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20/01/2010

"Un esprit à l'envers dans un corps inversé"

marie_contretemps.gifPeu avant la rentrée littéraire, j'ai accepté de chroniquer Contretemps, premier roman publié aux Forges de Vulcain. Une lecture qui s'est faite en deux temps (deux périodes de lecture assidue entrecoupées d'une pause nécessaire), d'où mon billet tardif qui précède tout de même les autres livres dont j'ai promis de parler bientôt par ici.

Premier roman de Charles Marie, jeune avocat parisien, Contretemps suit pendant quelques mois un personnage au nom improbable, Melvin (oui je sais). Un nom d'ailleurs loin d'être le seul élément incongru lorsqu'il s'agit de cet énergumène qui nous entraîne dans un monde où le quotidien se retrouve jeté en pâture à l'absurde et à l'inconcevable.

Vous dire trop précisément de quoi il s'agit pourrait gâcher tout votre plaisir de lecture, aussi je vous dirais simplement que dans ce roman, deux sociétés secrètes se livrent la guerre, que l'une d'elle possède les cacatombes (pas seulement sur le territoire français), que Melvin est poursuivi par ces sociétés et voit soudain sa vie prendre un tour rocambolesque. Vous le verrez ainsi survivre à des armes à feu et au poison, séduire toutes les jolies filles qui passent par là (un mystère qui demeure entier pour moi à la fin de ma lecture), voyager à travers l'Europe tel un fugitif poursuivi par des agents secrets ou recevoir des liasses de billet pour effectuer une mission impossible.

Pourtant, ce héros malgré lui n'a pas grand-chose d'un James Bond, pas plus que ce roman ne ressemble aux hard-boiled novels dont il semble avoir tiré quelques notions en matière d'espionnage. En réalité, il s'agit avant tout d'un livre à l'écriture soignée où les scènes du quotidien se retrouvent brusquement propulsées dans un univers parallèle au sein duquel les faits les plus étonnants sont innocemment évoqués au détour d'une phrase. Le décalage tient en partie au peu d'importance accordée à des événements inattendus, alors que les petits détails de la vie quotidienne sont décortiqués avec minutie et délectation.

Ce roman me laisse une double impression : d'un côté, un roman au héros assez peu attachant (un type peu intéressant doublé d'un côté tombeur à la 007) et une histoire aux multiples ramifications qui, malheureusement, ne tient pas forcément le lecteur en haleine et semble parfois un peu creuse (d'où la lecture en deux temps pour ma part) ; de l'autre, une maison d'édition sérieuse (malgré quelques coquilles qui n'ont ceci dit rien à envier à d'autres maisons d'édition), un style recherché idéal pour les amateurs de phrases bien ciselées et un esprit décalé qui fait de Contretemps un roman plutôt original. Une curiosité qui mérite quoi qu'il en soit d'être découverte !

Les avis de Papillon (déçue) et de Levraoueg, qui a aimé.

Rentrée littéraire : 5/7

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163 p

Charles Marie, Contretemps, 2009

03/01/2010

Ode à une poétesse

bobin_dame_blanche.jpgJ'ai récemment repéré sur le blog de Maggie un article consacré à La Dame blanche de Christian Bobin, un auteur que Malice et Lilly m'avaient déjà donné envie de lire. La Dame blanche est un hommage rendu à la poétesse américaine Emily Dickinson, que je connais encore trop peu. Le petit livre de Bobin se présentait comme une parfaite introduction à son oeuvre, une porte d'entrée en quelque sorte. J'ai donc profité de quelques achats de Noël pour me procurer de suite un exemplaire, dégusté dans les jours qui ont suivi.

J'attendais beaucoup de Bobin et de son écriture très justement réputée lumineuse. Malgré tout, je dois reconnaître que la première partie du livre m'a laissée perplexe, en raison des constantes allusions à la religion qui ont fini par me détourner de Dickinson et me peser. Cette omniprésence du divin et des références bibliques intervient presque à chaque page et s'exprime à travers le vocabulaire employé dans les descriptions (on parle d'enluminures, de Bible, de sanctifier), les personnages à l'allure divine (ainsi sur le père : "Le Dieu de l'Ancien Testament, un dimanche matin, à l'heure où la famille mise au garde-à-vous s'apprête à royalement défiler sur le chemin de l'église, s'aperçoit de l'absence d'Emily" (p20); sur Emily : "la colère des saintes" (p27)...), ou de transitions faites par des références à un passage tel que celui-ci "La légende dit que saint Christophe a fait traverser un fleuve au Christ enfant, en le portant sur ses épaules." (p39) Cette autre biographie m'a permis de mesurer la pression qu'exerçaient les Calvinistes sur la côte est à l'époque, et de mieux saisir pourquoi la religion a joué un rôle important dans la vie de Dickinson : Amongst other reasons, Emily could never accept the doctrine of “original sin”. Despite remaining true to her own convictions, Emily was left with a sense of exclusion from the established religion, and these sentiments inform much of her poetry. There is frequent reference to “being shut out of heaven”. Je regrette ceci dit l'écrasante présence de ce thème dans le livre, au détriment d'autres aspects de la personnalité et de l'oeuvre d'Emily qui sont assez rapidement survolés.

Autre thème présent, la mort intervient dès les premières lignes avec la respiration hâchée d'Emily qui finit par s'éteindre. La maison est à deux pas du cimetière et les morts ne manquent pas tout au long de la vie d'Emily. La première scène, très visuelle, arrache le lecteur à son quotidien et permet une immersion immédiate dans ce livre à l'atmopshère particulière, très poétique. Le décès puis l'enterrement constituent deux scènes que l'on a aucune peine à se représenter. Des scènes au demeurant émouvantes qui paraissent curieusement réelles.

Peu avant six heures du matin, le 15 mai 1886, alors qu'éclatent au jardin les chants d'oiseaux rinçant le ciel rose et que les jasmins sanctifient l'air de leur parfum, le bruit qui depuis deux jours ruine toute pensée dans la maison Dickinson, un bruit de respiration besogneuse, entravée et vaillante - comme d'une scie sur une planche récalcitrante - ce bruit cesse : Emily vient de tourner brutalement son visage vers l'invisible soleil qui, depuis deux ans, consume son âme comme un papier d'Arménie. La mort remplit d'un coup toute la chambre. (p9)

De fait, il est impossible de demeurer insensible à l'écriture imagée et soignée de Christian Bobin, dont le récit s'apparente sans doute davantage à une ode à la poésie et à une forme de poésie romanesque qu'à une biographie, romancée ou non. On se délecte de certaines phrases d'une fraîcheur appaisante, aux sonorités parfaitement maîtrisées.

Cette naissance provoque un premier éloignement d'Emily, à peine perceptible -une buée sur un miroir. Ses lettres continuent de battre des ailes devant les fenêtres de Susan - des milliers de mots doués d'une vie impérieuse, suppliants et altiers. (p65)

Depuis l'enfance - jusqu'à son séjour chez Mary Lyon - Emily cueille les fleurs qui rêvent dans les bois et les collines autour d'Amherst. Elle les baptise de leur nom latin puis les couche sous une couverture de papier cristal, dans le dortoir de son herbier où dorment bientôt plus de quatre cents religieuses décolorées d'un autre monde : plusieurs fleurs sur chaque page encadrent la majesté d'une fleur centrale, leurs pétales à peine froissés et leurs tiges maintenues par de luisants papiers collés. En attente de l'époustouflant soleil de la résurrection, elles se souviennent des lumineux souffles de leur ancienne vie. (p76)

Ce travail de la langue, cette façon de jouer avec le sujet sont à mon sens un atout et une faiblesse : on savoure l'écriture de l'auteur, on aime sa prose finement ciselée mais on ressort de cette lecture avec une impression de flou et le sentiment d'avoir eu un aperçu très superficiel de la vie d'Emily Dickinson qui, on s'en rend compte finalement, est plus un prétexte qu'un objectif en soi pour le narrateur.

emily-dickinson.jpgLe portrait qui est fait de Dickinson reste proche de l'image que l'on a souvent d'une femme un peu étrange qui restait terrée dans sa maison, toute de blanc vêtue, adoptant un comportement jugé selon les uns et les autres excentrique, artistique ou théâtral. Quelques anecdotes ne manquent pas d'humour, comme ces retrouvailles avec une amie de longue date qui se font à distance, chacune restant à un étage différent et se contentant de bavarder un long moment sans jamais se revoir.

