Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/09/2008

Prêt-à-porter

wolniewicz_temps_chute.jpg(Pour ceux qui ont oublié ce film, la BO diffusée partout il y a une quinzaine d’années avait pour refrain ces paroles imagées : « Naa, nanananaa, nanana… »)

Voilà la toute dernière note liée au prix Landerneau, avant mon classement personnel et le choix du livre qui m’aura le plus marquée. Le Temps d’une Chute m’a permis de découvrir un éditeur que j’avais remarqué sans pour autant saisir l’occasion de lire un de ses romans. Ce n’était sans doute qu’une question de temps... quoi qu’il en soit, le prix Landerneau m’a permis de concrétiser de vagues projets de lecture.

Le Temps d’une Chute m’attirait a priori de par la collection, le titre mélancolique assez imagé et les quelques mots entraperçus en parcourant rapidement le 4e de couverture. Il faut dire que pour ce prix, j’ai cherché à être le moins influencée possible avant de me plonger dans ma lecture ; je n’avais donc souvent qu’une idée très vague du sujet avant d’ouvrir les huit livres. J’avais tout de même parcouru plusieurs critiques en ligne, la plupart du temps assez négatives.

Comme pour Véronique Ovaldé dont j’avais lu beaucoup de critiques enthousiastes mais qui a vraiment déçu beaucoup d’entre vous récemment, je vais m’inscrire un peu en porte-à-faux ici, avec un billet plus positif que la plupart de ceux que j’ai pu lire. J’ai essayé de faire figurer à peu près tous vos avis ci-dessous, n’hésitez surtout pas à intervenir pour laisser un lien ou donner votre avis si je vous ai oubliés !

Le Temps d’une Chute est l’histoire Madeleine Delisle, qui voit défiler sa vie à la suite d’une chute du haut de son immeuble. Issue d’une famille modeste, Madeleine perd sa mère alors qu’elle est encore jeune et est envoyée dans un orphelinat tenu par des religieuses par un père qui n’a que faire de sa marmaille. Nouant des rapports conflictuels avec la religion, l’enfant trouvera cependant là une amie, Hélène, avant de se préparer au métier de couturière. Isolée après qu’Hélène a été retirée brutalement de l’orphelinat par sa belle-mère, Madeleine finit par s’en aller à son tour pour travailler chez une couturière de Limoges autrefois propriétaire d’un commerce florissant. Si les relations avec sa patronne ne sont pas tendres, la jeune femme va se nouer d’amitié avec la cuisinière Léonarde, qui fait figure d’ange protecteur tout au long de l’histoire. Madeleine finira par faire repérer une de ses robes par une actrice parisienne et gagner la capitale. Travaillant d’abord au sein d’une autre maison, Madeleine finit par devenir propriétaire. Ses modèles se vendent immédiatement, les défilés soulèvent l’enthousiasme des clientes et de la critique ; les fidèles sont nombreux, la maison se développe, les collections prennent le plus clair du temps de Madeleine. Cet investissement sans relâche aura un impact sur sa vie personnelle et les relations conflictuelles qu’elle entretient avec Tadeusz, son compagnon et Lucie, leur fille sans cesse rejetée. Jusqu’à ce que chute une Madeleine âgée, privée de son petit-fils Jules et souffrant du vide qui l’entoure.

Le siècle est parcouru en effet, mais les événements historiques ne sont qu’assez vaguement évoqués. On peut s’étonner de traverser par exemple la seconde guerre mondiale sans qu’aucun détail ne soit fourni quant à l’activité de l’atelier pendant cette période. Un peu surprise tout d’abord, j’ai finalement accepté de me concentrer sur Madeleine, qui tourbillonne, crée et se disperse au milieu des matières et des couleurs, tandis que les personnes et les événements alentours gardent une part de mystère, n’intervenant que lorsqu’ils jouent un rôle particulier dans l’histoire personnelle de Madeleine. Tout est en effet centré sur le personnage et au final, j’ai trouvé l’effet plutôt réussi : l’héroïne voit défiler sa vie, il est normal que tous les événements soient filtrés par sa perception parfois étriquée des choses, d’où quelques flous, beaucoup d’interrogations, des vides à combler. On pourrait peut-être regretter la traversée du siècle un peu légère, bien que rythmée par l’histoire de la mode, l’arrivée de grands couturiers et l’évocation de leurs collections. Cela n’empêche pas l’histoire d’être très agréable et, j’ajouterais même, captivante. Car du début à la fin, j’ai eu bien du mal à abandonner ce roman que j’ai lu très rapidement, en prenant beaucoup de plaisir.

Le style un peu froid mais très élégant m’a rappelé Valentine Goby, qui adopte parfois un ton un peu journalistique mais amplement imagé. Cette écriture m’a elle aussi séduite, correspondant à mon sens très bien au personnage de Madeleine, finalement assez distante et détachée.

Beaucoup de thèmes sont évoqués et empêchent le lecteur de se lasser trop vite de l’aller-retour entre l’atelier et les défilés. Parmi eux : les fantômes laissés par la première guerre mondiale ; les camps nazis et les privations de la seconde guerre mondiale, assortis de toutes les réactions animales qu’ils suscitent ; la mode associée au féminisme, conçue par Madeleine comme un outil de sublimation mais aussi de libération de la femme, qui doit pouvoir vivre dans ses vêtements et affirmer sa personnalité à travers eux ; la solitude, la recherche de l’autre, parfois douloureuse et compliquée ; les liens entre parents et enfants, dont la spontanéité, la "naturalité" est questionnée ; la quête de soi ; le rapport au travail et l’arbitrage entre idéaux et pragmatisme. Cependant ils ne sont parfois qu’effleurés, toujours filtrés par le regard de Madeleine. Parfois on peut regretter certains silences, et par exemple se demander pourquoi l’héroïne ne cherche pas à retrouver Hélène, l’amie d’enfance qu’elle dit avoir perdu et qui comptait beaucoup pour elle.

Au final, j’ai aimé me laisser emporter par l’histoire, au rythme des coupes et des chutes de tissus. Le personnage de Madeleine, peu sympathique dans le prologue (qui a été pour moi le seul point faible du roman et me laissait présager le pire), devient d’une certaine manière attachant. Le cadre riche bien qu’évanescent, le contexte particulier ont ajouté à la saveur de cette histoire. Bien qu’inégalement réparti entre les différentes périodes de la vie de Madeleine (suggérant aussi la chute du corps de plus en plus rapide), le défilé des années a également contribué à faire de cette lecture un voyage bien plaisant. Si je comprends bien les critiques faites à ce livre, à titre personnel et hautement subjectif, j’ai savouré avec délice les innombrables séquences de la vie de Madeleine, séduite par leur charme désuet plein de grâce.

Beaucoup l’ont lu avant moi (bonne dernière on dirait... oops!) et sont loin d’être conquis:

Elles ont bien aimé : Caro[line], qui nous dit “Une fois apprivoisé le style, j’ai beaucoup aimé suivre l’histoire de Madelaine Delisle”, et évoque un “style sortant de l’ordinaire avec “une histoire forte”; Stéphanie qui, après avoir également émis quelques réserves sur le style, parle d’une “belle histoire de femme, une histoire de résilience, un long apprentissage de la vie par celle qui l'habillait sans vraiment la vivre. » ; Emma, qui malgré une ou deux critiques, conclut : « Mais on pardonne tout cela à la romancière, parce que Le temps d'une chute a la grâce d'un tourbillon de taffetas et de soieries...”

Mais en majorité, des « oui, mais » et des déçus : Fashion Victim « Un roman agréable mais pas bouleversant » ; Cathulu « Tout cela est bien trop rapide, à peine a-ton le temps de s'attacher à un personnage qu'il disparaît déjà ... » ; même reproche chez Anne « Si le contexte, le décor de l'histoire m'a vraiment grisée, ce ne fut pas le cas pour la biographie de Madelaine. Sa vie est contée de façon complètement disproportionnée. » ; Michel, pour qui il s’agit d’un bon roman mais « Trop de thèmes abordés et aucun n’est traité en profondeur. » ; Lily qui évoque « un roman qui se lit d’une traite, le style élégant et classique est agréable à l’oreille, mais sans réelle surprise » ; Pascal qui parle « d'un récit plaisant et divertissant mais qui sera rapidement oublié comme tant d'autres romans qui ne sont ni des chefs-d-oeuvre ni des abominations” ; Papillon, vraiment déçue: Un roman vite lu, vite oublié” ; Chatperlipopette, qui, après une présentation très complète du roman, reste un peu sur sa faim : “hormis quelques passages où l'imaginaire est emporté sous la houle du riche vocabulaire varié désignant les étoffes, peu de choses me resteront

263 p

Claire Wolniewicz, Le Temps d’une Chute, 2008

 

Prix_Landerneau_1.jpg

02/09/2008

SOS Papy en détresse

bialot_jour_einstein_échappé.jpg

En ces jours de chaleur torride en Barcelona !, me voilà avec trois, je dis bien TROIS livres qui n’attendent qu’une seule chose : vivre un petit moment de célébrité en passant pour l’instant par ce blog obscur où peut-être deux lecteurs égarés les remarqueront (dont un seulement lira cette chronique jusqu’à la fin). Tel est l’état d’esprit dans lequel se trouvent ces pauvres livres lus trop vite (et pour certains sûrement trop vite oubliés), mais contrairement à eux, beloved readers, miss Lou est dans une forme olympique et s’apprête avec enthousiasme à attaquer ses trois notes. Il faut dire que les dernières lectures ont été plutôt plaisantes et que, la chaleur n’aidant pas toujours à s’endormir, quelques nuits écourtées ont conduit à une chute vertigineuse de ma PAL locale (qui n’était que de 8 livres mais que j’ai complétée d’un roman aujourd’hui, tremblant à l’avance de manquer de pages d’ici mon départ pour l’instant prévu le 12).

