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02/08/2009

Du rififi in the middle of nowhere

gottlieb_ainsi soit il.jpgÉcrivain en vogue issu d'une petite ville où rien ne se passe jamais, Rob Castor s'est récemment suicidé après avoir assassiné son ex petite amie. Son ami d'enfance Nick ne s'en remet pas et revient sur l'histoire de Rob, leur amitié et, en passant, sur sa propre vie privée, ses problèmes conjugaux, le psy de sa femme, le chien du voisin, le rhododendron de sa grand-mère... désolée je m'égare.

Je l'avoue, ce résumé est nettement moins alléchant que celui qui figure au dos de mon édition. Malgré tout, je le trouve plus à la hauteur des ambitions et du contenu de ce livre où il ne se passe finalement pas grand-chose. Si je reprends donc le résumé plus alléchant que j'évoquais à l'instant, on apprend que « dans le paysage des jours enfuis, d'étonnants secrets le guettent ». Ce n'est pas faux. Deux révélations importantes se font, expliquant certains aspects un brin étonnants du comportement du narrateur. Ce qui me gêne plus, c'est le fait que ces deux nouveautés arrivent comme un tas de cheveux au milieu de la soupe au brocoli (soyons précis sur ce point, voulez-vous ?) ; elles ne sont pas franchement exploitées, que l'on pense à l'éventuelle « intensité dramatique » de la chose ou, ce qui est sans doute plus important, à l'impact sur le dénouement du récit. Nick n'évolue pas, la fin n'en est pas une (malgré les révélations, on reste un peu sur sa faim) et, de bout en bout, on suit le parcours d'un mari geignard qui s'écoute parler. Ce qui, personnellement, a fini par me lasser, le personnage m'étant profondément indifférent.

wood_american-gothic.jpgFinalement, comme le récit stagne beaucoup du début à la fin, il me semble que l'intérêt principal résidait dans l'analyse du comportement du narrateur. J'imagine que l'objectif recherché tenait davantage du portrait psychologique que du thriller, ce qui aurait dû me convenir parfaitement au vu de mes goûts personnels. Malheureusement, le sujet observé est aussi creux qu'une Veruca Salt * ; qui plus est, il est parfaitement antipathique. L'essentiel de ses jérémiades concerne sa femme, qui détourne ses enfants de lui et fait preuve d'une jalousie tout à fait inappropriée. Parallèlement à ce constat, voilà notre narrateur qui raconte comment il retrouve la sœur de Rob, son ex petite-amie, ennemie jurée de sa femme. Et comment (accessoirement) il devient son amant. Je me suis mortellement ennuyée en suivant les manifestations d'auto-apitoiement de ce cher Nick, ce qui est particulièrement gênant étant donné leur caractère répétitif. Voilà un héros qui tente de se remettre en question mais qui ne va pas assez loin dans sa démarche et ronronne un peu trop à mon goût. A part ça, ce roman se laisse lire (le style est d'ailleurs agréable) et convient tout à fait aux séances de lecture dans les transports en commun.

Ah oui, pourquoi ce titre à la place de Now you see him en anglais ? Ainsi soit-il m'a d'ailleurs valu des commentaires dans le métro de la part d'un monsieur sympathique chargé comme une mule avec un sac Boulinier.

Mon avis est très proche de celui de Petite Fleur et je suis également d'accord avec Hedwige
On lit le roman vite, sans y penser, sans réfléchir, et on l’oublie tout de suite ; certes il ne laisse pas de mauvais souvenirs flagrants, c’est qu’en réalité il ne laisse pas de souvenirs du tout… Il est dommage qu’un livre sans défauts majeurs manque à ce point là de qualités. »),
mais la plupart des avis référencés par Bob sont beaucoup plus positifs ; beaucoup de lecteurs ont au contraire été touchés par le personnage ou intéressés par les étonnants secrets qui le guettaient.

Lu dans le cadre du partenariat entre Bob et les éditions 10-18.

