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25/06/2009

Au secours Miss Bennet !

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J'ai décidé d'ajouter quelques impressions à mon billet sur Pride and Prejudice 2005 (17/03/09), ayant depuis revu la série de 1995 et relu le roman. Un poil ironique, toujours second degré et volontairement enflammée dans ma précédente chronique, j'ai fait partie des nombreux détracteurs de ce film (et suscité un débat qui amuserait sans doute Lizzie si elle était aussi réelle que l'affection follement débordante des janéites). Je laisse ci-dessous l'arme du crime avant de vous retrouver plus bas.

Billet d'origine (âmes sensibles s'abstenir) :

J'avais éte mise en garde par Fashion mais, étant un peu comme Saint Thomas, il me fallait le voir pour le croire. Veni, Vedi, Vinci (enfin j'ai des doutes sur ce dernier point) mais je préfère vous mettre en garde à mon tour: sans être très fleur bleue, il faut être follement téméraire pour consacrer 129 mn au film de Joe Wright Pride and Prejudice.

A sa décharge, je nourrissais déjà des soupçons à l'égard de ce film, que j'ai abordé avec des préjugés dont je n'ai pas réussi à me défaire :

1) une inquiétude certaine devant le nom du réalisateur : Atonement (Reviens-moi) m'a récemment fait pousser des soupirs exaspérés et râler à deux ou trois reprises quand l'histoire n'avançait pas ou dégoulinait de bons sentiments, comportement inédit chez moi, même devant Angélique Marquise des Anges – peut-être parce que j'avais dans les dix ans quand je l'ai vu.

2) un agacement persistant à la vue de Keira Knightley. Sa performance dans Atonement m'avait fait périr d'ennui et me l'avait rendue assez antipathique.

J'ai lu Pride and Prejudice il y a assez longtemps pour avoir oublié de nombreux détails. Ce n'est donc pas tellement l'adaptation que je trouve ratée, mais plutôt le film dans son ensemble.

Première épreuve : la famille Bennet. A force de vouloir faire ressentir le fossé qui sépare les Bennet de Bingley ou Darcy, Joe Wright se lance dans une parodie semble-t-il involontaire (le contraste entre le premier bal, très villageois, et le second, très guindé, en est un bon exemple). Les plus jeunes soeurs d'Elizabeth et sa mère sont terriblement vulgaires et stupides, gloussant comme des poules sentant le coq approcher. Les scènes à la ferme rendent souvent la famille plus ridicule encore, en particulier lorsque la mère sourit en voyant passer un cochon et ses testicules bien en vue.

Deux scènes avec la famille Bennet et j'éprouvais déjà le besoin de sortir baillons et fusils à pompe afin d'éviter la crise de nerfs – à la place Mister Lou et moi avons sorti le chocolat. A ce sujet, peut-être qu'un spectateur n'ayant pas vu les films délicats de la BBC ou ne s'intéressant pas aux moeurs du XIXe trouverait la scène irrésistiblement drôle. J'admets donc que je partais d'un mauvais pied.

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Les costumes et les coiffures m'ont déconcertée (Fashion en avait parlé aussi) : Elizabeth est particulièrement négligée. A l'exception de quelques scènes, son chignon est rapidement fait et des mèches s'en échappent en désordre ou pire encore, ses cheveux sont lâchés, sans chapeau. Sa tenue est elle aussi relâchée. Darcy avec sa chemise au col ouvert est charmant mais très débraillé et, à force de vouloir faire à tout prix une scène à la Darcy en chemise mouillée, le personnage perd de sa crédibilité.

Beaucoup de petits détails ne s'accordent pas du tout avec l'idée que je me fais de l'époque, à l'exemple de ces regards osés en public, des échanges presque familiers entre inconnus ou encore des soeurs pouffant grossièrement dans les pires situations.

