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05/10/2017

Carole Martinez, La Terre qui penche

martinez_terre qui penche.jpg1361, la toute jeune, la presque petite Blanche est conduite par son père chez un autre seigneur en vue d'épouser le fils de ce dernier d'ici deux ans. Le fils est beau mais simple d'esprit. Qu'importe, l'arrangement a été scellé et Martin, le père de Blanche, ne s'embarrasse pas de considérations de ce genre.

Deux récits s'entrecroisent : celui de la petite Blanche, à son époque, et celui de la vieille âme, fantôme hantant l'ancien domaine des Murmures depuis des siècles. Les deux voix se répondent. La vieille âme laisse penser que Blanche est morte à douze ans en 1361. Mais est-ce réellement le cas ?

De Carole Martinez, je connaissais Du Domaine des Murmures qui m'avait beaucoup plu (son Coeur cousu attend dans ma PAL). J'ai dévoré La Terre qui penche mais dois avouer que c'est surtout la deuxième partie qui m'a emportée. Comme la Loue, rivière impétueuse, intrinsèquement liée à une Dame verte à l'humeur changeante et aux amours assassines, ce roman prend son envol soudainement, jouant avec les codes du fantastique avec brio, apportant fraîcheur et originalité à un récit profondément enraciné dans un cadre médiéval. On sent tout l'intérêt que porte Carole Martinez à cette époque; on partage rapidement son enthousiasme.

La Terre qui penche est fait de personnages hauts en couleur, avec de réelles aspérités, voire même parfois ambigus. Le soldat attentionné est en fait un dévoreur de petites filles ; le seigneur répugnant qui utilise son droit de cuissage et empêche sa fille d'apprendre à lire revêt un tout autre visage par le passé ; la petite Blanche d'apparence fière, presque hautaine est en réalité libre, courageuse et prête à défendre ses droits en dépit de sa condition - une femme et rien d'autre.

Et puis il y a la Loue et cette dame verte qui gagnent en importance au fil du récit. Cette figure fantastique qui noie tous les hommes qui se contemplent dans la rivière mais qui, là encore, ne se limite pas au monstre que l'on pourrait penser. Mi-fée, mi-femme, mi-monstre, voilà sans aucun doute l'un des protagonistes les plus fascinants de ce roman.

Merci aux éditions Folio pour cette belle découverte !

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429 p

Carole Martinez, La Terre qui penche, 2015

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25/02/2017

Eric de Kermel, La Libraire de la Place aux Herbes

kermel_librairie de la palce aux herbes.jpgProposez-moi un livre parlant de libraire ou de bibliothécaire et j'aurai du mal à vous dire non. Comme toute lectrice vorace qui se respecte, j'aime l'esprit si particulier qui règne dans les bibliothèques et plus encore selon moi, dans les librairies. Alors dès qu'un roman me donne l'occasion de retrouver cet univers douillet au coin d'une page, je ne boude pas mon plaisir. C'est un peu comme tout ce qui parle de salons de thé anglais, je ne sais pas passer à côté en feignant le snobisme et l'indifférence la plus totale.

Malheureusement, je ressors souvent un peu déçue de ces lectures, jamais tout à fait à la hauteur de mes espérances même si je passe en général un bon moment malgré tout. Ami lecteur qui passez par là, si vous avez des titres à me conseiller, je suis tout ouïe ! 

La Libraire de la place aux herbes ne fait pas exception à la règle. Il y est question d'une ancienne enseignante qui plaque tout pour venir s'installer à Uzès et racheter une librairie - qui m'a paru très grande, un peu trop pour que j'arrive tout à fait à y croire, mais en même temps il est agréable d'imaginer qu'un rachat de librairie puisse être un aussi beau succès (belle librairie, une clientèle solide, des rencontres avec des écrivains qui font venir plus de 100 personnes...). Ça donne envie d'ouvrir sa propre librairie !

On sait de la libraire qu'elle entretient des relations tendues avec sa fille et qu'elle s'entend mieux avec son fils. Son conjoint architecte fait des allers-retours sur Paris. Elle a aussi un fort attachement à l'Afrique du Nord (j'ai d'ailleurs trouvé qu'on sentait tout au long du livre cet intérêt particulier de l'auteur pour cette région - par contre, hormis l'Irlande évoquée à quelques reprises, peu d'autres références géographiques).

A chaque nouveau chapitre, un nouveau nom. Ce sera celui d'un client, dont l'histoire sera liée à ses passages dans la librairie le temps de quelques pages. Le principe est sympathique et on se laisse facilement porter par ces récits qui se succèdent et nous font découvrir une galerie de personnages assez divers. Nathalie s'intéresse à eux, leur propose des titres pouvant leur correspondre et cherche à les aider.

Globalement, voilà un roman agréable, aux allures de feel-good novel. J'ai sincèrement apprécié les premiers chapitres, avant d'être gagnée par la lassitude. Tout d'abord les héros de chaque chapitre ont pour la plupart des profils atypiques (le soldat blessé, la religieuse, le pèlerin, le facteur qui devrait être en train de faire ses études pour devenir comédien). Peu de personnages ordinaires auxquels j'aurais pu plus facilement m'attacher, comme la jeune Chloé... et encore, elle est habillée comme une énorme caricature de la famille catho de base, et n'a encore jamais choisi une seule de ses lectures car sa mère le fait pour elle. Qu'elle ait une mère tyrannique, je veux bien, mais qu'adolescente elle ait besoin de l'intervention de Nathalie pour se rendre compte qu'elle pourrait essayer de lire un peu par elle-même, je n'y crois pas trop. Ensuite, la libraire elle-même a fini par m'agacer un peu à force de se mêler de tout ce qui ne la regarde pas et de donner des leçons de vie à certains clients. Enfin, le roman suit une philosophie humaniste, avec un regard tourné vers l'autre et en arrière-plan une conscience écologiste : on ne peut qu'adhérer, même s'il en ressort de nombreuses réflexions pleines de bons sentiments (non qu'elles soient stupides). Encore une fois ce n'est pas une critique englobant tout le livre, mais plutôt le fait qu'au bout d'une centaine de pages, j'ai eu l'impression que ce roman resterait plaisant mais n'avait plus de surprise à me réserver. Dernier bémol : les dialogues pas naturels pour un sou. J'ai eu l'impression que ça s'améliorait un peu vers la deuxième moitié, mais je m'étais peut-être aussi habituée.

Je ne ressors pas de ce roman avec de très nombreuses envies de lecture hormis Voyages avec l'Absente d'Anne Brunswic, qui promet cependant une belle découverte.

Si vous aimez les livres, tentez votre chance et laissez vous embarquer dans cette lecture détente qui, malgré les défauts que je lui trouve, reste pleine de bonnes idées et de passages intéressants.

D'autres avis dans l'ensemble très positifs : La Tête dans les Livres, Vol de Livre.

En librairie le 23 février.

Merci aux Editions Eyrolles pour cette découverte. Et après avoir lu les épreuves non corrigées, j'ai eu le plaisir de recevoir la copie finale et un très joli tote bag. Merci pour cette délicate attention !

