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19/01/2015

Fermeture de la librairie Marissal Bücher

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C'est une librairie emblématique qui a fermé ses portes à Paris samedi soir, après 33 ans d'existence. Marissal Bücher, tenue par des libraires Allemands et réputée des germanophiles, faisait co-exister les cultures française et allemande en proposant des textes allemands dans ces deux langues, mais aussi des livres français traduits en allemand. La sélection était intéressante, exigeante. Il est vrai que les prix des livres allemands étaient parfois sensiblement plus élevés que le prix proposé en Allemagne (et, a fortiori j'imagine, sur Internet). La hausse des coûts a eu raison de cette belle librairie, située au coeur de Paris, juste derrière le Centre Pompidou. Ses gérants n'ont pas eu la possibilité de trouver un autre local et c'est ainsi une nouvelle page qui se tourne bien tristement pour les Parisiens amoureux des livres.

Au cours des dernières semaines, la librairie a cherché à écouler son stock grâce à des remises importantes. Ayant découvert par hasard sa fermeture en passant à côté (nous nous y rendons de temps en temps), nous avons choisi un certain nombre de titres, notamment pour Baby Lou. Nous avons découvert grâce à Marissal Bücher un certain nombre de titres bilingues, un vrai bonheur pour nous puisque nous pourrons partager plus facilement les mêmes lectures.

Voici les livres que nous avons ainsi choisis avant que la librairie ne disparaisse.

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Albums jeunesse en allemand :

Gute Nacht et Meine Fahrzeuge pour les plus jeunes. Deux livres en papier fin ultra-résistant (voyons s'ils passent l'épreuve Baby Lou!)

Zogg : l'histoire d'un petit dragon

Erste Geschichten von Schnuller, Bett und Töpfchen : à partir de 2 ans, un livre pédadogique mettant en scène quelques grandes étapes de la vie de bébé

Eule Ella feiert Geburstag : un recueil de petites histoires, pour des enfants susceptibles de suivre une histoire un peu longue, avec pas mal de texte

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Albums jeunesse bilingues français-allemand :

L'univers de ma maison : Un imagier

On ne mange pas les mouches et Lucie aime les histoires : A priori plutôt adapté à partir du moment où l'enfant suit de petites histoires, les textes étant brefs

Le Fileur de Couleurs / Charlie le Chat et le Chien tacheté / Quelque chose de particulier : Pour des enfants un peu plus grands, des albums au graphisme très soigné, aux histoires moins simples

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Et enfin...

La décision de Britta Böhler : un roman sur Thomas Mann

Die Drei und der Meister des Todes : un roman pour adolescents (pour travailler mon allemand)

Das grosse Theater : un superbe album fait uniquement d'illustrations extrêmement détaillées. Pour les petits mais au moins autant pour les grands !

*****

J'espère que les libraires de Marissal Bücher arriveront à trouver un autre local et pourront poursuivre l'aventure sous une autre forme. En attendant, cela montre encore une fois à quel point il faut soutenir les librairies indépendantes qui nous sont chères.

22/11/2012

Fred Uhlman, L'ami retrouvé : concours

uhlman_ami retrouve.jpgIl y a quelque temps, avant le Challenge Halloween, Cryssilda, Titine et moi vous annoncions notre partenariat avec les éditions Folio dans le cadre du Prix Campus, pour lequel nous avons organisé un challenge. L'idée était de lire des titres tirés de la sélection du Prix (quelques quarante titres contemporains et « classiques modernes »). Le challenge est ouvert à tous ; il vous suffit pour participer de laisser un lien vers vos billets sur ce blog ainsi que ceux de Cryssilda et Titine. A l'occasion de ce Prix, mes co-équipières de choc et moi sommes ravies de vous proposer de gagner des exemplaires des titres en lice. Ouvrez grand vos mirettes, nous avons prévu un certain nombre de jeux concours sur nos blogs dans les semaines à venir.

