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30/05/2008

Balbutiements d’un héros en puissance

658442315.jpgCette semaine j’ai vécu une folle passion dans les bras de Prosper. Certes, le nom est improbable ; la situation, encore plus, puisque ce Prosper est décédé en 1870. Mais est-il un miracle qu’un amour si ardent n’engendrerait pas ?

Magnanime et peu jalouse, je m’expose à son infidélité en partageant ici, là, maintenant et avec vous, le secret de mon engouement sévère pour la Chronique du règne de Charles IX de Mérimée.

Ayant fait une carrière de diplomate, Mérimée a la réputation d’un dandy secret. Parmi ses influences littéraires : Walter Scott et Pouchkine. Pour une biographie exhaustive : Mérimée vu par le Ministère de la Culture. Petite anecdote croustillante : il décède en 1870 à Cannes quelques semaines après la défaite de Sédan ; cependant, avant cela, il est déclaré mort avant l’heure et seul un démenti paru dans le Figaro permet de faire taire la rumeur.

1386142982.jpgMérimée entreprend la rédaction de sa chronique en 1828, à l’âge de 25 ans. A l’époque, le jeune écrivain connaît une vie sentimentale mouvementée et des déconvenues amoureuses ; ses aventures entraînent aussi un duel avec un mari jaloux, duel qui lui vaut trois balles dans l’épaule et le bras le 9 janvier de la même année. Au passage, et toujours pour le petit côté people, on lui prête une aventure désastreuse avec George Sand en 1833.

Mais revenons à nos moutons. Rappelant le roman picaresque à la Don Quichotte, cette chronique est l’histoire du jeune Bernard de Mergy, illustre inconnu protestant se rendant à Paris pour faire ses preuves aux côtés de l’Amiral, figure de proue des hérétiques et fameux guerrier. Sans connaître le succès d’œuvres postérieures comme Carmen ou la Vénus d’Ille, le livre s’impose progressivement, favorablement accueilli dans l’ensemble malgré quelques critiques, dont celle de Barbey d’Aurevilly : « Excepté l’étreinte, il n’y a, dans les romans de M. Mérimée, que des coups de pistolet et des coups de couteau ».

89107475.jpgIl s’agit au premier abord d’un roman initiatique, puisque le jeune de Mergy, parti pour faire son apprentissage dans l’armée, va s’initier à la vie de débauche de jeunes hommes insouciants et découvrir les plaisirs et malheurs d’un homme convoité par une femme d’influence à la cour. De Charles IX, voilà ce que l’on sait : pour en avoir une description, mieux vaut aller voir son buste au musée d’Angoulême ; la future épouse d’Henri IV Marguerite, indisposée, gardait la chambre. Pourtant, la politique n’est pas loin. Charles IX fait vraisemblablement allusion à Charles X, roi à l’époque de la rédaction du manuscrit. Le roi, personnage de l’ombre, apparaît pourtant à plusieurs reprises dans le roman sous les traits d’un homme fourbe, peu franc et foncièrement cruel, en politique comme à la chasse.

Le contexte historique est cependant tout autre, puisque la chronique s’achève avec la Saint-Barthélemy et la prise de la Rochelle. On peut penser que le thème central de la guerre civile fait écho aux massacres perpétrés pendant la Révolution et la période tumultueuse qui s’ensuit. Quoi qu’il en soit, les différences de religion sont ici au premier plan avec les retrouvailles de Bernard et du canard boiteux de la famille, à savoir son frère récemment converti. Combattant dans deux camps différents, les deux héros sont témoins des horreurs de la guerre religieuse qui sévit en France dans la deuxième moitié du XVIe.

363937596.jpgUn roman trop sombre ? Non point ! Le sujet n’est pas léger et c’est ce qui fait aussi son intérêt. Cependant, Chronique du règne de Charles IX est peut-être avant toute chose une histoire de cape et d’épée. Oyez, oyez, aventuriers ! Ecrite sur un ton léger, cette chronique est bien souvent pleine d’humour, sans aucun doute toujours savoureuse. Les déboires du jeune de Mergy font notre plaisir : rencontre malencontreuse avec les reîtres dans un bouge entre Orléans et Paris ; bégaiements de jeune niais en présence de la cour ; intrigue amoureuse ; duel (bien évidemment, l’adversaire est totalement antipathique !) ; rencontre avec une sorcière ; ripailles faites en compagnie de catholiques reluquant les belles femmes à l’église… voilà bien des exploits pour un Bernard attachant.

Cette chronique palpitante est un drôle de plongeon en 1572 et une excellente immersion dans l’univers de Mérimée. Dont les œuvres intégrales me font de l’œil désormais…

296 p

Prosper Mérimée, Chronique du règne de Charles IX, 1829

05/05/2008

Premier roman

206943884.JPGChers tous,

Malgré un week-end bien rempli votre fidèle lectrice a trouvé le temps de s1toxiké pour accompagner dans son épreuve sa nouvelle amie d’un jour, Julie, accro aux sms. Julie, l’héroïne de Coline Lemeunier qui signe avec 1TOX son premier roman (prix de la fondation Bouygues Telecom 2008). Avant de chroniquer plus en détail, amis lecteurs, Miss Lou tient à remercier vivement Coline pour lui avoir envoyé son roman dédicacé la semaine dernière.

C’est donc tout émoustillée que j’ai entamé cette lecture croustillante. Enfin, si tant est que l’on peut la juger « croustillante » alors qu’il s’agit de la vie monotone d’une traductrice de 39 ans passant ses journées seule dans son appartement (pas de chat à l’horizon – quoi que), sa solitude parfois interrompue par des moments de vie sociale intense concernant principalement ses clients ou sa meilleure amie Clémentine.

Lorsque ladite Clémentine propose à Julie d’entamer une thérapie en envoyant tous les jours un sms dans lequel elle se lance des fleurs et s’auto congratule, elle est loin de s’imaginer qu’elle vient d’enclencher un engrenage infernal. Après quelques tâtonnements sur le clavier, quelques balbutiements technologiques et une série de questions hautement linguistiques, voilà Julie qui s’enthousiasme, qui s’anime et s’enflamme : désormais, plus question de laisser les petites attentions aux autres. Elle aussi recevra des messages, sera sur de nombreux répertoires et pourra consulter son petit écran pour guetter de nouveaux sms. Problème : personne pour lui envoyer des sms hormis Clémentine, bien trop pragmatique pour l’inonder de messages à longueur de journée. Mais à chaque problème il y a une solution. En l’occurrence, cette fois-ci les messageries automatiques (horoscope, météo et autres) feront l’affaire. Mais que faire lorsqu’elle s’aperçoit que les autres échangent et se lancent dans des conversations à battons rompus via leur mobile ? Comment trouver des compagnons de route pour entamer les journées autour du portable et somnoler la nuit, l’objet en question à portée de main ? Et, à trop se chercher, Julie ne risque-t-elle pas de se perdre un peu plus ?

