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22/05/2017

Valentina D'Urbano, Acquanera

durbano_acquanera.jpgLe récit s'ouvre avec le retour de la narratrice à Roccachiara après dix ans d'absence. Fortuna a décidé de revenir après avoir appris la découverte d'un squelette qui pourrait être celui de sa meilleure amie. Son histoire s'inscrit dans la continuité d'une lignée de femmes, toutes douées d'un certain pouvoir. En quelque sorte des sorcières, elles sont guérisseuses, sentent la présence des esprits ou les voient. Fortuna, elle, semble ne pas avoir reçu ce don de clairvoyance, au grand soulagement de sa grand-mère Elsa. Car leurs connaissances prisées des villageois ne protègent pas la famille de la superstition et de la bêtise des autres: elles sont ainsi mises au ban de la société locale, de façon plus ou moins marquée selon les générations.

Fortuna est protégée du monde extérieur par sa grand-mère Elsa. La petite voue un amour sans espoir à sa mère, Onda, qui ne l'a jamais voulue et vit dans une cabane de fortune près du lac où sont mortes de nombreuses personnes. Lorsqu'elle doit affronter l'école, la jeune Fortuna est seule à son tour, jusqu'à l'arrivée de Luce, la fille du fossoyeur. Egalement prise pour cible par les écoliers, Luce devient rapidement la meilleure amie de Fortuna. Leur relation est fusionnelle mais bizarre et déséquilibrée. Luce, elle, aime aider son père dans son travail, excelle à la préparation des corps et se réfugie dans le cimetière des enfants dès qu'elle en a l'occasion. C'est dans ce cadre étrange, sauvage et quelque peu inquiétant que grandit Fortuna.

L'été venait de commencer, et la grossesse de ma grand-mère approchait de son terme. Elle était nerveuse car le bébé ne cessait de bouger, ce qui lui valait de terribles cauchemars. Une nuit, elle rêva de nouveau du lac.

Dans ce rêve, elle volait comme un héron au-dessus de l'eau bleue, transparente, où les herbes ondoyaient paresseusement et les poissons pullulaient. Sur le fond reposait un village entier, avec ses rues et ses maisons, où les algues tenaient lieu d'arbres. Sur le pas des portes, des gens souriaient et la saluaient.

Elle se réveilla. Il faisait jour et Angelo était déjà parti. Alors qu'elle s'asseyait, un liquide froid à l'horrible goût amer lui monta à la bouche. Elle eut juste le temps de se pencher pour le cracher.

Ce n'étaient pas des glaires, mais l'eau du lac (p 37).

Voilà un superbe roman, à travers les portraits marquants de femmes volontaires face à l'adversité, le tout dans un lieu sauvage et un contexte de superstitions. Un coup de coeur.

Merci aux éditions Points pour cette découverte.

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408 p

Valentina D'Urbano, Acquanera, 2013

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25/01/2017

Nellie Bly, 10 jours dans un asile

bly_10 jours dans un asile.jpgJe lis rarement (pour ne pas dire jamais) des reportages, mais les 10 jours dans un asile ont piqué ma curiosité. Ce recueil contient trois textes : "10 jours dans un asile", "Dans la peau d'une domestique" (sur le manque de sérieux des agences de placement, qui n'honoraient pas leurs obligations envers les domestiques ni envers les employeurs faisant appel à eux) et "Nellie Bly, une esclave moderne" (sur le travail en usine). Tous ces textes rendent compte de l'expérience vécue par Nellie Bly, qui fait partie des premiers journalistes infiltrés.

"10 jours dans un asile" est le principal reportage de ce recueil. Il y est question de l'asile de Blackwell's Island, face à New York. Nellie Bly s'y fait volontairement interner. Son constat est accablant et conduira les autorités à allouer des sommes supplémentaires à l'asile.

Nellie Bly y met en avant les conditions arbitraires d'internement : incompétence des médecins qui vont la juger folle, exemple d'une femme volage enfermée par son mari ou d'une autre, entrée en raison de sa pauvreté. S'il est facile d'entrer à Blackwell, il est presque impossible d'en ressortir. Une sorte de vie parallèle se met en place sur l'île, alors que les patientes ont vue sur New York, si proche et pourtant inaccessible, symbole de leur liberté perdue. On s'aperçoit que de nombreuses "folles" sont en réalité totalement saines d'esprit et parfaitement conscientes de leur situation.

Une fois les patientes admises, l'enfer commence. Nourriture infecte et avariée, froid, manque d'hygiène. La même eau est réutilisée pour plusieurs patientes, sans même tenir compte des éventuels plaies et problèmes de peau. Pire encore, non contentes d'être d'une incompétence crasse, les infirmières font preuve de brutalité et de cruauté, voire de sadisme. Celui-ci s'exprime aussi bien physiquement (jusqu'à l'étranglement ou des coups aboutissant à des côtes cassées) que moralement (moqueries, humiliations). Tout cela dans l'indifférence la plus totale, les médecins ne s'intéressant pas au sort des patientes et n'ayant visiblement pas les compétences nécessaires pour soigner celles qui auraient besoin de l'être et reconnaître celles qui pourraient sortir.

Bien que ce compte-rendu date de plus d'un siècle, il ne manque pas d'impact pour le lecteur d'aujourd'hui, en raison du contenu choquant relaté dans un style direct, avec précision.

Personnage remarquable, audacieuse, Nellie Bly est une féministe pour le moins courageuse à une époque où la place de la femme de bonne famille est essentiellement dans un salon à parler mondanités en servant des petits fours ! Une lecture étonnante mais passionnante. 

Sur le traitement de la folie et les pratiques douteuses des siècles précédents, voici également deux récits qui m'ont beaucoup plu : The Painted Bridge de Wendy Wallace ; La Chambre des Âmes de Frank Tallis. Enfin, le sympathique roman jeunesse Twelve minutes to Midnight de Christopher Edge se déroule en partie à Bedlam. Bedlam est une pièce de théâtre qui est également consacrée à cet endroit. Dans un autre registre, Personne ne me verra pleurer et Grand Paradis, deux romans nous plongeant également au coeur d'un asile.