Mais le pire reste le casting catastrophique – à quelques rares exceptions près. Malheureusement pour cette pauvre Keira Knightley, j'ai revu Love Actually quelques jours avant de subir ce Pride and Prejudice. Charmantes dans une comédie romantique où son nombre de répliques et son temps passé à l'écran sont limités, les trois expressions faciales pride and prejudice film 2005 02.jpgde cette actrice ont un effet désastreux lorsqu'elle joue Elizabeth. Concentration, petit sourire mignon, grand sourire (malencontreusement souvent accompagné d'un rire bête), regard à peu près inchangé du début à la fin : les sentiments sont communiqués selon un code répétitif qui ne laisse passer aucune émotion. Il en va de même pour ce cher Darcy qui, s'il est mignon, m'a fait à peu près le même effet qu'un tas de choux de Bruxelles refroidis. Soyons honnêtes : je n'attendais déjà plus rien de lui après la première scène, où, pour paraître austère et torturé, il affiche un air morne indiquant l'ennui profond qu'il éprouve – et qu'il communique rapidement au spectateur.

J'ai apprécié quelques scènes (Bingley répétant sa demande en mariage notamment) mais, dans l'ensemble, j'ai trouvé ce film ennuyeux à mourir. J'ai beaucoup baillé, à part deux crises de fou rire lors de scènes ridiculement mièvres (dont Elizabeth sur une colline, regardant le vide, une musique épouvantable nous rappelant que oui ceci est un film romantique et que oui, elle est amoureuse). Souvent exaspérée, j'ai trouvé que ce film est un parfait exemple de mauvais goût, ne le trouvant ni drôle ni romantique. L'histoire d'Elizabeth et de Darcy pâtit du jeu des deux acteurs, l'humour propre aux comédies romantiques n'a pas eu d'effet sur moi. J'ai trouvé ce film beaucoup trop mielleux. Quant au rapport avec Jane Austen, il est plus que vague.

Au passage, les Golden Globe Awards prennent un sacré coup dans mon estime puisque je viens de découvrir que Keira Knightley avait été nominée pour sa performance (au secours !).

Ce film n'est pas abominable et je comprends qu'il plaise, mais je ne pense pas du tout faire partie du public visé, étant trop attachée à certains codes propres aux films et romans ayant lieu au XIXe.

Malheureusement pour moi, un journaliste du Guardian a écrit après avoir succombé au charme de l'actrice : « Only a snob, a curmudgeon, or someone with necrophiliac loyalty to the 1995 BBC version with Colin Firth and Jennifer Ehle could fail to enjoy her performance. » J'assume.

Je vous recommande l'avis d'Allie, à l'opposé du mien, avec un billet très complet.

 

So what ?

 

prideandprejudice 04.jpgAouch ! Si Lou sort parfois ses griffes, il lui arrive aussi d'écouter les arguments adverses (si si) et de revenir parfois sur sa position. Quand en plus Lamousmé menace Colin Firth et se sent incomprise par ses fidèles groupies, il ne reste plus qu'à accorder le bénéfice du doute à un film qui a lui aussi ses adeptes. C'est donc diablement téméraire et prête à distribuer tous les bons points du loubook à Joe Wright que j'ai revu cette semaine ce sublime film qu'est Pride and Prejudice, version 2005.

 

Générique. Lou avec une tasse de thé et un grand sourire presque confiant.

Film + 10 mn. Premier bâillement étouffé.

Film + 15 mn. Cinquième bâillement et activation de l'opération "touillage de thé et résistance à l'appel du terrible pc-sudoku-téléphone-télé-finalement je sors".

30 mn plus tard. Appel au secours de SuperIsil, à la rescousse depuis sa base top cammouflage, en pleine phase de documentation (le Roundup est nocif pour l'homme, pas plus d'un verre par jour mes amis, soyez attentifs).

et ainsi de suite.

 

pride and prejudice film 2005 06.jpgAlors non, je n'ai définitivement pas été conquise par le film de Joe Wright, même si je lui trouve quelques qualités. Joe Wright a un goût certain pour les plans purement esthétiques ou vaguement symboliques : Lizzie sur sa colline, Lizzie sur sa balançoire – deux plans que je trouve longs et sans intérêt, mais aussi de jolies scènes marquant des moments charnière, comme celle  des draps et rideaux qui suggèrent un Netherfield abandonné par Bingley.

