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13/04/2007

Mystères Londoniens

jackson_cadavre du metropolitain.jpgQuelle belle surprise que cette nouvelle série policière chez 10/18 – qui, pour le bonheur des lecteurs les plus gourmands, débute avec la publication simultanée de deux tomes ! Je me suis bien sûr jetée avec avidité sur ces romans, convaincue par trois arguments de choix : 1) c’est un 10/18, pas forcément toujours bien traduit, mais j’aime beaucoup leurs sélections et leurs formats (sans parler des couvertures !) ; 2) c’est un polar, et depuis mes dernières lectures un peu décevantes, j’avais envie de me délecter de meurtres plus habilement maquillés ; 3) et surtout (petit soupir), il s’agit d’un polar victorien ! L’affaire était donc faite, je ne pouvais décemment plus reculer et c’est donc d’un pas décidé que je me suis dirigée vers le rayon policier de mon libraire (admirez le courage de votre fidèle chroniqueuse qui, magnanime bien qu’à peine remise d’une brutale déception, donne une nouvelle chance au genre policier !).

Avec Le Cadavre du Métropolitain, Lee Jackson signe un roman assez éloigné des aventures de Charlotte et Thomas Pitt de la très victorienne Anne Perry. Moins de discussions mondaines, un inspecteur qui n’a pas le rôle principal, bref, quelques différences qui ne manqueront pas de séduire les amateurs de polars victoriens en leur apportant un peu de nouveauté.

L’histoire : 1864. Une jeune femme, visiblement une prostituée, est retrouvée morte dans le métro, sur la première ligne mise en service à Londres. Son compagnon de voyage s’enfuit lorsque le cadavre est découvert par un employé du métro près de Baker Street. Et voilà la police de Londres et l’inspecteur Decimus Webb sur les traces du meurtrier. Leurs pas les conduiront dans un foyer pour femmes repenties et dans différents quartiers, d’une maison aisée aux ruelles tortueuses et insalubres des quartiers pauvres.

C’est avec délectation que j’ai parcouru à une vitesse surprenante les quelques chapitres de ce roman, lu d’une traite et terminé en pleine nuit. L’histoire est captivante et le récit habilement mené. L’écriture est agréable et rend le texte fluide. Difficile de faire la différence entre personnages principaux et secondaires, car chaque protagoniste joue un rôle clef dans l’histoire et est doté d’une personnalité propre qui contribue pour beaucoup à l’intérêt du roman. Les quelques descriptions du Londres victorien sont précises et pleines de vie, sans sentimentalisme ou ton moralisateur.

Déjà trois autres romans ont été publiés en Angleterre, autant dire que les lecteurs de 10/18 n’auront pas à attendre trop longtemps pour découvrir la suite des aventures de Decimus Webb. Je prévois de mon côté de me plonger dans le deuxième tome très rapidement !
 
4coeurs.jpg
 



286 p 

Lee Jackson, Le Cadavre du Metropolitain, 2004

07/03/2007

Une fin sanglante

medium_patterson_noires_violettes.JPGCher James,

Dans la vie, certaines rencontres sont à éviter. C’était peut-être le cas cette fois-ci et, dans la liste des ruptures cinglantes et tonitruantes, je crois, mon cher James, que tu devras toi aussi rejoindre les auteurs éconduits.

Remarque, je dois être honnête envers toi : je n’attendais pas grand-chose de ton style, et sur ce point au moins tu n’as pas déçu mes attentes. Quoi que. Bien sûr, tes violettes noires promettaient de m’assurer une lecture facile et je ne t’avais pas choisi en espérant découvrir le nouveau Faulkner. Mais si au royaume du thriller il existe des plutôt bons, des moyens et des médiocres, je suis navrée de te dire que tu oscilles dangereusement entre les deux dernières catégories.

