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08/07/2018

Angela Huth, Valse-Hésitation

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J'enfoncerai une porte ouverte en rappelant à quel point nos lectures sont soumises à notre état d'esprit du moment. Mais rien ne saurait mieux expliquer mon rapport à ce roman de jeunesse d'Angela Huth récemment publié aux Editions de la Table Ronde. Il m'a fallu plusieurs jours pour arriver poussivement à bout des 80 premières pages avant de renoncer au profit d'une autre lecture. Valse-Hésitation n'est pas le seul livre à avoir connu ce sort au cours des deux derniers mois. Puis hier, plus d'un mois après, voilà que je reprends ma lecture et que je dévore en deux jours le roman jusqu'à la dernière page. Mieux vaut se laisser du temps parfois, plutôt que de s'acharner sans plaisir aucun et de passer à côté d'un beau roman.

Dans Valse-Hésitation, nous faisons la connaissance de Clare, une jeune femme qui vient de se rendre aux obsèques de son premier mari, un officier de marine. Clare était presque adolescente lors de ce premier mariage, la "femme-enfant" d'un homme finalement plus porté sur les femmes aux courbes généreuses, ce qui l'a finalement conduit à s'installer avec une Espagnole plus âgée que Clare.

Depuis, Clare a épousé Jonathan, qui se veut écrivain et constitue un mari attentionné, aimant, mais trop envahissant et bourré d'idées préconçues sur ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, qu'il s'agisse du menu le jour des noces ou de la décoration de la cuisine, en passant par la gestion des glaçons. Au début de ce roman, à la demande de Clare, le couple s'est séparé pour six mois le temps de réfléchir à leur relation et à leur avenir, commun ou non. Jonathan est parti très déprimé et s'est installé dans une mansarde à Rome. Clare vit dans leur maison de Kensington, tournant en rond dans un décor qui l'exaspère.

Cette période va être marquée par deux rencontres. Celle de Mrs Fox, une vieille dame pleine de surprises, et de Joshua, qui réalise des reportages et la fascine dès le premier soir par son comportement détaché et déconcertant. Joshua va rapidement devenir son amant, on s'en doute, sous les yeux bienveillants de Mrs Fox qui recommande de prendre un amant jeune plutôt que de courir le risque d'une névrose sur le tard. C'est cette parenthèse de six mois que nous vivrons avec Clare, dont nous entrevoyons également les souvenirs de ses précédents mariages, souvent lorsqu'elle revit avec Joshua des situations parallèles.

Je m'attendais à la fin après avoir lu La vie rêvée de Virginia Fly : on ne peut pas dire qu'Angela Huth épargne ses personnages. Elle ne leur laisse aucune chance et les conduit tranquillement à la chute que l'on devine, dans un récit qui ferait une délicieuse pièce de théâtre, pleine de mordant. Les protagonistes vivent des bouleversements tout en masquant de nombreuses émotions, tentent de vivre spontanément et de saisir l'instant : excès de vitesse en voiture, musique tonitruante, escapade sur la côte dans une pension miteuse, une dernière soirée passée à danser sur la plage au son de When I'm 64, joué par un homme-orchestre... Des instants de vie qui, pris bout à bout, dessinent le portrait d'une Clare moins indépendante qu'on ne le croyait. Un roman où l'on sent également vibrer l'époque (fin des sixties ou début des seventies), d'autant plus mise en avant par le personnage de Mrs Fox, qui a traversé le siècle avec beaucoup de panache et qui aujourd'hui, écoute autant de la musique classique que les Beatles, met le volume à fond et se rend à des manifestations publiques histoire de vivre des émotions et de prendre part à l'évènement, quel qu'il soit.

Valse-Hésitation est un roman délicieusement anglais, qui parvient à faire de la vie d'une femme malheureuse en amour une comédie féroce et fort réjouissante.

Merci aux éditions de la Table Ronde pour cette découverte !

