05/01/2010

Another brick in the wall

collectif_ombre mur.jpgDepuis quelques années, et parce que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, je me rends régulièrement à Leipzig, découvrant a posteriori une RDA dont je n'ai jamais vraiment eu conscience du temps où elle existait, le mur étant tombé l'année de mes 6 ans. Je me souviens encore de ma mère m'intimant de regarder le journal télévisé en me disant que c'était une page d'Histoire qui se tournait ; je m'imagine sans doute en train de fixer temporairement mon attention sur le poste en songeant aux activités innombrables auxquelles je pourrais me livrer en allant retrouver mes jouets ; et pourtant, je revois très nettement ce mur et une main tendant à une autre une rose désormais gravée dans mon esprit.

J'ai depuis découvert l'Allemagne et, première surprise pour la Française que je suis, un passé au sein de la RDA fantasmé, parfois regretté par ses anciens habitants. Innocemment, je pensais que l'absence de liberté suffisait à rendre ce régime odieux ; enfant, j'étais heureuse pour ces deux moitiés de pays qui se réunissaient enfin, m'imaginant un flot infini de petits et grands bonheurs, de familles retrouvées, d'Allemands enfin libres et à même de bénéficier des choses merveilleuses dont l'Europe occidentale ne devait certainement pas manquer dans mon imagination de petite fille. Puis j'ai vu ces régions par endroit fantomatiques, des usines délabrées, des quartiers entiers aux immeubles superbes mais vides, des rues désertes, des tags omniprésents dans certaines rues, des portes condamnées, des vitres brisées, de vieux rideaux encadrant des fenêtres sales. Et petit à petit, je me suis intéressée à la vision que les Allemands de l'ex RDA ont de la réunification, d'où mon envie de lire L'ombre du mur, Chroniques du mur de Berlin.

leipzig 01.gifleipzig 01.gifleipzig02.jpgCe livre est composé d'un ensemble de textes écrits par des Allemands et des Européens de l'Est qui, à leur manière, entre chroniques, mémoires et nouvelles (qui évoquent parfois le principe des « docu-fictions »), reviennent sur une Allemagne divisée. La variété prime : variété du style, des thèmes choisis et des perceptions. Le caractère personnel des récits, l'intimité partagée avec le narrateur, le vécu tout à fait palpable font à mes yeux l'intérêt de ce livre. La dimension politique n'est jamais loin ; quant à l'Histoire, il ne s'agit pas seulement de celle de Berlin, mais bien plutôt de l'Histoire européenne, de cette Europe coupée en deux, de ces pays de l'Est soumis à l'influence soviétique. Je dois avouer que je m'attendais à des récits traitant essentiellement de la ville de Berlin et que l'élargissement du cadre aux pays de l'est ainsi que les chroniques traitant davantage de leurs régimes politiques m'ont d'abord un peu déçue. Il me semble aussi que les textes sont parfois inégaux, certains ayant retenu mon attention plus que d'autres, pour des raisons diverses. Voilà pourtant un livre intéressant, d'une maison d'édition exigeante.

leipzig.jpgMon texte préféré est celui de Lutz Steiler, « Le Pèse-temps ». Les appartements inoccupés n'étaient pas chose rare. Dans certaines rues, des enfilades entières d'immeubles avec cours intérieures étaient vides. A cela s'ajoutaient les appartements des habitants censés avoir fui par la Hongrie, certains situés dans les meilleurs quartiers, mais bien plus difficiles à repérer. Quand ils n'avaient pas déjà été pillés ou confisqués, ils avaient encore des rideaux, et les fenêtres elles-mêmes ne pouvaient guère être restées beaucoup plus de neuf mois sans avoir été nettoyées. (p115)

Merci aux Editions des Syrtes (et merci pour le Tchekov dont je parlerai bientôt aussi) et merci à Babelio, en particulier à Guillaume, organisateur d'exception toujours très sympathique.

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309 p

Collectif, L'ombre du mur, Chroniques du mur de Berlin, 2009