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17/04/2018

Keigo Higashino, Les doigts rouges

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Après La Maison où je suis mort autrefois, à l'atmosphère inquiétante, presque surnaturelle, cette deuxième lecture d'un roman de Keigo Higashino a de nouveau produit sur moi une forte impression. Noirceur et habileté sont les deux mots qui me viennent en premier à l'esprit pour qualifier ce récit où l'on sait d'entrée de jeu qui est le tueur. L'intérêt de l'intrigue consiste à suivre en parallèle coupables et police, pour voir comment les premiers comptent s'en sortir et comment les seconds pourront éventuellement résoudre l'affaire.

Maehara Akio est un employé de bureau de la classe moyenne, dont la vie se résume à des journées en entreprise, une éventuelle bière entre collègues, de longs moments passés dans des transports en commun bondés et une vie familiale peu réjouissante. Sa femme Yaeko et lui ne s'entendent pas particulièrement bien, son fils Naomi est un adolescent abruti de jeux vidéos et colérique, et sa vieille mère qui vit avec eux souffre de démence sénile. Lorsque s'ouvre le roman, Yaeko appelle son mari au bureau pour qu'il rentre rapidement : leur fils a étranglé une petite fille, provisoirement cachée sous un sac-poubelle dans le jardin. Au lieu d'appeler la police, la famille décide de couvrir l'adolescent.

Voilà un roman glaçant. Par le sujet bien entendu, mais aussi par la façon dont tout la famille Maehara décide de réagir. La petite est abandonnée dans un endroit sordide. La mère ne cesse de protéger son infâme rejeton ; il ne faudrait pas perturber le pauvre petit chaton, déjà tout tourneboulé par ce qui est arrivé. Tellement perturbé qu'il continue à réclamer des hamburgers, joue à la console et dort paisiblement quand ses parents ne vivent plus. Un adolescent qui d'emblée leur dit ne pas être responsable de par son âge; pour lui, il est tout à fait normal que ses parents gèrent le problème. Et il compte bien ne plus être importuné à ce sujet. Vient ensuite la stratégie mise au point par Akio, tellement sordide et cruelle. Et le retournement de situation final qui nous fait porter sur le déroulement des évènements un tout autre regard. Curieusement, le cynisme de cette famille sera contrebalancé par les réactions de deux cousins policiers, qui par leur approche professionnelle et leurs choix personnels, vont apporter une touche d'humanité, qu'on ne réalisera pleinement que dans les dernières pages. L'auteur décortique des relations familiales complexes avec beaucoup de talent. Un texte dont je n'attendais rien en particulier et que j'ai trouvé original et intelligent.

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237 p

Keigo Higashino, Les doigts rouges, 2009 (2018 pour la version française)

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09/04/2018

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets T4, Wasurenagusa

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Cela fait plusieurs mois que j'ai refermé le dernier tome de la pentalogie d'Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets. Il sera plus difficile pour moi de parler de ses deux derniers romans, mais j'ai tant apprécié ces récits que je trouverais dommage de les laisser dans l'oubli de ma bibliothèque.

Wasurenagusa se lit indépendamment des tomes précédents, une fois de plus, mais vient nourrir cette histoire entremêlée si on a choisi de la lire dans son intégralité. Un personnage en retrait, effacé, est ici mis à l'honneur : Kenji, l'époux d'une femme qui a eu un enfant hors mariage et qui, plus tard, redeviendra la maîtresse de son ancien amant. Dans les premiers tomes, on peut penser que ce mari tranquille est en quelque sorte le dindon de la farce. Il travaille dans le même laboratoire que l'amant de sa femme, apprécie cet homme et devient son voisin sans jamais se douter que c'est le père biologique du garçon qu'il a lui-même adopté.

Ce récit qui lui est consacré donne à Kenji une autre envergure. On y découvre un homme élevé dans une famille noble, où la lignée est essentielle. Un homme qui, après un mariage malheureux et la découverte de son infertilité, choisit d'épouser une jeune mère célibataire au passé douteux. Kenji rompt avec sa famille et s'investit pleinement dans son nouveau rôle de mari et de père, malgré les épreuves et un séjour en Sibérie. Voilà un homme intelligent, intègre, affirmé, qui fait preuve de beaucoup de bonté et de maturité. On comprend que son mariage ait été un mariage heureux, malgré l'infidélité de son épouse à une certaine période. Et son portrait assombrit encore l'image que l'on se fait du voisin, qui se veut puissant, omnipotent et viril et qui, par contraste, est finalement assez minable. Au-delà de sa relation avec Mariko, on redécouvre Kenji à travers divers moments de son existence qui n'ont jusque-là jamais été évoqués dans les romans précédents.

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Un quatrième tome qui apporte sa pierre à l'édifice et contribue à construire une histoire familiale toute en finesse et en nuances. On se délecte à la lecture de chacun de ces textes si courts, mais si précieux.

