02/03/2009
Four lumps of sugar and a slice of teacake
The Lost Art of Keeping Secrets d’Eva Rice est devenu en français L’amour comme par hasard ce qui, accompagné d’une couverture rose et or ou d’un immense soleil couchant pourrait faire fuir beaucoup de lecteurs encore soucieux de leur santé mentale. Mais non, il ne s’agit pas d’un livre à l’eau de rose épouvantable, l’amour est une chose un peu compliquée qui n’arrive pas tout à fait par hasard et, si tendances guimauvesques il y a, il s’agit de sucreries de qualité, rien de moins. Je crois avoir lu quelque part que ce livre était une sorte de chick lit version fifties. Là non plus je ne suis pas franchement d’accord, car si les préoccupations de l’héroïne tournent très souvent autour de ses robes, de garçons ou de bals, le style et le déroulement de l’histoire ont plus de charme et de consistence. Les personnages font aussi preuve d’un peu moins d’humour et de superficialité (je trouve que le terme « léger » caractérise mieux nombre de scènes de ce roman).
Dans les années cinquante, Penelope Wallace rencontre Charlotte à un arrêt de bus et, sans la connaître, accepte de l’accompagner chez sa tante Clare afin de prendre le thé. De cette aventure inattendue naît une amitié qui amène les deux jeunes femmes à passer les mois suivants ensemble. Leurs rencontres se font souvent chez l’irrésistible Tante Clare mais aussi lors de soirées mondaines au Ritz ou ailleurs et, surtout, au sein de Milton Magna Hall, la superbe demeure des Wallace. Bâtie au Moyen-Âge, agrandie par la suite, Magna recèle de nombreux trésors mais a beaucoup souffert de la guerre, agonisant lentement, couvrant ses habitants de dettes.
Autour des jeunes femmes et de Clare gravitent d’autres personnages : Harry, cousin de Charlotte et magicien aux yeux bicolores ; Inigo, petit frère de Penelope et apprenti chanteur pop ; Talitah Wallace, leur mère si jeune et si malheureuse depuis le décès de son mari au front. Sans parler de Johnnie Ray, chanteur pop et tombeur de ces dames, des Teddy Boys et de quelques personnages renversants qui font leur apparition un peu plus tard.
Sans écrire un chef-d’œuvre, Eva Rice signe à mon avis ici un très bon livre qui s’inspire de beaucoup d’auteurs britanniques : on pense à Pym et ses conversations de salon, beaucoup plus à Nancy Mitford, à laquelle une scène fait allusion et dont l’impétueuse Linda a sans doute influencé les descriptions de Charlotte ; citons encore Lewis Caroll et son Alice, un brin de Setterfield pour l’univers de Magna et Wilde – avec une allusion claire à Gwendolen de The importance of being earnest, lorsqu’elle déclare ne jamais voyager sans son journal pour avoir quelque chose d’intéressant à lire.
Malgré sa légereté, ce roman est aussi emprunt de tristesse et de nostalgie. Il finit cependant sur une note très optimiste et tourne toujours autour des notions d’amour et d’amitié, de la possibilité pour chacun de trouver sa moitié, la nécessité d’aller de l’avant et de croquer la vie à pleines dents. Il traite aussi du fossé qui sépare les adolescents de l'après-guerre et leurs parents, ce qui est notamment représenté par l'influence grandissante des Etats-Unis et l'apparition du rock qui vient progressivement remplacer le jazz.
Outre ce mélange savamment dosé de folie douce amère, de joyeuse insouciance et de confrontations plus ou moins faciles avec la réalité, j’ai savouré le cadre cosy et très britannique, entre Londres et sa banlieue, les grands magasins, Fortnum, les salons, l’heure du thé, les vieilles demeures un peu hantées et un esprit enjoué qui m’a touchée. Attachée aux personnages, j’ai eu l’impression de vraiment les accompagner dans leurs aventures. Je regrette seulement les coquilles de l’édition d’origine (Flammarion) : une faute grave notamment et, plusieurs fois, une tante Clare devenue tante Clara ou tante Charlotte, ce que je trouve horripilant !
Dans l’ensemble un très joli roman, délicat, assez fin et, malgré des situations récurrentes, palpitant !
Et en prime, des Teddy Boys, un snapshot de la seule image où je trouve Johnnie beau garçon et une prouesse de ce chanteur que je trouve personnellemt ringard mais amusant et pas fatigant pour un sou !
Merci à Elise du Livre de Poche pour cette lecture très appréciée !
N.B : le titre vient de mon obsession grandissante pour Wilde, car vous n'avez pas fini d'en entendre parler si vous passez par ici !
379 p
Eva Rice, L’Amour comme par hasard, 2005

19:59 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : eva rice, l'amour comme par hasard, roman anglo-saxon, thé, amour, amitié, belles demeures, années cinquante






