Je commence mes chroniques du campus avec un texte bien connu que je n'avais encore jamais lu (je suis étonnée de ne jamais l'avoir croisé au collège ou lycée mais mieux vaut tard que jamais). Il s'agit de L'Ami retrouvé de Fred Ulhman. Raconté à la première personne, ce texte revient sur l'adolescence d'un Allemand juif contraint de quitter son pays natal avec la prise de pouvoir de Hitler. Fils de médecin, élève intelligent, Hans est épris des poètes allemands et attache peu d'importance à la religion, qui n'occupe qu'une place mineure au sein du foyer. Hans est lui-même agnostique, voire athée. Un jour arrive un nouvel élève, Conrad Von Hohenfels qui, comme son nom l'indique, vient d'une illustre famille (son père est comte). Fasciné par le jeune homme, Hans s'emploie à le conquérir ; la recherche de son amitié s'apparente à une opération de séduction chevaleresque et c'est une relation très forte qui va se nouer entre les deux jeunes garçons. Mais, comme on s'en doute, le nazisme séparera le Protestant et le Juif, laissant une blessure douloureuse à Hans qui a dû renier ses origines.

Ce texte est une petite merveille. En peu de mots, Ulhman parvient à produire un texte intelligent et puissant que je ne doute pas de relire un jour. Outre l'écriture et l'histoire fascinante de cette amitié naissante, j'ai été particulièrement interpelée par la façon dont l'auteur traite de l'appartenance et de l'absurdité de l'assimilation des Juifs à leur seule religion. Ici, la famille de Hans n'est pas plus concernée par la religion qu'une famille catholique qui assisterait une fois l'an à la messe de minuit pour faire plaisir à la matriarche. En revanche, le père aussi bien que le fils sont profondément fiers de leur appartenance à l'Allemagne, où leur famille vit depuis de nombreuses générations et a porté les couleurs du drapeau allemand. Quitter ce pays est un véritable  déracinement et l'appartenance à une quelconque communauté juive souffrant un même mal n'est qu'un piètre refuge.

Un extrait : Je me rappelle encore une violente dispute entre mon père et un sioniste venu faire une collecte pour Israël. Mon père détestait le sionisme L'idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après deux mille ans n'avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l'Allemagne parce qu'elle avait jadis était occupée par les Romains. (…) Je n'avais jamais vu mon père, pacifique et calme à l'ordinaire, si furieux. Pour lui, cet homme était traître à l'Allemagne, la patrie pour laquelle mon père, deux fois blessé pendant la Première Guerre mondiale était prêt à se battre à nouveau. (p65-67)

prix-campus-lecteurs-Logo.jpgDans le cadre du Challenge du Prix Campus :

Cryssilda a parlé de L'Elégance du Hérisson de Muriel Barbery, de Sur La Plage de Chesil de Ian McEwan, de Novecento : pianiste d'Alessandro Baricco,

Titine a parlé de Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal, du Seigneur des Porcheries de Tristan Egolf,

122 p

Fred Ulhman, L'ami retrouvé, 1971

*****

Prix Campus.jpgUn exemplaire de ce livre est à gagner sur ce blog, en partenariat avec les éditions Folio et dans le cadre du Prix Campus. Pour participer au tirage au sort, il vous suffit de laisser un commentaire à la suite de ce billet en indiquant « Je participe au concours » (eh bien oui peut-être que quelques-uns d'entre vous voudront juste laisser un commentaire sans participer, d'ailleurs n'hésitez pas à me faire part de votre avis sur ce livre, je serais curieuse de savoir ce que vous en avez pensé !) et en répondant à la question suivante : « Quels sont les 3 récits de langue allemande qui vous viennent en premier à l'esprit, que vous souhaitiez les lire ou qu'il s'agisse de coups de coeur que vous avez envie de partager ici ? ». Vous avez jusqu'au 30 novembre pour participer.
Viel Glück !