* Les autres billets suivront très vite, et pour les curieux voici le menu des jours à venir : Amos Oz (auteur israélien mis à l’honneur sur Lecture/Ecriture) et Charlotte Perkins Gilman (nouvelle américaine du XIXe).

 

 

Commençons* par celui qui a donné lieu à un accouchement difficile, à savoir Le Jour où Albert Einstein s’est échappé de Joseph Bialot, sélectionné dans le cadre du prix Landerneau. Ce roman n’est pas l’histoire d’Albert Einstein mais du dénommé Sébastien Lesquettes, petit retraité visiblement aisé qui vit dans sa maison de retraite (« Les Cannabis ») mais n’attend qu’une chose : s’en échapper. Lâchement conduit là par ses rejetons pour une période soi-disant provisoire, Sébastien s’insurge, râle et se désole de vivre au milieu des légumes et des débris, avec pour seule perspective les invitations douteuses de l’infirmière Véra, accommodante dès qu’il s’agit d’arrondir les fins de mois auprès des pensionnaires encore vaguement potables. C’est à peu de choses près le discours tenu par Sébastien qui, pendant les 50-60 premières pages, insulte ou maudit à peu près tout ce qui lui vient à l’esprit dans un argot d’une richesse insoupçonnée (on pense un peu à Céline mais le personnage est tout autre). Ce héros atypique n’à qu’une chose à faire : « Ma seule manière d’exister, d’espérer encore : m’occuper de mes bagages ». Sans espoir.

« Seuls les anciens m’interrogent.

- Tu t’en vas Einstein ? Tu rentres chez toi ?

Non bonhomme, je ne rentre pas chez moi. J’attends. Je suis entre parenthèses entre mon passé, ma chambre du troisième, mon appartement laissé vacant depuis… je ne sais plus… et mon futur. Il faut que je recompte, je m’emmêle les pédales à la fin … Depuis… Et merde ! Chaque fin de mois, je suis l’attraction des Cannabis – Centre de retraite et de convalescence. Mon mouroir ne porte pas ce nom, mais je préfère l’appeler ainsi plutôt que la maison Espérance. Non ! Je déraille, aucune boîte de ce genre ne porte pareille enseigne ! Aucune ! »

Première partie donc, Sébastien nous déballe une philosophie personnelle particulièrement noire (qui sans être incohérente semble rejeter systématiquement toute pensée positive). D’où un résultat assez particulier : « Putain de vie ! On cesse d’être un bébé lorsqu’on contrôle ses sphincters ; on devient un vieillard lorsqu’on ne les maîtrise plus. Entre deux crottes… l’existence balance. Un parcours merdique et bleu ciel. Le mien a été multicolore. Poivre et seul, scoumoune et bonheur, un graphique avec des creux et des bosses. Comme les seins et les fesses de Paula. Ah, Paula… »

Puis notre héros s’enfuit de la maison de retraite et prend son envol en trouvant un confident inespéré chez Laurent, chauffeur de taxi qui l’initie rapidement, brièvement et pleinement au colombo et à la vie plus ou moins en communauté d’une bande d’amis. Ragaillardi par les bons moments passés avec Laurent et ses proches, Sébastien décide de retrouver son ancienne maîtresse Paula, l’une des deux femmes de sa vie (ne pensez pas que l’épouse est la deuxième). D’où un voyage et une escapade durant au total quelques jours, ce qui est cela dit bien suffisant pour raconter à Laurent son histoire. Cette deuxième partie entrecoupée de pneus crevés et de pleins d’essence est intense et émouvante, puisque Sébastien parle de la deuxième guerre mondiale qui l’a particulièrement marqué.

Voilà pour l’histoire (je ne vous dis bien évidemment pas quelle fin attend Sébastien : liberté ? Cannabis ?).

Et maintenant, le roman vécu au jour le jour par miss Lou : j’ai apprécié cette lecture et c’est un avis plutôt positif que je veux faire ressortir. Contrairement à La Main de Dieu qui pour moi s’est enlisé du début à la fin et n’a jamais réussi à m’emporter, ce roman m’a progressivement intéressée. Le premier tiers (ou peut-être la première moitié) a été un véritable calvaire. On comprend les souffrances de Sébastien, son envie de hurler son malheur à la face du monde, mais le langage systématiquement familier est rapidement devenu horripilant. Les confessions et la critique du monde dans lequel nous vivons ressemblaient à un fouillis de déclarations brutalement lancées les unes après les autres, d’où une lecture particulièrement fastidieuse. Puis l’histoire de Sébastien est arrivée et l’intérêt qu’elle a éveillé en moi m’a fait oublier le style trop gouailleur à mon goût.

Au final une belle leçon de vie, une réflexion sur le XXe siècle, beaucoup de références (parfois un peu trop, avec un effet listing assez désagréable), un personnage au départ antipathique mais finalement de plus en plus attachant… je conseillerais à ceux qui songent à lire ce roman de le feuilleter d’abord afin de voir si le style ne les rebute pas. Car hormis le verbe particulier du narrateur qui peut en fâcher plus d’un, ce livre présente certaines qualités (en premier lieu : l’histoire intéressante). L’objectif était peut-être un peu trop ambitieux et le résultat donne parfois une impression de patchwork plus ou moins rafistolé, mais j’en garderai un assez bon souvenir.

 

Des extraits !, car ce livre ne manque pas d’humour :

 

« Novembre. La grisaille cadenasse le ciel. Trafic fluide. Pas de promeneurs en cours d’évasion ni d’écolos en quête de verdure planqués dans leurs 4x4 géants, unique protection pour éviter de se faire tuer par les vélos. » p 105

 

« Je viens voir Mme Missillac, Paula Missillac.

- Vous êtes un parent ?

- Je suis son amant.

Visiblement elle me croit fou, elle aussi. Le mot amant ne s’applique qu’à des jouvenceaux, pas à des croulants de mon âge. Passe encore de s’aimer, mais baiser à cet âge… Je la sens horrifiée, la brave dame aux doudounes de montgolfières. Pour elle, je suis un vieux cochon. Jamais je n’ai compris pourquoi un vieux cochon était méprisable alors qu’un jeune cochon… » p 163

 

Je n’ai pas pu rassembler tous les billets écrits sur ce livre comme en ce moment je n’ai presque pas accès à Internet et me contente juste de transférer mes notes toutes prêtes sur mon blog. Juste quelques liens : l’insatiable Anne, à l’avis plus mitigé mais tout de même assez proche du mien ; Fashion, qui elle aussi a bien aimé même si elle qualifie le roman de « logorrhée incontrôlable » (elle souligne à juste titre la lucidité impressionnante de Sébastien) ; et malheureusement sans plus de précision comme je n’avais noté que les liens : Joelle, Caro[line], Lily, Pascal, Papillon. Désolée à tous ceux que je ne cite pas, n’hésitez pas à renvoyer vers vos articles dans les commentaires !

174 p

 

Joseph Bialot, Le Jour où Albert Einstein s’est échappé, 2008

 

Prix_Landerneau_1.jpg

30/08/2008

Les chevaliers de la table ronde, acte 2

ovaldé_mon_coeur_transparent.jpgIl y a des livres amusants. D’autres agaçants. Il y a des livres faciles à parcourir, des livres de détente, des livres dérangeants et bien d’autres encore. Et puis il y a les livres qui vous renversent, vous séduisent et vous troublent en vous laissant étonnés et ravis. Et mon cœur transparent fait partie de ceux-là.

 

Avant de poursuivre, voilà les quelques mots de Siri Hustvedt à propos du précédent roman de Véronique Ovaldé, Déloger l’Animal : « Déloger l’animal témoigne des talents d’écrivain de Véronique Ovaldé : drôle et triste, raffiné et brut, c’est un roman très singulier et pourtant universel ». Cette critique pour le moins curieuse est à mon avis diablement précise. Je pourrais presque m’arrêter là car elle décrit exactement ce que j’ai pu ressentir à la lecture de ce roman sélectionné dans le cadre du Prix Landerneau.

 

Et mon cœur transparent est l’histoire d’un curieux personnage au prénom non moins atypique de Lancelot. Ayant perdu tout récemment sa femme Irina, le héros s’aperçoit soudain des bases fragiles sur lesquelles reposait leur relation. Car de sa belle, l’amoureux transi ne sait rien ou presque. Et sa disparition semble également bien mystérieuse. Bientôt, les questions se bousculent et Lancelot tente de se reconstruire en découvrant Irina petit à petit, rassemblant chaque jour les pièces d’un étonnant puzzle.

 

Voilà un livre unique en son genre, audacieux et pétillant. L’écriture est originale, la ponctuation impertinente ; les majuscules remplacent les guillemets, les dialogues s’emboîtant joyeusement à la narration pour donner de l’élan au texte et nous permettre de nous immiscer avec délice dans les pensées du héros. L’univers de ce roman est surprenant : mêlant l’impossible au réel (Cathulu évoquait avec justesse L’écume des jours de Vian), ce roman-conte onirique est à la fois absurde et émouvant. Les meubles disparaissent comme par enchantement devant un Lancelot passif qui semble à peine perturbé par le monde vacillant qui l’entoure. La relation de couple est au cœur du récit, les personnages fantasques donnant une nouvelle dimension à un sujet classique, en particulier dans l’univers des polars auxquels ce roman emprunte quelques codes (pour mieux les transgresser).

 

Au final, un véritable enchantement : une lecture facile et un lecteur constamment sollicité, une histoire captivante, haletante et des qualités littéraires inattendues, un univers tenant parfois du rêve éveillé… ce livre réussit l’exploit en réconciliant avec brio de traditionnels opposés.

