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18/06/2014

Clues, Tome 2, Dans l'ombre de l'ennemi

clues_T2.jpgAprès un premier tome très réussi, je me suis plongée sans attendre dans le second. Bien m'en a pris car je me suis régalée ! Quelle série passionnante ! Celle-ci traite d'une enquête se déroulant à Londres au XIXe. La jeune Emily se fait embaucher par Scotland Yard et enquête auprès de l'inspecteur Hawkins sur une affaire liée à un gang des plus dangereux, responsable de la mort de sa mère (j'en parle davantage dans mon billet sur le premier tome).

Avec Dans l'Ombre de l'Ennemi, l'enquête s'accélère sérieusement. On se doutait bien que la mère d'Emily n'était pas étrangère à Hawkins mais cela se confirme. La relation entre les deux principaux protagonistes (Emily et Hawkins) devient plus complexe et gagne en intérêt car s'est installée une admiration mutuelle entre les personnages, malgré les rebuffades de l'inspecteur qui pourraient laisser penser le contraire le concernant. Le médecin légiste Henry Feldman voit également son rôle s'étoffer. Jeune homme sympathique dans le premier tome, il commence à tenir tête à Hawkins et se rapproche également d'Emily. Outre les personnages de plus en plus développés, Dans l'Ombre de l'Ennemi s'appuie sur un scénario efficace qui nous tient en haleine de la première jusqu'à la dernière page. L'affaire initiale prend une autre dimension et devient un complot aux visées politiques, impliquant des personnages influents. Ayant été retirés de l'affaire, nos héros poursuivent leur enquête à titre personnel, malgré le danger. Côté illustrations, on sent que Mara prend davantage de plaisir à croquer les personnages et leurs tenues vestimentaires (un régal pour les yeux !) que le paysage citadin, sobre et assez peu détaillé.

J'ai hâte de lire le tome 3 qui malheureusement n'est pas à la médiathèque (faute de place je m'interdis depuis quelques mois de m'offrir les séries de BD à moins de les trouver en intégrale... pourtant ce n'est pas l'envie qui manque !).

Série chaudement recommandée par votre fidèle et dévouée !

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56 p

Clues, T2, Dans l'Ombre de l'ennemi, Mar, 2010

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07/02/2012

Happy birthday Mr Dickens !

ohl- charles dckens.gifJe ne sais même pas comment commencer ce billet, à vrai dire je sens déjà qu'il sera aussi intéressant que le discours de la crevette quand la marée monte mais si je ne le fais pas maintenant, je ne vous parlerai jamais de la magnifique biographie de Charles Dickens par Jean-Pierre Ohl

J'ai pris tant de notes, décoré mon exemplaire de tant de post-its à la lecture que je pourrais tout aussi bien écrire un billet sans fin. Coupons la poire en deux : j'évoquerai surtout ici quelques aspects de la personnalité de Dickens qui m'ont paru particulièrement intéressants. 

Cette biographie suit de façon assez classique le parcours de Dickens au fil des années, mêlant son histoire personnelle à son travail et indiquant ainsi en quoi tel ou tel événement marquant a eu une influence sur ses écrits. Sur la vie personnelle de l'écrivain, Ohl cherche à se montrer objectif et ne porte pas de jugement ni ne se prononce lorsqu'il s'agit de définir la nature de ses relations avec l'actrice Ellen Ternan ou ses deux belles-soeurs, qui ont finalement sans doute davantage compté pour lui que sa femme. Du moins c'est ainsi que je l'ai perçu, d'autant plus que Dickens est lassé des multiples grossesses de son épouse et sera d'ailleurs un père autoritaire et dur, sans doute pour éviter chez ses enfants l'échec de son père et de ses frères, assistés financièrement.

Le livre s'achève ainsi sur le Mystère d'Edwin Drood et recense les différentes hypothèses émises quant à la nature de la disparition de Drood et à l'éventuel assassin ; j'étais en pleine lecture de ce roman inachevé lorsque j'ai lu ce dernier chapitre qui a apporté un éclairage nouveau sur les personnages, à commencer par Jasper en qui on pouvait peut-être voir un Jasper-Hyde avant l'heure. Un chapitre particulièrement passionnant (j'ai évoqué quelques suppositions dans mon billet sur Edwin Drood), mais ce constat pourrait s'étendre à l'ensemble de cette biographie.

