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03/11/2011

Portraits de femme

ovalde_vies oiseaux.jpgMême si je suis bien incapable de distinguer le moindre oiseau une fois dépassé le niveau du héron, de la mouette et du pigeon, j'ai eu envie de découvrir ces Vies d'oiseaux de Véronique Ovadé, nouveauté parmi tant d'autres en période de rentrée littéraire.

Il y a quelques années, j'ai découvert dans le cadre du prix Landerneau Et mon coeur transparent. Je projetais déjà de lire Déloger l'animal, ce que je n'ai toujours pas fait (honte sur moi, je promets de faire pénitence et de relire un chapitre des Chroniques de Mudfog de Charles DiKens pour la peine). Bref, revenons-en à nos moutons ou plutôt au Coeur transparent (quelle charmante image) ; ce livre très particulier a beaucoup dérangé à l'époque : détesté ou adoré, il n'a laissé personne indifférent. Si je ne garde qu'un souvenir flou de l'intrigue (comme je le dis souvent, en cas de fin du monde et de destruction des librairies, je pourrais bien me contenter de relectures au vu de ma mémoire de poisson rouge)... si je ne garde qu'un souvenir flou de l'intrigue (disais-je avant cette digression), je me rappelle un réel coup de coeur, une lecture enthousiaste faite d'une traite (et que j'associe à un premier long séjour à Barcelone... on peut faire plus désagréable comme contexte) !

Des Vies d'oiseaux est un roman bien différent, de facture plus classique. Il y est question de Vida, qui vit dans sa maison de luxe comme une prisonnière, en apparence soumise à un mari qui aime lui rappeler qu'il l'a sortie de la fange et l'a faite telle qu'elle est aujourd'hui. Mais c'est aussi Paloma, la fille de Vida, qui occupe une place centrale dans le roman. Lasse de voir sa mère humiliée au quotidien, rejetant les valeurs bourgeoises de sa famille, Paloma s'est enfuie avec un séduisant jardinier au crâne couvert de cicatrices (oui je sais dit comme ça, ça donne envie !). Le récit commence avec l'histoire de Vida, suivie du point de vue de Paloma, avant un chapitre final au cours duquel les deux femmes se retrouvent.

Avec sensibilité, Ovaldé décrit une Vida qui se rebelle discrètement contre son mari, par le choix de ses habits, quelques remarques inopportunes venant gâcher ses dîners mondains... jusqu'au jour où elle fait la rencontre du lieutenant Taïbo qui incarne une autre forme de virilité et lui permet de quitter enfin son mari. Malgré tout, la délicate Vida ne peut partir sans la présence d'un nouvel homme : son émancipation n'est ainsi que partielle. Quant à Paloma, c'est un personnage à mon sens moins intéressant. Elle incarne le stéréotype de la gosse de riches privilégiée qui se retourne contre ses parents... pour finir par vivre dans des demeures de luxe innocupées pendant les vacances de leurs habitants. Certes, elle se pose en provocatrice en causant maints désagréments à ses anciens voisins et parents, mais elle continue à profiter sans remord de la vie dorée qu'elle se targue de mépriser. Un personnage plus figé, parfois desservi par des scènes un peu moins réussies : je pense par exemple à une dispute assez artificielle entre le père et la fille. Dommage, car ce roman reste très agréable à lire et soulève de nombreuses questions, traitant aussi bien du fossé qui sépare les différentes couches sociales (et ce d'autant plus que le cadre choisi est l'Amérique latine, où les inégalités se manifestent de façon plus visible) que de la question de la féminité et de la réalisation de la femme.

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236 p

Véronique Ovaldé, Des vies d'oiseaux, 2011

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18/09/2011

Qu'il faisait doux au matin de ma mort !

carole martinez,rentrée littéraire 2011,du domaine des murmures,gallimard,roman,roman francais,moyen-âgeEn raison de mon vieil esprit de contradiction, j'ai tendance à fuir les livres qui font l'objet d'un enthousiasme collectif, incroyable, en somme louche (oui je sais)... je me réjouis donc d'avoir lu le dernier Carole Martinez avant que ne fleurissent 150 articles à son sujet - et déjà, en faisant ma modeste chronique, je vois que ce roman sera de ceux qui marqueront la rentrée (si ce n'est les esprits, du moins en s'illustrant par la quantité de fois où ce titre surgira devant les yeux du lecteur vierge et innocent, animal fantastique qui, d'ailleurs, n'existe pas). Le livre de Carole Martinez est déjà très présent en tête de gondole, dans les relais H et autres instruments et lieux merveilleux de notre formidable époque où l'on prend souvent le lecteur pour un mouton sans cervelle qu'il convient de guider sur la route difficile menant aux bonheurs de la lecture. Heureusement pour l'innocent lecteur achetant rapidement sa nourriture spirituelle hebdomadaire dans ces antres de la culture moderne, Du Domaine des Murmures est un roman ma foi très agréable à lire et, s'il sert d'alternative aux derniers crocodiles de Londres et autres spectres omniprésents dans les transports en commun (quand ils ne hantent pas les serviettes de plage), je me réjouirai personnellement. N'allez pas croire que j'aie quoi que ce soit contre les lecteurs de best-sellers (il y a d'ailleurs de bons best-sellers et certains de mes chers classiques ont cartonné à leur époque!) mais vous n'imaginez pas comme une année entourée par Katherine Pancol dans le bus peut nuire à la santé mentale !

Deuxième roman de Carole Martinez, Du Domaine des Murmures (puisque c'est bien de lui que je voulais parler) a éveillé mon intérêt en raison de l'époque dont il traite : le Moyen-Âge. N'ayant rien d'autre en tête en ouvrant ce livre, j'ai donc éprouvé le plaisir de me laisser entraîner dans une histoire très curieuse, où le merveilleux n'est jamais loin.

Promise à Lothaire, jeune homme belliqueux violant régulièrement les paysannes du domaine, la jeune Esclarmonde se refuse à lui le jour de leur mariage ; se tranchant l'oreille, elle demande à être emmurée vivante dans une chapelle, afin de se consacrer jusqu'à sa mort à Dieu. Si la foi de la jeune femme est sincère, sa décision a priori terrible est aussi motivée par un puissant désir de liberté : se consacrer à Dieu, s'isoler à jamais, c'est aussi se refuser aux hommes et ne pas dépendre du bon vouloir d'un mari après avoir longtemps obéi à un père aimant mais exigeant. Enfermée entre quatre murs, Esclarmonde apprendra à se connaître et à dépasser ses propres limites : un tombeau à ses yeux salvateur. Mais le jour où elle doit être enfermée, la jeune femme est violée à l'orée du bois, lors d'une dernière promenade libératrice.