Présenté dans le cadre de la lecture commune d'une oeuvre d'Aki Shimazaki.

126 p

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets T4, Wasurenagusa, 2003

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05/04/2018

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets T3, Tsubame

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J'ai découvert à l'occasion du premier Mois au Japon l'œuvre d'Aki Shimazaki, que j'avais envie de lire depuis une dizaine d'années (rien que ça!). Suite à deux premiers petits coups de cœur, je poursuis la lecture du Poids des Secrets avec le troisième tome, Tsubame.

Le premier avait pour narratrice Yukiko, qui découvrait un côté obscur de son père et les conséquences que les décisions paternelles avaient désormais sur sa propre vie. C'est aussi l'époque de la bombe atomique lancée sur Nagasaki, qui est également au cœur du récit.

Dans le 2e tome, la parole est donnée à Yukio, voisin amoureux de Yukiko. Enfant solitaire, il a vécu avec sa mère célibataire et les visites sporadiques d'un père attendu comme le messie, honorant parfois le repas qui est préparé pour lui, ne venant parfois tout simplement pas.

Ce 3e tome nous ramène quelques décennies en arrière. La narratrice est cette fois-ci la mère de Yukio, Mariko. Son histoire est aussi liée à un autre évènements tragique du XXe : le tremblement de terre de 1923 et la répression à l'encontre des Coréens.

Un tome encore une fois lu d'une traite (en vacances, sans la suite dans mes bagages, ce que j'ai bien regretté). Un style toujours épuré, également empreint de poésie. Les hirondelles ont la part belle ici, mais encore une fois la flore et notamment, les campanules et les cosmos.

Je me demandais à l'origine ce qui pouvait ressortir d'une série de cinq livres traitant d'une même histoire avec des points de vue différents (car cinq, c'est ambitieux!). En réalité, chaque nouveau tome à sa propre personnalité et apporte non seulement une nouvelle perspective, mais d'autres informations qui viennent enrichir et éclairer l'histoire. Ici, c'est la maîtresse du père de Yukiko qui prend la parole. Personnage plutôt effacé, voire en retrait lors des précédents tomes, elle nous livre maintenant l'histoire de ses origines, mêlée à des évènements majeurs de l'Histoire japonaise. Destin triste pour cette femme attachante mal partie dans la vie, heureusement bien entourée dans la vieillesse.
Beaucoup de pudeur, aucun jugement porté sur les personnages. C'est ce qui contribue à faire de cette pentalogie une œuvre réussie.

Présenté en ce mois au Japon dans le cadre du rendez-vous autour d'une plume féminine

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119 p

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets, Tome 3, Tsubame, 2001

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02/04/2018

Sayaka Murata, Konbini

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Repéré il y a quelque temps sur les blogs, Konbini est une première bonne surprise dans le cadre de mes lectures pour ce mois au Japon.

Keiko Furukura est employée dans un konbini, supérette japonaise. A 36 ans, sans être mariée comme c'est son cas, cela équivaut à être tout en bas de l'échelle sociale. Pourquoi n'a-t-elle pas de vrai travail ? Pourquoi ce temps partiel (de 5 jours tout de même) alors qu'habituellement ce sont les étudiants, les freeters (jeunes en situation de précarité) et les femmes mariées ayant besoin d'un revenu d'appoint qui font ce genre de travail ? A-t-elle déjà eu un petit ami ? Autant de questions que Keiko tente d'esquiver en prétendant souffrir de soucis de santé.

Si Keiko a choisi de continuer à travailler dans le même konbini après ses études, c'est parce qu'elle a conscience de ne pas avoir le comportement que la société attend d'elle, sans savoir pourquoi. Petite déjà, elle avait suscité l'effroi en proposant de cuisiner un oiseau mort dans le parc - oiseau que toutes les petites filles pleuraient - avant d'assommer avec une pelle un camarade de classe pris dans une bagarre quelques années plus tard, quelqu'un ayant dit qu'il fallait séparer les deux opposants. Ses réactions lui semblent rationnelles et justifiées et l'étonnement et la gêne qu'elle génèrent la laissent perplexe.

Adulte, elle constate que certaines de ses attitudes continuent d'étonner et préfère ainsi la sécurité de la supérette, régie par des codes vestimentaires et de langage; Keiko calque également son style vestimentaire personnel, ses intonations et certaines de ses réactions sur ceux de ses collègues, pour entrer dans le moule et paraître normale. Vivre semble être un travail de tous les jours.

Quelques extraits représentatifs de ce texte :

"Tout ce qui concerne la façon de parler, en particulier, je l'apprends par imitation. Mon langage actuel est un mélange d'Izumi et de Sugehara" (p 26).

