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25/05/2013

Francis Dannemark, Histoire d'Alice

dannemark_Histoire-dAlice-qui-ne-pensait-jamais-à-rien-Francis-Dannemark.jpgMon blog somnole depuis quelque temps, mais c'est pour mieux préparer le Mois anglais... car je voyais bien que sans quelques billets écrits à l'avance je serais peu présente pour ce fabuleux voyage en votre compagnie. Voici donc la dernière chronique à venir avant le début des festivités de juin, les autres billets non anglais suivront début juillet.

Mes amis, aujourd'hui je vous parlerai d'un livre léger mais fort plaisant, parfait pour vos séances de plage à venir et les journées pluvieuses qui s'annoncent encore en ce mois de novembre mai. Il s'agit d'Histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un) de Francis Dannemark – dont on parle en ce moment sur la blogosphère et qui a été mis en avant par la libraire présentée lors de la dernière émission de La Grande Librairie (23 mai). 

Lorsque débute le roman, Paul vient de perdre sa mère et, à l'occasion des funérailles, rencontre enfin sa tante Alice, âgée de soixante-treize ans. C'est l'occasion pour lui de renouer avec une parente qui a connu sa mère pendant ses jeunes années et rapidement, une certaine complicité s'instaure entre la tante et son neveu. Alice a mené une existence mouvementée, c'est une casanière contrariée qui, par la force des choses, a passé sa vie à voyager et vivre à l'étranger en épousant l'un après l'autre des hommes de diverses nationalités et d'horizons variés. Elle a ainsi résidé de nombreuses années en Angleterre mais découvert d'autres continents et sillonné la Méditerranée en bateau. Au fil de chapitres portant le nom des  hommes de sa vie, nous suivons paisiblement Alice dans ses aventures et traversons la deuxième moitié du XXe siècle. Un livre agréable, qui se lit très facilement, même si je dois avouer à regret qu'il ne me laissera sans doute pas un grand souvenir (je me rends compte que quinze jours ou trois semaines après la lecture je me perds déjà dans les nombreux maris !). C'est tout de même frais, nostalgique, avec un petit côté britannique (aussi dû au beau nom d'Alice), ce qui n'était pas pour me déplaire ! Une lecture "cocooning" et charmante, idéale pour se changer les idées ! 

Merci beaucoup à Francis Dannemark qui m'a proposé de rencontrer Paul et Alice (et merci pour le petit mot, une délicate attention qui m'a fait très plaisir !), et aux éditions Robert Laffont. 

D'autres billets de blogueurs souvent tombés sous le charme des personnages (les premiers apparus dans ma recherche en ligne, mais ils sont si nombreux... et je découvre quelques blogs au passage) : Cachou, Val, Keisha, Syl, Encres Vagabondes, Laura, Anne (Des Mots et des Notes)...

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185 p

Francis Dannemark, Histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un), 2013

18/05/2013

Pierre Louÿs, Les Soeurs à l'Envers

louys_soeurs a lenvers.gifPoussée par la curiosité, j'ai récemment lu Les Soeurs à l'envers et autres textes inédits de Pierre Louÿs. C'est le troisième livre sulfureux d'auteurs dits classiques à être chroniqué par ici, à la suite de Josefine Mutzenbacher, Histoire d'une fille de Vienne et Oscar Wilde, Teleny.

Né en 1870 (je m'appuie sur la préface de mon édition, par Alexandre Dupouy) dans une famille de magistrats, Louÿs perd sa mère très jeune et voit son éducation confiée à son demi-frère Georges, dont il restera proche toute sa vie. Des doutes subsistent quant à la vraie nature de leur relation : Georges aurait pu être le père de Louÿs, étant d'un âge proche de la mère de celui-ci tandis que le père officiel était beaucoup plus âgé. Louÿs lui dédicace ainsi les Aventures du Roi Pausole en écrivant « Pour Georges. Son fils aîné ». Il connaît le succès à vingt-six ans avec Aphrodite, puis La Femme et le Pantin et Les Aventures du roi Pausole. Puis il s'isole, devient un bibliophile accompli mais y perd tout son argent et meurt à cinquante-cinq ans pauvre, « épuisé par la drogue et la maladie ». C'est le premier à attribuer la paternité de certaines oeuvres de Molière à Corneille. Les succès de l'époque ont été oubliés, mais depuis, ce sont les innombrables textes érotiques voire pornographiques de Louÿs qui ont été découverts (vendus par son épouse et son secrétaire) et que l'on connaît aujourd'hui, du moins de réputation. Sont également découverts ses catalogues (tel celui où il dresse des observations « ethnologiques sur les Parisiennes des classes inférieures » et les classe en diverses catégories selon leurs préférences sexuelles, ou la liste chronologique et détaillée de ses propres exploits).

Les textes contenus dans Les Soeurs à l'envers s'inscrivent dans cette deuxième catégorie de l'oeuvre de Louÿs. Très crus, très explicites et dérangeants (protagonistes particulièrement jeunes, inceste, scatophilie... !), ils se succèdent sous des formes différentes (courtes pièces, catalogues) et sont entrecoupés de photographies érotiques de l'époque. Dans certains cas, l'écriture est soignée, le texte littéraire (« Les Soeurs à l'envers », « Elle savait des raffinements »), dans d'autres, Louÿs emploie un langage populaire et vulgaire, la seule finalité du texte tient au caractère pornographique. Ce qui est certain, c'est qu'en la matière, il est difficile de dépasser en audace et en provocation les auteurs dits « classiques » (Bret Easton Ellis perd tout à coup de son caractère osé et trash) !

Si je n'ai pas adhéré au fond j'ai trouvé que les éditions de la Musardine avaient fait un réel travail pour valoriser ces différents textes, entre la préface et la postface, les notes détaillées sur les diverses publications érotiques de Louÿs, les insertions de photos des manuscrits d'origine et les photographies du XIXe/début XXe.

Merci aux Editions de la Musardine pour cet envoi.

A noter ici un article de Miss Pandora sur Liane de Pougy, que fréquentait Pierre Louÿs.

221 p

Pierre Louÿs, Les Soeurs à l'envers et autres textes inédits.

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07/05/2013

Daniel Pennac, Au Bonheur des Ogres

pennac-au-bonheur-des-ogres.gifDaniel Pennac est un des auteurs qui ont marqué ma folle jeunesse grâce à sa fabuleuse série sur Kamo, lue et relue il y a bien des années. J'ai été heureuse de le retrouver il y a dix ans (déjà!) avec son très sympathique Comme un roman (qui donne encore plus envie de lire au lecteur avide et m'avait en l'occurence remonté le moral un jour où j'étais clouée au lit) et l'amusant La Fée Carabine. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il m'arrive bien souvent de planter là un auteur dont je pense beaucoup de bien pour la bonne raison qu'un livre d'un autre genre pointe le bout de son nez, puis un deuxième, puis un troisième, si bien qu'à la fin les projets de lecture initiaux en sont bouleversés.