A vous de découvrir ça à votre tour. Pour ma part, j’ai lu ce roman en deux jours à peine, emportée par le récit sympathique de ces amies frisant la quarantaine et cherchant à donner un sens à leur vie et à savourer le quotidien, entre crises de fou rire, petites déceptions et blessures mal guéries. J’émettrai seulement une petite réserve : la métamorphose de Julie est un poil trop exagérée à mon goût pour être vraiment crédible ; si le besoin compulsif d’envoyer des sms et certains troubles de la personnalité sont tout à fait compréhensibles, la mutation radicale de Julie m’a parfois laissée un peu sceptique. Pourtant, son histoire plutôt trépidante m’a vraiment amusée. Plus encore, j’ai été touchée par les personnages très humains dont le portrait sincère fait la lumière sur les petits tracas et les obsessions qui sont le lot quotidien de tout un chacun. Bref, une lecture très agréable et un premier roman qui tient ses promesses !

Merci encore à Coline !

287 p

Coline Lemeunier, 1TOX, 2008

02/05/2008

Du sang sur les mains

1509181675.jpgChers z’amis lecteurs,

Aux tordus (un peu)  et aux sains d’esprit (pas trop), encore plus à tous ceux qui mélangent le tout dans un souci d’équité, la présente note met à l’honneur un livre récupéré au dernier dîner livres-échanges (jeudi dernier) : Dieu et nous seuls pouvons, de Michel Folco.

Si après avoir pris note de la couverture, vous pensez encore que ce roman a quelque chose à voir avec la religion et une Lou qui se serait brutalement découvert des prédispositions particulières de ce côté, je réponds tout de suite : que nenni ! Si j’ai jeté mon dévolu sur ce livre dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, c’est bien pour son sujet atypique et l’histoire saugrenue : la vie d’une famille de bourreaux, de la fin du XVIIe (moment où l’illustre Premier a embrassé la carrière) au début du XXe, à l’aube de la première guerre mondiale.

Une sorte de biographie burlesque, en somme ? Pas tant que ça. Une horrible épopée, alors ? Non plus, car loin de s’enliser dans le macabre, ce roman est empli d’humour et, pour ceux qui craindraient un véritable bain de sang, sachez que la première exécution n’a lieu qu’au bout d’une centaine de pages. Amis lecteurs, n’hésitez plus : ce livre est fait pour vous !

S’inspirant du livre Le métier de bourreau de Jacques Delarue, Folco dépeint avec précision le portrait de Justinien Trouvé devenu Pibrac, jeune homme ayant troqué une place aux galères contre un échafaud et quelques ustensiles tranchants. Ce n’est pas tant sa carrière de  « bourrel » que l’on suit que sa jeunesse et les sentiers qui l’ont inexorablement conduit à son nouvel état de « bras armé de la justice ». Cette première partie du roman s’achève sur une première exécution « réussie » et son installation officielle en tant qu’exécuteur de Bellerocaille, à la fois nanti et paria dès lors qu’il choisit d’embrasser l’(in)digne fonction.

La deuxième partie s’intéresse aux derniers héritiers de Justinien, alors qu’un décret de la fin du XIXe les a privés de leur gagne-pain en supprimant la fonction d’exécuteur départemental. On rencontre ainsi Hyppolite, dernier exécuteur de la lignée, personnage charismatique tantôt émouvant, tantôt inquiétant qui n’a de cesse de former ses enfants au cas où la charge retirée serait de nouveau à pourvoir. Tandis que son fils Henri, son épouse Adèle et leurs deux enfants prennent la route pour émigrer en Amérique, un terrible événement se produit : attaqués par un bande de brigands, trois d’entres eux décèdent. Il ne reste désormais plus que Saturnin, d’abord élevé par son oncle Léon, puis par son grand-père Hyppolite. Deux visions de la fonction s’affrontent alors dans la famille, entre l’ancien bourrel qui vise à redonner une légitimité à sa profession et le fils qui tente par tous les moyens de s’insérer dans la société en reniant autant que possible ses liens de parenté avec les Pibrac.

Avec cette étonnante famille, Michel Folco signe un roman historique passionnant, fourmillant de détails sur un métier peu connu, entre une histoire truculente et des personnages pour le moins détonants. En retraçant le parcours des Pibrac, l’auteur met en scène un obscur personnage souvent oublié, soulevant toute une série de questions d’ordre historique, politique et moral. Pourtant, si l’on peut difficilement traverser les siècles aux côtés de ces bourreaux sans s’interroger sur la façon dont ils abordent leur métier ou sur leur place dans la société, ce roman est avant tout une véritable épopée, faite de rebondissements et d’aventures de toute sorte. En particulier, Justinien Ier reste un mystère pour moi : son nez ayant été arraché à la naissance, il porte en permanence des nez de bois pour cacher ses traits défigurés. Or, aucune réponse n’est apportée à la question soulevée par conséquent : puisque l’enfant a été retrouvé abandonné, que pouvait bien avoir de particulier ce nez pour qu’on l’arrache ? Aurait-il trahi trop facilement un père ou une mère fautifs ?

Quoi qu’il en soit, charmant lecteur, entre les outils d’exécution soigneusement conservés et bichonnés par leur propriétaire, la collection de traités et essais relevant des hautes et basses œuvres, les cochons Victor et Hugo (particulièrement savoureux), une brassée de meurtres et une pincée de mystère, la famille au final diablement attachante des Pibrac ne laisse pas indifférent… il ne te reste plus qu’à te précipiter sur cet excellent roman !

748853148.jpgD’autres en ont parlé avant moi : A Livre Ouvert, BouquiNet, Les Rats de Bibliothèque, sans parler de l’excellent article de Yodup. Il existe aussi un film, le Bâtard de Dieu.

310 p

Michel Folco, Dieu et nous seuls pouvons, 1991

10/04/2008

1984 en VF

758932031.jpgChers téléspectateurs, bonsoir !

En raison d’une grève des salariés de notre chaîne télévisée, nous ne pourrons pas couvrir ce soir l’ensemble de l’actualité. Nous avons donc décidé de concentrer nos reportages autour d’un sujet qui fait débat à l’heure actuelle : les poursuites judiciaires à l’encontre des promoteurs de la Cité Heureuse, dont l’actionnaire majoritaire Benoît Duteurtre s’expliquait aujourd’hui devant la justice. Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée et vous informons déjà que les reportages couvriront de nouveau l’ensemble de l’actualité dès demain.

Mais d’abord, l’essentiel de l’actualité au cours de ces dernières 24h.

La chaîne télévisée Michou en grève suite à la suppression de l’émission La Roue de l’Infortune. Cette suppression, décidée hier par le comité de direction, fait suite à la disparition tragique de l’animateur du célèbre programme, Jean-Robert Petibon, disparition qui a jeté ses admiratrices dans un profond désespoir, comme en témoigne le nombre de lettres d’adieu reçues par la rédaction ces trois derniers mois. Les salariés ont demandé le maintien de l’émission, en hommage à leur bien aimé confrère et ami.

En Auvergne, émoi dans le village de Trifouilli où l’on a retrouvé ce matin le corps calciné du boulanger Duchmol avec la première fournée de la journée. L’autopsie a révélé que l’homme avait au préalable été poignardé à de multiples reprises. M. Duchmol est décédé à la suite de ses blessures. Son épouse et leur apprenti ont quant à eux disparu et sont recherchés activement par la police, qui privilégie à l’heure actuelle la thèse de l’assassinat.

