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13/01/2009

Ella NO baila sola

baldes viperes.jpg J’ai découvert Horacio Castellanos Moya à la Maison de l’Amérique latine, grâce à Malice. Quelques jours plus tard, je l’ai revu lors du Festival America, alors que je passais et repassais auprès de ses stands par hasard, toujours chargée de livres et, après quelques échanges en espagnol :

 

1)  J’ai décidé que ce cher Horacio est un auteur décidément très sympa et plein d’humour ;

2) Je suis devenue la traductrice attitrée de Malice, qui a succombé à son bal des vipères avec raison (si la raison a quelque chose à voir avec les impulsions qui font et défont ce récit) ;

3) J’ai appris que plusieurs amies de l’auteur s’étaient fâchées après la publication d’un récit où les vipères, sensuelles et expressives, leur ressemblaient un peu trop. Il semblerait qu’elles n’avaient pas tort…

La littérature latino-américaine a un côté décoiffant. Qui s’y frotte s’y pique. C’est le cas avec Le Bal des Vipères, drôle de « road story » dans laquelle un jeune homme disparaît brutalement. On se souvient l’avoir vu discuter avec un SDF vivant dans sa voiture jaune, déglinguée, une ceinture en serpent à la taille et une bouteille de gnôle à portée de main. On est loin de se douter que le jeune sociologue au chômage s’est approprié l’improbable caisse. S’ensuit une virée étonnante à travers la ville, en compagnie de quatre vipères et d’un curieux chauffard qui sèment ensemble la terreur. Invasion de serpents ? Œuvre d’un psychopathe ? Approche du Jugement dernier ? Complot politique ? Sursaut des narcotrafiquants ? Les hypothèses vont bon train mais la police ne parvient pas à prévenir les attaques de serpents qui engendrent des mouvements de panique dans différents quartiers de la ville. Quant à la relation entre le conducteur et ses vipères, elle est on ne peut plus charnelle, à divers degrés !

Je n’étais pas certaine de survivre aux passages faisant référence aux vipères, ayant moi-même une peur bleue des serpents. Autant dire que Valentina, Carmela, Loli et Beti ressemblent étrangement à quatre femmes et, morsure à part, pourraient tout à fait faire oublier leur caractère ophidien.

La course poursuite rocambolesque est racontée tour à tour par les fuyards, les flics dépassés et une presse sur les dents. Points de vue divergents, hypothèses absurdes et décalage donnent plus de dynamisme à un récit déjà mouvementé. L’écriture est fluide, sympathique, le style parfois un peu gouailleur. Outre le conducteur de la vieille Chevrolet et ses quatre concubines de choc, quelques personnages importants: la journaliste ambitieuse, son supérieur aux émanations de bouche d’égout, le responsable de l’enquête et surtout un de ses subordonnés, à la voix aiguë pas crédible pour un sou. Enfin n’oublions pas la critique du pouvoir en place, avec un Président incompétent, lâche et franchement ridicule.

Beaucoup de second degré et d’humour dans ce récit décalé et original avec lequel je découvre enfin Les Allusifs (dont j’ai cela dit un certain nombre de livres en attente).

Ah oui : lors de la conférence à la Maison de l’Amérique latine, un problème de traduction intéressant a été soulevé. Le titre original est Baile con Serpientes (et non Serpenties, petite coquille dans mon édition). Problème : on dit « una » serpiente mais « un » serpent, ce qui est très fâcheux pour les quatre sirènes de notre anti-héros. D’où le passage au mot « vipères » en français.

D’autres avis à ne pas manquer : Malice, Caro[line], Mapero sur Lecture/Ecriture, Valedebaz et un texte intéressant que je viens de trouver en espagnol, de Leonor Abujatum.

Gangoueus a également parlé de la rencontre avec Horacio Castellanos Moya à la Maison de l’Amérique latine.

161 p

Horacio Castellanos Moya, Le Bal des Vipères, 2001