De ce drame caché puis quelque peu oublié naîtra neuf mois plus tard un enfant, alors qu'Esclardmonde est désormais enfermée. Les gens des environs choisissent de croire au miracle, mais la position de la jeune sainte reste précaire.

J'ai été séduite par le souffle romanesque qui porte ce récit : avec un véritable talent de conteuse, Carole Martinez nous entraîne à sa suite dans cette forêt, aux abords de ce château en ruine. C'est avec grand plaisir qu'on écoute avec elle les pierres murmurer l'histoire d'Esclarmonde, de son père devenu fou, d'un homme qui l'a tendrement aimée, d'un fée verte et de nombreux fantômes qui revivent le temps d'une lecture. Sa réflexion sur la place faite aux femmes en ce lieu dominé par les hommes est intéressante et la prophétesse n'est pas la seule à influencer la population (citons déjà celle qui, par ses formes rondes, sait mener les hommes par le bout du nez).

N'étant pas moi-même historienne, je ne sais pas à quel point ce récit est fidèle à l'époque décrite ; il m'a paru parfois assez moderne, mais je dirais que cela n'a pas grande importance, l'essentiel étant de se laisser porter par le récit et de croire aux légendes si séduisantes qui sont présentées. Assez réfractaire aux textes excessivement mystiques, je n'ai pas été gênée un instant par les interrogations d'Esclarmonde, ses accès de foi, sa communion secrète avec son père parti guerroyer en terre sainte.

Voilà in fine un très joli roman qui saura vous emporter le temps d'une pause, un texte que l'on savoure et que l'on regrette un peu d'avoir ensuite derrière soi.

Les nombreux avis de : Antigone, La petite marchande d'histoires, Clara, Bricabook, Kathel, Pierre Jourde, Là où les livres sont chez eux, Aifelle, Isabelle, Emeraude

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201 p

Carole Martinez, Du Domaine des Murmures, 2011

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11/09/2011

New York New York

deux-artistes-au-chomage.jpgJe ne sais pas si la chaleur écrasante de Barcelone ou l'air conditionné qui y sont pour quelque chose, mais je ne sais comment partager avec vous ma dernière lecture, Deux jeunes artistes au chômage de Cyrille Martinez.

Ce roman très curieux fait un peu figure d'OVNI dans cette rentrée littéraire. Plutôt expérimental, ce texte a pour cadre New York New York. Ce "déplacement" (je reprends ici un terme employé par l'auteur) est assez emblématique du récit, et si je voulais faire un énorme raccourci, je dirais qu'il résume à lui seul Deux jeunes artistes au chômage. New York New York, une manière de nous placer dans un cadre mental assez précis pour aussitôt nous en arracher ; une perte de repères qui se poursuit avec la rencontre d'Andy et de John, que l'on associe immédiatement à deux artistes des années soixante, pour ensuite découvrir qu'il ne peut s'agir de l'époque en question lorsqu'un téléphone portable fait soudain son apparition. Ce roman est un curieux mélange de chapitres qui se lisent comme autant de  pièces formant un tout mais laisse au lecteur la vague impression d'avoir pénétré dans plusieurs univers parallèles, tous semblables et décalés à la fois. Le passé évoque un futur presque inquiétant, au cours d'une introduction qui n'est pas sans évoquer le roman d'anticipation : des artistes s'installent dans un quartier de New York New York qui devient de plus en plus un ghetto de luxe dans lequel il convient de vivre pour devenir artiste, mais auquel on ne peut accéder sans être auteur de best-sellers, d'où une montée des prix et un quartier d'abord (trop?) élitiste qui devient purement mercantile.

Le roman, pourtant court, évoque par ailleurs de nombreux sujets, dont l'accueil faits aux immigrants (intégrés à condition de venir "travailler" et non "vivre" sur place), accueil absurde qui, on le pressent, n'annonce pas de meilleurs lendemains. Un autre sujet m'a interpelée et je regrette de ne pas avoir profité d'une rencontre avec l'auteur pour l'évoquer : l'un des personnages est atteint du syndrome de la Tourette et passe son temps à jurer. Un personnage qui prête à rire... est-ce là sa raison d'être dans le livre (malgré un côté sinistre dès qu'il s'agit de faire du profit) ? Un personnage qui me fait par ailleurs penser à L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d'Oliver Sacks, que je vous recommande si la question des troubles nerveux vous intéresse.

Un livre qui ne ménage pas son lecteur et suscite de nombreuses interrogations, ce que j'ai trouvé très raffraîchissant !

Merci à Denis et aux éditions Buchet Chastel pour cette lecture et la rencontre très sympathique avec l'auteur autour d'un pique-nique !

Les avis de : Livresse, Sophie, Moby Livres, Skritt, Avalon

 

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128 p

Cyrille Martinez, Deux jeunes artistes au chômage, 2011

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10/08/2011

Fantômes victoriens, ou pas

colin_comme des fantomes.jpgComme des Fantômes constitue un recueil pour le moins atypique : présenté comme une anthologie faisant suite à la mort de Fabrice Colin (en réalité tout à fait en forme), ce livre est composé d'une série de textes très divers. Nouvelles, entretien, introductions à l'oeuvre fictive du fictif Fabrice Colin, les variantes ne manquent pas.

J'ai découvert une facette de l'auteur que je ne connaissais pas du tout et qui a éveillé ma curiosité : l'influence des auteurs anglo-saxons sur son oeuvre, son attirance pour des auteurs tels que Lovecraft et Tolkien mais aussi James Matthew Barrie, Lewis Carroll, Virginia Woolf, Kenneth Grahame, sans oublier l'illustrateur Arthur Rackham. Barrie et Carroll occupent une place particulière et reviennent à plusieurs reprises dans le cadre de récits imagés. La plupart de ces textes m'ont beaucoup intéressé, en revanche je reste dubitative quant au passage où Peter Pan se présente en fornicateur d'adolescents suicidaires.

Beaucoup de nouvelles ont le charme mystérieux des contes fantastiques, mêlant des éléments classiques à un univers plus moderne. La présentation générale ne manque pas d'originalité, ni d'humour !

Un livre étonnant, plein de surprises et de passages joliment tournés. Certains textes m'ont davantage marqué : les plus ancrés dans la fantasy me touchent moins que les allusions aux maîtres victoriens. A noter quelques nouvelles dont je garde un souvenir particulier : "Arnarstapi "(autour de l'Alice de Lewis Carroll, dont le chat laisse ses sourires partout) et "Retour aux affaires", sur un homme chargé de débarrasser les vivants des morts encombrants. Si tout ne m'a pas plu, Comme des Fantômes m'a donné envie de découvrir un peu plus l'oeuvre de Fabrice Colin, dont je ne connais pour l'instant que Les Etranges Soeurs Wilcox. Si vous souhaitez me conseiller des livres d'inspiration victorienne ou anglaise, je suis preneuse !