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222 p

Eric de Kermel, La Libraire de la Place aux Herbes, 2017

02/09/2016

Stéphanie Pèlerin, (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire

pelerin_jeune jolie celibataire.jpgIl y a quelque temps, alors que l'été arrivait, j'ai eu la surprise de recevoir dans ma boîte-à-lettres un petit roman à la couverture fraîche et acidulée, de circonstance pour la saison. J'ouvre ce livre et y découvre avec plaisir la dédicace de Stéphanie Pèlerin, que je connais depuis des années grâce à son blog.

Dans (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire, il est question d'Ivana, qui se fait brutalement plaquer par son conjoint. Pour cette jeune prof de la région parisienne, c'est l'occasion de "refaire sa vie" (expression qu'elle exècre). Mais à son âge ce n'est visiblement pas évident. Elle tente les sorties avec des collègues, les sites de rencontres, s'adonne au sport et se met au régime... Si la recherche de l'amour est un chemin semé d'embûches, cette nouvelle vie va également permettre à Ivana de se retrouver elle-même.

Un roman frais et léger au ton humoristique ! Un petit extrait: "Un médecin, en plus (Bovary), madame, ça se fait trop pas", claironna une élève dont le niveau de langue montrait clairement qu'elle avait fit un choix judicieux en optant pour des études littéraires (p 21).

Merci Stéphanie d'avoir partagé ce premier bébé livresque avec moi !

198 p

Stéphanie Pèlerin, (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire, 2016

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14/06/2016

Mois anglais 2016 : Résultats du Concours nº1

Nous avons le plaisir de vous annoncer le nom des trois gagnantes du premier concours de ce mois anglais: Pativore, Larie Lys (qui participe au mois anglais sur le groupe facebook) et Mrs Figg remportent un exemplaire des Jonquilles de Green Park. Bravo à vous trois !

Merci de nous envoyer vos adresses postales par mail à cryssilda@hotmail.com et myloubook@yahoo.com.

les jonquilles de green park

 

Et pour le plaisir, voici le poème bucolique de Mrs Figg, qui invite aux pensées vagabondes :

"Rêveries de printemps.

 

Quand le hérisson pointe son nez hors du terrier,

Que les lys et les narcisses de William Morris s'incarnent,

Dans l'herbe tendre, se dressent les cerisiers sauvages.

Quand le soleil, à travers les timides treuillages

des lierres et des jacinthes, envahit les bords de Marne,

je rêve de manoirs cossus, de cimetières moussus et d'aller

à Londres, admirer les jonquilles de Green Park … "

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Nous en profitons pour vous rappeler que vous pouvez encore participer au jeu concours pour remporter Le Célibataire de Stella Gibbons (deux exemplaires en jeu). Pour participer, c'est très simple : vous trouverez toutes les indications ici et . Dépêchez-vous, le concours est bientôt terminé ! Bonne chance à toutes et à tous !

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02/06/2016

Mois anglais : Concours n°1

On vous l'avait annoncé, nous vous avons concocté un certain nombre de surprises durant ce mois anglais en collaboration avec les éditeurs partenaires de nos blogs.

Pour débuter le mois anglais en douceur et en beauté, nous vous proposons de gagner Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal grâce à la gentillesse des Editions Robert Laffont.

les jonquilles de green park

Trois exemplaires sont mis en jeu !

Pour remporter le vôtre, il vous suffit de vous munir de votre plus belle plume et de nous écrire le plus beau poème printanier. Seule consigne, votre poème devra contenir des jonquilles à Green Park !

Faites preuve d'humour, de fantaisie, de folie ! L'English Month team choisira les trois auteurs les plus talentueux qui recevront chacun un exemplaire du roman !

Vos textes sont à nous envoyer par mail au plus tard le 09 Juin prochain sur nos deux adresses : myloubook@yahoo.com et cryssilda@hotmail.com

Have fun everyone !

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15/05/2016

Christine Orban, Virginia et Vita

orban_virginia et vita.jpgVoilà un livre que j'ai hésité à lire pendant longtemps. Virginia et Vita, deux écrivains que j'apprécie tout particulièrement, mais toujours cette crainte d'être un peu déçue par un livre les concernant. Je n'avais jamais lu ni même entendu parler de Christine Orban. Enfin, je me posais des questions sur le sérieux et les qualités de ce titre, étonnamment assez peu lu et commenté sur la blogosphère, qui compte pourtant de nombreux amoureux de la littérature anglaise. Sa sortie en poche l'a remis à l'honneur et m'a finalement convaincue. Ajoutons à cela que je venais de visiter Sissinghurst (le domaine de Vita Sackville-West), j'étais donc volontiers partante pour prolonger un peu mon séjour à travers mes lectures.

Nous voilà plongés en 1927, alors que Virginia vient de publier La Promenade au Phare. Sortie récemment d'une de ces crises qui vont la tourmenter jusqu'à son suicide, Virginia est alors très éprise de Vita Sackville-West, à laquelle elle décide de consacrer son nouveau roman, Orlando. Un roman audacieux, sur un héros qui traverse les siècles et d'homme, devient femme. Le roman de Christine Orban traite de la période à laquelle ce roman est écrit.

Nous voilà donc plongés dans deux univers différents. Virginia vient d'un milieu bourgeois mais bohème. Elle a quitté Londres et mène une vie assez retirée à Monk House avec son époux Leonard, écrivant dans une cabane installée dans le jardin. Ses journées sont pour l'essentiel consacrées à la lecture, à la rédaction de son journal et à l'écriture d'articles et de romans... mais restent menacées par la folie qui la guette. Même si elle mène désormais une vie plutôt calme, elle est toujours en contact avec les membres du groupe de Bloomsbury.

Vita est quant à elle écrivain également, mais restera toujours un écrivain plein d'humour, plus léger, moins tourmenté - même si elle a écrit de vraies pépites, comme The Edwardians, qui met en scène une noblesse incapable de s'adapter aux bouleversements sociaux du nouveau siècle, à la fin du règne d'Edouard VII. Vita est d'origine noble, a grandi à Knole, une superbe propriété. Riche, mariée à Harold Nicholson et heureuse en mariage, Vita est aussi célèbre pour ses amours saphiques et son inconstance, particulièrement mise en avant dans ce roman de Christine Orban.

Autant le dire de suite, Virginia et Vita ne me laissera pas un souvenir impérissable. J'ai d'abord été gênée par la description de Virginia, petite chose fragile irrémédiablement marquée par sa folie, lorsqu'elle n'est pas d'une jalousie maladive. J'ai trouvé le portrait qui en était fait réducteur. Difficile d'imaginer le grand écrivain qu'elle était à la lecture de ce texte sympathique mais assez creux. J'ai perçu ce roman comme une sorte de biographie sur quelques mois, le tout un peu romancé pour faire vivre les célèbres personnages en les mettant en scène, en inventant des dialogues, qui m'ont mise mal à l'aise car je me demandais parfois quelle était la rigueur historique derrière eux.

Après un démarrage difficile, j'ai finalement pris un certain plaisir à lire ce roman, à retrouver les lieux de rencontre emblématiques entre ces deux écrivains, voire même, à en apprendre un peu plus sur leur relation. Au final, je dirais que c'est une lecture agréable, avec un sujet inévitablement passionnant pour la lectrice de Virginia et de Vita que je suis ... le genre de roman que j'emporterais volontiers à la plage pour me détendre tout en trouvant un minimum d'intérêt à ma lecture. Maintenant, à mon grand regret, ce livre m'a parfois semblé superficiel. Je ne le mettrai pas sur l'étagère des indispensables.