Dickinson s'inscrit dans la continuité, dans la lignée d'auteurs illustres. La petite Emily manque l'église pour lire Les Confessions d'un mangeur d'opium, se passionne pour Dickens et Emily Brontë. Lorsqu'elle écrit, un certain Rimbaud vient de partir en Orient. Tous deux disparaissent à leur façon. Emily dans sa chambre "interdite"... cette pièce où elle se sent si bien. Arthur "sous le soleil clouté d'Arabie". "Les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier". (p107) J'ai évidemment beaucoup apprécié ce clin do'eil à la littérature, à ses filliations, aux liens qui se tissent entre les auteurs (parfois seulement dans notre imaginaire, comme ce rapprochement de Dickinson et de Rimbaud).

Le mieux reste toutefois d'écouter la musique d'Emily...

THE DAISY FOLLOWS SOFT THE SUN

  • HE daisy follows soft the sun,
    And when his golden walk is done,
    Sits shyly at his feet.
    He, waking, finds the flower near.
    "Wherefore, marauder, art thou here?"
    "Because, sir, love is sweet!"
    We are the flower, Thou the sun!
    Forgive us, if as days decline,
    We nearer steal to Thee,--
    Enamoured of the parting west,
    The peace, the flight, the amethyst,
    Night's possibility!

02/10/2009

Il s'est perdu

percin_bonheur_fantome.gifVoilà plusieurs jours que j'ai fini Bonheur fantôme d'Anne Percin. Écrite à la première personne, cette histoire est celle de Pierre, 28 ans. Le jeune homme vit au bord d'une départementale avec ses deux chiens et tous les animaux qu'il recueille à l'occasion ; il est antiquaire, bricole, répare et revend ; il sympathise avec les habitués du bistrot du coin et une voisine âgée qui n'a jamais quitté la région ; bref, j'aurais pu penser à Arsène le Rigoleur, avec ce faux « vieux garçon » vivant en dehors du monde – et vu le plaisir que m'avait procuré cette autre lecture, j'appréhendais un peu.

Séduite par un billet de Cathulu qui qualifiait ce livre de petite bulle de bonheur, j'ai été surprise en découvrant le récit qui pour moi est loin de respirer la joie de vivre, malgré la fin plutôt heureuse et l'intérêt que le narrateur porte à Rosa Bonheur, une artiste du XIXe dont le choix de vie est à lui seul une invitation à l'amour et à la joie.

Meurtri par le décès brutal de son frère jumeau, Pierre a connu la dépression, les tentatives de suicide de sa mère, l'anorexie. A Paris, il tombe amoureux de R., un photographe reporter de guerre ; viennent les années d'étude, le mannequinat pour payer ses cours et l'amour fusionnel. Puis la rupture, dont le lecteur ne devine pas immédiatement les raisons. Le voilà donc désormais seul dans un coin paumé alors que visiblement, rien ne l'y prédisposait.

Malgré quelques passages au cours desquels je me suis un peu lassée – ce qui m'a fait passer quelques jours sur une lecture qui aurait pu être rapide, j'ai globalement apprécié ce livre à l'écriture fluide et au propos sérieux. Pierre est un personnage touchant qui ne verse pas dans la caricature malgré le terrain glissant. Sa solitude, sa passion pour R., son intérêt pour une artiste oubliée sont autant d'éléments qui m'ont interpelée et que je trouve abordés avec justesse.

Et puis, je me suis toujours promis de ne pas juger les autres – en particulier cet autre-là – à leurs actes. Ce qui rend une personne digne d'amour, ce n'est pas la somme de ce qu'elle a fait. Seule la justice s'intéresse aux actions : la morale, disait Schopenhauer, ne s'intéresse qu'aux intentions. L'amour aussi. On doit juger ceux qu'on aime sur leurs convictions, leurs ambitions, leurs désirs, leurs aspirations, les qualités qu'ils se prêtent, les défauts qu'ils se reconnaissent, les sentiments qu'ils n'avouent pas et dont il ne faudra jamais attendre de preuve. (p183)

Je ne pense pas que ce livre me marque longtemps mais il ne m'a pas laissée indifférente.

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220 p

Anne Percin, Bonheur Fantôme, 2009

 

objectif pal.jpgchallenge-du-1-litteraire-2009.jpg4/7

 

Et ça n'a rien à voir mais Isil et Lamousmé viennent de lancer un swap peinture et littérature... (attention, les places sont limitées)

24/09/2009

Une Victorienne au caractère bien trempé !

sinoue_dame_lampe.jpgIl y a quelques semaines, j'ai découvert complètement par hasard la biographie romancée de Florence Nightingale par Gilbert Sinoué : La Dame à la lampe. Je suis peu habituée à lire ce type d'ouvrage : je ne m'intéresse pas particulièrement au milieu médical, je lis peu de biographies et ne connaissais Nightingale que de nom. La forme (une enquête) ainsi que le cadre victorien ont suscité mon intérêt et bien m'en a pris, car j'ai dévoré cette biographie passionnante en un rien de temps.

sinoue_Florence_Nightingale_nursing_1920.jpgIssue d'une famille aisée aux relations haut placées (parmi les membres du gouvernement notamment), Florence Nightingale était destinée à faire un beau mariage et à mener une existence confortable au sein de la haute société victorienne. C'est pourtant un autre parcours que cette femme pour le moins étonnante a décidé de suivre en devenant infirmière. Il est difficile à notre époque de réaliser combien ce choix était atypique. Avec une plume alerte et sans jamais ennuyer son lecteur, Gilbert Sinoué s'emploie donc à rendre compte de la situation dans les hôpitaux et du métier d'infirmière dans la première moitié du XIXe : la crasse était omniprésente ; les draps n'étaient pas changés pour les nouveaux malades ; les opérations avaient lieu devant les autres patients, avec les moyens les plus rudimentaires, au milieu des hurlements ; les instruments chirurgicaux n'étaient pas nettoyés la plupart du temps, servant directement d'une opération à une autre ; les patients n'étaient pas lavés, ce qui favorisait la propagation de tout ce qu'on était susceptible d'attraper dans un hôpital ; outre les mesures d'hygiène inexistantes, les malades perdaient leur identité aux yeux du personnel soignant, les cas des uns et des autres étant évoqués sans détour devant eux. Quant aux infirmières, souvent alcooliques, elles étaient pour la plupart issues de milieux défavorisés. Elles n'avaient pas choisi ce métier par vocation ; ce n'était d'ailleurs pas un métier à proprement parler, aucune formation n'existant, les infirmières se bornant globalement à surveiller les patients et à effectuer quelques tâches rudimentaires. Dans la salle commune où reposaient les malades, une cage leur était même réservée pour dormir. Autant dire qu'aucune jeune fille de bonne famille n'aurait dû être amenée à fréquenter ce milieu. Le choix de Florence Nightingale est donc fascinant.

sinoue_Florence_Nightingale_Embley_Park.jpgCe roman présente deux qualités majeures. Il s'agit d'abord d'une véritable mine d'informations sur une époque et un milieu, en particulier les hôpitaux anglais pendant la guerre de Crimée. Sans s'enliser dans les descriptions austères ou trop morbides (la première page constitue le seul passage pénible à lire), le récit nous fait découvrir un aspect de l'histoire peu connu des profanes et pourtant fondamental, puisqu'il s'agit d'un moment charnière dans l'évolution de la médecine anglaise. D'autres éléments historiques ajoutent à l'intérêt du récit, par le biais d'anecdotes ou la rencontre de grands personnages (je pense à ce cuisinier français très recherché à Londres mais décidé à s'intéresser au sort des pauvres sur le plan culinaire ; ou encore la reine Victoria, que l'on croise assez indirectement à plusieurs reprises). A noter au passage que l'on apprend que la clitoridectomie était à l'époque fréquente dans le traitement de l'hystérie, des migraines et de l'épilepsie, et que l'on pensait que l'utérus se promenait dans le corps, provoquant l'hystérie, maladie proprement féminine !

sinoue_florence_nightingale.jpgL'intérêt du récit tient également à la personnalité trouble de Florence Nightingale. Prête à mener une vie austère pour se consacrer au bien d'autrui, ne ménageant pas sa  peine, objet d'admiration de ces soldats qu'elle appelle « ses enfants », la Dame à la lampe est aussi une femme névrosée, paradoxalement misanthrope, nombriliste et hypocondriaque (elle a attendu des années une mort imminente, persuadée que son heure n'allait pas tarder), quelqu'un dont les spécialistes disent désormais qu'elle était « maniacodépressive, à la limite de la schizophrénie ». Son portrait fait l'objet d'une enquête minutieuse elle aussi captivante.