D'autres avis :

Le Vallon Fantastique, Cafard Cosmique, Titine, Adalana, Cachou, Les Riches Heures de Fantasia, Lire ou Mourir, True Blood Addict, Leiloone, Efelle, De l'autre côté du miroir, Thabanne, Lulu Off the Bridge, Bulle de Livre, Elbakin, Ryuuchan, Les Chroniques de l'Imaginaire, Bederom, Falaise Lynnaenne, Sherryn

Merci à Constance de Folio pour cette lecture.

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474 p

Fabrice Colin, Comme des Fantômes, 2008

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23/07/2011

Paris avec Queneau

raymond queneau,connaissez-vous paris,éditions folio,paris,littérature parisHabitant depuis maintenant près d'une dizaine d'années à Paris, je me suis beaucoup attachée à cette ville dans laquelle j'aime flâner pendant mes week-ends ou au cours d'agréables soirées. J'ai donc été curieuse de lire Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau. En réalité, c'est un écrivain que je n'aime pas beaucoup lire mais j'ai pensé que ce petit guide pourrait me séduire par son originalité.

Connaissez-vous Paris ? reprend une série de questions posées par Raymond Queneau aux lecteurs du quotidien l'Intransigeant à l'aube de la deuxième guerre mondiale. Le format adopté dans l'édition d'une sélection de ces questions chez Folio est le suivant : une série de questions sur une page, leur réponse sur la page suivante. Le lecteur peut ainsi jouer le jeu et essayer de répondre aux devinettes de Queneau, qui demandent ceci  dit une bonne connaissance de l'histoire de la capitale.

Ce petit livre satisfera les curieux, en revanche, si vous attendez de Queneau un soupçon d'humour ou des chroniques ludiques, vous serez sans doute un peu déçus par ces questions-réponses assez factuelles.

Par exemple :

"Où se trouve la ruelle Sourdis et que représente-t-elle de particulier ?

La ruelle Sourdis, qui va de la rue Charlot à la rue Pastourelle (dans le 3e), est une des dernières voies de Paris avec ruisseau central. Elle était encore, il y a quelques années, éclairée à l'huile".

A lire petit à petit, peut-être en profitant d'une petite pause lors d'une balade à Paris pour chercher un secret concernant les rues des alentours.

D'autres billets La Grotte des Livres, Homaditha, Malice...

Et pendant que vous découvrez Paris, je vais me promener une fois de plus dans les rues de Londres...

176 p

Raymond Queneau, Connaissez-vous Paris ?, 1936-1938

26/06/2011

La Terreur des Highlands

Imogene.jpgEtape 1

Suis bien arrivée. STOP. Plans top secrets en sécurité dans corsage. STOP. Amoureux secret en vue. STOP.

Etape 2

Mince, ce n'était pas la bonne enveloppe. Pars à la recherche des documents en question.

Etape 3

Compagnon de voyage démasqué et expédié dans l'au-delà (lui ai fracassé le crâne, ne pouvant pas faire usage du pistolet hors d'âge de Daddy).

Shame on me ! Avant de lancer avec Cryssilda le mois Kiltissime, je ne connaissais pas Exbrayat et n'avais pas remarqué que le film Imogène McCarthery était librement inspiré du premier roman de la série.

Imogène McCarthery travaille à Londres, à l'amirauté. Cette fille aux cheveux rouges qui frise la cinquantaine est écossaise et fière de l'être ; elle traite ainsi les Gallois de demi-civilisés, car elle a été à bonne école :

Son père décida de parachever lui-même son éducation. Pour ce, il lui enseigna qu'Adam devait être écossais, car les Ecossais constituaient le peuple le plus intelligent de la terre et le plus aimé de Dieu. Une fois ce principe bien ancré dans l'esprit de la petite, le capitaine lui affirma que, parmi les Ecossais, les habitants des Highlands formaient une classe privilégiée à laquelle ils avaient tous deux la chance d'appartenir. Leurs compatriotes vivant dans les Lowlands et les Borders étaient, certes, de bons et dignes compagnons, mais enfin il leur manquait et leur manquerait toujours cette touche de génie que le plus humble Ecossais des Hautes-Terres apporte en naissant. Quant aux Anglais, ils composaient un agrégat d'individus peu intéressants et qui ne devaient qu'à leur nombre d'avoir pris la tête du Royaume-Uni. Henry-James-Herbert tenait les Gallois pour une peuplade n'ayant pas encore atteint complètement le stade de civilisation où étaient parvenus - non sans effort - les Anglais, tandis que les Irlandais se cantonnaient au plus bas de l'échelle des valeurs britanniques. Au-delà, il y avait la mer et, derrière la mer, le monde des sauvages, quelle que soit la couleur de leur peau. Pour la fillette, ces sauvages se divisaient en tribus dont Paris, Madrid, Bruxelles, Rome se révélaient les centres principaux. (p 6)

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Lorsque, à sa grande surprise, son supérieur hiérarchique lui confie une mission d'agent secret, Imogène se croit de suite investie d'une mission glorieuse et se rêve héroïne au même titre que Rob Roy. Mais elle est également incapable de garder un secret : de suite, elle parle à mots couverts de ce qui lui arrive, avant de partir pour l'Ecosse où elle devra remettre de précieux documents.

Ce roman qui tient tout autant du livre d'espionnage que du livre d'aventures met en scène les rocambolesques péripéties qui, au final, n'empêcheront pas la flamboyante Ecossaise de mener à bien sa mission.

Une excellente surprise que ce petit livre plein d'humour très agréablement écrit ! On s'attache follement à Imogène avec sa mauvaise foi, son chauvinisme excessif, ses fanfaronnades mais aussi son courage et son tempérament impétueux qui lui seront bien utiles.

Quelques faiblesses toutefois (soulignées par Manu dont je partage le ressenti) : Imogène est fleur bleue et passe son temps à penser que les hommes tombent amoureux d'elle, sans jamais remettre en question son jugement, au risque de s'exposer à de grands dangers en faisant confiance à ses ennemis... parfois, Imogène est si sotte qu'on aimerait faire un saut dans le roman et la secouer une bonne fois pour toutes !

On peut également reprocher au livre le caractère répétitif de certaines situations qui reviennent en boucle, les légères variations tenant essentiellement à la façon dont Imogène parviendra à occire le vilain.