Une lecture commune partagée avec Mrs Figg et une nouvelle participation au challenge A Year in England.

D'autres avis sur ce titre (contrastés) : George, Perdre Une Plume, BookandTea Blog.

virginia et vita,christine orban,virginia woolf,vita sackville-west,challenge a year in englandSur ce blog, mes lectures de Virginia Woolf (je l'avais surtout lue avant d'avoir ce blog et n'ai pas chroniqué toutes mes lectures) :

Je lui ai également consacré un challenge et lu ces deux titres (biographies) :

Mes lectures de Vita Sackville-West : 

Et enfin, ce roman policier sympathique qui se passe à Sissinghurst et s'interroge sur la mort de Virginia Woolf: Le Jardin Blanc par Stephanie Barron. On est tellement loin de la réalité que les libertés prises par l'auteur ne m'ont pas gênée dans ce cas-là.

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230 p

Christine Orban, Virginia et Vita, 2012 (nouvelle édition revue par l'auteur)

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04/05/2016

Annie Ernaux, Mémoire de Fille

ernaux_memoire de fille.jpegAu début du mois d'avril est sorti le dernier texte d'Annie Ernaux, Mémoire de Fille. C'est un auteur que j'ai découvert par la blogosphère, notamment lors de la sortie de son livre Les Années, lu et souvent très apprécié par bon nombre de lecteurs et lectrices. Je projetais donc de lire Annie Ernaux à mon tour, mais c'est finalement la publication de son dernier ouvrage qui m'a incitée à la découvrir enfin. Je me suis offert en parallèle Les Années, que je devrais bientôt lire également.

Mémoire de Fille, c'est l'histoire d'une rencontre, entre l'écrivain d'aujourd'hui et la jeune femme qu'elle était en 1958. Par l'écriture, elle va chercher à retrouver cette fille de 1958. Ce texte accorde ainsi une place importante au processus de création littéraire, aux questionnements de l'écrivain quant aux choix à effectuer pour aborder cette partie de sa vie. 1958 est une année de transition, marquée par un évènement traumatique : l'été, la jeune Annie devient monitrice dans une colonie et tombe amoureuse du moniteur-chef, garçon un peu plus âgé. Elle consent à passer la nuit avec lui pour le voir ensuite s'intéresser à une autre fille. Dès lors, alors qu'elle n'a aucune expérience avec les garçons et a reçu une éducation très catholique, la jeune fille va être moquée et perçue comme une fille facile, dont les garçons essaient immédiatement de profiter, avec succès. La fille de 1958 est aveuglée par sa volonté de s'intégrer au groupe, éblouie par l'ambiance fêtarde après des années de restriction. Elle est prête à accepter n'importe quoi pour continuer à profiter de son été, quitte à devenir fille objet - ce dont elle ne prend pleinement conscience que l'année suivante, en particulier grâce à la lecture de Simone de Beauvoir. 

La première partie du livre est consacrée à l'été de 1958. Annie Ernaux écrit qu'elle aurait pu achever son livre-là, mais elle nous donne finalement à voir les années suivantes, inextricablement liées à ce qui s'est passé dans cette colonie. Troubles du comportement alimentaire, aménorrhée, impact sur les ambitions scolaires : le traumatisme vécu ne manque pas de répercussions même si, finalement, l'adolescente devenue jeune femme parvient à s'affranchir de celle qu'elle a été. Dans l'émission de la Grande Librairie qui lui a été récemment consacrée, Nancy Huston affirme que ce titre devrait être ajouté au programme scolaire, et il est vrai que ce qu'a vécu la fille de 1958 reste d'actualité pour l'adolescente d'aujourd'hui.

Je craignais de commencer par ce titre sans connaître Annie Ernaux mais c'est une bonne porte d'entrée pour accéder à l'univers de cet écrivain. Son milieu social et ses influences sont clairement évoqués dans Mémoire de Fille et permettent de mieux comprendre le cheminement de la fille de 1958. J'imagine que la lecture croisée de ses différents ouvrages offre de nouvelles clés de lecture, mais je ne regrette pas d'avoir d'abord lu Mémoire de Fille, que j'ai trouvé indéniablement intéressant.

Les avis sur ce titre commencent déjà à fleurir: CathuluAntigone, Clara, Saxaoul, Jérôme, Aifelle.

annie ernaux,memoire de fille,éditions gallimard

 

 

151 p

Annie Ernaux, Mémoire de Fille, 2016

23/03/2014

Valentine Goby, La Fille surexposée

goby_la-fille-surexposée.gifRentrée littéraire automne 2013

Ce roman de Valentine Goby s'inscrit dans le projet des éditions Alma de couvrir les thèmes fondamentaux de l'art selon Picasso : "la naissance, la grossesse, la souffrance, le meurtre, le couple, la mort, la révolte et peut-être le baiser". La Fille surexposée traite de la révolte.

Valentine Goby s'inspire pour cela d'une oeuvre de Miloudi Nouiga, qui a réalisé une série autour des "Mauresques", ces photos érotiques de femmes nord-africaines vendues sous la forme de cartes postales dans la première moitié du XXe. Ces clichés recréent un orientalisme de pacotille, utilisant tel ou tel élément de façon à laisser penser que la jeune femme est de telle ou telle origine... alors que les mêmes modèles se retrouvent  sur plusieurs photos, tantôt marocaines, tantôt algériennes ou tunisiennes. Miloudi Nouiga barre ces photos de grands coups de pinceaux, d'une pluie de gouttes de toutes les couleurs, diluées à l'eau de javel.

Maintenant ça sèche. Le cliché orientaliste ravagé. Miloudi le regarde. Il est le mensonge et la preuve du mensonge. Il produit le mensonge, un mirage de Mauresque début de siècle qui n'a pas existé. Et il atteste de l'existence d'un bordel officiel à Casa, avalé par un trou de mémoire. Un mensonge auxiliaire de la vérité (p 117).

Avec habileté, l'auteur brode autour de la toile en couverture du roman, basée sur une carte postale intitulée Khadidja la Marocaine. Elle dit d'elle-même à la fin du livre :  Je dessine, restitue, invente le hors-champ, le hors-temps de l'image, du moment : cela fait des romans (p 124).

Dans les années 1920, un photographe met en scène une fille prête à se dénuder pour un complément de revenu, malgré les interdits de sa religion qui voudraient que le corps ne soit pas exposé aux yeux de tous. Cette photo, le jeune soldat Maurice va la retrouver dans les années 1950 au fond d'une boutique où il était venu acheter des babouches. Il se décidera ensuite à se rendre au Bousbir, quartier réservé aux prostituées, dont les occupantes font l'objet d'examens réguliers, selon une volonté hygiéniste de l'administration coloniale. Annés 1970. Miloudi fait ses études à Paris et découvre  à son tour le cliché intitulé "Khadidja la Marocaine". Il collectionnera ensuite les cartes postales du même genre avant de s'en servir pour créer une série de toiles, exposées en 2012 dans son atelier à Rabat. Et c'est là qu'Isabelle retrouvera sous une autre forme la carte postale envoyée par son grand-père Maurice à un ami lors de son arrivée au Maroc.