Pourquoi ces débordements excessifs, me dis-tu ? Les raisons ne manquent pas. Je n’en listerai que quelques-unes :

Premiers signes annonciateurs de la crise : Un personnage principal sympathique. Une histoire de pseudo vampires. Un paysage de rêve. Notre histoire avait plutôt bien commencé et, sans aller jusqu’aux débordements enthousiastes, j’ai lu avec curiosité les 100 premières pages de Noires sont les Violettes en un temps record. Oui mais voilà. L’orage n’était pas bien loin et notre relation s’est vite gâtée : une fois l’histoire lancée, quelle lenteur ! Péniblement, j’ai parcouru les chapitres suivants en étouffant un bâillement, l’enquête piétinant et le manque de profondeur des personnages ne rattrapant en rien la vacuité de l’ensemble.

Récrimination numéro 2 : Je suis plus habituée à lire des polars écrits par des femmes et j’ai l’impression qu’en bonne lectrICE que je suis, j’apprécie plus les personnages de Mary Higgins Clarke ou de Patricia MacDonald. Malgré toute ma bonne volonté, j’ai trouvé tes personnages féminins d’une masculinité désarmante. Les commentaires faits sur chaque protagoniste étaient quant à eux d’une banalité affligeante.

Faille numéro 3 : J’ai remarqué que tu avais une liste de phrases fétiche ridicules figurant probablement parmi les 10 règles d’or trônant au-dessus de ton bureau. Comme : « j’avais vraiment très envie de lui mettre mon poing dans la figure ».

Lectrice au bord de la crise de nerfs : pas trop de surprise lors de la découverte des principaux instigateurs des crimes commis. Pas de réponse ni de théorie expliquant leurs actes. En somme, tu sais semer les pièces d’un puzzle mais de là à apporter quelques réponses au lecteur… la dispute orageuse qui s’est ensuivie m’a confortée dans mon opinion : Mary, Patricia, Agatha ou même Anne comprennent mieux mon petit esprit curieux de lectrice et n’osent pas m’abandonner en cours de route. Avec toi, je me suis dit que lire 400 p ou 200 p… quelle différence ?

La rupture : comment oses-tu massacrer avec autant d’aplomb le mystère qui planait autour du Cerveau, ce vilain psychopathe qui persécute notre enquêteur préféré ? Là, je me dois de m’insurger au nom de tous les lecteurs pleins de bonne volonté qui viennent de faire la connaissance d’Alex Cross : comment oser faire de X l’ennemi public numéro 1 ? Je n’ai jamais vu un dernier pseudo rebondissement aussi pathétique : en temps normal, je ne devine jamais (ou presque) l’identité du grand méchant, quels que soient mes efforts pour ce faire. Et là, un seul personnage me semblait fait pour être le Cerveau : suffisamment antipathique, avec un rôle assez central pour donner un petit air mélodramatique à l’ensemble… mais bien sûr, je me disais que ce serait quelqu’un envers qui j’avais une confiance aveugle, car il en a toujours été ainsi. Eh bien, non ! Une plaisanterie ?

Bref, tu étais bien parti, l’histoire était prometteuse, le personnage principal plutôt sympathique. Tu restes une (toute) petite lecture de détente, mais rassure-toi, la prochaine fois que je chercherai à me changer les idées, je ne penserai certainement pas à toi. Et si j’ai le choix entre Patterson et une série télé à suspense, je crois que je pencherai pour la série, aussi suspecte soit-elle.

Ta lectrice offusquée

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400 p

James Patterson, Noires sont les violettes, 2004

21/11/2006

Le dilemme du lecteur compulsif

perry_cadavre bluegate fields.gifQue faire lorsque vos obligations personnelles et professionnelles vous accordent un temps de lecture relatif, voire, limité, voire, inexistant ? Bien entendu, il serait déplacé de remettre à plus tard votre rendez-vous avec le Président de la Planète Bulle, les pourparlers avec les souris qui hantent et dévastent votre grenier, sans parler de vos batailles incessantes contre le massacre des marshmallows dans la plaine Sud-Ouest du Trucmuchistan. Force est de constater que vous devrez bien vous contenter du temps libre qui vous reste.

