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20/02/2014

Peter Carey, La Chimie des Larmes

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Rentrée littéraire de septembre 2013 (romans étrangers)

Londres, de nos jours. Une conservatrice de musée apprend la mort soudaine de son amant. Pour l'aider à faire son deuil, son supérieur hiérarchique lui confie la restauration d'un automate fascinant, basé sur une mécanique subtile... un véritable chef-d'oeuvre.

Allemagne, 1854, dans un village perdu de la Forêt Noire : l'Anglais Henry Brandling cherche le meilleur horloger qui soit pour réaliser pour son fils malade le canard de Vaucanson (première moitié du XVIIIe), un jouet mécanique très fidèle à la réalité... une quête qui s'apparente à première vue à une chimère, aucun horloger ne semblant être au niveau du célèbre Vaucanson. Brandling tombe alors sur un curieux trio – un homme, une femme et son fils - qui lui vole les plans du canard et lui force la main pour pouvoir réaliser le jouet.

J'avais traversé l'Allemagne avec l'assurance catégorique reçue de ma famille que tout le monde, hormis les paysans, y parlait parfaitement l'anglais. Après avoir subi l'assaut de l'agent des douanes, je compris que les paysans étaient largement répandus et me procurai donc une grammaire allemande à la gare du chemin de fer (p 35). 

On voyage d'un chapitre à l'autre, quittant Londres pour l'Allemagne, le temps présent pour le XIXe, à travers deux destins que le hasard a fait se croiser. J'ai cherché Henry, Henry vivant, Henry au bon coeur. Quelle compagnie indispensable en cette nuit sans fin... Je lisais. Il écrivait (p 180). 

J'ai ouvert ce roman avec beaucoup de curiosité. L'idée de voir s'entremêler deux destinées à 150 ans d'écart me séduisait, sans compter le cadre londonien, le XIXe et les automates qui me fascinaient (et m'effrayaient) quand j'étais petite. C'est un roman original, bien écrit, dont l'un des protagonistes (Henry) est très attachant.

Père d'un petit garçon très malade, il a déjà perdu une fille (morte de consomption) et sa femme lui a retiré son affection depuis. C'est un père fou de son petit qui part en quête du jouet qui pourra faire son bonheur, le distraire de sa maladie : faire réaliser cette perle rare n'est pas une simple lubie ou excentricité de gentleman oisif, c'est peut-être ce qui va sauver son enfant. La dimension dramatique du roman se retrouve aussi aujourd'hui avec Catherine, qui part totalement à la dérive dans les jours qui suivent l'annonce de la disparition de son amant. 

Les débuts du roman sont prometteurs, à travers le voyage de Henry qui s'annonce intéressant sur le plan historique et qu'on imagine plein de rebondissements ou enrichi par les souvenirs de sa vie anglaise, tandis qu'à Londres la découverte de l'automate et du journal de Henry par Catherine éveille notre curiosité... Mais mon intérêt s'est quelque peu émoussé ensuite. L'histoire de Henry stagne rapidement ; il est entouré d'une bande d'escrocs mais si lui se demande si son canard sera un jour réalisé, nous savons que ce sera bien le cas puisque nous savons que Catherine doit le restaurer (et, pour ceux qui l'ont lu, pour moi la petite variante finale n'a rien d'un renversement). En ce qui le concerne, on finit par se dire que le seul mystère qui reste entier concerne son fils : le reverra-t-il vivant ? Peter Carey fait le choix de nous laisser deviner, la fin n'en étant donc pas vraiment une... ce qui m'aurait peu gênée s'il s'était vraiment passé quelque chose dans les chapitres précédents, parfois un peu obscurs. Il en va de même pour les jours présents, à ceci près que Catherine est beaucoup moins sympathique que Henry. Elle semble prendre un certain plaisir à surjouer la douleur, empilant les bouteilles vides, manquant de respect à ses collègues, profitant de la sollicitude de son patron pour faire n'importe quoi dans le cadre de son travail. J'ai trouvé difficile d'adhérer à ce personnage nombriliste, malgré sa douleur.

J'ai pris plaisir à lire ce roman sur la résilience, mais en partie en raison de ma curiosité concernant le dénouement. C'est un peu déçue que j'ai tourné la dernière page car il m'a semblé que Peter Carey n'était pas allé tout à fait au bout de son idée (le dialogue entre les deux protagonistes à travers les siècles), au demeurant excellente... dommage, car j'ai passé de bons moments !