J'ai été attirée par la superbe couverture et le nom de Valentine Goby et ne regrette pas de m'être plongée dans ce court roman, succession de récits entrecroisés. Les chapitres alternent les époques avec une belle cohérence, les personnages se rapprochant les uns des autres à travers "Khadidja la Marocaine", qui sans le vouloir tisse une toile entre eux d'époque en époque. L'écriture de Goby est toujours celle du corps, directe et maîtrisée. Sur le fond, on (re)découvre une facette encore une fois peu glorieuse de la colonisation, avec des points de vue très différents. Encore une belle réussite pour cet auteur !

D'autres avis : Jérôme D'une Berge à l'Autre, Le Temps de Lire, Noukette, Cachou...

Un article sur la prostitution coloniale.

Et ici, deux autres chroniques des oeuvres de Valentine Goby : L'Echappée ainsi que Qui touche à mon corps je le tue (que j'avais trouvé remarquable).

valentine goby,la fille surexposee,miloudi nouiga,collection pabloid,éditions alma,maroc,prostitution et domination coloniale,bousbir

 

 

127 p

Valentine Goby, La Fille surexposée, 2014

10/12/2013

Patricia Reznikov, La Transcendante

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Rentrée littéraire automne 2013

Que dire de La Transcendante de Patricia Reznikov, un roman qui me tentait tellement et qui me laisse dubitative ? Comment ne pas succomber devant un tel sujet: une jeune femme victime d'un incendie retrouve dans son appartement détruit un seul livre, La Lettre Ecarlate de Nathaniel Hawthorne. Bouleversée par ce qui lui est arrivé, elle décide de partir à Boston sur les traces du grand écrivain en voyant un signe dans la présence de ce rescapé. Peut-être pourra-t-elle ainsi se reconstruire... Une fois arrivée à Boston, elle rencontre une certaine Georgia, ex prof de littérature, francophile, qui s'impose et se fait un plaisir de lui faire visiter tous les lieux historiques importants ayant un lien avec Hawthorne. En parallèle elle découvre une librairie tenue par un type extravagant qu'elle nomme le "cyclope" ; elle y rencontre un certain Blake, philosophe passionné par Nietzsche et tombe sous son charme.

Sachez tout d'abord que, dans l'ensemble, ce roman a été plutôt bien accueilli : certains sont enthousiastes, beaucoup ont apprécié de nombreux aspects du texte tout en relevant ses faiblesses. Je me situerais plutôt dans cette deuxième catégorie : je suis très heureuse d'avoir pu satisfaire ma curiosité, d'avoir retrouvé Hawthorne, Emerson, Thoreau, Melville ou encore Louisa May Alcott, mon livre est bourré de post-its pour retrouver les passages qui m'ont intéressée... même si j'ai trouvé le roman en tant que tel franchement en deçà de mes attentes.

Les premières phrases m'ont captivée et auguraient bien de la suite :

Un jour, mon appartement a brûlé, et avec lui, toute ma bibliothèque.

Tous les auteurs que j'aimais, ceux qui m'avaient aidée à me construire, ceux qui m'avaient accompagnée comme une famille, ceux qui avaient bercé mes moments de solitude, tous sont partis en fumée. Comme dans un mauvais rêve, une sorte d'holocauste. Sont morts des poètes russes, américains, des romanciers français, anglais, allemands. Et, d'une certaine manière, moi aussi, je suis morte avec eux (p 9).

Malheureusement, j'ai trouvé l'héroïne peu cohérente avec cette magnifique introduction. Puisque les pour et les contre s'opposent clairement dans ma lecture je peux facilement retrouver les joies des dissertations de mes 18 ans et leurs fameux plans en deux parties pour cette modeste chronique.

L'intérêt du livre : sans nul doute, l'exploration de Boston et de ses environs en compagnie de Georgia. Ce livre est un précieux atout pour qui voudrait se rendre sur place et suivre la trace de Hawthorne et d'autres auteurs contemporains qu'il a côtoyés. Ainsi nous allons à Salem, au cimetière de Sleepy Hollow, savourons les anecdotes sur l'écrivain ou redécouvrons  les évènements majeurs qui se sont déroulés dans la baie et ont eu une si grande importance dans l'histoire des Etats-Unis. Je regrette que les sources de l'auteur ne soient pas citées à la fin pour nous permettre de creuser un peu plus le sujet mais ce livre a le mérite de pointer du doigt des lieux qui ne doivent pas se retrouver dans beaucoup de guides touristiques et ne présentent d'intérêt que pour les grands nostalgiques qui aimeraient fermer les yeux et s'imaginer quelques siècles en arrière. En lisant ce roman, j'ai été prise d'une folle envie de découvrir cette région des Etats-Unis qui a priori ne m'intéressait pas spécialement et, lorsque j'y irai, ce sera sans doute accompagnée de ce livre ! On imagine également sans peine certains quartiers historiques, avec leurs jolies maisons bien conservées. Cela m'a également fait penser à Henry James et à son roman Les Européens (il me reste encore à découvrir Les Bostoniennes).

Ses écueils : si les extraits traitant de l'histoire des lieux m'ont passionnée, ils restent très factuels et ne se mêlent pas vraiment au récit principal. J'ai eu l'impression qu'il s'agissait d'informations jetées de-ci de-là sur une trame romanesque sans intérêt, qui tente bien maladroitement de lier le tout. Les conversations sont insipides, parfois même horripilantes car Pauline s'essaie à traduire en français un texte qui vient d'être prononcé en anglais, selon un procédé récurrent qui à la fin me faisait pousser des soupirs d'exaspération et enrager toute seule. Certaines expressions du type "little French woman" reviennent souvent également et n'ont en rien amélioré mon humeur. Et puis cette Pauline est un personnage agaçant, creux, alors que j'imaginais une amoureuse des livres avec un peu de plomb dans la cervelle. Elle rencontre cette Georgia qui décide de lui faire partager ses connaissances de la région mais au lieu de refuser carrément son aide ou de jouer le jeu, elle va la voir, puis regrette, s'énerve devant les excentricités de la vieille femme, se montre carrément odieuse (par exemple en reprenant sans cesse ses quelques erreurs en français), sans compter le fait que quand on lui propose de visiter une maison d'écrivain madame fait la fine bouche et se plaint de toute cette activité (et moi de crier intérieurement : comment ? tu vas nous priver de la visite de cet endroit parce que tu as mal aux pieds ou envie d'un thé glacé ?!). Il ne suffit pas d'avoir vécu un événement tragique pour devenir un personnage attachant à qui l'on va tout pardonner (surtout pas le fait de nous priver d'une visite comme celle-ci...). Et puis, alors qu'elle semble avoir un minimum de culture, elle ne connaît pas la légende de Sleepy Hollow par exemple ou parle du Père Goriot comme d'une souffrance ; elle ne me paraissait avoir aucune curiosité intellectuelle par rapport à ce que l'on aurait pu imaginer en lisant les premières lignes du roman. On peut également s'étonner du voyage qu'elle entreprend lorsqu'on découvre qu'à part sa fichue Lettre Ecarlate qu'elle lit et relit elle n'a fait aucune recherche sur Hawthorne. Elle dit venir sans but précis et on veut bien la croire ! Mais quelle personne aux revenus moyens irait payer un aller retour Paris-Boston avec un seul livre de poche sous le bras sans avoir une petite idée de la façon dont elle va procéder sur place ou sans manifester de l'intérêt lorsqu'on lui offre sur un plateau des visites passionnantes ? Enfin, elle entre dans une librairie qui semble très sélective quant aux titres proposés mais le libraire est un fou qui dans la première scène l'insulte et menace de lui trancher la gorge, ce qui la fait presque s'évanouir. Non seulement j'ai trouvé la scène ridicule mais j'ai été terriblement déçue de pénétrer enfin dans cette librairie sans qu'elle songe à parcourir ses rayons et à en ressortir avec quelques pépites qu'elle m'aurait donné envie de lire. Elle découvre ainsi un seul autre titre au cours de son voyage littéraire pour le moins étonnant.