21/08/2011

Une curiosité autrichienne

salte _josefine mutzenbacher.jpegJe comptais écrire un nouveau billet sur Stevenson, mais c'est finalement Josefine Mutzenbacher qui a attiré mon attention (le fait qu'il n'y ait pas grand-chose à dire sur cette chère demoiselle y est sans doute pour quelque chose car la chaleur ambiante n'est pas très incitative à la production massive de chroniques).

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 Il m'arrive parfois de faire de curieux choix en librairie : c'est ce qui s'est produit pour l'Histoire d'une fille de Vienne racontée par elle-même de Josefine Mutzenbacher, qui a attiré mon attention en raison du lieu et de l'époque (Vienne en effet, au XIXe), de la photographie en couverture, et d'un détail pour le moins amusant. Il s'agirait en effet d'un roman érotique vendu sous le manteau et très probablement écrit par Felix Salten, qui n'est autre que le père spirituel de Bambi.

salten_insatiable josefine.jpgCe roman ne possède pas les qualités littéraires d'un Teleny.  J'ai lu qu'il avait été rédigé en dialecte viennois, ce ce que je ne saurais confirmer ou pas. Ce qui ressort quoi qu'il en soit de la traduction française est un nombre incalculable de petits noms d'oiseau donnés aux parties intimes des humbles pêcheurs que croise la très jeune Josefine (qui multiplie les partenaires dès sa plus tendre enfance, commençant une carrière bien remplie avec son frère pour compagnon d'armes). Les scènes pornographiques s'enchaînent, encadrées par une histoire très simple : Josefine séduit ses voisins, le curé, l'instituteur, sa famille, le locataire et bien d'autres. Elle perd sa mère assez jeune puis, jeune adolescente, commence à se prostituer avec l'accord de son père, heureux de ne plus avoir à travailler pour vivre. Une situation a priori sordique qui convient tout à fait à la jeune Josefine, ravie de faire des folies de son corps et tout à fait émerveillée de pouvoir en retirer un quelconque bénéfice par-dessus le marché !

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C'est un livre au final assez drôle (en particulier lorsque le prêtre s'amuse à la confesser muni du marteau de la grâce), cependant âmes sensibles s'abstenir compte tenu  de l'âge et de la moralité de l'héroïne (qui juge tout de même bon de se confesser à moment donné, et répètera d'autant plus volontiers ses confessions que le prête est lui-même très accommodant). Une curiosité !

Remarquez par ailleurs plus haut la magnifique jaquette de l'une des adaptations télévisées...

L'article de Wikipedia, avis : Le Masculin Moderne, Oeil Electrique, Critiques Libres,

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286 p

Josefine Mutzenbcher, Histoire d'une fille de Vienne racontée par elle-même, 1906

13/08/2008

Beetlejuice en vue ?

 

kafka_metamorphose.JPGJ’ai profité de ma découverte de Prague pour acheter La Métamorphose de Kafka, vendue dans une petite maison où l’écrivain avait eu un moment son cabinet d’écriture. J’avais essayé de lire ce texte conseillé par les professeurs au collège, peut-être à l’âge de 13 ans. Je l’avais reposé au bout de quelques pages, dégoûtée par cet héros-insecte que je trouvais répugnant et totalement frustrée par la scène qui me semblait absurde. Je comptais bien lire ce texte à l’occasion, mais le projet restait très vague et j’aurais tout aussi bien pu ne jamais le découvrir… car qui n’a pas fait quelques impasses littéraires au cours de sa vie ?

Cette fois-ci, ce récit de Kafka avait un tout autre parfum et, d’abord intriguée, presque amusée, j’ai lu avec une curiosité croissante ce texte bien curieux. Je ne savais pas trop comment écrire un billet car ce livre est à la fois très connu (même vaguement) et l’objet de nombreuses analyses universitaires. J’ai donc pris le parti de présenter ici les réflexions qui me sont venues à l’esprit lors de la lecture, bien consciente de la subjectivité de mon avis et simplement dans le but d’éveiller, peut-être, votre curiosité (pour ceux qui connaissent encore peu ou pas Kafka).

