« On the north-western side of the graveyard things had become very overgrown and tangled, far beyond the ability of the groudsman or the Friends of the Graveyard to tame, amd he ambled over there and woke a family of Victorian children who had all died before their tenth birthdays, and they played hide-and-go-seek in the moonlight in the ivy-twined jungle. »
Pendant que je lisais tranquillement ce livre en VO, j'ai été contactée par les éditions Albin Michel qui m'ont proposé de m'envoyer la version française. J'ai accepté
par curiosité et reçu les épreuves non corrigées puis le livre publié en mars (je n'ai découvert ce dernier que très récemment, n'étant pas chez moi lorsqu'il est arrivé). J'ai lu quelques extraits et, très honnêtement, même si je préfère lire systématiquement les livres jeunesse en VO, il est tout aussi agréable de lire ce roman en VF. Le changement majeur tient au choix des illustrations. En anglais, j'ai choisi la version pour le jeune public, préférant les dessins de Chris Riddell qui me rappelaient certains livres de mon enfance et que je trouvais à la fois amusants et monstrueux. La VF contient les dessins de Dave McKean, plus modernes. Ils m'évoquent les comics à la Batman et Spiderman, malgré un style personnel. Quant à la couverture, j'adore !
On trouve les illustrations et beaucoup d'autres détails passionnants (ou pas) sur le site consacré au livre. Notamment ceci : « The Graveyard Book has just won the The John Newbery Medal for the most outstanding contribution to children’s literature ».
D'autres avis : Cocola, « adorable, impossible d'y résister » ; Fashion – qui me l'a fait découvrir, « roman formidable, (...) sombre comme une nuit sans lune au-dessus d'un cimetière » ; ,Karine:) « Le monde créé par la plume de Gaiman a une magie certaine. » ; Marie, « Quel talent ce Neil Gaiman ! » ; Pimpi, « J’ai lu le livre d’une traite. Et j’ai adoré!!!! » ; Yueyin, « Une très belle et magique parabole du passage de l'enfance à l'âge adulte » ; Ofelia, "les neophytes se regaleront d'un roman qu'on a du mal a lacher, les connaisseurs retrouveront avec plaisir l'univers fantasmagorique (mais qui a souvent l'air tellement reel) de Gaiman." ; Isabelle, dans un billet judicieusement intitulé La mort vous va si bien, conclut : « Un très joli roman donc, plein de poésie, que je vous recommande chaudement. »
294 p
Neil Gaiman, The Graveyard Book, 2008
(En France : L'Etrange vie de Nobody Owens, 2009)
****
Petits blablas en passant :
Colin Firth (que je connais très bien et qui m'a évidemment tout raconté) va embellir l'année 2009 en jouant dans A Christmas Carol ET Dorian Gray (je retiens de justesse un «hiiiiiiiiiiiiii » hystérique que je réserve pour la sortie en salle).
*
Aujourd'hui, c'est La Diada de Sant Jordi ou le Lovers Day à Barcelone. Et sachez mes amis que les Catalans sont parfois des gens décidément vraiment (mais alors vraiment) bien. Car pour fêter ça, les couples échangent traditionnellement une rose (pour la fille) et un livre (pour le garçon). Mieux encore, il paraît qu'aujourd'hui le garçon offre la rose ET le livre à la fille (là Mr Lou proteste, on a donc décidé de s'offrir mutuellement les deux raisons du conflit). Il devrait y avoir des livres et des roses partout, notamment sur les Ramblas (et la foule aussi, malheureusement). Je n'en sais pas plus pour l'instant mais sachez que j'ai déjà hâte d'y être ! D'ailleurs, qu'est-ce que je fais encore ici, moi ?

12:45 Publié dans For kids and kidults ! | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : neil gaiman, l'étrange vie de nobody owens, the graveyard book, littérature jeunesse, fantômes, cimetière, fantastique
12/02/2009
Chéri, il y a un fantôme dans la baignoire
Il y a des auteurs que l’on repère, qui restent présents à notre esprit mais qu’on ne lira pas avant des années, voire peut-être jamais. J’ai découvert Alison Lurie au détour d’un blog, puis je l’ai croisée en librairie ou par blogs interposés pendant environ deux ans avant d’être saisie d’une impulsion et de m’emparer du recueil Femmes et Fantômes en prévision d’un voyage en avion. Et qui dit avion dit trajet mais aussi salles d’attente et files à l’embarquement. Je cherchais une lecture raffraîchissante et ne suis pas mécontente d’avoir jeté mon dévolu sur Lurie.
J’avais tellement envie de découvrir cet écrivain que j’avoue ne pas avoir vraiment lu le résumé en couverture. Je pense que la scène s’est à peu près passée comme ça dans ma tête : « Bon, j’ai souvent tendance à préférer les histoires avec des personnages féminins importants ; les fantômes, ah que c’est poétique et mystérieux ! ; oh ! quelle jolie couverture ! ; ah en plus ce sont des nouvelles, c’est parfait pour commencer ! »
Si je dis ça c’est parce qu’en ouvrant le recueil je ne savais franchement pas à quoi m’attendre et, plus encore, je m’étais en quelque sorte persuadée qu’il ne s’agissait de fantômes qu’au sens purement métaphorique… des souvenirs peut-être ? Mais quand la première héroïne a commencé à voir le fantôme de l’ex-femme toujours vivante de son fiancé, j’ai compris mon erreur. Ce sont donc bien des histoires de fantômes qui composent ce recueil. Celui d’une femme a priori jalouse, celui de deux jeunes hommes morts brutalement, d’une commode capricieuse, d’un double mystérieux, d’un lapin à Halloween, d’une déesse indienne et bien d’autres.
A première vue, toutes les histoires peuvent sembler possibles. Pourtant ce n’est jamais qu’un seul personnage féminin qui voit ses propres fantômes, ce qui pose rapidement la question de sa crédibilité. Ainsi ces excellentes nouvelles laissent entrevoir d’autres explications à l’improbable et au fantastique: folie, obsession, culpabilité, superstition, duel entre l’instinct et la volonté plus raisonnable, jalousie, petites ou grandes faiblesses… ces démons peuvent apporter une réponse à l’inexplicable, bien qu’à la fin, le doute plane toujours.
J’ai énormément apprécié ce recueil. Amatrice de nouvelles, j’ai trouvé les histoires très agréables à lire et presque toutes captivantes. L’écriture (bien sûr il s’agit de traduction) est fluide, les personnages intéressants et les sujets originaux et bien exploités. Les héroïnes restent a priori rationnelles malgré les situations étranges qu’elles décrivent, ce qui rend l’ensemble plus intéressant. Leur personnalité est au cœur de chaque histoire, leurs doutes, leurs envies, leurs aspirations étant souvent directement liés aux apparitions fantômatiques. Au passage, j'ai beaucoup pensé à certaines nouvelles pour adultes de Roald Dahl. Un livre qui mérite le détour !
14:37 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, fantomes, alison lurie, femmes et fantomes, littérature américaine






