Au final j'ai adoré les parties consacrées aux auteurs du XIXe et à l'Histoire des Etats-Unis, qui m'ont permis de m'imaginer dans des lieux fascinants, en excellente compagnie, et en ce sens je ne regrette pas du tout ma lecture ; je relirai même sans aucun doute les passages que j'ai consignés dans mon exemplaire. Mais la structure générale de ce roman m'a paru maladroite et je n'ai absolument pas pu adhérer aux choix de Pauline ; même l'extravagante Georgia ou le mystérieux Blake ne m'ont pas complètement convaincue, bien que l'idée de rencontrer pareils guides à Boston soit assez séduisante. Je crois que j'ai été d'autant plus déçue que j'attendais énormément de ce roman au résumé si prometteur.

Ils ont apprécié leur lecture, même s'ils sont nombreux à pointer du doigt certaines faiblesses : Aifelle, A Propos de Livres, Cathulu, Culturez-vous, Joëlle, Jostein, Kazu Panda, Lettres et Littérature américaines, L'Irrégulière, Malice, Mes Petits Bonheurs, Nelfe, Stellade à la Page

Les déçues : Karine:), La Petite Marchande de Prose, Val

Un grand merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte, malgré mon avis si partagé.

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276 p

Patricia Reznikov, La Transcendante, 2013

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29/11/2013

Sylvie Germain, Petites scènes capitales

germain_petites-scenes-capitales.jpgRentrée littéraire automne 2013

J'ai eu la chance de pouvoir lire deux romans dans le cadre des matchs de la Rentrée Littéraire de Price Minister. Le premier était Lady Hunt de Hélène Frappat, le deuxième Petites scènes capitales de Sylvie Germain. De cet écrivain je m'étais promis de tout lire mais je n'ai finalement lu que deux autres titres jusqu'ici : La Chanson des Mal-Aimants (qui ne m'a pas laissé un grand souvenir je dois l'avouer, même si j'avais plutôt apprécié ma lecture à l'époque) et surtout Tobie des Marais, un énorme coup de coeur, une véritable pépite littéraire !

Petites Scènes Capitales raconte en 49 courts chapitres la vie de la petite Lili. Née dans l'après-guerre, abandonnée par sa mère alors qu'elle n'était qu'un bébé, Lili cherche à se construire et à trouver des repères dans un contexte familial complexe. Hormis sa grand-mère qui n'hésite pas à lui témoigner de la tendresse et de l'affection, Lili est entourée de son père, froid et distant, puis d'une belle-mère, Viviane, qui arrive accompagnée de quatre enfants d'unions précédentes. Lili doit apprendre à exister au sein de cette fratrie déjà unie par les liens du sang ; elle s'interrogera toute sa vie sur l'importance qu'elle a pour son père, elle, sa seule véritable enfant. Puis l'enfant grandit, traverse les grands évènements du siècle (mai 68 notamment), voit sa famille éclater, vieillir, tandis que sont faites certaines révélations.

C'est un sujet que j'ai l'impression d'avoir croisé de nombreuses fois, une "saga familiale" sur une portion de siècle, avec ses faits marquants, ses moments d'amour, de douleur, de non-dits, de déchirures. Et pourtant c'est avec un immense plaisir que l'on déguste ce roman. La petite Lili est certes attachante dans sa quête de liberté, sa volonté de s'affirmer après cette enfance bouleversée par la disparition de sa mère. Cependant c'est surtout la plume délicate et si nuancée de Sylvie Germain qui m'a séduite. On se régale à découvrir ce véritable travail d'orfèvre, cette richesse du vocabulaire, ces tableaux raffinés si visuels. J'ai notamment été frappée par plusieurs passages mettant en avant toute une palette de couleurs et leurs subtiles variations, comme les deux extraits ci-dessous :

À nouveau, elle pense à sa mère, disparue au large de la Méditerranée ; sa mère sans sépulture, sans nom ni dates.  Peut-être son nom flotte-t-il sur l'eau à l'endroit où elle a sombré - Fanny Bérégance, née Herléon. Des lettres mouvantes, tracées par les reflets du soleil, des étoiles et de la lune, ondoyant du vert au bleu, de l'indigo au mauve, de l'argenté au violet. Fanny ma mère ondulant au creux des vagues, brasillant dans l'écume (p 54).

Son écorce est brunâtre, sillonnée de crevasses et rugueuse au toucher. Les feuilles, plates et trapues, sont infusées de lumière, saturées de jaune franc ; certaines sont tachetées de rouge orangé, à peine. Au moindre souffle de vent, le feuillage frémit et répand une formidable sonnaille de jaune, un cliquetis d'or, de soufre, de paille et de safran (p 159).

Un joli voyage en compagnie d'un grand écrivain.

Et de nouveau, comme le veut la règle dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire, j'attribuerai un 17/20 à ce roman pour l'histoire intéressante et plus encore le style, magnifique (il manquait un soupçon de surprise à ma lecture pour que ce roman soit un coup de coeur absolu). 

Merci encore aux organisateurs des matchs de la rentrée littéraire pour ce 2e beau moment de lecture.

Les avis de : A bride abattue, Aifelle, Baz'Art, Bene31, Blablamia, Canel, CaroMleslivres, Chris, Cristie, Emeralda, Leiloona, Mrs Figg, Paroles et Musique, Sophie Hérisson, Stemilou, Stephanie (Plaisir de Lire), Tilly, Val, Vive les Bêtises, Yuko

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247 p

Sylvie Germain, Petites Scènes Capitales, 2013

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25/11/2013

Jeu concours : Violette Leduc, Thérèse et Isabelle

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Peu lue, méconnue, Violette Leduc est remise au goût du jour grâce au film Violette sorti en salles en novembre. En parallèle, ses textes les plus célèbres sont mis à l'honneur par les éditions Gallimard. C'est le cas de Thérèse et Isabelle, un texte censuré lors de sa publication en 1966 - la première version non censurée sera publiée en 2000 seulement.

On peut s'interroger sur ce qui valut à Violette Leduc cet accueil, hormis sa condition féminine (elle n'est certes pas la première à avoir écrit des textes sulfureux mettant en scène deux personnes du même sexe - il suffit de songer à Sade, Pierre Louÿs, Wilde... qui la précèdent de nombreuses années).