(…) il avait pu, à la suite de ce triomphe, commander les plans qui permettraient de mettre en oeuvre l'extraordinaire spectacle des trains rapides circulant en douceur dans des tunnels de verre au beau milieu de Fortnum & Mason's (p 42).

Les avis de Nadael, Ly lit

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326 p

Peter Carey, La Chimie des Larmes, 2012

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30/09/2012

E.L. Doctorow, Homer et Langley

doctorow-homer.jpgJ'avais promis à ma chère Titine de participer au mois américain mais j'ai eu bien du mal à le faire entre une première semaine de septembre très dense puis mon départ loin, bien loin de chez moi – bizarrement je n'ai pas eu l'occasion de tenir parole jusqu'à aujourd'hui.

J'ai lu deux romans dans le cadre de ce mois américain mais la seule chronique que je vais faire à temps porte sur Homer & Langley de E.L. Doctorow, roman qui m'a fait de l'oeil pendant un moment en librairie. J'ai fini par succomber à la couverture et au sujet : deux frères assez riches pour vivre dans la Cinquième avenue retrouvés morts « ensevelis sous des piles de journaux et de livres » (je vois déjà quelques bibliomanes pâlir et jauger d'un oeil inquiet les piles branlantes envahissant désormais jusqu'à leur salle de bain).

e.l. doctorow,homer & langley,collyer brothers,actes sud,new york,etats-unis,etats-unis xxe,new-york xxeNarré par Homer, le « frère aveugle », le récit évoque peu les années d'enfance mais porte davantage sur la façon dont les deux frères ont reconstruit leur vie après la mort de leurs parents. Homer et Langley sont habitués à vivre dans le faste et héritent de la maison parentale, mais chacun a subi un traumatisme qui vient perturber le fonctionnement du foyer. Homer a perdu progressivement la vue alors qu'il était encore jeune, quant à Langley que l'on croyait mort, il revient changé de la guerre de 14-18, ses poumons et sa peau attaqués par le gaz. Les deux frères restent très soudés mais mènent une vie excentrique, voire débauchée pour l'époque, loin du carcan social dans lequel ils ont grandi. Petit à petit la maison se vide de ses domestiques et les frères sont livrés à eux-mêmes, devenant de plus en plus marginaux.

Sujet fascinant servi par une plume très agréable à la traduction, mais un roman en peu en deçà de mes attentes. On voit les deux frères s'isoler de plus en plus mais ce glissement progressif se fait au prix d'une narration un peu monotone à mon sens. On voit malheureusement un peu trop vers où tend le récit et, bien qu'ayant trouvé beaucoup de qualités à ce roman (notamment une intéressante traversée du XXe), j'ai trouvé sa lecture parfois un tantinet monotone. Un ressenti bien subjectif cela va de soi, je ne peux que vous inviter à pousser la porte de cette maison étonnante pour en découvrir les drôles de trésors !

Clara a beaucoup aimé et explique très bien pourquoi.

Vous trouverez beaucoup de photos de la maison si vous tapez "Collyer brothers" sur un moteur de recherche ; ce blog évoque aussi leur histoire et leur fin tragique.

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229 p

E.L. Doctorow, Homer et Langley, 2009
(2012 pour l'édition française)

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20/03/2011

Salon du Livre 2011

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Eh oui mes amis, ce week-end se tient le Salon du Livre à Paris et, ô surprise, j'y étais ! Je m'y suis rendue hier et c'est enfin remise de cette après-midi chargée (et après avoir profité du printemps qui semble être arrivé aujourd'hui) que je fais ce petit récapitulatif de ma visite.

Tout d'abord un bilan (prise en flagrant délit) :

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Ci-dessous :

Ana Maria Matute, Paradis inhabité (Madrid + éditions Phébus + auteur espagnol renommé => il m'était impossible de lutter contre de tels arguments)

Song Yang, Matous et Pingouins (une BD choisie en raison de son sujet philosophique)

Knut Hamsun, Victoria (que je voulais lire depuis très longtemps)

Johanna Sinisalo, Oiseau de Malheur (j'avais beaucoup aimé "Jamais avant le coucher du soleil" et le sujet de ce dernier roman me tentant, j'ai profité de la présence de l'auteur pour replonger en terre inconnue - a priori sans troll hypersexué).