Enfin, dans le Sud de la France, le petit village de Pouillastruc s’est mis au tri sélectif après les plaintes déposées par les habitants auprès du conseil municipal. Les Pouillastrucois ont fait valoir leur droit à des poubelles uniformes pour des raisons esthétiques et s’engagent à trier leurs ordures ménagères en échange des poubelles fournies par la mairie.

Revenons maintenant au sujet auquel nous allons nous intéresser plus particulièrement au cours de cette édition un peu particulière : la Cité Heureuse, également connue sous le nom de Town Park.

Lancé il y a deux ans, le projet touristique faisait à l’époque l’unanimité et beaucoup d’habitants de la future Town Park avaient placé leur espoir dans la privatisation de leur ville, qui devait aboutir à une plus grande sécurité et à des progrès dans les domaines de l’économie et de la santé. Léontine Placard revient sur ce lancement.

« En décembre 2001, la Compagnie rachète une petite ville du Sud de la France, dont le cœur historique jusque-là peu connu des touristes était en partie laissé à l’abandon par la municipalité. A l’époque, le maire se déclare satisfait de l’arrangement : un mur d’enceinte et un système élaboré de caméras devaient garantir la sécurité au sein du parc tandis que l’entretien des quartiers anciens reviendrait à la Compagnie. Cette opération devait permettre à la mairie de recentrer ses efforts sur les quartiers périphériques jugés dangereux, tandis que des subventions seraient octroyées par la Compagnie pour soutenir l’activité économique dans ces quartiers. En échange, la vieille ville devait devenir un parc à thème, les habitants pouvant bénéficier de loyers modestes en échange de leur respect de la clientèle et de leur occasionnelle participation à certaines manifestations temporaires. Le rachat de la ville a ainsi permis la restauration de ses rues et la division de Town Park en quartiers thématiques. Marie Dupois, née dans le quartier, témoigne : « Au début, mon mari et moi on était contents de voir le loyer baisser. Mon mari a continué à travailler à l’extérieur mais j’en ai profité pour m’arrêter. Je gagnais des bonus en participant tous les jours aux fêtes du Parc. Par exemple je devais m’habiller comme à la Révolution et me promener dans le Parc. Ou je devais me déguiser en robe et tablier et distribuer des gâteaux aux fêtes de charité. Pendant un ou deux ans c’était quand même bien. » Mais les choses ont changé depuis à Town Park et, ici, l’esprit n’est plus à la fête. C’était Marie Dupois pour Michou, la chaîne qui fait tout. »

En effet, depuis plusieurs mois, la grogne s’est installée parmi les habitants de la ville. Patrice Cornichon revient sur ces protestations.

« Aujourd’hui, le fondateur de la société Town Park comparaissait devant la justice. Cette audience, attendue depuis des mois par ses détracteurs, devait permettre de jeter la lumière sur une affaire qui a profondément affecté les habitants. Depuis près d’un an, les conditions avantageuses dont bénéficiaient les habitants ont été revues sans aucune concertation avec la municipalité, nous indique le maire. Celui qui avait porté le projet il y a quatre ans est aujourd’hui l’un des principaux détracteurs du système instauré par la Compagnie. « En 2001, nous avons signé un accord clair stipulant les conditions de rachat de la ville. Or à l’heure d’aujourd’hui, il est évident que la Compagnie n’a pas respecté ses engagements. Les anciens habitants sont expulsés de leurs logements. La Compagnie avait instauré un système de bonus et de malus tout à fait intéressant pour nos concitoyens. Mais maintenant les malus sont distribués à tour de bras et les habitants sont remerciés de leur confiance et de leur investissement personnel dans ce projet par des menaces d’expulsion. Les services qui étaient proposés au début ont disparu, l’entretien de la ville qui revient à la Compagnie a été complètement négligé. Nos anciens quartiers sont dans un état épouvantable et comme la Compagnie ne jure que par ses bénéfices, on ne nous parle que d’économies ! La mairie fait tout son possible pour intervenir mais avec l’afflux de personnes délogées et sans moyens aux portes de l’ancienne ville, nous nous retrouvons avec une explosion des quartiers en difficulté et faute de subventions, nous ne pouvons pas relancer l’économie dans la périphérie. J’en appelle à la responsabilité de la Compagnie et de l’Etat qui, je le rappelle, avait accordé une subvention à la Compagnie lors de l’acquisition des anciens quartiers. » Pour rappel, M. Schmock, maire de la ville, est lui aussi mis en examen en ce moment pour abus de biens sociaux. »

Chers téléspectateurs, c’est sur ce reportage que s’achève ce journal. N’oubliez pas ce soir l’extraordinaire film de Lili Sandale « Chéri, je crois que j’ai oublié mon manteau », suivi d’un débat sur le port obligatoire de chaussettes dans les lieux publics, débat qui sera animé par Arlette Sabot.

Et Lou n’a pas dit ce qu’elle en pensait : La Cité heureuse est un livre moins sombre qu’il n’y paraît à première vue. Entrecoupé de scenarii écrits par le narrateur, qui raconte son expérience à Town Park, le roman se lit très rapidement et l’écriture de Duteurtre est agréable. Si je trouve le sujet à la 1984 intriguant, le livre ne tient pas toutes ses promesses et malgré tout, manque sans doute de profondeur. Bref, une bonne idée, un auteur que j’apprécie (je vous recommande Gaieté parisienne – et pour les amateurs, on retrouve dans ce nouveau roman de vieux personnages…) mais un livre avec lequel je suis un peu restée sur ma faim.

NB : pour les dates je ne sais plus si une quelconque date figure dans le roman.

282 p

Benoît Duteurtre, La Cité heureuse, 2007

01/04/2008

La vie est un Cabaret

1178275307.JPGAprès avoir assisté passivement à la bataille acharnée qui s’est une fois de plus livrée dans ma bibliothèque entre romans négligés, j’ai choisi de présenter ici Ida, que j’ai lu en décembre. C’est en renâclant et en traînant les pages que ce petit livre m’a suivie sur le canapé pour une opération « chroniquage intensif » en bonne et due forme. Il faut dire qu’Irène Némirovsky aurait eu de quoi se vexer sachant qu’Ida détient le record absolu de la plus longue attente de mise en ligne de commentaires post-lecture.

Pourtant, si ma lecture est lointaine, j’aimerais rendre justice aux deux excellentes nouvelles qui composent ce court recueil, sur lequel j’ai lu des critiques plus réservées. Si Ida a déçu quelques lecteurs plus sensibles à d’autres de ses œuvres, ce texte a été pour moi l’occasion de découvrir Irène Némirovsky. J’aimerais à ma manière rendre hommage à ce beau livre et à inviter ceux qui ne connaissent pas encore cet écrivain à songer à Ida pour une première approche.

Les deux nouvelles, Ida et La Comédie bourgeoise, retracent le destin de deux femmes que la vie n’a pas épargnées.