Thérèse et Isabelle est un court roman mettant en scène deux collégiennes qui, pendant quelques jours, vivent une passion charnelle exclusive. Les deux jeunes filles semblent se détester mais, brusquement, leur relation bascule. Le pensionnat s'efface pour laisser place à cette relation intense, les leçons de solfège, les rondes de la surveillante et les repas ne formant plus qu'une toile de fond. Ainsi les rencontres des deux adolescentes sont relatées avec précision et constituent le coeur du sujet. Mais, et c'est ce qui fait l'intérêt de ce roman, malgré le caractère érotique de cette relation, Violette Leduc ne cherche pas à décrire par le menu les positions et autres acrobaties des deux héroïnes. Le texte est ainsi porté par une réelle ambition littéraire, un style imagé, sans doute parfois quelque peu excessif, mais poétique à sa manière. Peut-être est-ce après tout ce flou, cette approche aux antipodes de la pornographie qui a pu dérouter les premiers lecteurs de Thérèse et Isabelle.

Nos membres mûrissaient, nos charognes se décomposaient. Exquise pourriture (p 131).

J'ai dans ma PAL depuis cet été La Bâtarde, roman autobiographique (la couverture rose d'une vieille édition puis la préface de Simone de Beauvoir avaient attiré mon attention chez un bouquiniste). Je reste toujours très curieuse de le lire.

Les billets de Cachou et Malice. D'autres avis sur Babelio, ainsi que l'article "Relire Thérèse et Isabelle de Violette Leduc... à la lumière de sa genèse" sur Revue Critique de Fixxion française Contemporaine.

Rentrée littéraire poche 2013 - réédition.

143 p

Violette Leduc, Thérèse et Isabelle, 1966

*****

Jeu concours

J'ai le plaisir de mettre en jeu cinq exemplaires de Thérèse et Isabelle grâce aux éditions Folio. Pour participer il vous suffit de laisser un commentaire à la suite de ce billet en parlant du film Violette, d'une autre lecture de Violette Leduc que vous auriez faite ou aimeriez faire, ou tout simplement, en disant ce qui vous a donné envie de la découvrir.

Vous avez jusqu'au 7 décembre au soir pour participer.

Les gagnants seront désignés par tirage au sort.

Bonne chance à toutes et à tous !

23/11/2013

Hélène Frappat, Lady Hunt

lady-hunt.jpgRentrée littéraire automne 2013

C'est avec énormément de curiosité que j'ai jeté mon dévolu sur Lady Hunt d'Hélène Frappat dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire, en raison de cette promesse d'un roman gothique qui évidemment renvoyait de suite à une certaine littérature anglo-saxonne et à des codes bien précis. Puis je n'ai cessé de croiser des avis mitigés, voire des lecteurs franchement déçus. C'est donc sans attentes bien précises que j'ai finalement ouvert ce livre, et je m'en réjouis aujourd'hui car cela m'a permis de pleinement apprécier ses qualités... j'aurais sans doute été beaucoup moins enthousiaste si, comme le promet le point de vue des éditeurs, je m'étais complètement fiée à cette phrase ô combien alléchante et merveilleuse : "Des ruines du parc Monceau à la lande galloise, avec liberté et ampleur elle réinvente dans Lady Hunt le grand roman anglais, et toutes les nuances du sortilège".

Oublions donc tous nos a priori sur ce roman et laissons-nous emporter...

Laura Kern travaille pour une agence immobilière dans le Triangle d'Or parisien, faisant visiter des appartements de luxe et des hôtels particuliers à des clients fortunés, pour l'essentiel dans les environs du parc Monceau. Sa situation est précaire car elle est payée à la commission et n'a jusqu'ici réalisé qu'une seule vente. Elle vit dans un petit deux pièces à Vanves en compagnie de son chat, entretient une liaison avec son patron déjà marié. Sur elle et sa soeur plane la menace de la maladie qui a emporté son père, la Chorée de Huntington. C'est d'ailleurs de là que vient le titre, Lady Hunt, qui, outre ses influences anglaises, rappelle aussi la chasse à la femme... car Laura est à la fois traquée par Huntington et par d'étranges rêves dont on ne sait pas d'abord s'ils sont une réelle manifestation du gothique dans le roman ou l'annonce de la maladie, qui provoque des hallucinations.

John_William_Waterhouse_-_I_am_half-sick_of_shadows,_said_the_lady_of_shalott.JPGC'est ainsi que, progressivement, la réalité bascule, tandis que l'étrange envahit le quotidien de Laura Kern. Ainsi, un enfant disparaît lors de la visite d'un appartement. Chaque nuit, elle rêve d'une maison de plus en plus inquiétante. Des odeurs envahissent un jour son appartement. Une porte ne peut plus s'ouvrir. Elle fait face à un miroir sans y trouver son reflet. Eprouve un malaise à visiter certains biens immobiliers. Folie, maladie ou surnaturel ? Hélène Frappat emprunte en effet certains codes du roman gothique anglais mais laisse planer le doute dans l'esprit du lecteur. La construction du roman rappelle d'ailleurs bien plus la littérature française avec ses phrases courtes, incisives, le caractère répétitif de certaines scènes du quotidien, la distance qui s'instaure entre le lecteur et les personnages, l'exercice de style primant à mon sens sur le fond.

Au final, je me suis prise au jeu et ai dévoré ce roman - peut-être qu'une lecture plus hachée aurait d'ailleurs nui au plaisir de lecture, en raison du manque d'empathie des personnages et des scènes récurrentes : visions de la maison dans les rêves ; visites d'appartement ; retrouvailles avec l'amant, la mère, la soeur ; trajets en voiture, en métro, traversée de la Manche en Eurostar...

rossetti_verticordia.jpgJ'ai savouré sa complexité, les nombreuses thématiques (notamment la transmission familiale très bien traitée) et la façon qu'a Hélène Frappat de mêler réalité et fiction, style français et influences anglaises. Le texte est enrichi d'allusions à Lady Shalott, dont la malédiction rappelle celle des soeurs Kern (sur qui s'abattra finalement la maladie ? laquelle sera sauvée ? Huntington est-il le seul sortilège ?). Puis Laura découvre un portrait inquiétant, celui d'une femme rousse qui peuple ses rêves et rappelle les peintures de Rossetti : Sa chevelure flamboyante recouvre son front, ses oreilles, ses épaules, ses bras. Sa chevelure folle que rien n'arrête, pas même le cadre doré du tableau, se fond dans les volutes du papier peint, serpente jusque dans chaque pièce, escalade les charpentes, les poutres, le toit. Ses cheveux sont les veines par où coule le sang de la maison. Son visage et ses lèvres décolorés sont le coeur vibrant de Luna, le coeur du monstre (p 214).

J'ai aussi apprécié les moments passés dans ces luxueux appartements parisiens (où le lecteur devient voyeur et où se concrétise un fantasme, découvrir ce qui se cache derrière les façades et fenêtres de la ville), près des grilles du parc Monceau, puis dans le quartier de Bloomsbury ou sur un banc de Regent's Park à Londres : des lieux où je me suis promenée bien souvent l'âme rêveuse et que j'ai aimé retrouver lors de ma lecture, de nouveau dans un cadre onirique.

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Ce livre aurait presque pu finir en coup de coeur tant j'ai aimé ce dépaysement, si ce n'était une fin que je trouve assez plate, en deçà de ce à quoi nous avait préparés Hélène Frappat. Comme l'a dit Malice : "Ce roman est plein de promesses et puis tout retombe comme un soufflé ." Malgré cette déception sur les dernières pages, je recommande vivement ce livre à condition de ne surtout pas en attendre un roman anglais gothique au sens traditionnel du terme. Et puisque le veut la règle des matchs de la rentrée littéraire, j'attribuerai un 15/20 à Lady Hunt. 