Au final, en écrivant cette biographie de Florence Nightingale, Gilbert Sinoué offre au lecteur un roman très agréable à lire et sérieusement documenté. A découvrir !

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309 p

Gilbert Sinoué, La Dame à la lampe, 2008

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21/09/2009

Les explorateurs de Sa Majesté

fortier_Dubonusagedesetoiles.jpgQu'ouïs-je ? Qu'entends-je, ami lecteur ? Ne connaîtrais-tu pas encore Du bon usage des étoiles ? Voilà qui est vraiment très mal et qui me mortifie au plus haut point (ce qui ne fait jamais que moins d'1m60 mais on fait comme on peut).

Si tu passes par ici, jeune lecteur fou et téméraire, intrépide aventurier, voilà quelques bonnes raisons de lire ce merveilleux premier roman de Dominique Fortier qui évoque l'expédition polaire désastreuse de John Franklin, ou le pourquoi du comment d'un livre incontournable (si si) :

L'histoire est passionnante, tout simplement. Vous qui comme moi n'avez pas le pied marin et pâlissez à la vue d'une bataille navale, d'un Typhon ou d'un Kidnapped (j'aurais peut-être dû dire “verdissez” mais je ne voudrais pas offenser inutilement de valeureux lecteurs), n'ayez crainte ! De même si, comme moi, vous préférez les climats tropicaux aux glaciers et trouvez les pôles Nord et Sud affreusement barbants passée l'extase d'une hypothétique première page de description. Grâce aux allers-retours entre l'expédition et la famille du capitaine Franklin restée à terre, le récit savamment construit ne souffre d'aucun temps mort et se dévore avec un plaisir considérable. Ajoutons à cela quelques éléments inédits comme une partition, la recette (décourageante) du plum-pudding ou l'insertion d'un menu de Noël victorien et nous voilà en présence d'un objet hybride, livre flottant non identifié dont les bizarreries ont fait la joie de votre fidèle et dévouée.

Outre un cadre riche et des situations variées, ce double récit favorise la redoutable prolifération de personnages très différents et, ce qui ne gâche en rien le bonheur du lecteur, tous plus intéressants les uns que les autres. En plus de quelques marins parfois mis en avant et d'un Sir Franklin finalement peu présent, trois figures charismatiques occupent ici une place de choix : Crozier, dont le journal permet de suivre petit à petit le parcours des navires, le tout agrémenté de réflexions et de touches personnelles pleines de finesse rendant le personnage très concret et particulièrement attachant ; Lady Jane, épouse de Sir Franklin, femme de caractère résolument en avance sur son temps et tout aussi aventurière que son illustre époux, dans une société victorienne où la haute bourgeoisie est généralement représentée sous des traits bien plus conservateurs ; enfin Sophia, nièce de Lady Jane et de Sir Franklin, jeune héroïne romantique qui aurait tout pour être surfaite et stéréotypée mais qui s'avère en réalité très sympathique et plus complexe que l'oie blanche que je me préfigurais.

Formidable roman d'aventures, palpitant à souhait, Du bon usage des étoiles est aussi un livre dense et foisonnant qui allie le fond à la forme avec beaucoup de talent. On se régale avec l'histoire, on aime à la folie certains personnages, on aurait presque mal au coeur à force de sentir The Terror et l'Erebus tanguer sous nos pieds tandis que l'on se délecte de l'écriture soignée, vive et pleine de charme de Dominique Fortier. Mais ce n'est pas tout : l'une des plus belles réussites de ce livre tient aux nombreuses influences qui enrichissent la narration sans l'alourdir, l'auteur s'étant parfaitement approprié les références historiques, littéraires et scientifiques qui émaillent le récit. Le cadre victorien avait d'ailleurs tout pour me plaire, de même que les passages consacrés au thé, les clins d'oeil austeniens à travers les fougueux aboiements des gourmands Mr Darcy et Mr Bingley ou l'allusion aux progrès rapides qui caractérisent le XIXe (rigueur scientifique des explorateurs, daguéréotypes...). Sans parler de l'histoire principale qui s'inspire de la dernière expédition de John Franklin. Que l'on apprenne ou que l'on reconnaisse simplement quelques références, celles-ci ne manquent pas et sont remarquablement insérées dans le texte, nous donnant par la même occasion matière à réflexion.

Voilà un roman qui constitue une de mes plus belles lectures de l'année, un livre que j'ai déjà en partie relu et que je relirai très certainement. Je crois qu'hormis l'interlude classique de Pride and Prejudice, je n'avais pas éprouvé un tel plaisir de lecture depuis la découverte des Maîtres de Glenmarkie il y a près d'un an. Consistant et érudit, plein d'humour et servi par un style alerte, Du bon usage des étoiles est un livre à découvrir absolument. J'adore, je me pâme, je pars m'évanouir loin de mon écran. Mes sels ! Où sont mes sels ?

I love that statement :

Ne restez pas trop longtemps sous la pluie, vous commencez à ressembler à Mr Darcy quand il se met en tête de plonger dans l'étang aux canards...”, première allusion austenienne ce me semble (p 55).

Au passage, ce livre me donne envie de découvrir enfin Le Vicaire de Wakefield et Ellis Bell.

L'avis de Malice, qui a elle aussi succombé au chant des sirènes arctiques lors d'un passage bloguesque à la librairie québécoise de Paris, et ceux de Cuné, Fashion, Ys (qui n'a pas aimé) et la Recrue du Mois.

L'article de Wikipedia sur l'expédition Franklin et sa fin dramatique.

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345 p

Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles, 2008

13/09/2009

Chef-d'oeuvre en vue

gracq_pleiade.jpgUn voile d'ombre s'appesantit à ce moment sur l'enclos des tombes, et Albert rejeta la tête en arrière, tant pour discerner la cause de cette soudaine éclipse que pour jouir une dernière fois du spectacle de la baie. Un énorme nuage naviguait alors avec lenteur au-dessus des espaces de la mer, comme le visiteur miséricordieux de ces plaines liquides ignorées des vaisseaux. Rien ne peut dépeindre la comblante et lente majesté avec laquelle s'effectuait cette navigation céleste. (p 27)

C'est sans doute le classique qui m'a le plus dépaysée, l'énorme bourrasque à laquelle je ne m'attendais pas, la rencontre exaltée entre la lectrice que je suis et le grand mais curieux roman que constitue Au château d'Argol.

Publié à la fin des années 1930 par José Corti, Au château d'Argol est un roman bouillonnant, dense, presque effervescent où se bousculent les images, les références et les clichés littéraires, dans un enchevêtrement de phrases somptueuses et immenses qui frappent l'imagination tout en étant systématiquement dans l'excès. Julien Gracq déclarait en 1981 au Magazine Littéraire que ce livre n'était pas une parodie mais plutôt un roman d'adolescent (cf les précieuses notes de la Pléiade que j'ai bien sûr lues avec avidité une fois le château et ses héros démasqués). Comprenons par là un roman où jaillissent les références philosophiques et littéraires d'un lecteur assidu et passionné. Pour l'auteur de ces notes, les influences sont celles de Jules Verne, de Wagner et plus encore, de Poe et du surréalisme (à l'époque de l'existentialisme et de la littérature engagée). Mais j'ai surtout énormément pensé au roman noir, aux inspirations gothiques de Radcliffe, Maturin et de Lewis et aux romantiques allemands. Mon édition évoquait d'ailleurs Faust et Méphisto en parlant des deux héros du roman mais j'ai aussi en partie retrouvé l'univers de Hoffmann et de Lenz. Quoi qu'il en soit, le récit a pour cadre un château isolé près d'une forêt sombre, d'une mer troublante et d'un vieux cimetière dont la description n'a rien de rassurant, étant caractérisée la recherche d'adjectifs aux accents dramatiques ou particulièrement lugubres.