Trouvant peu de temps pour moii et constatant ma grande difficulté à me concentrer ces dernières semaines, j'ai fait récemment le pari d'emporter avec moi Au Bonheur des Ogres dans de sauvages contrées (certains sauront reconnaître le lieu en question et en frémiront sans aucun doute). Revenons-en à nos moutons, ou plutôt à nos chiens puants dans le cas précis, le miracle a eu lieu et je suis parvenue à lire en un temps record  pour ma condition actuelle de ramollie du bulbe cet amusant récit.

pennac-au bonheur des ogres.jpgLe personnage principal de ce roman et de  ceux qui suivent est Benjamin Malaussène, affecté au contrôle technique d'un grand magasin, fonction classique qui cache un emploi bien plus ingrat : bouc émissaire. Dans ce charmant magasin parisien, aucun contrôle technique n'est jamais effectué. Ainsi, lorsqu'un réfrigérateur se met à incinérer un repas de Noël et à brûler les sourcils de sa propriétaire ou lorsqu'un lit cède sous le poids d'un colosse à la première utilisation, Malaussène endosse le rôle du contrôle technique tellement pitoyable et râté qu'il parvient à faire retirer la plupart des plaintes des clients. Mais alors qu'il sillonne le magasin en cet hiver particulier, une première explosion se produit, faisant un mort. Elle sera bientôt suivie de plusieurs autres. Benjamin étant toujours  sur les lieux, il est rapidement suspecté. Et franchement, il n'avait pas besoin de cet ennui supplémentaire, entre sa mère toujours partie avec de nouveaux amours, tous ses frères et soeurs à élever (difficile alors que l'une joue les voyantes ou que l'autre dessine des ogres de Noël qui inquiètent l'école et collectionne les photos de travestis à Boulogne), sans parler d'un chien épileptique qui aurait grand besoin d'un bain.

Je suis ravie d'avoir jeté mon dévolu sur ce roman qui a enfin su me happer (ce qui n'était pas évident visiblement car ces derniers temps j'ouvre un livre pour le reposer dix pages plus tard). C'est drôle, les personnages sont hauts en couleur, le héros est décalé... on passe un très bon moment à démasquer le poseur de bombes. Si je suis cette fois-ci mon idée je ne tarderai pas à relire La Fée Carabine et à découvrir enfin La Petite Marchande de Prose, depuis longtemps dans ma PAL et si souvent croisé au CDI du collège ou sur les listes de lectures recommandées à cette tendre époque.

Merci à Lise pour cette découverte faite dans le cadre du challenge du Prix Campus, un partenariat  des éditions Folio avec Cryssilda, Titine et votre fidèle et dévouée dans le cadre duquel nous avons pendant plusieurs mois parlé de moult beaux titres issus de la liste des candidats en lice, à travers les billets du challenge et plusieurs concours. Pour un recap des liens (hors concours et billets de présentation) et si vous cherchez quelques idées de lecture, vous pouvez faire un petit tour par là. J'en profite pour dire un grand merci à  Nathalie, Céline et Maggie qui ont elles aussi contribué aux nombreux billets.

Et c'est une première participation au challenge Daniel Pennac de George... j'ai mis en avant une ancienne couverture car je trouve la nouvelle bien moins réussie.

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04/01/2013

André Gide, La Symphonie Pastorale

gide_la-symphonie-pastorale_couv.jpgIl est souvent amusant de relire un roman, une nouvelle après quelques années. Je me suis ainsi risquée à relire Matilda de Roald Dahl début novembre et me suis absolument régalée (c'était un de mes romans favoris il y a... quelques années dirons-nous) – je ferai normalement un petit billet bientôt. En décembre, j'ai renouvelé l'expérience avec La Symphonie Pastorale d'André Gide, lu alors que j'avais à peu près la moitié de mon âge actuel. Et cette fois-ci, mes impressions de lecture sont très différentes, au point que je n'ai pas le sentiment d'avoir lu le même roman !

Moi-même il y a quinze ans : La Symphonie Pastorale décrit la rencontre entre un pasteur et Gertrude, une jeune aveugle qui a grandi auprès de sa grand-mère sourde et vit pratiquement à l'état sauvage. Le pasteur va apprivoiser Gertrude, l'instruire, l'ouvrir au monde qui l'entoure. Entre eux naît un amour puissant mais lorsqu'une opération permettra à Gertrude de recouvrer la vue, celle-ci préfèrera au pasteur son fils plus séduisant. Cruelle situation, fille superficielle, pauvre pasteur ! (Voilà du moins le souvenir que j'en gardais).

 Et aujourd'hui : le pauvre pasteur dont le sort me peinait adolescente m'est apparu comme un lamentable pleutre, intellectuellement malhonnête, fat. Dès ses prémisses, la relation entre les deux personnages repose sur la grande hypocrisie du pasteur : celui-ci propose généreusement de recueillir la pauvre orpheline à la mort de sa grand-mère, geste d'autant plus altruiste qu'il ne l'engage que pour les quelques heures qu'il envisage de consacrer à son éducation. Celle qui voit sa charge de travail s'alourdir au sein du foyer est son épouse Amélie, qui déjà ne compte pas son temps entre la tenue du foyer et leurs nombreux enfants.

Puis il profite des heures consacrées à l'éducation de Gertrude pour lui livrer une vision du monde partielle et, le temps passant et son intérêt pour la jeune fille grandissant, tournée à son avantage. Ainsi il ne lui cite que les passages de la Bible qui justifient leur relation et fait preuve d'une infinie mauvaise foi lorsque Gertrude lui dit que son épouse est malheureuse du fait de leur amour : « elle serait triste sans cela, protestai-je d'une voix mal assurée. Il est de son tempérament d'être triste » (p124). Mais il est loin d'avoir bonne conscience et craint plusieurs fois que les paroles de Gertrude ne soient entendues : « (elle) cria presque ces derniers mots, de sorte que je fus gêné à l'idée qu'on la pourrait entendre du dehors » (p147).