" (...) Je m'inspire de son look. Vu de l'extérieur, j'ai tout de l'humain normal, portant un sac à la mode et s'exprimant selon les règles de la politesse et de la bienséance" (p 28).

" Ah, j'ai bien joué mon rôle d' "humain“, me dis-je en observant les réactions de mes deux camarades. Combien de fois ai-je éprouvé ce même soulagement entre les murs de la supérette!" (P 29)

Jusqu'au jour où elle propose à Shiraha, autre trentenaire en marge de la société, un contrat tacite : elle l'hébergera chez elle et le nourrira, à condition de pouvoir prétendre avoir un conjoint et ainsi faire cesser les questions. Comme le dit Shiraha, cynique et opportuniste :

" Dans ce monde régi par la normalité, tout intrus se voit discrètement éliminé. Tout être non conforme doit être écarté" (p 67)

Leur relation n'a rien de romantique, ni même d'amical. Il la trouve trop âgée, repoussante, méprise son travail dans un konbini et décide de prétendre être homme au foyer et pour cela, compte bien la forcer à obtenir un emploi stable. Keiko ne le trouve ni beau ni intéressant mais est soulagée de pouvoir prétendre avoir quelqu'un dans sa vie pour justifier son temps partiel et se rapprocher de la norme. Car plus le récit avance, plus on lui fait comprendre qu'elle a râté sa vie. Ainsi, quand Keiko énonce son idée d'une vie partagée, elle déclare prosaïquement à Shiraha:

" Je te fournirai ta pâtée. (...) C'est la première fois que j'héberge un être vivant, j'ai l'impression d'avoir un animal domestique." (P 86)

Un récit court et percutant sur la différence au sein de la société nippone - sujet qui trouve aussi un écho dans nos sociétés occidentales. Le portrait de Keiko est subtil, tandis que l'évolution des réactions de ses proches et collègues ne manque pas de cynisme. Un roman que j'ai dévoré avec beaucoup d'intérêt.

Au passage, j'ai découvert quelques "spécialités" culinaires propres à l'univers des supérettes : fromage à la rogue de colin, onigiri à la bonite séchée, pogo (saucisse sur bâtonnet), cidre chocolat-melon... et le très dépaysant "sandwich thon mayo", produit phare du magasin ! 

Lu pour le rendez-vous du mois consacré à la ville. Le konbini est situé dans un quartier d'affaires, en face d'une gare, dans un environnement très urbain.

124 p

Sayaka Murata, Konbini, 2016 (2018 en VF)

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29/04/2017

Medoruma Shun, Les Pleurs du Vent

shun_pleurs du vent.jpgDernière chronique de ce Mois au Japon, et une très belle rencontre avec cet auteur nippon que je ne connaissais pas du tout. C'est en déambulant entre les rayons de L'Arbre à Lettres dans le Marais que je suis tombée sur ce livre à la jolie couverture (dont les couleurs ne sont pas très bien rendues ici).

Après Shimazaki qui évoquait la bombe atomique dans Le Poids des Secrets, Medoruma Shun évoque aussi la seconde guerre mondiale, avec la bataille d'Okinawa. Que ceux qui n'aiment pas les romans traitant de guerre ou de bataille se rassurent : point de combat ici, ni de tactiques de guerre, mais plutôt le souvenir d'une période douloureuse et son empreinte sur plusieurs protagonistes des décennies plus tard.

Les Pleurs du vent, ce sont les lamentations du crâne d'un kamikaze japonais tué pendant la guerre, qui repose dans un ossuaire désormais inaccessible en haut d'une falaise, face à la mer. Quand le vent souffle, une plainte sourde et angoissante résonne. Des légendes courent sur ce crâne. On ne connaît pas leur nature mais on sait qu'elles sont suffisamment inquiétantes pour tenir les gens à l'écart. 

Puis arrive une équipe de reporters, décidés à filmer le crâne et à raconter son histoire. Chez les habitants, les points de vue divergent. Certains y voient l'opportunité d'attirer l'attention sur le village et de développer le tourisme. Seikichi, lui, s'oppose fermement à ce qu'on dérange le crâne. Et pour cause, il en sait bien plus long que tous les autres sur ses origines.

Ce court roman est un coup de coeur pour moi. Comme le dit l'éditeur : ce texte "conte magnifiquement la paix retrouvée des âmes". Sa construction est originale et nous entraîne là où on ne pensait pas forcément aller au départ. L'écriture m'a séduite, en particulier lorsque l'auteur décrit la nature autour du village, avec son aspect sauvage et luxuriant, voire dangereux : "la prolifération des banians et des liserons", "l'embouchure où la mangrove poussait dru", ou encore cette luciole qui jaillit "laissant derrière elle une fugitive traînée scintillante ; elle tourna autour d'Akira, monta le long de la cascade de liserons, passa entre les deux formes légèrement bleutées et s'évanouit". Je ne regarderai plus jamais un crabe de la même façon désormais (si vous voulez savoir pourquoi, il ne vous reste plus qu'à lire ce roman).