(Tableau : American Gothic de Grant Wood, cité par le narrateur)

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274 p

Eli Gottlieb, Ainsi soit-il, 2008

 

* Charlie et la Chocolaterie de Roald Dahl

05/05/2009

Il contint la mer

cloutier_ce qui s'endigue.jpgDeux destins en parallèle font l'objet de ce roman : celui d'Anna et celui d'Angela. Venant de milieux sociaux très différents, toutes deux se rencontrent pour la première fois en maternelle. Anne est blonde, angélique, c'est l'illustration parfaite de la petite fille modèle. Angela est plus ronde, impétueuse, colérique. Un vrai garçon manqué. Elle est aussi remarquablement intelligente. Anna incarne pour Angela un idéal impossible à atteindre, la féminité, la perfection ; ce qui lui vaut des remarques blessantes, des bousculades. Angela lui fait peur.

De leur conception à leur mort, le lecteur suit chaque étape majeure de la vie de ces deux femmes qui se croisent, se perdent de vue et se retrouvent vraiment lorsqu'elles atteignent la soixantaine.

L'époque est assez confuse. Couvrant 90 ans, on suppose qu'elle commence dans les années 1950 ou 1960 (car l'amant d'Anna naît en 1953). L'action se déroule essentiellement en Hollande mais certains personnages la quittent pour mieux se retrouver, en Indonésie et en Normandie.

Ce qui s'endigue est un roman poétique et ambitieux auquel j'ai trouvé beaucoup de qualités, à commencer par l'écriture très annie cloutier.jpgtravaillée, souvent pleine de rythme et d'exactitude. Comme dans cette phrase rapide, heurtée : Il s'agit de cette kalachnikov de mots mortifiants qu'à tout propos elle décharge sur ses consoeurs effarouchées. (p52)

Toute l'attention du narrateur est portée sur les personnages, avec leurs particularités, leurs doutes, leurs souffrances, la perception qu'ils ont de leur environnement, leurs envies, leurs victoires intérieures. Cet aspect psychologique très fouillé fait la force du roman, malgré quelques éléments à mon avis un peu maladroits. L'opposition marquée entre Angela et Anna est notamment renforcée par l'aternance de passages courts consacrés à l'une ou à l'autre. Dans leurs plus jeunes années, lorsque leur parcours est encore semblable, ces extraits s'enchaînent rapidement et permettent d'envisager le caractère de chaque enfant alors qu'il n'a pas encore vraiment été façonné au gré des rencontres et des expériences.

En soupirant, Anna se remet au travail. Son écriture est un sillon creusé à même le papier recyclé. Elle appuie si fort qu'une fois la page remplie, le centre de son travail semble avalé par l'épaisseur du cahier. Elle s'applique. Il arrive qu'elle travaille des heures et des heures et que les épicéas, brassés par des averses venteuses, se penchent jusque tard dans la nuit même. Il arrive aussi que la mélancolie l'étreigne si fort qu'elle en omette de descendre s'alimenter, qu'elle en néglige de se coucher. Ces soirs-là, il arrive qu'elle émerge de son apesanteur en même temps que l'incandescence blafarde des matins de novembre. Alors, d'un geste d'automate plutôt las, elle se remet à résoudre des équations ou à analyser les enjeux historiques de la décolonisation en Indonésie. (p45)

Enfin, Annie Cloutier maîtrise parfaitement certains sujets (dans lesquels elle s'est spécialisée, d'après l'éditeur) : la féminité, la sexualité, la maternité et leur impact sur la construction de l'identité. La maternité comble par exemple les besoins d'Angela pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'elle éprouve l'envie de se réaliser elle-même, d'exister en dehors de son foyer, d'accomplir des choses importantes qui lui donneront l'impression de se retrouver. Cette quête est d'ailleurs aussi celle d'Anna, qui jusqu'à la fin avance d'un pas assez mécanique, ne réalisant que très tard que tel devait être son parcours. Le doute qui ne quitte pas Anna et Angela est très bien perçu par le lecteur et le rapproche des personnages, qui à cet égard sont très crédibles.

Quelques éléments m'ont tout de même un peu gênée.

Des mots et expressions néerlandais ponctuent assez souvent le récit, en particulier au début. Certains sont vraiment propres à la culture hollandaise et me semblent justifiés. Mais pourquoi ne pas écrire en français un terme tel que « siège de bébé » ou « sage-femme » ? Par ailleurs tous les termes sont à rechercher à la fin du livre, ce qui est agaçant et coupe parfois complètement le rythme (p 31 par exemple).