Juge sévère lorsqu'il s'agit des autres, sur sa femme il écrit : « de même que l'âme heureuse, par l'irradiation de l'amour, propage le bonheur autour d'elle, tout se fait à l'entour d'Amélie sombre et morose » (p115), Amélie qui cultive « les soucis de la vie » (p116). N'oublions pas le contexte et relativisons la faute de cette pauvre Amélie, dont le misérable égoïste refuse de voir le malheur.

C'est ainsi Gertrude qui lui dépeint clairement l'état des choses après avoir recouvert la vue et regrette sincèrement le mal fait à Amélie : « Mon ami, mon ami, vous voyez bien que je tiens trop de place dans votre coeur et votre vie. Quand je suis revenue près de vous, c'est ce qui m'est apparu tout de suite ; ou du moins que la place que j'occupais était celle d'une d'autre et qui s'en attristait. Mon crime est de ne l'avoir senti plus tôt ; ou du moins – car je le savais bien déjà – de vous avoir laissé m'aimer quand même. Mais lorsque m'est apparu tout à coup son visage, lorsque j'ai vu sur son pauvre visage tant de tristesse, je n'ai plus pu supporter l'idée que cette tristesse fût mon oeuvre... Non, non, ne vous reprochez rien ; mais laissez-moi partir et rendez-lui sa joie » (p144-145). Le contraste entre le pasteur et les femmes qui l'entourent est vraiment saisissant.

prix-campus-lecteurs-Logo.jpgUn court récit sur lequel il y aurait beaucoup à dire encore. Et le plaisir à la lecture ? Modéré la plupart du temps (alors que je gardais un très bon souvenir de ma première lecture), mais ce récit m'a donné matière à réflexion.

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150 p

André Gide, La Symphonie Pastorale, 1925

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barbery_elegance herisson.jpgEt puisque ce livre entre dans le Challenge du Prix campus, j'en profite pour faire un petit clin d'oeil à un autre texte français de la liste déjà chroniqué par ici, L'Elégance du Hérisson de Muriel Barbery. Je garde le souvenir d'un roman sympathique, fort plaisant à lire mais désespérément cliché et en relisant mon billet c'est tout à fait ce que j'en disais il y a quelques années. "Voilà ce qui pourrait être insupportable dans ce roman : le défilé de caricatures et de situations plus grotesques les unes que les autres. Résumons : les pauvres sont gentils et saisissent à leur manière le sens de la vie. Les riches sont bêtes et méchants. Les pauvres doivent rester à leur place. Les fils de riche sont des débiles profonds mais font des études prestigieuses. Les écoles et l’Université en prennent pour leur grade. Pour résumer, les étudiants sont des petits bourgeois prétentieux arriérés. Les concierges doivent passer pour des abruties finies quoi qu’il leur en coûte. Sans compter qu’une concierge qui ne serait pas laide et ne ferait pas de cassoulet pourrait peut-être passer pour un agent du FBI tant elle serait improbable. Histoire de ne pas trop bouleverser les vieux clichés. Je dirais même qu’à force d’excès de zèle on dépasse même les pires des clichés." (voir mon ancien billet sur le lien ci-dessus pour le florilège de caricatures, qui vaut son pesant de cacahuètes) Mais "Ce roman est un hommage à l’art, à la littérature et à la vie. (...) Le fin le dispute à l’absurde. Quête philosophique, petit traité d’humanité, ce livre m’a au final beaucoup touchée." Et vous, l'avez-vous aimé ?

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Petit recap des billets du challenge du Prix Campus, organisé par Titine, Cryssilda et ici-même en partenariat avec les éditions Folio :

Nathalie (Chez Mark et Marcel) a lu La Métaphysique des Catastrophes de Marisha Pessl, Les Détectives Sauvages de Roberto Bolaño,

Maggie a lu Le Bruit et la Fureur de William Faulkner,

Céline a lu Au Bonheur des Ogres de Daniel Pennac,

Cryssilda a parlé de L'Elégance du Hérisson de Muriel Barbery, de Sur La Plage de Chesil de Ian McEwan, de Novecento : pianiste d'Alessandro Baricco,

Titine a parlé de Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal, du Seigneur des Porcheries de Tristan Egolf, de La Promesse de l'Aube de Romain Gary, de Novecento : pianiste d'Alessandro Baricco,

Ici, je vous ai parlé de L'Ami retrouvé de Fred Ulhman, de Sur la Plage de Chesil de Ian McEwan, de Novecento : Pianiste d'Alessandro Baricco et fait un clin d'oeil à La Reine des Lectrices d'Alan Bennett, à Bienvenue au Club de Jonathan Coe,

Le challenge se poursuit finalement jusqu'à fin mars 2013, bien sûr n'hésitez pas à vous joindre à nous en cours de route si vous souhaitez participer avec un billet.

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la symphonie pastorale,andré gide,challenge prix campusEt voici les résultats du concours pour gagner Novecento : Pianiste d'Alessandro Baricco. C'est Perrine qui a remporté ce livre, bravo à toi (pense à m'envoyer ton adresse) ! Et merci aux autres participantes !

09/11/2012

Les 1001 épitaphes les plus drôles

9782749127835.JPGEn voyant le titre je pensais qu'un amateur de cimetière avait pris note des épitaphes cocasses et s'amusait à les regrouper pour notre plus grand plaisir. En réalité, Philippe Héraclès a inventé ces phrases d'au revoir dans un petit guide proclamant "tout pour réussir sa période décès". Ayant un goût prononcé pour l'humour noir j'ai ouvert ce livre avec curiosité et, ma foi, je l'ai trouvé assez sympathique. Il est certain qu'il y en a pour tous les goûts avec ce florilège de messages posthumes.

Le format du livre est original puisqu'il s'agit d'une tombe (vous serez ainsi prévenus) ; les épitaphes figurent sur des tombes aux formes diverses et variées.

Quelques extraits pour la route (qui sera longue) :

"Aidez la sécurité sociale à s'en sortir Faites comme moi"

"La mort : championne de course à pied... elle rattrape tout le monde !"

"On peut s'éteindre sans avoir été une lumière"

"J'ai enterré ma vie de garçon"

"Au plaisir de vous revoir"

Merci aux éditions Cherche-Midi pour ce condensé d'humour noir approprié en cette période !


Dans le cadre du challenge Halloween co-organisé avec mon amie Hilde. Dernier jour demain !

