02/10/2009
Il s'est perdu
Voilà plusieurs jours que j'ai fini Bonheur fantôme d'Anne Percin. Écrite à la première personne, cette histoire est celle de Pierre, 28 ans. Le jeune homme vit au bord d'une départementale avec ses deux chiens et tous les animaux qu'il recueille à l'occasion ; il est antiquaire, bricole, répare et revend ; il sympathise avec les habitués du bistrot du coin et une voisine âgée qui n'a jamais quitté la région ; bref, j'aurais pu penser à Arsène le Rigoleur, avec ce faux « vieux garçon » vivant en dehors du monde – et vu le plaisir que m'avait procuré cette autre lecture, j'appréhendais un peu.
Séduite par un billet de Cathulu qui qualifiait ce livre de petite bulle de bonheur, j'ai été surprise en découvrant le récit qui pour moi est loin de respirer la joie de vivre, malgré la fin plutôt heureuse et l'intérêt que le narrateur porte à Rosa Bonheur, une artiste du XIXe dont le choix de vie est à lui seul une invitation à l'amour et à la joie.
Meurtri par le décès brutal de son frère jumeau, Pierre a connu la dépression, les tentatives de suicide de sa mère, l'anorexie. A Paris, il tombe amoureux de R., un photographe reporter de guerre ; viennent les années d'étude, le mannequinat pour payer ses cours et l'amour fusionnel. Puis la rupture, dont le lecteur ne devine pas immédiatement les raisons. Le voilà donc désormais seul dans un coin paumé alors que visiblement, rien ne l'y prédisposait.
Malgré quelques passages au cours desquels je me suis un peu lassée – ce qui m'a fait passer quelques jours sur une lecture qui aurait pu être rapide, j'ai globalement apprécié ce livre à l'écriture fluide et au propos sérieux. Pierre est un personnage touchant qui ne verse pas dans la caricature malgré le terrain glissant. Sa solitude, sa passion pour R., son intérêt pour une artiste oubliée sont autant d'éléments qui m'ont interpelée et que je trouve abordés avec justesse.
Et puis, je me suis toujours promis de ne pas juger les autres – en particulier cet autre-là – à leurs actes. Ce qui rend une personne digne d'amour, ce n'est pas la somme de ce qu'elle a fait. Seule la justice s'intéresse aux actions : la morale, disait Schopenhauer, ne s'intéresse qu'aux intentions. L'amour aussi. On doit juger ceux qu'on aime sur leurs convictions, leurs ambitions, leurs désirs, leurs aspirations, les qualités qu'ils se prêtent, les défauts qu'ils se reconnaissent, les sentiments qu'ils n'avouent pas et dont il ne faudra jamais attendre de preuve. (p183)
Je ne pense pas que ce livre me marque longtemps mais il ne m'a pas laissée indifférente.

220 p
Anne Percin, Bonheur Fantôme, 2009

4/7
Et ça n'a rien à voir mais Isil et Lamousmé viennent de lancer un swap peinture et littérature... (attention, les places sont limitées)
00:40 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : anne percin, bonheur fantôme, rentrée littéraire 2009, roman français






