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Janet Frame, Le Messager, 3e tome de son autobiographie : une découverte due au hasard pour être honnête, mais ce tome traitant de son arrivée à Londres, j'ai préféré me passer des deux premiers, d'autant plus qu'en feuilletant j'ai vu qu'on pouvait les lire de façon indépendante.

Michael Collins, La filière émeraude : j'avais envie de lire cet auteur depuis un bout de temps et ne savais pas qu'il était présent au salon. Etant tombée par hasard sur lui, j'ai suivi son conseil en me procurant ce livre (sachant que j'ai déjà La Vie Secrète de E. Robert Pendleton).

Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants : à vrai dire c'est la couverture qui m'attirait à l'origine mais après avoir entendu beaucoup de commentaires positifs sur ce roman parmi mon entourage, je me suis décidée à le lire et j'ai profité là aussi de la présence de Mathias Enard au salon pour le faire dédicacer.

Françoise Cloarec, Séraphine : une rencontre un peu due au hasard car je ne connaissais pas du tout cet auteur. J'ai depuis réalisé qu'un film avait été tiré du roman que je suis en tout cas curieuse de lire.

Herbjorg Wassmo, Mon péché n'appartient qu'à moi : car je savais que l'auteur serait présent au salon et je voulais depuis longtemps lire ses deux "sagas".

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Je suis également repartie avec quelques petits cadeaux des éditeurs :

Le Best Of BD Ciné, qui reprend en BD et musique quelques grands classiques du cinéma (Gene Kelly, Marlene Dietrich, Marilyn Monroe...)

Deux carnets Actes Sud et un carnet Buchet Chastel

La Bouteille endiablée de R.L. Stevenson, offerte par les éditions Phébus à l'occasion du Salon.

Deux marque-pages, des éditions Gaïa et Actes Sud

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Mais le salon du livre, c'est aussi l'occasion de rencontrer des auteurs...

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Françoise Cloarec

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Mathias Enard

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Anne-Marie Garat (que souhaitait rencontrer mon père, qui a lu presque tous ses livres)

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Michael Collins, qui a souhaité savoir ce que j'avais acheté (il est vrai que j'étais bien chargée). J'ai découvert au passage qu'il était irlandais, alors que j'étais persuadée à l'origine qu'il était américain (my mistake).

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Johanna Sinisalo, qui m'a expliqué que deux de ses livres n'avaient pas été publiés en France car ils traitaient de sujets propres au Danemark (pour résumer nous n'y aurions rien compris). J'ai hâte de lire ce nouvel opus !

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Herbjorg Wassmo, qui a eu la gentillesse de dédicacer le livre que je venais d'acheter mais aussi Cent Ans, que j'avais reçu dans la semaine.

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Song Yang est chinois, scénariste et dessinateur de BD. Je ne connaissais rien à la BD chinoise, je vais donc découvrir de nouveaux horizons !

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Ci-dessus le voilà en train de me dédicacer un de ses albums. Et ci-dessous le résultat :

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Magnifique, n'est-ce pas ?

stand gaia actes sud.jpg Au final, de longues heures denses, des moments où je fuyais la foule et en fin de journée, des pieds en compote, mais encore une fois de bien agréables moments avec des auteurs souriants et pour la plupart ravis de parler de leurs romans ou parfois de choses et d'autres. L'occasion aussi de voir Solène du Cherche-Midi (qui est vraiment adorable et dont j'apprécie beaucoup la théorie du bocal) et Béatrice des éditions Gaïa, ainsi que trois charmantes blogueuses : Isil (qui n'aimerait certainement pas qu'on la qualifie de la sorte, mais c'était tentant), Cryssilda et Stephie.

Une récidive, puisque j'y étais déjà :

Salon du Livre 2007

Salon du Livre 2008 - 17 mars

Salon du Livre 2008 - 18 mars

Salon du Livre 2010

Rendez-vous pris pour l'année prochaine !

20/11/2010

La forêt gardait le silence

ogawa_tendres_plaintes.gifJ'ai découvert Yoko Ogawa il y a quelques années en tombant par hasard en librairie sur Le Musée du Silence, dont la couverture tout autant que le résumé avaient éveillé mon intérêt. C'était ma première rencontre avec la littérature japonaise et je dois dire que depuis, rares sont les auteurs qui  sont parvenus à me charmer autant que Yoko Ogawa.