253 p

Philippe Héraclès, Les 1001 épitaphes les plus drôles, 2012

20/10/2012

Daniel Vaxelaire, Les Buveurs de Sang

challenge halloween,sitarane,saint-ange,les buveurs de sang,daniel vaxelaire,sorcellerie,la réunion,magie vaudou,océan indienIl y a quelques semaines, j'étais à la Réunion pour des vacances un peu spéciales... une île magnifique, des Réunionnais très accueillants, ce voyage a été pour Mr Lou et moi un immense coup de coeur. J'en ai profité pour découvrir la littérature locale : mon choix s'est porté notamment sur Les Buveurs de Sang de Daniel Vaxelaire, ce qui me donnera l'occasion de vous parler de la légende de Sitarane pour notre arrêt africain – certes le récit se passe à la Réunion mais les influences africaines et la magie noire faisant clairement partie du récit, je me permets de prolonger mon vol de quelques heures.

Début du XXe. Un bande de voleurs terrorise le Sud de la Réunion. Malgré les cadenas, les barres, les protections multiples, les voleurs parviennent à s'introduire dans les maisons, les victimes dormant profondément et ne se réveillant que le lendemain. Ainsi une légende court au sujet des voleurs, d'autant plus qu'on retrouve quelques coq égorgés au coin des carrefours, signes de pratique de magie noire. Saint-Ange est le meneur de la bande, son gourou. Il s'octroie un droit de cuissage, recrute et décide des couples qui devront se former, impose des rituels stricts, des jeûnes, quelques cérémonies traumatisantes pour asseoir son autorité. Au sein de la bande, Sitarane va jouer les gros bras :on le recrute pour assurer la sécurité du groupe. Mais un soir une victime se réveille, et Sitarane l'assassine sauvagement. Ce sera le premier de trois meurtres au cours desquels la bande recueillera du sang afin de le boire en « sirop de cadavre ».

Sitarane est retrouvé avec ses complices et exécuté (alors que Saint-Ange, plus malin, parviendra à éviter l'échaffaud). Sa tombe, située à St Pierre, au sud de l'Ile, fait aujourd'hui l'objet de cultes sataniques : on prétend que Sitarane pourrait aider les malfaiteurs et criminels dans leurs entreprises et ceux-ci viennent lui déposer des offrandes. Il paraît même que le rhum laissé là la nuit disparaîtrait avant le petit matin...

Voici un article sur l'affaire, un autre sur Sitarane, un dernier sur la sorcellerie à la Réunion. J'ai appris en discutant avec une Zoreille (métropolitaine) installée depuis un certain temps à la Réunion que le vaudou occupe une place importante dans la culture réunionnaise : nombreux sont les foyers où l'on trouve des poupées vaudoues ; quant aux sacs en plastique volant dans les carrefours, mieux vaut les éviter car les familles d'origine malgache y jetteraient de mauvais sorts (quand j'ai dit ça à Mr Lou il m'a dit « tiens justement on s'est pris un très gros sac en plastique sur le pare-brise dans un carrefour, je me suis demandé ce qu'il faisait là ! »).

Malgré les risques encourus je serais bien restée plus longtemps perdue dans l'Océan indien... à ce sujet j'ai prévu d'ici la fin de l'année plusieurs billets sur la Réunion et l'Ile Maurice, si quelques lectures communes vous intéressent n'hésitez pas à me laisser un petit mot.

challenge halloween,sitarane,saint-ange,les buveurs de sang,daniel vaxelaire,sorcellerie,la réunion,magie vaudou,océan indienC'était une nouvelle étape halloweenienne dans le cadre du diabolique voyage co-organisé avec  Hilde la Maléfique.

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260 p

Daniel Vaxelaire, Les buveurs de Sang, 2008

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08/10/2012

Olivier Cohen, La Fiancée de Dracula

je m'appelle dracula, olivier cohen, dracula, bram stoker, vampires, littérature jeunesse, roman français, paris, venise, je bouquine, la fiancée de dracula, challenge halloweenIl y a trois ans, je relisais avec délectation Je m'appelle Dracula, récit dans lequel le comte rédige ses mémoires afin de réfuter les abominables accusations contenues dans le récit de Bram « Stocker » (au sujet du « c » incongru je vous invite à lire mon billet sur ce premier opus pour me voir pérorer un peu).
Je commandais quelques jours plus tard la suite, « La Fiancée de Dracula » (que je ne pense pas avoir lu dans ma prime jeunesse) et voilà le résultat : il faut attendre la 3e édition du challenge Halloween pour que ce livre sorte de ma PAL !
Toujours réfugié dans le marais, Dracula alias Jacques Dracole (admirez l'art du camouflage) tente de mener une vie normale, si tant est que cela soit possible pour un vampire, et tient une galerie à Paris. Il y fait la rencontre d'Albertine qui semble immédiatement séduite par le sombre et séduisant comte, qui l'invite à dîner dans sa maison du Marais. Tous deux amoureux, Dracole et Albertine se fréquentent régulièrement et multiplient les promenades romantiques, en dépit de la peur que la jeune femme éprouve en présence de son fascinant compagnon.
Malheureusement l'affreux Van Helsing (curieusement ce type-là ne m'a jamais été particulièrement sympathique) poursuit toujours Dracula et convainc la police de l'aider à anéantir le monstre. Pour s'échapper, Dracula n'hésitera pas à s'enfuir avec Albertine à Venise... la suite, vous la connaîtrez si vous vous laissez aussi tenter par cette lecture !
J'ai dévoré ce court roman de jeunesse très agréablement écrit mais il m'a moins séduite que « Je m'appelle Dracula », peut-être parce que j'avais savouré la première fois les nombreux clins d'oeil au roman de Stoker. En tout cas, une lecture bien agréable qui vient à point nommé pour fêter ensemble Halloween.

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 organisé ici et chez la diabolique Hilde

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92 p

Olivier Cohen, La Fiancée de Dracula, 1985
(j'ai donc fait une erreur en indiquant la date de publication de « Je m'appelle Dracula », j'ai dû retenir celle de l'édition Je Bouquine).

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11/09/2012

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la Nuit

vigan-rien ne s'oppose à la nuit.jpg(Billet programmé, comme les suivants, je serai heureuse de vous lire et de vous répondre à mon retour... ce mois-ci je suis en vacances, partie en lune de miel)

Un an après sa sortie, je viens de lire Rien ne s'oppose à la Nuit de Delphine de Vigan grâce à  Leiloona qui a proposé d'en faire une chaîne de lecture. [Attention texte à spoilers]

J'ai abordé ce roman sans a priori particulier, sans véritable attente non plus. J'essaie autant que possible de me défaire des avis d'autres lecteurs lorsque certains livres rencontrent un grand succès car j'ai remarqué que (sans doute par pur esprit de contradiction) je suis souvent déçue en ouvrant les livres encensés. Je ne sais pas si l'on peut dire que j'ai pris une claque en ouvrant ce livre mais il est certain que c'est une lecture qui m'a fait une profonde impression et que je ne suis pas prête d'oublier.

