14/09/2011

Adieu Victoria !

GrannyWebsterCarolineBlackwood.jpgMoi qui me suis jetée sur Granny Webster à sa sortie en France (je l'ai découvert par hasard en librairie), j'ai bien tardé à en parler... mais voilà enfin un billet que je voulais écrire depuis quelques mois !

Granny Webster est le titre tronqué de Great Granny Webster, plus fidèle au texte, car il y est question de l'arrière-grand-mère de la narratrice.

Envoyée se repose chez son arrière-grand-mère, la narratrice se retrouve emprisonnée dans un monde archaïque, où l'arrière-grand-mère Webster règne avec une résignation douloureuse sur une maison sans vie. Ce fossile vivant incarne la période victorienne révolue dans ce qu'elle a de plus rigide et ne peut se résoudre à l'inexorable progression d'une modernité dans laquelle elle ne trouvera pas sa place. "L'idée du chauffage central a toujours été la bête noire de la vieille Mrs Webster, poursuivit-elle d'un air ravi. La pauvre femme l'a vu se répandre comme la peste dans toutes les maisons d'Angleterre." (p65)

Ainsi, pendant ce court séjour de convalescence, les bienfaits de l'air marin sont appréciés à coup de promenades quotidiennes en voiture au cours desquelles le temps semble s'être arrêté et qui, au final, sont une des pires épreuves pour la jeune fille. Alors que son aieule est a priori fortunée, la maison est glaciale, les repas sans saveur et le service assuré par une pauvre femme âgée que l'on s'attend régulièrement à voir s'écrouler en portant des plateaux bien trop lourds pour elle dans des escaliers qui ne sont pas non plus faits pour son âge avancé. L'arrière-grand-mère Webster a choisi d'endurer cette vie austère avec résignation et met un point d'honneur à se torturer en restant assise des heures sur une chaise à dos droit au lieu de se reposer dans un bon fauteuil : "Elle-même était restée dans un silence courageux et stoïque à endurer sans plainte l'atroce inconfort de sa chaise au dos si dur. Je me demandais comment elle arrivait à supporter ce siège sans hurler. Il était évident qu'il la faisait souffrir. Il suffisait de voir l'air sinistre et cependant résolu qu'elle prenait en s'y asseyant." (p 20-21) La vieille dame n'a pourtant plus de comptes à rendre à qui que ce soit, sa famille et ses relations  l'ayant oubliée.

Curieusement, elle semble juger la narratrice plus fiable que le reste de son entourage et décide un jour de lui annoncer qu'elle héritera de son lit à colonnes et devra superviser le déménagement de ses affaires après son décès. Et de conclure : "Je suis très contente d'avoir abordé ce sujet avec toi, dit-elle. Cela fait longtemps que j'y pense." (p34)

 
Puis nous quittons la côte pour regagner l'animation des villes, et avec elle, faire la rencontre de tante Lavinia, être frivole et attachant, en réalité personnage écorché et fragile qui cache derrière une apparente insouciance un profond mal-être. "Un jour tante Lavinia me téléphona pour dire que c'était trop rageant, elle était en prison. Quand j'exprimai ma surprise, elle avoua que ce n'était pas exactement une prison, mais que c'était tout comme, car elle était retenue dans un hôpital où elle avait été emmenée par la police. Puis elle m'expliqua qu'elle avait essayé de se suicider deux jours auparavant - que ça avait été exaspérant, car tout avait raté." (p40) Les échanges avec Lavinia sont l'occasion de découvrir d'autres membres de la famille : le père, mort à la guerre, la grand-mère folle, qui a tenté d'étrangler le petit frère lors de son baptême ; et la priopriété familiale en perdition, entre un grand-père peu organisé et amoureux de sa femme complètement folle, voire dangereuse, et une nouvelle génération qui ne prendra pas la relève.

Enfin, la boucle est boublée avec le décès de l'arrière-grand-mère Webster, qui disparaît dans l'indifférence la plus totale. La narratrice, pour qui la vieille femme semblait éprouver un léger intérêt, est elle-même indifférente et s'oblige à se rendre à des funérailles dont elle n'a que faire. Lorsque les cendres de la vieille dame sont répandues sur le sol, une bourrasque souffle et c'est dans un total manque de dignité que la pauvre femme tire sa révérence, horrifiant la narratrice qui se retrouve couverte de fines pellicules blanches. Avec ce passage tellement navrant pour ce vieux corbeau que l'on a pris en pitié : "Sur notre gauche, une église hideuse aux allures de caserne dominait son cimetière de ses murs en silex. Toutes les pierres tombales autour de nous étaient couvertes de glace. Le silence désolé particulier à l'arrière-grand-mère Webster semblait planer alentour. Tout ce qui se trouvait là était si sinistre, gris et menaçant qu'on aurait dit que l'endroit avait été créé dans le but de la recevoir." (p129)

Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris : j'ai bien évidemment pris un énorme plaisir à lire ce court roman où j'ai retrouvé un cadre qui m'est cher et un ton si propre aux écrivains britanniques de cet époque... je ne pouvais que me régaler. Un livre à la fois triste et drôle, et une première rencontre avec Caroline Blackwood particulièrement réussie !

Née en 1931, Caroline Blackwood est une héritière de la famille Guinness. Elle épouse en premières noces Lucian Freud, un peintre dont l'oeuvre assez dérangeante m'intrigue beaucoup. Je n'ai donc pu résister au plaisir d'ajouter une photo du jeune couple.

Caroline Blackwood, Lucian Freud

L'avis de Cécile...

