20/08/2009
Monster & co

Amis lecteurs, amis mélomanes,
Vous aimez les dépaysements passagers ? Vous n'avez pas froid aux yeux ? Alors peut-être aimerez-vous partir en voyage autour du Lac aux Vélies, dont l'atmosphère chargée de mystère est faite pour dérouter les aventuriers qui se risquent à la découvrir.
Conte musical mis en images, Le Lac aux Vélies est déjà en soi un objet tout indiqué pour les amateurs de beaux livres ; il est composé d'un bel album de format horizontal (papier épais, couverture cartonnée épaisse elle aussi) et d'un CD inclus dans un livret très soigné et agrémenté de quelques dessins.
Il est question dans ce conte de Günel, personnage monstrueux et fantastique issu du « croisement des souffles d'un dieu fou et d'un mourant venu pleurer au pied du grand arbre Sladinji ». Attiré par des pleurs alors qu'il vit accroché aux parois d'un arbre depuis toujours, Günel décide de quitter son inconfortable matrice pour rejoindre un monde que l'on pressent désolé. A sa sortie, Günel découvre une femme, Milenaz et, voulant l'embrasser, ne fait que lui briser le nez et les dents. La faisant fuir par la même occasion.
Chantée en « klokobetz », langue inventée par Nosfell, et écrite en version bilingue (klokobetz-français), l'histoire est empreinte de mélancolie.
Le personnage effrayant détruit tout, sa quête de l'amour se traduisant par des morts brutales et des gestes maladroits aux conséquences fatales. Morbide et infiniment triste, tel est le sort de Günel. Morbide, c'est aussi l'adjectif qui convient le mieux aux corps dessinés, tourmentés, difformes, anormaux et passablement inquiétants qui peuplent l'album. L'imaginaire prend tout son sens avec ce conte qui n'est pas sans rappeler les contes classiques souvent cruels, tout en inventant un univers bien à part.
Le Lac aux Vélies ne s'adresse pas aux enfants (s'il fallait encore le rappeler étant donné le cadre glauque). C'est un récit qui offre de nombreuses pistes de lecture, allant de la simple curiosité littéraire au texte symbolique traitant d'amour, d'égoïsme, d'altruisme, de sexualité, du rapport complexe aux autres, pour ne citer que quelques aspects.
Une ambiance un peu trop sombre et oppressante à mon goût, mais j'ai savouré les textes finement ciselés et le design très travaillé, parfaitement accompagnés par la musique (évidemment, pas très gaie elle non plus).
On en parle très bien ici (un article qui dit sensiblement la même chose, mais de façon bien plus détaillée).

Editions Futuropolis
Nosfell & Ludovic Debeurme, Le Lac aux Vélies, 2009
10:30 Publié dans Arts & Beaux livres | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : nosfell, lac aux vélies, conte musical, futuropolis, album, beaux livres
22/08/2008
Match Point
Dans le cadre de l’opération masse critique, j’ai reçu les Entretiens avec Woody Allen d’Eric Lax. Suite à quelques problèmes avec l’envoi/ la réception du colis (les vacances étant arrivées là-dessus), ma critique est donc un peu plus tardive que prévu. Toutes mes excuses à Guillaume Teisseire et à l’éditeur pour ce délai !