Merci aux éditions

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157 p

Nellie Bly, 10 jours dans un asile, 1887

15/12/2016

Arnaldur Indridason, La cité des Jarres

indridason_cite des jarres.jpgIndridason, voilà un nom que j'ai souvent croisé au gré des blogs et en librairie. Mais, lisant davantage de polars historiques et de romans anglo-saxons que de polars nordiques, il m'aura fallu attendre le Mois nordique pour me décider à découvrir cet auteur islandais et son inspecteur Erlendur Sveinsson.

Tout débute avec l'assassinat d'un homme âgé dans son appartement de Reykjavik. Sur son corps a été laissé un curieux message : "Je suis LUI". Ce meurtre d'abord qualifié de "bête et méchant" va finalement donner bien du fil à retordre à Erlendur.

Ce roman m'a d'abord quelque peu déconcertée par une entrée en matière au rythme lent, avec un humour qui n'a pas tout de suite pris - à son collègue qui suggère d'établir le profil de la victime, Erlendur rétorque : "Son profil ? (...) Qu'est-ce que c'est que ça ? Une photo prise de côté ? Tu veux une photo de profil de lui ?" (p43). Erlendur, je demandais à voir... en matière d'enquêteur, je suis plus Ben Ross et Agatha Raisin que tout ce qui se rapproche d'un quinquagénaire sans vie sociale et à l'hygiène de vie douteuse.

D'emblée, je me suis sentie dépaysée en revanche, et ça, j'ai bien apprécié. Le fait d'établir si le meurtre a été perpétré en chaussettes ou en chaussures par exemple. La pluie. Des petits détails concernant les logements et modes de vie.

Puis le récit se développe, l'intrigue s'étoffe et peu à peu, les ramifications se multiplient pour nous livrer un récit haletant et original de par les thématiques abordées. Tout commence par le portrait de la victime, dont on découvre qu'il s'agissait d'un individu peu recommandable. Puis, de fil en aiguille, la génétique et la généalogie vont être au cœur de ce roman qui réserve des surprises au lecteur, surtout après un début si tranquille.

J'ai hâte de découvrir le tome suivant !

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328 p

Arnaldur Indridason, La cité des Jarres, 2000

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23/07/2016

Mois anglais 2016 : résultat des concours

Nous avons eu le plaisir de vous proposer plusieurs concours dans le cadre du Mois anglais grâce à la gentillesse des éditeurs partenaires de nos deux blogs. Entre une fin d'année scolaire bien remplie pour Cryssilda, notre English teacher de choc, et l'agrandissement de la famille Lou, nous avons attendu juillet pour vous annoncer les gagnantes des quatre derniers concours.

Voici les résultats :

Gagnantes du concours nº2 - Editions Héloïse d'Ormesson : Le Célibataire de Stella Gibbons

FondantGrignote

Romanza

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Gagnantes du concours nº3 - Editions Albin Michel : 1er tome des enquêtes d'Agatha Raisin,  La Quiche fatale

Félicie

Estelle

Rachel

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Gagnantes du concours nº4 - Editions Points : Henry James, La coupe d'or (collection Signatures) / Stella Gibbons, Westwood / Elizabeth Gaskell, Mary Barton

Kathel

Jessica

Sylvie

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Gagnantes du concours nº5 - Editions du Nil / Robert Laffont : L'été avant la guerre d'Helen Simonson

Keisha

Jessica

Framboise 

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Un grand bravo à vous toutes ! 

Il ne vous reste plus qu'à nous envoyer vos noms et adresses postales aux mails suivants : cryssilda@hotmail.com et myloubook@yahoo.com.

N'hésitez pas à nous proposer des lectures communes de ces livres si jamais vous le souhaitez, à la suite de notre billet ou sur notre groupe facebook...

Et surtout, nous vous souhaitons de belles lectures !

Have a lovely summer !

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18/06/2016

Mois anglais : Concours n°4

Aujourd'hui, grâce aux Editions Points que nous remercions, nous avons le plaisir de faire gagner à trois d'entre vous un lot comprenant les trois titres suivants :

james_coupe or.jpg gibbons_westwood_points.jpg gaskell_mary barton.jpg

- Henry James, La coupe d'or (collection Signatures)

- Stella Gibbons, Westwood - mon billet par ici

- Elizabeth Gaskell, Mary Barton

Pour remporter ce lot, nous vous proposons d'imaginer une scène inspirée des trois couvertures ci-dessus. Prolixes ou minimalistes, on espère que vous vous amuserez bien !

Les auteurs des trois scènes qui nous marqueront, nous amuseront, nous étonneront le plus recevront chacun ces trois romans.

Vos réponses sont à nous envoyer par mail au plus tard le 25 juin prochain sur nos deux adresses : cryssilda@hotmail.com et myloubook@yahoo.com.

Bonne chance à toutes et à tous !

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03/06/2016

Stella Gibbons, Westwood

gibbons_westwood_points.jpgJ'ai plusieurs Stella Gibbons en attente chez moi et je m'en réjouis après cette première lecture. Si Westwood n'est pas tout à fait un coup de coeur, c'est un roman tout en nuances qui ravira les amateurs de littérature anglaise et notamment, de classiques "Vintage".

Jeune enseignante, Margaret vient de s'installer à Londres pendant la guerre avec ses parents, qui lui donnent l'image d'un mariage peu épanouissant. Dotée d'un physique quelconque, la jeune femme est très, voire trop sérieuse, malgré une grande sensibilité pour l'Art sous ses différentes formes. A l'inverse, son amie d'enfance Hilda récemment devenue sa voisine est très jolie, assez frivole, ne s'intéresse qu'aux films faciles et semble supporter la guerre avec une légèreté qui fait défaut à Margaret.

gibbons_westwood.jpgPar hasard, Margaret fait la rencontre du peintre Alexander Niland et de son beau-père dramaturge Gerard Challis, qui s'avère être un proche voisin vivant à Westwood, une superbe maison. Grâce à Zita, réfugiée juive travaillant chez les Challis, Margaret va obtenir son droit d'entrée à Westwood et côtoyer ainsi cette famille qui la fascine, en particulier le dramaturge qu'elle juge tout à fait admirable. Peu lui importe de devoir supporter les railleries de sa fille superficielle ou d'être régulièrement sollicitée pour s'occuper des petits-enfants que les femmes de la maison semblent incapables de gérer seules (sans penser même aux hommes, artistes au-delà de toutes ces considérations bassement matérielles -  à une époque où, de toute façon, l'homme ne joue pas ce rôle dans le foyer). Bien qu'on ne puisse se retenir de grincer des dents face aux mauvaises manières et à l'arrogance des Challis et des Niland, qui profitent allègrement de Margaret, difficile de ne pas être sous le charme de cette maisonnée. Nous suivons ainsi Margaret pendant plusieurs mois, entre son travail qu'elle prend moins au sérieux au fil du temps, ses visites à Westwood, ses sorties au concert et l'intimité qu'elle noue avec un ami de son père... autant de changements dans son quotidien qui la feront évoluer.