Attention [Spoiler]

[Tout d’abord Ida, danseuse vieillissante habituée pendant des années aux paillettes et à l’éclat des feux de la rampe. Malgré les années, cette femme vit toujours dans l’illusion, cherchant à se persuader qu’elle est toujours la reine des soirées dans lesquelles elle apparaît avec majesté, entourée de jeunes femmes superbes à qui elle ne veut trouver aucun talent. Couverte de plumes et de bijoux, elle descend chaque soir le majestueux escalier qui la conduit à la scène en guettant l’envie et l’admiration dans le regard des hommes venus la voir. Car depuis des années, Ida est restée inégalée  et rien ne pourrait l’empêcher d’être encore la reine du spectacle. Pourtant, une lutte sans espoir s’est déjà engagée entre la vedette rongée par l’âge et les filles ambitieuses à peine sorties de l’adolescence qui rient sous cape en attendant la chute imminente de cette vieille idole dont la majesté frôle le ridicule. Chaque nuit, la reine s’enduit de crèmes et de masques, entourant son corps entier de bandelettes aux vertus rajeunissantes. Jusqu’au soir où, comme il fallait s’y attendre, l’incident se produit et un premier rire fuse dans la salle.

Puis Madeleine, dont la vie, quoique plus banale, n’a rien à envier à la tristesse de l’histoire d’Ida. En province, la jeune femme doit faire face à un destin tout tracé : issue d’une famille bourgeoise, elle doit épouser celui qui représente un bon parti. Peu avant son mariage, elle découvre que l’homme qu’elle doit épouser a vécu avec une femme avec qui il a eu un enfant. Tous lui rappellent qu’il est normal qu’un homme ait eu des liaisons dans sa jeunesse. Et la voilà qui se retrouve aux côtés d’un industriel qu’elle n’aime pas, apprenant par la suite que sa maîtresse s’est donnée la mort. Son seul bonheur sera celui d’élever ses enfants, jusqu’au jour où, devenue âgée, elle ne sera plus qu’une nuisance pour eux.]

Ecrites avec beaucoup de sensibilité et une plume habile, ces deux histoires à l’atmosphère profondément mélancolique touchent par l’humanité de leurs protagonistes. Bien que tragiques, les destins de Madeleine et d’Ida sont d’un réalisme étonnant et il est difficile de ne pas comprendre ces femmes avec leurs doutes et leurs peurs si humaines. A la fois fragiles et d’une volonté de fer, toutes deux suivent le chemin qui les conduit inéluctablement vers la solitude et une fin malheureusement banale. Cherchant à se rassurer, Ida aussi bien que Madeleine savent que l’avenir ne leur réserve plus rien, les meilleurs moments de leur vie ayant déjà disparu depuis longtemps.

D’une beauté troublante, ces nouvelles décrivent avec pertinence les émotions et les états d’âme des personnages, dont l’histoire touchera plus d’un lecteur.

119 p

 

Irène Némirovsky, Ida, 1934

 

05/03/2008

Révélation

213915152.jpgJ’ai beau m’intéresser de très près aux auteurs anglo-saxons, mes connaissances en matière de classiques français sont franchement limitées. J’ai eu beau faire un bac L et un début d’études littéraires, le déclic ne s’est jamais produit.

Non, la petite Lou ne s’est jamais précipitée sur les auteurs qu’il-faut-im-pé-ra-ti-ve-ment avoir-lus ; Si, petite Lou aurait un 0 pointé si la « Kultur » se limitait à la France et à ses grands écrivains (car quand elle était petite, Lou n’a-t-elle pas été bercée au son de fameuses tirades sur la grandeur de la France, patrie des artistes et de l’immense majorité des génies qui ont fait l’histoire de ce monde, et patati et patata ?).

Il y a bien eu quelques coups de cœur, oui. Avec Laclos et les Liaisons dangereuses (« je remarque que Laclos ne compte que des lectrices dans cette salle. Serait-ce une coïncidence ? », disait son professeur de français). Quelques Zola ou Balzac. Et en primaire, une passion foudroyante qui lui avait fait lire d’une traite les pièces de Molière les plus connues. Mais tout cela s’était produit de façon sporadique. Aujourd’hui, du haut de ses 25 ans, Lou n’a pas lu un seul roman de Nerval, pas plus qu’un seul livre de Proust ou de Huysmans (tous deux commencés mais discrètement repoussés dans la bibliothèque l’an dernier – cela dit, leur repos ne sera pas éternel).

Alors quand j’ai ouvert Pauline d’Alexandre Dumas, le choc a été radical. Loin de la nouvelle un peu bébête que j’avais lue l’an dernier, La Dame pâle, Pauline est un livre enivrant écrit en 1838. Connu à l’époque pour ses pièces de théâtre et des récits essentiellement ancrés dans un cadre historique, Alexandre Dumas signait là son premier roman contemporain.

Présenté comme une histoire véridique, Pauline débute avec un récit à la première personne, dans lequel Dumas dit avoir rencontré au cours d’un voyage son ami Alfred de Nerval. Celui-ci, accompagné d’une jeune femme qui souhaitait visiblement rester discrète, s’enfuit sans revoir l’écrivain. Quelque temps plus tard, le jeune Alexandre poursuit son voyage et finit par se rendre à Sesto Calende où l’attend la tombe de la jeune femme.

Puis s’ouvre rapidement la deuxième partie du roman, dans laquelle Alfred raconte l’extraordinaire histoire de l’inconnue. De Paris à la Normandie, puis en Angleterre, en Ecosse et en Italie, le narrateur amène le lecteur sur les traces d’une femme au sombre destin.

Ecrit sur un rythme haletant, ce roman mêle l’horreur à la tragédie dans un style qui rappelle en Angleterre les grands écrivains victoriens. Tous les ingrédients du roman gothique à la Radcliffe sont aussi réunis : le tombeau, la crypte, le cimetière, le château délabré, le sous terrain, l’orage, la tempête, le naufrage, l’homme obscur et mystérieux… dois-je continuer ?

Loin d’être un simple roman d’épouvante, Pauline se présente aussi comme un drame inspiré par le mouvement Sturm und Drang. A la lecture des mésaventures de l’héroïne, l’angoisse est tempérée par le fait que l’on connaît déjà la fin, inéluctable : Pauline ne survivra pas. De même qu’alors que l’histoire s’achève avec la lente agonie de l’héroïne, une question nous taraude : Pauline succombera-t-elle au charme de son fidèle allié ?

Dévoré pendant mes vacances, Pauline m’a séduite par cet intéressant mélange entre la subtilité d’une histoire au final bien triste et le recours aux ficelles les plus grosses du roman d’épouvante. Le cadre historique, l’alliance des différents personnages, les rebonds multiples (bien qu’un peu prévisibles), tout fait de cette lecture un immense moment de plaisir et me pousse à découvrir d’autres facettes d’Alexandre Dumas… et pourquoi pas ? D’autres auteurs utilisant des ressorts similaires.

Petit bémol : bien qu’attachants, les personnages sont un peu caricaturaux. Par-dessus tout, on regrette le peu de temps accordé au ténébreux comte, dont la psychologie complexe mériterait un portrait plus poussé.

Au final, une belle aventure, une excellente découverte et un roman qui m’a emportée bien loin d’ici. Voilà un beau voyage que j’aimerais encore avoir devant moi !

241 p

Alexandre Dumas, Pauline, 1838

 

20/12/2007

Tout en finesse

46da9a7611fc5d2464482e3214e04af6.jpgCette année aura été riche en découvertes. Et voilà que Le Livre de Tobie de Sylvie Germain figure parmi mes très belles surprises littéraires de 2007.