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229 p

Angela Huth, Valse-Hésitation, 1970

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21/05/2018

Tracy Chevalier, À l'Orée du Verger

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Retrouver Tracy Chevalier, c'est avoir l'assurance d'un roman historique dépaysant et minutieusement documenté, fluide et agréable à lire. Je n'en attendais pas moins avant de débuter À l'Orée du Verger, dont la jolie couverture n'était pas pour me déplaire. J'attends avec impatience son prochain roman qui se déroulera à Winchester dans les années 1930. Cela fait plusieurs mois que je l'ai repéré sur son blog, mais il va falloir être patiente car il est toujours en cours d'écriture. Remarquez, ce ne sont pas les titres de cet auteur qui manquent dans ma PAL... et cette dernière lecture a aiguisé mon appétit en la matière.

Les Goodenough ont dû quitter le Connecticut, faute de terres à allouer à l'un des plus jeunes fils, James. Lui et sa femme Sadie ont donc fait route vers l'Ouest avant de s'embourber assez vite dans le Black Swamp, zone marécageuse où James a bien du mal à faire pousser les 50 pommiers règlementaires qui lui permettront de devenir définitivement propriétaire de ses terres. La vie y est pénible. Chaque été, la fièvre s'empare de la plupart des habitants et peu à peu, des dix enfants Goodenough il ne reste plus que deux filles et trois garçons. Parmi les enfants, deux nous sont plus sympathiques : la maladive et douce Martha et Robert, garçon sérieux au regard direct. Les autres enfants semblent avoir hérité des traits moins flatteurs de leurs parents qui, mariés précipitamment puis livrés à eux-mêmes dans cette région épouvantable, en sont venus à se détester. En effet, les deux époux se provoquent continuellement, la situation s'envenimant de plus en plus au fil du récit.

Tracy Chevalier, À l'Orée du Verger, at the edge of the orchard, littérature américaine, redwoods, billie lapham, pionniers, johnny appleseed, éditions folio, editions quai voltaire

Voilà pour la première partie de ce récit, que j'ai lue assez lentement : je ne partageais pas la passion de James pour les pommiers, tandis que Sadie m'était extrêmement antipathique. C'est un personnage certes malheureux, mais qui n'a pas grand-chose pour la racheter tant elle est mauvaise avec les siens - notamment ses enfants. Puis le récit est brutalement interrompu par des lettres de Robert à ses frères et soeurs : pourquoi est-il parti? Pourquoi n'écrit-il qu'à ses frères et soeurs? Cette série de lettres sème le doute et relance complètement la narration. Ce ne sera pas le seul changement de mode narratif, plusieurs histoires se dessinant et se rejoignant peu à peu.

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Si j'ai mis un peu de temps à entrer dans ce roman, j'ai dévoré les  130 ou 140 dernières pages hier avec avidité. J'aime les romans historiques mais ne me passionne pas particulièrement pour l'époque de la ruée vers l'or et de la Conquête de l'Ouest. Pourtant, j'ai trouvé beaucoup d'intérêt à ce roman aux personnages très tranchés et aux métiers parfois peu conventionnels pour l'époque. Le cadre est soigneusement travaillé : la découverte des redwoods, ces arbres géants, John Appleseed dont on fait la connaissance, les débuts du tourisme, l'essor des grandes villes...

Tracy Chevalier, À l'Orée du Verger, at the edge of the orchard, littérature américaine, redwoods, billie lapham, pionniers, johnny appleseed, éditions folio, editions quai voltaire

Si le roman se passe essentiellement dans la nature, c'est l'histoire plus globale des Etats-Unis que l'on retrouve ici, avec un XIXe fait de migrations incessantes et d'évolutions non négligeables dans la société. Comme San Francisco, ville masculine où les rares femmes à y avoir élu domicile ont la possibilité de vivre comme bon leur semble, au mépris des convenances et du carcan qui leur sont imposés plus à l'Est. Sans parler de la crasse ou des saloons peu fréquentés dans ce roman, qui, en toile de fond, rappellent l'incroyable diversité du paysage américain à l'époque.

Merci aux éditions Folio pour cette découverte.

