27/02/2011

Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide

brite_contes_fee_verte.jpgJ'ai refermé cette semaine le recueil des Contes de la fée verte de Poppy Z. Brite avec un soulagement certain, et pourtant amis blogueurs et lecteurs, il s'agit là d'une oeuvre vraiment intéressante.

J'ai entendu pour la première fois le nom de Poppy Z. Brite dans un cours sur les vampires, lorsque nous avons vu l'adaptation de Lost Souls, que je m'étais promis de lire. L'envie ne venant jamais, j'ai été tentée par ces Contes de la fée verte, d'autant plus que j'aime souvent découvrir un auteur par ses nouvelles.

Si vous cherchez à vous dépayser, si vous vous demandez quelle serait la lecture idéale pour accompagner une soirée d'Halloween, si vous adulez Nine Inch Nails et affichez un poster de Marilyn Manson au dessus de votre lit, ce livre est sans doute fait pour vous. Par contre si vous êtes de nature sensible ou, plus prosaïquement, si vous avez récemment eu un deuil dans votre entourage, cette lecture  dérangeante s'apparentera davantage à une épreuve de masochisme.

absinthe.jpgParmi les thèmes qui reviennent le plus souvent, on trouvera des jumeaux ou siamois cherchant par tous les moyens à se réunir ou se retrouver (de là à réveiller un mort et à fêter son retour de façon extrêmement enthousiaste - je vous épargnerai les détails, d'autant plus que je vais bientôt déjeuner), et une fascination de nombreux personnages pour la mort et plus précisément, les cadavres. La profanation de tombes et la nécrophilie sont ainsi les leitmotivs de ce recueil (sans parler de l'absinthe et de l'alcool frelaté qui abondent également). La Nouvelle Orléans est un des lieux les plus visités, avec sa magie vaudoue, ses marais à l'eau fétide, ses vieux cimetières et ses bicoques branlantes où meurent les uns après les autres les héros de ces récits. Quelques sujets : une femme enceinte éventrée par une curieuse machine dans l'usine abandonnée d'une grande ville, un père se suicidant par électrocution après avoir enterré son fils mort de la même façon, une femme dévorée par le gardien d'un trésor et condamnée à servir de compagne à un fantôme, un chanteur faisant en sorte de se trancher les cordes vocales pour ne plus provoquer la mort de ses fans, ou encore une Inde dévastée par les zombies.

Une lecture éprouvante, parfois répulsive, mais un livre qui parvient à tenir le lecteur en haleine de bout en bout, le tout avec un style très maîtrisé.  On retrouve l'esprit macabre des Romantiques, et l'on sent dans cette exagération, cette complaisance morbide, une volonté de mettre en scène des sentiments exacerbés et de faire avant tout ressentir au lecteur une réelle tension psychologique, plus insoutenable que l'horreur décrite avec tant de précision. Poppy Z. Brite a indéniablement beaucoup de talent, mais j'avoue que j'attendrai un moment avant de songer à lire un de ses romans.

Merci à Lise des éditions Folio pour m'avoir fait découvrir cette curiosité littéraire.

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265 p

Poppy Z Brite, Contes de la Fée Verte, 1994

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wilde_picture dorian gray.jpegmunro_castle rock.jpgEn cours de lecture (pour billet le 1er mars, il faut que je me dépêche) : Oscar Wilde,  Le Portrait de Dorian Gray.

A venir également la semaine : Alice Munro, Du côté de Castle Rock.