J'ai découvert que les éditions Zulma avaient publié un recueil de nouvelles de cet auteur. Autant vous dire que je pense déjà en parler l'an prochain lors du prochain Mois au Japon.

124 p

Medoruma Shun, Les Pleurs du Vent, 1997

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28/04/2017

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets T2, Hamaguri

shimazaki_hamaguri.jpgJ'ai manqué le jour de la lecture commune consacrée à la pentalogie Le Poids des Secrets mais, le Mois au Japon touchant à sa fin, je triche un peu en antidatant mon billet afin de pouvoir partager avec vous mes dernières lectures nippones.

Deuxième tome de la pentalogie, Hamaguri est en quelque sorte le miroir du 1er tome, dans lequel la narratrice racontait un secret de famille à sa fille dans une lettre posthume. Elle y évoquait notamment le jeune fils de ses voisins, lorsqu'elle était adolescente pendant la 2e guerre mondiale et notamment, lors des bombardements américains. Dans ce nouvel opus, c'est le jeune voisin qui s'exprime. C'est désormais un homme âgé, qui n'a pas oublié son amour de jeunesse. On lit ce tome avec d'autant plus d'intérêt que l'on connaît d'avance le secret que cet homme mettra toute sa vie à comprendre.

Hamaguri porte un autre regard sur une histoire commune. Comme le roman précédent, il est porté par une écriture fluide et épurée. La structure narrative va elle aussi à l'essentiel. Les personnages n'en sont pas moins attachants. La guerre occupe une place moins importante, en revanche, le carcan social est au premier plan, puisqu'il est question des choix qui s'offrent à une mère célibataire et son fils "bâtard", souffrant de la cruauté des autres enfants.

Un récit d'une simplicité désarmante et de nouveau, un vrai bonheur à la lecture.

112 p

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets Tome 2, Hamaguri, 2000

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11/04/2017

Keigo Higashino, La Maison où je suis mort autrefois

higashino-la-maison-ou-je-suis-mort-autrefois-623808-264-432.jpgVoilà ma première expérience de polar japonais, avec ce roman encensé par la critique et récompensé par le Prix du Polar international de Cognac en 2010.

Sayaka sollicite son ex-petit ami (narrateur de cette histoire) afin de l'aider dans une quête personnelle. La jeune femme ne conserve aucun souvenir de ses années précédant l'entrée au primaire. Suite au décès de son père, elle a retrouvé une clef et un plan. Se souvenant que son père disparaissait parfois pendant plusieurs jours d'affilée autrefois, elle décide de retrouver la maison et espère que cela lui permettra de recouvrer la mémoire par la même occasion. 

Près d'un lac, ils découvrent ainsi une construction de style occidental, cachée entre les arbres. Le temps semble s'y être arrêté. Tous les réveils, horloges et montres indiquent la même heure. La poussière s'est déposée en couches épaisses. Une chambre d'écolier semble figée depuis des années. Le journal du petit garçon qui l'occupait s'est arrêté brutalement. La porte d'entrée est condamnée, il faut ainsi passer par une cave obscure pour accéder à la maison.

Qu'est-il arrivé aux occupants, qui semblent avoir disparu brutalement ? Quel lien avec Sayaka ou son père ?

Un roman policier qui sort des sentiers battus. On se prend même à frissonner à moment donné lorsque le soir tombe - a-t-on vraiment envie de passer la nuit là avec les protagonistes ? Difficile d'en dire davantage sans dévoiler l'intrigue mais voilà avant tout un roman à l'ambiance glaçante très réussie.

Lu dans le cadre de la LC : Un roman policier / thriller.

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256 p

Keigo Higashino, La Maison où je suis mort autrefois, 2010 (pour la publication française)

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03/04/2017

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets T1, Tsubaki

shimazaki_tsubaki.jpgCela fait des années que j'avais envie de lire Le Poids des Secrets d'Aki Shimazaki - depuis 2007 si j'en crois ma wish list en ligne ! L'an dernier, les billets de Romanza ont agi comme une petite piqûre de rappel. Je viens donc de lire Tsubaki, premier récit de cette pentalogie.

A sa mort, Yukiko laisse à sa fille deux lettres : l'une destinée à un frère dont on ignorait l'existence, l'autre racontant son adolescence pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Dans ce court roman, Yukiko révèle un secret familial pesant, qui l'a tout autant marquée que l'explosion de la bombe atomique dont elle a été témoin.