Ce roman tenant de la fable et du conte est inspiré du Livre de Tobie. Imprégné de traditions juives, ce livre lumineux à la fois riche et subtil m’a envoûtée dès les premières pages.

L’histoire : au cœur du marais poitevin vit Tobie, petit garçon roulant la nuit à toute allure sur son tricycle. Où va-t-il ? Voir le Diable, qui aurait volé la tête de sa mère. En réalité, c’est l’histoire d’une famille brisée qui se dessine peu à peu : décapitée par un fil de fer alors qu’elle galopait à travers la forêt, Anna est retrouvée ensanglantée sur sa jument. Théodore, son mari, fou de ne retrouver qu’un corps sans tête, est frappé d’une attaque et devient un père fantôme, parfois absent, parfois violent. Deborah, l’arrière-grand-mère de Tobie, pilier de la famille, tente d’épauler Théodore et d’élever l’orphelin. C’est beaucoup demander à une femme qui a vu sa famille périr et disparaître dans l’Atlantique alors qu’elle cherchait à émigrer aux Etats-Unis ; puis qui a perdu son mari à la guerre, avant de voir ses filles disparaître à leur tour. Devenu adulte, Tobie est envoyé par son père à Bordeaux afin de recouvrir une dette. Cette mission servira de prétexte à voyage initiatique où l’amour, l’amitié et le rapport à ses chers disparus bouleverseront Tobie.

C’est une superbe histoire que nous livre Sylvie Germain. Dans une prose riche et musicale, elle nous transporte dans un univers oscillant entre réalité et fiction, où les anges et les disparus sont tout aussi présents que des vivants ancrés dans une réalité souvent dure. C’est aussi un monde magnifique qu’elle nous dépeint ; avec beaucoup de grâce et de spiritualité, Sylvie Germain décrit un Marais Poitevin sensuel et capiteux, extraordinaire, où le surnaturel communie avec la nature et les hommes. Chaque bruissement, chaque frôlement prend une dimension nouvelle et renvoie les personnages à un passé omniprésent, où l’histoire le dispute à la religion et au poids des racines. Terriblement poétique, ce roman touchant allie une histoire brillamment menée à une plume érudite et précise, le tout dans un éveil des sens permanent.

Enorme coup de cœur en cette année 2007 !

265 p

Sylvie Germain, Tobie des Marais, 1998

07/12/2007

De l'histoire d'une concierge

b2033b66bed2452fb3990a3c81dd6377.jpg Fini ce soir... note à venir très rapidement !

Par esprit de contradiction, je fuis assez souvent les Prix Littéraires récents et les livres qu’il faut absolument avoir lus – et qui croisent mon chemin régulièrement pendant des mois dans le métro.

L’Elégance du Hérisson de Muriel Barbery faisait partie de ceux-là. Et pourtant, depuis sa sortie, je le feuilletais régulièrement en librairie. Achètera ou n’achètera pas ? Bizarrement, si j’ai autant attendu pour le lire, c’était plutôt parce que, malgré mon immense envie de lire ce roman qui me semblait fait pour moi, les premières pages me rebutaient systématiquement. Car l’introduction en forme de caricature était loin de me plaire.

Cet a priori résume assez bien mon sentiment à la lecture de ce roman. Commençons par ces petits agacements qui, partout ailleurs, m’auraient fait jeter mon livre par la fenêtre – assommant très certainement le concierge passant par là au mauvais moment.

Voilà ce qui pourrait être insupportable dans ce roman : le défilé de caricatures et de situations plus grotesques les unes que les autres. Résumons : les pauvres sont gentils et saisissent à leur manière le sens de la vie. Les riches sont bêtes et méchants. Les pauvres doivent rester à leur place. Les fils de riche sont des débiles profonds mais font des études prestigieuses. Les écoles et l’Université en prennent pour leur grade. Pour résumer, les étudiants sont des petits bourgeois prétentieux arriérés. Les concierges doivent passer pour des abruties finies quoi qu’il leur en coûte. Sans compter qu’une concierge qui ne serait pas laide et ne ferait pas de cassoulet pourrait peut-être passer pour un agent du FBI tant elle serait improbable. Histoire de ne pas trop bouleverser les vieux clichés. Je dirais même qu’à force d’excès de zèle on dépasse même les pires des clichés.

Quelques exemples :

Une grande bourgeoise vivant dans le 7e doit forcément en prendre pour son grade. Quitte à créer un dialogue à la crédibilité douteuse. Fait de « euh… », « enfin… ».

Une héroïne cultivée et intelligente peut se permettre de supposer que le nouveau voisin, parce qu’il s’appelle Ozu, est forcément de la famille du réalisateur du même nom. Tenez, si ma nouvelle voisine s’appelle Claire Dupond, je trouverai ça follement excitant et me demanderai quelle est sa parenté avec le danseur Patrick Dupond.

Et en live, un passage profondément ridicule (extrait du journal de Paloma, qui, à 12 ans, écrit sur l’absurdité du monde en évoquant régulièrement son statut de surdouée) :

«  Tibère, c’est le copain de ma sœur. Il fait Normale sup comme elle, mais en maths. Quand je pense qu’on appelle ça l’élite… La seule différence que je vois entre Colombe, Tibère, leurs copains et une bande de jeunes « du peuple », c’est que ma sœur et ses potes sont plus bêtes. Ça boit, ça fume, ça parle comme dans les cités et ça s’échange des paroles du type : « Hollande a flingué Fabius avec son référendum, vous avez vu ça, un vrai killer, le keum » (véridique) ou bien : « tous les DR (les directeurs de recherche) qui sont nommés depuis deux ans sont des fachos de base, la droite verrouille, faut pas merder avec son directeur de thèse » (tout frais d’hier). Un niveau en dessous, on a droit à : « en fait, la blonde que J.B mate, c’est une angliciste, une blonde, quoi » (idem) et un niveau au-dessus : « la conf. de Marian, c’était de la balle quand il a dit que l’existence n’est pas l’attribut premier de Dieu » (idem, juste après la clôture du dossier blonde angliciste). Que voulez-vous que j’en pense ? Le pompon, le voilà (au mot près) : « c’est pas parce qu’on est athée qu’on n’est pas capable de voir la puissance de l’onthologie métaphysique. Ouais, ce qui compte, c’est la puissance conceptuelle, pas la vérité. Et Marian, ce sale curé, il assure, le bougre, hein, ça calme. »

Je ne veux surtout pas connaître les traumatismes endurés par Muriel Barbery pour écrire un tel ramassis d’inepties. Je souligne le mot « bougre » que les khâgneux utilisaient peut-être encore il y a plus de vingt ans et qui souligne à lui seul la vacuité du propos.

Après avoir enfoncé cet aspect insupportable du roman en bonne et due forme (ouf ! ça va mieux !), que dire ? Que j’ai détesté ? Que c’est lamentable ? Que nenni ! Bizarrement, malgré ces passages qui m’ont fait serrer les dents, je résumerais L’Elegance du Hérisson à une chose : l’immense plaisir de la lecture.