Le temps s'écoule très rapidement, avec beaucoup de fluidité – à tel point que les personnages ont parfois vieilli de dix ans en quelques lignes. Cela donne très justement l'impression d'assister à un flux incontrôlable. Sans doute pour cela, l'évolution des technologies ou des modes de transport n'est pas du tout mise en avant... au point de permettre au frère d'Anna (p52, a priori dans les années 1980 ou 1990, voire peut-être avant) puis au fils d'Angela (p156) d'avoir tous deux un iPod. D'où un peu de confusion avec le défilement des années.

Enfin, avec le recul (car cela n'a pas du tout entravé le plaisir de la lecture), j'ai trouvé certains partis pris de l'auteur un peu caricaturaux : l'évolution de deux femmes qui au final croisent les mêmes figures emblématiques des hautes sphères de la vie publique (possible, mais assez improbable) ; le fait que la brillante Angela soit frustrée par son propre destin au point d'être obsédée par Anna pendant toute sa vie, même lorsqu'elle la perd de vue pendant très longtemps ; le poids peut-être trop important de l'origine sociale, et plus particulièrement l'engagement anticapitaliste et idéaliste d'Angela qui est parfois un peu maladroit. Ce sujet qui pourrait faire l'objet d'un livre plus engagé a tendance à parasiter un peu la question plus personnelle du choix de vie de ces femmes. C'est un thème intéressant mais qui à mon avis dessert un peu ce roman en l'alourdissant, au risque de perdre en crédibilité.

Un beau livre malgré tout, un peu inégal mais bien construit ; un roman aux passages souvent savoureux et très bien écrits. Et puis amis lecteurs, j’aime particulièrement les romans psychologiques et les thèmes traités par Annie Cloutier. Alors personnellement, je compte bien la relire un jour (Annie Cloutier, si jamais vous vous perdez un jour dans la jungle des blogs et atterrissez ici, sachez que j'attends avec impatience votre prochain roman !). Bref. Je résume : c’est vachement bien. Lisez-le.

Deuxième livre pour la présélection du P5C.

 

235 p

Annie Cloutier, Ce qui s’endigue, 2009

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03/05/2009

Il était une fois, dans un petit village perdu sous la neige...

atalla_escale.jpgA Kingsey Falls (Québec), plusieurs destins se croisent dans une série de très courts chapitres qui façonnent peu à peu l’histoire du village. Chaque chapitre est comme une nouvelle dont le héros momentané est un habitant que l’on retrouvera parfois en découvrant l’histoire d’un de ses voisins.

 

Ce court roman serait presque une série de nouvelles liées les unes aux autres par l’intervention récurrente de certains personnages. L’idée est ingénieuse, d’autant plus que les personnalités qui se dégagent de ce texte sont souvent attachantes, entières, très humaines. On pense aussi à l'univers des contes, le ton n'est pas loin.

 

C’est un livre touchant qu’on prend beaucoup de plaisir à lire, d’autant plus que la plume de Nora Atalla est souvent charmante.  Malheureusement, malgré le concept séduisant, le récit assez simple perd en dynamisme après les premiers chapitres symboliques et pleins de grâce. Après quelques jours, je ne garde que de vagues souvenirs de la trame de l’histoire (en particulier pour les derniers chapitres), même si je suis séduite par les beaux personnages mis en scène avec beaucoup de sensibilité. Comme la petite Emma, qui écrit des cartes de Saint-Valentin à tous les villageois pour conjurer la mort de son frère ou encore Amélie, tirée de la solitude par l’arrivée inopinée d’un nourrisson sur le pas de sa porte. Un livre un peu trop vite oublié peut-être, mais un bien joli voyage !

 

Extrait tiré du premier texte – « Un cadeau dans la Neige » :

 

Des guirlandes de lumières multicolores brillantaient les façades des bâtisses, s’enroulaient autour des sapins, se suspendaient aux soffites des maisons. Nimbés d’une clarté féérique, des bonshommes de neige, des papas Noël, des rennes tirant des traîneaux trônaient sur les porches gelés. L’hiver avait recouvert de son blanc manteau la nature, les rues et les trottoires ; il avait givré les carreaux des fenêtres et s’étaient formés des glaçons le long des gouttières et des toitures. Les arbres ressemblaient à des yétis tibétains, des géants blêmes aux bras défeuillés et aux doigts crochus qui paraissaient vouloir se saisir de la vieille femme… vielle seulement dans son esprit. Elle se demanda si, du même coup, l’hivert n’avait pas givré le cœur des hommes. S’il n’avait pas semé des glaçons dans l’âme de… de sa… A quoi bon y penser ? (p11)

 

Première lecture pour la présélection du Prix des Cinq Continents.