Tout en finesse, Tsubaki (Camélia) nous livre les souvenirs d'une femme toute jeune pendant la guerre, travaillant à l'usine pour aider son pays, croisant des prisonniers américains sur son chemin. Une jeune femme également éprise de son voisin, qui a soif de vivre dans un contexte oppressant - car on pressent la défaite du Japon et quant au lecteur, il sait déjà qu'une bombe atomique ravagera la ville quelque temps plus tard.

Ce court récit est un petit bijou, insérant la petite histoire dans la Grande Histoire avec brio. Le contexte historique est au centre du récit ; difficile de rester indifférent aux interrogations du petit-fils de la principale protagoniste : Les victimes étaient pour la plupart des civils innocents. Plus de deux cent mille personnes ont été tuées en quelques semaines ! Quelle est la différence avec l'Holocauste des nazis ? (p11). Malgré tout, l'histoire personnelle de Yukiko est suffisamment intéressante pour toucher le lecteur au-delà de la catastrophe qui s'annonce.

J'ai retrouvé la pudeur et la subtilité des plumes japonaises que je connais. Beaucoup de retenue, une histoire racontée sans détour, sans grands effets ni détournements de notre attention vers d'éventuels détails ou histoires périphériques. La narratrice ne cherche pas non plus à susciter chez nous une émotion particulière : son récit est simple, factuel, sans étalage de sentiments, et pourtant touchant et très humain.

Une belle lecture.

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Le billet de Pasión de la lectura sur les cinq tomes et le billet de Romanza (dont j'aime beaucoup la mise en scène du livre).

Lu dans le cadre de la lecture commune : "Les plumes féminines japonaises à l'honneur".

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115 p

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets, T1, Tsubaki, 1999

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14/03/2012

Direction le Japon !

OGAWA-Yoko-Amours-en-marge.gifLorsqu'on me demande quel est mon auteur préféré, je ne pense plus à citer Yoko Ogawa, pourtant elle fait définitivement partie des écrivains que j'admire le plus. Je l'ai découverte à la sortie du Musée du Silence puis me suis régalée avec La Formule préférée du professeur. Depuis l'ouverture de ce blog j'ai chroniqué plusieurs de ses textes mais je ne la lis plus qu'occasionnellement alors que j'ai encore plusieurs de ses romans en attente. Il y a quelques semaines j'ai profité d'un week-end au chaud pour ouvrir enfin Amours en marge, son premier roman.

Ogawa m'a séduite dès la première rencontre par son univers bien particulier, sa façon bien à elle de mettre en avant des fractions de vie ou des rencontres intenses et sans lendemain, plongeant le lecteur dans une réalité fragile, précaire et souvent en décalage avec nos repères occidentaux.

Dans ce roman, la narratrice est atteinte d'une maladie qui lui fait percevoir des bourdonnements et amplifie les sons au point de la faire hospitaliser. Les symptômes se sont déclenchés juste après le départ de son mari, qui l'a quittée pour une autre. Le récit débute avec la participation de la narratrice à une réunion pour un journal médical. D'autres personnes ayant souffert de ce type de troubles sont réunies pour faire part de leur expérience, des premières manifestations de la maladie à la guérison. L'héroïne y fait la connaissance de Y, sténographe, et est de suite fascinée par ses mains et le pouvoir que leur confère la sténographie. Le roman nous fait suivre ces deux personnages pendant quelques mois, à travers les rechutes et guérisons de la narratrice et leurs rencontres régulières.

Plutôt qu'une nouvelle qui aurait pu bien se prêter à cette histoire, Ogawa a préféré s'étendre en écrivant ce roman apaisé où plusieurs sujets et thèmes sont exploités de manière récurrente, avec d'infimes variations. L'héroïne semble ne pas beaucoup évoluer du début à la fin, alors que, symboliquement, sa vie a changé grâce à Y qui a sténographié ses propos le temps d'utiliser un bloc entier de papier épais, couleur crème (le tas diminuant inquiétant la narratrice, qui sent qu'ensuite sa relation avec Y lui échappera). Y semble réel mais, lorsqu'on connaît Ogawa, on se doute bien qu'il est vain d'espérer l'accomplissement d'une histoire d'amour (d'ailleurs, ce sont davantage les mains de Y que le personnage, dont on ne sait pas grand-chose, qui intéressent la jeune femme)... les dernières pages sèment le doute dans l'esprit du lecteur. Y, si disponible, parfois là quand on ne l'attend pas, disparaissant à la fin du roman en laissant une fausse adresse, le lieu en question étant malgré tout lié au personnage par un détail troublant. Peut-être peut-on considérer qu'il s'agit d'un roman contemplatif. On le lit dans le calme, en se délectant de scènes banales qui, à travers le regard d'Ogawa et sa plune fluide, prennent un sens, une profondeur insoupçonnés. Sans être mon texte favori de l'auteur, c'est indéniablement un beau récit dont j'ai beaucoup apprécié la lecture.