En quelques mots, l’histoire est celle de Gregor Samsa, commercial faisant vivre sa famille dans un cadre plus que confortable ; Gregor s’éveille un matin changé en un énorme cancrelat. Dès lors, c’est la catastrophe : comment sortir du lit ? comment se présenter à sa famille ? comment se rendre à son travail et justifier son absence ? Et, s’il ne peut rien faire, qui gagnera suffisamment d’argent pour garder le même train de vie : la mère, âgée ? ; le père, presque grabataire, traînant en peignoir et passant sa journée à lire le journal ? ; la sœur, si jeune, à l’avenir de violoniste prometteur ?

Parmi les thématiques intéressantes, les relations familiales. Entre la mère et la fille, la tendresse et la tristesse partagées soulignent le côté dramatique de leur relation, avec des gestes impulsifs : pleurs, marques de soutien, enlacement, la mère s’appuyant sur la fille par exemple. Si la fille prend des initiatives et joue immédiatement un rôle significatif en s’occupant du problème Gregor, il est fait référence au père comme au chef de famille, repère autour duquel gravitent les deux femmes. Il réclame notamment à plusieurs reprises leur attention, se sentant exclu de leur relation privilégiée. Entouré, soigné, choyé, le père cherche à se montrer parfois autoritaire tout en guettant l’assentiment des femmes pour adopter une position ferme sur un sujet quelconque. Il est notamment très influencé par la fille, la mère ayant moins de personnalité et étant surtout guidée par son instinct (cela dit relatif) de mère, incarnant plutôt l’image de la femme un peu passive, sans trop de volonté. La seule à être très effacée tout au long du récit, elle prend peu de décisions ; chez elle, l’instinct maternel lutte avec le dégoût que lui inspire Gregor.

La relation de Gregor avec sa famille est elle aussi très intéressante à bien des égards : on assiste à la décadence de celui qui était autrefois de droit le chef de famille, devant envoyer sa sœur à l’école de musique, subvenant aux besoins de tous, étant respecté et écouté par ses proches. Dès lors qu’il devient un insecte, Gregor n’est plus que toléré : alors que la famille lui devait auparavant son confort et son statut social, tous se détournent de lui une fois qu’il n’a plus d’utilité, les parents encore plus que la sœur dans un premier temps. Cependant, on comprend également à la lecture que Gregor a toujours été un personnage isolé, par exemple lorsque l’on sait qu’il a tenté trop tard de conquérir le cœur d’une jeune femme, ou lorsque la mère explique à son entreprise qu’il ne vit que pour son travail. La question de l’utilité (et de l’utilitarisme ?), son rapport avec les sentiments (comment l’affection est-elle influencée par le besoin ?) suggèrent la vanité des relations, leur superficialité. Enfin, il est difficile de ne pas penser au carpe diem lorsque l’on songe au destin de Gregor, qui, une fois devenu insecte, ne peut que regretter une vie perdue à faire ce qu’il convenait de faire, sans prendre le moindre plaisir.

Mon édition (Vitalis) était suivie d’un dossier, bizarrement mal traduit mais intéressant. Notamment, un texte de Kafka montrait qu’il voulait absolument éviter une représentation de l’insecte sur les publications de la Métamorphose : « J’ai pensé, comme Starke va faire l’illustration, qu’il pouvait peut-être vouloir dessiner l’insecte. Non pas cela, par pitié, pas cela ! L’insecte, il ne faut pas le dessiner. On ne peut même pas l’ébaucher. Si je pouvais me permettre de suggérer une illustration, je choisirais des scènes comme par exemple : les parents et le fondé de pouvoir devant la porte fermée ou encore mieux, les parents et la sœur dans la pièce éclairée tandis que la porte donnant sur la petite chambre obscure reste ouverte. »