Delphine de Vigan a entrepris d'écrire ce récit suite au suicide de sa mère. La première scène, très forte, est à la fois sublime et violente : « Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tachées d'encre, au pli des phalanges. » (p13) Cette phrase résume en quelque sorte mon impression : comment retraduire un moment aussi effroyable par un si beau passage, presque irréel ?

A travers ce texte, Delphine de Vigan mène un double récit : celui de la vie de Lucile, sa mère, mais aussi, au fur et à mesure que Lucile grandit et devient femme, le récit de sa propre vie, dans la relation compliquée que la narratrice entretenait avec sa mère.

La première partie est consacrée à la famille de Lucile, le couple que formait ses parents, leur volonté d'avoir de nombreux enfants, les premières années passées à Paris non loin des Grands Boulevards, les séances photos pour ces enfants si beaux, les folles dépenses puis le déménagement, les nombreuses vacances en famille et petit à petit, les tragédies : d'abord la mort d'Antonin, petit frère encore tout jeune tombé dans un puits, et plus tard plusieurs suicides (d'aucuns parleraient d'un pacte du suicide dans la famille). Au fur et à mesure, la façade se craquèle et la famille idéale laisse place à une version plus sombre, plus torturée d'elle-même, avec, au centre, le père Georges qui semble-t-il abusait de ses filles.

La jolie Lucile si tranquille et mystérieuse commence à montrer ses failles ; la rébellion et l'excentricité laisseront peu à peu place à la maladie, Lucile souffrant de bipolarité. C'est une mère aimante pour Delphine et Manon, mais une mère peu conventionnelle qui les laisse peindre sur les murs, s'enferme pour fumer de l'herbe, menant une vie bohème en marge des valeurs et du mode de vie bourgeois dont elle est issue. Puis Lucile devient dangereuse pour elle-même et pour les autres ; commencent alors les périodes d'internement, de cures, de guérison et de rechute. La relation de Lucile avec ses filles est compliquée ; elle est faite d'amour, de maladresse, d'angoisse et de tension,  les rôles sont souvent inversés entre mère et filles et pourtant, en dépit de sa vulnérabilité, Lucile fait de son possible pour être une bonne mère. Si j'ai d'abord préféré la première partie pour la photographie d'une certaine époque qui y figure, j'ai été extrêmement touchée par la fin du récit, lorsqu'on voit cette femme pleine de volonté que la vie n'a pas épargnée se battre pour refaire surface et être auprès de ses enfants. Delphine de Vigan a su décrire des scènes dures sur sa mère tout en lui conférant une aura particulière, une sensibilité et une volonté admirables. C'est au final un magnifique portrait de sa mère qui nous est donné, un bel hommage vibrant d'amour sans pour autant sombrer dans le sentimentalisme. Suivant un crescendo impitoyable, nous accompagnons Lucile lors de ses derniers jours – sa fin m'a réellement touchée et mis les larmes aux yeux tant j'aurais aimé qu'elle ait encore envie de vivre (et j'ai dû sortir les mouchoirs deux ou trois fois seulement durant ma vie de lectrice). Sans aucun doute ce livre fait partie pour moi de ceux qui vous suivent longtemps après, les livres de toute une vie et non du moment.

Autres avis : Alice, Fleurs de Mots, Et Hop dans mon sac, Clara,

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437 p

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit, 2011

08/06/2012

A l'ombre des classiques américains

roinapassommeil.gifJe voulais découvrir Cécile Coulon depuis la sortie de son premier roman... c'est donc chose fait avec Le Roi n'a pas sommeil


Nous voilà plongés dans une atmosphère évoquant l'Amérique rurale, le Sud de Faulkner, avec ses familles au passé parfois orageux, ses non-dits, son inertie. Un lieu où tout est connu de tous, où les secrets n'en sont pas vraiment. Le roman s'ouvre avec le malheur d'une mère, folle d'avoir vu son fils dans on ne sait quelle scène macabre que l'on ne peut qu'imaginer. Jusqu'à la fin du roman, après avoir suivi pas à pas la chute du fils Hogan. Celui-ci vit dans une grande propriété, entouré de son adorable mère. Malgré la perte sordide de son père, on lui prédit un bel avenir : c'est un garçon sérieux en cours, sobre, riche par rapport aux autres du coin. Mais le caractère orageux de son père finit par se manifester plus franchement et, inévitablement, Thomas Hogan finit par sombrer à son tour.


Un roman intéressant, bien construit, agréable à lire et fort de promesses de beaux textes à venir, malgré quelques phrases un peu surfaites qui à mes yeux rompent le bel équilibre de la prose alerte qui sert ce roman. Par exemple : «  sous son uniforme, une petite bedaine retombait sur sa braguette telles les babines d'un bouledogue à la retraite » (p68); et juste après «  Autour, du bruit, des cris, des langues gluantes, épaisses, semblable à celles des boeufs ». Une petite réserve, certes, mais un roman dans l'ensemble très apprécié !

D'autres billets : Sylire, Clara - un autre endroit - Fransoaz, Moustafette

Merci à Christelle et aux organisateurs du Prix Landerneau Découvertes !

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143 p

Cécile Coulon, Le Roi n'a pas sommeil, 2012

21/04/2012

Faute de soleil, sâche murir dans la glace

villeneuve-un-territoire.jpgDécidément, il fait bon lire Angélique Villeneuve. Après Grand Paradis, inspiré des femmes soignées à la Salpétrière par le docteur Charcot mais traitant aussi d'histoire familiale et de quête de soi, Un Territoire nous ouvre les portes d'une drôle de maison, où les secrets de famille ne manquent pas.

C'est un sujet bien curieux que celui qu'a choisi Angélique Villeneuve : une femme vit dans une maison sous la coupe de deux jeunes gens, le Garçon et la Fille, dont on sait qu'ils étaient proches d'elle lorsqu'ils étaient encore enfants mais qui, à la suite d'un événement qui nous est d'abord inconnu, se sont soudain ligués contre elle. La femme passe ainsi ses journées à faire le ménage et la cuisine, à se plier à leur bonne volonté, recluse dans un réduit qui lui a été gracieusement alloué par le frère et la soeur, qui se sont octroyé les deux deux chambres à l'étage. Plus le récit avance, plus les actes de cruauté à son égard se précisent : ricanements, provocations mais aussi, curieusement, un matelas toujours humide et des disparitions d'objets. Ainsi, alors que la femme finit par trouver un moyen de se retrouver et d'avoir un jardin secret, un trésor, en se lançant dans la couture, il lui faut trouver des cachettes  pour que son ouvrage ne disparaisse pas.