Si comme moi vous imaginiez que Woody Allen avait voulu d’un seul coup discuter de son œuvre après une trentaine d’années de carrière, vous étiez loin du compte ! Il s’agit en réalité d’entretiens réalisés tout au long de la carrière du cinéaste et regroupés ici sous plusieurs thématiques : l’idée / l’écriture / le casting, les acteurs, le jeu / le tournage, les décors, les extérieurs / la mise en scène / le montage / la musique / la carrière. A travers ces entretiens et l’introduction intéressante de l’auteur (qui explique comment il a rencontré Woody Allen et pourquoi il a été amené à l’interviewer régulièrement au cours de sa carrière), se dessine également le portrait d’un cinéaste finalement beaucoup moins fantasque et névrosé qu’il ne le laisse paraître. « Woody Allen est le contraire du personnage qu’il joue à l’écran, souvent agité et en crise. » Et Allen de préciser : « Je ne suis pas si stupide que l’image que je donne pour faire rire. Ma vie n’est pas une série de catastrophes amusantes. »
Ces Entretiens peuvent apporter un éclairage pour l’amateur peu averti, regorgeant de pistes de lecture sur les films du réalisateur. Ce livre est encore plus indiqué pour celui qui connaît déjà bien l’œuvre de Woody Allen et qui trouvera là un guide très fourni pour mieux comprendre son univers. Seul le néophyte sera un peu déçu car ce livre dépasse largement l’introduction et fourmille de détails qui ne seront pas d’une grande utilité à celui qui ne connaît que quelques films de Woody Allen. Débordant d’anecdotes et d’analyses, portant sur les thématiques chères à Woody Allen, évoquant sa relation avec les acteurs, ses attentes à leur égard, incluant plusieurs séries de photos, ce livre est indispensable pour tous ceux qui s’intéressent de près au cinéma et à Allen en particulier. Pour les curieux, ce livre sera moins abordable a priori mais il reste une véritable mine d’informations que l’on peut feuilleter et lire de-ci de-là en étant certain de toujours trouver une réplique intéressante.
Extrait :
« Quand j’ai tourné Maris et Femmes, Doug McGrath m’a demandé pourquoi je filmais de cette façon. Il était plus jeune que moi, et essayait de profiter de mon expérience, essayait de partager la sagesse que j’étais censé avoir acquise après des années de réalisation. Et je crois que je l’ai déçu – en tout cas je l’ai étonné – en lui répondant : « Je suis flemmard » »
Merci à Masse Critique et aux Editions Plon de m’avoir fait découvrir ce livre !
430 p
Eric Lax, Entretiens avec Woody Allen, 2008
14:11 Publié dans Arts & Beaux livres | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
29/06/2008
Soooo glam !
Amis lecteurs,
Ce billet ainsi que ceux à venir la semaine prochaine ont été rédigés à l’avance car en ce moment, votre chroniqueuse dévouée est sans doute en train de siroter una caña et de grignoter cien montaditos (enfin presque) ou des croquetas de bacalao (dans le café réputé exclusivement pour ces fameuses boulettes)… ou peut-être encore en train de savourer d’exquis churros con chocolate en terrasse… miam ! Je salive d’avance en repensant à mes endroits favoris et assidûment fréquentés il y a quelques années. (Autre option – beaucoup moins glamour : en ce moment même, miss Lou est en train de cramer et de transpirer à grosses gouttes en allant au Retiro chercher un peu d’ombre… c’est que j’ai perdu l’habitude des 40°, moi !) Tout ça pour expliquer mon absence momentanée et vos commentaires restant sans réponse pendant quelques jours.
Revenons donc à nos moutons ! En l’occurrence, il s’agit aujourd’hui de Pink Attitude, le tout premier d’une série consacrée aux couleurs, aux Editions Liz.
Le principe : prenant le rose pour thème, ce livre regroupe une multitude de photos sélectionnées parmi la foultitude anonyme des blogs. Uniquement des photos « amateur » donc, pour un recueil aux sujets et styles plutôt variés.
Le format : couverture souple, papier glacé, Pink Attitude est d’abord un livre très agréable à feuilleter. Côté contenu, les photos sont de tailles variées, chaque page comprenant entre 1 et 6 photos. Contrastant avec les couleurs vives des photos, le fond choisi est le noir, tout à fait approprié.
