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25/06/2018

Patricia Elliott, A Connie Carew Mystery T1, The House of Eyes

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1909. La jeune Connie Carew est orpheline et vit dans une grande maison mal entretenue d'un quartier aisé de Londres, avec ses deux tantes et son oncle par alliance. Connie rêve de devenir anthropologue. Pour se préparer à son futur métier, elle visite assidument le British museum et prend des notes sur ses congénères, à commencer par sa famille. Aunt Sylvie est une drôle de femme chauve aux habits extravagants, qui vit dans son monde, persuadée de communiquer avec des absents ou de sentir ou deviner certaines choses. Aunt Dorothea est accablée par la disparition de sa fille Ida il y a des années de cela, alors qu'elle était bébé. Son deuxième mari, Mr Thurston, est un personnage désagréable qui régente tout son entourage avec autorité et mauvaise humeur. 

Lorsque s'ouvre le roman, Connie se rend avec ses deux tantes à une séance de spiritisme, où le retour proche de la jeune Ida leur est annoncé. Et peu de temps après, une jeune femme frappe à la porte des domestiques pour postuler à un emploi chez eux. Son prénom et un médaillon qu'elle porte persuadent Aunt Dorothea de son identité : l'enfant tant attendu est revenu. La vie dans la maison est alors chamboulée. Aunt Dorothea quitte ses tenues sombres et se remet à sortir, ce qui n'est pas pour plaire à son époux, visiblement plutôt satisfait d'avoir une femme souffreteuse à la maison. Quant à Ida, elle est belle, chante divinement bien et son franc-parler peu raffiné fait finalement d'elle la coqueluche de la bonne société, qui trouve tout cela bien rafraîchissant. Ida devant hériter d'une grande fortune, la presse avait couvert sa disparition et s'empresse de la remettre à l'honneur. Au milieu de toute cette effervescence, seule Connie a des doutes sur la véritable identité de sa cousine retrouvée. Qui plus est, elle a remarqué qu'elle était suivie par un homme inquiétant. Que lui veut-il ? Est-elle en danger ? La jeune Connie va mener l'enquête.

Ce roman jeunesse m'avait attiré avec sa jolie couverture, j'ai un peu hésité à le lire et force est de constater qu'il s'agit d'une belle surprise. Connie est jeune mais futée et courageuse, sans avoir le côté écervelé ou téméraire d'autres héroïnes de ce type de romans. Sa maison offre un cadre intrigant, avec ces tâches d'humidité qui évoquent des visages monstrueux et qui semblent l'observer dans sa mansarde. Certains personnages sont rocambolesques, d'autres moins mais tous ont leur caractère et leurs aspérités. Une intrigue bien menée, un peu d'aventure, de l'amitié, un cadre édouardien et un soupçon de spiritisme, voilà qui fait au final un cocktail savoureux ! J'ai vu récemment que ce roman et le suivant ont été traduits en français (comme la question m'est parfois posée quand je lis en anglais). On en redemande !

Une participation au rendez-vous Roman historique du jour.

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298 p

Patricia Elliott, A Connie Carew Mystery T1, The House of Eyes, 2015

logo mois anglais 2018.jpgPatricia Elliott, A Connie Carew Mystery T1, The House of Eyes, le mois anglais, challenge british mysteries, époque édouardienne, angleterre, angleterre  debut xxe, roman jeunesse anglais, spiritisme

26/09/2011

L'heure du thé à Bloomsbury

ACH002772997.0.580x580.jpgVirginia Woolf fait partie des auteurs qui me fascinent et peut-être est-elle celle qui m'intrigue le plus. Je connais encore mal son oeuvre dense, ambitieuse, parfois assez insaisissable : d'elle je n'ai lu que, dans l'ordre de lecture, To the Lighthouse, Mrs Dalloway, La Scène Londonienne, les premiers chapitres de L'Art du Roman et l'essai Une Chambre à soi (j'ai également lu quelques pages de Orlando et les premiers chapitres de La Chambre de Jacob que je projette de reprendre depuis des mois). Ce que j'aime chez Woolf mais qui me fait aussi souvent remettre mes lectures à plus tard, c'est qu'il s'agit d'une lecture exigeante : Woolf crée un univers à soi, plutôt troublant au premier abord, et si l'on ne lui consacre pas suffisamment d'attention, si les petits riens de la vie viennent polluer la lecture, alors il ne s'agira sans doute que d'une rencontre manquée. C'est un peu comme essayer de lire Proust dans un métro bondé : désespérant.

J'ai donc profité d'un séjour en Grèce pour lire Nuit et Jour, mon compagnon de voyage au cours de ces dix jours où, si je n'ai pas passé mes journées à lire (loin de là), j'ai trouvé refuge dans ce roman avec un immense sentiment de félicité à chaque fois qu'une pause me le permettait. J'associerai sans doute toujours Nuit et Jour à la traversée des Cyclades en ferry, aux charmantes plages de Sifnos et à quelques moments perdus lors de ce très beau voyage.

