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05/10/2017

Carole Martinez, La Terre qui penche

martinez_terre qui penche.jpg1361, la toute jeune, la presque petite Blanche est conduite par son père chez un autre seigneur en vue d'épouser le fils de ce dernier d'ici deux ans. Le fils est beau mais simple d'esprit. Qu'importe, l'arrangement a été scellé et Martin, le père de Blanche, ne s'embarrasse pas de considérations de ce genre.

Deux récits s'entrecroisent : celui de la petite Blanche, à son époque, et celui de la vieille âme, fantôme hantant l'ancien domaine des Murmures depuis des siècles. Les deux voix se répondent. La vieille âme laisse penser que Blanche est morte à douze ans en 1361. Mais est-ce réellement le cas ?

De Carole Martinez, je connaissais Du Domaine des Murmures qui m'avait beaucoup plu (son Coeur cousu attend dans ma PAL). J'ai dévoré La Terre qui penche mais dois avouer que c'est surtout la deuxième partie qui m'a emportée. Comme la Loue, rivière impétueuse, intrinsèquement liée à une Dame verte à l'humeur changeante et aux amours assassines, ce roman prend son envol soudainement, jouant avec les codes du fantastique avec brio, apportant fraîcheur et originalité à un récit profondément enraciné dans un cadre médiéval. On sent tout l'intérêt que porte Carole Martinez à cette époque; on partage rapidement son enthousiasme.

La Terre qui penche est fait de personnages hauts en couleur, avec de réelles aspérités, voire même parfois ambigus. Le soldat attentionné est en fait un dévoreur de petites filles ; le seigneur répugnant qui utilise son droit de cuissage et empêche sa fille d'apprendre à lire revêt un tout autre visage par le passé ; la petite Blanche d'apparence fière, presque hautaine est en réalité libre, courageuse et prête à défendre ses droits en dépit de sa condition - une femme et rien d'autre.

Et puis il y a la Loue et cette dame verte qui gagnent en importance au fil du récit. Cette figure fantastique qui noie tous les hommes qui se contemplent dans la rivière mais qui, là encore, ne se limite pas au monstre que l'on pourrait penser. Mi-fée, mi-femme, mi-monstre, voilà sans aucun doute l'un des protagonistes les plus fascinants de ce roman.

Merci aux éditions Folio pour cette belle découverte !

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429 p

Carole Martinez, La Terre qui penche, 2015

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11/08/2016

Herman Raucher, Un été 42

raucher_ete 42.jpgRécit autobiographique à l'origine d'un film, Un été 42 met en scène trois adolescents, Hermie, Oscy, Benjie, en vacances sur l'île de Nantucket. Bien que certains membres de leurs familles respectives ou de leurs connaissances aient été mobilisées, les trois adolescents ont bien d'autres préoccupations. Leurs journées monotones s'écoulent tranquillement, parfois égayées par de petites bêtises : chapardage, provocations viriles entre copains, tentatives de fuite devant une mère qu'on ne voit jamais mais dont la voix omnisciente retentit toujours là où on ne l'attend pas. C'est aussi l'été des obsessions pour ce trio et, en particulier, pour Hermie le rêveur et Oscy le meneur et gros dur, qui n'ont du sexe qu'une idée pour le moins vague et fantaisiste.

Mais pour Hermie, cet été sera aussi celui d'une rencontre et du premier amour. Une relation pourtant vouée à l'échec puisque Dorothy, un peu plus âgée que lui, est mariée et amoureuse. Hermie sait par ailleurs qu'il ne fait pas le poids face à l'époux, Pete, beau, viril, appelé à combattre au cours de l'été.

Ce roman d'apprentissage est d'abord celui d'une amitié entre trois garçons gauches, immatures et un peu provocateurs qui se cherchent. Ces gamins un peu à côté de la plaque, en plein âge ingrat, vont vivre leur première fois cet été-là, après bien des questionnements et mises au point de tactiques de séduction issues d'un manuel sur la sexualité. On peut rire du manque d'à propos de leurs méthodes, se gausser doucement de leur ignorance en la matière, il n'en reste pas moins qu'Un Eté 42 retranscrit avec justesse les tourments, questionnements et maladresses de l'adolescence.

Ce sera aussi le roman du passage à l'âge adulte pour Hermie, qui, tourmenté par une occasion manquée, s'aperçoit que ses ardeurs ne suffisent pas à concrétiser la chose car son coeur est ailleurs - alors qu'Oscy ne s'encombre pas de ce genre de problèmes.