 

115 p

 

Nora Atalla, Une escale à Kingsey Falls, 2008

02/03/2009

Four lumps of sugar and a slice of teacake

amour comme par hasard.gifThe Lost Art of Keeping Secrets d’Eva Rice est devenu en français L’amour comme par hasard ce qui, accompagné d’une couverture rose et or ou d’un immense soleil couchant pourrait faire fuir beaucoup de lecteurs encore soucieux de leur santé mentale. Mais non, il ne s’agit pas d’un livre à l’eau de rose épouvantable, l’amour est une chose un peu compliquée qui n’arrive pas tout à fait par hasard et, si tendances guimauvesques il y a, il s’agit de sucreries de qualité, rien de moins. Je crois avoir lu quelque part que ce livre était une sorte de chick lit version fifties. Là non plus je ne suis pas franchement d’accord, car si les préoccupations de l’héroïne tournent très souvent autour de ses robes, de garçons ou de bals, le style et le déroulement de l’histoire ont plus de charme et de consistence. Les personnages font aussi preuve d’un peu moins d’humour et de superficialité (je trouve que le terme « léger » caractérise mieux nombre de scènes de ce roman).

Dans les années cinquante, Penelope Wallace rencontre Charlotte à un arrêt de bus et, sans la connaître, accepte de l’accompagner chez sa tante Clare afin de prendre le thé. De cette aventure inattendue naît une amitié qui amène les deux jeunes femmes à passer les mois suivants ensemble. Leurs rencontres se font souvent chez l’irrésistible Tante Clare mais aussi lors de soirées mondaines au Ritz ou ailleurs et, surtout, au sein de Milton Magna Hall, la superbe demeure des Wallace. Bâtie au Moyen-Âge, agrandie par la suite, Magna recèle de nombreux trésors mais a beaucoup souffert de la guerre, agonisant lentement, couvrant ses habitants de dettes.

johnnie ray.pngAutour des jeunes femmes et de Clare gravitent d’autres personnages : Harry, cousin de Charlotte et magicien aux yeux bicolores ; Inigo, petit frère de Penelope et apprenti chanteur pop ; Talitah Wallace, leur mère si jeune et si malheureuse depuis le décès de son mari au front. Sans parler de Johnnie Ray, chanteur pop et tombeur de ces dames, des Teddy Boys et de quelques personnages renversants qui font leur apparition un peu plus tard.

Sans écrire un chef-d’œuvre, Eva Rice signe à mon avis ici un très bon livre qui s’inspire de beaucoup d’auteurs britanniques : on pense à Pym et ses conversations de salon, beaucoup plus à Nancy Mitford, à laquelle une scène fait allusion et dont l’impétueuse Linda a sans doute influencé les descriptions de Charlotte ; citons encore Lewis Caroll et son Alice, un brin de Setterfield pour l’univers de Magna et Wilde – avec une allusion claire à Gwendolen de The importance of being earnest, lorsqu’elle déclare ne jamais voyager sans son journal pour avoir quelque chose d’intéressant à lire.

Malgré sa légereté, ce roman est aussi emprunt de tristesse et de nostalgie. Il finit cependant sur une note très optimiste et tourne toujours autour des notions d’amour et d’amitié, de la possibilité pour chacun de trouver sa moitié, la nécessité d’aller de l’avant et de croquer la vie à pleines dents. Il traite aussi du fossé qui sépare les adolescents de l'après-guerre et leurs parents, ce qui est notamment représenté par l'influence grandissante des Etats-Unis et l'apparition du rock qui vient progressivement remplacer le jazz.eva rice. amour par hasard.jpg

Outre ce mélange savamment dosé de folie douce amère, de joyeuse insouciance et de confrontations plus ou moins faciles avec la réalité, j’ai savouré le cadre cosy et très britannique, entre Londres et sa banlieue, les grands magasins, Fortnum, les salons, l’heure du thé, les vieilles demeures un peu hantées et un esprit enjoué qui m’a touchée. Attachée aux personnages, j’ai eu l’impression de vraiment les accompagner dans leurs aventures. Je regrette seulement les coquilles de l’édition d’origine (Flammarion) : une faute grave notamment et, plusieurs fois, une tante Clare devenue tante Clara ou tante Charlotte, ce que je trouve horripilant !