Ce roman est un hommage à l’art, à la littérature et à la vie. Les personnages érudits, malgré leurs travers, parviennent à communiquer leur amour du Vrai en faisant moult commentaires d’une remarquable justesse. A la lecture de ce roman intellectuellement stimulant, on s’interroge sur nos propres motivations, notre sensibilité. L’histoire devient de plus en plus émouvante. La concierge de plus en plus authentique. On en vient presque à comprendre pourquoi elle s’obstine à passer pour une analphabète devant les habitants de l’immeuble. Le fin le dispute à l’absurde. Quête philosophique, petit traité d’humanité, ce livre m’a au final beaucoup touchée. Un roman que je ne suis pas prête d’oublier !

356 p

Muriel Barbery, L’Elegance du Herisson, 2006

 

28/10/2007

De l’art de schmogler

f72449e6062608e9ed8898892c5145c3.jpgDécouvert sur le blog de Caroline récemment, Prenez soin du chien de J.M. Erre avait tout de suite suscité ma curiosité. Je pensais me détendre en le lisant. Objectif atteint ! J’ai passé l’après-midi à dévorer ce roman et me voilà prête à faire une petite note.

L’histoire : entre la Place de Clichy et la Place Pigalle, deux énergumènes emménagent en même temps dans deux immeubles voisins. L’un écrit des navets pour la radio, des feuilletons manquant cruellement d’amûr selon ses inconditionnelles admiratrices ; l’autre, tête ovoïde et régime à haute teneur en cholestérol,  a une passion dans sa vie, la peinture. Attention, pas n’importe quelle peinture ! Car monsieur est peintre sur œufs. Chacun soupçonne bientôt l’autre de l’espionner et consigne ses doutes dans un journal intime. La tension monte progressivement : entre lancer d’œuf sur façade, commande de pizzas (sans œufs) pour le voisin, petite annonce faisant passer l’autre pour un marabout, abonnement de l’être haï à un magazine coquin, tous les moyens sont mis en œuvre pour venir à bout de l’autre. Mais bientôt, le cadavre d’une locataire est retrouvé, pendu par un pied à un élastique, le crâne fracassé contre le trottoir. Puis c’est au tour de l’un des principaux personnages d’être retrouvé mort dans son appartement. La tension monte, la psychose est omniprésente, les commérages vont bon train. Dans un véritable Cluedo rocambolesque l’intrigue se poursuit, moins drôle mais tout aussi captivante. Digne d’un thriller bourré d’humour.

a89bb0a74b8978dd2179aa9c82d3e012.jpgL’avis de votre chroniqueuse : ici, pas de grande littérature. Mais pourtant un style qui ne dérange en rien, un humour et une ironie que je commence à trouver toute française, une trame parfaitement maîtrisée. Une action sans un seul temps mort, des personnages improbables et drolatiques. Au final, Prenez soin du chien est un roman très divertissant et très bien mené. Une très bonne surprise pleine d’originalité. Je renouvellerai l’expérience avec plaisir !

Et pour prolonger le plaisir, quelques courts extraits :

Mon regard était si franchement admiratif que l’homme a baissé sa garde. Sa graisse émoustillée s’est mise à vibrer. L’effet était saisissant : on aurait dit un flan géant sur une machine à laver en plein essorage.

(La rédaction du petit Bruno, l’enfant terrible – plus exactement : le monstre abominable)

Tob était une fois un monstre à plein de poils de la race des schmogueul petits. Il aimait dévorer des moquettes avec des dents, surtout celle-là. Avec de la sorcière, mais moins que lui, à cause de l’escalier. Mais des méchants qui ne l’aimèrent pas. Ils ont avait un carton magique…

Pauvre schmogueul ! Attention au carton magique ! Tu vas mourru et après tu aurais mal aussi avec ! Sauve-toi gentil poilu !

279 p

J.M. Erre, Prenez soin du chien, 2006

13/10/2007

Un peu de science fiction

71960611f5c3aee190846982ed7c04e2.jpgParmi les livres que je voulais lire depuis longtemps figurait le roman de Barjavel La Nuit des Temps. Grâce au swap de l’été, c’est chose faite !

L’histoire : une mission scientifique au Pôle Sud conduit à la découverte d’une civilisation enfouie depuis 900 000 ans sous la glace. Sous des pièces et des escaliers en or se trouve une graine de métal protégeant un homme et une femme et les maintient en hibernation. Dès lors, il s’agit de les réanimer afin de redécouvrir les origines de l’humanité.

Un bilan plutôt positif, même si je suis moins enthousiaste que les nombreux lecteurs qui m’ont recommandé ce roman. Voilà les origines du MAIS :

Les maladresses : à la fin, le geste fatal d’Elea est dû au fait qu’elle n’a pas reconnu son amour Païkan dont elle n’a pas vu le visage. N’importe quelle amante saurait reconnaître sa moitié à mille détails ; dans le cas de cet amour traversant le temps, l’absence de lucidité d’Elea est hautement improbable.

Les aberrations : lorsque la mission commence, les chercheurs voient s’effondrer devant eux des pans de mur et des hommes restés immobiles depuis des millénaires. Et les voilà qui avancent avec des manières de pachydermes, touchant tout ce qui se présente à leurs yeux. La première fois, pourquoi pas ? Mais quand tout se réduit en poussière à la première altération, l’obstination de ces chercheurs qui ne changent pas de méthode n’est pas du tout crédible.

Le côté Harlequin : Du genre « son arbre puissant et majestueux dressé vers le ciel pointait vers la vallée emplie de courbes qui lui faisait face. Après quelques frémissements, il s’enfonça doucement dans la chaleur moite de cette étendue boisée où perlait une fraîche rosée. » Atroce.

Malgré ces critiques, je suis ravie d’avoir enfin découvert ce livre. Un peu agacée ou ennuyée parfois, j’ai trouvé cette histoire intéressante, très différente des livres habituels de science fiction. L’histoire des amoureux traversant le temps tient du mythe, la fin de la tragédie grecque. Sans être parfait, ce roman est agréable à lire et est un classique différent des autres.

394 p

Barjavel, La Nuit des Temps, 1971

04/10/2007

Mystère sur les toits parisiens

78df0aaa8b2004ce2cc5a88cb9ea72d0.jpgQuand une chaussure se balade sur un toit, on est en droit de se dire qu’on assiste là à un phénomène peu banal. Quand en plus, il s’agit du sujet du dernier livre de Delecroix, La chaussure sur le toit, l’évènement acquiert un très fort pouvoir de conviction. Et là, votre chroniqueuse de s’interroger devant le roman en regardant ses petites chaussures (que voulez- vous, quand on fait un 36…) : « lira tout de suite ou lira tout à l’heure ? » Parce que, autant vous le dire, j’aime bien les titres énigmatiques qui ne veulent a priori rien dire, ceux qui ont un je ne sais quoi de fascinant. Une chaussure sur un toit c’est absurde. Mais c’est aussi émouvant. Triste. Ridicule. Drôlatique. Ubuesque. Bref, toute cette plâtrée d’excuses pour en arriver à une conclusion inévitable : j’ai craqué.

