12/02/2009
Chéri, il y a un fantôme dans la baignoire
Il y a des auteurs que l’on repère, qui restent présents à notre esprit mais qu’on ne lira pas avant des années, voire peut-être jamais. J’ai découvert Alison Lurie au détour d’un blog, puis je l’ai croisée en librairie ou par blogs interposés pendant environ deux ans avant d’être saisie d’une impulsion et de m’emparer du recueil Femmes et Fantômes en prévision d’un voyage en avion. Et qui dit avion dit trajet mais aussi salles d’attente et files à l’embarquement. Je cherchais une lecture raffraîchissante et ne suis pas mécontente d’avoir jeté mon dévolu sur Lurie.
J’avais tellement envie de découvrir cet écrivain que j’avoue ne pas avoir vraiment lu le résumé en couverture. Je pense que la scène s’est à peu près passée comme ça dans ma tête : « Bon, j’ai souvent tendance à préférer les histoires avec des personnages féminins importants ; les fantômes, ah que c’est poétique et mystérieux ! ; oh ! quelle jolie couverture ! ; ah en plus ce sont des nouvelles, c’est parfait pour commencer ! »
Si je dis ça c’est parce qu’en ouvrant le recueil je ne savais franchement pas à quoi m’attendre et, plus encore, je m’étais en quelque sorte persuadée qu’il ne s’agissait de fantômes qu’au sens purement métaphorique… des souvenirs peut-être ? Mais quand la première héroïne a commencé à voir le fantôme de l’ex-femme toujours vivante de son fiancé, j’ai compris mon erreur. Ce sont donc bien des histoires de fantômes qui composent ce recueil. Celui d’une femme a priori jalouse, celui de deux jeunes hommes morts brutalement, d’une commode capricieuse, d’un double mystérieux, d’un lapin à Halloween, d’une déesse indienne et bien d’autres.
A première vue, toutes les histoires peuvent sembler possibles. Pourtant ce n’est jamais qu’un seul personnage féminin qui voit ses propres fantômes, ce qui pose rapidement la question de sa crédibilité. Ainsi ces excellentes nouvelles laissent entrevoir d’autres explications à l’improbable et au fantastique: folie, obsession, culpabilité, superstition, duel entre l’instinct et la volonté plus raisonnable, jalousie, petites ou grandes faiblesses… ces démons peuvent apporter une réponse à l’inexplicable, bien qu’à la fin, le doute plane toujours.
J’ai énormément apprécié ce recueil. Amatrice de nouvelles, j’ai trouvé les histoires très agréables à lire et presque toutes captivantes. L’écriture (bien sûr il s’agit de traduction) est fluide, les personnages intéressants et les sujets originaux et bien exploités. Les héroïnes restent a priori rationnelles malgré les situations étranges qu’elles décrivent, ce qui rend l’ensemble plus intéressant. Leur personnalité est au cœur de chaque histoire, leurs doutes, leurs envies, leurs aspirations étant souvent directement liés aux apparitions fantômatiques. Au passage, j'ai beaucoup pensé à certaines nouvelles pour adultes de Roald Dahl. Un livre qui mérite le détour !
14:37 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, fantomes, alison lurie, femmes et fantomes, littérature américaine






