Mais ceci n'est rien par rapport à cela et ces quelques reproches que je fais à ce roman n'ont en rien gâché ma lecture, tout à fait délicieuse ! Ce n'est qu'une première pour moi car j'entends bien retrouver Imogène, la terreur des Highlands !

Les avis de The Bursar, Sophy, Soukee, Manu

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191 p

Exbrayat, Ne vous fâchez pas, Imogène !, 1962

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15/05/2011

Un détour en Egypte

cossery_maison de la mort certaine.gif"C'était l'hiver, le terrible hiver de l'Egypte misérable. La journée avait commencé dans l'horreur d'un froid glacial. D'abord, le vent avait harcelé la ville moderne et ses bâtisses en béton armé, pareilles à d'invincibles forteresses. Puis, il avait deferlé comme un sauvage sur les quartiers populaires. Là, aucun obstacle sérieux ne s'opposait à l'énormité de son élan. Il avait pris d'assaut l'infini des masures et rempli les venelles de son souffle dévastateur. C'était un vent glacial, chargé d'une humidité nocive. Il passait à travers les cloisons branlantes des taudis ; il pétrissait les ruines ; il s'enroulait autour d'infâmes décombres, soulevant partout l'odeur pestilentielle de la misère." (p7)

C'est ainsi que s'ouvre le court roman La Maison de la Mort certaine. Aussi, si je vous dis que c'est la merveilleuse écriture d'Albert Cossery qui m'a emportée, vous ne serez sans doute pas étonnés.

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Cette histoire est celle d'une maison, défigurée par une fissure qui inquiète de plus en plus ses habitants, tous locataires et, à l'exception du boueux soucieux de faire des économies, trop pauvres pour déménager. S'attendant à voir la maison s'écrouler et causer leur mort, les voisins exigent une intervention de la part du propriétaire. Mal à l'aise devant eux, inquiet face à leurs enfants trop farceurs à son goût, le propriétaire finit par venir accompagné d'un soi-disant ingénieur, jeune homme auquel il a visiblement demandé de déclarer que la maison était tout à fait saine, en dépit du bon sens. Sommé de visiter lui-même la maison, il entreprend l'ascension des marches branlantes avec inquiétude, découvrant ainsi un sol affaissé et prêt de s'effronder dans l'appartement du dessous, ou encore un appartement auquel il manque tout simplement un pan de mur vers l'extérieur.

Ce sont les conditions de vie de la populaiton misérable de ce quartier égyptien qu'évoque Cossery à travers ce roman que l'on pourrait sans doute qualifier de fresque sociale. Entre l'artiste sans emploi, le menuisier sans client et les autres habitants sans avenir de cette bâtisse moribonde, se dresse le portrait d'une classe oubliée par la société, une classe dont le sort n'intéresse visiblement personne. Un certain fatalisme se dégage de ces pages et pourtant, on est davantage frappé par la richesse du texte et la capacité de Cossery à faire d'une situation dramatique une scène riche en couleurs et invitant au voyage. Un écrivain éloigné de mon univers de prédilection mais que je relirai avec grand plaisir et que je vous invite à découvrir absolument.

Merci à Papa Lou pour la découverte !

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Les photos proviennent du blog Balade égyptienne où vous trouverez de nombreuses photos tout aussi intéressantes.

Les avis d'Enlivrez-vous, Le blog des bouquins, Sybilline

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144 p

Albert Cossery, La Maison de la Mort certaine, 1994

24/11/2010

La Petite Moi

villeneuve-grand paradis.jpgContinuons à lutter contre les chroniques en retard en s'attardant sur un roman intéressant de cette rentrée littéraire 2010, Grand Paradis d'Angélique Villeneuve.

Ayant récemment hérité de souvenirs familiaux jugés encombrants par sa soeur aînée alcoolique, Dominique décide de faire des recherches sur Léontine, dont elle a trouvé à l'occasion trois portraits. Le dernier, le plus étrange, représente cette femme un oeil ouvert, l'autre fermé. Persuadé de tenir là la clef d'un secret de famille et s'ennuyant par ailleurs dans sa vie de fleuriste dont le seul compagnon est un chat à l'estomac fragile, Dominique mène son enquête et découvre que le dernier cliché a été pris par le photographe Albert Londe, co-auteur de la Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, sous la direction du professeur Charcot. Deux histoires parallèles s'entremêlent : celle de Léontine et d'autres malades de la Salpétrière au destin fascinant et si particulier, et celle de la famille de Dominique, qui peu à peu comprend pourquoi elle entretient d'aussi mauvaises relations avec sa soeur et pourquoi son père les a quittées sans jamais leur donner de nouvelles.

albert_londre_salpetriere01.jpgUn roman bien écrit, lu rapidement et avec plaisir, même si je dois avouer que j'ai parfois eu un peu de mal à me représenter la fixation que Dominique fait sur Léontine, au point de partir  subitement à Paris se documenter (à partir d'un portrait dont elle ne sait absolument rien), et surtout la façon dont elle cherche à l'utiliser pour mieux connaître sa propre histoire. Mais malgré mes quelques interrogations, on saisit bien qu'il s'agit d'une âme écorchée qui a besoin de se raccrocher à une autre vie fragile pour se retrouver.

albert_londre_salpetriere02.jpgDeux récits qui pour moi ont peut-être de temps en temps un peu de mal à s'imbriquer mais qui pourtant ne manquent pas d'intérêt. D'un côté une histoire familiale tragique avec des personnages pudiques dont on découvre la sensibilité petit à petit. De l'autre un portrait de femme qui s'appuie sur la Nouvelle Iconographie, donnant à connaître un pan fascinant – et parfois inquiétant – de l'histoire médicale. C'est avant tout l'aspect historique de ce roman porté par une jolie écriture qui a suscité mon intérêt. Un texte touchant à découvrir !

Les avis de CanelCathulu, Clara, Laure, Noryane...

Une fois encore, un grand merci aux Editions Phébus !

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167 p

Angélique Villeneuve, Grand Paradis, 2010

10/10/2010

Où le journalisme rencontre la littérature

desnos-jack-l-eventreur.jpgVoilà mon troisième billet pour le challenge Halloween et déjà ma deuxième rencontre littéraire avec Jack l'Eventreur, à travers la série d'articles de Robert Desnos publiée en 1928 dans Paris-Matinal.