Et le résultat ? Sur fond de melting-pot stylistique, culturel et thématique, le rose sert de prétexte à un rassemblement des photos les plus diverses – parfois, le rose ne joue qu’un rôle marginal. On constate une volonté de regroupement par thème, (plus ou) moins respectée : ici les voitures, là les coiffures et le maquillage (visuels qui prédominent) ou plus loin encore la fête foraine. L’effet général reste cependant assez « fouillis », les thématiques ne faisant pas nécessairement des blocs solides et incontournables, l’ensemble des photos formant un joyeux bazar. Pourtant, cette cacophonie de couleurs, cette explosion de vie anarchique ne dessert en rien l’album.
La société de consommation est largement mise en avant ; le collage a priori assez aléatoire des différents visuels
confère à ce livre un certain pouvoir représentatif et donne à celui qui le parcourt plus de liberté d’appréciation. On pourrait peut-être reprocher la qualité inégale des photos et l’aspect répétitif de certains clichés. En ce qui me concerne, j’ai justement apprécié la richesse de ce livre qui a le mérite de poser un regard global sur les modes, tendances et phénomènes de société. L’approche est aussi très originale : outre l’authentique panorama ouvert sur des moments de vie, on peut saluer le fait d’adresser la perception du rose en puisant au cœur des blogs, autre phénomène ultra contemporain.
Au-delà de ce qui peut s’apparenter à un livre d’art moderne (très urbain), Pink Attitude met en scène de façon originale la société, choisissant le petit bout de la lorgnette pour aborder très globalement le monde qui nous entoure. En ce qui me concerne, j’adore !
Merci à l'éditeur pour cet envoi.
160 p
Colors # 01, Pink Attitude, 2008
01:55 Publié dans Arts & Beaux livres | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
31/03/2007
Amor de mis amores
L’exposition Peintres de la Lumière a été l’occasion de retrouver la douceur de Sorolla et de découvrir certaines œuvres de John Singer Sargent que je ne connaissais pas encore. Le rapprochement entre les deux peintres n’était pas surprenant. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai découvert l’exposition, avec un magnifique record d’immobilisme devant mes toiles favorites, pourtant maintes fois admirées auparavant !
Après avoir bravé les commentaires insipides de beaucoup de visiteurs cherchant à tout prix à dire quelque chose sur chacune des toiles histoire d’avoir l’air compétent (j’ai été ravie d’entendre qu’une petite fille peinte par Sorolla était effectivement un enfant, comme le prouvaient ses jolies petites fesses bien rondes ; j’ai trouvé encore plus amusant d’entendre une personne particulièrement suffisante parler de « jardin à la française » devant le patio de Sorolla, malgré son bordel organisé, ses azulejos et ses fontaines andalouses), je suis sortie de l’exposition des couleurs plein les yeux et une foule d’impressions en tête.
Puisque je connais moins bien Sargent, c’est surtout ce peintre qui m’a intriguée – bien que ma préférence, hautement subjective, revienne à Sorolla. Notamment :
La capacité de Sargent à faire abstraction des commandes qu’il reçoit et à peindre des portraits à la fois osés et très révélateurs de leur commanditaire. Le peintre n’épargne pas le jeune pédant qui a un magistral coup de soleil sur le front ; il donne vie à ses tableaux en montrant par exemple l’ennui profond de l’enfant qu’il est en train de peindre.
Le réalisme et la précision de ses portraits : l’attention portée au regard et aux marques d’expression donnent un volume et un réalisme inattendus aux personnes représentées. A mes yeux, Sargent est capable de supprimer les barrières qui s’érigent généralement entre l’observateur et l’observé ; ses personnages ont une telle consistance qu’on imagine sans peine les modèles qui les ont inspirés. Chaque portrait a cette petite étincelle de vie qui vous laisse cloué sur place !