Une lecture intéressante, dont le retournement de situation final permet au récit de gagner en intensité. J'ai trouvé la partie "centrale" du roman un peu plus monotone et aurais aussi dû compter le nombre de fois où le mot "baiser" (le verbe, pas le nom) est employé car le terme a fini par m'agacer prodigieusement. Malgré ces quelques bémols, je ne regrette pas d'avoir découvert ce "classique moderne", reflet d'une époque et d'une étape de la vie courte mais  faite de nombreux bouleversements.

Merci aux éditions Folio pour cette lecture.

352 p

Herman Raucher, Un Eté 42, 1971

25/11/2013

Jeu concours : Violette Leduc, Thérèse et Isabelle

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Peu lue, méconnue, Violette Leduc est remise au goût du jour grâce au film Violette sorti en salles en novembre. En parallèle, ses textes les plus célèbres sont mis à l'honneur par les éditions Gallimard. C'est le cas de Thérèse et Isabelle, un texte censuré lors de sa publication en 1966 - la première version non censurée sera publiée en 2000 seulement.

On peut s'interroger sur ce qui valut à Violette Leduc cet accueil, hormis sa condition féminine (elle n'est certes pas la première à avoir écrit des textes sulfureux mettant en scène deux personnes du même sexe - il suffit de songer à Sade, Pierre Louÿs, Wilde... qui la précèdent de nombreuses années).

Thérèse et Isabelle est un court roman mettant en scène deux collégiennes qui, pendant quelques jours, vivent une passion charnelle exclusive. Les deux jeunes filles semblent se détester mais, brusquement, leur relation bascule. Le pensionnat s'efface pour laisser place à cette relation intense, les leçons de solfège, les rondes de la surveillante et les repas ne formant plus qu'une toile de fond. Ainsi les rencontres des deux adolescentes sont relatées avec précision et constituent le coeur du sujet. Mais, et c'est ce qui fait l'intérêt de ce roman, malgré le caractère érotique de cette relation, Violette Leduc ne cherche pas à décrire par le menu les positions et autres acrobaties des deux héroïnes. Le texte est ainsi porté par une réelle ambition littéraire, un style imagé, sans doute parfois quelque peu excessif, mais poétique à sa manière. Peut-être est-ce après tout ce flou, cette approche aux antipodes de la pornographie qui a pu dérouter les premiers lecteurs de Thérèse et Isabelle.

Nos membres mûrissaient, nos charognes se décomposaient. Exquise pourriture (p 131).

J'ai dans ma PAL depuis cet été La Bâtarde, roman autobiographique (la couverture rose d'une vieille édition puis la préface de Simone de Beauvoir avaient attiré mon attention chez un bouquiniste). Je reste toujours très curieuse de le lire.

Les billets de Cachou et Malice. D'autres avis sur Babelio, ainsi que l'article "Relire Thérèse et Isabelle de Violette Leduc... à la lumière de sa genèse" sur Revue Critique de Fixxion française Contemporaine.

Rentrée littéraire poche 2013 - réédition.

143 p

Violette Leduc, Thérèse et Isabelle, 1966

*****

Jeu concours

J'ai le plaisir de mettre en jeu cinq exemplaires de Thérèse et Isabelle grâce aux éditions Folio. Pour participer il vous suffit de laisser un commentaire à la suite de ce billet en parlant du film Violette, d'une autre lecture de Violette Leduc que vous auriez faite ou aimeriez faire, ou tout simplement, en disant ce qui vous a donné envie de la découvrir.

Vous avez jusqu'au 7 décembre au soir pour participer.

Les gagnants seront désignés par tirage au sort.

Bonne chance à toutes et à tous !

03/06/2012

En découvrant Philip Roth

roth indignation.jpegChers amis lecteurs,

ce blog est en semi-pause depuis quelques semaines pour bien des raisons (thé à Windsor, défilé du jubilé en tutu rose, explorations du Highgate cemetery à la nuit tombée, manifestations pour la réhabilitation de Mr Collins et de Lady Catherine de Bourgh) et depuis juin, la désertion de ce boudoir so bookish ne fait que s'accentuer, car à la liste de mes engagements divers et variés hautement time costly vient s'ajouter un petit événement de rien du tout, car amis lecteurs, votre fidèle et dévouée is getting married ! Tout ceci pour expliquer l'alllure fantomatique de mon blog, le peu de chroniques et mon absence de la toile, mais je serai bientôt de nouveau présente. En attendant, je lis toujours et compte bien vaincre les éléments déchaînés pour rédiger ici quelques billets en juin malgré le peu de temps.