Dans l’ensemble un très joli roman, délicat, assez fin et, malgré des situations récurrentes, palpitant !

Et en prime, des Teddy Boys, un snapshot de la seule image où je trouve Johnnie beau garçon et une prouesse de ce chanteur que je trouve personnellemt ringard mais amusant et pas fatigant pour un sou !

Merci à Elise du Livre de Poche pour cette lecture très appréciée !

N.B : le titre vient de mon obsession grandissante pour Wilde, car vous n'avez pas fini d'en entendre parler si vous passez par ici !

379 p

Eva Rice, L’Amour comme par hasard, 2005

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10/01/2009

Splendide

eglise.jpgAfrique du Sud, au fil du XXe siècle. Tout commence en 1990, quand des ossements sont déterrés et semblent être au cœur d’un secret qui unit Catherine, propriétaire blanche et Maria, la domestique noire, en réalité sa meilleure amie. Puis l’histoire revient en arrière, dévoilant les liens qui se sont tissés entre les deux femmes depuis leur enfance, leur histoire atypique et l’événement mystérieux qui les relit finalement à la macabre découverte faite sur leurs terres.

Que dire de ce texte que j’ai littéralement dévoré et qui est sans doute pour moi l’une des lectures les plus frappantes de ces dernières années ? L’Eglise des Pas perdus évite les nombreux écueils qui pourraient découler de l’histoire d’une amitié entre une blanche et une noire sous l’apartheid : pas de scènes toutes faites ni de passages larmoyants, mais bien au contraire, une relation décrite avec beaucoup de sensibilité. Bien qu’au cœur du récit, cette amitié n’est qu’un sujet parmi d’autres, dans ce roman où les thématiques sont nombreuses : drame familial, quête de soi et du « chez soi », amours impossibles ou voués à l’échec, trahison, haine, commérages et mesquineries du voisinage – lui aussi décrit de manière sobre, avec ses faiblesses mais aussi ses espoirs, ses doutes et ses souffrances. Ajoutons à cela l’alcool, qui plane comme une menace sur les personnages : ceux-ci, sans être vraiment alcooliques, semblent trouver naturellement réconfort dans une bouteille de vin ou de whisky qui les suit presque partout. La peinture, dans toute sa complexité et sa façon de transcender la réalité, est mise en concurrence avec les descriptions d’une nature superbe et omniprésente, qui procure aux personnages volupté et dangers. Car entre les sauts depuis les rochers et les baignades par temps d’orage, les héros semblent parfois chercher à se perdre en bravant la mort. Si la poésie est au rendez-vous dans les belles descriptions, un brin de fantastique vient couronner l’ensemble d’un vent mystérieux : dans l’Eglise des pas perdus, qui sont ces enfants dont les chuchotements et les mouvements ne sont perceptibles que de quelques-uns ? Peu exploité, cet élément un peu étonnant trouve son apogée dans les derniers paragraphes qui constituent une fin très originale – c’est peut-être la scène qui me marquera le plus.

Au final, je suis complètement tombée sous le charme de ce roman qui ne cède pas à la facilité. Le style sobre, la simplicité des descriptions, la trame de l’histoire très bien construite, la richesse des thématiques et des personnages m’ont vraiment conquise. Ce texte de toute beauté est pour moi une rencontre fracassante avec l’Afrique du Sud et me donne envie de sortir rapidement de ma bibliothèque Coetzee et Brink, qui attendaient leur tour depuis longtemps.

D'autres avis : Brize, Solenn, Amanda, Joëlle, Lorraine, Praline, Malice, Annie, Uncoindeblog, La Mer à Lire

Merci au Livre de Poche et à Elise Davaud pour cette nouvelle opération qui m’a permis de découvrir cet excellent roman !

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284 p

Rosamund Haden, L’Eglise des Pas Perdus, 2003