En parallèle, et bien que sûr de son pouvoir de séduction, le cinquantenaire Gerard Challis fait une cour laborieuse à Hilda, rencontrée dans le métro. Le charme et la beauté de la jeune femme l'empêchent d'admettre ses lacunes intellectuelles et son indifférence royale à tous ses discours pompeux. Bien évidemment, Hilda et Margaret sont loin de se douter du fait que toutes deux côtoient le même homme dans des circonstances bien différentes.

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On savoure ce roman délicat qui fait vivre sous nos yeux Hampstead et Highgate sous le Blitz, nous donnant à voir une capitale très vivante et gaie malgré les bombes allemandes. Le portrait qui nous est fait de Londres nous offre de très beaux passages, tel que celui-ci par exemple : Tant que dura l'été, la beauté l'emporta sur la tristesse, car le soleil bénissait toute chose - les ruines, les visages fatigués, les fleurs sauvages aux longues tiges et les étendues obscures d'eau stagnante - et, durant ces mois de calme, Londres dévasté fut aussi beau qu'une ville de rêve (p 8).

Stella Gibbons ne fait pas de cadeau à ses personnages : chacun a son lot de défauts, et même si aucun n'est fondamentalement antipathique, il est difficile de les apprécier ou, a fortiori, de les admirer. Notre héroïne n'échappe pas à la règle en raison de la passivité dont elle fait preuve alors que tout le monde semble trouver normal de profiter de sa générosité.

Preuve du plaisir que j'ai pris à le lire, mon exemplaire de Westwood est constellé de post-its, aussi bien pour retrouver de belles descriptions, des considérations sur la psychologie des personnages ou tout simplement, des touches d'humour. Je ne résiste pas au plaisir de vous citer cet extrait où Margaret farfouille dans une pile de livres d'occasion : Alors qu'elle ouvrait avec circonspection des sermons et des biographies de respectables nullités du dix-neuvième siècle depuis longtemps défuntes, elle aperçut soudain ce gros volume d'âge vénérable, dont la reliure vert foncé avait connu des jours meilleurs et dont la couverture arborait encore une gravure dorée défraîchie de la porte de Highgate (p 344).

Amoureux des lettres anglaises, Stella Gibbons est à découvrir sans plus attendre !

Lu dans le cadre du Mois anglais organisé ici et avec ma comparse Cryssilda, pour la lecture commune autour des (Vieilles) dames indignes ou indignées (thème qui me laisse un peu perplexe mais qui est il est vrai très amusant).

L'avis en anglais de Book Snob, qui émet quelques réserves que je rejoins en partie, même si j'ai trop apprécié ce livre pour souhaiter mettre en avant ses quelques faiblesses.

Merci aux Editions Points pour cette lecture !

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522 p

Stella Gibbons, Westwood, 1946

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05/09/2015

Fiona Kidman, Le Livre des Secrets

Kidman_LIVRE DES SECRETS.jpgL'été tire à sa fin, c'est l'occasion pour moi de partager avec vous quelques titres lus ces derniers mois. Comme de coûtume, il sera un peu question de la rentrée littéraire, mais pas seulement: quelques publications du printemps 2015 et une ou deux immersions dans ma PAL!

Commençons avec Le Livre des Secrets de Fiona Kidman, grâce à qui je découvre la littérature néo-zélandaise (je n'ai pas le souvenir d'autres lectures en la matière). Ce roman couvre trois générations. Les premières pages sont consacrées à Maria qui, en 1953, vit isolée dans une vieille maison et passe pour une sorcière aux yeux des habitants du village. En se souvenant de sa mère et de sa grand-mère, elle nous invite à remonter dans le temps et découvrir l'histoire familiale à différentes époques, toujours à travers une figure féminine centrale.

En 1812, Isabella, jeune femme issue de la bourgeoisie, vit dans une petite ville écossaise avec ses parents. Elle rencontre un jour un homme pauvre, visiblement affamé, au pied peu sûr. Il vient de se faire refuser un travail par le père d'Isabella. Celle-ci s'intéresse au jeune homme, Duncan, et, contre toutes attentes au regard de leur statut social, Isabella accepte d'épouser Duncan et de partager avec lui une vie dure, faite de travail et de privations. C'est l'époque où les paysans se font chasser des terres qu'ils cultivent depuis longtemps. Sous l'influence d'un homme qui prétend détenir la parole de Dieu, Duncan, Isabella et toute une communauté vont partir s'installer en Nouvelle Ecosse. Les relations d'Isabella et du prédicateur, McLeod, sont centrales dans le roman, la jeune femme ayant un tempérament indépendant et affirmé et se rendant compte des faiblesses de McLeod, qui passe pour une sorte de prophète auprès de ses voisins.

Cet homme convaincra ensuite une partie de ses ouailles à repartir en Australie puis en Nouvelle-Zélande, où Annie, la fille d'Isabella, tentera de mener une vie hautement respectable, dans la crainte de Dieu et surtout de McLeod, aux principes intransigeants (du moins lorsqu'il ne s'agit pas de son propre foyer). La communauté vit dans l'austérité, la moindre coquetterie est condamnée, moquée, et les sermons du dimanche sont l'occasion d'humilier les paroissiens pour leurs choix de vie ou leurs écarts de bonne conduite, dès lors dénoncés en public.