Commençons par Indignation de Philip Roth, un auteur que je voulais découvrir depuis un certain temps sans jamais me jeter à l'eau – difficile de prioriser lorsqu'on a une PAL longue comme le bras (doux euphémisme).

Racontée à la première personne, Indignation est l'histoire de Marcus Messner, jeune juif athée, brillant étudiant, jeune homme ambitieux dont les motivations universitaires sont liées à la guerre de Corée. Influencé par un père surprotecteur, Marcus cherche à éviter de partir se battre et tente d'obtenir un grade universitaire suffisant pour s'éloigner des premières lignes du front. Mais le destin en a décidé autrement et très rapidement, le narrateur nous fait comprendre que ce récit sera celui de sa chute, celui de la série de micro-événements qui, mis bout à bout, le conduiront à la tombe.

Texte assez court mais dense, resserré, Indignation est de ces livres qui tiennent leurs lecteurs en haleine de bout en bout et qui marquent une fois la dernière page tournée. Outre le style impeccable et le récit maîtrisé, j'ai été particulièrement convaincue par les portraits que dresse Roth. Une famille de bouchers kasher respectables qui peu à peu se défait, une jeune femme suicidaire, un milieu universitaire hypocrite stigmatisant les minorités religieuses ou raciales. Et d'une certaine manière, ce roman est aussi le portrait d'une Amérique en partie disparue, pétrie d'un système de valeurs omniprésent qui, lui, me semble-t-il, a en partie survécu. Roth, un auteur à lire de toute urgence !

Merci à Lise et aux éditions Folio.

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238 p

Philip Roth, Indignation, 2008

10/08/2011

Fantômes victoriens, ou pas

colin_comme des fantomes.jpgComme des Fantômes constitue un recueil pour le moins atypique : présenté comme une anthologie faisant suite à la mort de Fabrice Colin (en réalité tout à fait en forme), ce livre est composé d'une série de textes très divers. Nouvelles, entretien, introductions à l'oeuvre fictive du fictif Fabrice Colin, les variantes ne manquent pas.

J'ai découvert une facette de l'auteur que je ne connaissais pas du tout et qui a éveillé ma curiosité : l'influence des auteurs anglo-saxons sur son oeuvre, son attirance pour des auteurs tels que Lovecraft et Tolkien mais aussi James Matthew Barrie, Lewis Carroll, Virginia Woolf, Kenneth Grahame, sans oublier l'illustrateur Arthur Rackham. Barrie et Carroll occupent une place particulière et reviennent à plusieurs reprises dans le cadre de récits imagés. La plupart de ces textes m'ont beaucoup intéressé, en revanche je reste dubitative quant au passage où Peter Pan se présente en fornicateur d'adolescents suicidaires.

Beaucoup de nouvelles ont le charme mystérieux des contes fantastiques, mêlant des éléments classiques à un univers plus moderne. La présentation générale ne manque pas d'originalité, ni d'humour !

Un livre étonnant, plein de surprises et de passages joliment tournés. Certains textes m'ont davantage marqué : les plus ancrés dans la fantasy me touchent moins que les allusions aux maîtres victoriens. A noter quelques nouvelles dont je garde un souvenir particulier : "Arnarstapi "(autour de l'Alice de Lewis Carroll, dont le chat laisse ses sourires partout) et "Retour aux affaires", sur un homme chargé de débarrasser les vivants des morts encombrants. Si tout ne m'a pas plu, Comme des Fantômes m'a donné envie de découvrir un peu plus l'oeuvre de Fabrice Colin, dont je ne connais pour l'instant que Les Etranges Soeurs Wilcox. Si vous souhaitez me conseiller des livres d'inspiration victorienne ou anglaise, je suis preneuse !

D'autres avis :

Le Vallon Fantastique, Cafard Cosmique, Titine, Adalana, Cachou, Les Riches Heures de Fantasia, Lire ou Mourir, True Blood Addict, Leiloone, Efelle, De l'autre côté du miroir, Thabanne, Lulu Off the Bridge, Bulle de Livre, Elbakin, Ryuuchan, Les Chroniques de l'Imaginaire, Bederom, Falaise Lynnaenne, Sherryn

Merci à Constance de Folio pour cette lecture.