Ce nouveau roman m'a rappelé ma première lecture par bien des aspects : les relations compliquées, le style bien évidemment, une certaine distance prise vis-à-vis des personnages dont l'intimité nous est dévoilée. Curieusement je ne saurais dire des deux romans lequel m'a le plus plu.

J'avais beaucoup aimé le contexte historique fascinant de ma précédente lecture. Ici le cadre est bien moins alléchant : une maison sans charme, une petite commune sans intérêt, un personnage principal dont la vie se résume à quelques activités toujours répétées. En général j'aime tout savoir de la psychologie des personnages, or me voilà en présence d'anti-héros sans nom, quelconques voire pour deux d'entre eux, sans grand intérêt. Pourtant, une fois ma lecture commencée, j'ai eu bien du mal à me détourner de ce texte lu presque d'une traite. La souffrance morale palpable de l'(anti-)héroïne est communiquée rapidement au lecteur, qui tremble de voir son chat découvert, son matelas plus humide encore, ses outils de couture jetés à la poubelle, ses plats renversés par terre. C'est pourtant avec une certaine jubilation que l'on voit cette femme apparemment quelconque trouver des ressources, puiser de l'inspiration dans les petits détails du quotidien et ainsi s'arracher à la terne réalité de sa vie auprès du Garçon et de la Fille. Un roman porté une nouvelle fois par la très jolie plume d'Angélique Villeneuve.

Le titre du billet n'est autre que la citation d'H. Michaux choisie par l'auteur pour introduire ce roman.

D'autres billets : Sylire, Clara, Cathulu, Gwen, Antigone, La cause littéraire...

Merci à Bénédicte et aux Editions Phébus pour cette nouvelle immersion dans l'univers d'Angélique Villeneuve.

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152 p

Angélique Villeneuve, Un Territoire, 2012

15/04/2012

Cent ans après le naufrage du Titanic

navratil_enfants du titanic.jpgIl y a cent ans jour pour jour sombrait « l'insubmersible » Titanic, parti de Southampton pour New-York, qu'il ne devait jamais atteindre. Les séries et documentaires ne manquent pas ces derniers temps, mais c'est d'un roman que j'ai choisi de parler en cette date anniversaire de la tragédie.

Raconté par la fille d'un survivant du Titanic, Elisabeth Navratil, Les Enfants du Titanic mélange la petite histoire à la plus grande, en s'attachant à suivre le parcours de Lolo et Monmon, surnommés les orphelins de l'abîme.

Couturier d'un certain renom, Michel Navratil a vendu sa maison de couture niçoise récemment, suite à sa séparation avec sa femme Marcelle qui l'a trompé, lui faisant perdre toute envie de s'investir dans son affaire jusqu'ici florissante. A l'issue d'un déjeuner chez son meilleur ami avec les petits Lolo et Monmon (Lolo est le père de l'auteur), Michel emprunte le passeport de son ami, Hoffmann, et enlève les petits pour débuter une nouvelle vie outre-Atlantique. La famille embarquera à bord du Titanic, pour son voyage inaugural.


titanic.jpgJ'ai toujours éprouvé de l'intérêt pour cette affaire, découverte quand j'étais enfant (je repense notamment à l'arrivée du Titanic dans SOS Fantômes, mon film favori à l'époque)!. C'est donc avec curiosité que j'ai ouvert le roman d'Elisabeth Navratil. J'ai eu un peu de mal à m'immerger dans ce texte au début, mais c'est au final une lecture au bilan très positif. Malgré quelques réserves (un hommage familial avant tout, avec quelques maladresses à mes yeux), j'ai beaucoup apprécié cette lecture documentée et très émouvante. Le récit débute avec l'embarquement des Navratil, leur découverte du bateau (un tiers du roman environ) puis le naufrage et enfin, l'arrivée du Carpathia pour sauver les naufragés encore en vie et le court passage de Lolo et Monmon aux Etats-Unis : ayant perdu leur père dans le naufrage, les deux enfants font l'objet de toutes les attentions médiatiques, tandis que l'on cherche à retrouver leur mère.


titanic_stern_marschall2.jpgLa description du naufrage est dans l'ensemble très réussie ; chaque étape est décrite en mettant en avant les divers personnages qui nous ont été présentés depuis le départ du bateau. C'est ainsi que l'on vit les tragédies personnelles, les actes de courage ou de folie avec beaucoup d'intensité, à travers plusieurs passages très émouvants.
Navratil3.jpgBien qu'inspiré librement de l'histoire familiale Navratil, ce roman est une mine d'informations pour qui n'a qu'une connaissance superficielle du naufrage. Il soutient la thèse selon laquelle le drame a été le fruit de l'arrogance des dirigeants de la compagnie de la White Star Line, qui n'a choisi d'équiper le bateau que de la moitié des canaux nécessaires et qui préfère courir des risques en approchant des icebergs plutôt que de dévier plus tôt sa route, quitte à arriver un peu moins vite à New-York pour ce voyage inaugural. Le manque total d'organisation lors de la mise à l'eau des canaux est aussi longuement mis en avant. Un drame qui, d'après l'auteur, aurait pu être évité.
Un roman qui m'a en tout cas donné envie de me documenter davantage sur le Titanic ; j'ai d'ailleurs découvert en faisant quelques recherches un blog très intéressant si les épaves mystérieuses vous attirent.

L'image des deux enfants ci-dessus représente Lolo et Monmon. Cette photo a été prise à New York, avant diffusion dans les journaux lorsque l'on cherchait leur mère. Cette photo est à mes yeux particulièrement touchante car à côté des enfants se trouvent deux jouets offerts par la compagnie à l'embarquement : une très belle voiture et un modèle réduit du navire.

Un article sur les deux orphelins ; un autre très intéressant sur Il était une fois le Titanic. L'mage ci-dessous est tirée de Ghostbusters : le Titanic vient juste d'arriver.

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340 p

Elisabeth Navratil, Les Enfants du Titanic, 2012 (nouvelle édition)

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23/11/2011

Boston, Aggie et Margaret

ferdjoukh_aggie change de vie.gifJ'avais très envie de faire la connaissance des Quatre Soeurs de Malika Ferdjoukh, mais c'est finalement Aggie que j'ai décidé de suivre dans son ascension, des bas quartiers aux maisons chics de Boston. Et quel délicieux bonbon que ce court roman ! Je me suis régalée du début à la fin et j'ai passé un si bon moment que c'est le genre de livre que je ne doute pas de relire à l'occasion avec plaisir.