Malheureusement pour Annie, sa propre fille Maria a hérité de l'esprit indépendant et fier de sa grand-mère et n'est pas prête d'accepter de se laisser dicter sa conduite par la communauté ni par un homme de Dieu bien pensant (un nouveau prédicateur, McLeod étant décédé juste avant sa naissance). Pour avoir commis le péché de chair et défié l'homme d'Eglise, Maria est condamnée à vivre seule sur la propriété de sa mère, qui part s'installer ailleurs. Ce qui paraît injuste et brutal à la fin du XIXe devient plus étonnant encore lorsqu'on s'aperçoit qu'en 1953, Maria, très âgée, n'a jamais plus quitté sa maison.

Voilà un roman fleuve qui se lit tout seul et vous dépayse, entre une Ecosse austère, une Nouvelle Ecosse plus rude encore et au final, une région aride, sauvage, domestiquée par ses nouveaux habitants bien pensants. L'aspect historique du roman m'a séduite, mais ce sont surtout ces trois portraits de femmes (et davantage encore, la grand-mère et la petite fille) qui m'ont convaincue. C'est un roman parfois dur, triste, mais aussi vibrant, qui nous touche par la justesse des propos sur la nature humaine. Par ailleurs, l'aspect religieux contribue à la toile de fond intéressante sans jamais mettre l'histoire au second plan. Un livre que j'avais bien du mal à reposer pour retourner à mon quotidien.

En partenariat avec les éditions Points.

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466 p

Fiona Kidman, Le Livre des Secrets, 1987

06/09/2014

Joyce Carol Oates, Le Mystérieux Mr Kidder

oates_mysterieux mr kidder.jpgEncore un roman de Joyce Carol Oates pour le moins dérangeant ! Sur les traces de Lolita, Le Mystérieux Mr Kidder met en scène Katya, jeune babysitter qui se laisse embarquer dans une relation dangereuse avec un homme âgé. Elégant, riche, influent, artiste, Mr Kidder aborde l'adolescente alors qu'elle promène les enfants dont elle s'occupe et observe des dessous dans une boutique chic. Ses bonnes manières et son origine sociale rassurent Katya qui accepte de se rendre chez Mr Kidder pour prendre le thé.

Les remarques du vieil homme si poli sont parfois déplacées et créent une ambiance malsaine, amorcée par son premier cadeau : des dessous très affriolants. Leur relation se construit autour d'un équilibre fragile et complexe. Malgré le dégoût qu'il peut légitimement inspirer au lecteur, le vieux Mr Kidder intrigue et campe un séducteur crédible. Quant à Katya, avide d'attentions et de respect, attirée par l'odeur de l'argent, innocente et naïve à d'autres égards, elle pense pouvoir tirer profit de son vieil admirateur. Elle est tour à tour fascinée et écoeurée par ce personnage étrange, répugnant sous des dehors raffinés.

Difficile d'abandonner ce court roman qui se construit autour d'un conte et dont la fin m'a surprise. Curieusement, une partie de mon plaisir de lecture est venu du cadre du récit, Bayhead Harbour, station balnéaire de luxe où les quartiers modernes des parvenus près des canaux peinent à rivaliser avec les demeures prestigieuses des vieux quartiers.

Les avis de Kathel et Mango.

D'autres idées de lecture autour de Joyce Carol Oates :

Merci aux Editions Points pour cette lecture.

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210 p

Joyce Carol Oates, Le Mystérieux Mr Kidder, 2009

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20/08/2014

Eric McCormack, L'Epouse hollandaise

mac cormack_epouse hollandaise.jpgJ'ai toujours aimé les romans qui commençaient par s'adresser directement à nous, aimables lecteurs. Cette forme surranée me faisant penser aux bons gros romans du XIXe a toujours le don de me faire soupirer d'aise avant de me blottir confortablement dans mon canapé, prête à suivre l'auteur là où bon lui semblerait. L'Epouse hollandaise fait partie de ces livres aux petits soins avec leurs lecteurs et c'est avec ravissement que j'y ai plongé.

Ecrivain de son métier, le narrateur a décidé de nous raconter une histoire véritable, entendue de la bouche de son voisin. Mais avant de faire la connaissance de Thomas et de son extraordinaire famille, notre narrateur a emménagé dans la maison voisine, dont il nous livre quelques détails : et qui ne voudrait pas la visiter ?

Je suis aussitôt tombé sous le charme de la salle de bains de la chambre principale. Elle était ornée d'un carrelage vert et possédait une de ces luxueuses douches à l'ancienne munie d'une douzaine de jets disposés tout autour des parois pour que l'on soit arrosé de tous les côtés. Même les toilettes étaient spectaculaires: elles trônaient sur une petite estrade entourée d'une balustrade de cuivre.

Curieusement, au-dessus du lavabo vert, une pendule était encastrée dans le mur à hauteur d'yeux. Je n'avais jamais vu de pendule dans une salle de bains. Celle-ci était toute rouillée et ses aiguilles tombées gisaient comme des phasmes à l'abri du verre.

Du palier, nous avons gravi un autre escalier plus petit mais tout aussi de guingois qui menait à un immense grenier plongé dans la pénombre. Dans un coin, on s'apercevait que la tourelle si imposante de la rue n'était en réalité qu'une structure ornementale creuse soutenue par des solives en croix (p19).

"Je la prends, ai-je dit:

- Bien." Victoria avait l'air soulagé. "Je vais faire préparer le bail." A l'instant précis où elle prononça ces mots, un énorme coup de tonnerre retentit dehors et en quelques secondes, une pluie d'été tambourinait contre les vitres (p21).

Un jour, le vieux voisin est hospitalisé et demande au narrateur de lui rendre visite. Malgré la fatigue, il va lui raconter l'histoire de sa mère, qui a un jour trouvé sur le pas de sa porte un inconnu prétendant être son mari et qu'elle a accepté, et surtout l'histoire de Rowland Vanderlinden, autrefois le mari de sa mère, parti aux quatre coins du monde.