Ce livre est curieusement pour moi à la fois une révélation et une légère déception. Tout me prédisposait à aimer les élans mystico-lyriques du narrateur, l'atmosphère sombre, le cadre inquiétant, l'écriture riche et imagée. J'ai été très sensible à l'impétuosité et à la fougue qui caractérisent ce texte, j'ai effectivement savouré le décor ; quant aux phrases, elles font tout l'intérêt du roman. Et pourtant, dans cette histoire où finalement rien ne se passe en dehors de l'accomplissement implacable du destin, je n'ai éprouvé d'intérêt que pour les sublimes descriptions et l'envoûtante association de noms et d'adjectifs, parfois improbable. Et dans ces descriptions, je n'ai pu m'empêcher de trouver parfois un aspect un peu précieux et ronflant à l'écriture de Gracq, qui m'a pourtant fascinée. Une impression qui, je l'espère, ne se confirmera pas à la lecture du Rivage des Syrtes, que je lirai évidemment (quand, je ne sais pas). Quoi qu'il en soit, voilà un immense auteur à découvrir absolument.

J'ai découvert au passage dans mon édition un titre qui m'intrigue, Le Vieux baron anglais.

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95 p (Bibliothèque de la Pléiade)

Julien Gracq, Au Château d'Argol, 1938

03/09/2009

"D'après le crime"

ladjali_ordalie.jpgLorsque j'ai découvert qu'un nouveau roman de Cécile Ladjali allait être publié, je me suis mise à frétiller d'impatience, comptant bien découvrir Ordalie au plus vite. Ladite arme du crime m'ayant été offerte par un généreux lecteur qui se reconnaîtra, je me suis très vite plongée dans cette version romancée de la relation entre Paul Celan et Ingeborg Bachmann (appelés ici Lenz et Ilse).

De Cécile Ladjali, je connaissais Les Vies d'Emily Pearl et Les Souffleurs (lu il y a plus d'un an mais jamais chroniqué ici – je ne désespère pas). J'ai découvert l'auteur par hasard au Salon du Livre, attirée par les couvertures des romans cités à l'instant. Le titre Les Vies d'Emily Pearl s'est imposé à moi en raison du cadre victorien et des prénoms Emily et Virginia qui me faisaient déjà pressentir un auteur aux goûts littéraires proches des miens. Ce livre qui transgresse les codes du roman victorien avec habileté m'a beaucoup marquée ; je l'ai préféré aux Souffleurs, texte insaisissable et déconcertant inspiré de l'univers de Shakespeare. Ce titre plus ancien m'avait cela dit déjà séduite par sa forme et son originalité. Depuis ces deux lectures, j'ai beaucoup d'admiration pour le travail ambitieux de Cécile Ladjali, son écriture poétique et très soignée et plus que tout, les nombreuses références qui alimentent ses récits et leur donnent une nouvelle dimension. L'intertextualité est encore au cœur de son dernier roman, Ordalie invitant à la (re)lecture des œuvres de Bachmann et de Celan (puis à sa propre relecture).

ladjali_ordalie_bachmann.jpgInventant Zak, un cousin imaginaire amoureux d'Ilse, l'auteur choisit un narrateur très observateur, témoin privilégié au jugement sans doute parfois biaisé par la jalousie. Intégrant des citations de Celan et de Bachmann au récit, le parcours d'Ilse et de Lenz est aussi pour nous l'occasion de croiser d'autres figures emblématiques de la littérature germanique d'après-guerre, comme le Suisse Max Frisch ou l'Allemand Henrich Böll. Citons encore parmi d'autres nationalités René Char et Kissinger.

ladjali_ordalie_celan.jpgCe roman traite d'une passion dévorante, d'un amour inaltérable mais voué à l'échec ; l'histoire d'Ilse et de Lenz n'est pourtant que le fil conducteur.

L'ordalie, « ce jugement de Dieu par l'eau ou le feu » (p81-82), se traduit par de nombreuses allusions aux deux éléments dont le choix n'est pas dû au hasard : Ingeborg Bachmann a péri dans un incendie à Rome ; Paul Celan s'est suicidé en se jetant dans la Seine.

Au-delà de leur relation fusionnelle se pose la question du rôle de l'écrivain. A travers le rapport particulier à l'art d'Ilse, de Lenz et d'autres personnages, le lecteur est amené à s'interroger : comment se positionner en tant qu'artiste après l'horreur de la guerre et des camps ? Doit-on avoir une vision purement artistique ou faire de son œuvre une arme politique ? Ou bien encore, outre la problématique de l'art engagé ou non, comment les écrivains d'expression allemande en particulier peuvent-ils ou doivent-ils se positionner après le fléau nazi ? Ordalie tente surtout de dire la grande Histoire, à travers le parcours de ces trois êtres meurtris, orphelins ou fils de la honte, qui trébuchent dans le noir, la bouche pleine de cette langue allemande qui les étouffe et avec laquelle ils vont tenter de créer. Car pour Ilse et Lenz, écrire revient à vivre. Zak finira par comprendre cela à son tour (Actes Sud).

ladjali_ordalie_rothko.jpgLa prose de Cécile Ladjali est facilement reconnaissable. Ordalie est comme vous vous en doutez ma troisième rencontre avec l'univers de l'écrivain et, malgré le sujet et le cadre jusqu'ici toujours différents, il me semble que le lecteur retrouve à chaque fois un style exigeant et terriblement exact chez Ladjali, ainsi qu'une certaine distanciation entre le lecteur et les personnages. Ce ressenti est peut-être très personnel mais lorsque je lis cet auteur, j'ai l'impression d'être un observateur extérieur rendu lucide par la précision de l'écriture, parfois même par sa froide mécanique (en particulier dans Les Souffleurs). Ordalie ne fait pas vraiment exception à la règle même si j'ai trouvé le ton plus doux et particulièrement poétique.

ladjali_ordalie_atget.jpgPour ceux qui ne connaissent pas encore l'auteur, ma préférence va aux Vies d'Emily Pearl et j'aurais tendance à le recommander pour une première lecture. Dans un genre différent, Ordalie est un roman habilement construit qui m'a beaucoup plu pour de nombreuses raisons : la plume particulière de C. Ladjali ; les nombreuses références et les problématiques dont le texte s'enrichit ; enfin, la fluidité du texte qui, s'il ne respire pas toujours la joie de vivre, est extrêmement agréable à lire.

PS : J'ai ajouté la toile de Rothko (un peintre qui me plaît énormément, ça tombe bien) et une photographie de Atget car tous deux sont évoqués.

Lilly, elle aussi conquise par l'auteur, a beaucoup aimé ce roman et traite dans son billet d'autres aspects intéressants.

197 p

Cécile Ladjali, Ordalie, 2009

1676489152.jpgchallenge-du-1-litteraire-2009.jpg3/7

01/09/2009

Périple d'un bibliobus

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J'ai récemment découvert le nom de Jacques Poulin avec la sortie de L'Anglais n'est pas une langue magique (dans ma PAL), livre qui m'attirait par sa belle couverture et son titre mystérieux contenant le mot clef « anglais » - il provoque visiblement chez moi une sorte d'effet placebo. C'est donc avec plaisir que j'ai ouvert La Tournée d'Automne. Je m'imaginais ce livre plein de charme, bien écrit et surtout, j'attendais de nombreuses références littéraires et un certain art dans l'intertextualité ou la transmission de l'amour des livres. Ma lecture a été globalement agréable mais ce n'est certainement pas un coup de cœur, car ce roman ne répondait pas vraiment à mes attentes.