Ohl insiste beaucoup sur les paradoxes qui caractérisent Dickens : son intérêt pour les malheureux oubliés par la société mais son manque d'empathie lorsqu'il est vraiment confronté au peuple tel qu'il est en réalité (Ohl parle de sa « croisade grotesque contre les musiciens de rue qui jouent sous ses fenêtres ») ; la tentation du dandysme lorsqu'il est jeune, sa volonté farouche de réussir sur le plan social et sa critique de la bourgeoisie ; ses espoirs lors de l'avènement de la reine Victoria, ses convictions fortes (ainsi Oliver Twist est un « brulôt » en réponse à la nouvelle Poor Laws) mais son aversion pour toute forme de politique ou d'organisation pouvant justement mener à bien les réformes qui lui tiennent à coeur. Curieusement, alors que Dickens est un gentleman « éclairé », sensible aux progrès sociaux qui doivent impérativement voir le jour sous le règne de la jeune reine Victoria, Dickens est comme beaucoup de ses contemporains fortement conservateur sur certains sujets : ainsi il dresse un portrait bien peu flatteur des Juifs dans ses romans (tel Fagin dans dans Oliver Twist), même s'il prend conscience de son erreur et tente de rétablir un semblant de vérité en dressant bien maladroitement le portrait d'un Juif exemplaire à la fin de sa vie, dans l'Ami commun (à ce sujet, un autre texte en ligne) ; de même il se prononce en faveur de la répression suite à une révolte des Noirs en Jamaïque. 

ohl.jpgAvec beaucoup de facilité, Ohl nous captive, fait vivre devant nous un Dickens bien réel, parfois antipathique mais fascinant, tout en faisant en sorte de nous donner envie de lire tous ses romans, y compris ceux dont il a relevé les faiblesses. Ce texte est si dense qu'il me faudra sans doute le relire plusieurs fois pour mieux appréhender la genèse de l'oeuvre de Dickens, mais c'est sans aucun doute avec plaisir que je relirai ces passages. Ce livre apportera un éclairage intéressant à ceux qui ont déjà lu les romans de Dickens et constituera sinon pour les autres une clef d'entrée idéale pour les guider dans l'étonnant monde dickensien.

murail- bio dickens.gifPour une autre biographie de Dickens adaptée à un jeune public, je vous recommande le livre de Marie-Aude Murail (un régal) ; quant à Jean-Pierre Ohl, son roman Les Maîtres de Glenmarkie est un des romans français que je préfère, si vous ne l'avez pas lu je vous recommande très fortement de le faire (non ce n'est pas une hache que je cache derrière mon dos au cas où vous douteriez encore de l'intérêt de cette lecture, je suis persuadée que nous n'avons pas besoin d'en arriver là).

Aujourd'hui Charles Dickens fêterait ses 200 ans. Elles le fêtent aussi : Cryssilda avec Les Chroniques de Mudfog (j'étais passée à côté de ce texte mais mon édition était aussi plein de coquilles), Karine:) et Titine avec cette biographie de Jean-Pierre Ohl... mais aussi depuis Isil, Kikine, Sabbio, Mélodie, Ellcrys, Allie, DeL ...

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286 p

Jean-Pierre Ohl, Charles Dickens, 2011

dickens 2012.jpg jean pierre ohl,charles dickens,biographie de charles dickens,angleterre,angleterre xixe,angleterre victorienne,romans anglais

17/04/2011

Back to the Past : le recap !

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Parce que c'est tout de même plus pratique, voici le billet que j'actualiserai régulièrement en ajoutant vos publications. Merci de bien laisser vos liens par ici (dans le cas contraire je les ajouterai bien entendu aussi au récapitulatif, mais il n'est pas dit que je n'oublierai pas quelques liens ;)).