Je crois qu'il est préférable de se laisser embarquer par cette histoire rocambolesque sans en savoir beaucoup plus sur les diverses péripéties qui attendent les protagonistes. Préparez-vous à être dépaysés ! Croisant les influences, ce roman qui se déroule au XXe siècle aurait parfois presque l'air d'avoir un pied dans le XIXe, en rappelant les romans d'aventures et récits de voyage de l'époque. On se perd dans le temps mais aussi entre les continents, les mers, les océans. On passe d'une maison bourgeoise du Canada à la traversée de plaines et de montagnes, avant d'embarquer dans un grand bateau puis un vieux raffiot, pour enfin partir à la découverte d'îles peuplées de populations aux rites étranges et d'animaux dangereux. L'Epouse hollandaise sait surprendre son lecteur !

J'avais repéré ce livre grâce aux blogs lors de sa première édition chez Points. Curieusement il y avait eu assez peu de billets à son sujet à l'époque, pourtant ce roman mérite le détour. Récemment, Trillian l'a lu et a eu un coup de coeur.

Merci aux éditions Points pour ce très agréable moment de lecture!

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370 p

Eric McCormack, L'Epouse hollandaise, 2002

05/01/2014

Ann Beattie, Promenades avec les hommes

beattie_promenades-avec-les-hommes-1.jpgVoilà un livre pour le moins curieux, dont je vais avoir bien du mal à vous parler. Promenades avec les hommes fait partie de la sélection 2014 pour le prix du meilleur roman Points. J'ai eu envie de larguer les amarres et de retrouver les Etats-Unis à travers un roman urbain où l'élite intellectuelle se regarde par le nombril dans un petit drame conjugal qui promettait d'être terriblement américain... et c'est le cas.

Jane revient sur les années qui ont suivi ses études à Harvard. Nous sommes au début des années 1980, elle a attiré l'attention des media sur elle en critiquant le système universitaire (pensant faire preuve d'une grande originalité ce faisant). Ses commentaires ont donné lieu à une réponse circonstanciée d'un universitaire, Neil. Grâce à la mise en perspective de leurs  points de vue dans le New York Times, Neil et Jane se rencontrent. Il a une vingtaine d'années de plus qu'elle mais lui propose de tout lui dire sur les hommes, de l'éduquer. Ainsi commence leur relation amoureuse. Elle plaque son petit ami du Vermont, Ben, s'installe à New York et vit aux crochets de Neil, dont les revenus semblent inépuisables. Mais, comme l'annonçait la proposition de Neil, la relation repose sur des bases malsaines. Jane est façonnée par son mentor qui lui apprend à voir les choses à sa façon, lui assène des vérités sur la vie et contrôle son langage et ses actions au quotidien (par exemple dire "boire un verre" mais ne pas préciser "de vin" ou encore s'habiller de marques de luxe ou de vêtements d'occasion mais ne jamais être dans la demi-mesure). Ce qui s'annonce comme une passade au début (d'autant plus que le titre laisse présager l'arrivée d'autres hommes, mais seuls Ben et quelques amis ou voisins sont les autres hommes de ce récit) devient une relation sérieuse... mais toujours particulière et soumise à certaines conditions. On a bien du mal à comprendre Jane qui se compromet avec cet homme après avoir découvert qu'il était marié au début de leur relation, que ses nuits passées dehors "à travailler" n'étaient qu'un leurre... la jeune femme étant parfaitement à même de percevoir les failles de cet homme manipulateur qui assène des vérités plates et artificielles aux femmes qui l'entourent et pervertit leurs relations (ainsi il raconte que les meilleures amies veulent passer du temps avec lui et demande ce qu'il doit faire, se faisant passer pour l'honnête homme qu'il n'est pas tout en jouissant de la fascination qu'il exerce sur les femmes et en faisant douter Jane ou sa première épouse de leurs propres amies).

" J'ai fait du bon boulot, dit-il.

- Oui, mais tu as fait de moi un être à part, et à présent je suis isolée, sauf avec toi. Il n'y a personne à qui je puisse parler de ces choses et de ce qu'elles signifient." (p 48)

beattie_promenades-avec-les-hommes.jpgLa structure de ce court roman (novella ?) est assez particulière, faite de sortes de flash-backs, d'arrêts sur image, faisant ainsi penser à un film. Les ingrédients du roman américain des années 1980 sont posés, entre la cohabitation dans un brownstone à Chelsea, les voisins gays qui laissent Jane assister à leurs ébats, l'allusion au "cancer gay" qui commence à frapper leurs amis, la drogue qui fait partie du paysage et ne semble pas particulièrement affecter le comportement des personnages (ils prennent de la coke ou de la marijuana comme d'autres une cigarette, par exemple en regardant la télé... mais attention, ils insistent sur le fait qu'ils ne vont jamais se coucher un verre à la main - il ne faudrait pas non plus qu'on imagine qu'ils ont des problèmes d'addiction).

C'est un texte étonnant, inhabituel. Je ne saurais dire que c'est un coup de coeur mais j'ai apprécié ce roman qui, une fois le livre refermé, laisse de multiples impressions au lecteur, qui s'interroge sur les choix et motivations des personnages mais reste aussi imprégné de cette vision d'un New York des années 1980.

Merci beaucoup aux Editions Points pour cette découverte.

Les avis de Anyuka, Jérôme (D'une berge à l'autre), Nola Tagada, Racines, Un Coin de Blog.

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109 p

Ann Beattie, Promenades avec les hommes, 2010

14/08/2013

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses

oates_Le-musee-du-Dr-Moses.jpgJe n'avais pas retrouvé Joyce Carol Oates depuis un moment, malgré deux premières lectures très marquantes. C'est donc chose faite avec Le Musée du Dr Moses, recueil de nouvelles. J'apprécie beaucoup ce format et j'étais curieuse de voir quels textes étonnants pouvaient se cacher sous cette couverture dérangeante.

Rapidement, le ton est donné et le lecteur s'enfonce dans un univers sombre et glauque, s'y englue, victime d'une sensation oppressante dont il aura le plus de mal à se défaire. Chaque interruption - la fin d'une nouvelle par exemple – était la bienvenue et me permettait de me secouer de ce monde où le Mal est omniprésent, où les intentions sont mauvaises, l'issue, souvent fatale. 