Suite à un meurtre sordide commis à l'époque, Desnos a rédigé cette série d'articles qui n'a visiblement que faire de la rigueur historique ni même de la logique. Ainsi entre la cinquième et la sixième victimes : "Ce jour-là, en effet, à quelques dizaines de minutes d'intervalle, Jack l'Eventreur assassina deux femmes en pleine rue, dans des lieux relativement fréquentés" (p21), puis sur la sixème victime "la pesante mélancolie de la luxure et de ce dimanche pèse sur lui, la satisfaction qu'il a tirée du crime commis quelques heures auparavant est éteinte depuis longtemps" (p25).

Desnos attribue onze victimes à l'éventreur (au lieu des cinq avérées - même s'il subsiste un doute concernant d'autres meurtres). Il attache peu d'importance à la profession exercée par ces femmes, allant même jusqu'à expliquer que la quatrième victime rentrait chez elle en pleine nuit après être allée acheter des cachous, ce qui lui permet d'ailleurs de terminer sur une note poétique : "et le petit paquet de cachous éventré laisse échapper dans la boue les grains noirs de la friandise" (p24). Ou d'une autre, lorsqu'elle rencontre son bourreau : "Sentimentale, l'ivrognesse espéra un baiser" (p13).

Pour qui chercherait un ouvrage historique, ce portrait de Jack l'Eventreur n'est pas recommandé. L'intérêt réside ailleurs. Tout d'abord dans l'écriture admirable, qui jusque dans la description des meurtres reste raffinée et privilégie les tournures poétiques. Une écriture qui, finalement, contribue à élever l'assassinat au rang des beaux arts (De Quincey est également cité) et à faire un portrait souvent romantique de l'insaisissable meurtrier. Enfin, une révélation de taille ponctue ce récit, puisque Desnos prétend avoir rencontré quelqu'un qui se dit l'ami de l'Eventreur et raconte que les assassinats auraient eu lieu suite à un pari stupide. Un portrait du dit éventreur a ainsi été publié dans le journal (et ne figure pas dans mon édition).

Un texte très bien écrit que je vous recommande, même si je regrette qu'il n'ait pas été précédé d'une introduction plus fournie que la postface qui se borne à rappeler dans quel contexte les articles ont été publiés.

"Jack l'éventreur est sans doute mort maintenant, et mort impuni. Il doit reposer dans un de ces calmes cimetières anglais où l'ombre rectiligne des cyprès se prolonge sur les gazons soigneusement peignés et sur des allées monotones. Chaque jour de la semaine s'appesantit davantage sur cette tombe mystérieuse. Les jeunes anglaises qui, pour se rendre au temple protestant ou à l'église, traversent le cimetière, observant devant cette tombe, comme devant les autres un silence recueilli. Et rien ne signale aux hommes que là, dans la paix tellurique, repose celui auquel on peut appliquer le titre de "génie du crime" (citation figurant également dans l'article de Pierre Riffard).

Un avis sur Collectif Ombrages, un article fourni sur Jack l'Eventreur,  et chez les Moutons Electriques, la présentation des Nombreuses morts de Jack l'Eventreur, livre sur le sujet qui me semble intéressant.

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60 p

Robert Desnos, Jack L'Eventreur, 1928

 

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Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde. Plus de précisions en cliquant sur le logo.

Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :

Azilys a fait son baptême de l'air (en balai) avec Sorcière pour l'échafaud,

Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse, avant de les suivre en Corée via le film Thirst (dont je n'ai retenu que le côté esthétique pour éviter les spoilers)

Fleur de Cannelle s'intéresse à la criminologie en Corée avec le film Soul, avant de découvrir six histoires de zombies coréens dans Zombie next door,

Ma complice Hilde a refait un plongeon au collège avec la Solitude du Buveur de Sang (et un Simon qui n'a rien à envier à d'autres vampires prépubères), avant de succomber à l'humour noir et très tentant de Pierre Tombal,

Maggie part à la rencontre de Stoker, Irving et Scott (histoire de démarrer en beauté), avant de prendre une douche en compagnie d'un certain Alfred (attention scoop),

Pink Canary a passé un petit moment de détente avec Dead Sexy,

Soukee suit une formation à la Vampire Academy,

Tristhenya a choisi de rencontrer quelques sympathiques zombies à travers un livre sur le film culte La Nuit des Morts vivants, avant de protéger Los Angeles contre un fléau en lisant Zombie Nation,

Wax a été victime d'un bug car j'avais déjà mis deux liens mercredi vers son blog, puisqu'elle a fait deux petits tours en Asie en compagnie de sympathiques zombies avec Zombie Next Door et rencontré le démon avec Soul,

 

Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :

DeL, Hilde, Pink Canary, Tristhenya (en image et  là aussi)

Eidole

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Soukee

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06/10/2010

Holmes, goule nécrophile et phtisique

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Récemment prise au dépourvu par mes compagnons du moment (de longues minutes d'attente en perspective, et pas de livre dans mon sac - chose exceptionnelle), je me suis retrouvée dans une petite maison de la presse où je ne mets presque jamais les pieds, presque sûre de ne trouver aucun livre susceptible de me tenter. Face à la perspective peu réjouissante que m'offrait le rayon littérature blanche et mon envie absolument nulle de lire un polar à ce moment-là, je me suis tournée vers les deux petits étages consacrés à la SF et au fantastique, où je ne risquais pas de retrouver beaucoup de titres connus et où, sans trop y croire, j'espérais trouver un roman aux influences steampunk (genre que je me promets de découvrir depuis un bon bout de temps maintenant).

Tout ça pour dire qu'après avoir fait le tour de l'ensemble des titres proposés, j'ai jeté mon dévolu sur L'Instinct de l'Equarrisseur de Thomas Day. Me disant que, si je m'avérais finalement totalement réfractaire au genre en question, je ne pourrais pas me reprocher ensuite de ne pas avoir "mis le paquet" en choisissant ce titre en guise de mise en bouche.

1888. Une année bien connue par les mordus d'histoire anglaise et de récits victoriens. Ajoutons un cadre, Whitechapel, et vous aurez sans doute tous compris que nous parlons ici des meurtres commis par Jack l'Eventreur. Alors que les assassinats de l'East End sont perpétrés sous le règne de Victoria, Arthur Conan Doyle est entraîné dans un monde parallèle afin d'assister Sherlock Holmes et le Dr Watson pour venir à bout de crimes sordides qui ont lieu en même temps à Londen. Un périple que l'écrivain aurait volontiers évité et dont il est assez coûtumier depuis qu'il écrit ses récits, à la demande d'un Holmes à la recherche d'un biographe correct. On y découvre un enquêteur "maigre, maladif, (aux) yeux injectés de sang, (à l') allure de goule nécrophile et phtisique tout juste déterrée par des étudiants en médecine sans le sou" (p 324-325). Un assassin royal expert en matière de torture "plus doué pour la mise à mort (...) que pour l'observation et la déduction" (p281). Bref, entre l'Eventreur de Londen et notre héros sanguinaire, la frontière est mince.