J’ai craqué devant ce drôle de titre et le quatrième de couverture. Puis j’ai entamé la lecture. Et finalement, cette vieille godasse dégoûtante traînant sur une gouttière l’a emporté. Et c’est pour partager ce grand coup de cœur que je vais vous parler en quelques mots de ce livre. Mais pas trop. Autant préserver le mystère et laisser tout le charme opérer !

Le sujet : une chaussure qui traîne sur un toit. Autour de cette chaussure se construisent les récits les plus variés. Tous semblent converger vers un même objectif : raconter l’histoire de cette chaussure. Ou plutôt, répondre à une question (qui vous taraudera vite fait) : comment cette chaussure a atterri là ? De la chaussure jetée par la fenêtre dans une crise de rage à celle qui a été déposée par un ange, les explications s’enchaînent en une dizaine de chapitres. Jusqu’aux dernières pages qui bouclent l’ensemble par une ultime approche. En résumé, l’histoire d’une chaussure. Ou comment raconter autrement la vie d’un immeuble près de la gare du Nord ?

Pas de temps mort dans ce roman qui se lit d’un trait. Des personnages variés tous aussi intéressants les uns que les autres. De l’humour, des drames, petits ou grands, des doutes, plus ou moins existentiels. Une écriture agréable et des pages qui filent à toute allure. Et surtout une chaussure que l’on finit par saluer comme une vieille amie à chacune de ses apparitions au fil des chapitres. Bref, ce roman foisonnant de personnages aux parcours entremêlés est un pur régal !

218 p

Et n'oubliez pas l'avis de Michel.

Vincent Delecroix, La chaussure sur le toit, 2007
 

26/08/2007

Woolf, Keynes et Yaël

46b7134d7ff2ada67ade433f6594e3c1.gifLorsque tout à l’heure j’ai fini Le Journal de Yaël Koppman allongée sur une serviette de plage au Champs de Mars, je savais déjà ce que j’allais raconter ici, comment et pourquoi. Deux petites heures ont suffi à me distraire et je crains un accouchement un peu laborieux. Les choses étant ce qu’elles sont, je ferai de mon mieux pour agiter mes neurones et faire un compte-rendu fidèle de mes premières observations. Du moins autant que possible.

Tout d’abord, le contexte. Vendredi soir, en sortant du bureau, je profite du temps qu’il me reste avant le dîner prévu avec une amie à Montparnasse pour me rendre à la FNAC St Lazare. J’ai deux excuses à cela : d’abord ce temple de perdition se trouve sur mon chemin. Ensuite, je voulais acheter le cadeau d’anniversaire d’une vieille amie. Bien évidemment, j’ai un peu trop erré le temps de trouver chaussure à son pied. Chargée de trois livres de poche dont les couvertures m’avaient honteusement alléchée, je suis tombée sur les éditions Sabine Wespieser, sur lesquelles je louche systématiquement tant j’adore le format. Bien que n’ayant chez moi qu’un seul de ses livres, j’apprécie la ligne éditoriale de cette maison et me promets depuis longtemps de découvrir ses textes étrangers. Et là je suis tombée sur le livre de Marianne Rubinstein (pour le coup absolument français), remarquant l’expression « conseillé par les libraires PAGE » sur un fond rose tape à l’œil (type Glamour). J’ouvre l’ouvrage en question, feuillette, vois qu’il est question de chick lit (que je ne connais pas mais dont j’entends beaucoup parler) et du cercle Bloomsbury. Devant Virginia Woolf, Keynes et le texte léger que je tenais entre mes mains, j’ai abandonné sur le champ les trois autres ouvrages et suis repartie, me promettant une lecture de détente ce week-end.

Hier soir, après avoir lu une petite vingtaine de pages, j’ai décidé de mettre de côté mon Huysmans et de profiter du week-end pour bouquiner tranquillement, sans trop réfléchir. Le livre de Marianne Rubinstein était exactement ce qu’il me fallait.

Autant dire que si j’ai peu lu ces derniers temps, j’ai dévoré de minuit trente à deux heures du matin, avant de passer tout mon après-midi sur le Journal de Yaël Koppman, fini sur le coup des 18h. Il faut admettre que l’écriture n’est pas particulièrement recherchée. Et sans le cercle woolfien, le journal aurait en lui-même assez peu d’intérêt : un peu chick lit, très français,  le tout raconte la vie assez monotone de Yaël et de son entourage. Entre la coloc avec le meilleur ami homo (cliché que je reprendrais sans doute si j’écrivais, je l’admets), la cousine qui fait figure de super copine plus mignonne avec une vie amoureuse plus intéressante, le job a priori peu glamour (maître de conf), on a l’impression de réchauffer du déjà vu et resservi. Ce n’est sans doute pas un grand roman. Mais (contre toute attente ?) j’ai adoré passer ma journée en compagnie de Yaël.

D’abord, Yaël n’est pas maître de conf de n’importe quoi. C’est une économiste. D’où son analyse particulière des relations sociales : la question de la répartition des tâches domestiques trouve sa réponse chez Ricardo et son principe d’avantage comparatif ; celle du rangement de la vaisselle devient un dilemme du prisonnier. Sans parler des bulles spéculatives et du problème de l’information, l’une des conditions (jamais réalisées) du marché parfait. J’ai adoré ces analogies amusantes qui m’ont rappelé de vieux amis – même si, avant de m’intéresser à l’économie, j’avais eu des sueurs froides à l’idée de devoir passer par cette matière a priori austère, avant de trembler pour de bon devant de vicieux QCM à système de points négatifs.

Deuxième bon point pour notre maître de conférence : Yaël choisit de s’intéresser à Anjelica Garnett, fille de Vanessa Bell, nièce de Virginia Woolf et filleule de Keynes (rien que ça). Bref, elle aborde un cercle fascinant en s’attaquant à l’un de ses personnages secondaires. Au final, j’ai beaucoup appris sur les triangles amoureux qui se formaient puis se défaisaient parmi tous ces artistes. Le texte donne un bref aperçu de leur mode de vie et offre un éclairage intéressant sur Vanessa Bell et les hommes qui l’ont entourée, plaçant Virginia Woolf en observatrice à part. Ceux qui connaissent bien Bloomsbury n’auraient peut-être pas apprécié ces références autant que moi. Mais ce n’était pas mon cas, et le Journal de Yaël Koppman a été une très agréable entrée en matière.

Ce « roman » sent le vrai journal à plein nez. Dans quelle mesure Marianne Rubinstein a inventé et romancé le tout ? Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé la chute du journal très espiègle : dans l’épilogue, sa fameuse cousine Clara tombe sur son journal 2002-2003, adore, lui conseille de le publier, disant qu’elle devrait tout de même changer les noms de tout le monde. Sa cousine pourrait par exemple s’appeler Clara. Et puis, il faudrait ajouter un épilogue pour que le lecteur sache ce qui est arrivé à tout le monde ensuite. Ce qui m’a fait tourner la dernière page avec un petit sourire amusé. Merci Yaël, merci Clara pour ce dimanche passé en votre compagnie.

217 p

 

Et n'oubliez pas l'avis de Florinette et celui de Marianne.

22/07/2007

Opération époussetage !