Wictoria qui aime elle aussi Ogawa a écrit un billet très intéressant sur ce roman, dans lequel elle relève notamment tous les thèmes récurrents chez cet écrivain (tels l'eau, les entraves, le corps humain...).

Sur ce blog, quelques chroniques de textes d'Ogawa :

Une lecture qui tombe à pic puisque le salon du livre 2012 qui aura lieu la semaine prochaine à Paris  met la littérature japonaise à l'honneur... j'espère en profiter pour découvrir de nouveaux auteurs, même si je suis très déçue qu'Ogawa ne soit pas présente !

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Yoko Ogawa, Amours en marge, 1991

11/02/2012

La carte du monde invisible

aw tash carte monde invisible.jpgLa Carte du Monde de Tash Aw m'éloigne temporairement de mes promenades anglaises ; c'est même une lecture bien différente des romans vers lesquels je me tourne spontanément et pourtant j'ai passé un excellent moment.
Ce récit nous plonge dans l'Indonésie de 1960, lorsque le jeune Adam voit son père adoptif d'origine hollandaise se faire embarquer par des soldats. En fouillant dans la maison, il trouve la trace d'une certaine Margaret, qui aurait beaucoup compté pour son père ; l'adolescent part à sa recherche en quittant sa petite île pour Jakarta. C'est une ville tentaculaire, fascinante et sordide à la fois, dans laquelle les ressortissants étrangers ne se sentent plus tellement en sécurité, alors que le Président tend à se rapprocher de ses alliés communistes et que les manifestations se multiplient.
Plusieurs voix en alternance retracent l'histoire d'Adam, orphelin, de son frère Johan, adopté en Malaisie, de Karl, le père, amour de jeunesse de Margaret, elle-même enseignante américaine dont le collègue Din est soupçonné d'être à la tête d'un groupe extrémiste. Souvenirs et présent se mêlent, avec en toile de fond un contexte politique agité.
Je ne raffole pas des romans politiques mais cette dimension ne m'a pas du tout gênée et nourrit le récit intelligemment, s'invitant dans l'histoire personnelle des différents protagonistes. Outre la question du régime politique préférable et la perte d'illusions de ceux qui avaient cru à une nouvelle Indonésie, c'est aussi la société qui est dépeinte ici, avec le gouffre séparant les plus riches du reste de la population, presque miséreuse et sans avenir. Comme l'a déjà écrit mon amie Cryssilda, "le texte est en dialogue constant avec lui même" : chaque chapitre fait écho à un autre, les histoires  s'entrecroisent et le contexte historique explique le parcours atypique des personnages.
Malgré les apparences, ce roman pose un regard éclairé sur une époque trouble et ne sombre pas dans le pessimisme ; pour preuve la fin plutôt heureuse pour les principaux personnages.
Très agréablement écrit, ce roman offre de beaux tableaux d'un pays qui parviennent à émouvoir le lecteur tout en le mettant mal à l'aise. Il pose aussi la question passionnante de l'identité : Margaret, américaine de nationalité, a bourlingué dans de nombreux coins du monde et a choisi de s'installer à Jakarta, parlant d'ailleurs parfaitement indonésien ; mais lorsque les tensions entre les deux pays montent, Margaret et ses compatriotes ne sont soudain plus les bienvenus. Adam a la peau plus claire que les enfants de l'île dans laquelle il grandit et reste ainsi un peu à part ; fasciné par l'Europe, il aimerait apprendre le néerlandais mais Karl refuse de parler sa langue natale et veut vivre en respectant autant que possible la culture indonésienne, alors qu'il est toujours perçu comme un Hollandais par la population locale. Au final, à quel pays, quelle nation, quelle culture appartenons-nous ? A celle qui figure sur notre passeport, à celle de nos parents ou bien à celle que nous choisissons ?

Un roman vraiment intéressant que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.
Merci à Christelle des éditions Robert Laffont pour cette belle découverte... je regrette vraiment de ne pas avoir pu assister à la rencontre avec l'auteur, je me serais régalée !

Les avis de Cryssilda, Titine

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442 p

Tash Aw, La carte du monde invisible, 2009

20/11/2010

La forêt gardait le silence

ogawa_tendres_plaintes.gifJ'ai découvert Yoko Ogawa il y a quelques années en tombant par hasard en librairie sur Le Musée du Silence, dont la couverture tout autant que le résumé avaient éveillé mon intérêt. C'était ma première rencontre avec la littérature japonaise et je dois dire que depuis, rares sont les auteurs qui  sont parvenus à me charmer autant que Yoko Ogawa.