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390 p

Tracy Chevalier, À l'Orée du Verger, 2016

17/03/2017

Angela Huth, La Vie rêvée de Virginia Fly

51ZiCHR17PL._SX195_.jpgC'est avec ce roman que je découvre enfin Angela Huth. Ecrit en 1972, La Vie Rêvée de Virginia Fly vient d'être publié en France par les éditions Quai Voltaire / la Table Ronde - avec un choix de titre très différent de l'original, Virginia Fly is drowning.

Voici une petite pépite ! Fin, ironique, sans doute un peu triste, ce roman étonnant croque à merveille le portrait d'une jeune trentenaire encore vierge et de son entourage plutôt médiocre, issu d'une classe moyenne mal dégrossie. 

Virginia Fly a donc la petite trentaine. Enseignante, elle vit chez ses parents "à la campagne", dans une banlieue proche de Londres. Son père est un homme moyen, qui s'attache à mener une vie dans la moyenne, par exemple en calculant le temps moyen qu'il lui faut pour faire certains trajets, à une vitesse moyenne. Sa mère est sotte, pour ne pas dire assez insupportable (elle ne manquera pas d'évoquer Mrs Bennet aux amateurs de littérature anglaise).

A une époque où la révolution sexuelle suit son cours, Virginia semble vivre à une autre époque, voire dans un autre monde. Hormis une rencontre brutale lors de vacances il y a des années de cela, la jeune femme n'a jamais connu que deux hommes : d'une part à travers la relation surannée qu'elle entretient avec un professeur de musique autrichien qui l'invite à des concerts, d'autre part, via les lettres qu'elle échange avec un correspondant américain. Ses parents sont d'ailleurs très au fait de cet échange épistolaire; aussi, lorsque le correspondant décide de se rendre en Angleterre, sa venue est perçue comme un grand événement et suscite de grands espoirs chez Virginia, qui s'est auto-persuadée du fait qu'ils allaient se marier et repartir ensemble aux Etats-Unis. 

Je fais le choix de ne pas en révéler trop sur l'intrigue pour vous laisser tout le plaisir de suivre pas à pas les cheminements de notre héroïne, frémir devant son absence de logique et de sens de la survie et assister impuissants à la confrontation de ses rêves d'adolescente avec la réalité.

Je ne peux que recommander ce roman aux multiples facettes. On y trouve la description fascinante d'une époque et d'une société, notamment à travers la thématique des relations hommes femmes - Virginia s'en remet complètement aux hommes qu'elle rencontre, naïvement. Elle n'envisage pas un instant la possibilité de conserver son poste d'enseignante si elle en venait à se marier. La psychologie des personnages est indubitablement le point fort de ce texte, avec une Virginia complexe, touchante dans son innocence intellectuelle, et en même temps étrangement prompte à nourrir des fantasmes de viol, mélangeant parfois allègrement les notions de sexe, d'amour et de mariage sans distinction aucune. Le sexe mis à part, Virginia m'a parfois fait penser à Margaret, l'héroïne de Stella Gibbons dans Westwood.

Voilà une nouvelle plume féminine anglo-saxonne qui a su me séduire. J'ai hâte de poursuivre la découverte de l'oeuvre d'Angela Huth - ça tombe bien, j'ai deux de ses livres qui m'attendent sagement dans une de mes bibliothèques !

Merci aux Editions Quai Voltaire / la Table Ronde pour ce partenariat !

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Les avis de : Anne, Antigone, Fanny du Manoir aux LivresLa Pause Libraire, Le Club des Incorrigibles lecteurs, Les Deux BouquineusesLes Lectures de Nefertiti, Lilas, Mrs Figg, Tant qu'il y aura des livres, Wonderbook, Virginie Neufville

218 p

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Angela Huth, La Vie rêvée de Virginia Fly, 1972

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05/08/2014

Molly Keane, Chasse au Trésor

keane_Chasse-au-tresor_5080.jpegAmateurs de vieilleries, Molly Keane a réuni pour vous de délicieux excentriques coincés quelque part dans un siècle passé, peu résignés à abandonner leurs vêtements poussiéreux et leurs habitudes archaïques... pour votre plus grand plaisir !