 

Je ne saurais trop remercier Elodie et les organisateurs du prix Landerneau de m’avoir permis de découvrir ce roman car sans eux, je serais très certainement passée à côté d’une incontestable révélation !

 

Prix du Livre France Culture-Télérama 2008

Editions de l’Olivier

 

233 p

 

Véronique Ovaldé, Et mon cœur transparent, 2008

 

 

Prix_Landerneau_1.jpg

 

 

21/08/2008

Les prix et moi ça fait deux !

char_main_dieu.jpgLauréat du prix Landerneau, le roman La Main de Dieu de Yasmine Char ne sera en tout cas pas l’élu de mon cœur. Traitant de la guerre du Liban à travers les mots d’une femme se souvenant de son adolescence entre balles et obus, ce récit me laisse perplexe.

Lu en deux fois (un tiers d’abord, abandonné par lassitude, puis repris par obligation), c’est un texte qu’il vaut mieux lire d’un trait afin de ne pas se perdre dans les méandres de la narration, qui alterne des scènes courtes sans se soucier forcément d’un ordre chronologique. Pour reprendre ma lecture après un mois d’abandon, j’ai dû parcourir rapidement le premier tiers déjà lu car hormis quelques détails, j’avais tout oublié. Je dois avouer que j’ai porté plus d’intérêt à ma lecture cette fois-ci, trouvant plus de qualités au texte sans pour autant y prendre plaisir.

Ce roman, sans être mal écrit, est à mon avis presque trop complexe pour être abouti. Les thèmes sont innombrables, entre l’amour, la guerre, les relations familiales complexes, la liberté, la condition de la femme, le poids des traditions, l’ombre de la mort, la religion et j’en passe. Cette profusion d’informations est accentuée par la densité du texte qui m’a parfois fait l’effet d’une compilation un peu brutale. Suivant les pensées de la narratrice et donc logiquement un peu tortueux, le récit saute d’un sujet à un autre, de la 1ère à la 3e personne, si rapidement qu’il finit par passer pour un ensemble de considérations assez générales que l’on peine à s’approprier. Difficile de s’attacher aux personnages qui tiennent plus de la figure emblématique que de l’individu. Pourtant, l’aller-retour pourrait servir un récit grave et matière à réflexion, sans un effet haché et une impression d’inachevé. Le contenu est riche, dense, mais on a parfois l’impression que beaucoup de pistes sont seulement ébauchées et mériteraient d’être développées pour donner plus d’ampleur à ce texte.

Je comprends l’intérêt que beaucoup ont pu trouver à ce roman, qui a séduit un certain nombre d’entre vous. Malgré tout la magie n’a pas opéré et, m’étant ennuyée, je reste déçue.

« A la télévision, l’amour est sur le point de triompher. L’amant niais est sur le point d’annoncer une merveilleuse nouvelle à sa fiancée. Légende urbaine : le citoyen calfeutré dans sa maison qu’on retrouve dans sa baignoire, mort d’une balle perdue. Les futurs époux s’étreignent pendant qu’un orchestre se met à jouer. Ma grand-mère me parle doucement : il faudra bientôt te marier toi aussi. Je hausse les épaules, je ris. Je dis : je ne veux pas me marier, ça ne m’intéresse pas. Elle dit : tu veux rester vieille fille ? Je réponds : je veux d’abord finir mes études, on verra après. Elle me regarde longtemps. Elle dit : à notre époque c’était plus simple, on obéissait sans discuter et on s’efforçait d’être heureux avec ce qu’on nous donnait. Ce n’était pas évident, c’est peut-être toi qui as raison. Elle repousse le drap et elle dit une chose inoubliable : si tu ne veux pas te marier, ne te marie pas. Si tu veux être une prostituée, sois une prostituée mais la meilleure. Vise toujours l’excellence. »

Les avis en général positifs d'Amanda - Lily - Pascal - Katell - Cathulu - Stéphanie - Fashion - Caro[line]PapillonMalice (qui est enthousiaste mais a depuis oublié) – Anne – qui d’autre ?

97 p

Yasmine Char, La Main de Dieu, 2008

Prix_Landerneau_1.jpg

20/08/2008

No smoking

laurain_fume_tue.jpgJe viens de vivre une expérience des plus périlleuses puisque, évoluant pendant deux jours aux côtés d’un tueur méthodique prêt à assassiner sauvagement tout ce qui se trouvait à portée de main histoire de s’en griller une un peu plus jouissive que les autres, je n’en menais pas large avec mon statut de non-fumeuse tout à fait satisfaite de ne plus partir dans des quintes de toux en écumant les bars avec une bande de potes tout autant insensibles aux appels de sainte nicotine.

Ce titre n’était pas celui qui m’attirait le plus a priori et, sans Elodie et le prix Landerneau, je serais sans doute passée à côté de ce roman sympathique. Car n’est pas tueur efficace qui veut et notre héros du jour Valentine m’a séduite avec son approche légèrement compulsive mais diablement efficace, sans parler de son sens de l’à-propos ironique et plein d’humour (faire périr dans une explosion un brûleur de pigeons, une des hypothèses envisagées par exemple).

Fume et tue. Un titre également bien choisi compte tenu du sujet : soudain privé du plaisir que lui procurait la cigarette, Valentine découvre par le plus grand des hasards un remède à ce mal en la montée d’adrénaline provoquée par un meurtre tout à fait accidentel (et que nous, pauvres lecteurs compatissants, fumeurs et non-fumeurs, trouvons finalement tout à fait naturel et excusable).

damien hirst 1.jpgRécit à la première personne d’un homme emprisonné pour avoir commis quatre crimes, ce roman revient sur l’enfance du narrateur, ses premiers contacts avec le tabac, sa première cigarette et la place indétrônable que celle-ci occupe dans sa vie, aux côtés d’une épouse non fumeuse écrivant dans une revue consacrée à l’art moderne. Celui-ci apparaît en toile de fond, via les photos d’Andy Warhol ou de Francis Bacon. Ou bien encore lorsque Valentine se souvient du jour où il avait pris pour un cendrier une œuvre contenant les cendres de la sœur de l’artiste. Sans parler de son jugement à mon sens parfaitement exact du travail de Damien Hirst, gentiment qualifié de « parfaitement vomitif » (voir photos pour ceux qui ne connaîtraient pas encore celui qui fait se pâmer Madonna et je ne sais plus quelle autre célébrité en plongeant des animaux découpés dans du formol).damien hirst 3.jpg

Fume et Tue est un roman agréable, à ne pas prendre pour un polar (le titre est peut-être trompeur sur ce point). L’écriture est fluide, le personnage principal attachant, les autres apportent un peu de piment. L’histoire, qui pourrait sembler fumeuse (en oubliant le mauvais jeux de mots parfaitement involontaire), paraît assez crédible. Ce n’est sans doute pas un livre dont je me souviendrai bien longtemps mais c’est un bon divertissement et, après tout, c’est ce qui importe.

Atteinte de flemmingite aigüe je me permets de citer Fashion qui a trouvé le récit « très enlevé » et renvoie vers « Les avis unanimement enthousiastes de Lily, Papillon, Pascal, Katell, Michel, Cathulu, Anne, Cuné et Caro[line] » (merci Fashion !). Au passage, ce livre est le coup de cœur de Caro[line] parmi les 8 finalistes du prix Landerneau.

hirst_thousand yearsjpg.jpg

Et je ne résiste pas au plaisir de vous présenter A Thousand Years, une composition originale de Damien Hirst qui ne se contente plus de découper des animaux en tranches ou d’utiliser des squelettes. Particulièrement palpitant, ce travail met en scène la vie de larves contenues dans la boîte à droite. Lorsqu’elles grandissent et souhaitent voler de leurs propres ailes, elles passent de l’autre côté du cube de verre pour se délecter d’une vieille carcasse gentiment posée là par l’artiste. Sauf que celui-ci, un brin sadique sur les bords, a également ajouté en haut un tue-mouche électrique auquel les pauvres petits insectes peuvent à tout moment se frotter. Sans doute histoire d’illustrer le darwinisme ou d’ajouter un petit côté tragique à son opéra !

280 p

Antoine Laurain, Fume et Tue, 2007

Prix_Landerneau_1.jpg

19/08/2008

Kleinstadt

goby_echappee.jpg

Ouf ! J’y suis arrivée… il m’aura fallu une dizaine de jours pour lire L’Echappée de Valentine Goby, faute de temps (et pour ne pas contrarier Mr Lou qui, il faut bien l’avouer, est follement jaloux des privilèges et de l’attention que j’accorde à mes bouquins).

En été, lorsqu’elle n’est pas loin de sa terre natale et donc plus susceptible de succomber aux charmes des librairies du coin, miss Lou est une espèce menacée qui se sent traquée jusque dans les moindres recoins de son obscure région natale.

Ce n’est pas encore la rentrée littéraire, certes, et les prix ne fleurissent pas à chaque bout de trottoir. Pourtant, miss Lou est agressée d’emblée dans les allées centrales des grands magasins (le dernier Musso incontournable qui l’attendra sournoisement à chaque sortie d’escalator), dans les petites librairies (où le libraire, honteux mais affamé, ajoute en vitrine le dernier Gavalda, flanqué de Nancy Huston et Siri Hustvedt qui en tremblent encore). Et lorsque le panier à la main et la serviette de plage sous le coude, votre fidèle chroniqueuse décide de se rendre à la mer, la voilà entourée de petits Marc Levy qui semblent proliférer derrière le château de sable érigé dans une piètre tentative de défense. Privée de son accès à Internet et donc susceptible de subir les influences les plus (a)variées, miss Lou ne sait que faire et se tourne vers les avis des grands sages, ceux qui sauront la guider sur son chemin semé d’embûches (pour ne pas réitérer l’expérience Plouf ! hautement gavaldesque). En l’occurrence, la grande prêtresse a cette fois-ci été Malice dont le prêt de L’Echappée s’est avéré particulièrement salvateur compte tenu de mon esprit très capricieux lorsqu’il s’agit de son ravitaillement quotidien de livrophage.