Comme d'autres lectures avant, le roman Les Tendres Plaintes m'a donné à la fois l'impression de parcourir un univers bien propre à l'auteur et d'être de nouveau dépaysée. J'ai noté également cette idée chez Loula qui dit avoir finalement du mal à cerner cet auteur. Ayant commencé par lire Le Musée du Silence et L'Annulaire, à la fois mystérieux, magnifiques et morbides, j'ai été étonnée par La Formule Préférée du Professeur dont le sujet était très différent. Et finalement, chaque nouvelle lecture m'a donné l'impression de découvrir une autre facette d'Ogawa, tout en retrouvant avec plaisir certains éléments qui me donnent en quelque sorte l'impression d'être en présence de vieux amis lorsque je lis un de ses textes.

Il est ici question de la calligraphe Ruriko qui, son mariage battant de l'aile, se rend subitement dans le chalet de vacances de sa famille afin de s'éloigner d'un mari violent qui fréquente ouvertement une autre femme. Elle fait la connaissance de Nitta, fabricant de clavecin, et de Kaoru, son assistante. De là naît rapidement une amitié entre la jeune femme et ses voisins qui lui font entrevoir de nouveaux horizons à travers leur passion pour le clavecin. Mais Ruriko s'éprend de Nitta et le trio est mis en péril alors que peu à peu la jalousie l'étreint, lorsqu'elle s'aperçoit que Nitta et Kaoru partagent un monde dont elle ne pourra jamais faire partie.

Sur un rythme lent propre à Ogawa, les tensions finissent par attendre leur point culminant jusqu'à la chute inexorable. Si la psychologie des personnages joue un rôle important avec l'impénétrable Nitta, la tendre Kaoru ou Ruriko, plus torturée, d'autres éléments plus périphériques et souvent descriptifs ont toute leur place dans le récit : la fascination de Ruriko pour la chair tendre d'une voisine bien portante, la façon dont les personnages servent les plats et ce qu'ils mangent, de même que l'histoire parallèle d'une vieille dame anglaise dont Ruriko est chargée de recopier la biographie. On retrouve les belles descriptions de la pluie et des plans d'eau qu'Ogawa semble affectionner tout particulièrement, ainsi qu'un événement qui fait écho à l'Annulaire, à travers un doigt mutilé.

Si les livres de cet auteur ne sont pas toujours gais (celui-là mêlant les moments de plénitude à une histoire au fond plutôt mélancolique), ils parviennent presque toujours à m'arracher au quotidien et à me donner l'impression d'évoluer dans une bulle étrangement calme et bénéfique. Cette fois aussi j'ai vraiment savouré ce plongeon dans ce monde particulier que je quitte à regret, avec l'envie d'ouvrir rapidement les quelques livres d'Ogawa qui me restent à découvrir.

Un roman empreint de sensibilité que je conseille à tous ceux qui ont déjà aimé Ogawa. Je sais de moins en moins quel roman recommander à ceux qui ne la connaissent pas, car les sujets varient tellement qu'il est difficile de se décider.

"Les rayons miroitaient à la surface de l'eau. La couleur en était différente à chaque battement de mes paupières. J'ai essayé de concentrer mon regard pour la sonder mais en vain. Je me figurais un fond sableux, des masses compactes d'herbes aquatiques qui ondulaient, mais je ne distinguais que de simples ténèbres" (p209)

De Yoko Ogawa sur ce blog : La Petite Pièce Hexagonale, La Piscine / Les Abeilles / La Grossesse, Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie. Lus par ailleurs : La Formule préférée du Professeur, L'Annulaire et Le Musée du Silence.

D'autres avis sur Les Tendres Plaintes : Le Globe-Lecteur, Livrogne, Loula, Marie (La Page déchirée)Mirontaine, Mrs Pepys, Pierre C (La Littérature japonaise), Virginie (Perdue dans les Livres)...

Ci-dessous, Les Tendres Plaintes de Rameau.
http://www.youtube.com/watch?v=segCBE0oX9Q
4coeurs.jpg

 

 

239 p

Yoko Ogawa, Les Tendres Plaintes, 1996

19/12/2008

La vie rêvée des plantes

seung-u_vie revee des plantes.jpgAmis lecteurs, vous êtes jeunes, vous êtes beaux, vous êtes rebelles, vous êtes fougueux ! Alors peut-être serez-vous tentés par un souffle d’air frais en provenance de Corée, un livre assez curieux qui me fait découvrir un autre pan de la littérature asiatique – car en dehors de quelques Japonais vénérés, j’ai de nombreuses découvertes à faire de ce côté-là !