Malgré vos envies effrénées de lire Dostoïevski, Proust, Dickens ou l’intégralité des Rougon-Macquart, vous savez bien qu’il faudra attendre un peu, à moins d’accepter d’abandonner David Copperfield à ses aventures sordides toutes les cinq pages. Même une nouvelle un tant soit peu sérieuse est à éviter, compte tenu de votre humeur sombre et distraite du moment. Consciente de l’ampleur du problème, votre chroniqueuse vous propose quelques solutions :

1°) La collection complète des Harlequin : lecture d’un volume en 20 minutes compte tenu des pages sautées ; chaque livre est une victime toute trouvée lorsque vous rentrez le soir après avoir appris le meurtre perpétré sur cinquante marshmallows par une bande de scouts au Trucmuchistan ; le papier des Harlequin est également un excellent combustible qui alimentera avec joie votre feu de cheminée à Noël.

2°) Les romans à suspense / « d’auteur » en vogue : Danny Brouane avec au choix son célèbre Minchi Mode ou La Forteresse animale ; Marcus Levinus et son dernier succès Pourquoi moi ? (on se le demande bien d’ailleurs) ; Cristina Tango et le best-seller incontesté Hier, je suis allée aux toilettes. Là encore, vous avez le choix entre d’excellents combustibles, à un prix cependant légèrement supérieur à la collection citée précédemment (publicité oblige).

3°) Les romans historiques, aux degrés de crédibilité différents.

4°) Ou tout simplement un bon vieux policier, coincé au fond de votre bibliothèque et qui attend sagement de vous livrer ses morbides secrets.

Confrontée cette semaine à un problème de la même ampleur, votre chroniqueuse a opté pour la dernière solution. Son choix s’est porté sur une référence sure, classique, en principe sans surprise : Anne Perry.

Le cadavre de Bluegate Fields est le sixième roman de la série « Charlotte et Thomas Pitt ». A Londres, dans les années 1880-1890, l’inspecteur Thomas Pitt enquête sur les meurtres les plus sordides, aussi bien dans les quartiers pauvres que dans la haute société. Il est secondé par son épouse, Charlotte, issue de la haute bourgeoisie et mariée « en dessous de sa condition ». D’autres personnages apparaissent régulièrement, en particulier Lady Ashworth, la sœur de Charlotte, ainsi que Tante Vespasia, une vieille aristocrate au caractère bien trempé. La série compte une vingtaine de volumes, mais je dois avouer que je les trouve bien inégaux !

L’histoire : lorsqu’un jeune homme est retrouvé nu dans les égouts, Thomas Pitt trouve immédiatement cette noyade suspecte. Après une rapide enquête, on découvre que le corps est celui d’un garçon de 16 ans issu de la haute bourgeoisie. Noyé dans un bain, violé et souffrant de syphilis, Arthur Waybourne semble la victime toute trouvée de son précepteur, Maurice Jérome, un érudit consciencieux et fort antipathique. Jérome est donc arrêté malgré les hurlements indignés du lecteur qui s’insurge de voir l’inspecteur Pitt commettre ce que l’on sait immédiatement être une erreur.

De là découle une petite nouveauté chez Anne Perry : Thomas Pitt ne traque pas simplement un criminel, il va devoir s’interroger sur le bien fondé de l’arrestation et de la condamnation à mort qui s’ensuit ; puis, enfin (!) convaincu de l’innocence de Jérome, Pitt cherchera à établir la vérité afin de sauver le précepteur de la potence.

En résumé, Le cadavre de Bluegate Fields constitue une petite lecture sympathique et rapide, comme tout Anne Perry qui se respecte. Cependant, malgré la condamnation qui devrait permettre au livre de gagner en intensité, il faut bien avouer que cette lecture est un long fleuve tranquille, sans surprise, sans heurt et sans frissons. Peu de suspects, un coupable relativement prévisible… et la traduction en français n’arrange rien.

Petit conseil : ne lisez pas le tome 1, il suffit de savoir que la sœur aînée de Charlotte est assassinée et que Charlotte tombe amoureuse de l’inspecteur qui vient enquêter chez elle. Essayez plutôt le Mystère de Callander Square, mon premier Anne Perry et, à l’époque, un petit coup de cœur. De nombreux suspects, une histoire très noire, une intrigue assez bien ficelée. En somme, un bon moment de détente !

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381 p

Anne Perry, Le Cadavre de Bluegate Fields, 1984