Revenons donc à nos canards (pourquoi toujours des moutons ?) !

L’Echappée traite d’un sujet douloureux de notre histoire, à savoir le sort réservé aux femmes ayant eu une liaison ou entretenu des rapports privilégiés quelconques avec des Allemands pendant la seconde guerre mondiale. J’avoue être sensible à ce sujet, ne serait-ce que parce que Mr Lou est un authentique Saxon.

Ce livre repose sur trois parties :

-Premier acte : Madeleine, 16 ans, sert dans un hôtel occupé par les nazis. Elle y rencontre Joseph Schimmer, pianiste, dont elle devient officiellement la tourneuse de pages attitrée malgré sa méconnaissance évidente de la musique. Repérée de suite par l’officier allemand, conquise ensuite par son regard et sa musique, Madeleine finit par tomber enceinte. (De l’histoire de Joseph je ne dirai rien pour éviter les spoilers)

-Deuxième acte : l’humiliation d’après-guerre, lorsque des visages connus lui crachent au visage, l’insultent et la martyrisent, lui laissant une cicatrice indélébile.

- Troisième acte : la fuite en avant, toujours auprès d’Anne, Anna, la petite blonde officiellement fille d’un prisonnier de guerre. Toujours se déplacer, année après année, ne jamais se mêler aux autres, ne jamais franchir la ligne de démarcation. Irrémédiablement blessée par la revanche d’après-guerre, Madeleine tente de protéger sa fille d’un passé trop encombrant tandis qu’Anne revendique l’existence d’un père honteux.

- Clôture : trois rêves, trois suppositions portant sur la suite de l’histoire de ces deux femmes dont nous avons suivi les pas pendant seize ans.

 

Ce roman regorge de thèmes plus intéressants les uns que les autres. Il en va ainsi du gouffre entre Joseph et Madeleine, entre l’homme cultivé et la paysanne, la néophyte. « Un bruit sourd se produit sous le clavier, juste au-dessus de Madeleine. Comme un écho de cathédrale. Joseph Schimmer reprend le Klavierkonzert. Madeleine va se lever, elle n’en peut plus. Elle va rendre la veste, et puis elle va sortir. Il joue les premières mesures, elles disent tu n’as rien à faire ici, tu ne sais pas tourner les pages, déshabille-toi, prends ton plumeau, tes éponges, tes chiffons, il y a des gens qui jouent de la musique et d’autres qui font la poussière, nettoient la crasse au fond des baignoires et des toilettes et tu es de ceux-là, qui ne créent rien, qui se rougissent les mains pour préserver les choses à l’identique, luttent contre les traces d’usure, cirent, polissent, récurent, détartrent, et qui ne survivront pas aux meubles, aux porcelaines, aux parquets, aux vitres, aux émaux froids que toute leur existence ils auront servis. » (p65-66). De façon générale, c’est l’opposition entre deux modes de vie, entre le raffinement et les choses simples que l’on retrouve ici.

Le présent est omniprésent ; le texte, en particulier dans la première partie, est descriptif, truffé de phrases courtes et sèches dépeignant brutalement la situation. Parfois lapidaire. « Pensée. Peur. Froid. » (p64). Le tout se fait à l’occasion en dépit des principes d’accords les plus sommaires, par exemple lorsque passé et présent sont évoqués dans la même phrase en conservant le même temps. Le tout laisse penser à un film où l’on verrait le réalisateur mettre en scène et placer ses personnages dans un décor savamment agencé, bien que minimaliste. Ainsi, par exemple, la fuite en avant de l’héroïne est répercutée sur le rythme rapide des phrases. Un autre extrait révélateur, entre accélération et ralentissement des faits et du rythme : « Ce sont les filles qui cessent de laver, de remplir, de rire, de marcher, de remuer couper chauffer servir pour l’entendre monter, suspendues à ses pas. Alors elle en retient le rythme, exprès. »

Musique et vert-de-gris sont étroitement associés à Joseph Schimmer, d’où de belles descriptions et une association des morceaux écoutés à des paysages imaginaires.

« Ce n’est pas pour moi que nous jouons ce morceau, Madeleine. Je le connais par cœur et ce n’est pas le meilleur Mozart. Nous le jouons pour vous. C’est ici qu’il faut tourner la page, si bécarre la sol fa, vous entendez ? D’abord le la, isolé, tenu… la pente, écoutez ; et puis au bout, comme un dénivelé, imprévisible. Donnez-lui une couleur ; bleu ? Si bécarre la sol fa… nous jouons ce morceau pour que, petit à petit, vous puissiez tourner les pages seule, pour justifier votre présence, ici au théâtre, ou ailleurs, là où je me trouverai, bien que vous ne connaissiez pas le solfège. Il fallait tourner, Madeleine, la pente, si bécarre la sol fa, essayez encore. Ce morceau est facile, nous allons le répéter cent fois si nécessaire, bien que ce ne soit pas le meilleur Mozart… Ce concert est un peu, comment dit-on ? mièvre.

Une pente, des arbres rouges, orange, de l’eau qui dégringole dans le soleil, un dénivelé bleu, presque rien ; quelques cailloux, un replat de terre, si bécarre la sol fa. Madeleine tourne la page. Elle écoute, debout à côté du piano, les yeux fermés, inventant, mesure après mesure, une topographie à elle, ne s’autorisant que le geste de tendre la main et de tourner la page, jusqu'à midi. » (p54-55) De nombreux paysages regorgent d’une symphonie de couleurs, souvent à travers un large nuancier où domine en effet le vert-de-gris rappelant les uniformes allemands.

Le langage du corps est important : les mains, les yeux de Schimmer sont omniprésents, souvent les seuls repères de Madeleine lorsqu’elle est en sa présence.

Bien sûr la guerre, omniprésente, comme lorsque Madeleine découvre l’Atlantique : « C’est une eau à charrier des corps, à les démembrer, elle est bleue aujourd’hui, Jeanne a raison, d’un bleu qui n’existe que sur le vitrail de Moermel, dense, lumineux appaisant. Mais ces dragueurs énormes qui croisent au loin, cette grève parée pour le supplice, morsure sur le tableau tranquille, c’est déjà les cheveux des enfants qui se prennent aux barbelés, des ballons qui crèvent, des chiens se déchirent la gueule, c’est sûr, les oiseaux s’arrachent les ailes, tant de métal décide que la mer est rouge, dès maintenant. Ce n’est plus la mer, c’est un charnier. Madeleine marche. La marée monte. Jamais assez, probablement, pour engloutir tant de laideur. Au loin, un îlot surmonté d’un fort, qu’on pourrait atteindre à pied. Des flaques argentées pavent le chemin depuis le bas des remparts, mirages de dalles bleues sous le ciel sans nuages. Il y aura quoi, ici, demain ? Dans deux ans ? Dans dix ans ? L’eau sera devenue rouille à cause de tout ce fer, et des obus tirés depuis les bastions, et des mitrailleuses fichées dans les blockhaus. » (p124)

Enfin, alors que l’histoire est écrite à la troisième personne, lors de la deuxième partie, le point de vue change : le moment le plus traumatisant de la vie de Madeleine est raconté en quelques pages à la première personne, accentuant aussi bien son importance que son impact lors de la lecture.

La relation entre Madeleine et Joseph m’a un peu déçue, parce que j’attendais autre chose : l’attirance est admise d’emblée, leur histoire est décrite avec un certain détachement qui rend le texte un peu froid. J’aurais aimé en savoir plus, ne pas me borner à quelques images grappillées çà et là ; mieux comprendre la psychologie de Joseph Schimmer, donner plus de moyens d’action à Madeleine, qui est un peu passive à mon goût. Par la suite, le style détaché et incisif de Valentine Goby se prête très bien aux situations qu’elle décrit. Le sujet est ambitieux, les problématiques soulevées intéressantes, l’écriture maîtrisée, précise. Un livre profond, assez émouvant, hanté par de nombreuses figures féminines difficiles à oublier.

Malice en parle ici.

228 p

Valentine Goby, L’Echappée, 2007

 

18/08/2008

De la couleur des chaussettes de Fitzgerald

leroy_Alabama_song.jpgChère Zelda,

Il y a quelques mois j’ai fait ta connaissance en passant par l’intermédiaire d’un roman bardé de décorations, entre les coups de cœur de librairies industrielles qui pointaient vers lui et la mention Prix Goncourt 2007 qui lui barrait la poitrine d’un trait rouge criard, aussi rageur que la plume que j’allais découvrir.

Malgré tous ces signaux alarmants qui criaient au coup de pub, j’ai été séduite par le titre évocateur, puis le sujet. Car c’était toi Zelda qui, par le truchement d’un écrivain audacieux, allais t’exprimer dans ce roman faussement autobiographique. Pourquoi pas ?

Les louanges pleuvant sur Alabama Song, j’ai donc suggéré ce titre à l’approche des fêtes de Noël. Si ma curiosité a été satisfaite, cette lecture m’a suffisamment déconcertée pour que je laisse passer plusieurs mois avant d’écrire ce billet, que je voulais en principe rédiger après avoir lu le roman que tu avais vraiment écrit afin de comparer les deux textes. Mais le temps passant, je n’ai pas encore ouvert cet autre livre et mieux vaut t’écrire avant d’avoir oublié.

D’emblée, j’ai trouvé ce texte facile à lire, l’écriture simple, plutôt agréable. Fait d’anecdotes, de souvenirs assemblés par une narratrice à la vie idéalisée mais cruelle, le roman se lisait bien, rapidement, les pages défilant les unes après les autres.