Dans ce livre, « le Chauffeur » d'un bibliobus s'apprête à faire sa dernière tournée au Québec. Peu avant son départ, il rencontre une troupe de musiciens et de saltimbanques et s'éprend de Marie, la maman poule du groupe. Tous deux se découvrent de nombreux points communs mais leur histoire reste très pudique et avance pas à pas, avec beaucoup de délicatesse et un certain charme suranné. Au cours de la tournée, le Chauffeur et la troupe qui s'est décidée à le suivre découvrent de nouvelles régions et de beaux paysages, où la nature est à l'honneur. A chaque arrêt, fidèles et nouveaux lecteurs font leur choix dans le bibliobus. Leur attitude et leurs choix toujours différents sont un hymne à la lecture, au partage des livres et à l'échange entre amoureux des livres. Ces passages m'ont d'ailleurs beaucoup plu.

feuille.jpgJe lirai au moins le livre de Jacques Poulin qui dort dans ma bibliothèque car j'ai trouvé ma lecture agréable et sans heurt; elle me délassait. J'aime les sujets abordés par l'auteur, en l'occurrence ici ce bibliobus qui revient régulièrement au même endroit et qui me fait penser que j'aurais adoré me lier d'amitié avec un chauffeur amoureux des livres qui serait venu dans ma petite ville à la bibliothèque minable quand j'étais enfant. C'est un roman plaisir que l'on peut savourer comme ces fameuses « lectures doudou » dont le terme bloguesque me semble ici assez approprié. Cependant, ce n'est pas un grand roman à mes yeux et je lui trouve de nombreux défauts : le ton parfois un peu naïf et des expressions plates comme « elle avait un mari très gentil » (p35), qui m'ont fait trouver le style un peu scolaire ; les références littéraires, citées à plusieurs reprises « par paquets », peu de livres émergeant finalement du lot (j'ai trouvé que La Reine des Lectrices, même s'il est assez léger, donne plus envie de lire les auteurs cités) ; enfin la trame du récit n'avait pas beaucoup d'importance en soi pour un hommage à la lecture mais, vu la place un peu superficielle qu'occupent les autres livres dans ce récit, elle aurait pu donner un regain d'intérêt au texte si elle avait été un peu plus dense. Au final ce roman m'a paru un brin ordinaire, même s'il me donne envie de chercher des photos des paysages québécois et peut-être de m'y rendre un jour (c'est déjà ça).

feuilles2.JPGBref, ce n'est pas une révélation pour moi, c'est même une lecture un peu mitigée, mais comme je le disais, j'ai pris suffisamment de plaisir à lire ce roman pour avoir encore envie de lire L'Anglais n'est pas une langue magique.

Un grand merci à Malice pour le prêt (et celui du livre de Gabrielle Roy que j'ai très envie de découvrir). Le lien pointe vers ses 7 billets sur Jacques Poulin.

D'autres avis : Lilly (dont l'avis est très proche du mien); Charlie Bobine (déçue), Laure (mitigée) ; et plus enthousiastes : Allie, Lily, Florinette, Cathe... et beaucoup d'autres à venir aujourd'hui avec la lecture du blogoclub.

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191 p

Jacques Poulin, La Tournée d'automne, 1993

 

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28/08/2009

Be sure to wear some flowers in your hair

bonnerave_nouveaux_indiens.jpgJe n'avais d'abord repéré qu'un seul titre de cette rentrée littéraire, à savoir Nouveaux indiens dont le résumé suscitait ma curiosité. J'ai donc sauté sur l'occasion lorsqu'il m'a été proposé. Ensuite, il y a eu la phase « ô rage, ô désespoir » dont Isil a été témoin, votre fidèle et dévouée ne parvenant absolument pas à surmonter l'angoisse des premiers dérapages stylistiques (pardon) des premiers effets de style audacieux du narrateur. Fou et intrépide, voilà notre héros qui mélange joyeusement les phrases, entre associations d'idées et rappel des improvisations musicales des étudiants qu'il est venu observer à Mills, San Francisco. J'ai commencé à m'arracher les cheveux par poignées en craignant une invasion du roman par ce staccato éreintant, voire une syncope en ré mineur de votre chroniqueuse. Mais, ouf ! Tout est bien qui finit bien et j'ai lu avec beaucoup de plaisir ce roman passée la page trente, accélérant brutalement mon rythme de lecture à chaque fois que la migraine menaçait le narrateur, nos deux rythmes s'accordant alors parfaitement et donnant finalement au texte une tonalité musicale cohérente.

MillsHall_01_hm.jpgDe quoi parle Nouveaux indiens, me dites-vous ? Il s'agit de l'étude d'un groupe d'étudiants en musique par un jeune anthropologue très français (tout de même relativement enclin à s'immerger dans la culture américaine). Les musiciens et leurs professeurs sont les nouveaux Indiens : l'anthropologie a évolué et l'élite un brin bohème de San Francisco devient la nouvelle tribu « sauvage » à observer. Ceci dit, c'est une autre histoire qui m'a vraiment tenue en haleine : celle d'une jeune femme anorexique décédée, Mary. Sur fond de campagne électorale (Bush vs Kerry) et de pousses de bambou, le narrateur s'intéresse de plus en plus à la disparition de cette inconnue dont la mort semble être taboue à l'université.

Au final, j'ai trouvé ce roman intéressant et globalement agréable à lire. Un vrai page-turner une fois l'introduction passée, Nouveaux indiens est un livre assez original qui risque de diviser ses lecteurs mais que je suis contente d'avoir lu.

D'autres avis très partagés : Papillon « Un roman dense et surprenant pour lecteurs curieux » ; Cathulu « Un livre original et intelligent, sans être pédant. Une réussite ! » (Cathulu souligne aussi la qualité littéraire de quelques passages érotiques, avis que je partage tout à fait) ; Doriane « le style m'a semblé indigeste » (et de citer un passage qui a aussi failli me faire rendre l'âme) ; Marie-Lo « N’est pas Henry Miller qui veut ! Quoiqu’il en soit, Nouveaux Indiens est un premier roman audacieux, attendons de voir le second. » ; Saxaoul « Je me suis très vite perdue dans les méandre de la pensée de A. qui passe souvent du coq à l'âne (…). Quant au style, je n'ai pas réussi à m'y faire non plus : les phrases sont courtes et parfois hachées, fidèles aux pensées de A. ».

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170 p

Jocelyn Bonnerave, Nouveaux indiens, 2009

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2/7

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objectif pal.jpgObjectif PAL (proposé à l'origine par Antigone) : Je trouvais la proposition de Fashion à la mesure de mes ambitions (et de mon taux de réussite particulièrement crasse lors des challenges divers et variés de la blogosphère). J'ai donc fixé un objectif « PAL – 20 en 3 mois », en ne comprenant pas dans cette PAL les BD et la PPAL (pile de prêts à lire, eh oui j'invente un nouveau terme aujourd'hui, qu'est-ce que c'est beau !). Ayant pour des raisons diverses et variées connu un ouragan qui s'est traduit ces derniers jours par une PAL + 9 (oui mais Hilde m'a traînée chez tout un tas de bouquinistes à Rennes et à Bécherel, le destin n'était-il pas au rendez-vous avec des livres neufs à 2 € ? Quant aux cadeaux, je n'y suis pour rien). Alors j'ai décidé de fixer un objectif PAL – 30 en 4 mois.

Un autre objectif tout aussi ambitieux s'est ajouté au premier : d'ici fin décembre, lire au moins la moitié de ma PPAL qui compte plus de 15 titres à l'heure actuelle.

PAL - 1

23/08/2009

Le père et la fille

le gall_peine_menuisier.jpg« Je retrouvais le cadre immense, le visage grandeur nature, le garçonnet de papier. Le rayon de son regard me fixait alors. J'étais debout sur une chaise, au même niveau que lui mais à bonne distance. Il m'envoûtait, je cherchais son mystère et restais sans réponse devant le pâle sourire, les yeux clairs habités d'une douce mélancolie. Sa trop grande gravité, qui ne correspondait pas à l'enfant espiègle qu'il avait été, me laissait penser qu'il pressentait son destin. » (p119)

Dans cette rentrée littéraire 2009, La Peine du Menuisier va sans doute constituer l'une des plus agréables surprises parmi les premiers romans. L'auteur est née en 1955 à Brest. Dans un texte autobiographique, elle revient sur le parcours de Marie-Yvonne, de l'enfance à l'âge adulte, entre fantômes et silences au sein d'un entourage profondément catholique.