Cette incursion dans l'univers de Londen permettra à Doyle d'arrêter à son retour le véritable Eventreur victorien. Le reste ? A vous de le découvrir. Sachez simplement qu'il y est question de la lutte à mort entre Holmes et Moriarty, d'une ville historique de York désertée depuis que les femmes y sont devenues stériles et que les enfants n'en reviennent pas, de Worsh, petits oursons extraterrestres habitant le monde parallèle au nôtre, d'une diablesse rousse nymphomane à tendance nécrophage (voire nécrophile), d'une arche mystérieuse perdue en Amérique du Sud depuis la nuit des temps, d'une allusion au vampirisme à la Erzébeth Bathory et de fortes doses d'hémoglobine (sans forcer sur les descriptions glauques). Sans parler de Jack London et de quelques autres protagonistes célèbres - rien que ça.

Un roman qui pourrait facilement avoir un côté "fouillis" quand on  songe à tous les sujets et personnages évoqués, et qui parvient à mélanger tous ces ingrédients disparates avec succès. Une intrigue bien menée, des personnages loufoques (et des moments très drôles), une plume agréable, moderne et pleine d'humour : un petit bijou pour les amateurs du genre et ceux qui, comme moi, font tout simplement une (toute petite) fixation sur l'époque victorienne !

A consommer sans modération.

Les avis de Cafard cosmique, Fashion, Froggy Delight, La Société Sherlock Holmes de France, Vampirisme, plusieurs avis sur Biblioblog...

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420 p

Thomas Day, L'Instict de l'Equarisseur, 2002

 

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Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde. Plus de précisions en cliquant sur le logo.

Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :

Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse, avant de les suivre en Corée via le film Thirst (dont je n'ai retenu que le côté esthétique pour éviter les spoilers)

Fleur de Cannelle s'intéresse à la criminologie en Corée avec le film Soul, avant de découvrir six histoires de zombies coréens dans Zombie next door,

Tristhenya a choisi de rencontrer quelques sympathiques zombies à travers un livre sur le film culte La Nuit des Morts vivants,

Wax

Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :

 Hilde et  Pink Canary (en image là aussi)

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Tristhenya

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19/06/2010

Le come back du retour du papy tueur

erre_seriez.jpgAprès un silence de plusieurs jours, et ce même si je n'y croyais plus, me revoilà sur ce blog avec des nouvelles de mes dernières aventures, faites de meurtres et de mises en scène macabres dans une maison de retraite. Si vous suivez un peu les dernières parutions, vous vous en doutez déjà : j'ai eu pour guide le facétieux J.M. Erre avec son excellent manuel pratique Série Z. Un certain J.M. Erre que j'avais déjà croisé il y a quelques années en prenant soin d'un chien.

Bon, pour être honnête, j'ai laissé passer deux bonnes semaines entre ma lecture et la rédaction de cette modeste chronique. J'ai depuis lamentablement oublié la moitié de ce que je voulais vous dire, ce qui est bien dommage car je vais maintenant être obligée de broder tout en pensant au ménage et aux cartons qui m'attendent et me perturbent au plus haut point.

C'est l'occasion de faire court (pour une fois). Si la maison de retraite vous déprime à l'avance, jetez-vous sur ce livre dont l'humour potache est loin d'être le seul ingrédient. Bien sûr on rit beaucoup (littéralement, ce qui ne m'arrive presque jamais en lisant un roman - j'ai d'ailleurs dû avoir l'air passablement dérangée dans le métro). Malgré tout, j'ai surtout apprécié la construction du récit : extraits dignes d'un scénario de Série Z, chroniques de blog assorties de leurs commentaires, focus sur des personnages divers et variés, enquête policière, rien ne manque pour multiplier les rebondissements et amuser le lecteur. Un roman (plus) intelligent (qu'il n'y paraît), en souvenir des tomates tueuses sur le retour et d'une moussaka géante aux intentions peu louables. La cerise sur le gâteau : le lecteur fait aussi de brèves incursions dans l'histoire, sous les traits d'un certain M. Hubert C.Poursuivra-t-il sa lecture ? Sera-t-il trop chagriné par les invraisemblances manifestes qui ne manquent pas ? Pour le découvrir, à vous de lire Série Z !

Merci beaucoup aux éditions Buchet Chastel !

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366 p

J.M. Erre, Série Z, 2010

 

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03/06/2010

Quatre mains !

delapre_catalene.jpg22/05/2010

Ma chère Lou,
Tu dois te demander quel est ce petit colis que tu viens de recevoir. C'est le recueil de J. F. Delapré dont je t'avais parlé : il tiendrait presque dans ma main ! J'ai beaucoup apprécié la légèreté de l'écriture, vive, délicate et minutieuse de cet auteur que je ne connaissais pas et l'univers des livres. "Catalène Roca" et "l'homme au manteau de pluie" m'ont surprise et ravie. Et toi ? Dis-moi vite ton avis, je suis impatiente de savoir ce que tu en penses. Les aimeras-tu comme moi ? Vas-tu apprécier ces petites histoires énigmatiques ? Ne sont-elles pas plaisantes à lire...
Bien à toi, Maggie.

27/05/2010

Dear Maggie

J'ai bien reçu ton petit paquet et tu n'avais pas menti, puisque j'ai lu le livre de (... ça commence bien, j'ai oublié son nom et je n'ai pas son livre sous les yeux - coupera-t-on cette partie au montage ?) en quelques minutes, une bonne petite coupure ! Comme nous avons décidé de profiter de nos échanges de mails pour faire notre chronique commune, je me jette à l'eau, même si je compte éviter les digressions victorio-anglo-austeniennes - ce qui, malgré tout, réduit considérablement nos chances de faire croire à quiconque nous connaîtrait un tant soit peu que ces mails ont quelque chose de naturel et de spontané. Celles qui ont récemment introduit chez moi un slat Darcy ou le guide des bonnes manières de Jane Austen diront tout de suite que ce n'est pas crédible (pour quelqu'un qui voulait éviter les digressions j'ai mal commencé, mais je suis en mode digestion après avoir honteusement ingéré un fondant au chocolat).