Contrairement à la minisérie, cette adaptation prend beaucoup de libertés avec le pride and prejudice film 2005 03.jpgroman. La plupart des personnages secondaires ont un rôle réduit à une peau de chagrin (l'affaire Wickam, les exquises répliques de Mr Bennet), tandis que l'histoire d'amour est traitée avec fougue, à la Brontë comme l'ont dit d'autres avant moi. Par ailleurs, je ne retrouve pas l'évolution très graduelle des sentiments que l'on ressent bien dans la série, les scènes entre Darcy et Lizzie ayant ici à peu près toujours la même intensité et conduisant souvent au même échange de regards entre les personnages.

prideandprejudice 2005 01.jpgMes plus gros reproches tiennent d'abord à la réalisation, qui fait de ce film un ensemble très artistique, assez beau mais avec quelques longueurs qui ne me paraissent pas justifiées alors que tant d'excellentes réparties et de passages importants du roman sont sacrifiés. Enfin, je ne reviens pas sur mon avis concernant les acteurs. Matthew MacFayden m'a seulement convaincue à partir de la deuxième moitié du film, tandis que Keira Knightley me déplaît presque de bout en bout, hormis quelques très rares exceptions. Je continue à trouver les gloussements et énormes sourires pénibles et ridicules, d'autant plus qu'ils n'embellissent pas franchement l'actrice à mon avis (que je trouve pourtant jolie dans d'autres films, mais tout ça est bien sûr terriblement subjectif). Par ailleurs je n'aime pas sa façon de débiter ses phrases à toute allure, sur un ton égal ou énervé. Dernier détail : pourquoi la filmer tout le temps, en particulier lors de la déclaration de Darcy, où l'on voit beaucoup moins ce pauvre garçon que sa future moitié ?

Ce film ne pouvait pas me plaire, parce qu'il est trop mélodramatique et que l'amour est trop immédiat, le tout manquant de l'humour ou des nuances que je recherche dans ce type d'histoire. Sans compter qu'il s'agit plus d'une oeuvre cinématographique originale que d'une adaptation, ce qui se défend mais me dérange un peu, surtout lorsque cela concerne une oeuvre à laquelle je suis attachée.

Ceci dit, je dois reconnaître que malgré mon ennui, j'ai beaucoup apprécié des éléments ponctuels, que je citerai ici en toute bonne foi prideandprejudice2005 02.jpg(histoire de relancer le débat ?!) :

  • Plusieurs personnages, en particulier ceux de : Charlotte Lucas (vraiment parfaite dans ce rôle, je la préfère à la Charlotte de 1995 que j'apprécie pourtant), Bingley, Caroline Bingley, Mary Bennet (moins caricaturale et plus touchante que dans la version 1995 – et toujours séduite par l'option Collins), Mr Collins (que j'aurais épousé si Jane avait déjà rencontré Bingley, car non seulement il n'est pas horrible mais il est plutôt timide et touchant avec ses fleurs, bien que toujours ridicule), Mrs Bennet (presque un contre-sens par rapport au roman, mais elle offre une autre version du personnage, plus humaine, plus agréable, un choix que j'ai trouvé intéressant).

  • L'arrivée de Jane à Netherfield, ponctuée par un éternuement.

  • Le désordre et l'anarchie qui règnent dans la bibliothèque de Mr Bennet ou lors des repas, donnant un peu plus d'animation aux scènes d'intérieur ; les jolis décors qui vont avec.

  • L'entrée des officiers dans le village.

  • Mr Collins se grattant la gorge dans le dos de Mr Darcy, au moment de se présenter.

  • Les fidèles endormis à l'église lors de l'intervention (dominicale ?) de Mr Collins.

  • Le passage où Darcy dépose la lettre dans la pièce où se trouve Lizzie. Oui, Joe Wright prend encore des libertés mais c'est une belle scène, qui à mon sens ne nuit pas au déroulement de l'histoire.

  • La préparation de la demande en mariage de Bingley et la demande elle-même, drôle, agréablement filmée et très touchante.

 

That's all folks ! Une chose est sûre : 1995 ou 2005, Jane Austen n'est pas prête d'être oubliée !

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Pride and Prejudice, Joe Wright, 2005

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