79117ddfcfd9c0156a3e906ff9974207.jpgEn parcourant vos blogs, j’ai été interpellée par l’article de Lilly qui faisait remarquer que les auteurs classiques étaient absents de la blogosphère. Et c’est vrai qu’en y prêtant un peu attention, à l’exception des classiques anglo-saxons, le constat s’impose de lui-même : nous les boudons !

C’est pour cette raison que je me suis dit que les vacances d’été étaient une excellente occasion de revoir nos classiques et de se lancer un petit défi : lire ou relire un roman, une série de nouvelles ou une pièce de théâtre parmi les classiques français ou francophones complètement laissés à l’abandon par ici.

1720a6696c182229e8c4f5d24e6d5663.jpgEt après tout, en échangeant les uns et les autres sur nos lectures par blogs interposés, peut-être en viendrons-nous à découvrir de temps en temps un Balzac ou un Giono en oubliant nos lectures de bacheliers, avec un plaisir renouvelé…

Inscriptions ici pour les volontaires ! N’oubliez pas d’indiquer le ou les livre(s) qui vous tente(nt) pour échanger les idées de lecture !

341beed36f73ff4ed3fe603b2969ae38.jpgPour ma part, je pense lire un Maupassant (Boule de Suif et autres nouvelles) ou Les Diaboliques (Barbey d’Aurevilly) ou Souvenirs pieux de Marguerite Yourcenar.

J’espère que vous serez nombreux à participer :o)

25/05/2007

Sans Voix

8088f6c9ac5294eae219b739d85e4283.jpgDifficile de parler du Secret de Philippe Grimbert en toute objectivité. N’ayant lu aucune critique sur ce livre avant de rencontrer au détour d’une allée l’auteur au Salon du Livre 2007, je m’attendais à un roman, sans avoir aucune idée du sujet. Un secret, justement, c’est un mot qui s’entoure de mystère. Un mot qui tait jusqu’au dernier instant le factuel, la réalité. Un mot plein d’attente et de murmures.

J’ai commencé ce livre avec indifférence. Me laissant bercer par l’écriture musicale de Philippe Grimbert, je suivais passivement le déroulement de l’action, des questions me venant à l’esprit peu à peu. Il m’a fallu un certain temps avant d’être emportée par le récit, intriguée par les personnes qui en peuplaient les pages. Alors que le drame commençait à poindre le bout de son nez, je ne pouvais pourtant plus abandonner ma lecture. Puis, au détour d’une page, le choc, sans doute atténué par le fait que je m’étais attendue à cela, priant pourtant intérieurement, espérant de tout cœur m’être trompée.

Car Un Secret n’est pas un subtil roman dont la trame serait sur fond de drame familial, l’étau se resserrant de plus en plus sur un héros valeureux ou méprisable. Un Secret est l’histoire de Philippe Grimbert, l’histoire d’une famille juive déchirée, mutilée par la guerre et l’Holocauste. L’histoire d’un grand frère devenu fantôme. De noms tus, de numéros enregistrés dans un registre, couchés froidement sur le papier, indiquant un lieu, une date. Une mort. Aux disparitions, déjà infiniment douloureuses, s’ajoute une tragédie, un secret douloureusement porté, ignoré de certains. Car aux atrocités commises pendant la guerre s’ajoutent des circonstances particulières, celles d’une épouse qui se sentant trompée, se livre pieds et mains liés aux autorités, condamnant son fils par la même occasion.

Je ne serai pas d’une originalité flagrante en disant que j’ai été profondément touchée par ce texte de Philippe Grimbert. Son livre, qui aurait pu être un récit larmoyant, comme cela serait compréhensible, est en réalité un récit personnel écrit avec simplicité et pudeur, sans fioritures. Les noms désormais disparus d’Hannah, de Simon, de Tania et de Maxime, bafoués par l’Histoire, effacés par le temps, seront désormais à mon esprit comme à celui de bien des lecteurs, qui ne pourront oublier l’histoire de cette famille qui pourrait ressembler à la leur.

Un très beau livre et un auteur courageux qui a su parler de ses fantômes en toute intimité. Un Secret mérite tout notre respect.

185 p

La Nymphette parle aussi d’Un Secret

05/05/2007

Mauvais penchants farcis

medium_leventredelafee.2.jpgExtrait du « Petit Traité de l’Art culinaire Autrement »

Note de l’auteur : ce plat de mauvais penchants se déguste froid. Particulièrement relevé, il sera plus savoureux suivi de bonbons acidulés en dessert.

Trouver un grand garçon vicieux. Pour cela, nous recommandons une recherche assidue dans les bas fonds des capitales, près des poubelles, dans les escaliers d’une saleté crasse. Les rideaux mouvants d’une fenêtre peuvent servir d’indication lorsque vous cherchez un sujet particulièrement pervers qui rendra votre plat plus coriace.

Prendre 200g de femmes vulnérables. Choisir les éléments les plus jeunes et tendres. Faire mariner jusqu’à inquiétude puis saisir un bon quart d’heure à feu vif.

Ajouter 300g de pulsions incontrôlées, une grande rasade de sadisme et une pincée de pensées morbides. Mélanger le tout et bien secouer.

Farcir de ce mélange le grand garçon vicieux. Ajouter un sachet de barbarie et faire bouillir.

Laisser reposer quelques jours.

C’est ainsi que vous pourrez déguster vos mauvais penchants farcis à l’authentique. Pour une recette plus corsée, se référer à Alice Ferney avec Le Ventre de la Fée (voir notes explicatives à la fin).

Pourquoi cette recette peu ragoûtante me direz-vous ? Parce que nous sommes loin de l’Alice Ferney de L’Elegance des Veuves. Parce qu’à juste titre, Alice Ferney m’a dédicacé son livre avec ces quelques mots : « l’autre moitié – noire, de mes débuts ! ». Parce qu’ici il n’est pas vraiment question de la fée, mais de son fils Gabriel qui donne libre cours à ses penchants sadiques. Viols à répétition, cous bleutés sous l’effet de ses mains, nécrophilie, obsessions morbides à l’égard de corps éteints, voilà l’univers de ce récit. Après avoir fait connaissance avec la fée, le lecteur suit pas à pas les tribulations mentales de son fils psychopathe. Dans un crescendo qui le prend au dépourvu, le lecteur suivra l’un après l’autre les exactions et crimes de Gabriel. Avec peut-être un jour, une fin…
 
Si l’Elégance des Veuves m’a touchée, je pourrais sans doute dire que ce livre-ci m’a dérangée. J’ai pourtant apprécié cette lecture rapide. Le style d’Alice Ferney est toujours aussi agréable. Elle sait intriguer et l’on ne peut quitter Gabriel sans savoir jusqu’où vont le conduire ses premières obsessions et si la fin arrive, quelle forme elle prendra. Portrait intime d’un meurtrier et d’un violeur hanté par une figure maternelle omniprésente, ce huit clos peut mettre mal à l’aise et n’est peut-être pas le livre idéal pour découvrir Alice Ferney, car il pourrait décontenancer bien des lecteurs. Mais pour ceux qui aiment déjà l’écriture et l’art de la narration dont fait preuve cet écrivain, Le Ventre de la Fée est une découverte intéressante, un récit d’une violence inouïe qui permettra à ceux que l’auteur a déjà séduits de découvrir sa part d’ombre.

Contre-indications : Âmes sensibles s’abstenir.