Si la couverture exquise et ses paper dolls ne suffisent pas à vous tenter, peut-être qu'un petit aperçu de l'histoire achèvera de vous convaincre ? Nous voilà à Boston, dans un environnement qui n'est pas sans rappeler Dickens et ses pauvres orphelins. Aggie vit chez un couple peu recommandable qui l'envoie détrousser les gentlemen en pleine nuit, la petite empruntant les égouts de la ville pour s'acquitter de sa tâche. Mais un soir, celui qu'elle prend pour un pigeon comme un autre n'est pas celui qu'elle croyait : c'est ainsi qu'elle sera arrachée à sa misérable existence et présentée à une famille qui n'a plus vu une nièce chérie depuis des années. Mais avant de se faire passer pour une demoiselle comme il faut, Aggie aura du boulot !

Tout est bon dans ce petit livre : l'ambiance très XIXe, les personnages attachants, les références littéraires, l'écriture si agréable et une intrigue qui nous tient en haleine. N'hésitez plus, lisez-le (au passage, si vous avez une petite fille dans votre entourage je ne peux que vous recommander chaudement ce récit pour les fêtes de Noël à venir, car il me semble parfait pour une lecture auprès de la cheminée). 

D'autres avis : Malice qui me l'a recommandé, mais aussi Rory, Allie, Bouma, Roudoudou, Sharon, Marie, S'il était encore une fois, Ricochet, Le forum Whoopsy Daisy.

malika ferdjoukh,aggie change de vie,boston,etats-unis,roman historique,charles dickens

 

 

94 p

Malika Ferdjoukh, Aggie change de vie, 2009

03/11/2011

Portraits de femme

ovalde_vies oiseaux.jpgMême si je suis bien incapable de distinguer le moindre oiseau une fois dépassé le niveau du héron, de la mouette et du pigeon, j'ai eu envie de découvrir ces Vies d'oiseaux de Véronique Ovadé, nouveauté parmi tant d'autres en période de rentrée littéraire.

Il y a quelques années, j'ai découvert dans le cadre du prix Landerneau Et mon coeur transparent. Je projetais déjà de lire Déloger l'animal, ce que je n'ai toujours pas fait (honte sur moi, je promets de faire pénitence et de relire un chapitre des Chroniques de Mudfog de Charles DiKens pour la peine). Bref, revenons-en à nos moutons ou plutôt au Coeur transparent (quelle charmante image) ; ce livre très particulier a beaucoup dérangé à l'époque : détesté ou adoré, il n'a laissé personne indifférent. Si je ne garde qu'un souvenir flou de l'intrigue (comme je le dis souvent, en cas de fin du monde et de destruction des librairies, je pourrais bien me contenter de relectures au vu de ma mémoire de poisson rouge)... si je ne garde qu'un souvenir flou de l'intrigue (disais-je avant cette digression), je me rappelle un réel coup de coeur, une lecture enthousiaste faite d'une traite (et que j'associe à un premier long séjour à Barcelone... on peut faire plus désagréable comme contexte) !

Des Vies d'oiseaux est un roman bien différent, de facture plus classique. Il y est question de Vida, qui vit dans sa maison de luxe comme une prisonnière, en apparence soumise à un mari qui aime lui rappeler qu'il l'a sortie de la fange et l'a faite telle qu'elle est aujourd'hui. Mais c'est aussi Paloma, la fille de Vida, qui occupe une place centrale dans le roman. Lasse de voir sa mère humiliée au quotidien, rejetant les valeurs bourgeoises de sa famille, Paloma s'est enfuie avec un séduisant jardinier au crâne couvert de cicatrices (oui je sais dit comme ça, ça donne envie !). Le récit commence avec l'histoire de Vida, suivie du point de vue de Paloma, avant un chapitre final au cours duquel les deux femmes se retrouvent.

Avec sensibilité, Ovaldé décrit une Vida qui se rebelle discrètement contre son mari, par le choix de ses habits, quelques remarques inopportunes venant gâcher ses dîners mondains... jusqu'au jour où elle fait la rencontre du lieutenant Taïbo qui incarne une autre forme de virilité et lui permet de quitter enfin son mari. Malgré tout, la délicate Vida ne peut partir sans la présence d'un nouvel homme : son émancipation n'est ainsi que partielle. Quant à Paloma, c'est un personnage à mon sens moins intéressant. Elle incarne le stéréotype de la gosse de riches privilégiée qui se retourne contre ses parents... pour finir par vivre dans des demeures de luxe innocupées pendant les vacances de leurs habitants. Certes, elle se pose en provocatrice en causant maints désagréments à ses anciens voisins et parents, mais elle continue à profiter sans remord de la vie dorée qu'elle se targue de mépriser. Un personnage plus figé, parfois desservi par des scènes un peu moins réussies : je pense par exemple à une dispute assez artificielle entre le père et la fille. Dommage, car ce roman reste très agréable à lire et soulève de nombreuses questions, traitant aussi bien du fossé qui sépare les différentes couches sociales (et ce d'autant plus que le cadre choisi est l'Amérique latine, où les inégalités se manifestent de façon plus visible) que de la question de la féminité et de la réalisation de la femme.

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236 p

Véronique Ovaldé, Des vies d'oiseaux, 2011

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18/09/2011

Qu'il faisait doux au matin de ma mort !

carole martinez,rentrée littéraire 2011,du domaine des murmures,gallimard,roman,roman francais,moyen-âgeEn raison de mon vieil esprit de contradiction, j'ai tendance à fuir les livres qui font l'objet d'un enthousiasme collectif, incroyable, en somme louche (oui je sais)... je me réjouis donc d'avoir lu le dernier Carole Martinez avant que ne fleurissent 150 articles à son sujet - et déjà, en faisant ma modeste chronique, je vois que ce roman sera de ceux qui marqueront la rentrée (si ce n'est les esprits, du moins en s'illustrant par la quantité de fois où ce titre surgira devant les yeux du lecteur vierge et innocent, animal fantastique qui, d'ailleurs, n'existe pas). Le livre de Carole Martinez est déjà très présent en tête de gondole, dans les relais H et autres instruments et lieux merveilleux de notre formidable époque où l'on prend souvent le lecteur pour un mouton sans cervelle qu'il convient de guider sur la route difficile menant aux bonheurs de la lecture. Heureusement pour l'innocent lecteur achetant rapidement sa nourriture spirituelle hebdomadaire dans ces antres de la culture moderne, Du Domaine des Murmures est un roman ma foi très agréable à lire et, s'il sert d'alternative aux derniers crocodiles de Londres et autres spectres omniprésents dans les transports en commun (quand ils ne hantent pas les serviettes de plage), je me réjouirai personnellement. N'allez pas croire que j'aie quoi que ce soit contre les lecteurs de best-sellers (il y a d'ailleurs de bons best-sellers et certains de mes chers classiques ont cartonné à leur époque!) mais vous n'imaginez pas comme une année entourée par Katherine Pancol dans le bus peut nuire à la santé mentale !