Le silence, c'est celui du « Menuisier », ce père âgé qu'elle ne sait pas nommer autrement. C'est aussi le silence qui la caractérise, petite fille taiseuse, secrète, sans doute un brin fantasque et morbide. Point commun entre le père et la fille, le silence les rapproche et les sépare à la fois, leur permettant de communier et de se comprendre implicitement mais les empêchant d'aborder certains sujets et de se dire l'essentiel, alors que la mort du père approche à grands pas.

Outre la relation père-fille difficile au cœur de ce roman que Marie Le Gall a d'ailleurs dédié à son père, la narratrice explore de nombreuses thématiques à travers le récit de sa vie, à commencer par les racines et les secrets de famille qui ne semblent pas manquer chez ces parents qui l'ont conçue très tard, dix-neuf ans après Jeanne, sa sœur folle et pleine d'amour. Entourée de non-dits et d'absents, ces membres de la famille qu'elle n'a jamais connus qu'à travers les photos pour toujours figées qui peuplent sa maison d'enfance, Marie-Yvonne est fascinée par la mort, revenant sans cesse au portrait de René-Paul dont un jouet conservé à la cave l'attire sans cesse. Enterrements, errances dans les cimetières, heures passées à regarder les restes d'os extraits d'une tombe humide et nauséabonde par le fossoyeur, conjectures au sujet des photos des disparus, la mort est une question qui taraude la narratrice de manière obsessionnelle.

L'histoire personnelle est aussi l'occasion de dresser un portrait d'une Bretagne aujourd'hui disparue, celle des années soixante où le rapport à la terre, les souvenirs de guerre, les traditions familiales et la vie quotidienne avaient encore le goût des temps anciens, une époque révolue racontée avec justesse sur un ton toujours sobre et précis.

le gall_Expo-Brest-2007.jpgCe livre présente beaucoup de qualités et pourtant, j'ai d'abord eu beaucoup de peine à m'immerger dans le récit qui manquait à mon sens de fil conducteur pendant les cent premières pages. Bien sûr, dans le titre, la dédicace et certaines scènes, tout tendait à faire de la relation au père la quête finale de la narratrice. Malgré tout, la première partie privilégie un peu trop l'anecdote à mon avis, au détriment du récit. Les réminiscences de Marie-Yvonne sont intéressantes à lire mais me rappellent un peu trop les mémoires qui se transmettent au sein des familles, le but étant de retranscrire ses souvenirs le plus fidèlement possible, sans se préoccuper des questions de déroulement et de structure propres au roman. Quoi qu'il en soit, le style soigné et le ton plein de pudeur de Marie Le Gall m'ont convaincue et je suis ravie de ne pas avoir planté là ce beau roman. Plus centrée sur la relation entre la narratrice et son père, la deuxième partie est passionnante et m'a beaucoup émue. Les moments volés qui noyaient la première partie à force d'accumulation sont ici parfaitement insérés dans une « intrigue » de mieux en mieux menée.

Au final, voilà un beau roman très personnel qui parvient à avoir une portée plus générale, le lecteur pouvant difficilement lire cette histoire unique sans songer à sa propre famille et aux similitudes inévitables entre les parcours individuels. L'art d'aimer, le temps trop court à partager avec ses proches, la souffrance inhérente aux relations distantes que Marie-Yvonne entretient avec ses parents sont remarquablement retranscrits. Touchant et évocateur, le récit est porté par l'ambiance un peu mystérieuse et chargée d'histoire. Et lorsque l'on tourne la dernière page, il est difficile d'abandonner ce menuisier et cette famille auxquels on s'est nous aussi attachés. Un bel hommage au père disparu.

« Par tradition, il me donna le prénom composé de sa soeur asthmatique, morte en crise beaucoup trop tôt en laissant trois jeunes orphelines. C'était aussi le prénom de sa tante, la soeur de Tad, qui n'avait vécu que quelques années. « Marie-Yvonne », avait écrit l'employée. Enfin, puisqu'il fallait un second prénom, celui de la fille de ma marraine, Nicole, fit l'affaire. Asphyxiée par une fuite de gaz, elle s'était éteinte à six ans. » (p 22)

Les avis de Cathulu, de Cuné.

Opération Masse Critique dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire.

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283 p

Marie Le Gall, La Peine du Menuisier, 2009

 

« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !

Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici. »

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11/08/2009

Despite all my rage

humbert_origine-de-la-violence.jpgJe fuis de plus en plus les récits traitant de la guerre et de la Shoah, dont la prolifération ces dernières années a fini par me dégoûter un peu du sujet. Malgré les critiques très positives lues çà et là au sujet de L'Origine de la Violence de Fabrice Humbert, j'ai donc abordé ce livre avec une certaine appréhension. Voilà un essai transformé qui fait de cette lecture une excellente surprise : non seulement ce titre est de loin mon préféré parmi mes 4 lectures de l'opération de communication autour du Prix Landerneau (ce qui n'était pas difficile vu le plaisir que j'ai éprouvé en découvrant les trois livres précédents), mais il fait partie de ceux qui m'ont le plus marquée cette année.

Difficile d'innover en traitant d'un thème aussi présent dans la littérature depuis maintenant un certain nombre d'années. Et pourtant, c'est ce que Fabrice Humbert parvient à faire en nous livrant ici un roman très personnel, où l'histoire présente du narrateur se mêle au parcours de son père et de son grand-père, le récit intime s'imbriquant à un cadre historique peu anodin. Avec beaucoup de justesse, le narrateur parvient à faire co-exister la petite histoire et la grande Histoire (comme l'a déjà souligné Fashion), apportant au passage un regard neuf sur le nazisme et l'Allemagne qui en a découlé.

C'est d'ailleurs le principal mérite de ce livre, qui évite à mon sens tous les écueils du genre : les clichés, les invraisemblances, les mièvreries, les descriptions complaisantes de scènes barbares, sans parler des pages d'Histoire hachées par le menu et recrachées avant digestion au beau milieu d'une vague trame romanesque.

Au contraire, l'auteur aborde de façon originale son sujet. La guerre, les déportations, la Shoah, le destin des bourreaux puis de l'Allemagne éclatée jusqu'en 1989, voilà autant de grands événements qui sont traités de manière détournée puisque le narrateur n'est autre qu'un professeur dans un lycée franco-allemand qui cherche avant tout à connaître ses origines pour mieux comprendre la violence qui l'habite. Le lecteur suit ainsi pas à pas le narrateur, dans un récit émaillé d'événements personnels et familiaux qui sortent en partie de l'atmosphère oppressante de la toile de fond (en partie, car tout est finalement lié de façon plus ou moins directe à l'objet des recherches du narrateur). En choisissant cette structure, Fabrice Humbert parvient à mon avis à écrire un roman très crédible, qui m'a de plus particulièrement touchée puisque j'ai trouvé certaines similitudes entre ce parcours et mon propre rapport à l'Allemagne. Et ce, jusqu'aux impressions partagées au sein de Buchenwald, de Weimar ou de Berlin, à tel point que cette lecture n'a cessé de me troubler en raison de l'écho très particulier qu'elle trouvait en moi (à l'exception de la vision très occidentale de la RDA, avec laquelle je ne suis pas entièrement d'accord).

Je ne peux que vous recommander sans réserve L'Origine de la Violence, excellent roman auquel tout le mal que je souhaite est de décrocher Weimar--Goethe-Schiller-Den.jpgau moins l'un des prix littéraires francophones les plus reconnus. Ne vous laissez pas décourager si, comme moi, vous évitez en général les titres traitant des camps de concentration, de la guerre ou de la Shoah. Car l'auteur signe ici un livre puissant, fin, dense mais d'une grande clarté, un roman dont l'histoire passionnante n'a d'égale que la pertinence des observations et la fluidité de la narration. A cela s'ajoute une écriture particulièrement agréable. Fabrice Humbert est un auteur qui ne cherche pas la facilité, et qui s'en sort très bien. Son Origine de la Violence est remarquable. C'est un texte qui a su à la fois m'intéresser et m'émouvoir, un titre que je recommande depuis autour de moi et dont le souvenir n'est pas près de ternir.