Cependant je reste perplexe : il est clairement précisé qu’il faut aborder ce livre comme un roman et oublier toute allusion à des faits historiques, à ton véritable passé. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas, pourquoi ne pas s’éloigner plus encore de la réalité ? Car voilà qui ressemble diablement à une biographie romancée ! Ce livre faisait d’ailleurs sans cesse écho à mes souvenirs de Paris est une fête d’Hemingway, qui dépeint à plusieurs reprises le couple mythique que tu formais avec Francis Scott Fitzgerald. Alors cette lecture m’a profondément agacée : puisque la narration colle de si près à l’image que l’on a de vous, celle qui reste de vos écrits et de ce que l’on a pu dire de vous, l’auteur prend peut-être trop de libertés. Entre le verbe parfois cru, le portrait destructeur de Fitzgerald (par exemple « j’ai épousé une poupée mâle et blonde pas capable de bander »), l’intimité réinventée mais peut-être voyeuse parce qu’il est difficile d’oublier les nombreuses similitudes avec ce qui a été, ce roman m’a plutôt déçue. Prendre suffisamment de distance avec la réalité pour écrire un texte audacieux et totalement improbable, voilà qui m’aurait peut-être convaincue ! Mais coller de près à une image connue tout en écrivant en ton nom des événements et des pensées très personnels, à la manière d’un journal intime, cela me laisse indécise. Un roman facile alors ? Ou bien l’audace de Gilles Leroy réside-t-elle dans sa volonté de réécrire ta vie avec ses propres mots ?

Le mieux serait quoi qu’il en soit de lire ton roman, Zelda, ce que je ferai sans aucun doute !

Je me permets de citer un extrait de la critique de Caroline Julia (Amazon), dont l’avis passionnant (que je vous recommande au passage) aboutit aux mêmes conclusions : « La vie de Scott Fitzgerald, vue du fond de la culotte d'une Zelda folle, certes, tout le monde sait cela, mais aussi aigrie, jalouse et vipérine, cela aussi on pouvait s'en douter! » ; « Chez Fitzgerald, de toute façon, tout est bon, contrairement à ce Goncourt baclé et lourdingue, facile, qui se permet de s'abriter derrière l'alibi du roman tout en salissant bien inutilement la légende... »

190 p

Gilles Leroy, Alabama Song, 2007

10/08/2008

Big Fish à la sauce bretonne

nohant_ancre_reves.jpgBeaucoup de blogs ont parlé l’an dernier du livre de Gaëlle Nohant, L’Ancre des Rêves. Gaëlle, connue pour son café littéraire, a été l’an dernier lauréate de la résidence du premier roman, publiant par conséquent son premier livre chez Robert Laffont. Rendue curieuse par le titre et la couverture, j’ai acheté ce roman pratiquement à sa sortie, mais il a fallu attendre cet été pour que je le lise enfin.

L’histoire est celle de quatre frères couvés par une mère qui cherche à tout prix à les écarter de l’océan. Pourtant, chaque nuit, les garçons font de terribles cauchemars : une noyade, des chevaux sanguinaires, un bateau pirate au capitaine effroyable. S’ils essaient de faire bonne figure pendant la journée, Benoît, Lunaire et Guinoux (le quatrième n’est encore qu’un bébé) sont fortement perturbés par leurs nuits mouvementées. Ils entretiennent des relations difficiles, entre sentiments refoulés, jalousies et complexes. Les deux aînés n’aspirent qu’à quitter leur Bretagne natale et leur mère, qui ne comprend pas pourquoi ses enfants ne songent qu’à l’abandonner.

Puis Lunaire va tenter de vaincre son cauchemar ; pour cela, il décide de faire des recherches dans la région afin de savoir si, par hasard, son rêve n’aurait pas un rapport quelconque avec la réalité. C’est alors que, petit à petit, aidé par le vieux Eb et Ardelia, jeune femme en 1912, Lunaire va tisser un pont entre son cauchemar et une tragédie, un naufrage ayant eu lieu bien avant sa naissance.

Happée presque de suite par le récit envoûtant, j’ai moi aussi succombé à l’univers breton de ces histoires de marins, ces tragédies familiales, ces rêves terrifiants reprenant corps chaque nuit. Séduite a priori par le contexte, j’ai beaucoup apprécié les belles descriptions d’une terre balayée par le vent et d’un océan indomptable. J’ai beaucoup aimé le principe sur lequel s’appuie l’histoire, à savoir le va-et-vient constant entre monde des rêves et monde réel. Le déroulement progressif des liens entre les cauchemars des enfants est aussi réussi. L’histoire est complexe, les personnages nombreux, les événements marquants légion. Je suis peut-être restée un peu sur ma faim avec les derniers chapitres, qui n’ont pas apporté de révélation fracassante par rapport à ce que j’avais déjà pressenti. Mais cette petite déception a peu de poids face au plaisir que j’ai pris à la lecture, particulièrement conquise par le cadre marin.

C’est un premier roman très prometteur : à l’histoire originale et bien menée s’ajoutent un style très agréable et de belles images – peut-être parfois un peu trop nombreuses pour ne pas nuire au rythme du récit. Deux références à A.S. Byatt et à Donna Tartt en début de partie vous donneront aussi une petite idée des influences de ce roman ; en ce qui me concerne, je n’en ai été que plus curieuse de découvrir la suite, intriguée par ces deux citations.

Roman contemporain dont les héros évoluent tout au long du XXe siècle, L’Ancre des Rêves ne manque pas de rappeler les vieilles légendes bretonnes par son sujet et son contexte. Sans chercher à tout expliquer, l’enquête ouvre une brèche dans des rêves dont on ne comprend pas toujours le rapport entretenu avec la réalité. Univers fantastique mais aussi aventure d’un autre temps, roman rendant indirectement hommage au dur métier de marin à l’époque de la grande pêche, évocation du temps qui passe et des liens souvent inconnus entre les membres d’une même famille sur plusieurs générations, relations fraternelles et filiales difficiles, questionnements à l’adolescence… les sujets de ce livre ne manquent pas. Orchestrant avec habileté tous ces éléments pour le moins indisciplinés, Gaëlle Nohant réussit là son premier roman, avec un univers à part et un texte doté de bien des qualités.

Extrait :

« D’une infirmité qui les tenait à l’écart des autres, ils avaient fait une réputation de mystère. Dans le cercle de leurs amis, personne ne savait pourquoi les frères Guérindel ne se baignaient pas. L’imagination galopait, les rumeurs couraient, toutes plus folles les unes que les autres, non démenties. Des petites filles romantiques racontaient qu’Enogat avait un passé de sirène, et que si les garçons touchaient la mer ils retrouveraient leurs nageoires et leur peau translucide et disparaîtraient dans les flots, rejoignant le peuple sombre qui s’agitait en bas. D’autres disaient que les parents des garçons avaient passé un marché occulte avec la mer : ils auraient quatre garçons, mais devraient en rendre un qu’elle reviendrait chercher un jour quand il serait venu au monde. Seulement ils aimaient trop leurs fils pour en sacrifier un seul, et n’approchaient plus la mer de peur qu’elle vienne réclamer son dû. Cette histoire-là était la préférée des cours d’école, parce qu’on sentait bien que la Manche ruminait des vengeances, qu’elle attendait son heure. »

379 p

Gaëlle Nohant, L’Ancre des Rêves, 2007

 

Challenge Anti-PAL 2008

06/08/2008

Flor de mi Secreto

casas ros _theoreme_almodovar.jpgOops ! J’ai pris du retard avec mes notes sur les livres du Prix Landerneau. Voilà donc un billet sur Le Théorème d’Almodovar, lu à Royan, entre chaise longue, serviette de plage et matelas nocturne.

L’histoire est celle du narrateur, Antoni Casas Ros, défiguré par un accident de voiture et vivant isolé depuis. Déménageant régulièrement, se promenant la nuit, travaillant à distance, Antoni voit sa vie bouleversée par l’arrivée de nouveaux éléments : un cerf, celui de l’accident, qui le retrouve en ville après des années ; Almodovar, qui veut faire un film sur lui et lui présente Lisa ; et justement, Lisa, prostituée transsexuelle au grand cœur qui se prend rapidement d’affection pour l’homme sans visage.

Beaucoup de thématiques se dégagent de ce court livre assez complexe.

Le corps, objet de fascination, soulève de nombreuses questions : dans quelle mesure l’identité d’un individu est-elle dépendante du corps qui l’emprisonne? Opposé à l’essence, concept abstrait, le corps encombrant prend ici diverses formes : le visage déchiré, aux traits cubistes ; l’androgyne (à travers la fascination qu’exerce la belle Lisa, son évocation de la transsexualité) ; ou encore avec Almodovar, dont le corps est l’antithèse de celui du héros, sans angles, tout en rondeur.

L’ombre du franquisme et les séquelles de la guerre d’Espagne se font aussi sentir. Sans être le sujet principal, il suit le héros depuis des années, lorsqu’il a découvert que son père était un fasciste probablement impliqué dans la disparition de communistes.

Le cinéma est aussi évoqué à travers l’univers d’Almodovar (plus largement, l’Art en général est abordé, avec de brèves évocations donnant du narrateur l’image d’un homme cultivé). Le choix des séquences du film, des acteurs, les prises de vue, la trame de l’histoire sont plusieurs fois discutés.

J’avoue avoir été saisie par l’étrange entrée en matière, la première phrase assez curieuse, peut-être un peu pompeuse, qui ne laisse pas facilement présager de la suite. Ce livre est étonnant, déconcertant. Bien écrit, il est empreint d’une grande sensualité. Très introspectif, il aborde beaucoup de questions essentielles, comme l’urgence de vivre ou l’emprisonnement des individus dans des carcans qu’ils s’imposent souvent. La biographie se mêle au surréalisme, le tout pour un résultat troublant, d’une beauté étrange. Intéressant.