J'ajoute dans la colonne de gauche de mon blog un logo du challenge (j'ai choisi un logo de la Tea Cup Special offer, car je ne résiste pas à son côté British très savoureux). En cliquant sur ce logo, vous aurez dorénavent tout de suite accès au billet ici présent, pour laisser vos liens et commentaires.

Si ce billet salon de thé est ouvert pour pouvoir aussi discuter des films et séries pendant que vous les regardez (avec spoilers et réactions à chaud évidemment), vous êtes également invités sur le groupe Face Book du challenge, que je viens tout juste de créer : Le groupe FB Back to the Past.

Vous pouvez retrouver les logos ici.

Un challenge organisé avec Maggie.

 

Back to the Past, le bilan :

ROYAUME UNI

L'Aigle : Choupynette

Brave Heart : Aymeline,

Daniel Deronda - BBC: Titine,

Downton Abbey - BBC (2010) : Lou, Maggie, Titine,

The Duchess : Margotte,

Elizabeth, l'Âge d'or : Maggie,

Emma (1996) : Aymeline, Sabbio,

Emma (2009) : Eiluned,

Frankenstein : Maggie,

Hercule Poirot et Miss Marple : Maggie,

An Ideal Husband (1999) : Lou,

The King's Speech (2010) : Pascale, Sabbio,

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine

Mary Reilly : Maggie,

Miss Potter : Maggie,

The Name of the Rose : Choupynette,

Pride & Prejudice (2005) : Eiluned, Miss Alfie,

Retour à Howards End : Céline,

Robin des Bois : Pascale,

Rob Roy : Pascale,

Sense & Sensibilty (1995) : Aymeline,

Shakespeare in love : Maggie,

The Tudors (Saison 3) : Margotte,

The Tudors (Saison 5) : Margotte,

Wilde : Titine,

ETATS UNIS

The house of mirth : Maggie

Pale Rider (1985) : Pascale

Les Quatre Filles du Docteur March : Maggie

CANADA

Iron Road : JainaXF

FRANCE

Beaumarchais L'Insolent : Maggie

Il ne faut jurer de rien : Maggie

Impromptu : Maggie

Marie-Antoinette : Sofynet

ITALIE

Le Guépard / Il Gattopardo (1963) : Sabbio,

HONGRIE

La Comtesse : Margotte,

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02/05/2010

Etre aimée, défendue, protégée

tournier-zelda.gif"Pour les uns, par exemple, c'est l'alcoolisme de mon père qui aurait rendu ma mère folle. Pour d'autres, c'est l'inverse : mon père s'est mis à boire parce que ma mère était folle. Si on me pose la question, je réponds que je n'en sais rien. ça reste pour moi une énigme. Et c'est en partie cette énigme qui a fait de leur couple un couple mythique" (p123)

Le couple Scott - Zelda Fitzgerald me fascine et quoi qu'en disent certains, leur relation est classée pour moi au panthéon des amours tragiques, de ces histoires des temps modernes qui ont, sans le vouloir, donné jour à une légende et à tout un imaginaire. Avec Zelda de Jacques Tournier, nous retrouvons le couple à la fin de son séjour en Europe, lorsque Zelda est déjà hospitalisée. S'ensuivent le retour aux Etats-Unis, les séjours en clinique et le déclin d'un couple qui ne peut vivre séparé tout en étant incapable d'être heureux ensemble.

Cette Amérique qu'ils retrouvent est une Amérique moribonde, en plein marasme économique, suite au "Jeudi Noir" de 1929 et au krach boursier de Wall Street.

"C'était un automne lugubre, écrira Scott. Nous avons franchi un barrage de douaniers étrangement courtois, puis tête basse et chapeau bas, nous sommes entrés dans le vide du sépulcre. Quelques fantômes dérisoires tentaient parmi les ruines de se persuader qu'ils existaient encore, mais la vanité de leur mascarade se devinait à leurs joues creuses, au chevrotement de leurs voix." (p27)

fitzgerald_zelda2.jpgCe court ouvrage s'appuie largement sur la correspondance échangée entre Scott et Zelda. L'auteur développe également le contexte dans lequel ont été écrit Accordez-moi cette valse et Tendre est la Nuit, deux romans traitant de la vie du couple en adoptant une approche tout à fait différente. L'accueil de chacun de ces livres par le conjoint fait partie des aspects les plus intéressants du récit, chacun hésitant entre jalousie, souffrance et respect. Il apporte également un éclairage intéressant en faisant intervenir d'autres personnages : la mère de Zelda, dont on découvre qu'elle rêvait d'indépendance et ressemblait à bien des égards à sa fille ; Scottie, l'enfant du couple qui est amenée à parler de ses parents.