Comme d'autres lectures avant, le roman Les Tendres Plaintes m'a donné à la fois l'impression de parcourir un univers bien propre à l'auteur et d'être de nouveau dépaysée. J'ai noté également cette idée chez Loula qui dit avoir finalement du mal à cerner cet auteur. Ayant commencé par lire Le Musée du Silence et L'Annulaire, à la fois mystérieux, magnifiques et morbides, j'ai été étonnée par La Formule Préférée du Professeur dont le sujet était très différent. Et finalement, chaque nouvelle lecture m'a donné l'impression de découvrir une autre facette d'Ogawa, tout en retrouvant avec plaisir certains éléments qui me donnent en quelque sorte l'impression d'être en présence de vieux amis lorsque je lis un de ses textes.

Il est ici question de la calligraphe Ruriko qui, son mariage battant de l'aile, se rend subitement dans le chalet de vacances de sa famille afin de s'éloigner d'un mari violent qui fréquente ouvertement une autre femme. Elle fait la connaissance de Nitta, fabricant de clavecin, et de Kaoru, son assistante. De là naît rapidement une amitié entre la jeune femme et ses voisins qui lui font entrevoir de nouveaux horizons à travers leur passion pour le clavecin. Mais Ruriko s'éprend de Nitta et le trio est mis en péril alors que peu à peu la jalousie l'étreint, lorsqu'elle s'aperçoit que Nitta et Kaoru partagent un monde dont elle ne pourra jamais faire partie.

Sur un rythme lent propre à Ogawa, les tensions finissent par attendre leur point culminant jusqu'à la chute inexorable. Si la psychologie des personnages joue un rôle important avec l'impénétrable Nitta, la tendre Kaoru ou Ruriko, plus torturée, d'autres éléments plus périphériques et souvent descriptifs ont toute leur place dans le récit : la fascination de Ruriko pour la chair tendre d'une voisine bien portante, la façon dont les personnages servent les plats et ce qu'ils mangent, de même que l'histoire parallèle d'une vieille dame anglaise dont Ruriko est chargée de recopier la biographie. On retrouve les belles descriptions de la pluie et des plans d'eau qu'Ogawa semble affectionner tout particulièrement, ainsi qu'un événement qui fait écho à l'Annulaire, à travers un doigt mutilé.

Si les livres de cet auteur ne sont pas toujours gais (celui-là mêlant les moments de plénitude à une histoire au fond plutôt mélancolique), ils parviennent presque toujours à m'arracher au quotidien et à me donner l'impression d'évoluer dans une bulle étrangement calme et bénéfique. Cette fois aussi j'ai vraiment savouré ce plongeon dans ce monde particulier que je quitte à regret, avec l'envie d'ouvrir rapidement les quelques livres d'Ogawa qui me restent à découvrir.

Un roman empreint de sensibilité que je conseille à tous ceux qui ont déjà aimé Ogawa. Je sais de moins en moins quel roman recommander à ceux qui ne la connaissent pas, car les sujets varient tellement qu'il est difficile de se décider.

"Les rayons miroitaient à la surface de l'eau. La couleur en était différente à chaque battement de mes paupières. J'ai essayé de concentrer mon regard pour la sonder mais en vain. Je me figurais un fond sableux, des masses compactes d'herbes aquatiques qui ondulaient, mais je ne distinguais que de simples ténèbres" (p209)

De Yoko Ogawa sur ce blog : La Petite Pièce Hexagonale, La Piscine / Les Abeilles / La Grossesse, Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie. Lus par ailleurs : La Formule préférée du Professeur, L'Annulaire et Le Musée du Silence.

D'autres avis sur Les Tendres Plaintes : Le Globe-Lecteur, Livrogne, Loula, Marie (La Page déchirée)Mirontaine, Mrs Pepys, Pierre C (La Littérature japonaise), Virginie (Perdue dans les Livres)...

Ci-dessous, Les Tendres Plaintes de Rameau.
http://www.youtube.com/watch?v=segCBE0oX9Q
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239 p

Yoko Ogawa, Les Tendres Plaintes, 1996