Extraits :

« L’attraction terrestre, l’attraction que tout corps exerce sur tout autre, les rencontres fortuites d’objets, une voiture contre un arbre par exemple, sont de celles qui ont détourné ma vie.

Depuis quinze ans, personne ne m’a vu. Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s’est arrêté une nuit, à vingt ans. Ma première rencontre avec Newton. Depuis, j’ai lu avec passion, je n’avais pas grand-chose d’autre à faire. De la Vita Nova aux Détectives sauvages, aucun écrit autobiographique ne m’a échappé. Ils représentent une part importante de ma bibliothèque envahie par le roman latino-américain, espagnol, catalan. Je n’ai rien contre les poètes. Je voue à Juarroz une dévotion totale. J’ai beaucoup rêvé d’écrire depuis quelques années, comme si je voulais m’intercaler entre deux livres de ma bibliothèque, Casanova et Celan, mais une superstition m’en a empêché. Un homme sans visage est un pronom indéfini.

Une autobiographie semble être le récit d’une vie bien remplie. Une succession d’actes. Les déplacements d’un corps dans l’espace-temps. Aventures, méfaits, joies, souffrances et fin. Ma vraie vie commence par une fin. »

« Elle me contemple comme on contemple une œuvre picturale ou une photographie dérangeante. Sa fascination me fait penser qu’elle ne voit pas l’être humain mais l’absence de forme, le vie qui tente de donner l’illusion d’un masque. »

« Plus tard, en regardant les paysages d’Espagne, de France et d’Italie, je pensais toujours qu’il n’y avait pas de lieu qui n’ait reçu, dans sa douceur automnale ou dans le froid, le corps d’un jeune homme qui aspirait à la vie, qui portait l’image ou la photo de sa fiancée contre son cœur, qui réfléchissait à la folie des hommes avant d’être pourfendu par une lame, lacéré par une balle, déchiqueté par une grenade. Tout paysage portait cette gravité en dépit de la beauté des saisons. Tout paysage avait ses morts suspendus dans les arbres ou couchés sur la terre fumante. »

« On tombe toujours amoureux de la forme, mais la forme n’est que l’apparence de quelque chose d’autre. Pourquoi ne peut-on pas tomber amoureux de l’essence ? »

«  C’est l’avantage d’écrire, personne ne détourne la tête, personne ne hausse les épaules, personne ne s’en va. Il n’y a que la magnifique solitude, la blancheur qui peu à peu se charge de lettres et de mots bien que parfois la page dise non, se rebiffe, refuse.

Je suis étonné d’avoir été jusque-là. Etonné que les mots aient bien voulu jouer avec moi, étonné de ce monde dont je rêvais et à la bordure duquel je me suis tenu si longtemps, paralysé par la peur. J’ai marché sur les mains, j’ai passé quinze ans face à personne, enfin un androgyne m’a vu, j’ai rencontré Almodovar, mais si merveilleuses que soient ces situations, que sont-elles face à l’acte d’écrire ? Des volutes dérisoires dans l’espace. Une fumée de cigarette tout au plus. »
 

Désolée je n'ai pas eu le temps de chercher tous les articles déjà publiés sur ce livre. N'hésitez pas à mettre un lien dans les commentaires. 

Le blog de l'auteur 

146 p

Antoni Casas Ros, Le théorème d’Almodovar, 2008

Prix_Landerneau_1.jpg

17/07/2008

Entre montagnes et rues étroites

germain_chanson_des_mal_aimants.jpgAmis lecteurs,

Une fois de plus votre fidèle chroniqueuse est partie vers d’autres horizons, cette fois-ci les doigts de pieds en éventail sur une plage de la côte atlantique. Espérons qu’il fasse beau, que miss Lou puisse enfin mettre à profit ses toutes nouvelles lunettes de soleil adaptées à sa vue (car cette année miss Lou pourra même se balader entre les dunes sans risquer de se prendre un roseau ! – allez, j’exagère un peu… m’enfin…).Toujours est-il que ce billet arrive donc en mon absence grâce aux talents magiques de Mister Hautetfort.

Fin 2007, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Sylvie Germain et Tobie des Marais. Suite à mon billet, Malice m’a fait une très jolie surprise en m’offrant la Chanson des mal-aimants pour mon anniversaire, lors du premier dîner livres-échanges de 2008 (merci encore !!). Malice, qui a lu 3 livres de Sylvie Germain, avait été un peu déçue par ce roman-ci.

Je l’ai donc lu il y a des mois, en février ou mars il me semble. Et maintenant que je veux faire ma note, je dois bien admettre qu’il ne me reste pas grand-chose de cette lecture ; car j’ai bien du mal à me souvenir des différentes étapes de ce livre.

Racontée à la première personne, l’histoire est celle d’une femme de soixante ans qui retrace les différentes périodes de sa vie. Enfant albinos, abandonnée à la naissance, la narratrice son enfance dans les Pyrénées pendant la seconde guerre mondiale, auprès d’enfants et d’adolescents attendant (parfois en vain) le retour de leurs parents. Lorsque sa protectrice vient à mourir, elle est placée dans une auberge, qu’elle quitte ensuite après un drame. Travaillant dans un café près d’une gare, la narratrice vit son premier chagrin d’amour et part à Paris. Parmi ses rencontres parfois inquiétantes : un écrivain étrange dans une petite maison de banlieue, une femme amoureuse des livres décédant un jour de façon brutale, la patronne d’une maison menacée de démolition, des saltimbanques et des sans-abri. Enchaînant les métiers les plus différents dans sa vie, l’héroïne suivra toujours son instinct, avant de retourner dans les Pyrénées finir sa vie.

« Mais personne ne vient, ni fantômes ni vivants. Ma solitude se joue à ciel ouvert comme lors de ma naissance, dans la même indifférence de mes congénères. A présent, elle se joue au ralenti, et le peu d’histoire qui a composé ma vie est en train de se dissoudre dans l’oubli ; le texte s’en efface à mesure où je me le remémore et l’évoque. Un texte écrit sur de la buée. Au moins, arbres et oiseaux magnifient le décor de cet acte final sans personnages, sans action apparente, sans dialogue. Juste un monologue de plus en plus ténu que le silence corrode en douceur. Mais il reste tellement à entendre dans le silence, tellement à voir alors que tout, pourtant, a disparu, et toujours à aimer quand tout le monde s’est retiré. Le rideau peut tomber sur la scène déserte, le spectacle continue, autrement. »

Etrangement, mon premier Sylvie Germain avait pour cadre la région Poitou-Charentes, dont je suis originaire. Celui-ci, entre les Pyrénées et Paris, oscille entre le pays natal de ma mère et la ville où je viens de passer un certain nombre d’années. En somme, toujours des cadres aux saveurs particulières pour moi.

J’ai une fois encore beaucoup aimé le style de Sylvie Germain, sa fluidité et le rythme inhérent à la narration. « La sève, l’encre – un même sang obscur coulant avec lenteur, roulant vers la lumière, et frémissant de la rumeur du monde. »

L’histoire, originale, ne m’a cependant pas autant séduite que lors de mon premier contact avec cet auteur. Peut-être est-ce dû au personnage effacé, presque indifférent et d’une certaine façon retiré du monde qui l’entoure. Peut-être ai-je eu du mal à accorder quelque crédit à ces souvenirs, mais cela ne me gêne généralement pas donc ce n’est sans doute pas le cas. En somme, la lecture a été agréable, peut-être sans heurt, mais bien en deçà du choc provoqué par la découverte de Tobie des Marais. Je me souviens avoir été comparativement déçue. Pourtant, en feuilletant à nouveau ce roman, je suis frappée par la richesse de l’univers de Sylvie Germain, par sa prose unique qui me séduit tant. Ce sera donc un avis en demi-teinte. Encore un très beau texte ; une belle histoire, réaliste et pragmatique malgré le destin inhabituel de l’héroïne. Mais un récit qui m’aura un peu moins touchée que celui de Tobie.

Je garde un bon souvenir du passage où Laude-Marie, la narratrice, évoque l’époque à laquelle elle travaillait pour une famille aisée en déclin, entre une mère âgée et digne et un fils handicapé à vie par un coup de fusil « accidentel » dans le visage. L’héroïne finit par percer à jour les secrets des habitants du manoir. Un passage intéressant et mystérieux d’une certaine intensité dramatique. Un court extrait : « Les visiteurs étaient rares. Ne se rendaient au manoir que le docteur Larracq, trois ou quatre fois par semaine, pour surveiller l’état du naufragé, le pasteur Simon Erkal, de façon irrégulière mais pour de longues visites, et un neveu de la baronne, Fulbert Fontelauze d’Engrâce, deux fois par mois. Si la maîtresse des lieux raccompagnait le médecin et le pasteur jusqu’au perron après chacune de leurs visites, jamais elle ne faisait cet honneur à son neveu. Plus jeune que son fils, portant beau et sûr de lui, ce Fulbert n’était aux yeux de sa tante qu’une motte de boue fétide camouflée dans un sachet doré. Elle flairait en lui un petit charognard qui louchait sur le manoir, le parc et les bois. Il se savait excellemment placé dans la course à l’héritage, Agnès était morte sans enfant et Philippe, resté célibataire, n’était plus qu’un zombie qui, si jamais il survivait à sa mère, serait incapable de faire valoir ses droits. On devinait le fringant Fulbert tout prêt à propulser le fauteuil du vieil orphelin droit dans un asile pour handicapés. »

270 p

Sylvie Germain, Chanson des mal-aimants, 2002

07/07/2008

Un victorien à la française

ladjali_vies_emily_pearl.JPG¡ Hola blogósfera ! Amigos míos, ¡ ya estoy de vuelta !