Deuxième roman de Carole Martinez, Du Domaine des Murmures (puisque c'est bien de lui que je voulais parler) a éveillé mon intérêt en raison de l'époque dont il traite : le Moyen-Âge. N'ayant rien d'autre en tête en ouvrant ce livre, j'ai donc éprouvé le plaisir de me laisser entraîner dans une histoire très curieuse, où le merveilleux n'est jamais loin.

Promise à Lothaire, jeune homme belliqueux violant régulièrement les paysannes du domaine, la jeune Esclarmonde se refuse à lui le jour de leur mariage ; se tranchant l'oreille, elle demande à être emmurée vivante dans une chapelle, afin de se consacrer jusqu'à sa mort à Dieu. Si la foi de la jeune femme est sincère, sa décision a priori terrible est aussi motivée par un puissant désir de liberté : se consacrer à Dieu, s'isoler à jamais, c'est aussi se refuser aux hommes et ne pas dépendre du bon vouloir d'un mari après avoir longtemps obéi à un père aimant mais exigeant. Enfermée entre quatre murs, Esclarmonde apprendra à se connaître et à dépasser ses propres limites : un tombeau à ses yeux salvateur. Mais le jour où elle doit être enfermée, la jeune femme est violée à l'orée du bois, lors d'une dernière promenade libératrice.

De ce drame caché puis quelque peu oublié naîtra neuf mois plus tard un enfant, alors qu'Esclardmonde est désormais enfermée. Les gens des environs choisissent de croire au miracle, mais la position de la jeune sainte reste précaire.

J'ai été séduite par le souffle romanesque qui porte ce récit : avec un véritable talent de conteuse, Carole Martinez nous entraîne à sa suite dans cette forêt, aux abords de ce château en ruine. C'est avec grand plaisir qu'on écoute avec elle les pierres murmurer l'histoire d'Esclarmonde, de son père devenu fou, d'un homme qui l'a tendrement aimée, d'un fée verte et de nombreux fantômes qui revivent le temps d'une lecture. Sa réflexion sur la place faite aux femmes en ce lieu dominé par les hommes est intéressante et la prophétesse n'est pas la seule à influencer la population (citons déjà celle qui, par ses formes rondes, sait mener les hommes par le bout du nez).

N'étant pas moi-même historienne, je ne sais pas à quel point ce récit est fidèle à l'époque décrite ; il m'a paru parfois assez moderne, mais je dirais que cela n'a pas grande importance, l'essentiel étant de se laisser porter par le récit et de croire aux légendes si séduisantes qui sont présentées. Assez réfractaire aux textes excessivement mystiques, je n'ai pas été gênée un instant par les interrogations d'Esclarmonde, ses accès de foi, sa communion secrète avec son père parti guerroyer en terre sainte.

Voilà in fine un très joli roman qui saura vous emporter le temps d'une pause, un texte que l'on savoure et que l'on regrette un peu d'avoir ensuite derrière soi.

Les nombreux avis de : Antigone, La petite marchande d'histoires, Clara, Bricabook, Kathel, Pierre Jourde, Là où les livres sont chez eux, Aifelle, Isabelle, Emeraude

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201 p

Carole Martinez, Du Domaine des Murmures, 2011

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11/09/2011

New York New York

deux-artistes-au-chomage.jpgJe ne sais pas si la chaleur écrasante de Barcelone ou l'air conditionné qui y sont pour quelque chose, mais je ne sais comment partager avec vous ma dernière lecture, Deux jeunes artistes au chômage de Cyrille Martinez.

Ce roman très curieux fait un peu figure d'OVNI dans cette rentrée littéraire. Plutôt expérimental, ce texte a pour cadre New York New York. Ce "déplacement" (je reprends ici un terme employé par l'auteur) est assez emblématique du récit, et si je voulais faire un énorme raccourci, je dirais qu'il résume à lui seul Deux jeunes artistes au chômage. New York New York, une manière de nous placer dans un cadre mental assez précis pour aussitôt nous en arracher ; une perte de repères qui se poursuit avec la rencontre d'Andy et de John, que l'on associe immédiatement à deux artistes des années soixante, pour ensuite découvrir qu'il ne peut s'agir de l'époque en question lorsqu'un téléphone portable fait soudain son apparition. Ce roman est un curieux mélange de chapitres qui se lisent comme autant de  pièces formant un tout mais laisse au lecteur la vague impression d'avoir pénétré dans plusieurs univers parallèles, tous semblables et décalés à la fois. Le passé évoque un futur presque inquiétant, au cours d'une introduction qui n'est pas sans évoquer le roman d'anticipation : des artistes s'installent dans un quartier de New York New York qui devient de plus en plus un ghetto de luxe dans lequel il convient de vivre pour devenir artiste, mais auquel on ne peut accéder sans être auteur de best-sellers, d'où une montée des prix et un quartier d'abord (trop?) élitiste qui devient purement mercantile.

Le roman, pourtant court, évoque par ailleurs de nombreux sujets, dont l'accueil faits aux immigrants (intégrés à condition de venir "travailler" et non "vivre" sur place), accueil absurde qui, on le pressent, n'annonce pas de meilleurs lendemains. Un autre sujet m'a interpelée et je regrette de ne pas avoir profité d'une rencontre avec l'auteur pour l'évoquer : l'un des personnages est atteint du syndrome de la Tourette et passe son temps à jurer. Un personnage qui prête à rire... est-ce là sa raison d'être dans le livre (malgré un côté sinistre dès qu'il s'agit de faire du profit) ? Un personnage qui me fait par ailleurs penser à L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d'Oliver Sacks, que je vous recommande si la question des troubles nerveux vous intéresse.

Un livre qui ne ménage pas son lecteur et suscite de nombreuses interrogations, ce que j'ai trouvé très raffraîchissant !

Merci à Denis et aux éditions Buchet Chastel pour cette lecture et la rencontre très sympathique avec l'auteur autour d'un pique-nique !

Les avis de : Livresse, Sophie, Moby Livres, Skritt, Avalon

 

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128 p

Cyrille Martinez, Deux jeunes artistes au chômage, 2011

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