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25/01/2017

Nellie Bly, 10 jours dans un asile

bly_10 jours dans un asile.jpgJe lis rarement (pour ne pas dire jamais) des reportages, mais les 10 jours dans un asile ont piqué ma curiosité. Ce recueil contient trois textes : "10 jours dans un asile", "Dans la peau d'une domestique" (sur le manque de sérieux des agences de placement, qui n'honoraient pas leurs obligations envers les domestiques ni envers les employeurs faisant appel à eux) et "Nellie Bly, une esclave moderne" (sur le travail en usine). Tous ces textes rendent compte de l'expérience vécue par Nellie Bly, qui fait partie des premiers journalistes infiltrés.

"10 jours dans un asile" est le principal reportage de ce recueil. Il y est question de l'asile de Blackwell's Island, face à New York. Nellie Bly s'y fait volontairement interner. Son constat est accablant et conduira les autorités à allouer des sommes supplémentaires à l'asile.

Nellie Bly y met en avant les conditions arbitraires d'internement : incompétence des médecins qui vont la juger folle, exemple d'une femme volage enfermée par son mari ou d'une autre, entrée en raison de sa pauvreté. S'il est facile d'entrer à Blackwell, il est presque impossible d'en ressortir. Une sorte de vie parallèle se met en place sur l'île, alors que les patientes ont vue sur New York, si proche et pourtant inaccessible, symbole de leur liberté perdue. On s'aperçoit que de nombreuses "folles" sont en réalité totalement saines d'esprit et parfaitement conscientes de leur situation.

Une fois les patientes admises, l'enfer commence. Nourriture infecte et avariée, froid, manque d'hygiène. La même eau est réutilisée pour plusieurs patientes, sans même tenir compte des éventuels plaies et problèmes de peau. Pire encore, non contentes d'être d'une incompétence crasse, les infirmières font preuve de brutalité et de cruauté, voire de sadisme. Celui-ci s'exprime aussi bien physiquement (jusqu'à l'étranglement ou des coups aboutissant à des côtes cassées) que moralement (moqueries, humiliations). Tout cela dans l'indifférence la plus totale, les médecins ne s'intéressant pas au sort des patientes et n'ayant visiblement pas les compétences nécessaires pour soigner celles qui auraient besoin de l'être et reconnaître celles qui pourraient sortir.

Bien que ce compte-rendu date de plus d'un siècle, il ne manque pas d'impact pour le lecteur d'aujourd'hui, en raison du contenu choquant relaté dans un style direct, avec précision.

Personnage remarquable, audacieuse, Nellie Bly est une féministe pour le moins courageuse à une époque où la place de la femme de bonne famille est essentiellement dans un salon à parler mondanités en servant des petits fours ! Une lecture étonnante mais passionnante. 

Sur le traitement de la folie et les pratiques douteuses des siècles précédents, voici également deux récits qui m'ont beaucoup plu : The Painted Bridge de Wendy Wallace ; La Chambre des Âmes de Frank Tallis. Enfin, le sympathique roman jeunesse Twelve minutes to Midnight de Christopher Edge se déroule en partie à Bedlam. Bedlam est une pièce de théâtre qui est également consacrée à cet endroit. Dans un autre registre, Personne ne me verra pleurer et Grand Paradis, deux romans nous plongeant également au coeur d'un asile.

Merci aux éditions

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157 p

Nellie Bly, 10 jours dans un asile, 1887

21/09/2014

Mary Beth Keane, La Cuisinière

keane_cuisiniere.JPGDécouvert cet été en librairie, La Cuisinière n'est pas loin d'être un coup de coeur pour moi en ce Mois américain!

Mary Beth Keane a choisi de s'inspirer d'une histoire vraie, celle de Mary Mallon. Immigrée irlandaise vivant depuis une vingtaine d'années à New York, cette cuisinière talentueuse est employée par les maisons les plus prestigieuses et gagne bien sa vie. Jusqu'au jour où un certain Dr Soper l'accuse de transmettre la typhoïde et d'être responsable de la mort de vingt-trois personnes alors qu'elle-même n'a jamais présenté le moindre symptôme de la maladie.

Mary est alors arrêtée et isolée sur la petite île de North Brother où se trouve un hôpital pour les tuberculeux. La première partie du livre met en scène l'arrestation de Mary, son séjour sur l'île, le souvenir qu'elle garde des cas de typhoïde qu'elle a croisés dans sa vie. Sont mis en avant son isolement, l'injustice de la situation, les lettres de son compagnon qui se font de plus en plus rares et enfin, ses démarches pour être libre à nouveau. Puis le roman prend un nouvel élan en s'éloignant de North Brother, ce à quoi je ne m'attendais pas, ne connaissant absolument pas le cas de Mary Mallon auparavant.