Difficile de conserver un rythme de lecture un tant soit peu avouable à Madrid : avec un soleil éclatant, une chaleur tout à fait espagnole (je confirme : 33° en début de soirée, entre 25 et 30° la nuit et 45° dans la journée au soleil), des rebajas partout, des quartiers pour la plupart toujours aussi chouettes, des tapas (ah ! mon resto adoré Gula Gula que je recommande à tous ceux qui aiment les endroits originaux et les serveurs très sympa) et des éventails (salvateurs), je me suis contentée d’une petite heure de lecture par nuit en général. Au final, je n’ai terminé qu’un seul roman… heureusement j’ai maintenant très envie de vous en parler.

Pour me rafraîchir un peu peut-être, ou sans doute pour poursuivre dans ma veine anglophile, j’avais opté pour Les Vies d’Emily Pearl de Cécile Ladjali (au passage je dois encore parler ici des Souffleurs).

A priori, nous lisons le journal d’Emily, jeune femme d’origine modeste employée par Lord Auskin au poste de gouvernante. Veillant sur le jeune Terrence, enfant précoce souffrant d’hydrocéphalie, Emily vit dans l’attente des lettres de sa sœur Virginia. La relation entre les deux sœurs est au cœur du récit : d’un côté, l’indépendante Virginia qui a osé changer le cours de son destin en partant à Londres, travaillant dans une usine avant de partir brusquement en Amérique avec un pasteur épousé en cachette ; de l’autre, Emily, plus instruite mais incapable de troquer son modeste quotidien contre la liberté à laquelle elle aspire en apparence. Alors que les lettres de Virginia indiquent chaque fois de nouveaux changements, des déménagements, de nouvelles occupations, un mariage ou la naissance d’un enfant, la vie d’Emily ne change pas malgré ses éternelles rêveries, son admiration pour le courage de sa sœur, son mépris pour les petites aspirations de ses parents paysans et le mari qu’ils lui destinent. La passion elle-même ne suffit pas à bouleverser ses plans. Amertume, rage, mépris de ce qui l’entoure… mais la narratrice ne parvient pas à s’échapper.

Tandis qu’Emily semble en apparence clouée sur place dans un monde qui évolue sans elle, de nombreux doutes assaillent le lecteur. Roman de type victorien, ce journal intime empreinte les codes du genre pour mieux les transgresser. Alors qu’il pense lire le journal d’Emily, le lecteur s’aperçoit soudain qu’il ne s’agissait en réalité que de vagues pensées de la narratrice. « Je m’avance vers le pupitre. J’ouvre le cahier. J’y écris des phrases. Je ne sais pas vraiment ce qu’elles disent à ma place, ces phrases. Je voudrais qu’elles me modifient » (p66). La barrière entre les deux est parfois infime et il est parfois difficile de savoir quand on passe du rêve à la réalité, des réflexions personnelles à la prise de notes, pensée écrite pouvant être découverte, parfois à l’insu de l’intéressé.

Justement, le journal en principe intime prend ici une autre envergure : véritable outil stratégique, il est laissé à dessein dans des lieux où il pourra être découvert et lu. Servant à dénoncer les méfaits des uns et des autres, l’hypothétique journal est aussi sujet à caution : tissu de mensonges ? texte inexistant ? mélange de faits réels et des projections d’une imagination fébrile ? Chaque fait prête alors à confusion ; on en vient même à douter de l’existence de Virginia, personnage pourtant central et d’une grande influence sur la narratrice. De même, la thématique des fantômes et des sorcières questionne l’identité du narrateur et nous interpelle constamment sur le lien entre la réalité et la fiction, sur la part de rêve dans l’histoire.

Et si tout n’est pas mensonge, on finit par suspecter Emily : lorsque les chiens sont empoisonnés, malgré ses accusations à l’encontre de la nouvelle cuisinière, la narratrice reste a priori la suspecte la plus indiquée. Quoi qu’il en soit, le cahier devient le seul moyen d’action d’Emily : il lui permet de placer des pions sur un échiquier, de laisser agir et d’observer les résultats.

Les pistes de lecture sont encore nombreuses. Ainsi le rapport à l’eau joue un rôle majeur, lac, flaques ou océan rappelant notamment la distance entre les deux sœurs et les espérances placées dans une vie différente, difficile d’accès. Mouvement et immobilisme sont aussi un thème central et, en ce qui concerne Emily, cela se résume à l’élan vers l’Amérique et à l’éventuel changement de relation avec Lord Auskin.

Ce livre assez triste et sombre est en quelque sorte un pastiche victorien, ancré dans un cadre classique (avec notamment un vieux manoir, la campagne anglaise, un peu de pluie et un maître des lieux beau, sombre et torturé). C’est pourtant un livre moderne dans lequel la narratrice se plaît à jouer avec nous ; tout en étant adaptée à l’époque concernée, l’écriture est également différente de celle des auteurs victoriens. Voilà un livre très intéressant et un bel hommage à la littérature britannique. Au final, un roman original très agréable à lire.

Extrait :

Ne la dispute pas, papa, c’est moi qui ai demandé qu’elle me parle du désert. Alec ne répond rien. Il prend son fils dans les bras, referme tout doucement la porte de ma chambre. Je suis seule en compagnie d’une cheville douloureuse et d’horribles pressentiments. Je sais à présent que j’ai décidé de rester ici pour accompagner la mort. Je pourrais encore choisir la vie… Boiter demain jusqu’à la gare… Puis sauter dans le bateau…. Et me jeter dans les bras bien vivants de Virginia. Fuir Green Worps et tous ces fantômes.

191 p

Cécile Ladjali, Les Vies d’Emily Pearl, 2008

19/06/2008

Un dimanche savoureux !

peretti_vieillirons_ensemble.jpgJ’avais été très tentée par Nous sommes cruels de Camille de Peretti, étant une grande admiratrice des Liaisons Dangereuses. Je découvre finalement cet auteur grâce au Prix Landerneau, avec Nous vieillirons ensemble.

Avec ce roman, nous pénétrons au cœur d’une maison de retraite où nous découvrons le quotidien monotone des résidents et le travail, non moins routinier, des membres du personnel. Passant un dimanche en compagnie des retraités et de leur entourage, le lecteur ira de surprise en surprise, ne s’ennuyant pas une seconde entre le lino taupe moucheté de gris, les déambulateurs et les croque-monsieur (éventuellement) mixés. Chez Nini, vieille enfant exubérante dont les caprices ont fini par insupporter sa filleule Camille, La Baronne, dont les infidélités passées hantent un mari attentif, Madame Barbier, ancienne bureautière au grand cœur, Madame Alma, grande dame très populaire, son amie Marthe à la langue de vipère ou le Capitaine et M. Leboeuf, amoureux transi, les passions se déchaînent, les alliances se forment et les cancaneries ne manquent pas. Entre les repas, les pauses au patio, la messe sur France 2, Voici et les visites familiales, les résidents voient peut-être le temps passer mais le lecteur, lui, ne s’ennuie pas !

La vieillesse et ses vicissitudes sont bien sûr dépeintes dans ce roman qui, bien que dévoilant les malheurs et les faiblesses de beaucoup, reste léger et amusant. Portant un regard lucide sur les personnes âgées et leurs proches, Camille de Peretti parvient à aborder avec humour et tendresse un sujet sensiblement triste. Le remord des enfants, l’amour et la répulsion ressentis face à la maladie et la mort ne sont pas en reste dans ce livre profondément humain qui, pourtant, est souvent terriblement amusant. Les personnages ne s’apprécient guère et s’observent tour à tour, nous dévoilant les faiblesses des uns et autres et offrant un regard global qui rend chacun d’entre eux au final très attachant.

En résumé, j’ai passé un excellent moment, lisant d’une traite 270 pages hier soir après une journée d’examens particulièrement dense… autant dire que j’ai adoré !

Au passage, Nous vieillirons ensemble est inspiré de trois procédés appliqués par Pérec dans La Vie mode d’emploi et conditionnant le déroulement des chapitres par salle, personnage et objet (pour résumer). Je suis passée rapidement sur ces explications un peu "techniques". Cela dit, j’ai trouvé l’idée farfelue mais sympathique et, quoi qu’il en soit, cette contrainte que s’est imposée Camille de Peretti ne nuit en rien à la fluidité du texte ni au dynamisme de l’action.

339 p

Camille de Peretti, Nous vieillirons ensemble, 2008

12/06/2008

Vienne, fin XVIIIe

halberstadt_incroyable_histoire_mlle_paradis.jpgVoilà un livre pour le moins étonnant ! Sous l’apparence d’un roman, L’incroyable histoire de Mademoiselle Paradis de Michèle Halberstadt fait revivre des personnages quelque peu oubliés par l’histoire : Maria Theresa von Paradis, pianiste aveugle et Franz-Anton Mesmer, médecin fondateur de la théorie du magnétisme animal (appelée également mesmérisme). Pour faire vite, Mesmer était persuadé de pouvoir guérir des malades incurables au moyen de méthodes peu conventionnelles, en transmettant à ses patients un fluide bénéfique qui apaiserait leurs troubles d’origine nerveuse. C’est ainsi qu’il soigna Maria Theresa von Paradis, protégée de l’impératrice, entre 1776 et 1777.

J’ai abordé ce livre sans avoir fait quelques recherches au préalable. J’ai donc oscillé entre le plaisir de savourer un bon roman et la curiosité, une question me taraudant : Fraulein Paradis a-t-elle vraiment existé ? Quoi qu’il en soit, prise au jeu, j’ai lu d’une traite cette histoire émouvante.

Devenue subitement aveugle à l’âge de trois ans, Maria Theresa est soumise à l’examen des médecins les plus en vue à Vienne, devant supporter des traitements barbares et inutiles qui ne feront que fragiliser cette enfant douce mais nerveuse. Lorsqu’elle a seize ans, elle demande à ses parents de ne plus la soumettre à ces tortures inutiles. Pourtant, lorsque son père s’arrange pour qu’elle rencontre Franz-Anton Mesmer, réputé pour ses méthodes alternatives, la jeune fille accepte de s’installer chez cet homme qui lui inspire confiance d’emblée.