Bref donc, parlons peu parlons bien (ou du moins parlons du sujet que nous étions censées aborder). Pour les lecteurs qui vont s'immiscer dans notre correspondance (bande de petits sacripants !), nous parlons ici de Catalène Rocca, un très court recueil de deux histoires d'environ 10 pages chacune (dans un tout petit volume). Le héros m'est très sympathique, puisqu'il s'agit d'un libraire. Dans la deuxième nouvelle, il évoque un grand auteur qui se rend chez lui à chaque séjour en France, s'attardant sur une coïncidence amusante, puisque c'est l'auteur du roman favori de son employée, qui ne le reconnaît pas et le prend pour un client normal. En revanche Maggie, puisque ce mail t'est adressé à l'origine, je serais bien curieuse de savoir ce que t'évoque la première nouvelle car le libraire en question m'a tour à tour consternée puis traumatisée (rien de moins !).

Je ne m'explique pas deux choses : entre toutes ses clientes, pourquoi fait-il une fixation sur celle qui se dit éclectique en achetant un polar et un roman à l'eau de rose ? On trouve d'excellents polars et je veux bien croire que certains romans dégoulinant de sentiments, de jupes courtes et de torses imberbes peuvent exercer un pouvoir insoupçonné sur notre imagination (souvenirs émus et - un peu trop - lointains de mon adolescence), mais j'aurais davantage imaginé un libraire soudain obsédé par le seul client du village à chercher une édition rare de l'auteur franchement méconnu que lui-même rêve depuis toujours de faire connaître au monde entier (ou ce genre de chose excessivement cliché). Damn it ! Je comprends mieux pourquoi les libraires me regardent parfois bizarrement quand je m'enflamme en achetant un roman victorien tout juste réédité...

Ou bien s'agit-il du roman qu'elle cherche et qui ne figure dans aucune base de données ? Mouais. Et si je trouve absolument touchant l'intérêt qu'il prend à gérer sa clientèle, j'ai découvert avec horreur qu'il existait également des libraires psychotiques prêts à se rendre au domicile de leurs clients pour les guetter sous des prétextes fallacieux (en trouvant leur adresse grâce à un chèque). Maggie, merci, grâce à toi je penserai désormais à me munir d'argent liquide en librairie et à fermer mon appartement à triple tour la prochaine fois que je succomberai aux appels d'Hercule Poirot (qui me semble tout à fait susceptible de réveiller les troubles obsessionnels compulsifs d'un libraire névrosé, non ?).

En attendant ta riposte, Ta très dévouée Lou !

 

28/05/2010

Ma chère Lou,
Merci pour ton petit mot sur ta lecture du recueil Delapré, évidemment tes commentaires m'ont fait beaucoup rire...
Deux lectrices et deux avis totalement différents ! En effet, en ce qui concerne le libraire au comportement déplacé, suivant sa cliente aux yeux pers, je n'avais pas remarqué tout ce que son attitude pouvait avoir d'obsessionnel ou d'étrange. J'ai lu ce court récit comme la réécriture d'une rencontre amoureuse déçue, inversée : " Je ne vous ai pas encore parlé de ces yeux pers. Il faut commencer par le début. Ses yeux. Ou comment je suis devenu amoureux. Notre rencontre avorta assez vite". Du début à la fin de la nouvelle, il n'y a que déception amoureuse... Une jeune fille qui recherche un livre parlant d'une rupture ou d'un amour brisé, un libraire sachant que la rencontre avec celle qui le fascine n'a pas eu lieu... J'y ai vu, non pas un libraire névrosé, mais un anti-héros et une écriture "déceptive" !
Mon dieu ! Mais avons-nous lu le même livre ? Pourquoi les détails que tu soulignes ne m'ont pas sauté aux yeux ? Et pourtant, je t'assure, il n'est pas dans mes habitudes de suivre des gens ou de lire leur adresse sur des chèques ! Ne serait-ce pas notre cher libraire qui se prendrait pour Sherlock Holmes avec ses déductions ??? N'est-il pas un héros à l'imagination débridée, sensible et curieux ?
Ma chère Lou, il m'est bien agréable de converser avec toi sur cette étrange histoire... Merci, de m'avoir ouvert les yeux sur  le danger de faire des chèques dans une librairie !!!!
Maggie

 

30/05/2010

 

Dear lectrice romanesque & romantique,

Ton point de vue plein de fraîcheur me pousse à faire un mea culpa. Derrière le fantôme d'une histoire d'amour qui aurait pu avoir lieu, je me suis amusée à dénicher les « détails qui tuent », à saisir ce texte poétique et triste pour y porter un regard ironique (mais bienveillant). Je plaide l'overdose de littérature anglaise. J'ai passé un joli moment moi aussi et te remercie une fois de plus pour ce bon moment passé en compagnie d'un amour malheureux (et d'un libraire au comportement louche).

Livresquement,

Lou

PS : je n'aurais pas dû faire de chèque au restaurant coréen où nous avons dîné vendredi. J'ai croisé deux Coréens dans la rue. Je suis presque sûre qu'ils se connaissent. Qu'ils m'épient. Veulent-ils s'en prendre à ma bibliothèque ?

Une lecture partagée avec Maggie (et un livre découvert grâce à elle !).

44 p

Jean-François Delapré, Catalène Rocca, 2010

27/03/2010

Une petite noyade digestive ?

page_parfaite journee parfaite.jpgMalgré le silence des derniers jours, je suis toujours vivante. Phénomène très bizarre à vrai dire, étant donné le nombre de fois où j'ai tenté de mettre fin à mes jours dans un élan de solidarité avec le héros d'Une Parfaite Journée Parfaite. Il faut dire que mon compagnon de voyage de la semaine (qui me suivait jusque sur les quais, en louchant bigrement sur les rails avant l'arrivée du métro) est follement audacieux et plein d'imagination. Pendaison, bombe, arme à feu, mine antipersonnelle, pilules, tout est bon pour arriver au même résultat. Un petit suicide toutes les heures, rien de tel pour rester en forme.

Passé ce préambule, je dois dire qu'en réalité, je suis passée complètement à côté de ce roman dont j'attendais vraiment autre chose. Intriguée, je l'ai été pendant quelques dizaines de pages. J'ai bien sûr savouré certains passages mais mon intérêt s'est rapidement émoussé et j'avoue à ma grande honte avoir rendu les armes page 90 (20 pages avant la fin, mais je n'en pouvais plus). Plutôt que de m'étendre sur ce qui m'a déplu, je vous laisserai méditer sur cette phrase : "Nous voulions changer la société, il aurait été plus facile de caresser un dragon psychopathe shooté au crack" (p42).

D'autres avis en général très positifs (Antigone, avec des réserves ; BarttleBooth; Bibliotheca ; Esterella ; Pickwick ; Sarah).