Photos issues de Modernsafari et  The Guardian (article sur un livre de la fille de Caroline Blackwood ; si comme moi vous prenez plaisir à lire cet article je vous recommande celui-ci, sur Stella Gibbons).

Pour plus d'informations sur Caroline Blackwood, une série d'articles ici.

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135 p

Caroline Blackwood, Granny Webster, 1977

ann featherstone,que le spectacle commence,walking in pimlico,roman victorian,10-18,roman historique,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,époque victorienne,spectacle victorien,cirque victorienChallenge God save le livre : 16 livres lus

Challenge Vintage Novels : 3 livres lus

 

 

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20/03/2011

Salon du Livre 2011

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Eh oui mes amis, ce week-end se tient le Salon du Livre à Paris et, ô surprise, j'y étais ! Je m'y suis rendue hier et c'est enfin remise de cette après-midi chargée (et après avoir profité du printemps qui semble être arrivé aujourd'hui) que je fais ce petit récapitulatif de ma visite.

Tout d'abord un bilan (prise en flagrant délit) :

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Ci-dessous :

Ana Maria Matute, Paradis inhabité (Madrid + éditions Phébus + auteur espagnol renommé => il m'était impossible de lutter contre de tels arguments)

Song Yang, Matous et Pingouins (une BD choisie en raison de son sujet philosophique)

Knut Hamsun, Victoria (que je voulais lire depuis très longtemps)

Johanna Sinisalo, Oiseau de Malheur (j'avais beaucoup aimé "Jamais avant le coucher du soleil" et le sujet de ce dernier roman me tentant, j'ai profité de la présence de l'auteur pour replonger en terre inconnue - a priori sans troll hypersexué).

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Janet Frame, Le Messager, 3e tome de son autobiographie : une découverte due au hasard pour être honnête, mais ce tome traitant de son arrivée à Londres, j'ai préféré me passer des deux premiers, d'autant plus qu'en feuilletant j'ai vu qu'on pouvait les lire de façon indépendante.

Michael Collins, La filière émeraude : j'avais envie de lire cet auteur depuis un bout de temps et ne savais pas qu'il était présent au salon. Etant tombée par hasard sur lui, j'ai suivi son conseil en me procurant ce livre (sachant que j'ai déjà La Vie Secrète de E. Robert Pendleton).

Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants : à vrai dire c'est la couverture qui m'attirait à l'origine mais après avoir entendu beaucoup de commentaires positifs sur ce roman parmi mon entourage, je me suis décidée à le lire et j'ai profité là aussi de la présence de Mathias Enard au salon pour le faire dédicacer.

Françoise Cloarec, Séraphine : une rencontre un peu due au hasard car je ne connaissais pas du tout cet auteur. J'ai depuis réalisé qu'un film avait été tiré du roman que je suis en tout cas curieuse de lire.

Herbjorg Wassmo, Mon péché n'appartient qu'à moi : car je savais que l'auteur serait présent au salon et je voulais depuis longtemps lire ses deux "sagas".

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Je suis également repartie avec quelques petits cadeaux des éditeurs :

Le Best Of BD Ciné, qui reprend en BD et musique quelques grands classiques du cinéma (Gene Kelly, Marlene Dietrich, Marilyn Monroe...)

Deux carnets Actes Sud et un carnet Buchet Chastel

La Bouteille endiablée de R.L. Stevenson, offerte par les éditions Phébus à l'occasion du Salon.

Deux marque-pages, des éditions Gaïa et Actes Sud

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Mais le salon du livre, c'est aussi l'occasion de rencontrer des auteurs...

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Françoise Cloarec

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Mathias Enard

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Anne-Marie Garat (que souhaitait rencontrer mon père, qui a lu presque tous ses livres)

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Michael Collins, qui a souhaité savoir ce que j'avais acheté (il est vrai que j'étais bien chargée). J'ai découvert au passage qu'il était irlandais, alors que j'étais persuadée à l'origine qu'il était américain (my mistake).

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Johanna Sinisalo, qui m'a expliqué que deux de ses livres n'avaient pas été publiés en France car ils traitaient de sujets propres au Danemark (pour résumer nous n'y aurions rien compris). J'ai hâte de lire ce nouvel opus !

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Herbjorg Wassmo, qui a eu la gentillesse de dédicacer le livre que je venais d'acheter mais aussi Cent Ans, que j'avais reçu dans la semaine.

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Song Yang est chinois, scénariste et dessinateur de BD. Je ne connaissais rien à la BD chinoise, je vais donc découvrir de nouveaux horizons !

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Ci-dessus le voilà en train de me dédicacer un de ses albums. Et ci-dessous le résultat :

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Magnifique, n'est-ce pas ?

stand gaia actes sud.jpg Au final, de longues heures denses, des moments où je fuyais la foule et en fin de journée, des pieds en compote, mais encore une fois de bien agréables moments avec des auteurs souriants et pour la plupart ravis de parler de leurs romans ou parfois de choses et d'autres. L'occasion aussi de voir Solène du Cherche-Midi (qui est vraiment adorable et dont j'apprécie beaucoup la théorie du bocal) et Béatrice des éditions Gaïa, ainsi que trois charmantes blogueuses : Isil (qui n'aimerait certainement pas qu'on la qualifie de la sorte, mais c'était tentant), Cryssilda et Stephie.

Une récidive, puisque j'y étais déjà :

Salon du Livre 2007

Salon du Livre 2008 - 17 mars

Salon du Livre 2008 - 18 mars

Salon du Livre 2010

Rendez-vous pris pour l'année prochaine !