Un roman qui ne laisse pas indifférent... (j'ai découvert une multitude de blogs à l'occasion) :

Avis mitigés voire négatifs : Angee's Livroscope, Biblio (Des Goûts et des Livres), CelimeneEnjoy Books, Florel (Voyage Livresque)HildeKitty la Mouette, La Ptite Souris du Web, Lire Une PassionMaggieMaliceMiss LeoPotzinaSandrine, SariahValou

Avis positifs ou enthousiastes : Anassette, AngélitaBene31, Brigt, Emi Dreams upGaléa (Sous les Galets), Kathel (Lettres Exprès)Knit SpiritLa Critiquante, La Culture HajarienneLeiloona, MyaRosaVal, Yv

La chronique de François Busnel

Merci beaucoup à Price Minister et à Oliver Moss pour l'organisation de ces matchs de la rentrée littéraire !

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318 p

Hélène Frappat, Lady Hunt, 2013

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22/09/2013

Nathalie Peyrebonne, Rêve Général

peyrebonne_reve general.jpgJ'ai eu la surprise de trouver ce roman dans ma boîte à lettres il y a quelque temps et c'est avec curiosité que je l'ai ouvert, n'en sachant rien ou presque à ce moment.

Lorsque débute ce court roman, un footballeur est sur le point de réaliser un tir décisif, celui qu'il a attendu toute sa vie, qui va changer le cours de son destin. Et puis, finalement, il décide de s'en aller et plante là ballon et coéquipiers.

Suite à cette introduction, nous suivons le parcours de plusieurs personnages, dont les voix se répondent au fil des différents chapitres : Céleste, conductrice de métro ; Louis, premier ministre ; Edmond, agent de sécurité dans un bar et cuisinier amateur ; Lucien, prof au collège.

Pour tous, la même journée commence et sans explication, un grain de sable vient se glisser dans la mécanique bien huilée du quotidien, les poussant à agir de façon irrationnelle, à se rebeller doucement contre la tyrannie des obligations, à commencer par leur travail.

Edmond aimerait savoir pourquoi aujourd'hui tout marche à l'envers. Après tout, les mécanismes infaillibles n'existent pas, ça tourne, ça tourne, et puis un beau jour, paf, la panne, un grain de sable quelque part, et tout file de travers, ou tout s'arrête. (p 88)

Ainsi Louis demande à sa femme de ménage de lui préparer des petits gâteaux à la cannelle et repense à cette femme qu'il a aimée ; Lucien abandonne sa classe, Céleste, son métro, et ainsi de suite. Curieusement il semble qu'une sorte de torpeur s'est emparée du pays et qu'une révolution pacifique, tranquille se met en marche.

Un idée assez originale, portée par des chapitres courts et incisifs. Malgré tout je ne ressens pas l'enthousiasme d'autres avis lus, en raison d'une difficulté à éprouver un réel intérêt pour les protagonistes et d'une certaine frustration au final. On se laisse facilement porter par les différentes histoires entremêlées, la lecture est plaisante... mais je n'ai pas bien saisi où tout cela nous menait finalement. Je crains d'oublier bien vite ma lecture. Une rencontre manquée en somme, mais je ne voudrais pas vous empêcher de donner sa chance à un livre qui a plu à tant de lecteurs. N'hésitez pas à faire un petit tour sur Babelio pour vous donner une meilleure idée de ses qualités !

Merci beaucoup aux éditions Phébus pour cette découverte, malgré ces quelques bémols !

nathalie peyrebonne,rêve général,littérature française,éditions phébus



153 p

Nathalie Peyrebonne, Rêve général, 2013

13/09/2013

Alexandre Dumas, La Comtesse de Saint-Géran

alexandre dumas,éditions phébus,la comtesse de saint-servan,roman historique,france xviiePendant mes vacances d'été, j'ai retrouvé avec plaisir la librairie indépendante de ma ville d'origine (bien fournie, avec un libraire aux choix judicieux et exigeants, ravi de partager ses coups de coeur). A ma deuxième visite, après un nouveau petit tour du côté des éditions Libretto (mais cette fois-ci pour un cadeau, j'ai eu une pensée émue pour ma pauvre PAL), on m'a gentiment offert un Phébus Libretto réservé aux libraires, La Comtesse de Saint-Géran d'Alexandre Dumas. Je n'ai lu que quelques nouvelles de cet illustre personnage, aussi j'ai eu envie de satisfaire ma curiosité sur le champ. Quelques semaines après, une petite chronique pour partager avec vous cette rencontre.

Contrairement à ce que je pensais, il ne s'agit pas d'une pure fiction mais d'une longue nouvelle inspirée de faits réels qui firent grand bruit au XVIIe. 

Fin 1639. Accusé d'être un faux-monnayeur et d'avoir assassiné sa femme, mené sous bonne escorte dans une auberge pour la nuit, le Marquis de Saint-Maixent parvient à s'échapper en séduisant la fille de la maison. Il se réfugie chez le comte de Saint-Géran, un parent à lui, qui l'accueille bien volontiers. Le comte semble être un homme très différent de son parent (pour résumer il n'aurait rien d'un criminel). Sa femme et lui vivent par ailleurs en parfaite entente mais souffrent de n'avoir pu avoir d'enfant.

Faute de descendant direct, la fortune du comte devrait revenir à sa soeur, Mme de Bouillé. Le marquis y voit un intérêt et se met à la courtiser. C'est alors que contre toute attente, après vingt ans d'espoirs déçus, la comtesse de Saint-Géran est enceinte. Les amants vont ensemble mettre en place un plan cruel pour faire disparaître cet héritier malvenu.

Ne lisant pas de récits se déroulant à cette période, je me suis laissée bien volontiers embarquer dans ce récit où pointent la cape et l'épée, en m'immergeant dans une atmosphère nouvelle pour moi, voire franchement dépaysante. Imaginez ma surprise lorsque j'ai constaté que le Marquis, toujours accusé d'avoir tué sa femme, de s'être livré à d'autres crimes mais aussi d'avoir tué l'un des gardes dans sa fuite, bref, lorsque j'ai réalisé que ce coquin fini ne serait plus inquiété une fois arrivé chez le comte. On voit ainsi le Marquis aller et venir, rentrer dans sa région au bout d'un certain temps mais visiblement, personne ne songe à l'arrêter. De même, sujet hautement sensible pour la condition féminine, j'ai ouvert des yeux effarés lorsque j'ai constaté le traitement que l'on pouvait réserver aux pauvres femmes qui ne se seraient pas décidées à accoucher : On la fit monter dans un carrosse fermé et on la promena tout un jour à travers des champs labourés, par les chemins les plus rudes et les plus difficiles (p59). Tout ce pittoresque m'a ceci dit beaucoup amusée.