Outre le 'fait divers' fascinant en soi, ce roman a le mérite d'humaniser Miss Mallon, maltraitée par la presse à l'époque, oubliée aujourd'hui. Le lecteur s'attache ainsi à la cuisinière irlandaise, souvent le coeur serré, tout en prenant de plein fouet la rencontre avec New York au début du XXe. Ville bouillonnante, sale, puante mêlant vendeurs ambulants, chevaux et métro, elle fait encore beaucoup penser au XIXe tout en ayant un pied dans la modernité. Sur le plan historique, le roman traite de la question sanitaire mais évoque aussi divers événements ayant marqué les esprits à l'époque tels que le naufrage du Titanic ou l'incendie du Triangle ShirtWaist.

La Cuisinière est un roman très intéressant qui se dévore. Chaudement recommandé, et davantage encore si vous aimez les récits historiques ou les livres mettant à l'honneur une figure féminine marquante.

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404 p

Mary Beth Keane, La Cuisinière, 2013

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14/02/2013

Henry James, Les Européens

james_europeens.jpgParmi les romans qui végètent dans ma PAL depuis des années, il y a ceux qui gardent un peu d'espoir, ceux qui n'en ont pratiquement plus... Les Européens d'Henry James oscillait entre ces deux états, certain de mon envie de le lire mais de plus en plus affolé de voir les découvertes plus récentes s'accumuler et le faire progressivement disparaître au fond de ma bibliothèque. Mais c'était un roman que j'avais toujours follement envie de découvrir et j'attendais juste un moment de répit dans ma vie follement trépidante pour le savourer et l'apprécier à sa juste mesure. Les vacances de Noël et la perspective d'un long trajet ont été l'occasion rêvée pour ce tête à tête avec Henry James.

Le récit s'ouvre avec l'arrivée de la baronne Münster et de son frère Félix en Amérique. Ayant épousé un prince contre l'avis des parents dudit mari, la baronne est sur le point d'être répudiée et vient chercher fortune auprès de cousins qu'elle n'a jamais vus. Elle entraîne dans son sillage son frère, qui lui a toujours été fidèle. Européens d'origine américaine par leur mère, tous deux ont beaucoup voyagé en Europe et incarnent le Vieux Monde dans tout ce qu'il a de plus flamboyant aux yeux des cousins américains qu'ils sont venus retrouver. Les deux personnages n'ont rien en commun pourtant : la baronne est une arriviste et une calculatrice, elle a appris dans les milieux mondains européens à jouer la comédie au quotidien afin d'arriver à ses fins. Elle est ainsi charmante, envoûtante même, en dépit d'un physique quelconque, mais l'on sent rapidement qu'il s'agit d'un personnage dangereux. Félix est bien différent, il a conservé l'âme d'un enfant, mené une vie bohème et s'émerveille de tout ; il apprécie sa soeur autant qu'il la craint.

henry james, les europeens, etats-unis, etats-unis xixe, éditions pointsLa rencontre entre les cousins est aussi celle de deux mondes aux systèmes de valeurs très différents. Au badinage et à l'exubérance superficielle des Européens s'oppose l'austérité et la morale rigoureuse des Américains. Pourtant les cousins vont accueillir à bras ouverts Félix et la baronne et les loger à titre gracieux dans la maison qui fait face à leur propriété. C'est l'occasion pour les deux Européens de se mêler à un petit cercle, la baronne entendant en profiter pour trouver un parti intéressant.

[Spoilers à partir de là]

Dans un cadre beaucoup moins citadin que celui auquel je m'attendais avant d'ouvrir ce livre (en réalité j'avais lu deux fois les premières pages qui évoquent un petit hôtel et un cimetière en ville, je m'étais donc fait une image différente du roman à partir de ces premières impressions), ce roman montre avec habileté les différences opposant les deux cercles et au final, James semble plutôt accorder sa préférence aux Américains, à quelques nuances près. Ils sont très puritains, un peu ternes, certes. Cependant, ils sont supérieurs à leurs cousins si inconstants et si égoïstes en raison de l'attention qu'ils portent à la finalité de leurs actions, qui démontre un réel bon fond et non une application bornée de leurs principes religieux, comme on aurait pu s'y attendre. C'est ainsi la baronne qui va pâtir de la rencontre en raison de sa moralité douteuse. Félix, venu avec toute son innocence, va finalement retirer un plus grand bénéfice de la rencontre 

Encore une lecture savoureuse qui me donne envie de lire à nouveau Henry James en 2013.

De Henry James sur ce blog :

Henry James, Les Européens, 1878