De quoi retourne-t-il ? : Le propriétaire du domaine de Ballyroden vient de décéder. Le roman s'ouvre alors que ses proches rentrent à la maison, bien décidés à boire du champagne en l'honneur du défunt. Mais une surprise de taille les attend : ce cher Roddy a dilapidé toute la fortune familiale et ses legs généreux ne sont que de charmantes promesses puisqu'il va falloir maintenant réduire considérablement le train de vie de la maisonnée pour ne pas avoir à céder Ballyroden.

Deux clans se forment d'emblée : d'un côté l'héritier, Philip, ainsi que sa cousine Veronica, tous deux pragmatiques, décidés à se retrousser les manches et à recevoir des hôtes payants pour s'en sortir ; de l'autre, le frère et la soeur de Sir Roderick, Hercules et Consuelo, en aucun cas prêts à renoncer à leurs privilèges et nombreux caprices. Et quelque part ailleurs, l'insaisissable et espiègle tante Anna Rose qui, depuis qu'elle a perdu son cher époux pendant leur voyage de noces, s'imagine parcourir le monde entier en train ou en avion, toujours accompagnée d'un oiseau qui trône sur ses différents chapeaux. Ajoutons à ce petit monde étonnant trois domestiques, chacun particulièrement entiché d'Anna Rose, Hercules ou Consuelo et se souciant peu du bien-être des deux jeunes, beaucoup trop terre-à-terre pour ne pas être jugés terriblement ternes (y compris par leurs aînés).

La rupture avec les fastes passés est vite consommée : Philip alloue à son oncle et à sa tante une modeste somme en guise d'argent de poche (ce qui donne des situations cocaces, comme lors d'un jeu d'argent : « Tu me dois neuf pence, Chaton, je t'assure (p 168) »), l'alcool ne coule plus à flots et le quotidien va être bouleversé par l'arrivée de parvenus anglais décidés à profiter de l'hospitalité irlandaise. Ils ne seront pas déçus du voyage !

J'ai particulièrement apprécié la première partie du roman, construite comme une pièce de théâtre. La première scène s'ouvre sur la présentation d'une pièce vide, la maison attendant le retour des occupants. Puis chaque protagoniste fait une entrée en fanfare dans ladite pièce, avec son lot d'extravagances. Hercules et Consuelo sont croqués avec beaucoup d'humour et, si on ne peut pas vraiment les détester, on ne peut s'empêcher d'être un peu choqué en les considérant à travers le prisme de nos repères modernes. Quelques exemples croustillants :

Les gens sont prêts à risquer leur vie pour nous. C'est tellement gentil (p 27).

En définitive, ça revient toujours moins cher de descendre au Ritz. Et personne ne pourrait m'accuser d'être dépensière – regardez ma pingrerie avec les épingles, les épingles ordinaires ou les épingles de nourrice. Dès que je vois une épingle, je la ramasse, voilà comment je suis. Jamais de ma vie je n'ai acheté une épingle – ce sont mes économies préférées (p 55).

Même si j'ai eu un peu plus de mal à m'intéresser aux visiteurs anglais (du moins à la plus jeune d'entre eux), le regard qu'ils portent sur leurs hôtes (ces deux vieux vestiges inutiles d'extravagances passées (p104)) est on ne peut plus acéré : Mon frère est un fervent collectionneur d'antiquités, dit Dorothy, dont le regard alla ostensiblement se poser sur les gens, pas sur les meubles (p 103).

C'est ma deuxième lecture de Molly Keane et, une fois encore, je suis vraiment séduite par la manière dont elle croque ses personnages, si improbables et pourtant tellement irrésistibles et pleins de vie. Si vous ne la connaissez pas encore je ne peux que vous recommander de la laisser vous présenter ses aristocrates déchus. En n'oubliant pas de vous armer d'une tasse de thé (voire d'un soupçon de brandy) of course !

Merci à Babelio à travers l'Opération Masse Critique ainsi qu'aux éditions Quai Voltaire.

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272 p

Molly Keane, Chasse au Trésor (Treasure Hunt), 1952

 

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