Le récit est rondement mené par Dumas qui sait bien évidemment tenir son lecteur en haleine et amener à point nommé chaque nouvelle péripétie. Le fond, plus que la forme, fait tout l'intérêt de ce texte. J'ai regretté que la fin se perde dans des détails juridiques ; alors que toute cette affaire avait été présentée jusque-là avec un grand sens du romanesque, les deux dernières pages sont plus factuelles et donnent une impression de fouillis, comme si Dumas peinait à se dépêtrer de toute cette paperasse. Avis personnel et bien subjectif qui n'engage que moi. Dans l'ensemble, j'ai trouvé cette lecture fort divertissante et suis ravie d'avoir un peu abandonné mes habitudes plus XIXe.

Il est à remarquer que les grands criminels de cette époque, Sainte-Croix, par exemple, et Exili, le sombre empoisonneur, ont été précisément les premiers incrédules, et qu'ils ont devancé les savants du siècle suivant dans la philosophie aussi bien que dans l'étude exclusive des sciences physiques, auxquelles ils demandèrent d'abord des poisons. La passion, l'intérêt, la haine combattirent pour le marquis dans le coeur de Mme de Bouillé ; elle donna les mains à tout ce que M. de Saint-Maixent voulut. (p 34)

Le site de la Société des amis d'Alexandre Dumas.

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85 p

Alexandre Dumas, La Comtesse de Saint-Géran, 1839-1840

13/07/2013

Joanna Cannan, Désillusion / Jeu concours

cannan_desillusion.jpgLes lettres anglaises regorgent de trésors inépuisables et, à peine ai-je le temps de regretter de fermer mon dernier grand roman austenien ou de ne pas trouver facilement les écrits de l'exquise Flora Mayor, de tomber sous le charme de Caroline Blackwood ou d'attaquer les Vita Sackville-West dans ma PAL qu'une nouvelle figure surgit, parfois oubliée et revenue à la vie grâce aux choix judicieux de certaines maisons d'édition (je pense surtout aux éditions Phébus, Joëlle Losfeld et Christian Bourgois à qui je dois de passionnantes rencontres !).

Joanna-Cannan.jpgC'est encore le cas cette fois-ci avec Joanna Cannan, que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam il y a un mois encore. Joanna Cannan (1898-1961) est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, essentiellement des romans policiers et ouvrages destinés à la jeunesse - même si Désillusion ne correspond à aucune de ces deux catégories.

Le roman s'ouvre avec le trajet en train de Blanche, jeune veuve, et de ses deux enfants: Angela, une petite blonde proprette et charmante et Patricia, rouquine et garçon manqué qui est loin d'avoir les faveurs de sa mère. Leur père vient de décéder et, puisqu'il avait eu le bon goût d'engloutir la fortune de sa femme avant cela, Blanche se trouve obligée de se rendre chez son beau-père, Lord Waveney. Personne n'est vraiment ravi de cette situation jusqu'à ce que le vieil homme découvre Patricia et s'attache d'emblée à elle - ce qui dépasse l'entendement pour Blanche. Je m'attendais dès lors à suivre l'éducation des enfants, leur jeunesse passée sur la propriété, mais le narrateur préfère faire un saut dans le temps et nous présenter ensuite les jeunes femmes alors que Patricia est en âge de se marier... ce qui ne tardera pas. C'est un mariage d'amour, romantique à souhait et conforme à l'image que l'on se fait de Patricia, rebelle, indépendante, idéaliste (et semblant sortir tout droit d'un tableau de Burne-Jones). Mais le titre français est parfaitement choisi : de désillusion en désillusion, on comprend bien vite que la vie de Patricia ne sera pas celle à laquelle sa jeunesse dorée l'avait préparée.

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Burne-Jones, In Praise of Venus

Patricia va ainsi mener une vie très différente de sa soeur,  qui elle, a fait un mariage de raison ; ce n'est pas pour autant que la vie les a épargnées : Angela et (...) Victor, ces incorrigibles Edwardiens qui, à force de mener une vie oisive, sur une toile de fond de colonnes blanches et d'océan bleu indigo, avaient fini par devenir une cible idéale pour les esprits railleurs et d'élégants anachronismes mêmes pour leurs proches. Quant à Hugh et elle... un mariage d'amour, un mariage qui défiait la raison, et puis la longue route sous le joug, les lumières qui s'éteignent, les rossignols qui se taisent et les roses qui se fanent. (p155)

Désillusion est un beau roman, intelligent, très joliment écrit/traduit. Le récit n'est pas celui auquel on s'attend d'abord en découvrant la jeune et fougueuse Patricia, il devient petit à petit moins extraordinaire et s'inscrit peu à peu dans un esprit "petit bourgeois" qui ne sied guère à l'héroïne. Si la vie la domestique, son tempérament reste au fond le même : les concessions peuvent-elles se poursuivre toute une vie ou est-il indispensable de redevenir un jour soi-même ? Au final, la désillusion est aussi bien liée au comportement décevant de ses proches, qu'au fait que leurs choix sont peu conformes à l'idée qu'elle se faisait d'eux. Ce qui lui fait réaliser que finalement, ni son époux, ni ses chers enfants ne la connaissent vraiment. Un intéressant sujet de réflexion...

Je n'ai volontairement pas abordé de nombreux aspects de l'histoire (comme l'épouvantable épouse du fils aîné qui mériterait d'être citée avec son salon mauve, sa chambre rose et sa dalle en béton dans le jardin), mais je ne peux que vous recommander vivement ce roman si vous aimez la littérature anglaise, vous ne serez certainement pas déçus ! Une belle découverte !

Quelques extraits, essentiellement sur son époux Hugh (à ne pas lire pour ceux qui préfèrent découvrir ce roman sans en savoir beaucoup plus) :

Sa vieille réserve écossaise engendrait de fréquents malentendus. Au lieu de dire : "Je ne peux pas supporter que tu sois forcée de faire la cuisine et de pousser la voiture d'enfants", il disait : "Mieux aurait valu pour tout le monde que tu apprennes à cuisiner plutôt qu'à dresser des chevaux" (p51)

Hugh déplorait l'éducation de son épouse mais, quelles qu'en fussent les lacunes, Patricia savait affronter les difficultés de la vie. Le lendemain, elle se leva sans ce bâillement qui incitait Hugh à lui dire qu'elle aurait dû épouser un Lord si elle voulait prendre son petit déjeuner à neuf du matin. (p52) (sachant que lui-même ne s'est jamais préoccupé de ses enfants, de leurs bavoirs sales ni des couches à changer)

Il aimait sincèrement l'admirable compagne que la vie s'était chargée de domestiquer, mais ne l'appréciait pas à sa juste valeur. Il oubliait, pour flatter son orgueil, qu'elle était la petite-fille de Lord Waveney, habituée à des valets de pied. Guéri de son complexe d'infériorité, il devint un homme heureux. (p54)

Merci encore à Bénédicte et aux éditions Phébus !

éditions phébus,joanna cannan,désillusion,angleterre,littérature anglaise,roman anglais xxe



218 p

Joanna Cannan, Désillusion, 1938

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Jeu concours

Et comment résister au plaisir de prolonger un peu l'esprit so English du mois dernier ? J'ai donc le plaisir d'organiser un petit concours pour vous permettre de gagner un exemplaire de Désillusion, grâce aux éditions Phébus.

Pour participer, il vous suffit de répondre à cette question dans les commentaires de ce billet : quelle est la femme écrivain anglaise que vous préférez ?

Vous avez jusqu'au 19 juillet au soir pour répondre. A vos claviers et bonne chance à tous !