Contrairement à Alabama Song dont le ton m'a beaucoup dérangée ("J'ai épousé une poupée mâle et blonde pas capable de bander")*, j'ai apprécié la sensibilité et la finesse qui caractérisent le texte de Jacques Tournier, dans cette biographie à l'écriture très agréable et au fond intéressant. L'auteur aborde les moments difficiles du couple avec pudeur mais franchise. A noter que Jacques Tournier entretient une relation particulière avec les Fitzgerald et semblait tout indiqué pour écrire à leur sujet, puisqu'il a traduit les deux romans les plus connus de Scott Fitzgerald ainsi qu'une cinquantaine de nouvelles.

* Suite à mon billet mitigé, Gilles Leroy a répondu dans les commentaires à certaines des critiques qui lui ont été faites.

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178 p

Jacques Tournier, Zelda, 2008

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21/11/2009

Le héros de ma propre vie

murail_dickens.gifN'ayant pas trouvé le temps de lire Oliver Twist pour la lecture commune prévue avec les copines « victoriennes », j'ai cherché au dernier moment une roue de secours tolérable, à savoir un livre en rapport avec Dickens ou Oliver, intéressant et suffisamment bref pour que je puisse le lire en deux trois jours de métro et une ou deux courtes séances de lecture nocturnes (votre fidèle et dévouée ayant tendance à rapidement piquer du nez sur ses livres en ce moment, shame on her !). Pour en revenir à mes moutons, ou plutôt à mes petits Charlies gambadant joyeusement dans les prairies anglaises, j'ai jeté mon dévolu sur la biographie de Charles Dickens par Marie-Aude Murail, auteur jeunesse incontournable de l'école des loisirs.

Dédiée à son fils Charles, cette biographie qui commence par une citation de David Copperfield (Deviendrai-je le héros de ma propre vie ?) ne laisse pas planer le doute : c'est là l'œuvre d'une admiratrice fervente de Dickens. Avec tendresse et humour, Marie-Aude Murail rend ici un vibrant hommage à l'immense écrivain à travers un texte accessible, romancé et bourré d'anecdotes qui s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux enfants.

Dans toute famille qui aspire à la respectabilité, on se doit d'avoir une bonne, qu'on va chercher à l'orphelinat. Ça ne coûte rien. Mary Weller a treize ans. Elle a dû rater sa vocation de sage-femme, car elle est fascinée par les accouchements. Elle emmène Charles chez les accouchées, et même chez une dame qui vient d'avoir des quadruplés. Les bébés, tous morts, exposés côte à côte sur un linge propre en haut d'une commode, font penser à des pieds de porcs tels qu'on les présente dans une triperie bien tenue. Spectacle tout indiqué pour un petit garçon nerveux que Mary prend un plaisir vampirique à terrifier. Elle lui raconte, à la nuit tombée, les aventures du capitaine Murderer qui massacre ses épouses successives et en fait des pâtés de viande cuits au four. (p9-10)

A quiconque chercherait une introduction à l'œuvre de Dickens, ce livre me semble tout indiqué. Au fur et à mesure que les événements marquants de sa vie sont évoqués, des allusions aux romans qu'il écrit à la même période viennent ponctuer le récit. Certains rapprochements sont faits entre les rencontres de Dickens et les personnages qui le hanteront plus tard. Pour ceux qui connaissent peu le parcours de l'écrivain, ce texte constitue un guide précieux : l'enfance faussement aisée, les dettes du père, le passage dans la fabrique de cirage, l'éducation plus ou moins avortée, les emplois cumulés puis le succès à l'âge de vingt-quatre ans. L'amour, la famille, les difficultés du couple, quelques femmes qui ont joué un rôle essentiel dans la vie de Dickens, sa perception des Etats-Unis, ses talents d'orateur, son engagement auprès des pauvres, son rapport aux grands auteurs de son époque, tels sont les principaux faits abordés dans ce texte.