Par ailleurs, un aspect fascinant de ce livre de Kafka tient au fait que dans ce texte étrange, l’impossible est présenté comme quelque chose d’assez envisageable, naturel, dont on ne s’étonne finalement qu’assez peu. A ce sujet, la lettre de Franz Werfel à Kafka est très bien tournée : « J’ai fini par lire La Métamorphose dont j’avais déjà beaucoup parlé à d’autres personnes. Je ne peux absolument pas vous dire à quel point je suis bouleversé. Cher Kafka, vous êtes si pur, si nouveau, indépendant et parfait qu’on devrait vous traiter comme si vous étiez déjà mort et immortel. Cela on ne le ressent chez aucun être vivant. Ce que vous avez réalisé dans vos derniers travaux, cela n’existait dans aucune autre œuvre littéraire. Vous avez réussi à représenter d’une manière symbolique et générale l’aspect tragique de la vie humaine grâce à une histoire bien construite et terriblement réaliste. »

Autre citation : « Le grand spécialiste de Kafka, Hartmut Binder, en termine avec toutes les tentatives d’interprétation en donnant ce simple conseil : l’attitude juste en ce qui concerne la Métamorphose de Kafka consiste à renoncer à une solution rationnelle de ce phénomène très bizarre de métamorphose et à le supporter sans autre explication. »

L’édition que j’ai contenait également une suite du poète expressionniste Karl Brand, heureuse et assez autobiographique, les notes finales suggérant une certaine similitude entre la vie de Gregor Samsa et celle de Karl Brand. Cette suite n’est pas la seule à avoir vu le jour et les œuvres inspirées par la Métamorphose ne manquent pas, y compris au cinéma ou dans l’univers de la musique (Philip Glass).

120 p

Franz Kafka, La Métamorphose, 1912

22/09/2007

Un voile de tristesse

1782f322a8f478b2a1ef2929a2c3c413.jpgParmi les livres qui se sont récemment rebellés contre moi, le dernier livre de Zsuzsa Bank figure en bonne place. Bizarrement, c’est dans doute l’un des premiers livres à me convaincre lors d’une rentrée littéraire. La plupart du temps, je feuillette, je trouve ça très cher, je me demande si je vais aimer et finalement, je repars avec d’autres ouvrages. Cette fois-ci j’ai longuement hésité entre plusieurs romans, parcouru avec curiosité quelques livres français (dont le dernier Foenkinos), admiré plusieurs couvertures des Editions Christian Bourgeois et, après m’être juré de lire très bientôt Les Vivants et les Ombres de Diane Meur, j’ai finalement jeté mon dévolu sur L’été le plus chaud, dont la couverture joliment enneigée m’avait interpellée.

Nouvelle découverte et, au final, un bilan plutôt positif. L’été le plus chaud est un recueil de nouvelles : une femme renoue des liens avec sa famille abandonnée depuis longtemps, une autre invite sa meilleure amie à la rejoindre à Londres après de longues années d’absence et de silence, une jeune fille découvre la ferme qui a vu sa mère grandir… les récits sont nombreux et traitent presque toujours de retrouvailles après la séparation, le plus souvent dans un cadre est-ouest, les abandonnés à l’est et les échappés à Londres, au Canada. Enfin figurent dans ce livre beaucoup de couples ou d’amitiés féminines racontés avec pudeur.

Difficile de ne pas sombrer dans la mélancolie à la lecture de ces textes : les familles ne se retrouvent que pour être séparées brutalement ; les histoires passionnées finissent dans le rejet, l’indifférence, la cruauté de l’abandon ; les familles heureuses cachent en réalité bien des secrets, comme la maladie ou une haine grandissante qui se glissent furtivement au beau milieu du récit et finissent par tout envahir progressivement. Quant à la fuite vers l’Ouest, vers le succès, vers des pays idéalisés, elle aboutit à un échec retentissant. Pas de recette miracle, pas de bonheur à la clef. Au contraire, seuls la nostalgie et la solitude finissent par retrouver ceux qui ont cherché ainsi à échapper à leurs racines.