Si les soins commencent à faire effet, cette rencontre est d’abord une expérience décisive pour Maria Theresa. En Mesmer, elle trouve un homme rassurant qui la traite d’égal à égal, mais aussi un homme séduisant à l’odeur envoûtante, un homme marié et bien plus âgé qui aura tôt fait de succomber lui aussi au charme et à la spontanéité d’une patiente à l’intelligence vive et peu commune.

Un rapide parcours des biographies respectives de Maria Theresa von Paradis et de Franz-Anton Mesmer vous donnera une idée de l’issue de cette histoire, que je ne veux cependant pas révéler ici.

Dans ce roman s’expriment des personnalités fortes, tiraillées entre des idéaux louables (la science, le don de soi, la confiance, la musique) et des considérations plus pragmatiques (l’appât du gain, la réputation). La construction de l’identité de la jeune von Paradis joue également un rôle prépondérant : jeune fille réservée cachant une certaine amertume, Maria Theresa va avoir l’occasion de s’affranchir des figures d’autorité qui entendent la gouverner. Ouvrant les yeux sur un monde faux et décevant, elle évoluera, son caractère altéré par la déception et les trahisons dont elle sera la victime. Elle aura également la possibilité de choisir la liberté ; cependant, celle-ci aura un prix : renoncer à la jeune fille qu’elle était, risquer de décevoir son entourage et s’en éloigner inexorablement.

Cette histoire passionnante, à la fois triste et touchante, est servie par un style très agréable. Par ailleurs, on plonge avec délice dans la Vienne de Mozart, ravis d’apercevoir en toile de fond les artistes amis de la pianiste et du médecin. C’est aussi un nouvel univers sensoriel que nous découvrons à travers le monde de la jeune aveugle. Un très beau roman !

Florinette l'avait découvert en premier. Papillon l'a également lu. 

171 p

Michèle Halberstadt, L’incroyable histoire de Mademoiselle Paradis, 2008

Prix_Landerneau_1.jpg

11/06/2008

Ahouuuuuuuuuuuuuuuuuu !

berrouka_porte.jpgDear readers, estimés blogueurs et chers tous !

Depuis ce week-end, trois livres sont venus s’ajouter à la pile lamentable des livres lus puis laissés pour compte… malgré la pression, le retard et la perspective de la lourde tâche qui lui incombe, votre fidèle lectrice, les joues rosies de plaisir, enthousiaste et piaffant d’impatience (eh oui !), s’apprête à vous délivrer les secrets des derniers livres ayant fait ses délices. (Tu ne liras point d’ Anna Gavalda ; tu ne massacreras point d’Anna Gavalda ; d’Anna Gavalda tu ne noirciras point ton âme…)

Avant toute chose, je voudrais en profiter pour remercier Lamousmé et l’équipe de Griffe d’Encre, avec qui j’ai eu la chance de papoter samedi dernier. Caro[line] en parle là (avec photos). Une journée pleine d’événements historiques pour cette chère Lou qui a rencontré : deux écrivains très sympathiques (Nathalie Dau et Saholy Gonga – à qui elle n’a pas voulu raconter sa vie, malgré une question ouverte pourtant parfaitement intelligible et posée sur un ton des plus engageants), une éditrice passionnée (Magali Duez) et, bien sûr, Amanda et Lamousmé, qui régnait sans conteste (entre plaisanteries, bonne humeur, regains d’autorité et thé en vrac) sur sa ravissante librairie, Neverland. Malice et Stéphanie étaient également présentes.

Tout ça pour dire que, parmi les livres avec lesquels je suis repartie d’un pas guilleret (enfin…) vers le RER d’Achères, figurait La Porte de Karim Berrouka, plus que chaudement recommandé par Lamousmé qui m’a plus ou moins dit que ce livre était fait pour moi et que je me devais absolument de le lire. Eh oui ! Vous entrez tout tranquillement dans une librairie, le cœur sur la main, l’âme innocente et pleine de bonnes intentions (halte aux augmentations croissantes de ma PAL !), vous n’avez rien demandé à personne… et voilà qu’une libraire vous prend par surprise, vous cerne et vous tente dangereusement, sous prétexte qu’elle connaît votre blog et peut ainsi traquer vos moindres faiblesses ! Bon. Allez. J’avoue. Je suis ravie d’avoir été ainsi brillamment éclairée par Lamousmé (merci !) : sans cette alerte rouge, je serais peut-être passée à côté d’un texte que j’ai adoré.

Mais venons-en au fait (si si, vous ne voyez pas le fil conducteur d’une logique pourtant implacable à mes yeux, mais ces balbutiements ont depuis la première ligne un but précis qui les conduit inexorablement au point que nous allons justement aborder, amis lecteurs) !

La Porte est une novella au titre très pertinent mais a priori trompeur, puisqu’il ne vous prépare en rien à l’histoire déjantée qui vous attend : celle de deux loups-garous importunés chaque soir par l’arrivée impromptue d’étrangers venus s’abriter chez eux pour la nuit.

Ne me demandez pas en quoi le logis de deux monstres assoiffés de sang constitue un refuge sûr. Quoi qu’il en soit, ladite maison étant la seule à offrir un rempart au vent et aux créatures nocturnes inquiétantes, elle devient bizarrement un lieu très prisé par les pèlerins égarés de toute sorte. Par pèlerins j’entends des femmes, un enfant armé jusqu’aux dents (en réalité adulte frappé de nanisme) et une horde de barbares (qui après avoir fracassé la porte et menacé les occupants, s’excusent lamentablement de la gêne occasionnée dès lors que leurs hôtes esquissent un premier mouvement de mauvaise humeur). Point d’ecclésiastique, j’entends. Ce qui vaut mieux pour nous lecteurs, car l’homme d’église constitue le met le plus prisé par nos deux compères.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, tous deux s’accommodent de ces dérangements, jusqu’au jour où l’Eglise leur intente un procès sommaire, les accusant d’avoir perpétré une série de meurtres…

Cette novella est un pur régal : un style recherché et truculent ; un texte sous forme de conte aux personnages hauts en couleur, cocasses, tous plus stupides les uns que les autres ; des loups-garous dépoussiérant une vieille légende, entre parties d’échecs, méditation, éructations et rêves gourmands (où de petits cléricaux sautent dans des marmites bouillantes). En toile de fond, malgré la drôlerie et l’invraisemblable, un simulacre d’Inquisition soulevant un certain nombre de questions plus morales, religieuses et politiques (« répondez par oui ou par oui ! »). En somme, un conte philosophique et un récit absurde fait de nombreux rebondissements, le tout servi par un plume vibrante (et même fracassante !). On s’amuse beaucoup, on dévore, on soupire (parfois) de soulagement. Et, une fois la dernière page tournée, on s’interroge. Bref, un excellent texte sollicitant constamment le lecteur : on en redemande !

Fashion adore aussi ! 

73 p

Karim Berrouka, La Porte, 2007

09/06/2008

Plouf !

gavalda_je_voudrais_que_qqn_m'attende.jpgAmis lecteurs,

Aujourd’hui je suis de fort mauvaise humeur… bien sûr, vous n’y êtes pour rien mais je ne me suis pas encore remise de mes émotions. Croyez-le ou non, mon blog fait des siennes et, animé d’une volonté propre, il a catégoriquement refusé de publier la note présente… qui voit le jour uniquement parce que j’ai solidement ligoté mon blog qui, désormais impuissant, assiste en ce  moment même à la rédaction du billet le plus douloureux qu’il ait jamais publié.

Pourquoi autant de rébellion, me direz-vous ? Quel livre insipide a bien pu susciter pareil outrage chez un blog habituellement si obéissant ? Ne laissons plus le suspense planer, amis lecteurs, et révélons maintenant le titre qui fait l’objet d’un tel courroux : Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, d’Anna Gavalda.

A vrai dire, je suis d’accord avec mon blog sur un point : il n’y a pas grand-chose à dire ou du moins, lui et moi n’avons pas été particulièrement inspirés par l’ouvrage en question. Je ferai donc vite.

Je suis laborieusement parvenue à la page 58 avant de décider d’abandonner ce livre absolument assommant. J’ai bien tenté de feuilleter la suite… sans succès. Au passage, c’est bien la première fois que j’abandonne un livre définitivement depuis que j’ai ce blog. Les histoires sont d’une banalité affligeante, les personnages pour l’essentiel inintéressants, le tout arrosé par un style inexistant et un langage familier exaspérant. Ennui mortel, niveau roman de gare dans ses mauvais jours… assurément une perte de temps !

Bon. Vous l’aurez remarqué, la sorcière Lou a sorti ses griffes et crache sa bile rancunière sur ce pauvre blog qui, comme vous, n’avait rien demandé ! Alors, parce qu’Anna Gavalda semble être quelqu’un de sympathique et qu’elle compte beaucoup de lecteurs admiratifs, je me sens obligée de tempérer cet avis explosif.

Si je ne pense plus jamais ouvrir un livre de Gavalda, cet auteur a incontestablement le mérite d’écrire des scènes et de camper des personnages parfaitement appropriés à un court-métrage. Je ne suis pas étonnée de savoir qu’Ensemble c’est tout a été adapté au cinéma (film gentillet et sympathique à mon avis) : les textes courts et les dialogues s’approchant plus du script que de la littérature s’y prêtent parfaitement et, pour le coup, pourrait faire de bons films ! Car au fond, Anna Gavalda est capable de raconter simplement l’histoire banale de personnages foncièrement crédibles. Attention aux livres donc, mais à quand un passage derrière la caméra ?

157 p

Anna Gavalda, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, 2001