Invitation à la lecture, écriture personnelle d'une histoire qui l'est tout autant, cette biographie m'a replongée en enfance, lorsque je me prenais de passion pour des héros de papier tels que Mathilda et bien d'autres, voyant sous mes yeux un modèle vers lequel je voulais tendre. Voilà bien longtemps que je n'avais pas ressenti une telle proximité entre un héros et moi... sous la plume vive de Marie-Aude Murail, les barrières de papier se sont pour un temps effacées entre Charles Dickens et moi, la lectrice que je suis retrouvant son âme d'enfant pour l'occasion. Le retour à la réalité a été difficile et chaque moment où j'ai dû à contrecœur abandonner mon livre un véritable arrachement. Mais pour vivre des émotions livresques comme celles-là, je donnerais bien des choses. Merci Mme Murail pour ce plongeon inattendu dans un monde imaginaire que je croyais désormais inaccessible.

Et au moment où est publié ce billet sur mon blog, me voilà à Londres avec Mr Lou et plusieurs blogueuses, avec en perspective une soirée musical made in Oliver Twist.

164 p

Marie-Aude Murail, Charles Dickens, 2005

04/02/2009

Who're U gonna call ? Ghostbusters !

bonnet_bibliothèques pleines de fantomes.jpgJe suis de mauvaise humeur et il y a de quoi ! Pourquoi faut-il que je laisse traîner des livres lus pendant des mois avant de me décider à en parler sur ce blog ? Vous me direz peut-être que je pourrais tout aussi bien jeter l’éponge et renoncer à faire un billet sur ces lectures fantômes, mais alors c’est mon blog qui s’insurgerait avec raison, hautetfort qui se rebellerait, mon clavier qui craquerait mais  résisterait sous mes tentatives acharnées… car bizarrement, les quelques chroniques qui traînent depuis des mois correspondent à de très agréables lectures (de toute façon il y a un Henry James dedans, comment le snober ?).

 

Me voilà donc en train de feuilleter Des Bibliothèques pleines de fantômes de Jacques Bonnet… heureusement, j’avais noté certains passages, ce qui devrait me donner quelques pistes pour un billet qui s’annonce franchement laborieux !

 

Tout commence avec l’amour de la lecture – soupirs et pâmoison ! Car Jacques Bonnet fait rapidement la différence entre deux spécimens différents : le bibliomane qui collectionne l’objet livre, et le lecteur devenu bibliomane en lisant et en conservant une trace de toutes ses lectures. « La lecture démultiplie notre réalité forcément limitée, et nous permet de pénétrer les époques éloignées, les coutumes étrangères, les cœurs, les esprits, les motivations humaines, etc.  (…) La liberté se trouvait à portée de main (…). Il a suffi d’adjoindre à cette curiosité infinie un certain esprit de système poussant à lire tous les livres d’un écrivain, puis les livres sur lui, puis ceux d’un autre écrivain, et aussi tous les ouvrages consacrés à un sujet et la littérature d’une certaine époque, ou d’un pays, et de vouloir, au fur et à mesure,  conserver les livres lus (…), et avec le temps d’accumuler les sujets d’intérêts, pour devenir un lecteur-bibliomane. » p 35-36

 

Le lecteur-bibliomane est en quelque sorte condamné d’avance, comme l’indique cet extrait de La Maison en papier de Carlos María Domínguez (roman évoqué à plusieurs reprises) : « Les livres avancent dans la maison, silencieux, innocents. Je ne parviens pas à les arrêter » p 26-27.

 

Ce livre est avant tout celui du lecteur qui, par amour des livres, peut devenir bibliomane, accumuler et se retrouver confronté à une bibliothèque parfois immense qu’il devra gérer. Les grands bibliomanes, les lecteurs vraiment envahis se retrouveront dans le cas de celui qui finit par se poser des questions métaphysiques pour classer ses milliers de titres. Période ? Ordre Alphabétique ? Collection ? Esthétique ? Thématique ? Date de parution ?