Quelques mots sur les diverses nouvelles (que je vous invite à négliger si vous avez la ferme intention de lire ce recueil mais qui, pour ceux qui ne seraient pas décidés, vous donneront une meilleure idée de ce qui vous attend) :

« Salut ! Comment va ! » : un jeune homme interpelle les autres joggeurs alors qu'il fait son footing, les arrachant à leurs pensées, les dérangeant parfois, sans s'arrêter après avoir attiré l'attention de ces inconnus.

 « Surveillance antisuicide » : un homme va voir son fils dans un centre de surveillance antisuicide après qu'il ait été interné. Sa compagne et leur enfant ont disparu, et le grand-père n'a qu'une idée en tête, retrouver le petit. C'est alors que le fils finit par parler et raconter une histoire horrible... mensonge ou vérité ?

« L'homme qui a combattu Roland La Starza » : un boxeur attend depuis des années le combat de sa vie mais, à l'issue de celui-ci, est retrouvé mort dans un champ. Suicide ? Et que s'est-il passé pendant la rencontre avec La Starza, star en déclin ?

« Gage d'amour, canicule de juillet » : le narrateur attend son épouse qui vient de le quitter et revient récupérer ses affaires. Mais pour lui le mariage est éternel, et l'on sent bien que tout ne tourne pas rond (à commencer par son opinion condescendante très XIXe sur les facultés intellectuelles de sa femme). On devine qu'une surprise attend la dulcinée lorsqu'elle arrive chez elle et trouve le courrier abandonné dans la boîte à lettres et la maison fermée. 

« Mauvaises habitudes » : trois enfants sont très perturbés lorsque l'on vient les retirer en urgence de leur école et qu'ils finissent par apprendre que leur père est accusé de multiples meurtres, notamment sur des enfants.

« Fauve » : un petit garçon adorable est noyé dans une piscine en présence de sa mère et de nombreux adultes ; il a vraisemblablement été attaqué par un camarade. On parvient à le réanimer mais dès lors, ce n'est plus le même enfant. Il devient si inquiétant qu'il finit par faire peur à ses parents... 

« Le Chasseur » : le narrateur est un serial-killer, qui recherche l'âme soeur mais, ayant trouvé des défauts à chacune de ses compagnes, les a tuées tour à tour. Il finit par passer au détecteur de mensonge et s'en sort sans souci. Encore une fois.

« Les jumeaux : un mystère » : des jumeaux se retrouvent dans la maison de leur père, s'étonnant de ne plus avoir de nouvelles. Que vont-ils trouver ? Pourquoi sont-ils persuadés que c'est l'autre qui a donné l'alarme le premier ? Qui manipule qui ?

« Dépouillement » : un homme se purifie sous la douche, nettoyant le sang qui colle à sa peau.

« Le Musée du Dr Moses » : une jeune femme fâchée avec sa mère apprend que celle-ci a épousé l'étrange Dr Moses, vendu sa maison et tous ses biens pour se retrancher dans la propriété de son nouvel époux, qui abrite également un musée médical. Mais en arrivant, la fille découvre beaucoup de détails qui clochent. A commencer par l'opération de chirurgie esthétique que le docteur a fait subir à sa nouvelle femme...

 

Ce n'est pas un coup de coeur comme mes toutes premières lectures de Joyce Carol Oates ; je me demande également si ce n'est pas un auteur difficile à traduire et ainsi plus agréable à lire dans sa langue d'origine. Ici, davantage que le style, c'est la narration qui impressionne. Impitoyable, Oates nous conduit à travers un effroyable dédale et parvient à faire ressentir au lecteur un réel malaise à la vue de tous ces personnages, plus malsains les uns que les autres, rappelant par certains aspects Stephen King qui, je trouve, a un don particulier pour recréer des ambiances très angoissantes. Oates nous manipule à sa guise et que l'on apprécie ou non ses nouvelles et leur sujet, elles restent de cette façon fascinantes.

Merci beaucoup aux Editions Points pour cette lecture.

Mes précédentes lectures de cet auteur (j'ai été très impressionnée par les deux premières, mon avis sur la troisième était plus mitigé mais le recueil parlant d'auteurs qui me sont chers je ne regrette pas de l'avoir lu) : 

Je vous invite aussi à faire un petit tour chez George qui a organisé un challenge Joyce Carol Oates et répertorié de nombreux liens.

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266 p

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses, 2007

16/03/2013

Elizabeth Gaskell, Cranford

époque victorienne, lecture commune, elizabeth gaskell, cranford, angleterre, angleterre xixeCranford fait partie de ces livres que je voulais découvrir depuis longtemps et qui dorment paisiblement dans ma bibliothèque. Alors quand la perspective d'une lecture commune s'est profilée à l'horizon, motivée par la lecture réjouissante des Confessions de Mr Harrison, j'ai décidé de faire enfin préparer mes affaires et de prendre la prochaine malle-poste en direction de Cranford, pour une douce et paisible retraite.

Je me suis ainsi retrouvée dans un environnement où les rares hommes se font suffisamment discrets pour ne pas porter ombrage à la gente féminine , dans un monde où le mariage est présenté comme la pire des calamités par les vieilles filles mises en lumière par Mrs Gaskell. Ainsi, lorsqu'un mariage vient finalement perturber le cercle d'amies de la narratrice : « One does not know whose turn may come next. Here, in Cranford, poor Lady Glenmire might have thought herself safe », said Miss Maty, with a gentle pity in her tone. (p 223) 

époque victorienne, lecture commune, elizabeth gaskell, cranford, angleterre, angleterre xixeElizabeth Gaskell s'amuse à dépeindre avec précision un monde qui pourrait paraître quelque peu insignifiant, celui de simples femmes célibataires ou veuves de la société respectable mais parfois peu aisée de Cranford. Ce sont donc les petites économies, les vieilles manies, les mondanités entre voisines ainsi que les bavardages et petits ragots qui sont ici dépeints. Malgré leur vulnérabilité et bien que l'on se prenne parfois d'affection pour elles, on sourit ainsi devant ces femmes : celles qui coupent des carrés de papier journal pour protéger un tapis neuf un jour où elles reçoivent ; celle qui en impose à ses voisines, leur sert leur thé après avoir donné toute la crème du goûter à son chien mais qui n'ose pas sonner son domestique ; et toutes celles qui, sans doute en raison de leur grande solitude, s'imaginent que des bandits dangereux rôdent à partir de quelques menus larcins.