Les avis de : Aifelle, Anne, Caro[line], Cathulu, Cécile, Clarabel, Cuné, Dominique, Fashion, Lily, Ma Tasse de Thé, Papillon, Sylire, Yv.

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314 p

Fabrice Humbert, L'Origine de la Violence, 2009

23/07/2009

Et l'homme dans tout ça ?

ferrari_dieu animal.jpgJe profite de mon rythme d'été pour programmer en priorité des notes sur les romans reçus dans le cadre du Prix Landerneau et d'autres reçus eux aussi fort gracieusement, dont il serait grand temps de parler. Dans la suite de mes lectures des livres finalistes du Prix Landerneau*, je viens de découvrir Un dieu un animal, lauréat 2009. Curieusement, l'an dernier comme cette année je m'attendais à ce que les deux lauréats remportent effectivement ce prix en recevant la sélection, sans doute en raison des thématiques choisies. Je ne me suis pas trompée mais, comme l'an dernier, je n'ai pas vraiment été conquise par le choix du jury. En revanche, autant l'an dernier je n'adhérais pas à de nombreux aspects du livre de Yasmine Char, qui m'avait profondément ennuyée, autant cette année je reconnais volontiers que je suis passée à côté d'un bon roman.

Un dieu un animal est l'histoire de ce « tu », mercenaire dans une région où les attentats et les exécutions publiques barbares ne manquent pas. Voilà un homme en quête d'aventure, de sang et de liberté qui semble ne pas attacher beaucoup d'importance à la vie humaine. Il reprend pourtant contact après de longues années avec Magali, sa première amourette, dont le souvenir a pris avec le temps une dimension sacrée, presque divine. De son côté, l'adolescente est devenue une jeune cadre dynamique consacrée corps et âme à son entreprise.

D'autres lecteurs plus enthousiastes que moi ont très certainement déjà rendu justice à la structure ambitieuse et au rythme particulier de ce roman. J'ai surtout apprécié le superbe travail sur la langue qui donne au texte une sonorité presque sensuelle. Jérôme Ferrari signe là un récit dense et exigeant, comme le sont d'ailleurs souvent les ouvrages proposés par Actes Sud. Malgré tout, j'ai failli abandonner ce livre à plusieurs reprises car il ne me correspond absolument pas et m'a laissée insensible sur le fond, malgré de jolis moments très poétiques. Les martyrs, les terroristes, les mercenaires et autres nouveaux guerriers des Moyen et Proche Orients sont un sujet très à la mode depuis le 11 septembre, de même que les visions très critiques du monde de l'entreprise et de son mode de fonctionnement (en particulier dans le marketing et la publicité). Ce sont des thèmes qui ne m'attirent que très modérément ; plus encore, je ne suis pas toujours d'accord avec les clichés véhiculés et, lorsque certaines questions soulevées sont pertinentes, j'ai toujours l'impression d'avoir lu ou vu les mêmes images au préalable. Je n'ai donc pas du tout été convaincue par le décor planté par le narrateur, même si, avec des thèmes pour moi un peu éculés et revisités cent fois, Jérôme Ferrari arrive à innover par la forme et à soulever des questions plus fondamentales sur Dieu, l'être humain, son fonctionnement et sa place dans le monde. Un récit très sombre qui ne m'a pas vraiment conquise mais qui me donne envie de découvrir les précédents écrits du même auteur.

Les avis des autres blogueurs participant à l'opération de communication autour du Prix Landerneau (j'ai essayé de retrouver tous les billets) : Anne «Et incontestablement, indéniablement ce livre n'est pas fait pour moi » , Caro[line] «Ce roman n’est donc pas une lecture coup de cœur ou coup de poing mais cela reste une belle lecture » ; Cathulu « 110 pages puissante et cruelles », Fashion « la description sans concession et terrifiante d'une humanité qui court à sa perte », Le Bibliomane « Un roman essentiel, peut-être l'un des plus marquants qu'il m'ait été donné de lire ces derniers temps », Lily « Un vrai grand coup de coeur ! », Michel "Son roman est extrêmement bien écrit, les phrases sont très belles, mais je n’ai pas accroché pour autant », Papillon « un texte magnifique et dur » mais « j'ai du mal à adhérer à une telle désespérance », Sylire « Un "presque" coup de coeur. Il manque peut-être à mes yeux, dans ce texte désespéré, une petite note d'espoir, même infime... ».

J'arrive à mi-chemin dans ces lectures des finalistes du Prix Landerneau. Ce livre a été celui que j'ai eu le plus de mal à lire pour les raisons citées plus haut, mais il est à mon avis plus abouti que les deux romans lus précédemment, Les Mains nues et A l'angle du renard. Trois lectures en demi-teinte donc ; je viens à peine de commencer L'Origine de la violence dont les premières pages me laissent espérer un réel coup de coeur ; j'avais aussi lu une centaine de pages de L'Homme barbelé mais je l'ai laissé de côté depuis plus d'un mois, un peu effrayée par les critiques lues çà et là et moyennement captivée par l'histoire (il en allait de même des trois autres lectures achevées, cela dit).

* Ami lecteur qui passes par ici, ne connais pas bien la blogosphère et encore moins le Prix Landerneau, il s'agit d'un prix mis en place avec les Espaces culturels Leclerc. Le lauréat est déterminé par un jury extérieur à la blogosphère mais les livres finalistes sont proposés à quelques blogueurs dont j'ai fait la liste . Plus d'infos sur le prix chez Bibliza.

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110 p

Jérome Ferrari, Un dieu un animal, 2009

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sense and senibility and sea monsters[7].jpgEt pour les amateurs, signalons un nouveau livre à la couverture et au titre pour le moins improbables, dans la veine des Zombies qui pour l'instant n'ont pas vraiment convaincu les janéites (cf description Amazon UK) :
Sense and Sensibility and Sea Monsters is expanded edition of the beloved regency romance--with thrilling all-new scenes of giant lobsters, rampaging octopi, two-headed sea serpents, and other biological monstrosities. As our story opens, the Dashwood sisters are evicted from their childhood home and sent to live on a mysterious island full of savage creatures and dark secrets. While sensible Elinor falls in love with Edward Ferrars, her romantic sister Marianne is courted by both the handsome Willoughby and the hideous man-monster Colonel Brandon. Can the Dashwood sisters triumph over meddlesome matriarchs and unscrupulous rogues to find true love? Or will they fall prey to the tentacles which are forever snapping at their heels? With many strange and wonderful illustrations throughout, Sense and Sensibility and Sea Monsters invades the prim and proper world of Jane Austen with the outrageous mythology of Jules Verne, H.P. Lovecraft, Lost, Spongebob Squarepants, Red Lobster, and Popeye the Sailor. Let the monster mash-up begin.

13/07/2009

Les folles aventures de Miss Lou en compagnie de Marie-Henri

stendhal_vanina+coffre mon edition.jpgJe ne sais pas pourquoi mais Stendhal passe chez moi comme un nuage, mes souvenirs en la matière étant toujours particulièrement brumeux. Le Rouge et le Noir avait été une lecture d'été plaisante pour mes 19 ans, mais je crois que c'est l'un des classiques dont je me souviens le moins aujourd'hui ; quant aux nouvelles Vanina Vanini et Le Coffre et le Revenant lues il y a environ un mois, on dirait bien que le sort qui leur est réservé n'est pas plus enviable. Je serais étonnée de me souvenir encore de leur trame dans six mois.

Dans Vanina Vanini, l'héroïne se prend de passion pour une jeune femme cachée par son père et soignée en cachette. Lorsqu'elle découvre qu'il s'agit d'un carbonaro poursuivi par les autorités, elle croit avoir trouvé son héros après avoir refusé maintes demandes en mariage. Mais le jeune amant est partagé entre la belle Vanina Vanini et son sens de l'honneur. Leur histoire n'est donc pas de tout repos.

Dans Le Coffre et le Revenant (et je me souviens que j'avais choisi ce livre au collège ou au lycée en raison du mot « revenant », qui n'en est pas un mais il m'a fallu dix ans pour le découvrir !), il s'agit du malheureux mariage d'une douce jeune femme avec le terrible directeur de la police qui, jaloux et possessif, entend bien écarter définitivement l'ancien fiancé de sa pauvre épouse. L'amoureux éconduit à contrecœur tente de retrouver sa belle en se cachant dans un coffre censé contenir des étoffes. Au péril de sa vie, car le mari-tortionnaire veille.