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474 p

Fabrice Colin, Comme des Fantômes, 2008

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29/07/2011

Vampirisme aux Etats-Unis

wharton,lovecraft,brown,éditions folioCeux qui me connaissent savent que j'ai une certaine prédilection pour les vampires de la vieille génération, ceux qui ne portent pas de fond de teint, qui ne vivent pas d'histoires à l'eau de rose avec des mortelles qu'ils viennent espionner la nuit (même si je me suis découvert l'an dernier une passion pour les premières saisons de Buffy). C'est donc avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu Bloody Tales, les Histoires sanglantes de Wharton, Lovecraft et Brown publiées chez Folio bilingue... si ce n'est que j'ai découvert que j'avais déjà lu les deux premières nouvelles (ce qui est bien avec moi, c'est ma capacité à oublier certaines de mes lectures, si j'étais raisonnable je pourrais presque relire indéfiniment les mêmes livres - peut-être le secret de mes relectures compulsives quand j'étais petite !).

Dans Bewitched, Wharton met en scène un village isolé, lors d'un hiver rude. Une femme fait appel à trois villageois pour l'aider à sauver son mari, ensorcelé par une morte qu'il rencontre régulièrement dans une cabane. Je me souviens que lors de ma première lecture, le climat et l'environnement m'avaient fait anticiper une lecture un peu moins enthousiasmante que mes précédentes rencontres avec Wharton. Mais c'était sans compter sur le génie de cet auteur, dont j'apprécie énormément les textes courts. Une histoire de vampire où la créature n'est jamais directement visible, mais reste constamment présente à l'esprit. A noter que sans verser une goutte de sang, Wharton sait rendre sa morte omniprésente et bien inquiétante.

Je n'aurais peut-être pas classé La Maison maudite de Lovecraft parmi les textes consacrés aux vampires, mais c'est une nouvelle que j'ai adoré lire. Je l'avais déjà découverte l'an dernier, dans le recueil L'Abomination de Dunwich dont je prévois de vous parler depuis ! Un texte fascinant, oppressant aussi, portant sur une maison imposante, vétuste, dont la construction remonte aux origines de la ville. Une maison qui a pour particularité le fort taux de mortalité qui la caractérise. Au final, l'histoire prend un tour davantage proche de la science-fiction, avec une solution à la fois concrète, presque scientifique et une origine fantastique.

Enfin Du Sang de Brown, un texte très court mais efficace où deux vampires fuient dans leur capsule temporelle pour trouver un monde idéal et, à court de carburant, finissent par se poser dans un monde où la seule vie qui règne appartient au monde végétal, avec des personnages-navets.

Un bon choix de textes pour les lecteurs s'intéressant aux vampires et une introduction intéressante à l'oeuvre de Lovecraft et de Wharton.

Merci beaucoup à Constance de Folio pour cette lecture.

Les avis d'Archessia, Malice, Titine...

219 p

Collectif, Bloody Tales

23/07/2011

Paris avec Queneau

raymond queneau,connaissez-vous paris,éditions folio,paris,littérature parisHabitant depuis maintenant près d'une dizaine d'années à Paris, je me suis beaucoup attachée à cette ville dans laquelle j'aime flâner pendant mes week-ends ou au cours d'agréables soirées. J'ai donc été curieuse de lire Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau. En réalité, c'est un écrivain que je n'aime pas beaucoup lire mais j'ai pensé que ce petit guide pourrait me séduire par son originalité.

Connaissez-vous Paris ? reprend une série de questions posées par Raymond Queneau aux lecteurs du quotidien l'Intransigeant à l'aube de la deuxième guerre mondiale. Le format adopté dans l'édition d'une sélection de ces questions chez Folio est le suivant : une série de questions sur une page, leur réponse sur la page suivante. Le lecteur peut ainsi jouer le jeu et essayer de répondre aux devinettes de Queneau, qui demandent ceci  dit une bonne connaissance de l'histoire de la capitale.

Ce petit livre satisfera les curieux, en revanche, si vous attendez de Queneau un soupçon d'humour ou des chroniques ludiques, vous serez sans doute un peu déçus par ces questions-réponses assez factuelles.

Par exemple :

"Où se trouve la ruelle Sourdis et que représente-t-elle de particulier ?

La ruelle Sourdis, qui va de la rue Charlot à la rue Pastourelle (dans le 3e), est une des dernières voies de Paris avec ruisseau central. Elle était encore, il y a quelques années, éclairée à l'huile".

A lire petit à petit, peut-être en profitant d'une petite pause lors d'une balade à Paris pour chercher un secret concernant les rues des alentours.

D'autres billets La Grotte des Livres, Homaditha, Malice...

Et pendant que vous découvrez Paris, je vais me promener une fois de plus dans les rues de Londres...

176 p

Raymond Queneau, Connaissez-vous Paris ?, 1936-1938