We used to make a regular expedition all round the kitchens and cellars every night, Miss Matty leading the way, armed with the poker, I following with the hearth-brush, and Martha carrying the shovel and fire-irons with which to sound the alarm ; and by the accidental hitting together of them she often frightened us so much that we bolted ouselves up, all three together in the back kitchen, or storeroom, or wherever we happened to be, till, when our affright was over, we recollected ourselves and set out afresh with double valiance. (p175)

I had wondered what we should all do if thus awakened and alarmed, and had proposed to Miss Maty that we should cover up our faces under bedclothes, so that there should be no danger of the robbers thinking that we could identify them ; but Miss Matty, who was trembling very much, scouted this idea, and said we owed it to society to apprehend them, and that she should certainly do her best to lay hold of them and lock them up in the garret till morning. (p182)

Notez que les Français n'ont pas le vent en poupe à Cranford. Ces terrifiants mangeurs de grenouille ne valent pas un Anglais (un des personnages pourrait combattre deux Anglais et quatre Français) mais sont comparés à d'inquiétants Peaux-Rouges, lorsqu'on ne fait pas référence à leurs exécrables habitudes, qu'il s'agisse de leur alimentation ou de leur goût prononcé pour les révolutions.

« I wish he would not go to Paris », said Miss Matilda anxiously: « I don't believe frogs will agree with him, he used to be very careful what he ate, which was curious in so strong-looking a young man. » (p 83)

He might have lived this dozen years if he had not gone to that wicked Paris, where they are always having revolutions. (p86)

Prochain voyage en compagnie de Mrs Gaskell avec l'adaptation de Cranford, et le texte « Lady Ludlow ».

Illustrations photographiées sur mon édition de Cranford, dans la Collector's Library.

Une lecture commune (un peu en retard, j'en suis désolée) avec : George, avec qui nous avons lancé cette idée de lecture commune ; Anis ; ClaudiaLucia ; Emma ; Jelydragon Plumetis Joli ;  Syl. ; Titine Virgule ; Alexandra ; Céline ; Christelle ; Emily ; Paulana ; Sharon ; Solenn ; Valou.

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318 p

Elizabeth Gaskell, Cranford, 1853

14/02/2013

Henry James, Les Européens

james_europeens.jpgParmi les romans qui végètent dans ma PAL depuis des années, il y a ceux qui gardent un peu d'espoir, ceux qui n'en ont pratiquement plus... Les Européens d'Henry James oscillait entre ces deux états, certain de mon envie de le lire mais de plus en plus affolé de voir les découvertes plus récentes s'accumuler et le faire progressivement disparaître au fond de ma bibliothèque. Mais c'était un roman que j'avais toujours follement envie de découvrir et j'attendais juste un moment de répit dans ma vie follement trépidante pour le savourer et l'apprécier à sa juste mesure. Les vacances de Noël et la perspective d'un long trajet ont été l'occasion rêvée pour ce tête à tête avec Henry James.

Le récit s'ouvre avec l'arrivée de la baronne Münster et de son frère Félix en Amérique. Ayant épousé un prince contre l'avis des parents dudit mari, la baronne est sur le point d'être répudiée et vient chercher fortune auprès de cousins qu'elle n'a jamais vus. Elle entraîne dans son sillage son frère, qui lui a toujours été fidèle. Européens d'origine américaine par leur mère, tous deux ont beaucoup voyagé en Europe et incarnent le Vieux Monde dans tout ce qu'il a de plus flamboyant aux yeux des cousins américains qu'ils sont venus retrouver. Les deux personnages n'ont rien en commun pourtant : la baronne est une arriviste et une calculatrice, elle a appris dans les milieux mondains européens à jouer la comédie au quotidien afin d'arriver à ses fins. Elle est ainsi charmante, envoûtante même, en dépit d'un physique quelconque, mais l'on sent rapidement qu'il s'agit d'un personnage dangereux. Félix est bien différent, il a conservé l'âme d'un enfant, mené une vie bohème et s'émerveille de tout ; il apprécie sa soeur autant qu'il la craint.

henry james, les europeens, etats-unis, etats-unis xixe, éditions pointsLa rencontre entre les cousins est aussi celle de deux mondes aux systèmes de valeurs très différents. Au badinage et à l'exubérance superficielle des Européens s'oppose l'austérité et la morale rigoureuse des Américains. Pourtant les cousins vont accueillir à bras ouverts Félix et la baronne et les loger à titre gracieux dans la maison qui fait face à leur propriété. C'est l'occasion pour les deux Européens de se mêler à un petit cercle, la baronne entendant en profiter pour trouver un parti intéressant.

[Spoilers à partir de là]

Dans un cadre beaucoup moins citadin que celui auquel je m'attendais avant d'ouvrir ce livre (en réalité j'avais lu deux fois les premières pages qui évoquent un petit hôtel et un cimetière en ville, je m'étais donc fait une image différente du roman à partir de ces premières impressions), ce roman montre avec habileté les différences opposant les deux cercles et au final, James semble plutôt accorder sa préférence aux Américains, à quelques nuances près. Ils sont très puritains, un peu ternes, certes. Cependant, ils sont supérieurs à leurs cousins si inconstants et si égoïstes en raison de l'attention qu'ils portent à la finalité de leurs actions, qui démontre un réel bon fond et non une application bornée de leurs principes religieux, comme on aurait pu s'y attendre. C'est ainsi la baronne qui va pâtir de la rencontre en raison de sa moralité douteuse. Félix, venu avec toute son innocence, va finalement retirer un plus grand bénéfice de la rencontre 

Encore une lecture savoureuse qui me donne envie de lire à nouveau Henry James en 2013.

De Henry James sur ce blog :

Henry James, Les Européens, 1878

06/01/2013

Elizabeth Gaskell, Les Confessions de Mr Harrison

gaskell_confessions mr harrison2.jpgAmis victoriens, si vous cherchez une lecture drôle, vive et délicieuse pour vous détendre, voici le roman* qu'il vous faut ! (* il s'agit plutôt d'une longue nouvelle en 31 chapitres)

Je débute donc l'année en compagnie des Confessions de Mr Harrison de la très victorienne Elizabeth Gaskell et si mes lectures de 2013 continuent sur la même lancée, je vais me régaler !