Au final je me suis laissée emporter par l’écriture agréable et j’ai trouvé le déroulement des histoires très bien maîtrisé. Je reprocherai tout de même à l’auteur d’avoir ajouté à l’ensemble deux ou trois nouvelles assez ennuyeuses, répétant à l’infini le leitmotiv de L’été le plus chaud sans apporter grand-chose à cette galerie de portraits, au risque de lasser le lecteur. On ressort un peu triste de ce plongeon dans la cruauté et les blessures mal refermées, mais il est difficile de ne pas être touché par la capacité de Bank à dépeindre avec simplicité et finesse la complexité des relations humaines.

187 p

12/06/2007

Retour des chroniques !

d8e7ff61c7b8d4ab4d70ea69d9339ef0.jpgAmis lecteurs,

C’est avec plaisir que moi et mon blog vous retrouvons après une abstinence peu méritée.

« Wunderbar ! » m’a dit MyLouBook tout à l’heure, tant la perspective d’accueillir une nouvelle critique lui semblait inattendue – voire même totalement improbable.

Depuis le temps, le mécanisme s’est un peu rouillé, mais j’essaierai de faire de mon mieux pour vous présenter en quelques mots La Collection Invisible, nouvelle de Stefan Zweig.

L’histoire : après la guerre, alors qu’une inflation galopante sape l’économie allemande, un antiquaire cherche d’anciens collectionneurs dans le besoin prêts à lui revendre quelques chefs d’œuvre fortement convoités par les nouveaux riches. Ses recherches le poussent sur la trace d’un collectionneur qui, après avoir entretenu avec son père une correspondance minutieuse, a soudain cessé d’écrire voilà soixante ans. Le narrateur rencontre donc l’ancien collectionneur, devenu totalement aveugle. Prié d’admirer sa collection il est discrètement mis en garde par la famille du vieil homme : avec l’inflation, la collection a été entièrement vendue pour des sommes ridicules, afin d’assurer au ménage de quoi subsister durant quelques mois. L’antiquaire se plie alors aux exigences de la famille et fait la joie du vieillard en s’extasiant à ses côtés devant un tas de feuilles vierges sans valeur. La nouvelle s’achève sur le départ de l’antiquaire et la joie débordante du collectionneur, trop honoré d’avoir eu l’occasion de montrer cette collection qui est toute sa vie.

Stefan Zweig était bien loin lorsque j’ai saisi mon recueil pour lire cette nouvelle en vue de mon cours d’allemand (car je l’avoue, je n’ai pas compris la moitié du texte allemand et j’ai finalement déclaré forfait !). J’avais découvert cet auteur au lycée avec La Confusion des Sentiments, puis Le Joueur d’Echecs (à l’étude en Lettres lorsque j’ai passé mon bac). Malgré le peu de souvenirs que j’avais, Stefan Zweig avait laissé dans ma mémoire une empreinte romantique et un sens de la narration sans égal. La Collection Invisible ne dément pas cela.

L’histoire, parfaitement maîtrisée, coule avec un naturel qui rend la lecture particulièrement agréable. Les personnages et le sujet poussent à réfléchir sur ce qu’est l’Art, sur son importance, sur les rapports humains qu’entretient le collectionneur avec ceux qui lui sont proches. Le texte rappelle un contexte social dramatique qui a conduit aux conséquences désastreuses que l’on sait. Il effleure avec pudeur et délicatesse le ressentiment et l’amertume d’Allemands fatigués et désabusés une fois la guerre et l’Alsace Lorraine perdues. En résumé, un beau conte philosophique qui peut servir d’introduction à l’œuvre élégante de Stefan Zweig. Un auteur à recommander à tous ceux qui n’ont pas encore croisé son chemin.

Au fait, savez-vous que Stefan Zweig est presque inconnu en Allemagne (il était Autrichien), tandis qu’Arnold Zweig y est très célèbre – cette fois-ci, un auteur méconnu en France.

Je profite de ce petit retour au pays des livres pour remercier tous ceux qui ont eu la patience de repasser régulièrement par ici !

20 p