 

On se retrouve dans les cheminements du lecteur qui, parfois rappellent notre propre expérience. Par exemple, en ce qui me concerne, le rejet des lectures obligatoires (non pas scolaires mais ces livres dont on me rabattait les oreilles en en faisant des livres qu’il fallait avoir lus) et la découverte tardive de certains grands classiques. Paradoxalement je me rends compte aujourd’hui que je prends de plus en plus de plaisir à redécouvrir la littérature française du XIXe après avoir passé un certain temps à me plonger dans la littérature victorienne, ayant eu envie de retrouver les Français afin de faire des ponts entre des auteurs écrivant à la même époque, sur Londres ou Paris par exemple.

 

Le livre regorge d’exemples de bibliomanes et tente parfois de répondre à cette question : comment en sont-ils arrivés là (et comment mourir écrasé sous sa PAL ? c’est une question qui me taraude !) ? Il rappelle aussi la grande part d’irrationalité chez le lecteur-bibliomane qui conserve des livres qu’il ne relira jamais ; ou encore cette façon d’offrir un livre lu, apprécié, mais dont on ne garde qu’une vague impression.

 

C’est un bel hommage à la lecture, car l’auteur rappelle qu’un livre ne prend corps qu’une fois ouvert. Prenez un titre au hasard, peut-être le connaissez-vous « de nom », peut-être pas. Quoi qu’il en soit il n’a jusqu’ici aucune consistance à vos yeux. C’est tout au plus une ombre qui entoure le titre de quelques idées vagues. En l’ouvrant, c’est tout un monde qui s’offre à vous, des héros qui naissent, une histoire bien matérielle pour vous. Et, jusqu’à un certain point, des personnages et une vie imaginaire plus réels que le monde qui vous entoure. En quelque sorte, tous les livres se ressemblent sur leurs étagères avant d’être ouverts, à l’image de « coffres de banque ». Lire c’est en quelque sorte conquérir, un univers, un auteur, un savoir, et peut-être, voilà en tout cas mon avis, se découvrir soi-même.

 

J’ai été plus séduite par la première partie du livre, sans doute plus proche de mes centres d’intérêt et de l’idée que je me faisais du livre. Quelques chapitres me semblent passablement ennuyeux, à l’exemple de « Lire les images », qui évoque la partie livres d’art de la bibliothèque de l’auteur et qui rentre dans des détails et des considérations personnelles tels que le monologue sonne un peu creux – du moins n’a-t-il pas trouvé de résonance en moi. Le débat sur Internet est aussi évoqué et les arguments de l’auteur me semblent moyennement convaincants (les livres seraient-ils réellement menacés par le numérique ? comme beaucoup de lecteurs, je suis convaincue que non – je me demande d’ailleurs si les plus optimistes ne sont pas justement des générations plus habituées à se confronter au numérique et donc plus tentées de relativiser son impact sur le cours des choses).

 

C’est un livre que je garderai justement précieusement dans ma bibliothèque. Je relirai certains chapitres avec plaisir, m’y reconnaissant et m’amusant devant les péripéties de lecteurs envahis eux aussi par leur monstrueuse bibliothèque. Les ouvrages cités et les pistes de lectures ne manquent pas non plus. Les propos parfois trop généralistes ou au contraire, trop personnels des derniers chapitres m’ont un peu déçue mais le plaisir que j’ai éprouvé en lisant le début compense largement ce petit inconvénient. Un livre lui aussi chaudement recommandé aux LCA !

 

Et pour finir une phrase en particulier :

 

« C’est avec L’Ecume des Jours que, vers quinze ans, (…) je découvris que les romans pouvaient être plus qu’une histoire pouvant faire rêver et que le mot de « littérature » commença à prendre du sens. » (p25)

 

D'autres avis : Cléanthe, qui a aussi succombé au titre et Leiloona, qui conclut son billet sur un épisode Twilight Zone à ne pas manquer !

 

143 p

 

Jacques Bonnet, Des Bibliothèques pleines de fantômes, 2008