Voilà deux textes qui se laissent lire mais qui ne vont pas franchement constituer une révélation dans ma vie de lectrice ; ils auraient pour moi stendhal_vanina+coffre.jpgparfaitement trouvé leur place dans une feuille de chou publiant en épisode des histoires rythmées pour un public avide de sensations (feuilles de chou qui ont ceci dit publié des romans incontournables). Stendhal ne nous épargne rien, pas même l'improbable, à commencer par cette Vanina Vanini qui prend son futur amant pour une fille malgré de nombreux échanges. Je sais bien qu'autrefois au théâtre il suffisait à un homme de porter la robe et une perruque pour jouer le rôle d'une femme, mais j'ai trouvé l'étonnement de Vanina Vanini assez grotesque. Certes, Stendhal est un passionné, ses personnages sont magnifiés par la force de leurs émotions et patati et patata mais vraiment, que c'est mal ficelé ! Au final, je n'ai trouvé aucune des deux histoires crédibles (ce qui dans le fond ne me dérange pas car ce n'est sans doute pas le but), tandis que ni le style, ni l'impression de mouvement ne m'ont réellement emportée. La très courte introduction suggère le choix d'un réalisme (ah bon ?) politique, soulignant le fait que Stendhal a été chassé d'Espagne et d'Italie, les lieux décrits, pour ses convictions. C'est un point intéressant mais qui ne me convainc pas tout à fait de l'intérêt de ces nouvelles.

J'avoue que Vanina Vanini est intéressante : maîtresse passionnée, on pourrait attendre d'elle un dévouement total alors qu'en réalité, il s'agit d'un personnage profondément égoïste qui ne soutient les projets de son amant que lorsque cela sert son propre intérêt. C'est une femme pragmatique, qui après sa malheureuse histoire, choisit de se marier à un autre, se plaçant bien loin des clichés romantiques. Quant à la deuxième nouvelle, dont la fin est catastrophique pour l'héroïne, on peut s'étonner du peu de moralité de l'histoire et de la manière crue avec laquelle en quelques phrases coupantes comme ce qu'elles énoncent, on apprend le meurtre de la femme malheureuse, une fin brutale qui finalement rétablit l'équilibre, laissant le tortionnaire dans sa situation de célibat initiale et mettant fin au désordre matrimonial occasionné par le retour de l'ancien fiancé. Malgré tout, je ne peux m'empêcher d'avoir l'impression que ces textes sont un peu légers. J'ai surtout bien ri et lu rapidement l'ensemble pour satisfaire ma curiosité. Je suis comme vous vous en doutez un peu déçue car après tout, c'est Stendhal, que diable !

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108 p

Stendhal, Vanina Vanini, 1829 / Le Coffre et le Revenant, 1830

10/07/2009

Once you put your hand in the flame

cortanze_belle endormie.jpgAprès l'échec et mat du dernier livre de poche, voici une deuxième lecture érotique pour Miss Lou qui a décidément de bien coquines lectures cet été. Si ma première tentative pour rendre ce blog un soupçon libertin n'a pas été une franche réussite, la découverte de La Belle Endormie de Gérard de Cortanze a été bien plus plaisante.

Servie par un style agréable et un cadre historique qui n'était pas pour me déplaire, l'histoire se déroule en Italie, entre la bibliothèque royale de Turin et l'ancien domaine des Cortanze. Entourées de mystère, les recherches généalogiques du narrateur aboutissent à la découverte d'un texte érotique signé par Maria Galante, une Cortanze ayant vécu au XVIIIe et poursuivie par une drôle de légende. Elle aurait été indirectement mêlée au meurtre d'un abbé qui sans doute la violait mais, peut-être pour asseoir sa sulfureuse réputation, la voilà qui viendrait aussi hanter son ancienne chambre et participer aux ébats des jeunes couples mariés auxquels la pièce est généralement réservée, le château ayant été converti en hôtel. Poussé par la curiosité, le narrateur décide de mettre les rumeurs à l'épreuve en louant la chambre de Maria Galante.

Comme le dit si bien Léthée, l'érotique n'est qu'un prétexte, de même que l'aspect morbide pour le moins présent dans les mises en scène de Maria Galante et d'autres. Voilà avant tout un roman qui grâce à son intrigue solide et originale mène son lecteur par le bout du nez, jusqu'à la fin qui constitue à mon sens le point faible de ce livre. Tout s'enchaîne rapidement et m'a laissé un goût d'inachevé ; bref, une petite déception car j'avoue que j'attendais beaucoup du déroulement une fois les premiers pions placés pour une partie qui semblait très prometteuse. Entre fantasmes et réalité, l'onirique et l'influence libertine du XVIIIe font de cette lecture un très agréable divertissement, auquel il ne manquerait pas grand-chose pour être tout à fait envoûtant.

A noter au passage le curieux titre, qui évoque Kawabata mais aussi Elizabeth Taylor.

Un avis sur Blue Moon, un autre chez Léthée. Et merci beaucoup à Adeline !

(PS : je n'ai pas oublié le tag qui m'attend !)

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122 p

Gérard de Cortanze, La Belle endormie, 2009

08/07/2009

Mozart VIP à Saoû

dollinger_visiteur saou.gif... et Mary Dollinger en guest star.

Ceux qui visitent régulièrement mon antre livresque ont sans doute remarqué les bons moments passés en compagnie de Mary Dollinger, avec cette drôle d’histoire de bébés réchauffés et surtout, la rencontre tragi-comique d’illustres auteurs et du très ténébreux monde de l’édition. Je poursuis tranquillement ma balade en ces douces contrées avec, modestement je vous l’accorde, une soirée en compagnie de Mozart (l’un des personnages portant d’ailleurs le vrai petit nom caché de Miss Lou, je saluerai au passage l’auteur pour cette délicate attention qui n’est pas passée inaperçue et qui me va droit au cœur, en toute simplicité).

Aujourd’hui s’ouvre le Festival de Saoû, manifestation consacrée à Mozart et sévissant depuis vingt ans pour le plus grand plaisir des mélomanes et le désespoir sans fin des fans de Justin Timberlake.

Alors que le comité composé d’admirateurs dévoués (corps et) âme à Mozart planche sur la programmation, le tonnerre gronde à chaque fois que le mot « Requiem » est prononcé. Serait-ce Dieu venu manifester sa colère ou au contraire son bonheur à l’idée de voir cette pièce magistrale devenir le clou du spectacle ? Non point. C’est tout simplement Mozart qui vient se mêler de la programmation et rappeler que franchement, ce Requiem, bu, mangé, cuisiné à toutes les sauces, que dis-je ? ce Requiem donc, lui sort par les oreilles.

Miracle ? Imposture ? Dieu (le directeur) et ses apôtres (Martial, Quentin, Marie-Laure et Cécile) sont partagés, entremozartpg.jpg les conquis (une héroïne rougissante est née), les sceptiques (armé d’arguments scientifiques : taille, couleur des cheveux, âge du défunt fraîchement débarqué) et les diplomates.

Evidemment je ne vous en dirai pas plus, car il faut que vous alliez ce soir à Saoû pour découvrir Mozart par vous-mêmes ou, si vous êtes un brin paresseux, dans la librairie la plus proche pour commander cette petite pièce de théâtre, cette « comédie pour mélomanes ».

Voilà en tout cas une pièce légère et amusante qui ouvrira le Festival avec un esprit enjoué et beaucoup de fraîcheur. L’humour en fait une lecture agréable mais il me semble que la mise en scène et le jeu des acteurs seuls permettront à ce texte de vivre pleinement, comme cela arrive souvent (je pense notamment à Good Canary complètement emporté par la mise en scène de Malkovich et le jeu tantôt drôle et touchant, tantôt bouleversant des rôles principaux).

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Et voici le coupable :

http://www.deezer.com/track/1025083

A venir bientôt, encore grâce aux bons soins de Mary Dollinger qui en plus me conseille des films et des romans victoriens (how weird !) : Au Secours Mrs Dalloway.

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71 p

Mary Dollinger, Le Visiteur de Saoû, 2009