Si je vous raconte ma vie au demeurant follement passionnante, je n'en doute pas, c'est avant tout parce que ce roman est pour moi associé à une atmosphère spécifique bien difficile à retraduire. Ce livre m'a fait l'effet d'une pluie d'impressions : j'entends par là les impressions produites sur les personnages par le quotidien, par quelques échanges. C'est aussi une lecture qui me touche personnellement car je me suis énormément retrouvée dans ce livre : j'avais ainsi parfois le sentiment de me noyer dans le questionnement incessant des personnages, tandis qu'à d'autres moments je trouvais un semblant de réponse (était-ce du réconfort ?) dans les chemins qu'ils empruntaient. J'ai trouvé chez Ralph et Katherine deux âmes soeurs, soumises comme moi à des volontés impérieuses et incontrôlables qui régulièrement les arrachent à la terne réalité et les conduisent dans des mondes parallèles, façonnés à leur goût ; j'ai également suivi avec angoisse la définition progressive du rapport au travail de Ralph (qui travaille par nécessité et souffre de ce que son métier l'éloigne de ce qui réellement l'intéresse) et de Mary (qui voit dans le travail une manière de s'émanciper et de trouver une raison d'être, aussi pragmatique soit-elle).

Deuxième roman de Virginia Woolf, Nuit et Jour met en scène quatre jeunes gens : Katherine Hilbery, petite fille d'un écrivain célèbre approchant de la trentaine, dont on attend un beau mariage et qui, quant à elle, souhaite gagner une liberté qui lui permettrait de faire ce qu'elle aime réellement (car se consacrer aux mathématiques et à l'astronomie dans une famille de littéraires est tout à fait impossible) ; Mary Datchet, fille de pasteur, travaille dans une association militant pour l'obtention du droit de vote pour les femmes et rencontre régulièrement d'autres jeunes gens éclairés visant à changer le monde ou à parler art et littérature ; Ralph Denham, fils aîné d'une famille nombreuse d'origine modeste, est voué à une carrière d'avocat prometteuse... mais l'idée de bénéficier de ce confort petit bourgeois dans quelques années et de subvenir aux besoins de sa famille ne le satisfait pas, car il aspire à d'autres activités plus littéraires ; enfin William Rodney, amoureux de Katherine, apparaît d'abord comme un petit bourgeois obséquieux et ridicule, mais dévoile rapidement un caractère complexe, plus généreux, intelligent et torturé qu'il n'y paraît à première vue - un personnage qui reste malgré tout à mes yeux profondément égoïste et perdu par son souci des conventions. Au fil du récit, ces personnages vont se croiser et apprendre par ces rencontres à mieux définir leurs désirs pour trouver enfin l'équilibre et plus simplement, se découvrir eux-mêmes.

Bloomsbury.pngComme l'indique Camille Laurens dans sa préface, ce roman est de facture plus classique : plus abordable que d'autres textes de Virginia Woolf, il n'est pas sans évoquer Jane Austen de par l'analyse des sentiments qui y est faite (mais on ne retrouve pas tant l'humour et l'ironie d'Austen, tandis que ce roman édouardien met quant à lui un pied dans la modernité, avec des personnages aux moeurs beaucoup plus libres et une approche de leurs pensées intimes assez romanesque... peut-être justement plus universelle et moins marquée par une certaine époque). J'ai été séduite par l'époque décrite : Katherine me paraît infiniment moderne et libre par rapport aux jeunes filles du XIXe et même, à celles d'autres textes de la même époque, à travers la possibilité qu'elle a de sortir comme bon lui semble sans chaperon dans les rues de Londres, de ramener des amis chez elle, de s'absenter en plein milieu d'une soirée en famille. J'ai également été charmée par le personnage fantasque qu'est Mrs Hilbery (à qui Katherine ressemble davantage qu'elle ne semble l'imaginer) : incapable de mener un projet à bien, Mrs Hilbery vit dans l'ombre de son père, célèbre poète ; comme moi elle fait une fixation sur certains auteurs... dans son cas il s'agit de Shakespeare, qu'elle évoque à tout moment et dont elle va voir la tombe à Stratford-Upon-Avon (par contre je ne comprends pas d'où lui viennent ces fleurs cueillies sur la tombe de Shakespeare, car la tombe du Barde se situe à l'intérieur de l'église locale) ; elle semble vivre dans une aute réalité, se trompe de pièce, se perd en ville comme à la maison et paraît ne pas prêter attention au monde qu l'entoure, mais la fin montre qu'elle est en réalité très perspicace et surtout, que sa grande sensibilité littéraire n'est pas vaine et lui a ouvert les yeux sur beaucoup de choses ayant échappé aux autres.

Je pourrais parler indéfiniment de ce roman alors que je ne savais pas encore ce matin comment l'aborder. Je lui reconnais des maladresses et comme le dit très bien Lilly, on sent bien que Virginia Woolf ne parvient pas tout à fait à  atteindre ses objectifs : le monde si particulier qu'elle crée reste encore un peu confus et le roman mélange les influences littéraires (alors que ses romans ultérieurs sont absolument uniques, celui-ci m'a fait penser aussi bien à ceux d'autres membres du groupe Bloomsbury qu'à Austen, et plusieurs passages me rappellent très clairement The Rector's daughter de Flora Mayor, roman merveilleux que je vous conseille vivement). Malgré tout cela reste un immense bonheur de lecture et, à titre personnel, un roman qui m'a beaucoup marquée.

Les avis de : Allie, Lilly, Dominique, Le Pandemonium littéraire, Ivredelivres, Perrine

Merci encore à Jérôme de chez Points pour ce beau moment passé en compagnie de Virginia Woolf.

A noter que le challenge Virginia Woolf, que j'ai un peu délaissé, se poursuit : n'hésitez pas à participer (un billet ou plus selon les humeurs, l'envie du moment...).

 

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536 p (qu'on ne voit pas passer)

Virginia Woolf, Nuit et Jour, 1919

 

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