Et comme je trouve dommage d'avoir aussi peu aimé un livre qui me paraissait très prometteur dans le genre jubilatoire, je lance un petit jeu concours pour gagner ce livre (en état neuf car je suis une vraie maniaque à tendances psychopathes). Pour le gagner, vous avez jusqu'au 15 avril pour décrire votre parfaite journée parfaite (version tragique, comique, trash, en prose, slam, dialogues, courrier...). J'enverrai le livre à celui ou celle qui aura écrit le texte le plus surprenant (parce que ce livre est lui aussi étonnant), et bien sûr je publierai un billet avec une copie de tous vos écrits. Vous pouvez m'indiquer les liens vers vos billets dans ce post, comme ça je m'y retrouverai mieux (ma vie est un vrai chantier en ce moment !).

J'en profite pour lancer une invitation à Pickwick que je connais à travers ma boîte yahoo, pour lui proposer de choisir ensemble notre texte préféré puisqu'elle a lu le livre elle aussi (et l'a même terminé !).

112 p

Martin Page, Une Parfaite Journée Parfaite, 2002

 

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Une caricature de Dessin Cretin.

12/03/2010

New Orleans

leroy_zola jackson.jpgVoilà un titre que j'étais plus que curieuse de découvrir, alléchée que j'étais par le sujet a priori prometteur, avec en tête le souvenir de la déception que m'avait causée Alabama Song - livre dont je me souviens assez peu maintenant d'ailleurs.

Toujours aux États-Unis, nous suivons ici Zola Jackson, retraitée habitant un quartier pauvre de la Nouvelle Orléans en 2005, à l'époque où l'ouragan Katrina s'abat sur la ville et ravage de nombreux quartiers. Zola refuse de quitter sa maison et d'abandonner sa chienne alors que l'ouragan approche. Du départ de ses voisins à l'attente des secours une fois le quartier innondé, nous suivons Zola qui tente de survivre tout en se remémorant les moments vécus avec son fils.

Autant Alabama Song m'avait laissée perplexe, autant Zola Jackson m'a entièrement séduite. J'ai apprécié la construction habile et les allers et venues entre passé et présent qui s'enchaînent sans heurt. Gilles Leroy parvient aussi bien à rendre compte de l'enfer qu'ont vécu les habitants de la Nouvelle Orléans (et plus particulièrement ses quartiers pauvres) que l'angoisse et les souffrances d'une héroïne qui ne se remet pas de la perte de son fils. La petite histoire imbriquée dans la grande forment un ensemble cohérent, avec un roman qui constitue à mon sens une vraie réussite, aussi bien sur le fond que sur la forme.

Un récit riche en enseignements qui ne manquera pas de toucher ses lecteurs. Le tout servi par une plume savoureuse... Pour moi, un livre coup de poing (même si c'est une expression dont je ne suis pas friande) !

Les avis de Matoo, Fashion, Amanda, Cathulu.

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139 p

Gilles Leroy, Zola Jackson, 2010

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28/02/2010

Beaucoup d'orgueil et encore plus de préjugés

assouline_le-portrait.JPGVoilà un livre que Titine, Cryssilda et moi avons reçu pour le swap Peinture et Littérature, cadeau que nous avons eu envie de transformer en lecture commune. Ce roman m'avait intriguée à sa sortie, j'étais donc très contente de pouvoir me faire enfin ma propre opinion. Je regrette d'autant plus ce que je vais maintenant faire : un billet plutôt exaspéré qui risque bien de frôler la caricature - je m'en excuse d'avance, surtout auprès de l'adorable Nanne qui a eu la gentillesse de m'offrir ce roman, et que je remercie encore pour cette découverte malgré la rencontre manquée.

Il y est question de la baronne Betty de Rothschild qui, à sa mort, intègre son portrait peint par Ingres en 1848 et se retrouve dès lors dans une position privilégiée d'observatrice de ses enfants, puis de nouvelles générations. L'idée est sympathique, le sujet prometteur. Le tableau traverse les époques, connaît les musées, la seconde guerre mondiale, les salons mondains, ce qui devrait a priori offrir au lecteur un tableau des plus croustillants, passionnants, intelligents, que sais-je... enfin quelque chose en somme.

A partir de là, que de déconvenues ! Certes, Pierre Assouline écrit bien. On peut également souligner l'intérêt de quelques passages, comme cette période où la baronne observe les visiteurs d'un musée. On croise également de grandes figures, tels Balzac, Chopin et Heine.

Malheureusement, cette lecture s'est avérée d'un ennui mortel pour la pauvre lectrice que je suis ; je n'y ai vu qu'accumulation de noms et de titres, anecdotes répétitives et finalement, beaucoup plus de souvenirs (qui pour moi ne suivent pas non plus les chemins hasardeux de la pensée) que d'observations savoureuses faites par la nouvelle Betty en tableau. De nombreux passages semblent plus ou moins tirés de manuels d'histoire ou de chroniques mondaines (car Assouline a vraisemblablement fait un travail  de recherche sérieux). Le tout ressemble à un assemblage disparate auquel l'auteur ne parvient pas à donner une quelconque direction, ni un véritable intérêt.

Enfin, j'ai été particulièrement gênée par les constantes allusions de la baronne à sa religion. Si j'en crois ce livre, en résumé, la baronne de Rothschild était riche, et juive (au final je ne retiendrai que ça, à l'exception de son influence dans la société mondaine, c'est un peu léger). Ces deux constantes sont lourdement rappelées à longueur de temps par une Betty rendue antipathique par ses remarques creuses et une tendance à se placer en fausse victime, attitude que j'ai rapidement trouvée insupportable. Dommage de résumer ce personnage à cela !

Alors que la baronne explique que dans sa famille, l'on se devait d'épouser un Rothschild ou, à défaut de mieux, une personne de confession juive, elle dit ensuite au sujet d'une noblesse frileuse vis-à-vis des "Israélites": "et si une société sans mélange s'avérait être une société sans éclat ?" (p81). Passons l'incohérence, mais pourquoi revenir sans cesse sur les mariages entre cousins, oncles et nièces et autres de la famille ? La réponse est sans doute là : "Quand cesseront-ils de nous imaginer en autant de Lilith au vagin denté ? Nous sommes comme les autres, seulement un peu plus." (p129)

Bref, ce livre dessert cette pauvre Betty de Rothschild qui, peut-être, aurait été plus à même de se présenter avec moins d'a priori et d'opinions convenues. Une vraie déception, je ne le recommande absolument pas.

Egalement lu par Titine, dans le cadre d'une lecture commune, et par Malice, Wictoria, clochemerle, Tania, Liliba, Jules , Joelle

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319 p

Pierre Assouline, Le Portrait, 2007