 

La vie rêvée des plantes m’a été offert fin novembre. Je voulais découvrir depuis longtemps  les Editions Zulma et, intriguée par le titre fort bucolique, je n’ai pas tardé à sortir ce livre de ma PAL. Miraculeusement, il n’a pas eu le temps d’attendre avec espoir pendant quelques jours, soupirer pendant de longs mois, pleurer au bout d’un an jusqu’à désespérer totalement et tenter un vain suicide en sautant de son étagère – Jane Austen a joué les rebelles ce week-end en s’effondrant lourdement sur le parquet, après deux mois d’attente seulement ; régnant en maître absolu et tyrannique sur ma bibliothèque, je lui ai vite remis les idées en place en la coinçant au fond d’un rayon sous un gros Thackeray, ce qui est légèrement tendancieux et mesquin, mais j’assume.

 

Bref. Difficile de planter le décor sans en dire déjà un peu trop, car les trente ou quarante premières pages annonçant la couleur m’ont particulièrement tenue en haleine, bien plus qu’une bonne partie du roman. Mais autant vous donner envie d’emblée et il est difficile de donner une petite idée du sujet du livre sans évoquer le début (vous vous empresserez ensuite d’oublier ceci et ne lirez surtout pas le résumé de l’éditeur avant de découvrir le livre).

 

Le héros est chargé d’enquêter sur sa mère par un mystérieux inconnu. Il découvre en la suivant qu’elle emmène régulièrement son frère dans un bordel du Marché aux Lotus. Ayant perdu ses deux jambes au cours de son service militaire, le frère s’est replié sur lui-même depuis son retour à la maison. Autrefois un jeune homme brillant, photographe amateur engagé, le frère est devenu l’ombre de lui-même et a perdu sa petite amie. Assez rapidement, le héros laisse entrevoir un drame inattendu : amoureux de la petite amie de son frère, il culpabilise pour des raisons obscures par rapport à la situation de ce dernier. Y serait-il pour quelque chose ?

 

Après un début prometteur qui a vite fait de susciter la curiosité du lecteur, j’ai trouvé le livre sympathique mais un poil décevant avant de comprendre que le cheminement de notre héros avait un but bien précis.

 

L’entrée en matière fracassante laissait peut-être entendre que le livre serait fait de rebonds et que le suspense régnerait en maître. Peut-être que je pensais que plus de secrets ombrageux seraient dévoilés. Ou que les situations incongrues se multiplieraient. Pourtant, le roman semble ensuite suivre un long fleuve tranquille. Les révélations sont sans surprise pour le lecteur, le développement suit son cours avec sérénité (un peu trop ?), les grands mystères familiaux font place aux souvenirs d’une histoire d’amour qui n’a pas abouti, ce qui est touchant mais déjà nettement moins passionnant. Ce n’est pas tant le manque d’action qui m’a gênée que le ronronnement d’un texte où l’action ne crée pas la surprise, loin de l’effet d’annonce trompeur de l’introduction.

 

Bref, j’étais sur le point de me dire que La vie rêvée des plantes est un roman divertissant sans rien de spécial, avant d'aborder la dernière partie, que je trouve de toute beauté. Car les nombreux détails glissés auparavant n’ont bien sûr pas été évoqués par hasard. Après avoir suivi passivement le héros de bout en bout, le lecteur détient toutes les clefs pour saisir la magie d’une fin toute symbolique. Les derniers chapitres, très poétiques, sont emplis d’amour, d’humanisme et d’un respect profond et intuitif du monde des plantes, tandis que le titre trouve toute son explication.

 

Les thématiques de ce livre apparemment facile d’accès sont nombreuses. Parmi elles, l’engagement et la résistance face à un pouvoir répressif, thème cher à l’auteur (Transfuge).

 

L’amour, la fidélité et la notion de moitié, joliment exprimée par une métaphore renvoyant au monde des plantes.

 

Les relations complexes entre membres d’une même famille : amour, non-dits, compréhension, secrets, connaissance et compréhension de ses proches. Ainsi, si les parents du héros vivent en étrangers dans la même maison, leur apparente indifférence ne marque pas forcément l’absence d’amour ou d’harmonie. L’amour fraternel est mis à l’épreuve et des similitudes entre générations apparaissent au fil du récit.

 

La nature enfin est un thème a priori marginal qui prend soudain toute son importance et confère un caractère sacré aux amours humains décrits dans le roman. On pense bien sûr à la forêt peuplée de dieux, vivante et fantastique propre à certains pays asiatiques, mais les références à la mythologie sont nombreuses elles aussi.

 

L’ensemble est décrit avec beaucoup de sensibilité et la fin est d’autant plus touchante que le héros ne ressort pas victorieux de la confrontation avec sa famille. Perçu comme un éternel raté, il fait presque toujours l’objet du mépris de ses parents malgré son dévouement sans bornes. Le roman s’achève d’ailleurs sur ces dernières phrases : « Les rayons du soleil se métamorphosent en larmes tombant dans la mer. Des larmes qui scintillent comme des diamants. Moi, je ne verse jamais de larmes. »

 

300 p

 

Lee Seung-U, La vie rêvée des Plantes, 2006