Publié sous forme de feuilleton, ce court roman revient sur les exploits amoureux involontaires du docteur Harrison – Will au chapitre 1, devenu Frank un peu plus tard mais ne nous arrêtons pas à ce genre de détail.

Pour raconter à son frère la façon dont il a rencontré sa charmante épouse, le docteur revient sur son arrivée à Duncombe, paisible petite bourgade. Venu assister puis succéder au médecin actuel, Harrison va (comme le dit si bien la quatrième de couverture) mettre en émoi les dames des environs. Appliquant à la lettre les conseils de son mentor, qui préconise une amabilité extrême qui frise l'obséquiosité, Harrison va sans le vouloir laisser penser à bien des femmes qu'il est tombé sous leurs charmes (inexistants). D'abord naïf, le jeune homme finit par se trouver au coeur d'une vive polémique et de nombreux racontars, pour notre plus grand plaisir. Ce qui risque bien de compliquer ses relations avec le pasteur, dont il souhaiterait épouser la fille aînée.

gaskell_confessions mr harrison.jpgMadame Gaskell dresse un portrait malicieux de ces villageois pour qui une nuit au poste de police (pour avoir frappé un homme qui s'en prenait à un infirme) devient trois mois, puis un an de détention à Newgate pour un horrible crime méconnu. Des villageois qui - une lettre anonyme, une langue de vipère et un cornet acoustique impuissant aidant, vivent au gré des rumeurs et ont tôt fait de marier ou d'enterrer de braves gens qui n'avaient rien demandé.

Un vrai plaisir que cette lecture vivifiante et à mon avis une clef d'entrée très plaisante pour qui voudrait découvrir Gaskell.

Petit extrait, tirade sur le mariage de mademoiselle Caroline, éprise du docteur Harrison : « Pour ma part si j'étais... je l'adorerais, je le vénèrerais. » Je me dis qu'elle avait bien tort d'imaginer des situations aussi improbables (se dit le narrateur, pas tout à fait lucide puisqu'il n'a toujours pas compris qu'il était l'objet des attentions de ladite dame).

Encore merci à Jérôme des Editions Points pour ce moment exquis passé en compagnie du sémillant docteur !

Le billet de Titine

Mon billet sur North and South

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157 p

Elizabeth Gaskell, Les Confessions de Mr Harrison, 1851

victorian frogs.jpglogo-challenge-victorien.png

18/11/2012

Michela Murgia, Accabadora : concours

michela murgia, accabadora, éditions points, prix des libraires, sardaigne, roman italien, littérature italienne, italie, challenge il viaggioAprès le Challenge Halloween, changement d'air avec une virée en Sardaigne (et une scène clef à la Toussaint, je n'ai donc pas trouvé le dépaysement trop brutal). Depuis quelque temps je suis sous le charme de l'Italie après deux voyages. C'est donc avec enthousiasme que je me suis inscrite au Challenge Il Viaggio de Nathalie, puis que j'ai ouvert Accabadora, roman de Michela Murgia. Le récit se déroule dans un petit village sarde. Orpheline de père, quatrième fille de la famille Listru, la petite Maria n'était guère attendue par sa mère, qui la présente toujours comme « la dernière », « la quatrième » et ne cache pas le fait qu'elle se serait bien passée de ce fardeau ; Maria a ainsi l'habitude de vivre dans une totale transparence, jusqu'à ce que la vieille Tzia Bonaria demande à la recueillir. Maria deviendra ainsi sa « fill'e anima ». C'est une nouvelle vie qui s'offre à Maria chez celle qu'elle prend pendant longtemps pour une simple couturière, sans s'expliquer ses absences de nuit, notamment avant le décès d'un des villageois : Tzia Bonaria est en effet appelée de temps en temps pour faciliter le passage de ses voisins mourants vers une « vie meilleure », une activité que le lecteur devine rapidement mais que Maria met des années à découvrir.

Texte court servi par un style travaillé et poétique (je dirais presque chantant), Accabadora m'a séduite d'emblée ; je l'ai d'ailleurs lu d'une traite ou presque, en proie à une étrange fascination. Un récit concis et dense, des personnages qui vivent intensément sous nos yeux, bref, une jolie pépite littéraire qui a reçu le Prix des Libraires en 2011 et fait partie de la sélection 2013 du Prix du Meilleur Roman des lecteurs Points.

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Petite parenthèse : curieusement, cette histoire qui se déroule il y a quelques décennies renvoie à un passé plus lointain et plus mystérieux, et cette campagne profonde, superstitieuse est si éloignée de mon quotidien que j'imaginais toujours Maria habillée comme une jeune fille du XIXe, alors que de temps en temps une scène nous rappelle qu'elle porte des jeans, ce que j'avais bien du mal à imaginer.

Merci beaucoup Jérôme pour ce coup de cœur partagé !

D'autres avis : Clara, Cositas, Sylvie

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182 p

Michela Murgia, Accabadora, 2009

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Et pour ceux qui ne craignent pas l'oeuvre de l'accabadora (qui j'imagine vient du verbe signifiant comme en espagnol « terminer, achever »), j'ai le plaisir de vous proposer de tenter de gagner ce roman grâce aux Editions Points. Deux exemplaires sont mis en jeu. Pour participer ? Rien de plus simple, il suffit de laisser un commentaire suite à ce message en répondant à la petite question qui suit :

Dans ce village sarde, on laisse les portes des maisons ouvertes à la Toussaint pour permettre aux défunts de la famille d'entrer et de profiter d'un repas laissé à leur attention par les vivants. En entrebaillant la porte de sa chambre, on peut voir ces âmes entrer et honorer les mets qui leur sont proposés. Si vous passiez vos prochaines vacances de la Toussaint en Sardaigne et voyiez arriver ces étranges revenants, que feriez-vous ?

Les gagnants seront déterminés par tirage au sort.

Vous avez jusqu'au 23 novembre pour participer et tenter de gagner l'un des deux exemplaires d'Accabadora de Michela Murgia. Buona fortuna !