L’audace et l’originalité de Sargent tiennent notamment au déséquilibre de ses toiles : visage ultra-réaliste puis imprécisions croissantes dans le décor, tant et si bien que les contours du tableau sont totalement impressionnistes ; attention accordée à une partie de la scène, le reste étant peint grossièrement avec de rapides coups de pinceau de même couleur, le tout laissant une impression d’inachevé.![]()
Pour ceux qui peuvent voir cette exposition, je vous la recommande chaudement en raison de la qualité des toiles exposées et de l’excellent travail de documentation qui permet de découvrir en douceur les principales caractéristiques de
certaines toiles et le contexte dans lequel elles ont été peintes.
Et comme ici, je vous parle de livres, le prétexte à cette petite note est le petit livret édité par le Petit Palais. J’ai longuement hésité avec l’énorme catalogue de l’exposition, mais j’ai finalement décidé de me contenter du livret synthétique, dont les reproductions sont parfois meilleures. Reprenant le parcours de l’exposition, Peintres de la lumière revient sur les portraits, les peintures sociales, les projets de grande envergure ou bien encore les superbes aquarelles (Sargent) exposées.
Et si vous ne pouvez pas aller à l’exposition, ma petite note aura sûrement permis à certains d’entre vous de découvrir Sorolla, qu’on ne connaît pas très bien en France. J’aurai donc accompli ma mission ! :o)
Exposition Peintres de la Lumière
Petit Palais, Paris
Métro Champs-Elysées Clémenceau
13:30 Publié dans Arts & Beaux livres | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
21/01/2007
Funny Valentine
En bonne lectrice, il n'est pas d'anniversaire sans que je ne reçoive quelques livres pour alimenter ma PAL et me donner envie de découvrir de nouveaux auteurs.
Bien sûr, les chroniques viendront un peu plus tard, quand j'aurai parcouru avec avidité les quelques 2000 pages qui composent mes nouveaux romans.
Je ne résiste cependant pas au plaisir de présenter ce soir L'amoureux, le charmant livre de Rebecca Dautremer. Cet album grand format s'adresse en théorie aux plus jeunes, ce qui explique les textes simplissimes qui ponctuent chacune de ses pages.
Une petite fille essaie de comprendre ce qu'est un amoureux... d'où les commentaires et conseils plus ou moins judicieux de ses amis.
L'amoureux est avant tout un album rempli d'illustrations superbes qui courent souvent sur deux pages. Les tons pastels et les couleurs chaudes sont de mise, amour oblige ! Un magnifique livre qui risque de plaire davantage aux grands qu'aux petits... amoureux, consommez sans modération !
21:15 Publié dans Arts & Beaux livres | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
11/01/2007
Once upon a time…
Depuis septembre 2006, bon nombre de chanceux ont découvert l’exposition « Il était une fois Walt Disney, Aux Sources de l’Art des Studios Walt Disney ». Venant tout juste de réaliser que l’exposition prenait fin dans quelques jours, je me suis emparée de mon manteau, saisie d’un livre en prévision du trajet de métro… et me voilà déjà de retour !
J’en profite pour ajouter ici une petite note sur le superbe livre qui accompagnait cette exposition. De splendides illustrations jouxtent des textes fouillés sur les influences de Walt Disney : cinéma expressionniste allemand, gravures de Gustave Doré, livres et illustrations pour enfants (Beatrix Potter, Tenniel…). Voilà ainsi une façon de découvrir comment le scénario aussi bien que le graphisme des courts et longs métrages de Disney ont puisé dans les contes européens traditionnels et le cinéma (fin XIXe – Années 30).
Le livre s’attache à montrer comment Disney a su s’inspirer de ces diverses influences pour modeler ses héros et réaliser ses décors, rendant par la même occasion un hommage aux plus grands illustrateurs, écrivains et cinéastes. Amoureux de la littérature enfantine victorienne et de l’expressionnisme, vous serez évidemment comblés. Et bien sûr, ce livre est avant tout une bible indispensable pour les amoureux, inconditionnels et nostalgiques de Walt Disney !
20:55 Publié dans Arts & Beaux livres | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note






































